mardi 29 novembre 2011

WATERWORLD


de Kevin Reynolds. 1995. 2h15. U.S.A. Avec Kevin Costner, Jeanne Tripplehorn, Dennis Hooper, Tina Majorino, Gérard Murphy, Chaim Girafi, Rick Aviles, Zitto Kazann, Leonardo Cimino, Zakes Mokae.

Sortie en salles en France le 25 Octobre 1995. U.S: 28 Juillet 1995

FILMOGRAPHIE: Kevin Reynolds est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 17 Janvier 1952 à San Antonion, Texas.
1985: Une Bringue d'enfer. Histoires Fantastiques (Epis, vous avez intérêt à me croire). 1988: La Bête de Guerre. 1991: Robin des Bois, prince des voleurs. 1993: Rapa Nui. 1995: Waterworld. 1998: 187 Code Meurtre. 2002: La Vengeance de Monte Cristo. 2006: Tristan et Yseult.


Avec un budget faramineux de 175 millions de dollars, Waterworld Ă©tait prĂ©disposĂ© Ă  remporter un succès considĂ©rable dans son alliage de cascades et d'action post-nuke hĂ©ritĂ©s de l'entreprise Mad-Max. A l'arrivĂ©e, le film se solde par un Ă©chec public et critique des plus cinglants qu'Hollywood ait jamais enregistrĂ© ! Avec le recul, ce blockbuster trĂ©pidant est loin d'avoir mĂ©ritĂ© son statut de purge dĂ©fraĂ®chie car il se rĂ©vèle en l'occurrence beaucoup plus abordable et jouissif qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie. En l'an 2500, la terre a Ă©tĂ© engloutie par les ocĂ©ans. Seul une poignĂ©e de survivants tentent de rĂ©sister contre les hordes de barbares enrĂ´lĂ©s par le pirate Deacon. Un baroudeur solitaire va se retrouver mĂŞler Ă  cette guĂ©rilla pour tenter de protĂ©ger la vie d'une mère et sa fille accoutrĂ©e d'un tatouage inscrit sur le dos. Ce dessin rĂ©vĂ©lant en vĂ©ritĂ© un itinĂ©raire codĂ© pour rejoindre la contrĂ©e de Dryland.
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Revoir aujourd'hui Waterworld prouve Ă  quel point le temps peut parfois permettre de restaurer des injustices et remettre les pendules Ă  l'heure. Ce qui frappe de prime abord avec cette aventure futuriste lorgnant sans complexe du cĂ´tĂ© de Mad-Max, c'est son pitch astucieux fondĂ© sur le dĂ©paysement azur d'un univers aquatique. En suggĂ©rant que la terre est devenue un vaste ocĂ©an dĂ©sertĂ© d'urbanisation et de prĂ©sence humaine, Kevin Reynolds nous agrĂ©mente d'une nature maritime photogĂ©nique accentuĂ©e par une superbe photographie aux nuances bleutĂ©es. Sans rĂ©pit, l'action Ă©chevelĂ©e embraye avec une première sĂ©quence d'anthologie particulièrement dantesque ! Alors qu'une petite communautĂ© de survivants est installĂ©e sur un village flottant appelĂ© "atoll", des mercenaires motorisĂ©s, armĂ©s jusqu'au dents, dĂ©cident de forcer les barrages de la ville pour extirper une fillette accoutrĂ©e d'un tatouage dorsal en guise de carte au trĂ©sor.  Auparavant, un homme nommĂ© Mariner s'Ă©tait rendu dans l'atoll le temps d'une tractation de troc. CapturĂ© et emprisonnĂ© par les rĂ©sidents après qu'ils aient pu dĂ©couvert sa vĂ©ritable identitĂ© mutante, celui-ci va profiter de la rixe pour pouvoir se dĂ©faire de ses chaĂ®nes avec l'aide d'HĂ©len et de sa fille convoitĂ©e, Enola. S'ensuit un florilège d'affrontements trĂ©pidants, vĂ©ritables morceaux de bravoure virtuoses gĂ©rĂ©s dans un amoncellement de cascades et pĂ©ripĂ©ties haletantes ou l'action lisible rivalise d'inventivitĂ© pour Ă©purer au maximum le caractère Ă©pique des affrontements. Ce moment d'adrĂ©naline pure est apte Ă  figurer dans les plus belles sĂ©quences d'action des annĂ©es 90 et peut rivaliser sans rougir avec les sĂ©quences inĂ©galĂ©es de Mad Max 2 de Georges Miller.


La suite du rĂ©cit simplifie la donne avec la traversĂ©e en voilier de Mariner, accompagnĂ© de ces deux survivantes. Pour dĂ©dramatiser la violence Ă©manant de la barbarie d'un climat belliqueux mais aussi rameuter tous les publics, Kevin Reynolds introduit l'humour avec certaines rĂ©pliques cocasses exprimĂ©es par une fillette dĂ©sinvolte, s'Ă©vertuant Ă  provoquer l'impassible Mariner. Un machiste Ă  l'autoritĂ© drastique bafouant sans restriction la gente fĂ©minine parmi la prĂ©sence de ces deux sauvageonnes. De manière intermittente, notre trio va devoir user de courage et subterfuge pour se mesurer Ă  la rencontre impromptue de quidams perfides naviguant aveuglement sur les mers Ă  bord de chalutiers customisĂ©s. Et cela jusqu'Ă  ce que Deacon, Ă©paulĂ© par ses comparses, ne vienne refaire surface pour s'empresser de kidnapper la gamine afin de pouvoir dĂ©coder le fameux tatouage occultant une contrĂ©e inexplorĂ©e. Dans celui du hĂ©ros iconique, Kevin Costner se tire honorablement d'un rĂ´le austère de guerrier aguerri plutĂ´t antipathique mais finalement valeureux et clĂ©ment. Tandis que l'impayable Dennis Hopper rivalise de cabotinage mesquin dans sa caricature ironique de corsaire mĂ©galo. Le point d'orgue renouant avec l'action bondissante d'un affrontement avec Mariner, seul contre tous, ayant rĂ©ussi Ă  pĂ©nĂ©trer au sein du gigantesque navire afin de sauver la vie d'Enola. Si l'action parfois improbable et expĂ©ditive se rĂ©vèle moins intense que prĂ©vue pour braver nos hordes de pirates excentriques, la sĂ©quence explosive s'avère assez dĂ©mesurĂ©e dans les moyens dĂ©ployĂ©s !


ScandĂ© par le score Ă©pique de James Newton Howard, Waterworld puise sa force dans son efficacitĂ© d'un rĂ©cit adroitement menĂ© rehaussĂ© d'un savoir faire technique irrĂ©prochable. Que ce soit l'armada des incroyables dĂ©cors dĂ©ployĂ©s avec crĂ©ativitĂ©, les costumes excentriques, les accessoires primitifs et l'affluence de moult figurants sortis tout droit d'une bande dessinĂ©e. Kevin Reynolds cultivant sa simplicitĂ© narrative au service d'une sĂ©rie B de luxe nantie d'un dĂ©paysement exotique fulgurant. En l'occurrence, on peut enfin adouber la sincĂ©ritĂ© du rĂ©alisateur d'avoir su porter Ă  l'Ă©cran un divertissement post-apo n'ayant pas Ă  rougir avec la franchise Mad-Max

29.11.11.  4
Bruno matéï

lundi 28 novembre 2011

LA GUERRE EST DECLAREE. Grand Prix Ă  Cabourg, Prix du Jury au festival Paris cinema.


de Valérie Donzelli. 2011. France. 1h40. Avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm, César Desseix, Gabriel Elkaïm, Brigitte Sy, Elina Lowensohn, Michèle Moretti, Philippe Laudenbach, Bastien Bouillon.

