mercredi 5 juin 2013

Appels aux meurtres / Eyes of a stranger

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood80.com

de Ken Wiederhorn. 1981. U.S.A. 1h25. Avec Lauren Tewes, Jennifer Jason Leigh, Gwen Lewis, John DiSanti, Peter Dupre, Ted Richert.

Sortie salles U.S: 27 Mars 1981

FILMOGRAPHIE: Ken Wiederhorn est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 
1977: Le Commando des morts-vivants. 1979: King Frat. 1981: Appels aux Meurtres. 1984: Meatballs Part 2. 1987: Dark Tower. 1988: Le Retour des Morts-vivants 2. 1993: l'Otage d'une vengeance. 


InĂ©dit en salles mais sorti en Vhs Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80 sous la bannière de Warner Home Video, Appels au meurtre est un petit psycho killer plus retors que les produits horrifiques usuels Ă  travers son inversion des rĂ´les. Si bien qu'ici, au lieu de nous rabâcher le sempiternel schĂ©ma narratif du tueur trucidant sa victime toutes les dix minutes, Ken Wiederhorn prend le parti de substituer l'agresseur en victime et vice-versa. 

Le pitchUn tueur en sĂ©rie sème la terreur dans une petit bourgade des Etats-Unis. Une journaliste dont la soeur eut Ă©tĂ© autrefois victime d'une agression sexuelle, dĂ©cide de tenir tĂŞte au maniaque après avoir dĂ©couvert sa vĂ©ritable identitĂ©. 

Dès son prĂ©ambule, Ken Wiederhorn ne perd pas de temps Ă  entrer dans le vif de son sujet avec l'entrĂ©e en matière d'un individu suspicieux planquĂ© Ă  l'intĂ©rieur d'une cabine tĂ©lĂ©phonique. Après avoir composĂ© un numĂ©ro, il s'empresse d'harceler une jeune quidam isolĂ©e dans sa demeure parmi la prĂ©sence de son amant. De par son climat lourd et hostile Ă  l'angoisse palpable, on songe inĂ©vitablement au classique du psycho-killer, Terreur sur la Ligne parmi cette ombre menaçante prĂŞte Ă  surgir Ă  tout instant pour alpaguer sa nouvelle victime.


Durant la première partie, Appels au  meurtre ne sort donc pas des sentiers battus pour nous illustrer la virĂ©e nocturne d'un serial-killer adepte du harcèlement tĂ©lĂ©phonique et de la strangulation chez les jeunes femmes esseulĂ©es. Et si cette première demi-heure s'avère Ă©culĂ©e et se rapproche parfois d'un certain  Maniac auprès de sa photogĂ©nie urbaine (Ă  l'image nocturne du jeune couple rĂ©fugiĂ© dans leur voiture pour ĂŞtre ensuite sauvagement occire Ă  l'arme blanche dans un terrain vague !), le soin allouĂ© Ă  son ambiance mortifère, le tempo envoĂ»tant de son score ombrageux ainsi que l'impact cinglant de certains meurtres (confectionnĂ©s par le maĂ®tre Tom Savini !) rĂ©ussissent brillamment Ă  impliquer le spectateur. Mais lĂ  oĂą cette modeste sĂ©rie B vĂ©hicule en prime un regain d'originalitĂ© c'est dans le parti-pris de sa seconde partie plus haletante et surprenante quant Ă  la caractĂ©risation d'une femme autonome dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  se venger du tueur (on apprendra par l'entremise de flash-back que sa soeur, devenue mutique et non voyante, eut Ă©tĂ© autrefois victime d'une agression sexuelle dès son plus jeune âge). En l'occurrence, cette journaliste aussi teigneuse qu'audacieuse dĂ©cide donc de renverser la situation en harcelant de son plein grĂ© le criminel par le truchement du tĂ©lĂ©phone ! Ainsi, avec un sens du suspense assez bien rendu (ses premiers indices qu'elle entrevoit pour signaler la culpabilitĂ© du tueur, sa visite illĂ©gale au sein de son appartement), Ken Wiederhorn relance l'intrigue lors de cette confrontation fortuite. Un jeu du chat et de la souris oĂą les rĂ´les n'auront de cesse de permuter. Spoil ! Enfin, le rĂ©alisateur parachève l'affrontement avec un point d'orgue haletant lorsque la jeune soeur traumatique doit revivre son ancienne agression en usant cette fois-ci de bravoure et d'astuce pour sa survie ! Fin du Spoil.


Modeste sĂ©rie B plus finaude que nombre de psycho killer Ă  la rĂ©putation surfaite, Appels au Meurtre est Ă©galement un divertissement dĂ©licieusement inquiĂ©tant et envoĂ»tant au sein de son ambiance angoissante aussi latente que diffuse. La qualitĂ© de son interprĂ©tation (principalement le jeu spontanĂ© de Lauren Tewes et la prestance mutique de la nĂ©ophyte Jennifer Jason Leigh du haut de ses 19 ans !) ainsi que l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation quelque peu avisĂ©e (la scène vertigineuse du balcon est extraordinaire de tension insoutenable !) sont Ă©galement Ă  l'avenant afin de prĂ´ner cette perle horrifique (honteusement) mĂ©connue. 

Un grand merci Ă  l'Antre de l'Horreur ! (http://lantredelhorreur.blogspot.fr/)
05.06.13. 3èx
Bruno Matéï


mardi 4 juin 2013

Holocauste Nazi (La Bestia in Calore / Armes secrètes du 3è Reich)

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmhorror.com

de Luigi Batzella (Ivan Katansky). 1977. Italie. 1h31. Avec Macha Magall, Salvatore Baccaro, Brad Harris, Xiro Papas, Gino Turini, Edilio Kim

Sortie salles Italie: 19 Juillet 1977

FILMOGRAPHIE: Luigi Batzella est un réalisateur italien né le 27 Mai 1924 à San Sperate, en Sardaigne, décédé le 18 Novembre 2008. 1966: Tre franchi di pietà. 1969: Les Mille et une nuits d'Istamboul. 1970: Quand explose la dernière grenade. 1971: Pour Django les salauds ont un prix. 1971: Les Ames damnées de Rio Chico. 1972: Le poulain était fils Dieu. 1972: Confessioni segrete di un convento di clausura. 1973: Les Vierges de la pleine lune. 1974: Les Nuits perverses de Nuda. 1974: Lo Strano ricatto di una ragazza par bene. 1977: Les Tigres du Désert. 1977: Holocauste Nazi. 1978: Symphonie de l'amour. 1979: La Guerre du Pétrole. 1980: l'Implacable Défi (non crédité).


