mercredi 20 avril 2011

LA JEUNESSE DU MASSACRE (I ragazzi del massacro)


de Fernado Di Leo. 1969. Italie. 1H36. Avec Pier Paolo Capponi, Marzio Margine, Renato Lupi, Enzo Liberti, Michel Bardinet, Danika La Loggia.

FILMOGRAPHIE: Fernando Di Leo est un réalisateur, scénariste et acteur Italien né le 11 Janvier 1932 à San Ferdinando Di Puglia en Italie, mort le 1er Décembre 2003.
1964: Gli Eroi di ieri, oggi, domani, 1968: Rose rosse per il fuehrer, 1969: la Jeunesse du massacre, Pourquoi pas avec toi, Amarsi male, 1971: la clinique sanglante, 1972: Milan calibre 9, 1972: l'Empire du crime, 1973: le Boss, La Seduzione, 1974: salut les pourris, Sesso in testa, 1975: Ursula l'anti-gang, La citta sconvolta: caccia spietata ai rapitori, 1976: Gli Amici di Nick Hezard, 1976: I padroni della città, 1977: Diamanti sporchi di sangue, 1977: les insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock, 1978: Avere vent'anni, 1980: Vacanze per un massacro, 1981: l'Assassino ha le ore contate (tv), 1982: Pover'ammore, 1984: Razza violenta, 1985: Killer Contro Killers.

                          

Avant une multitude de polars italiens bien connus des amateurs, le dĂ©butant Fernando Di Leo rĂ©alise en 1969 un drame Ă  suspense assez inopinĂ© pour le genre stigmatisant une sociĂ©tĂ© tendancieuse auquel Ă©volue une bande de gamins responsables du meurtre crapuleux de leur professeur de cours. 

Durant un cours de classe, une jeune professeur de collège se fait sauvagement agressĂ©e pour ĂŞtre ensuite violĂ©e et assassinĂ©e par une bande d'Ă©lèves alcoolisĂ©s issus de milieux dĂ©favorisĂ©s. Le commissaire Duca Lamberti est persuadĂ© qu'un odieux commanditaire serait le vrai responsable de ce massacre organisĂ©. Reste Ă  savoir qui est le fameux coupable prĂ©sumĂ© !

                           

Ce film restĂ© inĂ©dit en salles en France possède une aura particulière (Ă  l'image de son prĂ©lude introductif particulièrement glauque et dĂ©rangeant, bien que suggĂ©rĂ©) dans son enquĂŞte criminelle confrontĂ©e Ă  une bande de gamins dĂ©linquants qui, après s'ĂŞtre enivrĂ©s, ont dĂ©cidĂ© de violer et tuer une jeune femme en toute gratuitĂ©. Du moins en apparence, car l'investigation de notre inspecteur de police finira par le mener vers une intrigue perfide auquel le vĂ©ritable coupable possède un vrai mobile qui l'aura poussĂ© Ă  commanditer et perpĂ©trer un tel crime sauvage.
Un Ă  un, les jeunes mineurs vont ĂŞtre inlassablement interrogĂ©s par le commissaire Lamberti avide de justice Ă©quitable mais expĂ©ditive sans Ă©luder de mĂ©thodes quelques peu immorales dans les humiliations verbales et implicites subies contre les jeunes accusĂ©s. Malencontreusement, aucun des garnements ne dĂ©cide de divulguer quoi que ce soit au leader hiĂ©rarchique, en dehors d'un Ă©lève Ă  l'homosexualitĂ© douteuse, terrifiĂ© Ă  l'idĂ©e de moucharder ses camarades pour se retrouver ensuite mystĂ©rieusement assassinĂ© !
Lamberti dĂ©cide alors l'opĂ©ration de la dernière chance. C'est Ă  dire s'attribuer d'un des accusĂ©s en question pour l'emmĂ©nager sous sa responsabilitĂ© le temps de quelques jours afin de le sociabiliser. Une manière finaude de le rĂ©insĂ©rer dans la sociĂ©tĂ© en lui faisant mener une vie plus aisĂ©e, commode et dĂ©nuĂ©e de contraintes. Un subterfuge Ă  ce que l'adolescent mis en confiance et rĂ©confortĂ© par ces nouveaux biens matĂ©riels puisse finalement avouer le vĂ©ritable coupable incriminĂ©.

                         

Fernando Di Leo ne manque pas d'illustrer le caractère prĂ©caire d'adolescents milanais provocateurs et insouciants, livrĂ©s Ă  eux mĂŞmes auquel les parents au chĂ´mage s'enlisent lamentablement dans la dĂ©pendance de l'alcool et la dĂ©chĂ©ance qui s'ensuit. C'est une sociĂ©tĂ© aussi laxiste qu'hypocrite qui est ciblĂ©e dans son attitude sournoise Ă  vouloir boucler au plus vite une affaire embarrassante impliquant des adolescents paumĂ©s et rĂ©voltĂ©s. Le chĂ´mage, la drogue, l'alcoolisme, la dĂ©mission parentale sont pointĂ©s du doigt afin de responsabiliser notre aristocratie engendrant ces criminels rĂ©gulièrement issus d'un milieu dĂ©savantagĂ©.

Dans le rĂ´le du commissaire drastique, Pier Paolo Capponi est parfait de charisme viril dans la peau d'un homme de loi assidu et dĂ©terminĂ© Ă  vouloir incriminer le haut responsable de ce massacre gratuit. Consciencieux et plutĂ´t malicieux dans sa quĂŞte de dĂ©couvrir l'horrible vĂ©ritĂ© par l'entremise d'un adolescent conditionnĂ©, son enquĂŞte le mènera vers une rĂ©solution fortuit pathĂ©tique dans son mobile prĂ©sumĂ©.

                         

Bien interprĂ©tĂ©, rĂ©alisĂ© avec dextĂ©ritĂ© et adroitement menĂ© avec un sens du suspense impeccablement structurĂ©, La Jeunesse du massacre est un excellent drame opaque Ă  l'ambiance insolite sous-jacente inhabituelle.
Son final est d'autant plus dĂ©rangeant dans la rĂ©vĂ©lation du meurtrier qu'il fait appel Ă  une rĂ©miniscence dĂ©voilant les vĂ©ritables circonstances du fameux viol rendu explicite. Une scène difficilement oubliable dans la maestria de sa mise en scène impliquant une multitude de cadrages tarabiscotĂ©s et soutenus par une bande son criarde irritante. La constance de bruitages confinĂ©s aux tambourins et autres instruments stridents mais surtout le son assourdissant Ă©voquant une clef Ă©raflant continuellement la carrosserie rouillĂ©e d'une voiture. A dĂ©couvrir !

NOTE: Egalement connu sous les titres "Naked Violence", "L'Exécution", "La Fiancée de la Mort".

20.04.11.
Bruno Matéï.

LA NUIT DES ALLIGATORS (The Penthouse)


de Peter Collinson. 1967. Grande Bretagne. 1h36. Avec Suzy Kendall, Terence Morgan, Tony Beckley, Norman Rodway.

FILMOGRAPHIE: Peter Collinson est un rĂ©alisateur anglais nĂ© le 1 Avril 1936 et dĂ©cĂ©dĂ© le 16 Decembre 1980.
1967: The Penthouse, 1968: Up the Junction, The long day's Dying, 1969: The Italian Job, 1970: You can't win'em all, 1971: Fright, 1972: Straight on till Morning, Innocent Bystanders, 1973: The man Called Noon,
1974: La Chasse sanglante, And then ther were none, 1975: The Spiral staircase, 1976: Target of an assassin, The sell-out, 1978: Tomorrow never comes, 1979: The House on Garibaldi street, 1980: The Earthling.