Sortie en salles en France le 31 Août 2011

FILMOGRAPHIE: ValĂ©rie Donzelli est une actrice, scĂ©nariste et rĂ©alisatrice française, nĂ©e le 2 Mars 1973 Ă  Epinal. 2008: Il fait beau dans la plus belle ville du monde (court). 2009: La Reine des Pommes. 2010: Madeleine et le facteur (court). 2011: La Guerre est dĂ©clarĂ©e. 2012: Main dans la main


Un hymne Ă  la vie, Ă  l'amour, Ă  l'espoir
Deux ans après sa comĂ©die romantique, la Reine des Pommes, l'actrice et rĂ©alisatrice ValĂ©rie Donzelli s'empare d'un sujet grave avec son deuxième long-mĂ©trage en abordant la pathologie infantile.  Si bien que les parents du film interprĂ©tĂ©s par celle-ci et JĂ©rĂ©mie ElkaĂŻm ont la particularitĂ© d'avoir rĂ©ellement vĂ©cu cette situation avec leur propre enfant âgĂ© de 18 mois. Durant une soirĂ©e festive, Juliette tombe follement amoureux de Romeo. Rapidement, le couple en Ă©moi dĂ©cide d'entreprendre la naissance d'un enfant. Durant les premiers mois, les parents remarquent auprès d'Adam un comportement Ă©quivoque. Après diagnostic mĂ©dical, celui-ci est atteint d'une tumeur du cerveau. Un long combat pour la vie est entamĂ© par Romeo et Juliette pour la sauvegarde de leur chĂ©rubin.  Double succès public et critique Ă  sa sortie, primĂ© de diverses rĂ©compenses dans l'hexagone et nominĂ© aux CĂ©sars et Oscars 2012, La Guerre est dĂ©clarĂ©e est une oeuvre miraculeuse touchĂ©e par la grâce. Le genre de petit film modeste dĂ©nuĂ© d'illustres acteurs et porteur d'un thème dĂ©licat Ă  deux doigts de faire sombrer le navire dans le mĂ©lo Ă  la fois lacrymal et pompeux. ValĂ©rie Donzelli, actrice, scĂ©nariste et rĂ©alisatrice, nous dĂ©peignant sous le feu des projecteurs son parcours fougueux du combattant communĂ©ment entrepris avec son amant pour se mesurer au malheur.


Ainsi, atteint d'une grave tumeur encéphale, le petit Adam est contraint avec le soutien de ses géniteurs d'entamer divers examens médicaux, chimiothérapie puis opération de la dernière chance pour tenter d'annihiler la maladie. Avec une vitalité cuisante et une poésie naturaliste, la réalisatrice nous entraîne sans complaisance au coeur même de la douleur, en interne de ce combat inespéré fustigeant deux amants préalablement épanouis mais aujourd'hui engagés à inhiber la maladie de leur descendance. Quand bien même les grands-parents et l'entourage amical s'embourbent dans un ton alarmiste, faute d'une contrariété difficilement gérable lorsqu'il s'agit de redouter l'interminable diagnostic d'une innocence sacrifiée par la maladie. A travers une mise en scène créative et flamboyante transcendant la fragilité de l'existence et le prestige du temps présent, la Guerre est déclarée est un chant d'amour dédié à la verve des sentiments. Un tourbillon vertigineux auprès des moments troubles de notre scepticisme frappé par un malheur injustifié. De cette vitalité florissante, l'aventure de romeo et juliette nous ait traité à travers un florilège d'émotions écorchées vives émaillées d'envolées lyriques et musicales. Et donc, ce qui ressort de cette aventure aussi bien singulière que cruciale, c'est la manière optimiste dont est illustrée le cheminement tortueux des héros souhaitant par leur complicité amoureuse se battre jusqu'à la fin du marathon pour pouvoir vaincre la mort. La caractérisation psychologique de ces derniers force inévitablement admiration, dignité et empathie dans leur bataille hargneuse à daigner coûte que coûte transcender la dichotomie du défaitisme et de l'optimisme.


La musique de mon coeur.
Hymne Ă  la vie contre l'insolence (si perfide) de la maladie incurable illustrĂ©e ici Ă  l'instar d'un feu d'artifice auprès des sentiments galvanisants, La Guerre est dĂ©clarĂ©e s'Ă©difie en spectacle fulminant Ă  travers son optimisme radical. La fraĂ®cheur naturelle et la spontanĂ©itĂ© des jeunes interprètes frappĂ©s de plein fouet par l'infortune exacerbant sa gravitĂ© narrative au grĂ© de leurs expressions contradictoires aussi bouleversantes et dĂ©chirantes que capiteuses et exaltantes. Il ressort donc de cette oeuvre radieuse le sentiment suprĂŞme de nous convaincre que notre existence demeure une divinitĂ© qu'il faut savoir savourer au creux mĂŞme de nos parcours les plus ardus ou nĂ©buleux. Oeuvre  dure mais lumineuse auprès de son acuitĂ© humaine fĂ©brile, La Guerre est DĂ©clarĂ©e est un message d'espoir universel auquel l'allĂ©gresse s'avère le carburant pour vaincre la dĂ©tresse morale. 

Dédicace à ceux qui ont perdu l'espoir.

* Bruno

RĂ©compensesGrand Prix au Festival de Cabourg.
Prix du JuryPrix du Public et Prix des Blogueurs au Festival Paris CinĂ©ma.
Nominé aux Césars et Oscars 2011.

Box-Office507 615 entrĂ©es en trois semaines d'exploitation.

28.11.11



samedi 26 novembre 2011

DERRIERE LES MURS


Tout ça pour ça !

Epoque vétuste de l'entre-deux-guerres soigneusement retranscrite sous une superbe photographie aux teintes voluptueuses, comédiens sobres dont une Laetitia Casta surprenant de naturel blême, suspense diffus, mystère entretenu avec parcimonie pour au bout du compte se retrouver face à une intrigue futile. Bourré de bonnes intentions dans sa tentative de renouver avec l'habile suggestion afin de susciter l'angoisse et l'incertitude, Derrière les Murs est un joli raté finalement rébarbatif, longuet et sans intérêt. Quand au niveau de l'angoisse présagée, elle se révèle franchement inexistante.
C'est fort dommage car les motivations ombrageuses de notre protagoniste ne manquait pas d'attrait dans ses états d'âme torturés. Juste avant une rémission cathartique engagée dans une chute risible conçue sur un simulacre de vacuité.

Néanmoins, pour les plus patients d'entre vous, le film peut se suivre avec un intérêt constant malgré son début laborieux et un rythme lent parfois décourageant. Mais attention à la révélation finale qui en calmera plus d'un !

Encore un essai franchouillard entretenu sur du vide.



jeudi 24 novembre 2011

Outsiders

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

"The Outsiders" de Francis Ford Coppola. 1983. U.S.A. 1h54 (Director's Cut). 1h30 (version cinéma). Avec C. Thomas Howell, Matt Dillon, Ralph Macchio, Patrick Swayze, Rob Lowe, Emilio Estevez, Tom Cruise, Glenn Withrow, Diane Lane, Leif Garret, Darren Dalton.

