mercredi 5 décembre 2012

La Nuit du Chasseur / The Night of the Hunter


                                          
                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site t411.me

de Charles Laughton. 1954. U.S.A. 1h33. Avec Robert Mitchum, Shelley Winters, Lillian Gish, Billy Chapin, Sally Jane Bruce, James Gleason.

Sortie salles France: 11 Mai 1956. U.S: 29 Septembre 1955

FILMOGRAPHIE: Charles Laughton est un réalisateur et acteur britannique, né le 1er Juillet 1899 à Scarborough (Yorkshire, Royaume-Uni), naturalisé américain en 1950. Il décède le 15 Décembre 1962 à Hollywood (Californie) des suites d'un cancer. 1954: La Nuit du Chasseur


Unique rĂ©alisation de l'acteur Charles Laughton, La Nuit du Chasseur fut dès sa sortie officielle une oeuvre maudite puisque dĂ©prĂ©ciĂ©e par la critique et boudĂ©e par un public non prĂ©parĂ© Ă  une telle excentricitĂ©. Reconnu au fil des ans comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinĂ©ma, ce conte hypnotique sur l'innocence bafouĂ©e resplendit de mille feux Ă  travers son noir et blanc scintillant, transcendĂ© aujourd'hui du support blu-ray mais aussi et surtout de sa nouvelle restauration 4K Ă  damner un saint ! 

Le PitchAprès avoir planquĂ© un butin que leur père leur lĂ©gua juste avant d'ĂŞtre condamnĂ© pour assassinat, deux enfants sont persĂ©cutĂ©s par son ancien compagnon de cellule. Un pasteur machiavĂ©lique obnubilĂ© Ă  l'idĂ©e de mettre la main sur le fameux magot. 

Poème livide sur l'enfance maltraitĂ©e durant la pĂ©riode de la grande dĂ©pression, suspense haletant d'une traque incessante entre un pasteur dĂ©moniaque et deux bambins candides, romance passionnelle sur la prĂ©servation de l'innocence infantile par l'entremise de la pĂ©dagogie et des valeurs du Bien, la Nuit du Chasseur est une oeuvre ineffable. Un diamant noir, Ă  mi-chemin entre l'onirisme du conte de fĂ©e et l'icĂ´ne horrifique de l'ogre surgi de la forĂŞt. Car dans une photo expressionniste en clair-obscur, Charles Laughton nous compose avec une folie crĂ©atrice un florilège d'images saisissantes et baroques aux inspirations hybrides (western, film noir, fantastique, horreur se tĂ©lescopent parmi l'esthĂ©tisme du cinĂ©ma muet).


Tant auprès de la fuite crĂ©pusculaire sur le lit de rivière que les deux gamins emprunte sur la barque, du meurtre mystique de Willa Harper dans sa chambre tamisĂ©e d'Ă©clairages ciselĂ©s, que de la dĂ©couverte macabre qui s'ensuit lorsque son cadavre se laisse voguer au fond de l'eau parmi les algues marins. Par ailleurs, Ă  travers son ambiance opaque insaisissable, La Nuit du Chasseur nous propose notamment d'y parfaire l'un des plus glaçants portraits de serial-killer auprès de sa perversitĂ© insatiable. Si bien que sous l'allĂ©geance du diabolique Harry Powell, Robert Mitchum livre sans nul doute l'interprĂ©tation de sa carrière tant il retranscrit avec une froideur absolument terrifiante (3 sĂ©quences cruelles convoquent peur et malaise) le profil vĂ©reux d'un rĂ©vĂ©rend bafouant la cause de Dieu. Pleinement conscient des valeurs manichĂ©ennes du Bien et du Mal, Harry Powell rĂ©git sa vie sans vergogne dans le cynisme le plus insidieux (pour ne pas dire notamment le plus crapuleux). Car pour duper une veuve puritaine, quoi de plus cruel et couard que de molester l'innocence au profit d'un juteux butin que deux gamins prĂ©servent secrètement. Ainsi, Ă  travers cette sombre traque oĂą deux orphelins fuient leur bourreau Ă  travers champs d'une nature Ă©trangement sereine (en accord avec l'harmonie animalière), Charles Laughton nous dĂ©peint l'influence sournoise que le Mal puisse exercer chez l'ĂŞtre humain avide d'amour et de reconnaissance (Willa Harper et l'adolescente timorĂ©e sont impuissamment assujetties Ă  l'emprise charnelle de Powell). Il y dĂ©nonce notamment le fanatisme religieux chez les personnes superstitieuses et dĂ©munies car se rabattant auprès d'une divinitĂ© puritaine afin d'apaiser leur dĂ©veine et Ă©ventuelle culpabilitĂ©. Enfin, il met en valeurs les principes moraux de la biensĂ©ance Ă  travers l'enseignement parental lorsque les enfants fragilisĂ©s sont destituĂ©s de leur propre famille.


Conte obscur nappĂ© de cynisme horrifique et d'onirisme enchanteur, rĂ©cit initiatique confrontĂ© Ă  la perte de l'innocence, la Nuit du Chasseur ne cesse de surprendre, de choquer parfois, d'apeurer aussi, d'Ă©blouir et d'Ă©mouvoir enfin (quel final rĂ©dempteur pĂ©tri de tendresse !) un spectateur impliquĂ© dans une structure narrative dĂ©concertante. La puissance formelle de ces images aussi limpides qu'insolites, l'originalitĂ© de sa mise en scène pragmatique, le jeu gouailleur de Robert Mitchum glaçant d'austĂ©ritĂ© et de sarcasme (le diable en personne j'vous dit !) ainsi que la prestance très attachante du jeune Billy Chapin, transperçant l'Ă©cran par sa dĂ©termination fragile, confinent au chef-d'oeuvre Ă©motif Ă  la modernitĂ© trouble.  

*Bruno 
05.12.12. 3èX
12.04.24. 4èx. Vo. 4K

L'avis de Mathias Chaput:
Ce qui frappe avant tout dans "la Nuit du Chasseur" c'est le charisme MONUMENTAL de Mitchum dans son rĂ´le !
S'immisçant de façon hypnotique dans le paysage, dans l'environnement et même dans le subconscient de ceux et celles qu'il côtoie, il signe là son rôle le plus emblématique, loin des stéréotypes des acteurs américains des années 50, cantonnés soit dans des rôles de durs soit dans des rôles de justiciers !
Non ici c'est AUTRE CHOSE...
C'est difficile à décrire en fait ce que l'on ressent, en fait je crois que ça se VIT...
Il faut le voir pour le comprendre, c'est très dur à faire discerner ou à raconter...
Métaphysique, métaphorique (la fuite la nuit sur la barque avec la toile de l'araignée, symbole du pasteur prédateur qui tisse son piège, les grenouilles, les lapins, le hibou, presqu'un métrage naturaliste, en tout cas hors normes avec le cinéma d'alors...) et surtout proche du fantastique, grâce à des cadrages élaborés rares pour l'époque ! (le reflet des personnages marchant le long de la rivière, la femme protectrice maternelle qui garde les orphelins et qui n'hésite pas à sortir son fusil de chasse et à en faire usage !)...
Le côté lancinant et charmeur à la limite de la dépravation de Mitchum dont même une adolescente à peine sortie de la puberté dit être amoureuse !
POLITICALLY INCORRECT !
Tous ces aspects pour le moins discutables contribuent sans nul doute à faire émerger une approche malsaine du personnage qui peut être identifié comme le "DIABLE", souillant et troublant la candeur des bambins innocents et aux visages terrorisés rien qu'à la vision de Powell, ogre des temps modernes, avide d'argent et étant prêt à tout pour obtenir le butin caché, quitte à occire ceux qui se trouveront sur son passage, y compris les mômes qu'il ne prendra aucune difficulté à supprimer dans l'alternative où son but est atteint !
Osé, novateur, sidérant et pathologique dans son style, "la Nuit du Chasseur" est un masterpiece qu'il faut impérativement avoir visionné si l'on se dit cinéphile...
Note : 10/10

mardi 4 décembre 2012

MACADAM A DEUX VOIES (Two-Lane Blacktop)

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Monte Hellman. 1971. U.S.A. 1h42. Avec James Taylor, Warren Oates, Laurie Bird, Dennis Wilson.

