"Le vertige organique de Together"
Choc thermique !
Cette annĂ©e dĂ©jĂ , l’horreur nous avait surpris par quelques Ă©clats inattendus : The Ugly Stepsister, Bring Her Back, Évanouis, et dans une moindre mesure Dangerous Animals. Or voici qu’un dernier venu s’invite dans la danse macabre : Together. Le renouveau de l’horreur organique. Ni plus, ni moins.
Car si l’on pensait avoir tout vu en matière de body horror, depuis les dĂ©rives cliniques de Cronenberg, Carpenter ou encore Coralie Fargeat avec The Substance, Michael Shanks dĂ©montre qu’il est encore possible de rĂ©inventer l’horreur sensorielle, pour peu qu’on y croie avec une foi absolue. Together respire cet amour du genre : il nous invite Ă une expĂ©rience viscĂ©rale, hyper crĂ©dible dans sa mise en image, cherchant Ă nous terrifier de la manière la plus sensitive qui soit. Tant et si bien que, de mon point de vue subjectif (car tout cela reste affaire de ressenti), Together s’impose comme l’un des films les plus terrifiants que j’aie vus au sein d’une moisson de classiques imputrescibles.
Un concept à la fois simple et ravageur, derrière sa satire au vitriol sur les valeurs du couple, de la confiance à la fidélité en passant par la peur de l'engagement. Jugez plutôt : Tim, indécis face à la demande en mariage de Millie, vacille dans sa relation. Mais après une chute accidentelle dans une crevasse, leur quotidien bascule : Tim sombre dans un malaise physique et psychologique, en proie à des cauchemars de plus en plus violents.
L’efficacitĂ© de Together tient dans cette observation Ă la fois craintive, dĂ©munie, Ă©pouvantĂ©e de la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence d’un couple frappĂ© par une maladie contagieuse. Huis-clos domestique au malaise croissant, le film nous cueille au plexus par des sĂ©quences chocs enchaĂ®nĂ©es avec un art consommĂ© de la peur psychologique. Son intensitĂ© fulgurante, affolante, immersive surtout, doit beaucoup Ă la justesse de ses personnages, impeccablement habitĂ©s, d’une expressivitĂ© spontanĂ©e. Alison Brie et Dave Franco forment un couple fusionnel au charisme saillant, assez humain pour permettre au spectateur de s’identifier sans dĂ©lai Ă leurs gestes contradictoires.
VĂ©ritable descente aux enfers sans Ă©chappatoire, Together injecte en prime une dĂ©rision grinçante quant aux valeurs de l’amour et de la fidĂ©litĂ©, sĂ©vèrement malmenĂ©es par une accoutumance incontrĂ´lable des corps en Ă©treinte sexuelle et sentimentale, malgrĂ© la perplexitĂ© amoureuse rĂ©vĂ©lĂ©e dès le prologue. Pour une première Ĺ“uvre, la maĂ®trise est sidĂ©rante : Shanks provoque peur et malaise avec une acuitĂ© psychologique rare, ses images rĂ©alistes insinuant une terreur rampante, comme si nous Ă©tions nous-mĂŞmes contaminĂ©s par ce mal Ă©trange.
Pur film de trouille exploitant son concept singulier avec une vĂ©racitĂ© troublante, Together nous enferme dans un cauchemar domestique abyssal. Ses visions tordues, fondĂ©es sur la communication des corps et la confrontation charnelle avec l’autre sexe, rĂ©sonnent jusque dans l’hĂ©ritage de Platon. DĂ©jĂ un classique, et vive l'Australie.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir


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