Dans un studio luxueux, Bruce et sa maîtresse Barbara abritent leurs amours clandestines. Surviennent deux faux employés du gaz, Tom et Dick. Bruce est ligoté, Barbara enivrée. La peur s'installe...

mardi 19 avril 2011

LES CHEMINS DE LA LIBERTE (The Way Back)


de Peter Weir. 2010. U.S.A. 2H15. Avec Jim Sturgess, Ed Harris, Saoirse Ronan, Colin Farell, Mark Strong, Gustaf Skarsgard, Alexandru Potocean, Sebastian Urzendowsky.

Sortie en salles en France le 26 Janvier 2011.

FILMOGRAPHIE: Peter Weir est un réalisateur australier né à Sydney en Autralie le 21 Aout 1944.
1974: Les Voitures qui ont mangĂ© Paris. 1975: Pique-nique Ă  Hanging Rock, 1977: La Dernière Vague, 1981: Gallipoli, 1982: l'AnnĂ©e de tous les dangers, 1985: Witness, 1986: Mosquito Coast, 1989: Le Cercle des poètes disparus, 1990: Green Card, 1993: Etat Second, 1998: The Truman Show, 2003: Master and commander, 2011: Les Chemins de la LibertĂ©.

                          

Sept ans après Master and commander, grand spectacle maritime qui dĂ©crivait le combat acharnĂ©, en 1805, d'un navire de la Royale Navy contre l'Acheron, frĂ©gate de corsaires français subordonnĂ©s Ă  l'armĂ©e napolĂ©onienne, Peter Weir nous retrace avec les Chemins de la libertĂ© l'odyssĂ©e vĂ©ridique d'une poignĂ©e de prisonniers Ă©chappĂ©s d'un goulag en SibĂ©rie.
Le film est tirĂ© du roman de Slavomir Rawicz, "The Long Walk : The True Story of a Trek to Freedom"

En 1940, un groupe de prisonniers de guerre dĂ©cide de s'Ă©chapper d'un camp de travail en SibĂ©rie. Dans des conditions prĂ©caires Ă©pouvantables et une fatigue constante confinant Ă  l'Ă©puisement mortel, ils vont devoir marcher pendant plus de 6500 kms Ă  travers l'URSS, la Mongolie, le Tibet et l'Inde occupĂ©e par les anglais. Seuls, trois prisonniers auront la chance d'accĂ©der Ă  destination.

                          

Avec un souci de rĂ©alisme brut et rugueux et l'intensitĂ© d'un sens Ă©pique rappelant les grandes Ă©popĂ©es lyriques du cinĂ©ma vintage, Peter Weir s'accapare d'un rĂ©cit vĂ©ridique implacable ayant eu lieu durant la seconde guerre mondiale. Il dĂ©peint avec la fĂ©brilitĂ© d'une Ă©motion bouleversante l'impensable pĂ©riple d'un groupe de prisonniers de nationalitĂ©s diverses dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  retrouver leur libertĂ© en fuyant le rĂ©gime stalinien.
Pour cela, ils devront traverser quatre pays occupĂ©s par un communisme totalitaire et affronter dans une forme physique davantage amoindrie le froid glacial de SibĂ©rie, la chaleur suffocante du dĂ©sert de Mongolie, reconquĂ©rir les neiges du Tibet pour enfin trouver refuge et sĂ©rĂ©nitĂ© dans le pays de l'Inde tolĂ©rĂ© par les anglais.

De prime abord, le rĂ©alisateur nous oppose dans sa première partie Ă  l'impitoyable condition de vie inhumaine des prisonniers polonais et d'autres horizons. Travaux forcĂ©s en extĂ©rieur, en plein froid glacial sous les tempĂŞtes de neige rigoureuses ou dans le refuge caverneux des souterrains d'une mine irrespirable. Alors que leur règle d'hygiène dĂ©plorables entraĂ®nant les maladies infectieuses, les rations alimentaires rĂ©duites au strict minimum et les règlements de compte entre travailleurs famĂ©liques vont amoindrir chaque jour leur frĂŞle chance de survie.
Ce prĂ©ambule impressionnant de vĂ©ritĂ© sordide dans une mise en scène entièrement allouĂ©e Ă  l'humanitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e de ces personnages nous entraĂ®ne dĂ©jĂ  dans la moiteur d'un enfer glauque oĂą l'on perçoit de manière viscĂ©rale l'odeur de la dĂ©chĂ©ance putride et leur douleur morale fustigĂ©e.

                          

La suite nous embarque dans une escapade inlassable auquel un groupe d'hommes audacieux ont dĂ©cidĂ© de s'Ă©chapper de leur bagne pour retrouver la libertĂ©. Ils vont devoir communĂ©ment s'aventurer Ă  travers l'immensitĂ© des forĂŞts sauvages dĂ©ployant des collines Ă  perte de vue, les dĂ©serts arides et dessĂ©chĂ©s, inertes de prĂ©sence humaine, et les rangĂ©es de montagnes Ă©levĂ©es Ă  une altitude dantesque.
Durant leur cheminement ardent, ils vont rencontrer la seule jeune femme polonaise Ă©chappĂ©e d'un camp adverse pour finalement accepter sa venue alĂ©atoire et parcourir des milliers de kilomètres de marche Ă  pied.
Avec une rare puissance dramatique, cette seconde partie introspective, saisissante d'authenticitĂ© dans l'illustration dĂ©charnĂ©e de la condition physique et morale de nos protagonistes, le rĂ©alisateur nous retransmet avec force et rĂ©alisme abrupt une leçon de survie qui dĂ©passe l'entendement ! Durant la majoritĂ© de leur trajet mortifère, nous sommes tĂ©moins Ă  contempler la terrible quĂŞte d'emprise de libertĂ© d'hommes affamĂ©s, assoiffĂ©s, Ă©puisĂ©s par le froid, la faim, la maladie, la sĂ©cheresse et une fatigue davantage Ă©reintante. Peter Weir apporte un soin sensitif Ă  ausculter cette lente agonie humaine dĂ©sespĂ©rĂ©ment esseulĂ©e face Ă  l'hostilitĂ© de la nature environnante, affrontant les pires situations extrĂŞmes avec un courage surhumain suspectant un suicide collectif.

Il faut respectueusement saluer la prestance des comĂ©diens chevronnĂ©s, littĂ©ralement habitĂ©s par leur rĂ´le !Que ce soit Collin Farel dans un second rĂ´le putassier de salaud pernicieux, Ed Harris en sexagĂ©naire mature ne se fiant qu'Ă  sa rudesse d'esprit et Jim Sturgess en leader impromptu, loyal et valeureux, dĂ©terminĂ© Ă  retrouver sa femme pour lui pardonner une ignoble trahison.
Enfin, je ne manquerai pas d'Ă©voquer la bouleversante interprĂ©tation de Saoirse Ronan (The Lovely Bone) dans celle d'une jeune polonaise aussi inflexible que fragile Ă  vouloir se mesurer contre ses coĂ©quipiers. Sa nĂ©cessitĂ© inhĂ©rente Ă  prouver Ă  la gente masculine son courage improbable de dĂ©passer ses capacitĂ©s physiques et psychologiques jusqu'Ă  un inĂ©quitable point de non retour.

                        

TournĂ©s dans les magnifiques rĂ©gions de Bulgarie, d'Inde, du Maroc et de l'Australie dĂ©ployant leur trĂ©sor de magnificence naturelle pour leurs paysages solennels, Les Chemins de la libertĂ© est un humble tĂ©moignage de ce que l'ĂŞtre humain est capable de surpasser pour tenter de retrouver sa dignitĂ© et sa libertĂ© immolĂ©e. VĂ©ritable hymne au dĂ©passement de soi, hommage Ă  la solidaritĂ© de l'amitiĂ© et Ă  ceux qui auront survĂ©cu, cette histoire vraie terriblement cruelle est une expĂ©rience humaine viscĂ©rale, un rĂ©cit initiatique bouleversant sublimant l'instinct de courage au grĂ© de l'autonomie. Inoubliable, Ă  l'image prĂ©gnante de ces retrouvailles inespĂ©rĂ©es pour un final exutoire dont on ne sortira pas indemne.