Sortie salles U.S: 7 Juillet 1971

FILMOGRAPHIEMonte Hellman est un réalisateur et producteur américain, né le 12 Juillet 1932 à New-York.
1959: Beast from Haunted Cave. 1964: Flight to Fury. 1964: Back Door to Hell. 1965: l'Ouragan de la Vengeance. 1967: The Shooting. 1971: Macadam Ă  deux voies. 1974: Cockfighter. 1978: China 9, liberty 37. 1988: Iguana. 1989: Douce nuit, sanglante nuit 3. 2010: Road to Nowhere.


Film culte tardivement reconnu et desservi par un échec commercial cinglant, Macadam à deux voies s'engage dans le road movie contestataire, à la manière de ces illustres acolytes, Easy Rider et Point Limite Zero. Réalisé sous une forme documentaire, Monte Hellman nous retrace l'équipée monocorde de deux comparses taciturnes et d'une jeune auto-stoppeuse infantile, engagés dans une course automobile par l'entremise d'un rival solitaire.


Road Movie contemplatif illustrant la passion dĂ©vorante que peuvent entretenir les fous du volant, Macadam sur 2 voies est une fuite en avant vers une libertĂ© sans illusion. La contre-culture de jeunes paumĂ©s sillonnant les routes des Etats-unis pour amasser leur gain Ă  travers des courses illĂ©gales. Avec l'arrivĂ©e d'un quarantenaire tout aussi paumĂ© et profondĂ©ment frustrĂ©, nos trois conducteurs vont se lancer le dĂ©fi de regagner Washington en un temps record ! Entre ces trois pèlerins avides d'Ă©litisme par la gagne d'une course interminable, une jeune auto-stoppeuse versatile va semer le dĂ©sordre vis Ă  vis d'une idylle hĂ©sitante. NĂ©anmoins, cette compĂ©tition de longue haleine va s'avĂ©rer finalement vaine et destructurĂ©e puisqu'en cours de route, nos deux acolytes vont notamment s'octroyer diverses courses alĂ©atoires avec d'autres alliĂ©s tout aussi orgueilleux.
Cette intrigue futile bâtie sur la monotonie d'individus en quĂŞte libertaire nous illustre leur dĂ©sir de fuite furtive sans pouvoir prĂ©figurer l'avenir d'un lendemain incertain. C'est donc une errance routière que nous retrace Macadam Ă  2 voies, non exempt de loufoquerie (Warren Oates se rĂ©vèle savoureux en quidam malchanceux contraint de prendre en auto-stop des individus peu communs), oĂą flics et badauds restent des tĂ©moins apathiques. Sur le bitume des divers contrĂ©es consommĂ©es, nos hĂ©ros vont nĂ©anmoins se porter en tĂ©moin d'une rĂ©alitĂ© morbide lors d'un accident meurtrier entre un camion et un vĂ©hicule. Alors que le quarantenaire, Ă  deux doigts de s'isoler au bout du monde avec une gamine lunatique, va lui aussi se confronter au trĂ©pas lors des confidences d'une grand-mère accablĂ©e par le deuil familial de sa petite fille orpheline.


Course poursuite sans horizon de rebelles avides de notoriĂ©tĂ© et d'amour rĂ©dempteur mais incapables de se transcender dans leur ambition illusoire, Macadam Ă  2 voies est un road movie insolite vĂ©hiculant une nonchalance existentielle ainsi qu'une cocasserie excentrique (Warren Oates, en sĂ©ducteur malhabile, est vĂŞtu d'un pull de couleur distincte Ă  chacune de ses apparitions !). Une virĂ©e urbaine de noctambules trop ancrĂ©s dans l'idĂ©ologie du temps prĂ©sent oĂą l'avenir n'a pas de raison d'ĂŞtre. Au risque de s'en brĂ»ler les ailes par dĂ©chĂ©ance amoureuse ou dĂ©livrance suicidaire. 

04.12.12
Bruno Matéï


lundi 3 décembre 2012

MALEVIL

                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lamaisondegaspard.blogspot.com

de Christian de Chalonge. 1980. France/Allemagne. 2h00. Avec Michel Serrault, Jacques Dutronc, Jean-Louis Trintignant, Jacques Villeret, Robert Dhéry, Hanns Zischler, Pénélope Palmer.

Sortie salles France: 13 Mai 1981 

FILMOGRAPHIE: Christian de Chalonge est un réalisateur français né le 21 Janvier 1937 à Douai.
1968: O Salto. 1971: l'Alliance. 1976: Le Désert des Tartares. 1978: l'Argent des Autres. 1980: Malevil. 1982: Les 40è Rugissants. 1990: Le Diable en Ville. 1990: Docteur Petiot. 1991: Le Voleur d'Enfants. 1996: Le Bel Eté 1914. 1997: Le Comédien. 1999: Maigret; un meurtre de première classe (télé-film). 2002: Maigret et le marchand de vin (télé-film). 2002: Maigret chez le Ministre (télé-film). 2007: l'Avare (télé-film). 2008: Le Malade Imaginaire (télé-film). 2009: Le Bourgeois Gentilhomme (télé-film).


InspirĂ© du roman homonyme de Robert Merle paru en 1972, Malevil est un rĂ©cit de science-fiction post-apo dĂ©crivant sans esbroufe le quotidien d'une poignĂ©e de survivants après un cataclysme nuclĂ©aire. Co-produit entre la France et l'Allemagne, le film de Christian de Chalonge bĂ©nĂ©ficie en outre d'une distribution hĂ©tĂ©roclite (Michel Serrault, Jacques Villeret, Jacques Dutronc et Robert DhĂ©ry) afin de renforcer la crĂ©dibilitĂ© des Ă©vènements au cours duquel une famille de paysans va devoir s'unifier pour refonder un semblant de vie harmonieuse. Dans l'atmosphère feutrĂ©e d'une nature champĂŞtre destituĂ©e de son environnement Ă©cologique, Malevil est d'abord une rĂ©ussite esthĂ©tique modeste par son habiletĂ© Ă  exploiter divers dĂ©cors minimalistes pour retranscrire l'isolement d'un bout de campagne (bâtiments en ruines, rivière dessĂ©chĂ©e, champs et bosquet calcinĂ©s).


