
(Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
Révision nocturne d’un film des années 90 que j’avais omis de ma mémoire, avant qu’un ami ne le fasse ressurgir en forme d'écho influençable. J’ai nommé Nell, réalisé par Michael Apted, avec dans le rôle-titre une Jodie Foster littéralement transfigurée.
Et à la revoyure, oh combien émotive… quelle claque. Une déflagration douce cependant, presque silencieuse, mais qui réveille quelque chose de si profond.
Nell est une œuvre intime limpide, épurée, d’une pureté presque irréelle. Un conte fragile, suspendu entre deux mondes. Notamment inspiré par l'histoire de Poto et Cabengo, des jumelles qui ont créé leur propre langage dans les années 70, le film nous plonge dans l’existence marginale de Nell, jeune femme élevée à l’écart du monde, dans une maison de bois au bord d’un lac, au cœur d’une nature souveraine - photo scope / décors au diapason - . À la mort de sa mère, elle se retrouve seule, livrée à elle-même, avec pour seul héritage un langage crypté, inventé, presque musical - trace d’un lien fusionnel avec sa sœur jumelle disparue auquel elle se raccroche fréquemment pour ne jamais l'oublier.
C’est alors qu’intervient un médecin, incarné avec retenue par Liam Neeson, qui ne cherche pas tant à la “soigner” qu’à la comprendre. À apprivoiser son monde en s'efforçant à ne pas le violenter. Ce qui se tisse entre eux dépasse la simple relation thérapeutique : c’est une tentative fragile de traduction entre deux humanités retrouvées.
Mais peu à peu, la société intrusive s’en mêle. La médecine, la justice, les experts, les normes. Et la question devient brutale : Nell est-elle “adaptable” ? Est-elle mentalement stable ? Doit-elle être corrigée, normalisée, intégrée ?
C’est là que le film bascule vers un avenir incertain après nous avoir bercé dans son univers candide, marqué non par la violence physique mais par l’isolement et le souvenir.
Mais derrière son apparente douceur exaltée, Nell est une œuvre également inquiète. Une œuvre qui observe, presque avec effroi, la manière dont notre monde contemporain tente d’absorber, de classifier, de domestiquer ce qui lui échappe.
Et au centre de tout cela, il y a ce miracle : Jodie Foster.
On pouvait craindre la performance démonstrative, l’exercice d’actrice stéréotypée. Il n’en est rien. Elle disparaît. Elle se dissout. Dès les premières minutes, son visage connu s’oublie pour laisser place à une présence brute, primitive, d’une innocence presque insoutenable. Chaque geste, chaque regard, chaque son qu’elle émet semble naître de cet endroit vierge, intact.
Il y a dans son interprétation singulière quelque chose de l’ordre de la grâce qui nous frappe en plein coeur.
Plusieurs scènes intimistes atteignent une poésie naturaliste rare - Nell courant, respirant, vibrant au rythme de la forêt, en symbiose totale avec un monde qui ne juge pas, ne contraint pas, n’étiquette pas. Un monde encore pur d'humanité sans danger.
Et puis il y a le contraste.
La brutalité du réel. La vulgarité. La bêtise. Cette scène dans le bar, quasi grotesque, où des rednecks avinés réduisent Nell à un objet de curiosité, de désir sexuel ou de moquerie, agit comme une collision violente entre deux univers incompatibles.
D’un côté, l’innocence absolue qui croit naïvement que tout un chacun lui ressemble. De l’autre, une société orgueilleuse, centrée sur l'apparence et le matériel, rongée par ses propres codes en somme.
Nell devient alors plus qu’un récit : une fable. Une mise en accusation douce mais implacable de notre modernité triviale. De sa tendance à confondre normalité et humanité. À remplacer le lien par la norme, la sensibilité par le cadre, l’âme par le diagnostic.
Et dans ce tumulte, Nell demeure.
Comme un rappel.
Un rappel que la vie pourrait être autre chose. Qu’elle pourrait encore être une histoire d’amour entre nous et la nature - à condition de ne pas chercher à tout posséder, tout comprendre, tout enfermer. Laisser libre cours à notre instinct, renouer avec nos valeurs les plus nobles.
Nell est un moment d'émotion précieux, un film bouleversant imparfait peut-être car il n'a pas comme ambition de toucher la perfection, mais si essentiel, trouble et authentique dans sa grâce émotionnelle capiteuse. A revoir, non pas pour ce qu’il raconte… mais pour ce qu’il réveille en nous. Le désir d'aimer et de préserver ce qui nous entoure, sans modération. L'être comme la nature.
— le cinéphile du cœur noir 🖤






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