19.04.11
Bruno Matéï.

dimanche 17 avril 2011

Le Secret de Terabithia / Bridge to Terabithia

                                                 

de Gabor Csupo. 2007. U.S.A. 1h35. Avec Josh Hutcherson, AnnaSophia Robb, Zooey Deschanel, Robert Patrick, Bailee Madison, Katrina Cerio, Devon Wood, Emma Fenton, Grace Brannigan, Latham Gaines.

Sortie en salles en France le 28 Mars 2007.

FILMOGRAPHIE: Gábor CsupĂł est un producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© en 1952 Ă  Budapest (Hongrie). 1980: Dance. 2007: Le Secret de Terabithia. 2008: Le Secret de Moonacre


Vendu comme un sous Narnia, ce second film d'un rĂ©alisateur d'origine hongrois, adaptĂ© d'un roman de Katherine Paterson (auteur de littĂ©rature pour la jeunesse amĂ©ricaine) avait de quoi feindre son public avec son affiche infantile plus proche d'un film d'animation niais rĂ©alisĂ© en image de synthèse que d'un mĂ©trage factuel incarnĂ© par des acteurs de chair et d'os. Or, sous ses aspects ludiques de conte de fĂ©e mâtinĂ© d'aventures fantastiques s'y dĂ©voile un rĂ©cit d'apprentissage plutĂ´t ardu sur la notion de deuil chez l'enfant confrontĂ© Ă  l'iniquitĂ©; mais encore sur les Ă©mois amoureux et cette quĂŞte d'Ă©vasion, exutoire Ă  notre sociĂ©tĂ© d'intolĂ©rance. 

Le PitchUn jeune ado se lie d'amitié avec une camarade, nouvelle élève de son collège. Après les cours, ils se réfugient dans la forêt à proximité de leur foyer pour retrouver un univers qu'ils se sont accordés de fantasmer afin d'échapper à leur quotidien trivial: le monde de Térabithia.

                                      

Avec simplicitĂ© et Ă©motion tempĂ©rĂ©e auprès de deux comĂ©diens juvĂ©niles habilement dirigĂ©s dans leur expression naturelle infaillible, Le secret de Terabithia attise immĂ©diatement sympathie et charme (naĂŻf) dans sa façon d'illustrer le cap de l'enfance impartie Ă  la puretĂ© de l'innocence. Le rĂ©alisateur nous dĂ©peignant sans complaisance aucune le portrait fragile d'un couple d'enfants Ă©pris d'amitiĂ© et d'affection au grĂ© de leurs aventures fantasques. Des instants Ă©panouis d'existence ludique, entre apprentissage scolaire, conflits parentaux et quĂŞte intrinsèque d'un irrĂ©pressible besoin d'Ă©vasion. Ce dĂ©sir moral d'Ă©vacuer la prĂ©mices d'une existence anxiogène constituant un refuge salvateur auprès de leur Ă©quilibre moral. Ainsi, cette ballade romantique entre deux enfants fragiles nous rappelle un peu la tendresse humaine de Stand by me pour le rapport nostalgique confĂ©rĂ© Ă  cette Ă©poque magique et pour la poĂ©sie enchanteresse d'une Histoire sans fin lors cette fĂ©erie utopiste jamais surchargĂ©e d'FX ostentatoires. La bonne idĂ©e du rĂ©alisateur est Ă©galement de nous dĂ©voiler dès le dĂ©part que tout ce que nous voyons et contemplons n'est que la mĂ©taphore du pouvoir crĂ©atif envers la conscience des enfants, avides d'Ă©motions Ă©chevelĂ©es et de quĂŞte d'imaginaire Ă  travers leurs yeux Ă©blouis par la nature solaire. Pour se faire, ceux-ci vont s'inventer un monde fantasque fondĂ© sur la Fantasy. En cela, c'est l'autosuggestion qui leur permettra de crĂ©er et d'y matĂ©rialiser le monde de Terabithia.

                                        

AVERTISSEMENT ! AVANT DE LIRE CE QUI VA SUIVRE, IL EST PRÉFÉRABLE D'AVOIR VU LE FILM.

Mais cette fantaisie gentiment dĂ©bridĂ©e aurait pu percer sur sa lancĂ©e ludique vĂ©cue avec Ă©motion par nos hĂ©ros insĂ©parables si un Ă©vènement tragique ne les avaient brutalement opprimĂ© ! Ainsi donc, cette dĂ©chirante dernière partie d'une brutalitĂ© inouĂŻe par son cinglabnt effet de surprise va donc rappeler Ă  l'ordre de l'innocence que la rĂ©alitĂ© de notre existence est subordonnĂ©e Ă  l'injustice de la mort auprès d'une destinĂ©e parfois inĂ©quitable. D'apparence ludique, si distrayant et très attachant sous l'impulsion d'enfants aussi imaginatifs que rĂ©flĂ©chis (une fois n'est pas coutume), Gabor Csupo poursuit sa thĂ©matique avec gravitĂ© et rĂ©alisme pour tenter de rĂ©pondre au sens d'une vie sacrifiĂ©e de plein fouet. DotĂ© d'un charisme prĂ©gnant et pĂ©tillante de charme docile, la jeune Anna Sophia Robb insuffle la spontanĂ©itĂ© dans sa stature insouciante d'enfant dĂ©gourdie. Une baroudeuse indĂ©pendante dĂ©ployant une imagination foisonnante pour la verve de ces rĂ©cits enchanteurs Ă©maillĂ©s de personnages excentriques. Son compagnon Josh Hutcherson lui partage la vedette dans un jeu introverti d'enfant timorĂ© dĂ©couvrant pour la première fois l'Ă©moi des sentiments avant de se laisser gagner par le chagrin tragique. FĂ©ru de tendresse pour sa charmante compagne, il Ă©meut puis bouleverse de par sa sincĂ©ritĂ© dĂ©pouillĂ©e (jamais sirupeuse) Ă  finalement cheminer une voie initiatique af'in d'accepter avec courage et humilitĂ© (notamment auprès de ses rapports plus conciliants avec sa soeur cadette) la mort de l'ĂŞtre cher.

                                     

Ferme les yeux et garde ton esprit bien ouvert
Vendu comme un film familial d'aventures fantastiques truffĂ©es de pĂ©ripĂ©ties Ă©piques et endiablĂ©es, Le Secret de Terabithia se dĂ©cline pourtant en douloureuse chronique infantile Ă  travers sa brusque rupture de ton, sa radicalitĂ© si extrĂŞme Ă  confronter l'expĂ©rience brutale du deuil auprès de l'innocence. Le rĂ©alisateur dĂ©clarant sans ambages un hymne Ă  l'amitiĂ© et Ă  l'amour, au pouvoir crĂ©atif de l'imaginaire, Ă  l'initiation des alĂ©as de la vie et enfin Ă  l'acceptation de la perte d'un ĂŞtre cher avec un rĂ©alisme aussi sĂ©duisant que perturbant. DĂ©chirant conte dĂ©diĂ© Ă  la magie de l'enfance, Ă  l'autosuggestion et Ă  la dure fatalitĂ© de la souffrance morale que tout un chacun traverse au cours de l'existence, le Secret de Terabithia vous laissera une marque indĂ©lĂ©bile dans l'encĂ©phale Ă  travers ses deux visages Ă©rudits frappĂ©s par le lyrisme des sentiments.

P.S: Avertissement aux enfants de moins de - de 8/10 ans, certain(e)s pourraient être profondément choqué(e)s et perturbé(e)s par la noirceur (brut de décoffrage) du thème survenant aux 20 ultimes minutes du récit.

Dédicace à Luke Mars, Pascal Clabaut et Sandrine Villemard.

* Bruno
01.01.25. Vost
18.04.11.


                                       

vendredi 15 avril 2011

LE SOUS-SOL DE LA PEUR (The People under the stairs). Prix Spécial du Jury à Avoriaz 1992.


de Wes Craven. 1991. U.S.A. 1h42. Avec Brandon Adams, Everett McGill, Wendy Robie, A.J. Langer, Ving Rhames, Sean Whalen.