Deux ans après les premiers exploits putassiers d'Ilsa, la louve des SS, l'Italie exploite Ă  son tour le filon du Nazisploitation dans le cĂ©lèbre Holocauste Nazi du tâcheron Luigi Batzella. Banni des Ă©crans anglais et rapidement scellĂ© dans la rubrique des Video Nasties (recensement Ă©tabli Ă  partir de 1984 pour les films VHS jugĂ©s trop gore et/ou violents !), ce nanar transalpin fait office d'un vĂ©ritable culte dans son pays d'origine. Car Ă  l'instar du tout aussi incongru Anthropohagous de Joe d'Amato, Holocaust Nazi doit sa rĂ©putation d'oeuvre scabreuse par l'entremise de deux sĂ©quences crapuleuses. La première scène illustrant la mort par balles d'un bĂ©bĂ© après avoir Ă©tĂ© projetĂ© en l'air par un officier SS. La seconde, la plus innommable et explicite, exposant vulgairement les pulsions sexuelles d'un homme-singe encagĂ© parmi la prĂ©sence d'une captive nue ! Ainsi, de manière erratique, le dĂ©ment se prĂ©cipitera sur son otage pour lui arracher Ă  la main ses poils pubiens tout en les mastiquant goulĂ»ment dans la bouche ! Une scène d'anthologie proprement scandaleuse se vautrant sans vergogne dans la putasserie parmi l'insistance de zooms sanguinolents pointĂ©s sur le pubis et la mâchoire baveuse du dĂ©ment ! Heureusement, le caractère risible de la situation et surtout les grimaceries outrancières gesticulĂ©s par cet acteur nĂ©andertalien permettent avec le recul de faire passer la pilule, mĂŞme si ce moment trash reste Ă  jamais gravĂ© dans les dĂ©viances du cinĂ©ma hardcore. D'autres sĂ©quences gores (arrachages d'ongles en gros plan, dĂ©charge Ă©lectrique sur un organe gĂ©nital fĂ©minin, rats dĂ©vorant l'estomac d'une dĂ©tenue) viennent en alternance renforcer son attrait sanglant, probablement afin de surenchĂ©rir son modèle ricain prĂ©citĂ©. Mais l'aspect amateuriste de la rĂ©alisation et des comĂ©diens bovins ainsi que la pauvretĂ© des trucages Ă©lĂ©mentaires n'engendrent pas l'intensitĂ© escomptĂ©e !


On regarde donc ce succĂ©danĂ© avec l'esprit curieux du masochiste viciĂ© pour observer ce plaisir coupable finalement impayable, quand bien mĂŞme cette dĂ©clinaison emprunte notamment des stock shots et autres sĂ©quences de guerre prĂ©alablement illustrĂ©es dans Quand explose la dernière grenade du mĂŞme rĂ©al ! Le scĂ©nario idiot n'est donc qu'un prĂ©texte pour mettre en exergue des confrontations belliqueuses entre partisans italiens et officiers SS (on s'Ă©tonne par ailleurs du caractère distrayant des sĂ©quences d'action nerveusement emballĂ©es !), alors qu'une experte en mĂ©decine, Ellen Krash, s'est entreprise d'expĂ©rimenter un sĂ©rum sur un mâle lubrique destinĂ© Ă  violer les femmes des militants !  Ainsi donc, si toute l'entreprise du film est indĂ©niablement compromise par la maigreur de son budget, sa maladresse technique et la dĂ©faillance de ses comĂ©diens, Holocaust Nazi rĂ©ussit miraculeusement Ă  nous divertir de par sa formule triviale jusqu'au-boutiste. Notamment auprès du dĂ©paysement que nous offrent ces paysages bucoliques de l'Italie alors que durant certaines plages d'accalmie la musique parfois Ă©lĂ©giaque dĂ©gage une ambiance insolite lĂ©gèrement palpable. Enfin, pour parachever, je tiens Ă  exprimer mon admiration pour l'actrice Macha Magall se rĂ©vĂ©lant Ă  mes yeux l'une des plus belles garces de l'histoire de la Nazisploitation. Car dans son rĂ´le de mĂ©decin nazi, cette comĂ©dienne juvĂ©nile possède un charisme particulièrement vĂ©nĂ©neux Ă  travers son Ă©lĂ©gance gracile auquel la beautĂ© reptilienne de ses yeux azur laisse transparaĂ®tre un regard aussi sadique que lubrique ! De mon point de vue subjectif, j'aurais mĂŞme prĂ©fĂ©rĂ© qu'elle pique la vedette Ă  la volumineuse Dianne Throne iconisĂ©e dans sa fameuse trilogie d'Ilsa !


Oeuvre glauque et malsaine volontairement occultée pour son aspect scabreux, sommet Z de mauvais goût et de déviance, Holocaust Nazi s'avère l'un des ersatz les plus grotesques et incongrus du sous-genre de la Nazisploitation. Pour autant, en dépit de son caractère risible finalement facétieux, il reste réservé à un public averti ! (du moins dans sa version non censurée disponible sur le site de l'Antre de l'horreur)

*Bruno
2èx

Pour les retardataires,
La chronique de Ilsa, la louve de SShttp://brunomatei.blogspot.fr/2012/03/ilsa-la-louve-des-ss-ilsa-she-wolf-of.html
Portier de Nuithttp://brunomatei.blogspot.fr/2011/11/portier-de-nuit.html
La Dernière orgie du 3è Reich: http://brunomatei.blogspot.fr/…/la-derniere-orgie-du-3e-rei…

lundi 3 juin 2013

JACK LE CHASSEUR DE GEANTS (Jack the Giant Slayer)

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site oneclickwatch.org

de Bryan Singer. 2013. U.S.A. 1h54. Avec Nicholas Hoult, Eleanor Tomlinson, Ewan McGregor, Bill Nighy, John Kassir, Ian McShane, Stanley Tucci, Warwick Davis.

Sortie salles France: 27 Mars 2013. U.S: 1er Mars 2013

FILMOGRAPHIE: Bryan Singer (Bryan Jay Singer) est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 17 Septembre 1965 Ă  New-York aux Etats-Unis. 1993: Ennemi Public. 1995: Usual Suspects. 1998: Un Elève DouĂ©. 2000: X Men. 2003: X Men 2. 2006: Superman Returns. 2009: Walkyrie. 2013: Jack, le chasseur de gĂ©ants.


D'après le cĂ©lèbre roman d'Orville H. Hampton, Jack le chasseur de gĂ©ants est une nouvelle adaptation Ă©rigĂ©e sur le principe mercantile du blockbuster familial. Si la version de 1961 rĂ©alisĂ©e par Nathan Juran nous eut Ă©merveillĂ© grâce aux crĂ©atures confectionnĂ©es par le maĂ®tre du stop motion, Ray Harryhausen, la rĂ©actualisation de Singer fait appel aux traditionnels effets numĂ©riques pour authentifier l'apparence gargantuesque de ces gĂ©ants. Car en l'occurrence, c'est dans le registre de l'action Ă©pique que le rĂ©alisateur d'X men s'est attelĂ© pour divertir son jeune public en faisant appel Ă  une armĂ©e de monstres titanesques ! Ce qui frappe d'emblĂ©e Ă  la vue de ce film d'aventure trĂ©pidant c'est l'extrĂŞme soin accordĂ© Ă  la physionomie des gĂ©ants. Des crĂ©atures renfrognĂ©es Ă  la trogne patibulaire que l'on arrive Ă  distinguer par leur apparence autonome (Ă  l'image de leur leader bicĂ©phale, puisque accoutrĂ© de deux tĂŞtes sur son tronc !). La trame se rĂ©sumant Ă  la rencontre de Jack et d'une poignĂ©e de chevaliers rĂ©unis en amont du ciel sur la contrĂ©e des gĂ©ants afin de retrouver une princesse. Après quelques pĂ©ripĂ©ties pour la quĂŞte d'une couronne sacrĂ©e, les gĂ©ants rĂ©ussissent Ă  s'en emparer afin de pouvoir revenir sur les terres du Roi Arthur et semer le chaos. Au centre de cette confrontation, Jack, jeune fermier de 18 ans, va pouvoir montrer ses preuves insoupçonnĂ©es de bravoure et vaillance pour s'imposer en chasseur de gĂ©ants !


