lundi 21 juillet 2014

Lifeforce

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Tobe Hooper. 1985. U.S.A. 1h52 (version intégrale). Avec Steve Railsback, Peter Firth, Frank Finlay, Mathilda May, Patrick Stewart, Michael Gothard, Nicholas Ball, Aubrey Morris, Nancy Paul, John Hallam, John Keegan.

Sortie Salles France: 18 Septembre 1985. U.S: 21 Juin 1985

FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un réalisateur américain né le 25 Janvier 1943 à Austin (Texas)
1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantome, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


SĂ©rie B Ă  gros budget mĂ©sestimĂ©e Ă  sa sortie, d'autant plus desservie par son Ă©chec commercial, Lifeforce s'est depuis taillĂ© une rĂ©putation de petit classique de la science-fiction horrifique pour son judicieux alliage des genres, la qualitĂ© de ses fx et de son score orchestral ainsi que sa grande efficacitĂ© narrative. Le pitchLors d'une mission spatiale, le colonel Tom Carlsen et son Ă©quipage explorent un vaisseau spatial rĂ©fugiĂ© dans la comète de Halley. A l'intĂ©rieur, ils y dĂ©couvrent trois ĂŞtres d'apparence humaine confinĂ©s dans des caissons de verre. Ces sujets dĂ©nudĂ©s s'avèrent de redoutables vampires de l'espace dĂ©terminĂ©s Ă  conquĂ©rir notre monde en se nourrissant de notre force vitale. Nanar pour les uns, divertissement de haute tenue pour les autres, Lifeforce ne manque ni de moyens techniques ni d'idĂ©es retorses pour captiver le spectateur embarquĂ© dans une trĂ©pidante course contre la montre oĂą s'y tĂ©lescopent vampires extra-terrestres et zombies en rut. D'après le roman de Colin Wilson, le film bĂ©nĂ©ficie d'une trame originale afin d'explorer le mythe du vampire dans un contexte futuriste. Son aspect insolite Ă©manant de l'origine stellaire Ă  laquelle ces vampires appartiennent. 


Il tire parti d'une indĂ©niable efficacitĂ© Ă  multiplier leurs exactions meurtrières afin de converger Ă  une rĂ©action en chaĂ®ne produisant ainsi une pandĂ©mie dans un Londres en flammes ! SoutirĂ©s de leur substance vitale par le simple acte d'un baiser, les citadins possĂ©dĂ©s se contraignent Ă  leur tour d'embrasser d'autres proies afin de survivre et de sauvegarder la race extra-terrestre. Parmi la prĂ©sence angĂ©lique de la française Mathilda May, Lifeforce est notamment guidĂ© par son aura ensorcelante, son appĂ©tit insatiable Ă  dĂ©rober nos forces vitales afin de nous anĂ©antir et conquĂ©rir notre planète. Sa prĂ©sence tangible ou Ă©thĂ©rĂ©e planant durant tout le rĂ©cit. FilmĂ©e dans son plus simple appareil, l'actrice dĂ©voile un charme de sensualitĂ© Ă  damner un saint. Sa prĂ©sence charnelle mais dĂ©lĂ©tère s'Ă©rigeant en icone du Mal pour nous convaincre de sa puissance vampirique Ă  connotation sexuelle. Car au-delĂ  de ses ambitions belliqueuses, la vamp recherche Ă©galement un mâle afin de satisfaire ses dĂ©sirs, pallier sa solitude et anticiper sa postĂ©ritĂ© ! Ainsi, Ă  travers l'impuissance des hommes incapables de refrĂ©ner leur Ă©motion pour rĂ©sister Ă  son baiser, on peut y voir une mĂ©taphore sur la nature vampirique de la femme et leur instinct Ă©minemment sĂ©ducteur tout un suggĂ©rant un discours rĂ©flexif sur la vie après la mort. Si on peut Ă©mettre quelques rĂ©serves sur le jeu cabotin (mais oh combien attachant !) de 1 ou 2 de seconds-rĂ´les (quoique en VO, sa distribution demeure encore plus convaincante), Mathilda May se tire honorablement de son rĂ´le laconique en misant sur l'attrait d'un corps immaculĂ© doublĂ© d'un regard pĂ©nĂ©trant. 