Sortie France: 15 Janvier 1992, U.S.A: 01 Novembre 1991.

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio.
1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.

                                      

Deux ans après Schocker (serial-killer aux 3000 volts svp !), Wes Craven repasse derrière la caméra pour livrer l'un de ses films les plus cartoonesques où des enfants molestés se fondent dans la peau de héros. Un conte macabre, cynique et drôlement sardonique dépeignant le vampirisme de la bourgeoisie au profit des exclus de l'immigration. Dans un quartier défavorisé, un couple de psychopathes, kidnappeurs d'enfants, règnent en maître sur la population depuis des décennies en louant des immeubles à prix exorbitant. Deux délinquants à la petite semaine accompagnés d'un enfant, dont la mère atteinte d'une tumeur ne peut plus subvenir à ses besoins, vont tenter de cambrioler la demeure des tortionnaires.

                                       

Féroce satire sociale, le Sous-sol de la peur est une série B d'autant plus déroutante qu'elle est dirigée par deux enfants de moins de 12 ans retenus prisonniers par un couple de tortionnaires aux penchants pédophiles ! La narration diablement troussée empreinte de prime abord la voie du conte de fée, façon Hansel et Cretel remis au goût du jour dans un contexte urbain d'une société raciste. La forêt se substituant en métropole, la chaumière en vaste pavillon rempli de pièges et la sorcière symbolisant la caricature perfide de propriétaires cupides. Un frère et une soeur xénophobes très portés sur le confort et le contrôle sécuritaire se sont ici concertés pour asservir la vie de défavorisés en emprisonnant quelques enfants dans leur cave.

                                         

C'est à la suite d'un cambriolage ayant mal tourné qu'un adolescent va se retrouver embrigadé dans leur demeure. Rapidement, il va établir la rencontre d'un jeune adulte mutique réduit à l'état sauvage, car caché dans les cloisons murales. Mais surtout il va se lier d'amitié avec une fillette embrigadée depuis sa naissance, et donc déconnectée de ses repères. Tandis que dans la cave sont entassés depuis longtemps des quidams dépravés livrés à eux mêmes, contraints de pratiquer l'anthropophagie pour subvenir à leur survie. Durant ce périple de l'enfer impliqué dans un dédale de pièces secrètes, les deux enfants vont tenter de s'échapper par toutes les issues possibles de chaque cloison de la demeure alors que les propriétaires affublés d'un rottweiler vont se lancer à leur trousse pour les appréhender.
Dans le rĂ´le du frère pĂ©dophile adepte de la chasse Ă  l'homme et du SM (panoplie de Batman Ă  l'appui !), Everett McGill s'avère savoureux de maladresse et de cynisme sarcastique. Au physique dĂ©testable de mĂ©gère renfrognĂ©e, Wendy Robie lui partage la vedette avec sadisme de cruautĂ© et d'humiliation pour sa fonction impĂ©rieuse particulièrement imbue.

                                     

MenĂ© Ă  un rythme effrĂ©nĂ© dans son lot de pĂ©ripĂ©ties horrifiques et de situations pittoresques, Le sous-sol de la peur adopte la dĂ©marche d'une satire sociale aussi acide que acerbe par son climat malsain oĂą l'innocence infantile s'avère le pivot hĂ©roĂŻques. Cette farce corrosive s'octroie Ă©galement d'ironiser sur l'instinct pervers d'une bourgeoisie sournoise vautrĂ©e dans la richesse de son confort et des biens matĂ©riels. 

Récompenses: Prix Spécial du Jury à Avoriaz en 1992.
Pegasus Audience Award au festival du film fantastique de Bruxelles en 1992.

15.04.11. 3.
Bruno Matéï.

mercredi 13 avril 2011

Scream. Grand Prix à Gérardmer 1997.

                  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Imdb, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

de Wes Craven. 1996. U.S.A. 1H50. Avec Neve Campbell, Vourteney Cox, David Arquette, Skeet Ulrich, Matthew Lillard, Rose McGowan, Jamie Kennedy, Drew Barrymore.
Sortie en salles en France le 16 Juillet 1997, U.S.A le 20 Décembre 1996.

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, acteur et monteur nĂ© le 2 Aout 1939 Ă  Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La CrĂ©ature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des TĂ©nèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire Ă  brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.

                                     

Pour rappel, Scream est le fruit de l’association entre le scĂ©nariste Kevin Williamson et Wes Craven, dĂ©sireux de ressusciter le psycho-killer - vulgairement rebaptisĂ© “slasher” - que l’on croyait inhumĂ© Ă  la fin des annĂ©es 80. L’influence de Serial Mom donne Ă  Craven l’envie de mĂŞler l’auto-dĂ©rision Ă  l’horreur la plus frontale.

Ă€ Woodsboro, petite ville amĂ©ricaine en apparence tranquille, un couple est retrouvĂ© atrocement mutilĂ© dans le jardin d’une maison familiale. Police et journalistes s’agitent. Et dĂ©jĂ  plane l’ombre du tueur masquĂ© autour de la lycĂ©enne Sidney Prescott.

AurĂ©olĂ© du Grand Prix Ă  GĂ©rardmer et d’un succès international fulgurant, le film s’Ă©rige en baroud d’honneur psychanalytique au psycho-killer initiĂ© par Mario Bava, Bob Clark et surtout John Carpenter. Dès le prĂ©lude, d’une cruautĂ© sèche et d’une intensitĂ© dramatique suffocante, Craven joue avec notre culture horrifique et ses codes balisĂ©s. Une adolescente prĂ©pare du pop-corn chez ses parents absents. Le tĂ©lĂ©phone sonne. Une voix ironique disserte sur le plaisir ludique que procurent les films d’horreur… avant de faire basculer la conversation vers la terreur pure. Le meurtre qui s’ensuit demeure l’un des moments les plus poignants du film, abrupt, implacable.  

                                       

Après cet interlude pervers qui dĂ©tourne les poncifs - jusqu’Ă  faire trĂ©bucher maladroitement le tueur dans une ironie presque burlesque - nous rencontrons Sidney Prescott, lycĂ©enne rĂ©servĂ©e, encore meurtrie par l’assassinat de sa mère un an plus tĂ´t. Un garçon au charme suspect s’introduit par la fenĂŞtre de sa chambre, tentĂ© de forcer l’intimitĂ©. C’est autour de cette hĂ©roĂŻne encore vierge, Ă  la fois docile et rĂ©sistante, que l’intrigue se resserre.

Le film glisse alors vers un jeu de massacre rĂ©fĂ©rentiel sur notre rapport Ă  l’image et au pouvoir de la fiction. Son apogĂ©e survient lors d’une soirĂ©e entre adolescents rĂ©unis devant Halloween. L’un d’eux Ă©nonce les règles Ă©lĂ©mentaires pour survivre dans un film d’horreur : ne pas boire, ne pas se droguer, ne pas coucher. Ironie suprĂŞme : pendant qu’ils dissèquent les codes, le tueur est dĂ©jĂ  dans la maison.

Ă€ l’extĂ©rieur, des journalistes espionnent la scène grâce Ă  une camĂ©ra infiltrĂ©e. Mais l’image qu’ils regardent accuse trente secondes de retard. Cette latence crĂ©e une confusion vertigineuse entre rĂ©el et reprĂ©sentation. Le tueur peut dĂ©jĂ  ĂŞtre passĂ© Ă  l’acte quand eux croient encore observer une fiction en direct. La mise en abyme devient vertigineuse : Ă©crans dans l’Ă©cran, regard dans le regard. Un journaliste hurle devant sa tĂ©lĂ©vision : « Attention, il est derrière toi ! »… sans rĂ©aliser que le meurtrier se tient rĂ©ellement derrière lui. L’illusion ludique se retourne en condamnation.                                     