La bonne nouvelle avec ce Blockbuster dĂ©nuĂ© de prĂ©tention c'est que l'action, rĂ©gulièrement prĂ©sente, s'avère tributaire de l'histoire en faisant fi d'esbroufe inutile. Si le scĂ©nario classiquement planifiĂ© ne rĂ©serve pas vraiment de surprise, sa structure narrative est suffisamment adroite et efficace pour nourrir l'intĂ©rĂŞt avant de culminer vers une bataille homĂ©rique de grande ampleur. Les dĂ©cors soignĂ©s rĂ©ussissent Ă©galement Ă  s'imposer dans la topographie d'une contrĂ©e inexplorĂ©e emmĂ©nagĂ©e par des gĂ©ants hostiles. Enfin, nos hĂ©ros pugnaces qui font face Ă  la menace font preuve d'assez de personnalitĂ© pour Ă©viter l'Ă©tiquette usuelle du stĂ©rĂ©otype (pour exemple, la princesse est loin d'ĂŞtre estampillĂ©e "potiche Ă©cervelĂ©e "!). Dans le rĂ´le de Jack, la valeur montante Nicholas Hoult possĂ©dant ici un charisme saillant dans sa candeur innocente mĂŞlĂ©e de bravoure audacieuse. 


Avec une intégrité évidente, Bryan Singer accomplit avec Jack le chasseur de géants un divertissement intelligent où les effets pyrotechniques et la magie du numérique ont été adroitement agencés afin d'y cristalliser un univers mythologique fondé sur l'existence des géants. Il en émane un semblant de série B luxueuse dans son refus de surenchère doublé d'un plaisir de cinéphile renoué dans son désir inné d'exaltation et de dépaysement.


03.06.13
Bruno Matéï

vendredi 31 mai 2013

La Mauvaise graine / The Bad Seed

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site rottentomatoes.com

de Mervyn Leroy. 1956. U.S.A. 2h09. Avec Nancy Kelly, Patty McCormack, Henry Jones, Eileen Heckart, Evelyn Varden, William Hopper, Paul Fix.

Sortie salles U.S: 12 Septembre 1956

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Mervyn Leroy est un rĂ©alisateur, producteur, acteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 15 Octobre 1900 Ă  San Francisco, Californie, dĂ©cĂ©dĂ© le 13 Septembre 1987 Ă  Beverly Hills (Los Angeles). 1939: Le Magicien d'Oz (non crĂ©ditĂ©). 1942: Prisonnières du passĂ©. 1943: Aventure en Lybie. 1949: Les 4 Filles du Dr March. 1951: Quo Vadis. 1955: Permission jusqu'Ă  l'aube. 1956: La Mauvaise Graine. 1961: Le Diable a 4 heures. 1968: Les BĂ©rets Verts.


Les Tueurs de l'Ă©clipse, l'Autre, les RĂ©voltĂ©s de l'an 2000, les Enfants du MaĂŻs, la MalĂ©diction, Une si gentille petite fille, Emilie, l'enfant des TĂ©nèbres, l'Enfant Miroir, puis plus rĂ©cemment Esther et The Children... Tous ces films notoires ont comme particularitĂ© d'avoir traitĂ© le thème de l'enfance diabolique avec plus ou moins de bonheur. Si certains d'entre eux restent de vĂ©ritables chefs-d'oeuvre toujours aussi acerbes, notamment auprès leur acuitĂ© psychologique (les RĂ©voltĂ©s... l'Autre), une oeuvre avant-gardiste rĂ©alisĂ©e en 1956 par Mervyn Leroy marqua les esprits par sa force de suggestion et son intensitĂ© Ă©motionnelle qui en dĂ©coule. 

Depuis la dĂ©couverte macabre d'un enfant repĂŞchĂ© dans un lac, une mère commence Ă  suspecter la responsabilitĂ© de sa propre fille tant elle semble impassible face Ă  la disparition de son camarade de classe. D'autres Ă©vènements vont venir confirmer l'inquiĂ©tude exponentielle de sa gĂ©nitrice. 


TirĂ© d'un roman de William March et d'une pièce de Maxwell Anderson, La Mauvaise Graine est une perle rare occultĂ©e depuis sa sortie et peu diffusĂ©e Ă  la tĂ©lĂ©vision. RĂ©alisĂ© par un cinĂ©aste prolifique ayant Ă  son actif plus de 80 mĂ©trages (dont le fameux Quo-vadis et Les 4 Filles du Dr March), ce thriller psychologique rĂ©ussit avec intelligence Ă  combiner suspense et angoisse pour les portraits octroyĂ©s Ă  une mère dĂ©munie et sa fille pernicieuse. Prenant pour cadre la scĂ©nographie d'une demeure familiale, Mervyn Leroy nous illustre de façon circonspecte une confrontation intense entre cette mère de famille davantage contrariĂ©e par l'attitude dĂ©sinvolte de sa fille. Ce thriller redoutablement efficace et scrupuleusement interprĂ©tĂ© redouble donc de densitĂ© dans la filiation indĂ©cise allouĂ©e Ă  une Ă©pouse autrefois orpheline. En mettant en exergue cette caractĂ©risation maternelle compromise Ă  l'adoption parentale, la Mauvaise Graine exacerbe sa force Ă©motionnelle du point de vue d'une gĂ©nitrice dĂ©chue de son identitĂ© mais aussi rongĂ©e par la culpabilitĂ© de sa postĂ©ritĂ© criminelle. Quoi de plus ardu et de dĂ©viant que d'apprendre et tolĂ©rer l'impensable ! C'est Ă  dire admettre que son propre rejeton (en l'occurrence une fillette capricieuse âgĂ©e de 8 ans !) soit inconsciemment habitĂ©e par le Mal. Afin d'exacerber son caractère rĂ©aliste et sa tension perpĂ©tuelle, la qualitĂ© de l'interprĂ©tation se rĂ©vèle l'atout inhĂ©rent de cette intense confrontation. Que ce soit au niveau de la prestance fragile de Nancy Kelly dans un rĂ´le rigoureux chargĂ© d'amertume ou celle, diabolique, de Patty McCormack, en fillette vĂ©reuse incapable de refrĂ©ner ses pulsions vengeresses. Enfin, un second rĂ´le fĂ©minin (sobrement incarnĂ© par Eileen Heckart) vient notamment renforcer le caractère dramatique de cette situation de crise face au dĂ©sespoir d'une mère accablĂ©e par le deuil de son propre fils.


En dépit de l'aspect édulcoré de son épilogue salvateur, La Mauvaise Graine s'avère une excellente surprise brillamment interprétée et réalisée avec concision pour la froideur de son impact psychologique. Une vraie perle de noirceur macabre d'autant plus rare et ignorée qu'on aurait tort de l'occulter indéfiniment.

Un grand merci Ă  l'Univers Fantastique de la Science-fiction
31.05.13
Bruno Matéï


jeudi 30 mai 2013

Blue Velvet. Grand Prix Ă  Avoriaz,1987.

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mhd-heaven.blogspot.com

de David Lynch. 1986. U.S.A. 2h01. Avec Isabella Rossellini, Kyle MacLachlan, Dennis Hopper, Laura Dern, Hope Lange, Dean Stockwell.

Sortie salles France: 21 Janvier 1987

FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A. 1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire).

PlongĂ©e introspective dans les entrailles des tĂ©nèbres dissimulĂ©es sous l’apparence tranquille d’une bourgade bucolique, Blue Velvet est une expĂ©rience inclassable au pouvoir de fascination imparable. AurĂ©olĂ© du Grand Prix Ă  Avoriaz en 1987, ce diamant noir Ă  l’aura hermĂ©tique nous projette dans un univers malsain oĂą stupre et SM viennent peu Ă  peu corrompre un jeune garçon attisĂ© par le mystère et le voyeurisme.