La première partie nous illustre avec efficacitĂ© la survie d'un groupe de citadins sauvĂ©s par l'explosion de la bombe et des effets de radiations depuis qu'ils s'Ă©taient protĂ©gĂ©s en interne d'une cave. De manière circonspecte, Christian de Chalonge prend soin de nous attacher Ă  ces campagnards de terroir rĂ©fugiĂ©s dans leur unique ferme et ayant encore l'aubaine de pouvoir Ă©lever le dernier bĂ©tail (chevaux, cochons et boeufs). Au fil des mois, après avoir labourĂ© la terre et planter les nouvelles denrĂ©es, leur nouvelle vie semble beaucoup moins contraignante pour laisser prĂ©sager le nouvel espoir d'un futur envisageable. Jusqu'au jour oĂą une bande de voleurs famĂ©liques dĂ©cide de s'approcher un peu trop des champs de cultivation. Mais l'arrivĂ©e d'un autre groupe de survivants subordonnĂ©s Ă  la hiĂ©rarchie d'un gourou totalitaire va sĂ©vèrement remettre en pĂ©ril la postĂ©ritĂ© de nos agriculteurs. Cette seconde partie plus vigoureuse dans les conflits belliqueux entamĂ©s Ă  travers deux clans rivaux laisse place Ă  la rencontre apparemment hostile de pèlerins rĂ©unis en interne de wagons de transport sous l'isolement d'un tunnel. TyrannisĂ©s par un directeur perfide allouĂ© Ă  la parole du divin (Jean Louis Trintignant, Ă©tonnant de flegme impassible), ces sbires sont contraints de lui obĂ©ir sans daigner tenter de s'insurger. Mais l'avènement des nouveaux survivants de Malevil va peut-ĂŞtre leur permettre de s'affranchir d'une emprise sectaire. A travers ce conflit hostile entre le peuple d'un fondamentaliste vĂ©reux et celui d'un pacifiste intègre (Michel Serrault en fermier autoritaire surprend par son jeu prĂ©cisĂ©ment modeste), le rĂ©alisateur dĂ©montre avec une dĂ©rision implicite l'instinct guerrier de l'ĂŞtre humain, contraint de se mesurer Ă  la menace de l'Ă©tranger par esprit de mĂ©galomanie, de survie ou d'autonomie. Et cela quelques mois seulement après avoir endurĂ© un cataclysme nuclĂ©aire mondial aux consĂ©quences catastrophiques.


RĂ©alisĂ© sans artifice avec une jolie photo scope et Ă©ludant le plus souvent la carte du spectaculaire, Malevil est une excellente preuve que le cinĂ©ma hexagonal est parfois apte Ă  oeuvrer dans l'anticipation avec intelligence et persuasion. Son pouvoir de fascination Ă©manant de l'environnement de sa campagne dĂ©sincarnĂ©e ainsi que le caractère attachant des personnages, rendent toujours aussi attrayants ce post-nuke provincial bien de chez nous. A revoir sans rĂ©serve, notamment du fait de sa raretĂ© partiale.   

03.12.12
Bruno Matéï


vendredi 30 novembre 2012

Blow Out

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site myscreens.fr

de Brian De Palma. 1981. U.S.A. 1h48. Avec John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow, Dennis Franz, Peter Boyden, Curt May.

Sortie salles France: 17 Février 1982. U.S: 24 Juillet 1981

FILMOGRAPHIEBrian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinĂ©aste amĂ©ricain d'origine italienne, nĂ© le 11 septembre 1940 Ă  Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder Ă  la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le BĂ»cher des vanitĂ©s. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


Un an après son chef-d'oeuvre sulfureux Pulsions, Brian De Palma enchaĂ®ne avec un second thriller, une mĂ©ticuleuse investigation afin d'y dĂ©manteler un attentat politique au coeur d'une AmĂ©rique paranoĂŻaque. Au moment de ces expĂ©rimentations dans un parc rĂ©gional, un preneur de son se retrouve tĂ©moin d'un meurtre fardĂ© en accident. Or, suite Ă  l'Ă©clatement du pneu d'une voiture, un gouverneur et sa passagère sont projetĂ©s au fond d'une rivière. Après avoir sauvĂ© in extremis la jeune fille, Jack tente de dĂ©voiler au grand jour le meurtre du gouverneur Ă  l'aide de sa bande-son mais aussi le film qu'un photographe est parvenu Ă  enregistrer le soir mĂŞme de la tragĂ©die. Afin d'Ă©touffer l'affaire au plus vite, un dangereux maniaque complice de cette conjuration s'entreprend de rĂ©cupĂ©rer la bobine et supprimer les tĂ©moins gĂŞnants. Hommage au 7è art dans ce rapport inhĂ©rent que l'image et le son entretiennent communĂ©ment afin d'Ă©purer la chimère cinĂ©matographique, Blow Out est un jeu de manipulation roublard oĂą le simulacre dĂ©voile peu Ă  peu ses failles par l'entremise d'un technicien de cinĂ©ma. Avec la complicitĂ© attachante de John Travolta (Ă©tonnant de sobriĂ©tĂ© dans un rĂ´le Ă  contre-emploi) et de l'aguicheuse Nancy Allen (irrĂ©sistible de naĂŻvetĂ© candide dans sa fonction antinomique d'escort girl), Brian De Palma nous Ă©labore une enquĂŞte passionnante oĂą la mise en scène virtuose tient une fois de plus du prodige (utilisation harmonieuse du split screen, du travelling circulaire, du plan-sĂ©quence et de la louma).


Ainsi, Ă  travers la reconstitution d'une scène de crime entreprise par un preneur de son obnubilĂ© Ă  rĂ©tablir la vĂ©ritĂ©, Brian De Palma nous manifeste son amour pour le cinĂ©ma sous toutes ses variantes. Si bien qu'ici, mĂŞme les navets horrifiques mâtinĂ©s d'Ă©rotisme ont droit Ă  la reconnaissance face Ă  l'expressivitĂ© d'un hurlement salvateur. Une fois de plus, le rĂ©alisateur utilise avec masochisme la dextĂ©ritĂ© d'un scĂ©nario charpentĂ© oĂą les apparences trompeuses vont ĂŞtre dĂ©voilĂ©es sous l'allĂ©geance d'un cinĂ©aste soucieux de conviction rĂ©aliste. Puisqu'en sous-intrigue, la quĂŞte du fameux cri escomptĂ© dès le prĂ©lude est finalement dĂ©gotĂ© par le hĂ©ros Ă  travers Spoil ! l'agonie de sa compagne sacrifiĂ©e fin du Spoil. Et on peut dire qu'en terme de point d'orgue nihiliste, l'inoubliable dĂ©nouement de Blow-Out s'avère sacrĂ©ment couillu pour laisser le spectateur dans un pessimisme Ă©lĂ©giaque. Ce qui justifie d'ailleurs son relatif Ă©chec commercial lors de sa sortie en salles (13 747 234 dollars de recettes pour un budget de 18 millions) et la faillite qui s'ensuit pour sa sociĂ©tĂ© de production. Qu'importe la dĂ©faite, De Palma nous eut transcendĂ© avec une maestria infaillible une course contre la montre fertile en pĂ©ripĂ©ties dĂ©lĂ©tères que nos hĂ©ros ont parcouru pour y contrecarrer l'antagoniste, et ce afin de sauvegarder la preuve irrĂ©futable d'un complot politique.


Un cri dans la nuit
ScandĂ© de la partition raffinĂ©e de Pino Donaggio, Blow-out rĂ©exploite le mode opĂ©ratoire du suspense et de l'enquĂŞte policière avec une roublardise jubilatoire. DominĂ© par un casting sans fard, cet hommage au cinĂ©ma "perfectible" transcende l'outil artistique au grĂ© d'une Ă©nigme irrĂ©solue. De par l'audace de sa conclusion bouleversante, Blow out prouve avec cruelle dĂ©rision (l'utilisation d'un vrai cri au profit d'une oeuvre de commande) qu'au cinĂ©ma rien n'est gagnĂ© d'avance, surtout lorsqu'un cinĂ©aste s'efforce d'y cultiver sa patte personnelle. Quitte Ă  l'arrivĂ©e d'essuyer un cuisant Ă©chec commercial... 

* Bruno
10.06.24. 5èx. Vostf
30.11.12.



jeudi 29 novembre 2012

Le jour d'Après / The Day After

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site encyclocine.com

de Nicholas Meyer. 1983. U.S.A. 2h06. Avec Jason Robards, JoBeth Williams, Steve Guttenberg, John Cullum, John Lithgow, Bibi Besch, Lori Lethin, Amy Madigan.

