(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
"C'est le roi des morts: il fait que les hommes n'ont plus envie de vivre."
Redécouverte du Roi des morts de Jörg Buttgereit. Après plus de vingt ans d'absence, je me suis enfin décidé à m'y replonger. Et quel choc émotionnel que d'assister à un poème particulièrement morbide et funeste sur le suicide, la solitude, le mal-être et la mort.
Durant une semaine, le film nous retrace le quotidien de quidams sur le point de se suicider. Chaque jour, nous allons ainsi vivre le quotidien morose d'une personnalité esseulée, tandis qu'au même moment, Jörg Buttgereit s'attarde sur la putréfaction d'un cadavre humain que nous contemplerons tout au long du récit, jusqu'à ce qu'il ne reste finalement plus de lui qu'un squelette, puis de la poussière.
Ainsi donc, Le Roi des morts est une œuvre expérimentale underground extrêmement particulière, dans la même mouvance que ses fleurons extrêmes, Nekromantik et Nekromantik 2. Mais ici, nous sommes davantage dans une ambiance mélancolique, à la fois dépressive et terriblement triste, eu égard aux profils suicidaires que Jörg Buttgereit nous propose à travers un réalisme documentaire particulièrement atmosphérique, notamment grâce à cette photo blafarde qui nous colle aux basques.
On ne peut alors que s'immerger dans une détresse voyeuriste en assistant à la déchéance humaine de ces êtres esseulés, complètement perdus dans une sinistrose rendue intolérable.
Au-delà de sa puissance émotionnelle parfois éprouvante, notamment par sa mélancolie existentielle et sa réflexion sur l'amour à travers un couple apparemment heureux, avant qu'une tout autre tournure dramatique ne survienne à la fin du sketch, Le Roi des morts baigne dans un climat de désillusion et de désolation, pour mieux nous rappeler notre triste condition mortelle.
Et c'est notamment à travers ce cadavre en putréfaction que le film nous renvoie à notre propre mort corporelle. Le prodige, sa véritable prouesse, réside peut-être dans cette sensation de se retrouver, comme les protagonistes, désespérément seul face à ces témoignages suicidaires et face à ce cadavre putrescent qui est finalement notre propre corps à venir.
Toujours aussi inspiré et autonome, Jörg Buttgereit filme cette décomposition avec un onirisme morbide où l'émotion perce le repoussoir, magnifié par l'impulsion musicale d'Hermann Kopp, Achim Lawrence et John Boy Walton, dont la partition élégiaque se révèle à la fois belle et d'une sensibilité bouleversante.
Ainsi donc, en traitant de ces thématiques obsessionnelles que symbolisent la mort, la mélancolie, la solitude, la marginalité et la tristesse de l'existence, Le Roi des morts nous plonge dans un poème funeste d'une extrême fragilité, en y traitant notamment de la démence et du sacrifice - le tueur fou est un martyr du post modernisme -
Par son réalisme grisâtre à la fois provocateur et dérangeant, mais infiniment triste et bouleversant dans son rapport existentiel, le film nous invite à une véritable communion avec cette idée aussi simple qu'implacable : la vie et la mort sont indissociables, et notre existence passe aussi vite qu'un battement de cils.
Simple piqûre de rappel.
— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤
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