Synopsis: Après la dĂ©couverte d’une oreille humaine dans un champ, Jeffrey dĂ©cide de mener sa propre enquĂŞte afin d’en identifier le propriĂ©taire. Sa curiositĂ©, mĂŞlĂ©e Ă  une attirance pour l’inconnu, le conduit dans l’appartement d’une chanteuse de cabaret, sĂ©questrĂ©e et violentĂ©e par un psychopathe d’une cruautĂ© sans limites.

En empruntant le schĂ©ma classique du film noir, David Lynch s’impose ici en crĂ©ateur d’univers parallèles, oĂą le Bien et le Mal infiltrent le cĹ“ur de n’importe quelle bourgade urbaine. Ă€ travers l’investigation d’un voyeur juvĂ©nile attirĂ© par le Mal, Blue Velvet nous immerge par l’ornière d’une serrure, dĂ©voilant un monde sordide oĂą sexe et violence galvaudent l’Ă©thique de victimes soumises. Cette fascination pour la dĂ©bauche et la corruption nous renvoie inexorablement Ă  notre propre conscience existentielle : le Bien et le Mal sont instinctivement connectĂ©s Ă  notre rĂ©tine cĂ©rĂ©brale. Lynch convoque l’instinct primitif de l’ĂŞtre humain et sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence potentielle lorsqu’il franchit les frontières de la moralitĂ©, car le monde est enracinĂ© dans la cruautĂ©. 

Avec une originalitĂ© sans Ă©gale, le cinĂ©aste bouscule le spectateur par une mise en scène expĂ©rimentale en perpĂ©tuelle mutation. Il utilise comme prĂ©texte une intrigue criminelle - un kidnapping et la dĂ©couverte insolite d’une oreille coupĂ©e - pour bâtir un fantastique obscur oĂą le genre demeure insaisissable. Ă€ travers ses dĂ©cors baroques, ses chansons rĂ©tro, sa mĂ©lodie envoĂ»tante et surtout la dimension nĂ©vrosĂ©e de ses personnages, Blue Velvet suggère un fantastique Ă©thĂ©rĂ©, profondĂ©ment psychologique. Sa structure narrative alterne sans cesse les tonalitĂ©s, opposant le monde obscur de la perversion - la confrĂ©rie Ă©trange de Frank et de ses sbires - Ă  celui, salvateur, de l’innocence, incarnĂ© par l’idylle naissante entre Jeffrey et Sandy.

Ce fantastique baroque culmine dans l’excentricitĂ© psychotique de Frank, mafieux sans vergogne, imbibĂ© de drogue et d’alcool, entourĂ© de sbires tout aussi dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s. Dennis Hopper livre ici son interprĂ©tation la plus effrontĂ©e : transi de dĂ©mence, il extĂ©riorise pulsions sexuelles et violence incontrĂ´lĂ©e, martyrisant son otage avec une errance aussi dĂ©rangeante qu’Ă©prouvante. PlongĂ©e dans la soumission et le dĂ©sarroi, Isabella Rossellini suscite une empathie douloureuse, retransmettant avec fragilitĂ©, Ă©motion et rancĹ“ur la condition d’une femme soumise, compromise par un penchant masochiste. Kyle MacLachlan, enfin, incarne avec sobriĂ©tĂ© et ambivalence un voyeur espionnĂ© par ses propres dĂ©sirs, attirĂ© par la perversion mais rattrapĂ© par le remords et l’affection.


"Un monde étrange."
Chef-d’Ĺ“uvre mĂ©taphorique sur le simulacre et l’instinct cruel de l’existence, rĂ©flexion troublante sur l’emprise de la perversion, Blue Velvet demeure un moment de cinĂ©ma fascinant, d’une Ă©trangetĂ© hypnotique. Une plongĂ©e endogène dans les mĂ©andres du Mal, mais aussi une catharsis sur la rĂ©demption par l’amour. Avec une puissance Ă©vocatrice et une Ă©motion candide, le film s’Ă©rige en exorcisme face Ă  nos dĂ©mons internes, combat quotidien pour la conquĂŞte fragile de la quiĂ©tude.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

30.05.13. 4èx

RĂ©compenses: Meilleur rĂ©alisateur et meilleur second rĂ´le masculin pour Dennis Hopper, lors des Los Angeles Film Critics Association Awards en 1986.
Meilleur acteur pour Dennis Hopper, lors du Festival des films du monde de MontrĂ©al en 1986.
Meilleur film et meilleure photographie, lors du Festival international du film de Catalogne en 1986.
Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1987.
Meilleur film, meilleur rĂ©alisateur, meilleure photographie et meilleur second rĂ´le masculin pour Dennis Hopper, lors des Boston Society of Film Critics Awards en 1987.
Meilleur film étranger, lors des Fotogramas de Plata (Espagne) en 1987.
Meilleure actrice pour Isabella Rossellini, lors des Film Independent's Spirit Awards en 1987.
Meilleur film Ă©tranger, lors des Joseph Plateau Awards (Belgique) en 1987.
Meilleur film, meilleur rĂ©alisateur, meilleure photographie et meilleur second rĂ´le masculin pour Dennis Hopper lors des National Society of Film Critics Awards en 1987.




mardi 28 mai 2013

Phenomena

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site stuffpoint.com

de Dario Argento. 1985. Italie. 1h49. Avec Jennifer Connelly, Donald Pleasance, Daria Nicolodi, Patrick Bauchau, Dalila Di Lazzaro.

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie).
1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975: Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


 "Le cygne noir d’Argento : un poème d’insectes et de sang".
Dernière pièce maĂ®tresse du maestro Ă  ce jour, Phenomena est un voyage onirique au pays des songes, sous l’allĂ©geance d’insectes mentors. Sous-estimĂ© lors de sa sortie en 1985, notamment Ă  cause de l’utilisation belliqueuse d’une bande-son parfois hard rock, ce trip fĂ©erique s’avère une clef de voĂ»te du fantastique contemporain, transcendĂ©e par la virtuositĂ© d’une mise en scène clipesque et par l’interprĂ©tation candide de la divine Jennifer Connelly. Du haut de ses quatorze ans, l’actrice nĂ©ophyte (rĂ©vĂ©lĂ©e un an plus tĂ´t sous l’omnipotence de Leone dans Il Ă©tait une fois en AmĂ©rique) parvient, par sa prĂ©sence gracieuse, Ă  vĂ©hiculer une aura trouble, Ă  la mesure de son don surnaturel pour dialoguer avec les insectes. Si le scĂ©nario semblait, de prime abord, grotesque et Ă©culĂ©, Dario Argento rĂ©ussit, avec une ambition d’auteur, Ă  juxtaposer merveilleux et horreur sous l’entremise d’un giallo hybride. Imaginez une seconde qu’une simple mouche puisse dĂ©busquer la tanière d’un tueur misogyne, sous l’investigation d’une adolescente tĂ©lĂ©pathe, somnambule de surcroĂ®t ! Sur le papier, l’idĂ©e prĂŞte Ă  sourire, voire Ă  railler. Pourtant, avec une ambition formelle dĂ©ployant un florilège d’images fastueuses, le maestro Ă©labore des sĂ©quences oniriques d’une poĂ©sie renversante, qui nous happent dans un trip merveilleux, semi-cauchemardesque (toutes les sĂ©quences expĂ©rimentales liĂ©es Ă  l’hypnose de Jennifer !). 
 
 
Tant et si bien qu’Argento n’oublie jamais de conjuguer suspense intense (l'inoubliable prologue meurtrier au souffle macabre, l’embuscade de Jennifer dans la demeure du tueur puis sa traque vers le lac) et frissons sanglants, avec des meurtres stylisĂ©s, acĂ©rĂ©s — Ă  l’instar de cette tĂŞte tranchĂ©e dĂ©valant la pente d’une cascade vertigineuse !