Diffusion TV U.S: 20 Novembre 1983. Sortie salles France: 25 Janvier 1984

FILMOGRAPHIENicholas Meyer est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 24 Décembre 1945 à New-York.
1979: C'Ă©tait demain. 1982: Star Trek 2. 1983: Le Jour d'Après. 1985: Volunteers. 1988: Les Imposteurs. 1991: Company Business. Star Trek 6. 1999: Vendetta.


"Le Jour d’Après : autopsie d’un monde effondrĂ©".
PhĂ©nomène tĂ©lĂ©visuel lors de sa diffusion amĂ©ricaine, Le Jour d’Après fit naĂ®tre un vent de panique tel qu’une ligne tĂ©lĂ©phonique fut mise en place dès le soir mĂŞme pour calmer les esprits. Son impact Ă©motionnel fut si retentissant que la France s’empressa de l’exploiter en salles. Ĺ’uvre de fiction post-apocalyptique, le film illustre les consĂ©quences d’une Troisième Guerre mondiale embrasĂ©e par le pĂ©ril nuclĂ©aire, dĂ©crivant avec un rĂ©alisme abrupt la survie dĂ©sespĂ©rĂ©e d’une centaine d’ĂŞtres contaminĂ©s par la radioactivitĂ©. StructurĂ© en trois actes, Le Jour d’Après s’attarde d’abord sur le quotidien paisible de familles ordinaires, lentement gagnĂ©es par l’angoisse face Ă  l'escalade d’un conflit politique opposant URSS, Allemagne de l’Est et États-Unis. La caractĂ©risation reste classique, fondĂ©e sur les principes d’un certain idĂ©al familial, jusqu’Ă  ce que les mĂ©dias, saturĂ©s d’alertes, fassent basculer l’anxiĂ©tĂ© dans la frĂ©nĂ©sie : on investit les supermarchĂ©s, on remplit les caddies, on cherche des caves oĂą se terrer — pendant que d’autres, Ă  des kilomètres de leurs proches, entament une course contre la montre, le cĹ“ur nouĂ©, pour les rejoindre.


Puis vient le cataclysme. Lorsque les missiles amĂ©ricains sont lancĂ©s, la riposte soviĂ©tique s’abat dans une dĂ©flagration totale. Le Jour d’Après plonge alors dans l’horreur nue : une apocalypse nuclĂ©aire d’une brutalitĂ© hallucinĂ©e. Les effets spĂ©ciaux, parfois bricolĂ©s, parfois frappants — soutenus par des stock-shots tirĂ©s de Meteor ou Un Tueur dans la foule — parviennent malgrĂ© tout Ă  gĂ©nĂ©rer une terreur profonde. Champignons atomiques, incandescences meurtrières, brasiers industriels, citĂ©s dĂ©sossĂ©es : la vision d’un pays qui s’effondre est martelĂ©e sans relâche, Ă  coups d’images cauchemardesques. Pour une production tĂ©lĂ©visuelle, Nicholas Meyer signe un coup de poing sans fard, une secousse Ă©motionnelle d’une efficacitĂ© implacable. Cette seconde partie, fulgurante, vous cueille au plexus sans le moindre rĂ©pit.


La dernière partie, plus sobre, plus cruelle aussi, s’attarde sur l’après. L’après-lumière, l’après-vie. Le rĂ©alisateur suit quelques survivants, ces visages croisĂ©s plus tĂ´t, dĂ©sormais hantĂ©s par le chaos. Ă€ travers eux, il brosse le tableau d’un monde Ă  l’agonie : champs calcinĂ©s, forĂŞts dĂ©nudĂ©es, arbres exsangues, animaux foudroyĂ©s, charniers d’humains pourrissants ou dĂ©jĂ  momifiĂ©s. Une odeur de mort sature l’air, le cholĂ©ra rĂ´de, les vautours humains dictent leur loi. Le Jour d’Après devient alors une fresque dantesque, un opĂ©ra funèbre oĂą chaque silhouette erre, spectrale, comme un zombie vidĂ© d’avenir.


"Après le souffle, la poussière".
Cri d’alarme contre le vertige nuclĂ©aire, le film demeure une charge inflexible contre l’aveuglement de gouvernements vouĂ©s Ă  la destruction mutuelle. Les visions morbides de Nicholas Meyer, imprĂ©gnĂ©es de cendre et de ruine, laissent l’empreinte d’un gĂ©nocide froid, implacable. Terrifiant jusqu’au dĂ©goĂ»t, jusqu’au silence nausĂ©eux. Et l’on espère, viscĂ©ralement, ne jamais connaĂ®tre pareille extinction.

Note : plus de 100 millions d’AmĂ©ricains ont regardĂ© ce tĂ©lĂ©film lors de sa première diffusion.

*Bruno
29.11.12. 4èx



mercredi 28 novembre 2012

L' Autre / The Other. Prix du Meilleur Réalisateur à Catalogne, 1972

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinepesadelo.blogspot.com

de Robert Mulligan. 1972. U.S.A. 1h40. Avec Uta Hagen, Diana Muldaur, Chris Udvanoky, Martin Udvanoky, Norma Connolly, Victor French, Loretta Leversee, Lou Frizzell.

Sortie salles U.S: 23 Mai 1972. France: 20 Décembre 1972

FILMOGRAPHIE: Robert Mulligan est un réalisateur américain, né le 23 Août 1925 à New-York, décédé le 20 Décembre 2008 à Lyme, Connecticut. 1957: Prisonnier de la peur. 1960: Les pièges de Broadway. 1961: Le Rendez-vous de Septembre. 1961: Le Roi des Imposteurs. 1962: l'Homme de Bornéo. 1962: Du Silence et des Ombres. 1963: Une Certaine Rencontre. 1964: Le Sillage de la Violence. 1965: Daisy Clover. 1967: Escalier Interdit. 1969: l'Homme Sauvage. 1971: Un Eté 42. 1971: The Pursuit of Happiness. 1972: l'Autre. 1974: Nickel Ride. 1978: Les Chaines du sang. 1978: Même heure l'année prochaine. 1982: Kiss me Goodbye. 1988: Le Secret de Clara. 1991: Un Eté en Louisiane.

 
⚠️ AVERTISSEMENT : IL EST PRÉFÉRABLE D'AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CE QUI SUIT ⚠️

L’Innocence DĂ©composĂ©e.
Pierre angulaire d’un fantastique Ă©thĂ©rĂ© autant qu’Ĺ“uvre maudite — longtemps invisible, dĂ©sormais exhumĂ©e en Blu-ray L’Autre est une vertigineuse descente dans la psychĂ© d’une innocence fracturĂ©e. AdaptĂ© du roman de Tom Tryon, le film Ă©pouse la sensibilitĂ© douloureuse de l’enfance pour y injecter, tout en finesse, les thèmes du dĂ©doublement, de la hantise, de la possession. Une odyssĂ©e psychologique d’une intensitĂ© dramatique dĂ©chirante.

Car derrière cette lumière d'Ă©tĂ© faussement sereine, c’est un drame familial en dĂ©composition que nous explorons. Une dynastie ravagĂ©e par une sĂ©rie de morts tragiques, et au cĹ“ur du chaos : Niles, enfant candide broyĂ© par le deuil de son père et de son jumeau. TerrifiĂ© Ă  l’idĂ©e de mourir, effrayĂ© par sa solitude, il s’accroche Ă  l’illusion qu’Holand est toujours lĂ . L’esprit malicieux — ou malĂ©fique ? — du frère dĂ©funt finit par contaminer Niles, l’entraĂ®nant dans une spirale schizophrène oĂą les frontières entre rĂ©el et imaginaire se dĂ©sagrègent.
 