                                       

D’une efficacitĂ© implacable, surtout dans sa seconde moitiĂ©, truffĂ© de clins d’Ĺ“il et de sarcasmes, portĂ© par une troupe de comĂ©diens complices et brillants, Scream s’impose comme l’un des derniers grands fleurons du psycho-killer. Il se moque avec tendresse, jamais avec mĂ©pris - loin de la vulgaritĂ© opportuniste de Scary Movie. Craven y interroge aussi la violence au cinĂ©ma, son influence possible, sa digestion par des esprits fragiles.

Passionnant, intelligent, ludique et jubilatoire, Scream demeure un classique contemporain : roublard, semi-parodique, mais profondĂ©ment amoureux du genre qu’il ausculte.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Les Chroniques de Scream 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/08/scream-2.html

                               Scream 4: http://brunomatei.blogspot.com/2011/04/scream-4.html
 
03.03.26. 4K. VOSTFR (4èx)
13.04.11.

Budget de production (Estimation) : 14 000 000 $
Nombre d'entrées en France : 2 207 347
Recettes USA : 103 046 663 $
Recettes mondiales : 173 046 663 $


Récompenses:
Saturn Award 1997 : meilleur film d'horreur, meilleur scĂ©nariste et meilleure actrice (Neve Campbell).
MTV Movie Award 1997 : meilleur film.
Festival du film fantastique de GĂ©rardmer 1997 : Grand Prix et Prix "première" du Public.

FAITS DIVERS:
Avril 2000, Ă  Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) : Nicolas, 16 ans, avait mis le fameux masque avant d'agresser son père et sa belle-mère Ă  coups de couteau; deux jours plus tard), Ă  Sarcelles (Val-d'Oise), un autre adolescent Ă©tait interpellĂ©, lui aussi affublĂ© du mĂŞme dĂ©guisement et armĂ© d'un couteau, aux abords de la gare.
ÉtĂ© 2001, Ă  Saint-Cyr-l'École (Yvelines) : cinq jeunes portant le mĂŞme masque avaient agressĂ© et violĂ© une jeune femme de 21 ans.
Juin 2002, Ă  Saint-SĂ©bastien-sur-Loire (Loire-Atlantique) : un lycĂ©en de 17 ans, revĂŞtu du fameux dĂ©guisement du tueur, assassinait Alice, une de ses camarades de classe, âgĂ©e de 15 ans. Le garçon, qui selon ses proches ne prĂ©sentait aucun trouble mental, avait « dĂ©cidĂ© de tuer quelqu'un », comme il l'a expliquĂ© aux enquĂŞteurs. Après avoir poignardĂ© sa victime Ă  42 reprises, l'agresseur s'Ă©tait enfui Ă  l'arrivĂ©e d'un voisin qui avait dĂ©couvert la jeune fille agonisante. Avant de mourir, elle avait eu le temps de donner le nom de son meurtrier. Le 19 novembre 2004, la cour d'appel de Rennes condamne l'assassin Ă  25 ans de rĂ©clusion (contre 22 ans prononcĂ©e en première instance).

mardi 12 avril 2011

Hobo with a shotgun


de Jason Eisener. 2011. Canada / U.S.A. 1h26. Avec Rutger Hauer, Molly Dunsworth, Gregory Smith, Nick Bateman, Brian Downey.

Sortie en France le 25 Mars 2011.

FILMOGRAPHIE: Jason Eisener est un réalisateur canadien. 2007: Hobo with a Shotgun. Trailer. 2008: Treevenge. Court-métrage. 2011: Hobo with a shotgun.

                                     

Il faut d'abord souligner qu'en 2007, un faux trailer surnommĂ© Hobo with a shotgun, spĂ©cialement conçu pour le projet "Grindhouse" de l'association Tarantino / Rodriguez (avec leur diptyque Boulevard de la Mort / Planet Terror) se voit attribuer du grand prix du concours de bandes annonces afin de pouvoir figurer en guise d'interlude entre les projections en continu des deux pĂ©loches prĂ©citĂ©s. Trois ans plus tard, son rĂ©alisateur Jason Eisener a l'opportunitĂ© d'en tirer un vĂ©ritable long-mĂ©trage avec en tĂŞte d'affiche le vĂ©tĂ©ran Rutger Hauer ! Après le surestimĂ© (pour ne pas dire semi-ratĂ©) Machete, c'est au tour d'une nouvelle production de rendre hommage Ă  tout un pan de sĂ©ries Z, spĂ©cifiquement les productions Troma des annĂ©es 80, afin d'y dĂ©ployer une trashitude outrancière rigoureusement insolente. Dans les ruelles malfamĂ©es de New-York, la dĂ©linquance, le prostitution, la corruption et les trafics de drogue font rage en toute impunitĂ© face Ă  une police inĂ©quitable. Mais cette folie meurtrière est commanditĂ©e par un leader notoire rĂ©gnant en maĂ®tre devant une population terrorisĂ©e. Un beau jour, un SDF tĂ©moin de la dĂ©chĂ©ance de son quartier et laminĂ© de voir une ultra-violence davantage expansive dĂ©cide de nettoyer les rues des criminels inflexibles Ă  coups de chevrotine enragĂ©e !

                                        

Superbement photographiĂ© dans des teintes dĂ©libĂ©rĂ©ment saturĂ©es, le sobre prĂ©lude annonce l'arrivĂ©e d'un clochard sortant illĂ©galement d'un train avec un sac sur le dos pour longer un canal et rejoindre le nouveau quartier de Scum city. Cette sĂ©quence liminaire se dĂ©roule harmonieusement sous  l'impulsion mĂ©lodieuse de Michael Holm. Une partition Ă©lĂ©giaque entĂŞtante rendue cĂ©lèbre de par son ton dĂ©calĂ© entrevue dans le classique horrifico-mĂ©diĂ©val, La Marque du Diable de Michael Armstrong et Hoven Adrian. ArrivĂ© Ă  destination, le Sdf promène inlassablement son cadi famĂ©lique dans les ruelles sordides tandis que des voyous opèrent en toute impunitĂ© pour semer le dĂ©sordre, la mort, voir le chaos. C'est après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin d'un braquage brutal que notre dĂ©favorisĂ© se dĂ©cidera Ă  prendre une arme Ă  feu, spĂ©cialement un fusil de chasse, et tuer de sang froid les trois malfaiteurs sous les yeux mĂ©dusĂ©s du commerçant et des badauds Ă©berluĂ©s. Quand bien mĂŞme quelques instant plus tard, il ira porter assistance Ă  une jeune prostituĂ©e avec qui il se liera d'affection alors qu'une bande juvĂ©nile mafieuse tolĂ©rĂ©e par leur paternel illuminĂ© jurera de leur trouer la peau.

                                      

Pour tous les amateurs de sĂ©ries Z typiquement saugrenues et frĂ©nĂ©tiques, digne d'une production Tromaville donc, cet hommage bisseux est spĂ©cialement conçu pour vous ! De surcroĂ®t, si vous ĂŞtes fans invĂ©tĂ©rĂ©s de vigilante movies ayant sĂ©vi durant les annĂ©es 70 et 80, alors Hobo saura vous convaincre Ă  travers son dĂ©lire assumĂ© totalement dĂ©complexĂ© puisque baignant dans un perpĂ©tuel mauvais goĂ»t avec une chaleureuse spontanĂ©itĂ© ! LĂ  oĂą Machete de Rodriguez se prĂ©tendait gros dĂ©fouloir jouissif Ă  peine sympathique dans sa combinaison d'actionner bourrin et de gore cartoonesque (souvenez vous du pathĂ©tique combat final contre Seagal !), Hobo with a shotgun va foutre un grand coup de pied bien plus acerbe et sardonique dans le politiquement incorrect, l'immoralitĂ©, le gore craspec percutant (FX remarquables !) et le mauvais goĂ»t vitriolĂ©. A titre d'exemple, imaginez un instant deux voyous pĂ©nĂ©trĂ©s Ă  l'intĂ©rieur d'un car scolaire pour massacrer Ă  coups de lance flamme une ribambelle de gamins terrorisĂ©s, pour l'instant d'après ĂŞtre carbonisĂ©s en suppliant leur cri d'agonie. Une scène impensable qui Ă  de quoi surprendre et estomaquer l'amateur blasĂ© ! Et ce, mĂŞme si l'effet escomptĂ© est aseptisĂ© auprès d'une dĂ©rision sarcastique quelque peu salvatrice (nous sommes dans un pur divertissement hardcore mais volontiers saugrenu et  racoleur auprès d'adultes consentants !). Ainsi, nombre de scènes extrĂŞmes sont adroitement concoctĂ©es avec pas mal d'efficacitĂ© et les situations les plus improbables s'enchaĂ®nent sans rĂ©pit dans la joie d'action ultra violente et de gore putanesque. S'ensuit donc Ă  rythme mĂ©tronome un Ă©talage de sĂ©quences chocs spectaculaires aussi violentes que cyniques car se vautrant royalement dans l'ironisme cinglant !