Pour autant, Phenomena n’est pas une rĂ©ussite parfaite, lestĂ©e de quelques incohĂ©rences narratives (l’inconscience de Jennifer, trop aisĂ©ment embarquĂ©e dans une investigation criminelle sous les conseils d’un entomologiste infaillible, puis son insouciance Ă  accepter l’hĂ©bergement d’une enseignante castratrice) et d’un jeu parfois caricatural chez certains seconds rĂ´les (l’inspecteur de routine, transparent, et l’amie de Jennifer, maladroitement naĂŻve). En dĂ©pit de ses failles — Ă  l’image de cette musique hard rock, dĂ©stabilisante — cette Ĺ“uvre charnelle ne cesse de nous envoĂ»ter par son Ă©lĂ©gance immaculĂ©e (photo limpide, baignĂ©e de nĂ©ons azur et laiteux) et par son audace, presque surrĂ©elle, Ă  nous rĂ©vĂ©ler l’univers secret des insectes tĂ©lĂ©pathes. Pour parachever le tout, impossible de passer sous silence la façon dont Argento transcende la beautĂ© surnaturelle d’une nature vernale en clair-obscur (la Transylvanie suisse !), et le rĂ´le majeur qu’il confère Ă  l’impĂ©tuositĂ© du vent, acteur invisible, modèle Ă©thĂ©rĂ©, souffle ensorcelant.
 

"Phenomena ou le chant d’une nature possĂ©dĂ©e".
D’une beautĂ© lascive, presque olfactive, Phenomena est une fĂ©erie macabre, transfigurĂ©e par la candeur d’une adolescente mystique en symbiose avec le monde insecte. ScandĂ©e par l’Ă©loquence chorale des mĂ©lodies de Simonetti, cette Ă©meraude s’Ă©rige en poème naturaliste oĂą l’Ĺ“il et l’oreille du spectateur fusionnent en une conjonction extatique.

*Bruno
28.05.13. 4èx

vendredi 24 mai 2013

Street Trash. Prix Très Spécial Avoriaz,1987.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Kepster.com

de Jim Muro. 1986. U.S.A. 1h41. Avec Mike Lackey, Bill Chepil, Marc Sferrazza, Jane Arakawa, Nicole Potter, Pat Ryan.

Sortie salles France: 24 Juin 1987

FILMOGRAPHIE: Jim Muro est un réalisateur et scénariste américain, né en 1966 à New-York.
1986: Street Trash


SpĂ©cialiste de la steadycam sur de grosses productions ricaines, Jim Muro rĂ©alisa au prĂ©alable un unique long-mĂ©trage alors qu'il n'Ă©tait âgĂ© que de 19 ans ! Reniant aujourd'hui son film depuis qu'il se serait reconverti dans une secte (d'autres sources Ă©voquent notamment certaines pressions mafieuses qu'il aurait pu subir), Street Trash est un sommet de mauvais goĂ»t au gore festif, rĂ©compensĂ© Ă  juste titre du Prix Très SpĂ©cial Ă  Avoriaz. Le scĂ©nario quasi inexistant demeurant un prĂ©texte afin de dĂ©peindre une galerie de personnages marginaux par l'entremise de clodos et de vĂ©tĂ©rans du vietnam vautrĂ©s dans la dĂ©chĂ©ance, la souillure et l'alcoolisme. Du fond de la cave de son Ă©choppe, un commerçant retrouve une vieille caisse d'alcool frelatĂ© et dĂ©cide de le commercialiser auprès de sa petite clientèle. Cette boisson prĂ©nommĂ©e "Viper" se rĂ©vèle un vĂ©ritable poison mortel pour le consommateur avide d'Ă©motions fortes ! Si bien qu'après l'avoir ingurgitĂ©, les corps des victimes se liquĂ©fient ou explosent sous un dĂ©luge de chairs et de sang polychromes ! Au mĂŞme moment, un flic sans vergogne enquĂŞte sur le meurtre d'une jeune femme retrouvĂ©e nue dans le quartier mal frĂ©quentĂ© des clochards. Gore, violent, insolent et iconoclaste, vĂ©ritable pied de nez au politiquement correct, Street Trash est un sommet de dĂ©rision toujours plus dĂ©viant et malotru. EludĂ© du moindre hĂ©ros redresseur de tort ou de protagonistes altruistes, Street Trash ne fait que mettre en exergue la faune de laissĂ©s-pour-compte co-habitant au sein d'une casse de voiture avec l'accord de son directeur ventripotent. 


Avec sa rĂ©alisation inventive bourrĂ©e d'idĂ©es incongrues et d'effets de camĂ©ra vertigineux coordonnĂ©s par la steadycam, Jim Muro pallie la maigreur de son scĂ©nario par son esthĂ©tisme urbain en dĂ©labrement et une profusion d'effets gores dĂ©complexĂ©s. Les masses corporelles des pauvres clodos infectĂ©s se liquĂ©fiant ou explosant sous un dĂ©luge de couleurs criardes. A titre d'exemple emblĂ©matique, personne ne put omettre le trĂ©pas d'un clochard littĂ©ralement enseveli du fond de sa cuvette de WC après qu'il eut ingurgitĂ© le fameux "Viper". Le pauvre gars tentant en dĂ©sespoir de cause de se raccrocher Ă  la chasse d'eau. Pourvu d'effets spĂ©ciaux Ă©tonnamment soignĂ©s et spectaculaires, la plupart des mises Ă  mort improbables se rĂ©vèlent de belles prouesses techniques et ne cessent de vĂ©hiculer une rĂ©jouissance dĂ©sinhibĂ©e. L'humour noir et l'esprit potache (telle cette improbable partie de foot avec un pĂ©nis !) Ă©tant les maĂ®tres mots du rĂ©alisateur afin de nous compromettre Ă  un spectacle d'improvisation vouĂ© Ă  la transgression. Viol, meurtres, pillages et coups bas Ă©tant le lot quotidien d'une bande de clodos alcoolos incapables de vivre en communautĂ© car toujours plus contraints de se trahir pour la quĂŞte du profit. Alors qu'au mĂŞme moment, l'investigation d'un flic impassible aux mĂ©thodes expĂ©ditives est sur le point d'aboutir ! Si le rythme sporadique peut parfois prĂŞter Ă  une certaine dĂ©faillance, la manière dont Jim Muro nous immerge dans son univers de corruption ne manque pas de nous fasciner et maintient l'intĂ©rĂŞt par son esprit anarchiste d'irrĂ©vĂ©rence et de provocation. Car outre les meurtres gratuits et les viols crapuleux, le vomi et la pisse sont Ă©galement de la partie afin d'y discrĂ©diter l'ennemi rival.


Affreux, sales et méchants
Potache, dĂ©bridĂ©, immoral et violemment trivial, Street Trash s'Ă©rige en authentique film culte et se rĂ©vèle Ă©tonnamment moderne de par son esthĂ©tisme criard (très) proche d'une production Troma  dĂ©ployant Ă  outrance des effets gores jamais vu au prĂ©alable ! Une expĂ©rience glauque filmĂ©e Ă  l'arrache d'un semblant de documentaire mais canalisĂ©e d'une verve ironique proche du cartoon. Une expĂ©rience unique toujours aussi gĂ©niale et insensĂ©e. 

RĂ©compensesPrix Très SpĂ©cial Ă  Avoriaz, 1987
Prix "gore" au rex de Paris, 1987
Corbeau d'Argent au Festival du film fantastique de Bruxelles

*Bruno
21.02.24. 5èx. Vostfr
24.05.13



jeudi 23 mai 2013

Paper House. Grand Prix de l'Etrange Ă  Avoriaz, 1989.