Sortie en salles en France le 7 Septembre 1983. U.S: 29 Mars 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Francis Ford Coppola est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 7 Avril 1939. 1963: Dementia 13. 1966: Big Boy. 1968: La Vallée du Bonheur. 1969: Les Gens de la pluie. 1972: Le Parrain. 1974: Conversation Secrète. Le parrain 2. 1979: Apocalypse Now. 1982: Coup de coeur. 1983: Outsiders. Rusty James. 1984: Cotton Club. 1986: Peggy Sue s'est mariée. 1987: Jardins de Pierre. 1988: Tucker. 1989: New-York Stories. 1990: Le Parrain 3. 1992: Dracula. 1996: Jack. 1997: L'Idéaliste. 2007: l'Homme sans âge. 2009: Tetro. 2011: Twixt.

                                    Avertissement: cette chronique concerne la version "CinĂ©ma". 

"Reste de l'or, Ponny."

Quelques mois avant la sortie de Rusty James, Francis Ford Coppola rendait dĂ©jĂ  hommage Ă  toute une gĂ©nĂ©ration des annĂ©es 50 Ă  partir d’un second roman de Susan Hinton. Portrait fragile d’une jeunesse en perdition, Outsiders rĂ©vĂ©lait en prime le talent de jeunes interprètes depuis devenus des stars notoires : Tom Cruise, Ralph Macchio, Rob Lowe, Patrick Swayze, Emilio Estevez, Diane Lane ou encore Matt Dillon.

Le pitch. Ă€ la fin des annĂ©es 50, Ponyboy et Johnny sont deux jeunes marginaux issus de la bande des Greasers. Ă€ la suite d’une bagarre avec le clan rival des Socs, Johnny blesse mortellement l’un d’eux. Contraints de fuir la police, ils se rĂ©fugient dans une Ă©glise abandonnĂ©e avec la complicitĂ© de leur leader, Dallas. Mais un gigantesque incendie, mettant en pĂ©ril de jeunes enfants, va bouleverser leur destin Ă  travers l’Ă©veil brutal de leur instinct hĂ©roĂŻque.


Ă€ travers l’art du storytelling, Coppola livre ici sa propre Fureur de vivre, esquissant le portrait fĂ©brile de deux jeunes dĂ©linquants livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes, faute de parents disparus ou dĂ©missionnaires de leur rĂ´le pĂ©dagogue. Sous l’ombre paternelle d’un leader inflexible incarnĂ© par Dallas, Ponyboy et Johnny ne peuvent compter que sur cet acolyte pour survivre dans un univers rĂ©gi par la violence des bandes rivales. Issus des quartiers dĂ©favorisĂ©s, les Greasers affrontent ainsi les Socs, jeunes bourgeois orgueilleux au tempĂ©rament aussi altier qu’arrogant. Après le meurtre tragique de l’un d’entre eux, Johnny et Ponyboy quittent leur commune pour se terrer dans une contrĂ©e bucolique, Ă  l’intĂ©rieur d’une Ă©glise dĂ©saffectĂ©e.
 

Par sa poĂ©sie lyrique transcendĂ©e par le crĂ©puscule d’une nature flamboyante, le cinĂ©aste tĂ©moigne d’une profonde tendresse pour ces deux protagonistes fustigĂ©s, lassĂ©s de leur condition de dĂ©linquants notoires. Des gamins au bord du marasme, privĂ©s de repères, rĂŞvant d’une existence plus paisible et harmonieuse, dĂ©barrassĂ©e de la gangrène de la violence qui ronge leur quotidien. Mais dans cette Ă©poque virile, machiste et rebelle, oĂą la loi du plus fort s’embrase sans cesse au contact des fractures sociales, toute rĂ©mission semble illusoire. Ces adolescents Ă©pris de romances chimĂ©riques, nourris par les pages d’Autant en emporte le vent, trouvent leurs visages en C. Thomas Howell et surtout Ralph Macchio, deux acteurs nĂ©ophytes habitĂ©s par une fragilitĂ© humaine palpable, oscillant entre aigreur, dĂ©sespoir et espoir de rĂ©demption. Face Ă  eux, le jeune Matt Dillon impose un leader dur Ă  cuire au charisme tranchant, mais secrètement vulnĂ©rable : ancien taulard avide de reconnaissance, dĂ©sorientĂ© par une mort inĂ©quitable qu’il ne parvient jamais Ă  canaliser dans sa posture rebelle.

D’une tendresse inscrite dans la pudeur et la retenue, tandis que sa seconde partie plus dramatique se rĂ©vèle bouleversante dans ses contrariĂ©tĂ©s Ă  bout de souffle, Outsiders dessine avec sensibilitĂ© le portrait d’une jeunesse esseulĂ©e, sacrifiant son innocence sur l’autel d’un machisme sĂ©ditionnaire. Aussi beau que douloureux dans ses figures torturĂ©es confrontĂ©es Ă  la perte de l’innocence, le film demeure un tĂ©moignage puissant sur une gĂ©nĂ©ration perdue, en quĂŞte d’Ă©panouissement et de figure paternelle pour s’extirper de la violence urbaine gangrenant leur bourgade. Un vĂ©ritable classique du cinĂ©ma dont la facture visuelle aux teintes ocres Ă©pouse les Ă©tats d’âme de ces hĂ©ros en manque d’amour sous l'impulsion de l'inoubliable mĂ©lodie de Steve Wonder: "stay gold".

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Box Office France: 1 476 505 entrées

17.12.25. Version cinéma. 4K. Vost
14.04.20
24.11.11


COWBOYS ET ENVAHISSEURS



Quelle déception ! Et c'est bien dommage, partant d'un concept aussi génial (affilier le western classique et la science-fiction belliqueuse). La faute à un scénario fourre-tout, inintéressant auquel évolue une pleïade de personnages creux engagés dans des scènes d'action mollassones dénuées d'intensité épique. Ca démarrait plutôt bien et réunir sur un plateau Daniel Craig et Harrison Ford avait de quoi rassurer le spectateur. Mais le soufflet retombe rapidement !
Bref, on s'ennuie pas mal devant ce blockbuster faisant office de pétard mouillé.
Stoppé au bout d'1h40 (sur 2H15 pour l'extented version)


Par contre, l'actrice aux yeux verts (Olivier Wilde en m'étant renseigné), bon dieu, quelle canon !



mardi 22 novembre 2011

BLACKTHORN


de Mateo Gil. 2011. Espagne/France/Bolivie/U.S.A. 1h45. Avec Sam Shepard, Luis Bredow, Nikolaj Coster-Waldau, Padraic Delaney, Fernando Gamarra, Maria Luque, Dominique McElligott.

Sortie en salles en France le 31 Août 2011. U.S: 7 octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Mateo Gil est un réalisateur et scénariste espagnol né le 23 septembre 1972 à Las Palmas de Gran Canaria.
1994: Antes del beso (court). Sone que te mataba (court). 1996: Como se hizo 'tesis' (doc). 1998: Allanamiento de morada (court). 1999: Jeu de rôles. 2006: Scary Stories (épisode Spectre). 2008: Dime que yo (court). 2011: Blackthorn.