                                         

Les tĂŞtes coincĂ©es dans une bouche d'Ă©gout, broyĂ©es ou sectionnĂ©es volant en Ă©clat, les corps explosant sous les impacts de balles Ă  moins d'ĂŞtre Ă©ventrĂ©s ou Ă©lectrocutĂ©s, les gorges et les mains sĂ©vèrement tranchĂ©es sans oublier un masticage de verre brisĂ© du plus bel effet. Ce scĂ©nario volontairement idiot auquel les gentils coursent les mĂ©chants et vice versa constitue Ă©videment un prĂ©texte pour y dĂ©ployer gĂ©nĂ©reusement un florilège de quiproquos tous plus dĂ©bridĂ©s les uns que les autres. Tel ce massacre mĂ©thodique commis dans un centre hospitalier auquel nos hĂ©ros s'y sont rĂ©fugiĂ©s tandis que deux voyous dĂ©guisĂ©s en terminator et armĂ©s jusqu'aux dents dĂ©cimeront un Ă  un les membres du personnel. Au-delĂ  de toutes ses qualitĂ©s susnommĂ©es, le divertissement insolent rĂ©ussit Ă©galement Ă  gagner notre ferveur grâce Ă  la formidable complicitĂ© de l'excellent Rutger Hauer (mâchoire serrĂ©e et regard brut furieusement renfrognĂ© Ă   l'appui !) accompagnĂ© de la charmante Molly Dunsworth. Alors que l'ambiance irrĂ©elle baigne dans un esprit marginal volontairement saugrenu, Ă  situer quelque part entre le Justicier de New-York et The Toxic Avenger. Ajoutez Ă  cela une entraĂ®nante BO pop rock typiquement eightie et vous obtenez un cocktail survitaminĂ© de dĂ©lire scabreux irrĂ©sistiblement jubilatoire.

*Bruno
13.04.11

vendredi 8 avril 2011

INFECTION (Kansen)

                                             

de Masayuki Ochiai. 2004. Japon. 1h35. Avec Michiko Hada, Mari Hoshino, Tae Kimura, Yoko Maki, Kaho Minami, Moro Morooka.

Sortie en France le 26 Aout 2008, Japon: 2 Octobre 2004.

FILMOGRAPHIE: Masayuki Ochiai est un réalisateur japonais.
1997: Parasite Eve,1999: Hypnosis, 2004: Infection, 2008: Shutter.

                                          

Après l'excellent Hypnosis et avant le remake dĂ©criĂ© de Shutter, Masayuki Ochiai a su diverger de la mode des fantĂ´mes revanchards au longs cheveux type Ring ou des six volets de Ju-on en pleine effervescence en ce dĂ©but des annĂ©es 2000. Il livre avec Infection un film Ă  petit budget original, soignĂ© et inquiĂ©tant, renforcĂ© par son atmosphère Ă©touffante d'un huis-clos hospitalier auquel un virus inconnu semble contaminer chaque membre du personnel.

Dans un hĂ´pital au bord de la faillite financière, un malade est ramenĂ© devant les portes d'entrĂ©es contre les dĂ©faveurs des mĂ©decins complètement dĂ©bordĂ©s et dĂ©jĂ  envenimĂ©s par un patient critique brĂ»lĂ© au troisième degrĂ©. Lentement, le personnel mĂ©dical semble Ă©pris de folie contagieuse alors que leur souche sanguine se met Ă  virer de couleur dans une tonalitĂ© verdâtre en liquĂ©fiant leur chair humaine.

                                          

Sorti tardivement chez nous quatre ans après sa sortie nippone, Infection pourrait nous faire penser Ă  un Ă©nième film de zombie cocaĂŻnĂ© ou d'infectĂ© surexcitĂ© façon 28 jours plus tard avec son titre accrocheur d'une potentielle contamination pernicieuse. Effectivement, il s'agira bien d'une propagation virale attribuĂ©e vers un groupe de mĂ©decins rĂ©fugiĂ©s dans un centre hospitalier prĂ©caire en pleine Ă©bullition mais sans toutefois la rĂ©habilitation festive de meurtriers enragĂ©s. La manière sobre et originale dont le rĂ©alisateur tisse son sujet Ă©vite donc la redite aux airs classiques de dĂ©jĂ  vu et concentre son potentiel et son savoir-faire sur une ambiance glauque subtilement amenĂ©e dans un suspense lattent et inquiĂ©tant.
Le dĂ©cor restreint d'un Ă©tablissement chirurgical est tout Ă  fait propice pour jouer avec les angoisses anxiogènes du spectateur avec cet endroit vouĂ© Ă  guĂ©rir les patients d'une maladie ou d'un accident plus ou moins grave. Y faire pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de cette clinique un malade atteint d'un virus extrĂŞmement dangereux et contagieux attise l'inquiĂ©tude et la peur viscĂ©rale surtout quand le rĂ©alisateur finaud prend un malin plaisir Ă  distiller tranquillement une ambiance insolite oĂą nos personnages dĂ©lurĂ©s vont peu Ă  peu perdre pied dans l'improbabilitĂ© des faits exposĂ©s.
De plus, Masayuki Ochiai nous met face Ă  une Ă©tonnante galerie de personnages Ă©quivoques et paradoxales ! Quelques mĂ©decins expertisĂ©s en chute libre, deux malades dĂ©charnĂ©s et moribonds dont l'un succombera rapidement Ă  cause de ses brĂ»lures, une patiente âgĂ©e atteinte de troubles mentaux s'amusant perpĂ©tuellement Ă  narguer nos protagonistes et des infirmières novices peu adroites et inconfiantes dans leur frĂŞle contribution Ă  soigner et surveiller les souffrants.
InĂ©vitablement et langoureusement, tout ce beau monde va facilement se laisser entamer par une folie sous-jacente enrayĂ©e de manière inconsciente par la cause d'une maladie infectieuse inĂ©dite.
En effet, nos protagonistes vont peu Ă  peu se comporter de manière irrationnelle pour avoir des attitudes masochistes comme le fait de se piquer machinalement Ă  plusieurs reprises les veines d'un bras avec une seringue multi utilisĂ©e ou se laisser baigner les mains dans une bassine d'eau Ă©bouillantĂ©e. Alors que chaque individu contaminĂ© se verra transpirer d'un sang verdâtre et se liquĂ©fier jusqu'Ă  ce que leur corps ressemble Ă  un amas de bouillie visqueuse et flasque.

                                          

A travers cette trame horrifique Ă©parpillĂ©e de scènes chocs inopinĂ©es mais jamais outrancières dans ses effusions de gore absent (chaque mort Ă  caractère sanguinolent est Ă©ludĂ© du sang traditionnellement rouge pour le remplacer par une couleur verte), Masayuki Ochiai traite en premier lieu du système faillible des services mĂ©dicaux hospitaliers en situation prĂ©caire, davantage en manque de main d'oeuvre, peu favorisĂ©s par l'assistance d'infirmières nĂ©ophytes inexpĂ©rimentĂ©es alors qu'une grossière erreur mĂ©dicale va devoir leur ĂŞtre imposĂ©e. De cet incident majeur entraĂ®nant inĂ©vitablement des poursuites judiciaires, les tĂ©moins responsables vont devoir faire face Ă  leur moralitĂ©, Ă  savoir s'il faudra falsifier les causes du dĂ©cès du malade mort par leur faute accidentelle ou assumer leur responsabilitĂ© et faire face Ă  la justice de manière Ă©quitable et rĂ©prĂ©hensible.