L’intrigue prend racine dans une relation clĂ© : celle qu’il entretient avec sa grand-mère, Ada. Pour l’aider Ă  traverser l’Ă©preuve du deuil, elle lui enseigne un Ă©trange jeu mental — une projection sensorielle dans l’esprit d’un autre. Mais ce jeu d’apparence inoffensive devient un piège. En se fondant dans l’illusion, Niles ouvre une brèche d’oĂą surgit la chair spectrale de son double. Et, peu Ă  peu, bascule.

Le drame devient alors insoutenable. Parce qu’il touche Ă  ce que l’enfance a de plus vulnĂ©rable. Sous sa pudeur narrative, le film insuffle une horreur feutrĂ©e, presque indicible, rythmĂ©e par les tourments d’un enfant en dĂ©rive et les silences d’une grand-mère impuissante. Ajoutez Ă  cela une mère veuve, murĂ©e dans une mĂ©lancolie mutique, incapable d’absorber la disparition de ses fils. Et l’atmosphère s’Ă©paissit jusqu’Ă  l’Ă©touffement.


Jusqu’Ă  ce point d’orgue, cette rĂ©vĂ©lation atroce, innommable, qui scelle le destin de tous. Cette image terminale, aussi glaciale que dĂ©finitive, nous laisse exsangue. Deux questions alors, suspendues dans le nĂ©ant : Niles Ă©tait-il rĂ©ellement possĂ©dĂ© par l’âme d’Holand ? Ou bien le "jeu" d’Ada, combinĂ© Ă  la cruautĂ© du monde, n’a-t-il fait que rĂ©veiller une folie latente ?

 
Le Double et l’AbĂ®me.
Clef de voĂ»te du fantastique moderne, L’Autre nous Ă©prouve sans anesthĂ©sie. Son crescendo malsain, son climat de deuil poisseux, sa mise en scène Ă©conome mais implacable... Et surtout, les performances saisissantes de Chris et Martin Udvarnoky, d’une dualitĂ© troublante : tendres et glaçants, angĂ©liques et dĂ©moniaux. Ils incarnent la tragĂ©die de l’enfance perdue avec une vĂ©ritĂ© presque insoutenable.

L’Autre, film inoxydable, continue de hanter — et d’ensorceler — ceux qui osent y plonger.

*Bruno
28.11.12

RĂ©compense: Prix du Meilleur RĂ©alisateur au Festival de Catalogne en 1972

L'avis de Mathias Chaput: http://horrordetox.blogspot.fr/2012/11/the-other-de-robert-mulligan-1972.html
Très peu prolixe dans le cinéma d'outre Atlantique, Robert Mulligan signe avec "The Other" un véritable chef d'oeuvre du cinéma fantastique contemporain...
Un scénario d'une originalité totale, sans redondances ni esbroufes...
Aucun effet gore n'est à déplorer dans le métrage !
Un climat malsain s'intègre parfaitement prenant le contre-pied de l'environnement et de l'innocence des protagonistes qui y végètent, en l'occurrence de simples et frêles pré adolescents qui ne demandent qu'à vivre et aimer la vie !
L'astuce de Mulligan consiste à faire virer crescendo son intrigue avec une révélation imparable et glaçante au bout d'une heure de projection !
Puis il fait tout partir en live pendant la dernière demie heure !
Dans la lignée de "Psychose" réalisé douze ans avant, voire même un petit côté "Carnival of souls" mais se démarquant par une mise en scène affûtée aux limites de l'onirisme, matinée de la plus grande schizophrénie pour le personnage principal !
"The other" est un film culotté et carrément révolutionnaire qui fera date dans le genre !
Avec des séquences sorties de nulle part, notamment cette virée dans une fête foraine avec les "monstres", ou ce plan aérien où Nels s'imagine être un corbeau survolant le village !
Mulligan ne recule devant aucun stratagème pour augmenter la terreur chez le spectateur, jusqu'à un final apocalyptique à la fois immoral et sans "happy end" !
Très bien joué et excellemment mis en scène, "The other" est à marquer d'une pierre blanche, film rare et précieux, il se doit d'être vu par tout cinéphile fantasticophile !
Note : 10/10 (pour l'originalité du scénario et l'intelligence du traitement de ce dernier)

                                        

mardi 27 novembre 2012

LES REVOLTES DE L'ILE DU DIABLE (Kongen av Bastøy). Amanda 2011 du Meilleur Film Norvégien

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Marius Holst. 2010. Norvège/Pologne/Suède/France. 1h55. Avec Benjamin Hesltad, Trond Nilssen, Stellan Skarsgard, Kristoffer Joner, Trond Nilssen.

Récompense: Amanda 2011 du Meilleur Film Norvégien

Sortie salles France: 23 Novembre 2011. Norvège: 17 Décembre 2010

FILMOGRAPHIE: Marius Holst est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste norvĂ©gien, nĂ© en 1965 Ă  Oslo.
1990: Besokstid. 1994: Croix de bois, croix de fer. 1996: Lukten av mann. 1997: 1996: Pust pa meg !
2001: Oyenstikker. 2003: Tito ar dod. 2006: Kjoter (télé-film). 2007: Blodsband. 2010: Les Révoltés de l'île du diable.


InspirĂ© d'une histoire vraie, Les RĂ©voltĂ©s de l'Ă®le du Diable retrace les conditions de vie drastiques d'une poignĂ©e de dĂ©linquants au sein d'un centre de redressement norvĂ©gien. Les Ă©vènements se dĂ©roulent sous un hiver rĂ©frigĂ©rant de 1915. Le centre situĂ© Ă  Bastoy est implantĂ© sur une Ă®le sous le commandement d'un directeur insidieux et d'un surveillant sadique. Mais l'arrivĂ©e d'une forte tĂŞte va peu Ă  peu perturber leur hiĂ©rarchie et finalement dĂ©clencher une insurrection de grande ampleur.
Photo limpide contrastant avec son climat hivernal rigoureux, Les RĂ©voltĂ©s de l'Ă®le du Diable est un puissant tĂ©moignage sur l'endurance de survie autant qu'un rĂ©quisitoire contre le despotisme d'une hiĂ©rarchie disciplinaire. Le sentiment d'isolement Ă©prouvĂ© au sein de cette Ă®le maudite laisse planer une solitude blafarde parmi le sĂ©minaire de jeunes dĂ©soeuvrĂ©s livrĂ©s aux pires corvĂ©es. Soumis Ă  l'esclavage d'une discipline de fer et desservis par une alimentation prĂ©caire, les adolescents les plus arrogants sont notamment livrĂ©s Ă  divers sĂ©vices corporels et humiliations par l'impassibilitĂ© d'un surveillant licencieux. Pour les plus opiniâtres d'entres eux avides d'Ă©vasion, l'isolement du cachot ou les travaux forcĂ©s pratiquĂ©s Ă  proximitĂ© d'une forĂŞt pluvieuse sont les punitions exemplaires afin de les dissuader d'une prochaine tentative.


Auscultant les conditions de vie tyranniques que vont subir ces jeunes dĂ©linquants durant plusieurs annĂ©es d'emprisonnement, Marius Holst nous dĂ©crit avec un rĂ©alisme blafard cette descente aux enfers particulièrement abrupte. Majoritairement interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens dĂ©butants criants de vĂ©ritĂ©, la densitĂ© humaine qui Ă©mane de ses souffres douleurs nous Ă©meut d'une manière terriblement empathique, d'autant plus qu'un ultime baroud d'honneur va laisser place Ă  une rĂ©bellion belliqueuse. C'est en prioritĂ© vers la caractĂ©risation de deux adolescents de prime abord contradictoires dans leur personnalitĂ© distinct qu'il s'attache Ă  nous dĂ©crire leur calvaire mais aussi leur sens de camaraderie avec une affliction rude. En outre, Ă  travers le discours moralisateur du directeur de prison (superbement incarnĂ© par un Stellan Skarsgârd castrateur), le rĂ©alisateur Ă©voque sa lâchetĂ© et son hypocrisie Ă  oser tolĂ©rer un abus sexuel sur mineur sous couvert de bonne conscience. Vibrant tĂ©moignage de bravoure, de vaillance et d'honneur, ce portrait d'une adolescence souillĂ©e se rĂ©vèle d'autant plus implacable par son impact effrayant qu'il est rĂ©ellement inspirĂ© d'Ă©vènements rĂ©els (comme le tĂ©moigne son gĂ©nĂ©rique de fin faisant dĂ©filer quelques photos d'archives oĂą de vrais prisonniers juvĂ©niles exerçaient des travaux de plantation !).