Pour son second long-mĂ©trage, le rĂ©alisateur espagnol s'engage dans la voie du western vintage, Ă  situer quelque part entre le cinĂ©ma flamboyant de John Ford pour son lyrisme des grands espaces et celui de Sam Peckinpah pour mettre en valeur le mythe du cow-boy vieillissant dĂ©passĂ© par une Ă©poque en mutation.
Pour rappeler l'achèvement d'un duo marginal entré dans la légende, le leader Butch Cassidy aurait été tué en 1908 selon certains historiens, alors que d'autres évoquent qu'il serait mort de vieillesse vers 1945 aux Etats-Unis.

ConsidĂ©rĂ© comme mort, le cĂ©lèbre Butch Cassidy vit des jours paisibles dans une ferme en Bolivie, en compagnie d'une jeune indienne. PrĂ©nommĂ© James Blackthorn, il dĂ©cide de quitter ce pays Ă©tranger pour rejoindre sa terre natale et tenter de retrouver un fils qu'il n'a jamais vu. Sur sa route, il rencontre un jeune ingĂ©nieur pourchassĂ© par une horde d'espagnols auquel il vient de leur soutirer une forte somme d'argent. Les deux hommes dĂ©cident de faire Ă©quipe pour tenter d'Ă©chapper Ă  leurs oppresseurs. 
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En remaniant la conclusion tragique invoquée dans la version de George Roy Hill, Mateo Gil suggère en l'occurrence que Butch Cassidy a réussi à prendre la fuite contre les autorités après avoir mis fin à la vie de son acolyte, le Kid, mortellement blessé par balle. Alors que son amie Etta Place a décidé de le quitter d'un commun accord pour protéger la vie de leur futur bambin, Butch Cassidy décide de se retirer en Bolivie durant 20 ans. Mais son âge vieillissant rattrapé par la nostalgie d'un passé révolu, la quête de retrouver un fils qu'il n'a jamais connu et le désir intrinsèque de retrouver sa contrée natale vont le pousser à revenir vers ses propres racines. Durant son trajet amorcé, les démons du passé vont toutefois le forcer à entamer une dernière chevauchée quand il décide de s'affilier avec un jeune ingénieur. Ce fuyard sournois est en faite pourchassé par des boliviens après leur avoir dérobé l'argent d'une mine pour laquelle il travaillait.


Mateo Gil évoque à travers l'incroyable destin d'un hors la loi notoire, la fin de vie de ce fantôme esseulé, réfugié au fin fond d'une ferme de Bolivie. Dans ses vastes étendues arides et désertées de présence humaine, Butch Cassidy s'interroge sur son passé meurtrier et sa vie de fuyard arrogant.
Après avoir appris la mort de son ancienne compagne atteinte de tuberculose, il décide de partir à la recherche d'un fils qu'il n'a jamais eu l'aubaine de rencontrer. Humanisé par la maturité d'un âge avancé et teinté de remord sur un passé épique confronté à la tragédie, le cow-boy autrefois téméraire et aujourd'hui devenu un quidam fatigué. Un homme solitaire profondément ennuyé d'une existence terne et désanchantée, malgré la compagnie futile d'une jeune indienne compatissante. Sa dernière chevauchée avec un bandit maladroit va finalement le convaincre que la vie qu'il avait mené préalablement ne peut plus renouer avec les prises de risques intrépides et bondissantes perpétrées contre l'ordre et la loi. Après avoir subi cette dernière chevauchée sanglante et déloyale, blackthorn se débarrasse une ultime fois de ses influences meurtrières pour partir vers une contrée paisible mais indécise.

Dans un rôle magnifique d'anti-héros dépassé par une époque fluctuante, Sam Shepard illumine de sa frêle présence un personnage aigri, davantage fragilisé par son humanisme empathique. Sa mélancolie sous-jacente émanant d'un amour éperdu mais renoué avec la grâce présagée d'un enfant va l'entraîner vers une forme de repentance lénifiante.


Dans de superbes dĂ©cors naturels clairsemĂ©s (la poursuite du dĂ©sert de sel est d'une splendeur immaculĂ©e !) et la clartĂ© d'une photographie limpide, Blackthorn est un splendide western intimiste  scrutant sensiblement le profil d'un bandit rongĂ© par la culpabilitĂ©. Le talent singulier de Sam Shepard et l'ambiance Ă©lĂ©giaque ancrĂ©e dans un style documentaire nous confinent vers un western crĂ©pusculaire d'une Ă©poque obsolète et aux horizons incertaines. 
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Bruno 
22.11.11 

lundi 21 novembre 2011

l'Emprise / The Entity. Antenne d'Or, Avoriaz 1983.

de Sidney J. Furie. 1981. U.S.A. 2h05. Avec Barbara Hershey, Ron Silver, David Labiosa, George Coe, Margaret Blye, Jacqueline Brookes, Richard Brestoff, Michael Alldredge, Raymond Singer, Allan Rich.

Sortie en salles en France le 23 Février 1983. U.S: 4 Février 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sidney J. Furie est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien, nĂ© le 28 FĂ©vrier 1933 Ă  Toronto, en Ontario (Canada). 1959: A Dangerous Age. 1961: Le Cadavre qui tue. The Snake Woman. 1964: La PoupĂ©e Sanglante. 1965: Icpress, danger immĂ©diat. 1966: L'Homme de la Sierra. 1970: L'Ultime RandonnĂ©e. 1978: Les Boys de la compagnie C. 1981: l'Emprise. 1986: Aigle de Fer. 1987: Superman 4. 1988: Aigle de Fer 2.  1991: La Prise de Beverly Hills. 1995: Aigle de Fer 4. 1997: Les Rapaces. 1997: Les EnragĂ©s. 2000: Jeu Mortel. Nuit Infernale. 2003: DĂ©tention. 2004: Direct Action. 2005: American Soldiers. 2006: The Veteran (tĂ©lĂ©-film).


Avant-propos:
Ce film est l'histoire romancĂ©e d'un incident rĂ©el qui a eu lieu Ă  Los Angeles, en Californie, en Octobre 1976. Pour les chercheurs, c'est l'un des cas les plus extraordinaires de l'histoire de la parapsychologie. 
La vraie Carla Moran vit aujourd'hui au Texas avec ses enfants. 
Les attaques, moins fréquentes et moins intenses... continuent.

"Carla contre l’invisible".
D’après un roman Ă©ponyme de Frank De Felitta (Audrey Rose), Sidney J. Furie transcende en 1981 un troublant cas de hantise inspirĂ© d’un fait divers. RĂ©compensĂ© Ă  Avoriaz de l’Antenne d’or, L’Emprise peut se targuer de figurer parmi les plus grands films de hantise. Il le doit pour beaucoup Ă  la mise en scène avisĂ©e de Furie, qui opte pour un rĂ©alisme sans fard, et Ă  la prestance criante de vĂ©ritĂ© de Barbara Hershey, justement couronnĂ©e du prix d’interprĂ©tation fĂ©minine au festival susmentionnĂ©.

Le pitch : une nuit, une mère de famille est sexuellement agressĂ©e par une prĂ©sence invisible dans sa chambre. Le lendemain, une seconde attaque, tout aussi violente, survient. Quelques jours plus tard, elle perd le contrĂ´le de son vĂ©hicule sans raison apparente. DĂ©munie, terrifiĂ©e Ă  l’idĂ©e de rentrer chez elle, elle consulte un psychiatre rĂ©putĂ© pour tenter de comprendre les tenants d’un phĂ©nomène dont l’origine Ă©chappe Ă  toute logique.