MalgrĂ© un final confus et trouble qui multiplie les coups de théâtre pour mieux nous interloquer (le virus s'insinuant en fin de compte dans les rĂŞves pour mieux altĂ©rer la conscience), Infection est un excellent moment horrifique qui traite sa mise en scène avec intelligence par un refus du racolage sanglant. En dehors d'une bonne interprĂ©tation d'ensemble, il doit surtout Ă  son ambiance insolite prenant soin de distiller un environnement glauque d'un lieu hospitalier baroque entachĂ© d'une aura presque malsaine, et renforcĂ©e par ses Ă©clairages flashys de teintes fluorescentes.

08.04.11.
Bruno 

mardi 5 avril 2011

Lisa et le Diable / Lisa e il diavolo


de Mario Bava. 1972. 1h35. Italie/Allemagne/Espagne. Avec Elke Sommer, Telly Savalas, Sylva Koscina, Alida Valli, Alessio Orano, Espartaco Santoni, Eduardo Fajardo, Gabriele Tinti.

FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1972: Lisa et le Diable. 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


                                    

"L’ombre de Lisa dans la maison des morts".
Après le succès de Baron Blood, le producteur Alfredo Leone propose Ă  Mario Bava un nouveau projet, lui offrant carte blanche sur le contenu scĂ©naristique et sa facture visuelle. Le rĂ©alisateur s’empare alors d’un ancien script Ă©crit par son père dĂ©funt, comme un hommage personnel et intime. Mais un problème survient lors de sa première projection au MarchĂ© de Cannes : Lisa et le Diable dĂ©concerte les distributeurs, qui jugent l’Ĺ“uvre trop confuse, trop complexe, trop personnelle. Leone dĂ©cide alors, avec l’accord de Bava, de remonter le film en y insĂ©rant des sĂ©quences d’exorcisme, pour surfer sur le triomphe de L’Exorciste de Friedkin. ProfondĂ©ment catholique, Bava s’offusque de ces ajouts qu’il juge vulgaires et blasphĂ©matoires. Le film ressort en 1975 sous le titre La Maison de l’Exorcisme, rencontrant cette fois un succès commercial — un filon mercantile pour le producteur, quand bien mĂŞme Bava, non crĂ©ditĂ© Ă  la rĂ©alisation, y perdra leur amitiĂ© Ă  jamais. Cette version remaniĂ©e, grossière, dĂ©nuĂ©e de sens, n’est qu’une pâle figure comparĂ©e Ă  Lisa..., que je considère comme le plus beau film du maestro. Car ce diamant noir, maudit, fut longtemps mis Ă  l’Ă©cart, honteusement oubliĂ©, inĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es.

                                   

Le pitch : Lisa profite de vacances Ă  Tolède, en Espagne. Lors d’une promenade, elle est frappĂ©e par une peinture reprĂ©sentant le diable. Quelques instants plus tard, elle se rĂ©fugie dans une boutique d’antiquitĂ©s tenue par un homme ressemblant Ă©trangement au personnage de la fresque, tenant dans ses bras un mannequin que Lisa croit reconnaĂ®tre. Elle reprend sa route vers la place principale, et croise un individu identique au mannequin. PaniquĂ©e, elle le pousse sur la chaussĂ©e : l’homme semble mortellement blessĂ©. Ă€ la tombĂ©e de la nuit, Ă©garĂ©e, elle demande Ă  un couple circulant en voiture de la reconduire. Mais la voiture tombe en panne devant une vieille demeure gothique, dont l’antiquaire semble ĂŞtre le maĂ®tre des lieux...

                                    

Ĺ’uvre hermĂ©tique au pouvoir de fascination incommensurable, Lisa et le Diable est une fuite en avant vers des songes morbides. La frontière entre chimère et rĂ©alitĂ© s’y brouille, pour mieux Ă©garer protagonistes et spectateur dans un engrenage oĂą l’illusion semble dicter notre perception du rĂ©el. La narration, impĂ©nĂ©trable, nous invite Ă  dĂ©chiffrer les moindres indices dissĂ©minĂ©s dans chaque dĂ©tail du rĂ©cit. Dans des dĂ©cors gothiques somptueux, enrichis d’un esthĂ©tisme baroque Ă  couper le souffle, Mario Bava orchestre un cauchemar romantique, indĂ©chiffrable, foisonnant d’ombres, de symboles, de gestes suspendus. L’histoire, profondĂ©ment romantique, est portĂ©e par la sublime partition Ă©lĂ©giaque d’Aranjuez, qui nous enivre d’une amertume nostalgique, confrontĂ©e Ă  une mouvance nĂ©crophile. Et puis il y a Lisa — Elke Sommer, troublante, habitĂ©e par une Ă©trangetĂ© douce et indĂ©cise. Comme elle, nous errons, perdus dans cette demeure au secret familial infectĂ© d’adultère, hantĂ©e de fantĂ´mes nĂ©vrosĂ©s cherchant Ă  renouer avec un amour ancien.

                                   

Raconter avec prĂ©cision cette fantasmagorie relève presque de l’impossible. On peut toutefois suggĂ©rer qu’il s’agit d’une famille hantĂ©e par le spectre d’ElĂ©na, beautĂ© tĂ©nĂ©breuse infidèle, aimĂ©e de deux hommes, dont Lisa semble ĂŞtre la rĂ©incarnation. Tout au long du rĂ©cit, elle est harcelĂ©e par le mari aveugle de la dĂ©funte, tandis que le fils, jadis mariĂ© Ă  ElĂ©na, succombe au charme trouble de cette nouvelle apparition. Les morts et les vivants s’entrelacent, se confondent, tandis que le Diable — incarnĂ© par un serviteur chauve et sarcastique (un Telly Savalas Ă©tonnant !) — manipule ses invitĂ©s pour mieux les figer en mannequins de cire. Le final, dĂ©sarticulĂ© et cauchemardesque, montre Lisa, prisonnière Ă  bord d’un avion — dernier trajet pour l’enfer d’une femme condamnĂ©e d’avoir corrompu l’amour. Le Diable, maĂ®tre de cĂ©rĂ©monie, serait l’architecte de cette damnation. Ă€ moins que tout cela ne soit qu’un rĂŞve nĂ©vrotique d’une jeune femme troublĂ©e par une fresque mĂ©diĂ©vale, dont la force d’Ă©vocation aurait dĂ©clenchĂ© un cauchemar brisant les frontières du rĂ©el...

                                    
 
"Sous le masque du diable, le visage d’ElĂ©na".
PortĂ© par des comĂ©diens transis d’Ă©moi, Lisa et le Diable s’Ă©rige en poème funèbre d’un romantisme inassouvi. Un rĂŞve illusoire peuplĂ© de statues, de mannequins figĂ©s dans le silence d’un passĂ© rĂ©volu, tandis qu’une jeune femme hantĂ©e par ses offenses revient sur les lieux d’une tragĂ©die sentimentale, soumise Ă  l’influence du Diable. TraversĂ© d’images oniriques d’une beautĂ© macabre et charnelle, ce chef-d’Ĺ“uvre inaltĂ©rable est une ode Ă  la fantasmagorie la plus obsĂ©dante. Une fois le gĂ©nĂ©rique tombĂ©, il devient difficile de retrouver une parcelle de luciditĂ© dans le retour Ă  notre banal quotidien.
Une idée insatiable me traverse alors, comme une fièvre :
Revoir Lisa et le Diable... et ne plus jamais en sortir.