Elégie d'une fraternité inconsolable entre deux héros déchus, pamphlet contre le totalitarisme et témoignage édifiant sur la cruauté tolérée à de jeunes délinquants, Les Révoltés de l'île du Diable est une épreuve de survie d'une acuité émotionnelle cafardeuse. Son inévitable point d'orgue dramatique alloué au surpassement de soi et à la dignité humaine laisse en mémoire une conclusion amère sur l'intransigeance d'une société impitoyable.

Note subsidiaire: Le centre de dĂ©tention de Bastøy, créé en 1900, est restĂ© dans une discipline très stricte jusqu'en 1953, puis il est transformĂ© en prison en 1970. Cette prison est maintenant un lieu d'expĂ©rimentation pour devenir la « première prison Ă©cologique au monde ».

27.11.12
Bruno Matéï 

lundi 26 novembre 2012

L'Etrange Créature du Lac noir / The Creature from the Black Lagoon

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Jack Arnold. 1954. U.S.A. 1h19. Avec Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning, Antonio Moreno, Nestor Paiva, Whit Bissell, Sydney Mason, Bernie Gozier.

Sortie salles France: 13 Avril 1955. U.S: 5 Mars 1954

FILMOGRAPHIE: Jack Arnold est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Octobre 1916, dĂ©cĂ©dĂ© le 17 Mars 1992. 1950: With These Hands. 1953: Le Crime de la semaine. 1953: Filles dans la nuit. 1953: Le MĂ©tĂ©ore de la nuit. 1954: l'Etrange CrĂ©ature du lac noir. 1955: La Revanche de la crĂ©ature. 1955: Tornade sur la ville. 1955: Tarantula. 1955: CrĂ©puscule Sanglant. 1956: Faux Monnayeurs. 1957: l'Homme qui RĂ©trĂ©cit. 1957: Le Salaire du Diable. 1958: Le Monstre des abĂ®mes. 1958: Madame et son pilote. 1959: Une Balle signĂ© X. 1960: La Souris qui rugissait. 1961: l'AmĂ©ricaine et l'amour. 1964: Pleins phares. 1969: Hello Down There. 1975: The Swiss Conspiracy.


Classique du monster movie des annĂ©es 50 , l'Etrange CrĂ©ature du lac noir marqua notamment une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©phile quand il fut autrefois projetĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision dans le cadre de l'Ă©mission d'Eddie Mitchel, la Dernière SĂ©ance. Tous les spectateurs s'Ă©taient alors empressĂ©s d'acheter une paire de lunette vendue avec le magazine TĂ©lĂ© 7 Jours afin de pouvoir bĂ©nĂ©ficier de l'effet 3D escomptĂ©. Ce 19 Octobre 1982 fut donc une première en France pour l'exploitation du relief sur petit Ă©cran. Mais en dĂ©pit de son succès d'audience inĂ©vitable, l'expĂ©rience n'a pu ĂŞtre renouvelĂ©e faute de l'inefficacitĂ© visuelle des lunettes assujetties aux filtres bleues et rouges. Dans la mouvance de King KongJack Arnold nous concocte ici un film d'aventures riche en pĂ©ripĂ©ties lorsqu'une crĂ©ature amphibie sème la terreur auprès de scientifiques partis en expĂ©dition amazonienne. En effet, après avoir dĂ©couvert une main fossilisĂ©e, des chercheurs embarquent Ă  bord d'un bateau pour rejoindre le lagon noir. C'est dans cette mystĂ©rieuse lagune qu'ils devront se mesurer Ă  l'hostilitĂ© d'un monstre aquatique.


Suspense lattent, exotisme et frissons ludiques sont les ingrĂ©dients inhĂ©rents d'un succès si mondialement cĂ©lĂ©brĂ© Ă  travers le monde que deux autres suites furent rapidement mises en chantier. Bien entendu, si l'aspect effrayant de la crĂ©ature peut aujourd'hui prĂŞter Ă  sourire, son pouvoir de fascination qu'il vĂ©hicule Ă  travers son apparence mi-humaine, mi-amphibie, ainsi que la qualitĂ© des effets-spĂ©ciaux confectionnĂ©es Ă  l'aide d'un costume en mousse de caoutchouc, n'ont rien perdu de sa poĂ©sie formelle. Car Ă  l'instar de King-Kong, Jack Arnold accorde notamment une certaine empathie pour l'amertume esseulĂ©e du monstre subitement Ă©pris d'affection pour Kay Lawrence, la jeune femme du Dr Reed. En outre, Ă  travers le profil arrogant d'un rival mĂ©galo (le Dr Mark Williams), il met en exergue l'aviditĂ© de l'homme dĂ©libĂ©rĂ© Ă  capturer une espèce inconnue pour son ego et sa quĂŞte mĂ©taphysique sur l'origine de l'univers. Il confronte par ailleurs l'intrusion dĂ©sinvolte de chercheurs notables au sein d'un environnement sauvage oĂą la nature Ă©tait Ă  l'unisson.  Au fil des nombreuses estocades improvisĂ©es par la crĂ©ature toujours plus coriace, la vigueur de la mise en scène s'impartie d'un rythme davantage haletant lorsque nos hĂ©ros bloquĂ©s en interne de la lagune sont contraints de se dĂ©faire d'un barrage pour retrouver la libertĂ©.


De par sa jolie photo monochrome, la dextĂ©ritĂ© d'une rĂ©alisation efficace, le talent de ses interprètes et surtout le magnĂ©tisme inquiĂ©tant du monstre amphibien, l'Etrange crĂ©ature du Lac noir perdure son pouvoir attractif avec un charme naĂŻf irrĂ©pressible. 

*Bruno
26.11.12
22.11.24. Vostfr

vendredi 23 novembre 2012

Trois noisettes pour Cendrillon / Tri orĂ­sky pro Popelku

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site homepopcorn.fr

de Vaclav Vorlicek. 1973. Tchécoslovaquie/RDA. 1h27. Avec Libuse Safrankova, Pavel Travnicek, Carola Braunbock, Rolf Hoppe, Karin Lesch, Dana Hlavacova, Jan Libicek, Vitezslav Jandak, Jaroslav Drbohlav, Vladimir Mensik.

Sortie salles France: 5 Septembre 1974. TchĂ©coslovaquie: 26 Octobres 1973.

FILMOGRAPHIE SELECTIVEVaclav Vorlicek est un rĂ©alisateur tchèque, nĂ© le 3 Juin 1930 Ă  Prague. Il joue un rĂ´le important dans le succès de l'industrie cinĂ©matographique tchèque dans les domaines de conte de fĂ©es et la comĂ©die. Après une formation Ă  la FacultĂ© du film de l'acadĂ©mie tchèque des arts musicaux entre 1951 et 1956, il a travaillĂ© pour les Studios Barrandov comme rĂ©alisateur et scĂ©nariste. Surtout dans les annĂ©es 1980, il produit de nombreux films pour enfants. VorlĂ­ÄŤek Ă  travaillĂ© ensemble avec le scĂ©nariste et Ă©crivain Milos Macourek pendant de nombreuses annĂ©es.1973: Trois Noisettes pour Cendrillon


Enième adaptation du conte de Charles Perrault mais aussi des Frères Grimm, Trois Noisettes pour Cendrillon est la version tchèque d'un spĂ©cialiste de films pour enfants. Classique tĂ©lĂ©visuel des soirĂ©es d'hiver en Europe Centrale au point d'ĂŞtre diffusĂ© chaque Noel, cette sublime fantaisie fĂ©erique reprend l'histoire de Cendrillon sous une forme autrement plus espiègle de par l'impertinence de son Ă©gĂ©rie plus affirmĂ©e et de ses personnages secondaires plus authentiques dans leur caractĂ©risation dĂ©complexĂ©e. 