Avec un argument aussi grotesque en apparence, L’Emprise aurait pu sombrer dans la gaudriole zĂ©difiante, si un rĂ©alisateur inspirĂ© et une actrice Ă  la sobriĂ©tĂ© expressive ne s’Ă©taient alliĂ©s pour nous convaincre de l’horreur invisible qui hante cette femme. Et si, quarante ans plus tard, le film demeure aussi terrifiant, inquiĂ©tant, oppressant, c’est parce qu’il illustre sans esbroufe le calvaire improbable d’une mère de famille harcelĂ©e par une entitĂ© lubrique. 

La première partie, entrecoupĂ©e de scènes-chocs jamais racoleuses, dĂ©peint avec une intensitĂ© psychologique rare le supplice de Carla, victime de viols rĂ©pĂ©tĂ©s dans sa propre maison. L’angoisse sourde de Carla — cette peur d’une nouvelle attaque foudroyante — s’infiltre dans l’esprit du spectateur, tĂ©moin d’une intrusion du surnaturel dans la banalitĂ© du quotidien. Quant aux sĂ©quences d’agression, elles sont d’un rĂ©alisme malsain, froid, glaçant. Les effets spĂ©ciaux, employĂ©s avec parcimonie, Ă©vitent toute surenchère grotesque pour authentifier les exactions d’un ectoplasme pervers. La menace, insidieuse, s’intensifie Ă  mesure que le surnaturel s’octroie le droit d’agresser une victime rĂ©duite Ă  l’Ă©tat d’objet sexuel.

                                      

Furie, fidèle Ă  sa ligne vĂ©riste, privilĂ©gie ensuite l’exploration de la psychĂ© de son hĂ©roĂŻne, lors de sĂ©ances de thĂ©rapie avec le docteur Sneiderman (Ron Silver, d’une sobriĂ©tĂ© remarquable, entre scepticisme clinique et rigueur cartĂ©sienne). Le corps psychiatrique s’efforce alors de convaincre Carla que ses agressions ne sont qu’un produit de son inconscient traumatique. En sondant les limbes de son passĂ© — père incestueux, relation avortĂ©e avec un amant adolescent — Sneiderman tente de rationaliser la nĂ©vrose. Ces moments d’intimitĂ© thĂ©rapeutique renforcent la dĂ©tresse poignante d’une femme seule, que nul ne veut croire.

La seconde partie embrasse alors la piste surnaturelle en donnant la parole Ă  des parapsychologues. Une Ă©quipe spĂ©cialisĂ©e dans l’occultisme viendra prĂŞter main-forte Ă  Carla. Mais chut, n’en disons pas plus. Furie ne cherche pas Ă  nous convaincre du surnaturel : il laisse au spectateur le soin d’embrasser le doute, face Ă  la souffrance d’une femme pourtant saine d’esprit. Soulignons enfin le jeu bouleversant de Barbara Hershey, frĂ©missante d’Ă©motion, Ă  la fois vulnĂ©rable et dĂ©terminĂ©e, dans ce rĂ´le Ă©pineux de martyre confrontĂ©e Ă  un bourreau sans visage. Elle incarne une humanitĂ© chĂ©tive, une force vacillante, une volontĂ© de survivre Ă  l’indicible.

 
"Un corps en guerre".
Proprement effrayant dans ses attaques cinglantes venues d’ailleurs, L’Emprise demeure un parangon d’Ă©pouvante, transcendĂ© par la densitĂ© psychologique de ses protagonistes et une atmosphère anxiogène, Ă  la fois fascinante et oppressante. En Ă©voquant la carte du « fait divers » Ă  la toute fin, ce cauchemar filmique nous confronte Ă  l’idĂ©e vertigineuse d’une spiritualitĂ© immatĂ©rielle, impalpable, perverse. Passionnant, hypnotique, portĂ© par une bande-son tonitruante, ce chef-d’Ĺ“uvre de la terreur mĂ©rite sa place auprès des monuments du genre : La Maison du Diable, Trauma, La Maison des DamnĂ©s, L’Enfant du Diable, Les Innocents. Du grand cinĂ©ma d’Ă©pouvante, comme on n’en fait plus. HĂ©las.
 
Dédicace à Aurore Drossart
 
*Bruno
03.07.24. 6èx. Vostfr
21.11.11.  

Récompense: Antenne d'or au festival d'Avoriaz en 1983 et Prix d'interprétation Féminine à Barbara Hershey..

samedi 19 novembre 2011

Hatchi (Hachi, A Dog's Story)


de Lasse Haelstrom. 2009. U.S.A. 1h32. Avec Richard Gere, Sarah Roemer, Joan Allen, Cary-Hiroyuki Tagawa, Jason Alexander, Erick Avari, Robert Capron, Daviana McFadden, Kevin DeCoste.

Sortie en salles en France le 9 Juin 2010. U.S: 18 Décembre 2009

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lasse Haekstrom est un réalisateur et scénariste suédois, né le 2 Juin 1946 à Stockholm (Suède). 1975: A Guy and A gal. 1985: Ma vie de chien. 1991: Ce cher Intrus. 1993: Gilbert Grape. 1995: Amours et mensonges. 1996: Lumièe et compagnie. 1999: l'Oeuvre de Dieu, la part du Diable. 2000: Le Chocolat. 2001: Terre Neuve. 2005: Une vie inachevée. 2005: Casanova. 2006: Faussaire. 2009: Hatchi. 2010: Dear John. 2012: The Danish Girl.

D'après une histoire vraie.
Le véritable Hachikō est né à Ōdate, au Japon, en 1923. Il est mort en mars 1934.
Une statue de bronze trĂ´ne aujourd’hui Ă  sa place habituelle, en face de la gare de Shibuya.

Je vois dĂ©jĂ  venir certains lecteurs ricaner Ă  la vue de cette affiche jugĂ©e puĂ©rile, mettant en vedette un acteur glamour, ancienne gloire d’Hollywood, le regard attendri posĂ© sur un toutou façon peluche. Et pourtant, dans sa forme canonique, assumant de cibler un public familial, le rĂ©alisateur de Gilbert Grape Ă©vite admirablement le pathos lacrymal qu’on redoute souvent dans ce type de production. D’autant plus qu’il s’agit ici du remake d’un film japonais mĂ©connu, HachikĹŤ Monogatari, rĂ©alisĂ© en 1987 par SeijirĹŤ KĹŤyama. Attention toutefois au crève-cĹ“ur inconsolable que nombre de spectateurs Ă©prouveront, dĂ©sarmĂ©s, impuissants !

Le pitch : en revenant du travail, un professeur de musique universitaire trouve sur son chemin un chiot errant. Par empathie, il dĂ©cide de le ramener chez lui, contre l’avis de son Ă©pouse. Peu Ă  peu, une amitiĂ© se noue entre les deux compagnons. SurnommĂ© Hatchi en raison de ses origines japonaises, le chien accompagne chaque matin son maĂ®tre jusqu’au quai de la gare et revient l’attendre chaque soir après sa journĂ©e de travail. Les mois passent, leur relation s’Ă©panouit… jusqu’au jour oĂą le destin dĂ©cide de les sĂ©parer.

