vendredi 28 août 2026

American Gothic de John Hough. 1987. Angleterre/Canada. 1h30.

     (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Si on a connu l'habile artisan John Hough un peu plus inspiré avec ses œuvres les plus notoires (Larry le dingue, Mary la garce, Les Sévices de Dracula, Les Yeux de la forêt, Incubus et surtout son chef-d'œuvre, La Maison des damnés), American Gothic demeure suffisamment inquiétant, captivant, malsain et bizarre, à travers le portrait caustique d'une famille dysfonctionnelle, pour se laisser apprécier dans un climat insulaire particulièrement macabre et tragique.

Satire sur l'intégrisme religieux à mi-chemin entre Massacre à la tronçonneuse, Humoungus et Mother's Day, l'intrigue empile les clichés du psycho-killer - une bande de jeunes échoue sur une île abritant une famille rétrograde aux us et coutumes psychorigides - avec une certaine efficacité, notamment grâce à son réalisme marginal. D'autant plus plaisant à suivre dans une constante appréhension malaisante que le récit exploite quelques trouvailles retorses afin de relancer l'action du survival sous l'impulsion de situations saugrenues - notamment les jeux de la mort auxquels s'adonnent les adulescents - et d'une victime borderline, traumatisée par la mort de son nouveau-né, qui se découvre un nouveau profil moral lors d'un dernier acte à la fois insolent et détonnant.
 

Au niveau du casting, les acteurs interprétant les jeunes adultes demeurent tout à fait attachants et sympathiques à travers leur esprit de camaraderie insouciant, symptomatique des années 80. Or, nous ne sommes nullement confrontés à une bande de victimes caricaturales et décervelées, John Hough prenant soin de les humaniser avec suffisamment de caractère, parfois bien trempé - notamment chez l'une des jouvencelles - et de force morale pour les plus résilients.

Quand bien même Rod Steiger, les traits tirés et la mine renfrognée, froide et impassible, ainsi que sa compagne Yvonne De Carlo, faussement accorte, font preuve d'un charisme sobrement dérangeant dans leur nature hospitalière bâtie sur les valeurs familiales les plus traditionnelles et le fanatisme religieux. On peut également saluer les complicités badines de Janet Wright, Michael J. Pollard et William Hootkins, en adulescents dangereusement fripons dans leur mode opératoire du zigouillage en règle, à travers des loisirs enfantins aussi cruels qu'inventifs - la balançoire restant assurément l'un des exemples les plus mémorables.
  

Tout bien considéré, American Gothic laisse durablement des traces dans l'encéphale grâce à son ambiance d'étrangeté plutôt atypique, alors que John Hough ne cède jamais à l'esbroufe ou aux effusions trop sanguines pour mieux honorer le genre avec une sincérité qui n'appartient qu'à sa personnalité studieuse et passionnée.
 
— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤
20.06.19. 27.08.26. vo. 3èx 

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