Le Pitch: Fille de ferme, Cendrillon est la bonne à tout faire sous l'allégeance d'une mégère opiniâtre et de sa soeur moqueuse. Un jour, en se promenant dans les bois avec son cheval blanc, elle fait la rencontre d'un prince escorté de deux comparses. Après avoir entamé un jeu de brimade, le couple se sépare mais se retrouve un peu plus tard lors d'une chasse à l'épervier.


Au sein de vaste Ă©tendues enneigĂ©es d'une nature Ă©purĂ©e touchĂ©e par la grâce du rĂ©alisateur formaliste, Trois Noisettes pour Cendrillon est d'abord un enchantement visuel pour l'aura gracile d'une forĂŞt florissante pour autant naturaliste. Avec le charme et la voluptĂ© d'une jeune fille assujettie Ă  la mĂ©chancetĂ© de sa belle-mère et de sa soeur, ce conte idyllique nous retrace son destin singulier par la grâce d'une lĂ©gende mĂ©taphorique sur l'alchimie amoureuse. Romance enchanteresse, comĂ©die pittoresque lĂ©gère, fantaisie fĂ©erique auprès des prestiges de certains animaux (pigeons, hibou, chien et cheval blanc) demeurant les savoureux ingrĂ©dients d'un chef-d'oeuvre modeste principalement focalisĂ© sur le charme de ses interprètes irrĂ©sistibles. La beautĂ© candide de cette nouvelle Cendrillon inspirant promptement l'attachement auprès du public tant son aisance naturelle rĂ©ussit Ă  nous vĂ©hiculer une gentille impertinence, un charme Ă©moustillant auprès de sa soif de libertĂ© en dĂ©pit de sa condition frĂ©quemment soumise. Tandis que la naĂŻvetĂ© d'un prince quelque peu rebelle et oisif (ses parties de chasses avec ses comparses) et la mĂ©chancetĂ© d'une mĂ©gère dĂ©daigneuse seront au centre d'une requĂŞte pour un enjeu sentimental. Ce destin inespĂ©rĂ© octroyĂ© Ă  deux amants amoureux nous transcende donc, entre lyrisme, anticonformisme et fĂ©erie somme toute naturelle le sacre du mariage, le dĂ©sir de dĂ©vorer l'instant prĂ©sent, l'Ă©panouissement amoureux en dĂ©pit de leur distinction sociale qu'ils occultent au profit de leur mutuel bonheur. 


Pittoresque, frivole, tendre et constamment enchanteur auprès de son dĂ©paysement visuel dĂ©nuĂ© de fioriture, Trois Noisettes pour Cendrillon renoue avec le charme et la fraĂ®cheur de sa lĂ©gende inoxydable avec un art consommĂ© de la modestie. De par le tempĂ©rament fougueux de ses interprètes complices, sa comptine musicale (oh combien) entĂŞtante et son magnifique esthĂ©tisme naturel originaire d'Europe Centrale, cette raretĂ© (chez nous !) saura convaincre sans peine tous les amoureux de contes et lĂ©gendes. Si bien qu'Ă  mes yeux il s'agit de la meilleure version de Cendrillon portĂ©e Ă  l'Ă©cran, loin devant la version de Disney autrement imberbe, conventionnelle et naĂŻve. Un cadeau de noĂ«l inestimable que l'Ă©diteur Artus Films a exhumĂ© de l'oubli grâce Ă  son splendide Blu-ray entièrement restaurĂ©. 

*Bruno

P.S: L'actrice Libuše Ĺ afránková (07/06/53) qui interprète Cendrillon est dĂ©cĂ©dĂ©e le 9 juin 2021 Ă  Prague.

Merci Ă©galement Ă  l'Univers Fantastique de la Science-Fiction (2012)
23.11.12
25.11.24. VOST


                                          


jeudi 22 novembre 2012

Killer Joe

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de William Friedkin. 2012. U.S.A. 1h42. Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Thomas Haden Church, Gina Gershon, Juno Temple, Marc Macaulay.

Sortie salles France: 2 Septembre 2012. U.S: 27 Juillet 2012

FILMOGRAPHIEWilliam Friedkin est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de film amĂ©ricain, nĂ© le 29 aoĂ»t 1935 Ă  Chicago (Illinois, États-Unis). Il dĂ©bute sa carrière en 1967 avec une comĂ©die musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaĂ®tra la consĂ©cration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux rĂ©compensĂ©s Ă  la cĂ©rĂ©monie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: TĂŞtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police FĂ©dĂ©rale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: TraquĂ©. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Depuis Traqué et Bug, William Friedkin semble retrouver son insolence et sa verve subversive pour nous replonger avec masochisme dans l'univers insondable d'antagonistes névrosés. Et son p'tit dernier, Killer Joe, ne déroge pas à la règle. Il enfonce même le clou dans la putasserie crapuleuse pour mieux parfaire une intrigue criminelle au vitriol. Le pitch: Une famille de péquenots décide de se débarrasser de l'ex mégère maternelle afin de toucher la prime d'assurance vie qu'ils se partageront entre eux. Pour ce faire, il demandent l'aide de Joe, un flic tellement véreux qu'il accomplit parfois de sales besognes meurtrières en guise de gain. Mais rien ne se déroulera comme prévu...


Farce macabre fustigeant une famille de pieds nickelés sous l'allégeance d'un flicard psychopathe, Killer Joe constitue un chemin de croix que l'on ne voit pas venir de prime abord par son classicisme éprouvé. Illustrant avec une dérision caustique une galerie de personnages tous plus méprisables, lâches et ridicules, William Friedkin nous entraîne dans une drôle de sarabande autour d'une conjuration sordide. Un amant flâneur, un fiston dealer de drogue à la petite semaine, une belle mère infidèle et une soeur rétrograde caractérisent la famille dysfonctionnelle dans toute son ignominie pour le compte de leur cupidité. Ainsi, avec l'entraide d'un flic malhonnête, flegmatique et adroit, William Friedkin se prend un malin plaisir à nous décrire cet antagoniste d'une façon ordinaire de prime abord. Jusqu'au moment où cet individu zélé décide de courtiser la soeur potiche en guise de caution si bien que la famille fauchée ne peut se résoudre à lui payer d'avance la somme de 25 000 dollars. S'ensuit une séquence de drague aménagée sous l'influence tranquille de Joe totalement fasciné par la beauté pastel de la jeune vierge étourdie. L'étrange malaise sous-jacent entretenu lors du strip nous est pourtant décrite d'une manière presque sereine à travers les échanges fascinés de regards timorés. Mais la prestance hermétique de Joe semble nous suggérer que cet homme sans scrupule est capable de se complaire dans la perversité, d'autant plus que la jeune fille s'avère ramolli du ciboulot.