Une histoire simple de prime abord - standard, diront les indĂ©cis - car centrĂ©e sur le lien viscĂ©ral unissant un maĂ®tre et son chien fidèle. Mais dans son refus lucide de la complaisance, le rĂ©alisateur suĂ©dois Lasse Hallström nous convie Ă  redĂ©couvrir cette rencontre Ă©tonnante que chacun de nous connaĂ®t, ou a dĂ©jĂ  vĂ©cue, avec un animal de compagnie. Ce rapport tendre, si affectueux, qu’on peut tisser avec un chien entièrement vouĂ© Ă  vous rester fidèle. Et ce, jusqu’Ă  votre dernier souffle. Hatchi nous raconte cela - cette relation qui transcende l’amitiĂ©, l’amour, la reconnaissance, au nom d’une fidĂ©litĂ© commune, muette et sacrĂ©e.

La première partie, succession de sĂ©quences touchantes sans jamais verser dans la mièvrerie, illustre l’union complice d’un sexagĂ©naire attendri par l’humanitĂ© bouleversante de son compagnon canin. Chaque matin, Parker se rend Ă  la gare pour enseigner la musique Ă  l’universitĂ©. Et chaque matin, Hatchi l’accompagne jusqu’au quai, puis revient l’attendre le soir, patiemment, sur la place. Les commerçants, d’abord intriguĂ©s, finissent par observer avec bienveillance ce rituel empreint d’une loyautĂ© farouche.

Mais un jour, un Ă©vĂ©nement brutal vient tout bouleverser. La seconde partie, abrupte, inopinĂ©e, bifurque vers le drame, avec une sobriĂ©tĂ© bouleversante. Sans appuyer ni souligner, une sĂ©quence discrète vient marquer la bascule. La douleur, ici, ne se montre pas - elle s’insinue, insidieuse, muette, irrĂ©mĂ©diable.

Dans un rĂ´le inhabituel, Richard Gere incarne avec un flegme lumineux ce professeur de musique, Ă©panoui dans sa vie conjugale comme professionnelle. Sa relation chaleureuse, presque enfantine, avec Hatchi nous touche lors de scènes anodines, portĂ©es par des Ă©lans d’une tendresse noble. Le chien - en rĂ©alitĂ© interprĂ©tĂ© par trois Akita Inus selon l’âge d’Hatchi - est sobrement filmĂ©, qu’il s’agisse de moments graves ou joyeux. Son regard d’innocence, sa bonhomie instinctive, sa patience infinie, ne peuvent que bouleverser un spectateur contemplatif, sensible Ă  cette fidĂ©litĂ© sans faille. Peu Ă  peu, l’Ă©motion devient irrĂ©pressible, jusqu’au bord de l’insoutenable - selon la sensibilitĂ© de chacun, et l’amour portĂ© Ă  la cause animale. Puisque hĂ©las je suis incapable de revoir le film avec tout le courage du monde. Ce Samedi 19 Novembre 2011 restera donc pour moi une date aussi mĂ©morable qu'Ă©pineuse que mon coeur est incapable d'extraire.

"Une fidélité proverbiale à part entière".
RĂ©cit authentique prĂ´nant les valeurs d’amour et de dĂ©votion entre un homme et son chien, Hatchi nous dĂ©sarme le cĹ“ur - Ă  vif ! - en acceptant la cruautĂ© d’une destinĂ©e inĂ©quitable. Portrait pudique d’une complicitĂ© altruiste, brisĂ©e par la mort mais unifiĂ©e Ă  nouveau dans une dimension quasi spirituelle. Un drame bouleversant, d’une acuitĂ© Ă©motionnelle rare, qui, en Ă©vitant les pièges du film Ă  larmes, atteint une forme d’Ă©pure. En marge de cette Ă©motion fragile, presque impitoyable, la partition au piano, timide et discrète, vient souligner sans insister la demi-teinte de l’ensemble.

Et ainsi, au fil de cette histoire aussi modeste qu’immense, Hatchi nous submerge d’un flot d’Ă©motions incontrĂ´lables, profondes, rigoureuses - pour ne pas dire traumatiques, chez celles et ceux nouant un lien indĂ©fectible avec le monde canin.

Ă€ Hatchi, Barney et Harvey, mes hĂ©ros…
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
 
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Dédicace à Gilles Roland, Selena de Sade et Isabelle Rocton.
19.11.11
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Ci-dessous, la critique de mes amis Luke Mars et Gilles Roland
http://darkdeadlydreamer.blogspot.com/2011/11/hachi-dogs-tale-aka-hachiko-dogs-story.html?showComment=1322205834540#c3807275587435140473
http://www.shunrize.com/wordpress/critique-hatchi

L'avis de mon ami Mathias Chaput:

Il est des films intemporels que l’on n’oublie jamais, des films si bouleversants qu’ils hantent notre mĂ©moire Ă  jamais, des films d’une force Ă©motionnelle qui balayent tout et qui nous bloquent en quelques minutes oĂą nous avons l’impossibilitĂ© de retenir nos larmes : « Hatchi » fait partie de cette race très fermĂ©e de mĂ©trages…
« Philadelphia », « Le cercle des poètes disparus » sont du mĂŞme calibre mais « Hatchi » dĂ©gage un pouvoir Ă©motionnel encore plus intense que ces deux films…
D’une intensitĂ© mĂ©lodramatique et d’un jeu d’acteurs bien rĂ´dĂ© (on s’attache très vite aux personnages, le chef de gare, le vendeur de hot dogs, la libraire), on s’habitue Ă  une routine très touchante et de voir ce chien au beau milieu de tout ce petit monde qui parait gentillet et Ă©mouvant (le cadre, les habitudes, les saisons qui dĂ©filent, filmĂ©s intelligemment et sans la moindre redondance)…
Et lorsque tout s’Ă©croule (après la première heure) un sentiment indicible comme une brise glaciale qui nous balayerait littĂ©ralement, la c’est le DRAME qui prend place !
Et c’est terrible…
« Hatchi » a une force instantanĂ©e de faire virer Ă  360 degrĂ©s la quiĂ©tude qui s’Ă©tait immiscĂ©e, la complicitĂ© absolue entre un homme et son chien pour aboutir au film le plus lacrymal de tous les temps, Ă  la sensibilitĂ© impĂ©nĂ©trable et au cĹ“ur gros comme ça, nous collapsant de pleurs sans discontinu…
Niveau technique, la mise en scène est très correcte et les dĂ©cors sont parfaitement adaptĂ©s au film…
Richard Gere est bouleversant et prouve une Ă©nième fois qu’il est un grand acteur…
Le chien Hatchi est adorable, bref ce film est sublime, superbe et fascinant, mais très difficile en mĂŞme temps : il en ressort une impression terrible, comme rarement vue au cinĂ©ma…
En un mot : DECHIRANT.
on est RETOURNéS !

Note : 10/10
Paix éternelle à Lady, Labelle, Ursa et Barney
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mercredi 16 novembre 2011

Un Monde sans pitié. César de la meilleure première oeuvre, Prix Louis-Delluc.


d'Eric Rochant. 1989. France. 1h24. Avec Hippolite Girardot, Mireille Perrier, Yvan Attal, Jean-Marie Rollin, Cécile Mazan, Aline Still, Paul Pavel, Anne Kessler, Patrick Blondel.