*Bruno
23.08.23.
05.04.11     
30.12.23. Vistfr. 4èx

lundi 4 avril 2011

LA CHAMBRE DES MORTS


de Alfred Lot. 2007. France. 1H53. Avec Mélanie Laurent, Eric Caravaca, Gilles Lelouche, Jonathan Zaccaï, Céline Sallette, Laurence Côte, Jean François Stevenin, Nathalie Richard, Stéphane Jobert.
Sortie en France le 14 Novembre 2007.

FILMOGRAPHIE: Alfred Lot est un réalisateur et scénariste Français.
2007: La Chambre des morts
2009: Une petite zone de turbulence

                                    

Premier long-mĂ©trage d'Alfred Lot, La Chambre des morts, adaptation cinĂ©matographique du roman de Franck Thilliez, empreinte la voie du thriller US en s'allouant d'une ambiance pesante et opaque, dans la mouvance du Silence des Agneaux et son angoisse palpable paroxystique des derniers retranchements.

Deux individus Ă©mĂ©chĂ©s circulant en voiture Ă  vive allure renversent par accident un homme alors qu'il venait de rapporter une rançon d'un million d'euros pour dĂ©livrer sa fille kidnappĂ©e. Le duo dĂ©cide de se dĂ©barrasser du corps et s'emparer de l'argent, pensant qu'il s'agit d'un butin de malfaiteur.
Le lendemain matin, après la dĂ©couverte du corps du père de famille, la police dĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux d'un entrepĂ´t trouve le cadavre de sa fille atteinte de cĂ©citĂ©, alors que des poils d'animaux sont laissĂ©s comme indice. Quelques jours plus tard, une seconde adolescente issue d'une famille prĂ©caire et souffrant de diabète est Ă  nouveau enlevĂ©e. La jeune policière Lucie et son collègue Norman enquĂŞtent sur cette sombre histoire laborieuse.

                                        

InterprĂ©tĂ© par une flopĂ©e de comĂ©diens modestement discrets et au physique naturel concordant, La Chambre des Morts suit l'enquĂŞte difficile de deux inspecteurs de police, Lucie, cĂ©libataire inflexible mais mère de deux enfants, et son Ă©quipier, le lieutenant Norman, secrètement amoureux de cette partenaire introvertie occultant un douloureux secret infantile.
Dès le prĂ©ambule percutant, particulièrement inopinĂ© dans les circonstances requises pour faire intervenir deux meurtres Ă©troitement liĂ©s Ă  une affaire de kidnapping sordide, le ton mortifère est donnĂ©. L'ambiance est rĂ©aliste, lourde et austère, dĂ©nuĂ©e d'effets Ă©purĂ©s avec l'apparition spectrale d'une jeune fille morte au sourire inerte, retrouvĂ©e ligotĂ©e sur une chaise dans l'environnement glauque d'un entrepĂ´t vide.
Cette dĂ©couverte macabre particulièrement dĂ©rangeante et poignante, Ă©ludĂ©e d'outrance putassière nous donne irrĂ©mĂ©diablement l'envie de dĂ©couvrir le cheminement de cette sombre affaire d'enlèvement infantile. Alors que le ou les coupables prĂ©sumĂ©s semblent eux-mĂŞmes profondĂ©ment affectĂ©s par un passĂ© potentiellement liĂ© Ă  une enfance maltraitĂ©e (d'oĂą la prĂ©sence de ses flashs-back rĂ©currents Ă©tablissant une relativitĂ© entre le tueur et l'inspectrice de police).

Avec sa texture blĂŞme d'une photographie blafarde, Alfred Lot nous entraĂ®ne parmi la complicitĂ© des solides comĂ©diens MĂ©lanie Laurent et Eric Caravaca Ă  suivre une troublante enquĂŞte cauchemardesque aux cimes du conte horrifique durant ses vingts dernières minutes Ă©prouvantes, remarquablement menĂ©es sur un rythme intensif et accentuĂ© par le tempo envoĂ»tant d'un score musical entĂŞtant. Un final qui rappelle fortement le point d'orgue angoissĂ© du Silence des Agneaux quand Clarice Starling essaie d'apprĂ©hender le coupable dans l'investissement de la propre demeure du tueur. Le psychĂ© traumatique liĂ©e Ă  l'enfance de Lucie est Ă©galement Ă  peine influencĂ© par le personnage docile qui Ă©tait campĂ© par Jodie Foster (alors qu'Ă  un moment prĂ©cis d'une sĂ©quence anodine, on apercevra brièvement dans la bibliothèque de la brigadier le fameux roman du second opus de Thomas Harris !).

                                 

Noir et rugueux, La Chambre des morts nous impose l'endroit grisonnant d'une citĂ© minière du nord de la France avec l'attribution de quelques dĂ©cors peu communs comme le refuge nocturne d'une boite sado-maso Ă©changiste, un zoo animalier rĂ©git par un nĂ©faste taxidermiste, une cave lugubre dĂ©crĂ©pie, un petit logement amĂ©nagĂ© d'animaux empaillĂ©s ou l'endroit flamboyant et gothique d'une chambre majestueuse, hĂ©ritĂ©e de la Hammer film.
Alors que les nombreux personnages qui parsèment le rĂ©cit se rĂ©vèlent le plus souvent des marginaux torturĂ©s, pervertis, avilis par le mal ou des individus esseulĂ©s, meurtris, aigris, Ă©voluant dans un milieu social peu privilĂ©giĂ©.
  
L'Ă©lĂ©gante MĂ©lanie Laurent interprète avec candeur, flegme et spontanĂ©itĂ© le personnage secret d'une jeune cĂ©libataire refoulĂ©e, victime malgrĂ© elle d'un passĂ© vilipendĂ©, profondĂ©ment esseulĂ©e dans son existence terne mĂŞme si l'Ă©ducation de ces deux jeunes enfants lui permet d'accorder un regain d'intĂ©rĂŞt pour son avenir sans ambition.
Son partenaire Eric Caravaca impute une aimable composition de lieutenant confirmĂ© dans une discrète prestance Ă©pris aux sentiments amoureux pour son Ă©quipière de service.
Gilles Lelouche se rĂ©vèle parfaitement tempĂ©rĂ© dans la peau d'un père de famille rongĂ© par le remord d'avoir osĂ© transgresser les lois dans sa complicitĂ© indirecte de devoir dissimuler un cadavre pour l'appât d'un gain faramineux. Son acolyte interprĂ©tĂ© par Jonathan ZaccaĂŻ est tout aussi royal de conviction dans ses exactions crapuleuses en chute libre impliquant le crime gratuit Ă©hontĂ©.
ATTENTION SPOILER !!!
CĂ©line Sallette Ă©tait totalement appropriĂ©e pour s'investir d'un rĂ´le chĂ©tif dans sa psychologie meurtrie et traumatisĂ©e par une enfance galvaudĂ©e. Elle se rĂ©vèle particulièrement inquiĂ©tante, ombrageuse dans ses accès dĂ©rangĂ©s d'une folie meurtrière impliquant la prĂ©sence dĂ©charnĂ©e de primates anthropoĂŻde, de loups et de chiens de chenil empaillĂ©s.
FIN DU SPOILER.

                                      

PassĂ© inaperçu Ă  sa sortie et peu aidĂ© par une critique timorĂ©e Ă  louer les qualitĂ©s formelles d'un thriller glauque captivant, La chambre des morts est une excellente surprise pour le cinĂ©ma de genre hexagonal. Son ambiance opaque et blafarde constamment prĂ©gnante, l'interprĂ©tation habile de chaque comĂ©dien inscrit dans une existence socialement minante ou dans l'anxiĂ©tĂ© d'une psychologie Ă©branlĂ©e et la qualitĂ© d'un scĂ©nario frivolement touffus mais passionnant acheminent un thriller oppressant des plus sĂ©duisants.

Dédicace à Jean François Dupuy.
04.04.11.
Bruno Matéï.