Faisons place ensuite aux dĂ©convenues avec une bande de dealers revanchards. Chris, dĂ©muni du moindre gain, semble sombrer dans une impasse et envisage peut-ĂŞtre de faire marche arrière pour le sort inĂ©vitable de sa mère. C'est Ă  ce moment irrĂ©versible que les revirements saugrenus vont fulminer au sein de la famille lorsqu'un subterfuge dĂ©risoire remettra tout en question. Cette dernière partie intempestive culmine sa dĂ©chĂ©ance morale vers un bain de sang grotesque Ă  la folie paroxystique contagieuse. Les sĂ©quences de violence et d'humiliations atteignant ici des sommets d'intensitĂ© dramatique insupportables. D'autant plus que l'ambiance nausĂ©euse est dĂ©cuplĂ©e par un rĂ©alisme poisseux dĂ©coulant des exactions castratrices d'un Joe Ă©trangement peinard. Et on peut dire qu'Ă  ce niveau, l'interprĂ©tation incisive de Matthew McConaughey atteint des sommets de perversitĂ© tacite/ explicite tant le comĂ©dien insuffle Ă  son personnage dĂ©saxĂ© une aura hermĂ©tique glaciale. 


Les Charognards
Caustique, Ă©trangement dĂ©stabilisant et nihiliste de par sa description dĂ©shumanisĂ©e d'une famille de nigauds couards, Killer Joe est un bad trip venimeux. Un film noir tentaculaire compromis Ă  la provocation d'un Friedkin plus indocile que jamais dans son Ă©tat d'esprit forcenĂ©. Le climat hermĂ©tique trouble et sournois nous entraĂ®nant dans une descente aux enfers, un jeu de massacre oĂą la bassesse humaine atteint des sommets de cynisme. 

*Bruno Matéï
25.04.22
22.11.12

RĂ©compenseSouris d'or Ă  la Mostra de Venise, 2011

mercredi 21 novembre 2012

LES BETES DU SUD SAUVAGE (Beasts of the Southern Wild). Grand Prix Ă  Sundance 2012.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thethirdray.com

de Benh Zeitlin. 2012. U.S.A. 1h32. Avec Quvenzhané Wallis, Dwight Henry, Levy Easterly, Lowell Landes, Pamela Harper, Gina Montana.

Sortie salles France: 12 Décembre 2012. U.S: 20 Janvier 2012 (à Sundance). 27 Juin 2012 (nationale)

FILMOGRAPHIE: Benh Zeitlin est un réalisateur, scénariste, compositeur américain, né à New-York.
2012: Les bĂŞtes du Sud Sauvage


Comment entamer une critique concrète après avoir vĂ©cu un tel moment de grâce ! Ou plutĂ´t comment se remettre d'un feu d'artifice aussi flamboyant, vortex d'Ă©motions oĂą la notion de rĂ©alitĂ© se transcende par la chimère d'un conte existentiel ! Sortir de la projo des BĂŞtes du sud sauvage est une houleuse gageure tant le rĂ©alisateur est parvenu Ă  nous immerger de façon sensitive dans l'introspection utopique d'une fillette de 6 ans. Car d'une imagination sans Ă©gale, son vocabulaire crĂ©atif et visionnaire nous extĂ©riorise des instants Ă©piques sur le destin des aurochs, ou autrement prodigieux de par la prĂ©sence fantasmatique de sa reine mère. Originaire du Bayou de Louisiane, Hushpuppy vit en prĂ©caritĂ© avec son père autoritaire dans une cabane dĂ©charnĂ©e. Un jour, un dĂ©sastre Ă©cologique les contraint de fuir leur contrĂ©e reculĂ©e. Sur leur chemin d'une morne rivière, des aides humanitaires leur prĂŞtent main forte au moment mĂŞme oĂą le paternel semble souffrir d'une grave pathologie. DĂ©munie mais dĂ©bordante de foi et de bravoure que son père lui inculqua sĂ©vèrement, Hushpuppy part Ă  la recherche de sa mère disparue mais aussi Ă  la reconquĂŞte d'une terre nouvelle.


AdaptĂ© d'une pièce de théâtre Ă©crite par Lucy Alibar et incarnĂ© par des comĂ©diens non professionnels Ă©poustouflants de candeur humaniste, la première oeuvre de Benh Zeitlin demeure un hymne universel, un tĂ©moignage vibrant sur l'exclusion des dĂ©favorisĂ©s. Ainsi, Ă  travers sa rĂ©alisation vertigineuse auscultant la beautĂ© (dĂ©taillĂ©e) de la nature et sa faune primitive, le rĂ©alisateur illusionniste improvise des instants de grâce, de moments fastes de poĂ©sie candide Ă  travers les yeux d'une fillette en quĂŞte identitaire. Observant avec minutie le monde sauvage qui l'entoure de par sa mentalitĂ© florissante, le pĂ©riple de Hushpuppy constitue un rĂ©cit initiatique jalonnĂ© d'aventures humaines parmi son ethnie revenue Ă  l'Ă©tat primitif. Faute d'une sociĂ©tĂ© Ă©gocentrique Ă©voluant dans une technologie avancĂ©e, Ben Zeitlin nous retrace donc l'existence de ces pèlerins du Sud sauvage livrĂ©s Ă  leur propre autonomie car Ă©cartĂ©s de la pollution des urbanisations. ParquĂ©s dans des taudis insalubres oĂą l'alcool coule Ă  flot, ces hommes et ces femmes dĂ©soeuvrĂ©s n'ont pourtant rien perdu de leur dignitĂ© et de leur bravoure afin de survivre dans un milieu hostile oĂą les mammifères, poissons et crustacĂ©s s'avèrent une offrande en guise de nutrition. Avec duretĂ© mais aussi une infinie tendresse, les BĂŞtes du sud sauvage nous transfigure Ă  terme l'histoire d'amour entre une oracle infantile et son père castrateur, destinĂ©s Ă  s'affronter pour mieux s'accepter et s'y chĂ©rir.


Le berceau de la vie
Conte mĂ©taphysique, cantique Ă  l'Ă©cologie, initiation Ă  l'apprentissage, rĂ©flexion mystique sur l'instinct primitif entre l'homme et l'animal, histoire d'amour paternelle, Les BĂŞtes du sud sauvages est une Ă©lĂ©gie existentielle dĂ©ployant une fĂ©erie formelle touchĂ©e par la virginitĂ©. D'une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau donc auprès d'une pudeur viscĂ©rale, le parcours lyrique de Hushpuppy se dĂ©cline en souffle romanesque. Le poème existentiel d'une sauvageonne hurlant sa foi afin d'y prĂ´ner la puretĂ© de la nature. Plus qu'un chef-d'oeuvre, une leçon d'humanisme, une commĂ©moration Ă  notre instinct de survie, une rage de vivre inĂ©branlable, un crève coeur scandĂ© d'une mĂ©lodie prude oĂą l'illusion du 7è art n'eut jamais Ă©tĂ© aussi fastueuse qu'au sein de son parti-pris Ă©motionnel (filmĂ© Ă  hauteur d'hommes une plĂ©thore de thèmes universels oĂą amour, faune et flore y sont en harmonie). Un retour au source en somme, vers nos propres origines ancestrales...

La critique de mon ami Gilles Rolland : http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-les-betes-du-sud-sauvage

Dédicace à Alexandra Louvet et Sylvain Blanchard
21.11.12
Bruno 

RĂ©compensesGrand Prix du Jury au Festival de Deauville, 2012
Prix de la rĂ©vĂ©lation Cartier au Festival de Deauville, 2012
Grand Prix du Jury Ă  Benh Zeitlin au Festival du film de Sundance
CamĂ©ra d'Or au Festival de Cannes, 2012
Prix FIPRESCI dĂ©cernĂ© par le jury d'Un certain regard au Festival de Cannes, 2012
Prix du Jury oecumĂ©nique (mention spĂ©ciale) au Festival de Cannes, 2012
Prix Regard Jeune au Festival de Cannes, 2012
Prix du Meilleur Premier Film au Festival International du film de Stockholm