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Zonebis.com

de Bernard Rose. 1988. Angleterre. 1h32. Avec Ben Cross, Charlotte Burke, Jane Bertish, Samantha Cahill, Glenne Headly, Sarah Newbold, Gary Bleasdale.

Sortie salles U.S: 10 Septembre 1988

FILMOGRAPHIE: Bernard Rose est un réalisateur, scénariste, acteur, directeur de photo et monteur britannique, né le 4 Août 1960 à Londres. 1986: Smart Money. 1987: Body Contact. 1988: Paperhouse. 1990: Chicago Joe and the Showgirl. 1992: Candyman. 1994: Ludwig van B. 1997: Anna Karénine. 2000: Ivans xtc. 2005: Snuff Movie. 2008: The Kreutzer Sonata. 2010: Mr Nice. 2011: Two Jacks.


"La force imparable du chef-d'oeuvre est que mĂŞme si on connait la fin, on a toujours autant de plaisir Ă  s'y replonger avec l'Ă©trange impression d'y (re) dĂ©couvrir une oeuvre inĂ©dite." 

Film culte des annĂ©es 80 honteusement inĂ©dit en salles, Paperhouse fit les beaux jours des fantasticophiles qui eurent l'aubaine de le louer auprès de leur vidĂ©o de quartier. Conte initiatique sur la pubertĂ© confrontĂ©e au deuil d'un ĂŞtre cher, le film de Bernard Rose est une denrĂ©e prĂ©cieuse du fantastique contemporain auprès de son improbable pouvoir de fascination en liaison direct avec l'au-delĂ  spirituel. 

Le PitchElève rebelle et chahuteuse au point d'avoir Ă©tĂ© expulsĂ©e d'un cours, Anna  entretient subitement une Ă©trange relation matĂ©rielle avec ses rĂŞves. En dessinant une maison sur une feuille de papier, elle se retrouve plongĂ©e dans un monde parallèle Ă©manant de son autosuggestion. Après avoir appris par son entourage la grave maladie d'un jeune garçon, elle rĂ©ussit Ă  Ă©tablir sa rencontre en interne du rĂŞve puis se motive Ă  perdurer leur relation amicale. 


D'après l'oeuvre de Catherine Storr, une Ă©crivaine spĂ©cialiste de conte pour enfants, Paperhouse est un ovni singulier Ă  mi-chemin entre le fantastique onirique (scĂ©nographie enfantine Ă  l'architecture baroque, nature clairsemĂ©e Ă©trangement feutrĂ©e) et l'horreur crĂ©pusculaire littĂ©ralement Ă©peurante (toute la partie belliqueuse au sein de la demeure centrĂ©e sur la venue du père s'avère rĂ©ellement terrifiante au point de supplanter Freddy Krueger). RĂ©alisĂ© avec souci de transgression afin d'y bafouer les codes des genres, l'impact immersif de cette oeuvre gracile rĂ©side dans son souci d'expĂ©rimenter, notamment cet instinct de persuasion Ă  Ă©tablir un rapport commun entre le monde rĂ©el et celui des songes. Avec la dimension humaine d'une fillette candide mais dĂ©sinvolte (magnifiquement campĂ©e par la nature innocente de Charlotte Burke absolument inoubliable !), Paperhouse nous confronte Ă  son introspection compromise par une absence paternelle (son père violent et alcoolique est en l'occurrence soignĂ© dans un centre spĂ©cialisĂ©). EsseulĂ©e, incomprise par sa mère et en quĂŞte d'identification, elle se conçoit instinctivement un monde parallèle par l'entremise du rĂŞve, puis tente par la mĂŞme occasion d'Ă©pargner de sa propre rĂ©alitĂ© la mort d'un enfant. Ainsi, par la chimère d'une adolescente Ă  l'imagination fertile, l'Ă©trange relation que l'oeuvre sensible Ă©labore auprès de notre matĂ©rialitĂ© quotidienne et celui du songe nous entraĂ®ne (par la main) dans son dĂ©lire fantasmatique aussi torturĂ© et franchement effrayant (j'insiste) que libĂ©rateur. L'esthĂ©tisme formel allouĂ© Ă  toutes les sĂ©quences oniriques participant grandement Ă  ce sentiment d'Ă©vasion que perçoit l'hĂ©roĂŻne en mĂŞme temps que le spectateur, Ă  ce besoin inhĂ©rent d'y escompter un monde meilleur afin de cueillir un climat plus serein. 


RĂ©flexion existentielle sur le sens de la rĂ©alitĂ© et la motivation du rĂŞve, hymne au pouvoir de l'irrĂ©alitĂ© (tant auprès du songe que d'une oeuvre cinĂ©matographique), mĂ©taphore sur la perte de l'innocence sous l'impulsion de nos terreurs enfantines (peur innĂ©e d'accĂ©der Ă  la maturitĂ©, affres de l'ogre symbolisĂ© ici par un paternel irresponsable), Paperhouse s'achemine en conte clair-obscur pour nous rappeler avec vibrante Ă©motion l'univers prodigieux de notre enfance candide apte aux rĂŞves les plus fous. Un vĂ©ritable chef-d'oeuvre Ă  la conclusion aussi salvatrice que bouleversante, l'un des plus beaux films fantastiques inscrits sur pellicule. 

*Bruno
06.06.24. Vostfr (une expérience proprement magique). 5èx
23/05/13. 03.02.11

Récompenses: Corbeau d'Or au BIFFF 1989
Grand Prix de l'étrange à Avoriaz, 1989.
Prix de la Meilleure actrice (Charlotte Burke) et Prix spécial du jury à Fantasporto en 1989

mercredi 22 mai 2013

The Nesting (Phobia / Massacre Mansion)

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lantredelhorreur.blogspot.com

de Armand Weston. 1981. U.S.A. 1h43. Avec Robin Groves, Christopher Loomis, Michael David Lally, John Carradine, Gloria Grahame, Patrick Farrelly.

FILMOGRAPHIE:  Armand Weston est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur amĂ©ricain, dĂ©cĂ©dĂ© le 26 Mai 1988. 1970: The Hot House. 1972: Personnals (documentaire). 1975: The Defiance of good. 1976: Expose me, lovely. 1976: The Taking of Christina. 1978: Take Off. 1979: Radical Sex Styles (documentaire). 1981: The Nesting. 1984: Blue Voodoo (non crĂ©ditĂ©, dtv).

InĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es, The Nesting est une curiositĂ© horrifique rĂ©alisĂ©e par un cinĂ©aste mĂ©connu, ayant parfois Ĺ“uvrĂ© dans la pornographie (Defiance of Good demeure un incontournable pour les amateurs de X des seventies). Explorant le thème de la hantise au cĹ“ur d’une vaste demeure abandonnĂ©e, cette sĂ©rie B emprunte notamment Ă  Shining dans la caractĂ©risation d’une Ă©crivaine au bord de la rupture. Car au-delĂ  de son agoraphobie, Lauren Cochran est assaillie d’hallucinations cauchemardesques, fruits de fantĂ´mes revanchards.

Le pitch : pour transcender sa peur, Lauren s’exile et emmĂ©nage dans une vieille bâtisse octogonale, nichĂ©e au cĹ“ur d’une nature forestière hostile. Rapidement, d’Ă©tranges manifestations surnaturelles se mettent Ă  la persĂ©cuter. DĂ©terminĂ©e Ă  ne pas cĂ©der et Ă  combattre sa maladie, elle dĂ©cide d’y rester, mais sombre peu Ă  peu dans une folie paranoĂŻde, insidieuse et dĂ©vorante.