Sortie en salles en France le 22 Novembre 1989. U.S: 31 Mai 1991

FILMOGRAPHIE: Erich Rochant est un réalisateur et scénariste français né le 24 Février 1961.
1989: Un Monde sans PitiĂ©. 1990: Aux Yeux du monde. 1994: Les Patriotes. 1996: Anna Oz. 1997: Vive la RĂ©publique ! 2000: Total Western. 2006: l'Ecole pour tous


"On n'a plus qu'à être amoureux, comme des cons; et ça, c'est pire que tout.."
RĂ©compensĂ© de deux cĂ©sars et du Prix Louis-Delluc, le premier film d'Eric Rochant est le porte parole d'une gĂ©nĂ©ration dĂ©sabusĂ©e. Celle de la fin des idĂ©ologies des annĂ©es 80 auquel une certaine jeunesse dĂ©sorientĂ©e se rĂ©fugiait dans les idylles d'un soir alors que d'autres s'improvisaient dealer de shit pour compenser la prĂ©caritĂ© du RMI.

Synopsis: Hippo est un trentenaire sans illusion rĂ©sidant en collocation avec son frère vendeur de drogue au sein de leur appartement. Un jour, il rencontre Nathalie, une ambitieuse Ă©tudiante auquel il n'est pas insensible Ă  sa simplicitĂ© naturelle. Ensemble, ils vont tenter d'envisager une liaison romantique hormis leur personnalitĂ© divergente sur leur sociĂ©tĂ© contemporaine. 
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Pour un premier essai derrière la camĂ©ra, Eric Rochant marqua toute une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes avec ce portrait aigre doux d'un jeune chĂ´meur avide de libertĂ© mais incapable de s'insĂ©rer dans une sociĂ©tĂ© individualiste. RĂ©gulièrement apprĂ©hendĂ© par la police, faute de sa gueule marginalisĂ©e et de l'Ă©tat dĂ©labrĂ© de son vĂ©hicule volĂ©, et coexistant sous le toit de son frère cadet, dealer de shit, Hippo sacrifie son temps dans les festivitĂ©s amicales entre 2 parties de poker. Or, avec la rencontre impromptue de cette Ă©tudiante bon chic bon genre, il se laisse attendrir par ses charmes pour mieux supporter son faible espoir de rĂ©ussite socio-professionnelle. 


Ainsi, dans une ambiance morose plutĂ´t nonchalante scandĂ©e de la mĂ©lodie Ă  la fois fragile et timorĂ©e de GĂ©rard Torikian, Eric Rochant dresse le portrait d'un chomeur dĂ©boussolĂ© par ses angoisses existentielles. Quand bien mĂŞme ses parents puritains et austères ne comprennent plus leur rejeton fuyant sa responsabilitĂ© pour se rĂ©fugier dans une solitude atone en dĂ©pit de sa tendresse Ă©phĂ©mère auprès de sa compagne intello. Ne reste alors pour Hippo que l'amitiĂ© fraternelle d'un acolyte bienveillant mais tout aussi dĂ©faitiste pour tenter de se prĂ©munir d'une misère sociale toujours plus accrimonieuse. Et si le cheminement alĂ©atoire d'Hippo rĂ©ussit si sincèrement Ă  nous toucher et interpeller, c'est grâce Ă  la prestance chafouine du comĂ©dien novice Hippolite Girardot livrant probablement son rĂ´le le plus vibrant, le plus intensĂ©ment expressif en toute sobriĂ©tĂ©. D'un naturel rĂ©voltĂ© Ă  travers son idĂ©ologie misanthrope, il parvient admirablement Ă  retranscrire sa dĂ©tresse (sous-jacente), ses contrariĂ©tĂ©s en roue libre, son dĂ©sarroi face Ă  un monde sans pitiĂ© (trop) souvent tributaire de l'Ă©gotisme des rapports humains et du chĂ´mage qui en dĂ©coule faute d'une solitude sans espoir.


Baignant dans une poignante mĂ©lancolie jamais forcĂ©e, d'autant plus palliĂ©e d'un humour permanent, notamment auprès du franc-parler facond d'Hippo et de quelques seconds-rĂ´les (nĂ©anmoins) enjouĂ©s, Un monde sans pitiĂ© provoque une Ă©motion naturaliste en demi-teinte face Ă  la dĂ©sillusion qu'un jeune glandeur encaisse dans sa rage d'exister. Sa conclusion attendue, d'une ironie acerbe enfoncera d'ailleurs le clou quant Ă  son pessimisme sentimental sans lendemain qu'il alimente lui mĂŞme dans sa condition marginale irrĂ©conciliable.   

*Bruno
16.11.11. 
01/04/2025. 4èx

Récompenses: César de la meilleure première oeuvre.
César du Meilleur Espoir Masculin pour Yvan Attal
Prix Louis-Delluc en 1989.


lundi 14 novembre 2011

La Maison près du Cimetière / Quella villa accanto al cimitero


de Lucio Fulci. 1981. Italie. 1h26. Avec Catriona MacColl, Paolo Malco, Ania Pieroni, Giovanni Frezza, Silvia Collatina, Dagmar Lassander, Giovanni De Nava, Daniela Doria, Gianpaolo Saccarola.

Sortie en salles en France le 24 Mars 1982. U.S: 01 Mars 1984
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FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien, nĂ© le 17 juin 1927 Ă  Rome oĂą il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'EmmurĂ©e vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delĂ , 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence..

Personne ne saura jamais si les enfants sont des monstres ou les monstres des enfants.
Henry James. 

"L’Ă©lĂ©gie pour un mort qui respire encore".
En 1981, juste après sa fresque morbide L'Au-delĂ , le maĂ®tre du macabre renoue pour la quatrième fois avec la thĂ©matique du zombie en façonnant La Maison près du Cimetière. Un point d’orgue intimiste qui vient clore sa sarabande de cadavres lĂ©preux, exhumĂ©s des portes de l’Enfer dans Zombie, Frayeurs et L’Au-delĂ . NĂ©anmoins, mĂ©fiez-vous aujourd’hui des enfants qui pleurent dans le noir ! Près de Boston, aux États-Unis, un couple emmĂ©nage dans une demeure avec leur fils. Le jeune Bob possède la facultĂ© de communiquer par tĂ©lĂ©pathie avec une Ă©trange fillette entraperçue sur une photo. BientĂ´t, d’Ă©tranges Ă©vĂ©nements se produisent dans l’ancienne maison des Freudstein. Son ancien propriĂ©taire, jadis chirurgien fascinĂ© par la quĂŞte d’immortalitĂ©, aurait trouvĂ© l’antidote pour se rĂ©gĂ©nĂ©rer...