Amateurs d’ambiances latentes et feutrĂ©es, The Nesting s’appuie avant tout sur le principe de la suggestion pour distiller une angoisse diffuse, dĂ©licieusement palpable. Le soin apportĂ© aux dĂ©cors architecturaux, tout comme l’esthĂ©tisme de sa photographie rĂ©tro - notamment cette reconstitution flamboyante d’un bordel des annĂ©es 50 -, accentuent sans peine son pouvoir d’envoĂ»tement. Si sa structure narrative paraĂ®t d’abord Ă©culĂ©e, elle finit par surprendre grâce Ă  un alliage inattendu de dĂ©lire insolent - une traque presque cartoonesque impliquant l’hĂ©roĂŻne et les agissements psychotiques d’un fermier erratique - et d’Ă©pouvante vintage, nourrie par les apparitions rĂ©currentes de spectres farceurs au sein d’une demeure Ă  l’aura surnaturelle.

En amont, et avec une rĂ©elle maĂ®trise technique, une sĂ©quence vertigineuse confinĂ©e sur le toit de la bâtisse redouble d’intensitĂ©, mettant en jeu la survie de deux protagonistes sĂ©vèrement Ă©prouvĂ©s par la peur du vide et la prĂ©sence d’esprits dĂ©moniaques. Si le jeu hĂ©sitant de certains comĂ©diens et la pauvretĂ© des dialogues laissent parfois Ă  dĂ©sirer, le rĂ©alisateur conserve suffisamment d’intĂ©gritĂ© pour façonner un petit film d’Ă©pouvante affable, aussi intrigant qu’immersif. Sa dernière demi-heure, particulièrement dĂ©bridĂ©e, enchaĂ®ne les rebondissements cinglants jusqu’Ă  rĂ©vĂ©ler les secrets d’une filiation vĂ©nale, avant de basculer, dans un dernier acte frĂ©nĂ©tique, vers une violence rigoureuse : un carnage sanglant filmĂ© dans une chorĂ©graphie hypnotique au ralenti. Etonnant ! 


De cette production obscure Ă©mane au final un film un peu maladroit - direction d’acteurs approximative, rĂ©alisation parfois dilettante - mais largement contrebalancĂ© par un climat d’Ă©trangetĂ© irrĂ©sistiblement captivant et une structure narrative multiforme, Ă©tonnamment dĂ©tonante. Une belle surprise formellement Ă©purĂ©e, presque un ovni, injustement dĂ©nigrĂ© dans l’Hexagone.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Dédicace à Céline Trinci Lavidalie
22.05.13



mardi 21 mai 2013

Histoires d'Outre-Tombe / Tales from the Crypt

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site slashershouse.com

de Freddie Francis. 1972. Angleterre. 1h32. Avec Joan Collins, Peter Cushing, Roy Dotrice, Richard Greene, Ian Hendry, Patrick Magee, Barbara Murray, Ralph Richardson.

Sortie salles U.S: 9 Mars 1972

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Freddie Francis est un rĂ©alisateur, directeur de photographie et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 22 DĂ©cembre 1917 Ă  Londres, dĂ©cĂ©dĂ© le 17 Mars 2007 Ă  Isleworth (Royaume-Uni). 1962: La RĂ©volte des triffides. 1963: Paranoiac. 1964: Meurtre par procuration. 1964: l'Empreinte de Frankenstein. 1965: Le Train des Epouvantes. 1965: Hysteria. 1965: The Skull. 1966: The Deadly Bees. 1966: PoupĂ©es de cendre. 1967: Le Jardin des Tortures. 1968: Dracula et les Femmes. 1970: Trog. 1972: Histoires d'Outre-Tombe. 1973: La Chair du Diable. 1973: Les Contes aux limites de la folie. 1974: Son of Dracula. 1975: La LĂ©gende du Loup-Garou. 1975: The Ghoul. 1985: Le Docteur et les Assassins. 1987: Dark Tower.


Produit par la cĂ©lèbre firme Amicus, Freddie Francis s'Ă©tait dĂ©jĂ  attelĂ© en 1965 au film Ă  sketchs avec le sympathique Train des Epouvantes. Sept ans plus tard, il rempile auprès d'Histoires d'outre-tombe, nouvelle anthologie d'Ă©pouvante inspirĂ©e des fameux EC Comics (bande dessinĂ©e horrifique pour adultes fondĂ©e aux usa en 1945). Par ailleurs, elle prĂ©figure la fameuse sĂ©rie TV initiĂ©e en 1989 sous le titre homonyme des Contes de la crypte. ComposĂ© de 5 segments soigneusement Ă©laborĂ©s sur un rythme tout Ă  fait soutenu, Histoire d'outre-tombe suscite une sympathie ardente auprès du spectateur, notamment auprès des nostalgiques d'une Ă©poque rĂ©volue oĂą les films Ă  sketchs furent Ă  leur ascension (le Caveau de la terreur, Asylum, le Jardin des supplices, la Maison qui tue, puis un peu plus tard le Club des monstres
Le premier sketch empreinte la voie du psycho-killer si bien qu'il prĂ©figure par la mĂŞme occasion avec 12 ans d'Ă©cart les exactions du père noel tueur dĂ©couvert dans le controversĂ© Silent Night, deadly night. Joan Collins y incarnant avec cynisme le rĂ´le d'une Ă©pouse meurtrière lorsque cette dernière dĂ©cide de supprimer son mari la veille de NoĂ«l. Or, Ă  l'extĂ©rieur de sa demeure, un tueur fou en libertĂ© se prĂ©pare Ă  l'importuner ! Ce huis-clos fort efficacement menĂ©, qui plus est pourvu d'une angoisse davantage oppressante, bĂ©nĂ©ficie d'un humour macabre assez loufoque pour se railler de cette Ă©pouse incriminĂ©e. On reste Ă©galement impressionnĂ© par les effets de surprise terrifiants fonctionnant ici Ă  plein rĂ©gime afin d'y susciter une vĂ©ritable peur Ă  la fois anxiogène et gĂ©nialement dĂ©stabilisante. Le second sketch, n'apporte pas de grande surprise Ă  travers son cheminement narratif vouĂ© cette fois-ci Ă  l'adultère auquel un mari et sa maĂ®tresse dĂ©cident de plier bagage vers une contrĂ©e lointaine. 


Malencontreusement, un accident de la route va sĂ©vèrement compromettre leur tentative d'escapade. DĂ©figurĂ© et mĂ©connaissable, le mari infidèle dĂ©cide de retourner auprès de son domicile conjugal après un temps d'absence prolongĂ©. LĂ  encore, l'ambiance Ă  la fois inquiĂ©tante et mortifère qui s'y dĂ©gage et les sĂ©quences Ă©peurantes redoutablement efficaces qui empiètent le sombre rĂ©cit diluent Ă  merveille une ambiance cauchemardesque dĂ©lectable. Le troisième segment illustre le calvaire d'un vieillard reclus dans sa maisonnette parmi la fidĂ©litĂ© de ses chiens. Altruiste envers les enfants du voisinage, ce veuf inconsolable se retrouve subitement harcelĂ© par son voisin nanti, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  le faire chasser de sa demeure. Peter Cushing s'insinue avec vibrante Ă©motion dans la peau du vieillard candide empli d'affection pour les enfants de son quartier ainsi que pour sa dĂ©funte Ă©pouse (il communique avec celle-ci par l'entremise du spiritisme). Le soin allouĂ© Ă  la rĂ©alisation et l'empathie Ă©prouvĂ© pour ce sexagĂ©naire nous impliquent sans peine dans son dĂ©sespoir vouĂ© Ă  une cruelle destinĂ©e. Mais la saveur macabre du twist final dĂ©diĂ© au sacre de la Saint-Valentin nous rĂ©conforte pour le châtiment invoquĂ© Ă  son oppresseur en suscitant Ă  nouveau une sĂ©quence terrifiante gĂ©nialement tangible auprès de cette vision d'effroi que n'aurait reniĂ© Fulci ou Ossorio ! Le 4è rĂ©cit s'articule autour d'une statuette ondine auquel un couple avide de richesse dĂ©cide d'invoquer un voeu qui en amènera deux suivants vers une horrible issue irrĂ©versible. MalgrĂ© sa courte durĂ©e, cet Ă©pisode cruel mĂ©chamment ironique culmine magistralement sa conclusion vers un terrifiant dĂ©nouement dans toutes les mĂ©moires (imaginez une seconde votre enveloppe corporelle et votre âme cĂ©rĂ©brale souffrir indĂ©finiment jusqu'Ă  l'Ă©ternitĂ© !). Pour l'anecdote subjective, ce sketch me traumatisa Ă  l'Ă©poque de mon adolescence et continue toujours de me hanter de manière obsĂ©dante Ă  chaque rĂ©vision. 


Enfin, le dernier chapitre, d'une durĂ©e plus longue de 30 minutes, clĂ´t magistralement cette anthologie de contes sardoniques avec le sombre rĂ©cit d'une histoire de vengeance localisĂ©e en interne d'un hospice pour aveugles. DominĂ© par la prestance renfrognĂ©e de Patrick MacGee en leader des aveugles et de Nigel Patrick en directeur castrateur, ce segment intitulĂ© "Blind Alleys" se rĂ©vèle un sommet de perversitĂ© et de sadisme acĂ©rĂ©. Si bien qu'une confrĂ©rie d'aveugles sera contrainte d'accomplir une vengeance mĂ©thodique auprès de leur directeur opiniâtre afin de le châtier de la mort innocente d'un des leurs. Ce sketch d'une perversitĂ© raffinĂ©e dans l'art d'Ă©tudier une vengeance littĂ©ralement impitoyable demeure le plus stimulant et jouissif tout en captant Ă  point nommĂ© notre attention Ă  travers la dimension clairvoyante de ces protagonistes atteints de cĂ©citĂ© mais redoutablement retors pour se dĂ©barrasser de leur bourreau rĂ©duite Ă  l'Ă©tat d'esclave. 


Merveilleusement contĂ©, interprĂ©tĂ© et mise en scène avec une distinction gothique; Histoire d'outre-tombe demeure constamment magnĂ©tique et passionnant auprès de sa facture vintage rigoureusement esthĂ©tisante. Enfin, son dernier segment, merveille de sadisme incongrue prĂ©figurant les exactions de Phibes ou Jigsaw, vaut Ă  lui seul la rĂ©putation de ce grand classique du film Ă  sketchs si bien que son pouvoir de fascination reste indĂ©crottable. 

*Bruno
17.07.24. 5èx
21.05.13. 



vendredi 17 mai 2013

LA POUPEE DE LA TERREUR (Trilogy of Terror)

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ddl.ph

de Dan Curtis. 1975. U.S.A. 1h10. Avec Karen Black, Robert Burton, John Karlen, George Gaynes. 

FILMOGRAPHIE: Dan Curtis est un producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 12 Août 1927 à Bridgeport, Connecticut (Etats-Unis), décédé le 27 mars 2006 à Brentwood (Californie).
1966: Dark Shadows (série TV). 1970: La Fiancée du Vampire. 1971: Night of dark shadows. 1973: Dracula. 1973: The Night Strangler (télé-film). 1975: La Poupée de la Terreur. 1976: Trauma. 1977: Dead of Night. 1977: La Malédiction de la veuve noire (télé-film). 1992: Intruders (télé-film). 1996: La Poupée de la terreur 2 (télé-film).


A l'origine conçu pour ĂŞtre le pilote d'une sĂ©rie TV n'ayant jamais vu le jour, la PoupĂ©e de la Terreur est un tĂ©lĂ©-film Ă  sketchs rendu populaire grâce Ă  son troisième segment scĂ©narisĂ© par le cĂ©lèbre Ă©crivain Richard Matheson. D'ailleurs, le film reçut un tel impact auprès des spectateurs lors de sa diffusion US qu'une suite fut entreprise 20 ans plus tard. C'est au mĂ©sestimĂ© cinĂ©aste Dan Curtis que l'on doit cette trilogie de la terreur rĂ©alisĂ©e en 1975, alors qu'un an plus tard la pièce maĂ®tresse de sa carrière envahissait les Ă©crans amĂ©ricains ! Joyau d'effroi Ă  l'angoisse tangible, Trauma n'eut mĂŞme pas droit aux honneurs d'une sortie internationale dans notre pays hexagonal ! Le point commun entre ces deux oeuvres est imparti Ă  la prĂ©sence ombrageuse de Karen Black, dirigĂ©e en l'occurrence dans un quadruple rĂ´le ! 


Le premier sketch intitulé "Julie" nous illustre le chantage d'un étudiant pervers pour sa prof de littérature. Si l'histoire agréable à suivre s'avère la plus faible, faute d'un script peu cohérent et d'une chute finale peu surprenante, le jeu d'interprétation et l'efficacité de la réalisation nous permettent de suivre sans ennui cette idylle perfide ancrée dans la soumission et la misogynie. Le second sketch, "Millicent et Thérèse", relève un peu le niveau dans l'entreprise de son suspense ascendant, sa narration psychologique un peu plus dense et le jeu bicéphale de Karen Black. Persuadée que sa soeur thérèse est devenue une femme diabolique et meurtrière, Millicent décide en désespoir de cause d'invoquer l'aide de son docteur. Dans un double rôle, la comédienne réussit parfaitement à rendre convaincant les états d'âme contradictoires de ces deux soeurs à la rancune tenace. Si le twist est facilement prévisible, sa terrifiante révélation ne manque pas d'interpeller le spectateur et de provoquer un futile malaise. Pour parachever, le dernier sketch, "Amelia", est le segment perturbateur auquel une génération de téléspectateurs ainsi qu'une légion de cinéphiles lui vouent un véritable culte ! Après avoir acheté un fétiche africain pour son concubin, Amelia va vivre une véritable nuit d'horreur. Sous l'apparence sinistre de cette poupée de bois se cache un véritable démon délibéré à assassiner sa propriétaire ! Sur le thème des poupées maléfiques, "Amelia" fait sans aucun doute parti des oeuvres les plus incisives et frénétiques qui soit (Chucky n'a qu'a bien s'tenir !). D'une efficacité fertile en rebondissements, Dan Curtis enchaîne les altercations à un rythme effréné dans sa réalisation véloce. Mais surtout, par un habile montage géométrique et une multitude de plans concis, il crédibilise les méfaits meurtriers de cette poupée famélique par ses élans erratiques et furibonds ! Intense, haletant et terriblement sauvage, "Amelia" provoque un impact émotionnel aussi jouissif que terrifiant, notamment au niveau du look patibulaire de ce fétiche africain accoutré de dents acérées ! Jusqu'à la risée de sa chute sardonique !


Si les deux premiers sketchs ont de quoi laisser dubitatif le spectateur exigeant, on ne peut passer outre le savoir-faire de Dan Curtis dans son art de conter une histoire et le jeu insidieux de l'Ă©tonnante Karen Black incarnant un quadruple rĂ´le. Mais c'est avec l'impact cinglant de son troisième segment que La PoupĂ©e de la Terreur dĂ©tonne et provoque une vĂ©ritable stupeur dans son dĂ©lirant survival en isolement !

17.05.13
Bruno Matéï