Avec son prĂ©lude concis, presque gratuit, La Maison près du Cimetière insuffle pourtant, dès ses premières secondes, un sentiment d’angoisse latente, insidieuse. Une maison vĂ©tuste, de style gothique, s’Ă©lève Ă  proximitĂ© d’un cimetière hantĂ© par la famille Freudstein. Ă€ l’intĂ©rieur, un couple d’amoureux entrĂ© par effraction s’improvise un cache-cache nocturne… Mais la jeune fille, transie d’inquiĂ©tude, est bientĂ´t happĂ©e par le maĂ®tre des lieux : le Dr Freudstein. Fulci distille aussitĂ´t le malaise, insuffle une angoisse tangible dans les recoins funestes de cette demeure antique, et nous alarme sur le danger lĂ©tal tapi dans le gouffre de la cave. Après avoir esquissĂ© le quotidien de la famille Boyle fraĂ®chement installĂ©e, un lien se tisse entre Bob et une enfant du nom de Mae — cette mĂŞme silhouette prĂ©alablement entrevue dans un tableau accrochĂ© au mur de leur ancienne maison. Bob est le seul Ă  pouvoir voir, entendre, et parler Ă  cette Ă©trange fillette. Une rouquine contrariĂ©e Ă  l’idĂ©e qu’il emmĂ©nage chez les Freudstein… Tandis que Mr Boyle poursuit ses recherches funèbres sur le passĂ© sanglant du chirurgien utopiste, Lucie, Ann — la femme de mĂ©nage — et Bob sont confrontĂ©s Ă  des phĂ©nomènes de plus en plus terrifiants.

En croisant le thème de la maison hantĂ©e avec celui du mort-vivant, le rĂ©alisateur cisèle un ultime conte macabre oĂą l’innocence enfantine est exposĂ©e pour ĂŞtre violemment tourmentĂ©e. Certes, le scĂ©nario s’Ă©gare parfois dans des incohĂ©rences (la relation Ă©quivoque entre Norman Boyle et la baby-sitter Ann, ou encore ce parquet ensanglantĂ© qu’elle nettoie sans qu’aucune explication ne soit donnĂ©e), mais l’intĂ©rĂŞt narratif se resserre autour d’un sentiment de terreur palpable, suintant de la cave scellĂ©e. En maĂ®tre de l’effroi, Fulci ravive nos peurs enfantines : le monstre dans le placard, le noir humide d’un sous-sol dĂ©crĂ©pi, ici mĂ©tamorphosĂ© en cave cauchemardesque. Jour et nuit, des bourdonnements inquiĂ©tants rĂ©sonnent Ă  travers les cloisons, et une voix d’enfant en pleurs vient importuner les vivants. MalgrĂ© une direction d’acteurs toujours aussi terne et hĂ©sitante (mĂŞme si Catriona MacColl et l’ensorcelante Ania Pieroni relèvent sobrement le niveau), c’est le dĂ©cor mortuaire, vĂ©ritable personnage Ă  part entière, qui nous hypnotise : cette oubliette souterraine cache des cadavres dĂ©membrĂ©s, Ă©viscĂ©rĂ©s, rĂ©duits Ă  l’Ă©tat de chair. Chaque tentative de descente dans la cave s’accompagne d’un frisson d’oppression distillĂ© avec art. Fidèle Ă  sa rĂ©putation de maĂ®tre transalpin du putride, Fulci, entourĂ© de ses fidèles collaborateurs — le maquilleur Giannetto De Rossi et le chef opĂ©rateur Sergio Salvati — nous offre deux sĂ©quences gores hallucinĂ©es : tisonnier enfoncĂ© trois fois dans la chair jusqu’Ă  l’Ă©clatement orgasmique d’une carotide, puis gorges tranchĂ©es dans des gerbes de sang ! Ces visions baroques, crues, outrancières, marquent encore par leur impact rĂ©aliste et leur audace frontale.

Mais Fulci sait aussi faire preuve de sensibilitĂ© : il aborde avec gravitĂ© le thème de l’enfance rejetĂ©e, discrĂ©ditĂ©e par des adultes sourds Ă  leurs angoisses. Le final, poĂ©tiquement Ă©lĂ©giaque, rĂ©vĂ©lant la vĂ©ritable identitĂ© de Mae et de sa mère, nous laisse dans une amertume persistante. Car nous ne saurons jamais quelle destinĂ©e attend Bob dans sa nouvelle "famille".

 
"De moisissure et de sang".
Avec son scĂ©nario nĂ©buleux mais singulier, La Maison près du Cimetière se transcende par l’ambiance pĂ©trifiante de sa demeure photogĂ©nique, suintante de souillure. En particulier cette cave, antre d’un monstre solitaire fascinĂ© par les secrets de l’immortalitĂ©. AccoutrĂ© d’un uniforme saphir moisi, au faciès purulent et famĂ©lique, le Dr Freudstein s’impose comme l’une des crĂ©atures les plus inquiĂ©tantes du cinĂ©ma d’horreur. La superbe comptine de Walter Rizzati parachève cette atmosphère nimbĂ©e de mĂ©lancolie. LĂ , dans l’ombre, un mort-vivant attend, pleure et chasse. Prisonnier d’un corps qu’il doit nourrir pour survivre, spectre tragique condamnĂ© Ă  errer sous les lattes. La peur est une denrĂ©e rare au cinĂ©ma. Ne vous privez pas d’un dĂ©tour — ou d’un retour — du cĂ´tĂ© obscur de La Maison près du Cimetière.

*Bruno
13.01.24. 6èx
14.11.11. 

La critique de Mathias Chaput:
Au carrefour du film de zombies et du mĂ©trage de maisons hantĂ©es, « La maison près du cimetière » est une franche rĂ©ussite, combinant tous les codes chers Ă  Lucio Fulci et se dotant de sĂ©quences « hardgore » gratinĂ©es, avec pour levier dans l’angoisse les peurs enfantines…

Ultime Ĺ“uvre du segment quadrilogique de films de zombies initiĂ© par « L’enfer des zombies », « Frayeurs » et « L’au-delĂ  », « La maison près du cimetière » se dĂ©marque de la violence inhĂ©rente Ă  ses prĂ©dĂ©cesseurs pour imbriquer une poĂ©sie, un sens du lyrisme macabre et une ode Ă  la putrĂ©faction chers Ă  Fulci et le final Ă©voque des similitudes avec celui de « The Beyond » de par un onirisme et une sensation d’Ă©trangetĂ© au charme certain, rehaussant la « patte » Fulci dans un catharsis aussi soudain qu’inattendu…

Les bambins sont les vecteurs du film et volent la vedette au Docteur Freudstein, hĂ©ritage des zomblards ralentissants de « Frayeurs » et prĂ©texte Ă  des sĂ©quences chocs prĂ©cises et terrifiantes, bien cadrĂ©es dans la continuitĂ© du scĂ©nario…

Catriona Mac Coll, Ă©gĂ©rie de Fulci, est toujours aussi fabuleuse et Ania Pieroni dĂ©borde d’un charme tĂ©nĂ©breux qui allait faire exploser sa (courte) carrière puisqu’Argento la remarqua et l’embaucha pour deux de ses films (« Inferno » et « TĂ©nèbres »)…

PonctuĂ© d’Ă©clairs et de foudroiements (le passage avec la chauve-souris, les morts violentes –notamment le prologue bluffant- ou les dĂ©couvertes hasardeuses et funestes), « La maison près du cimetière » est un sommet du genre et consolide un peu plus la carrière de Fulci, ce dernier Ă©tant toujours en quĂŞte d’explorations cinĂ©matographiques…

Il clĂ´t ses expĂ©rimentations et intègre un pan supplĂ©mentaire de sa filmographie tout en n’oubliant pas de faire plaisir Ă  ses fans de la première heure en leur concoctant un film racĂ© et lugubre, dĂ©pressif et capiteux…

Encore une fois, il faut le voir pour comprendre et apprĂ©hender le genre qui Ă©rigea Fulci comme maitre absolu du film horrifique italien…

Note : 10/10


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