RĂ©cit audacieux brassant les genres de la science-fiction, de l'Ă©rotisme et de l'horreur, Lifeforce rĂ©ussit Ă  divertir grâce Ă  l'Ă©laboration d'un scĂ©nario aussi original que captivant car fertile en pĂ©ripĂ©ties. 
Le soin allouĂ© aux effets-spĂ©ciaux (mĂŞme si aujourd'hui leur aspect mĂ©canique peut parfois paraĂ®tre obsolète) et aux dĂ©cors futuristes (le magnifique prĂ©ambule confinĂ© au sein du vaisseau spatial insuffle une poĂ©sie trouble !), et l'implication sympathique des comĂ©diens parachèvent le spectacle d'une grosse sĂ©rie B bourrĂ©e de peps et de charme Ă  la sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible. 

*Bruno
30.01.23. 
5èx. vost

vendredi 18 juillet 2014

Parents. Prix de la Critique, Avoriaz 1989

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinedemedianoche.cl

de Bob Balaban. 1989. U.S.A./Canada. 1h22. Avec Randy Quaid, Mary Beth Hurt, Sandy Dennis, Bryan Madorsky, Juno Mills-Cockell.

Sortie salles France: 22 Janvier 1989 (Festival d'Avoriaz). U.S: 27 Janvier 1989

FILMOGRAPHIE: Bob Balaban est un acteur, scénariste, réalisateur et producteur américain, né le 16 Août 1945 à Chicago. 1983: The Brass Ring (télé-film). 1989: Parents. 1992: Amazing Stories: Book Five (épisode TV). 1993: My Boyfriend's Back. 1994: The Last good Time. 1995: Legend (série TV). 1997: Subway Stories: tales from the Underground (télé-film). 1999: Strangers with Candy (série TV). 1999: Un Agent très secret (série TV). 2000: Deadline (série TV). 2001: Temps mort (série TV). 2004: No Joking (télé-film). 2005: Hopeless Pictures (série TV). 2005: The Exonerated (télé-film). 2007: Bernard et Doris (télé-film). 2008: Swington (série TV). 2009: Georgia O'Keefe (télé-film).


Traitant du thème de la fragilitĂ© de l'enfance, Ă  l'instar de son compère Paperhouse, communĂ©ment rĂ©compensĂ©s Ă  Avoriaz, Parents n'a pas usurpĂ© sa rĂ©putation de perle culte vantĂ©e Ă  l'Ă©poque dans les pages de Mad Movies et autres mags spĂ©cialisĂ©s. Le redĂ©couvrir aujourd'hui prouve Ă  quel point le film de Bob Balaban (rĂ©alisateur mĂ©connu issu de la tĂ©lĂ©vision) Ă©tait pourvu d'une audace rafraĂ®chissante au sein du paysage horrifique. Le pitchMichael est un petit garçon fragile observant la vie avec autant de curiositĂ© que de perplexitĂ©. Car le comportement suspect de ses parents l'amène Ă  penser qu'ils pourraient ĂŞtre adeptes du cannibalisme. Sous couvert de pitch original baignant dans l'humour noir et la satire sociale, Parents est avant tout l'Ă©tude psychanalytique d'un enfant en perte de repère car dĂ©couvrant le monde inquiĂ©tant des adultes sous un jour nouveau. Du point de vue de sa conscience candide, Michael observe l'existence de ses parents sous un aspect autrement vĂ©nal après les avoir surpris dans leur lit entrain de forniquer. Et ce n'est pas l'influence perverse de sa copine d'Ă©cole, une mythomane intarissable, qui le rĂ©confortera dans sa paranoĂŻa grandissante. 


Au fil de ses observations quotidiennes, son investigation le mènera finalement Ă  la plus horrible des vĂ©ritĂ©s au point de devenir adepte du vĂ©gĂ©tarisme. Ainsi, Ă  travers les Ă©lĂ©ments horrifiques du cannibalisme et de la perversitĂ©, Bob Balaban satirise en diable afin de nous dĂ©voiler l'envers du dĂ©cor. Celui de la face cachĂ©e d'une AmĂ©rique d'apparence puritaine mais corrompue par le mensonge et le vice. Avec son ambiance d'Ă©trangetĂ© aussi dĂ©calĂ©e que dĂ©rangeante, le rĂ©alisateur nous assène une caricature de la cellule familiale habitĂ©e par le cynisme et la passion culinaire, en l'occurrence celle de la chair humaine ! Autour de l'introspection fragile de Michael, un climat lourd et oppressant s'y distille, contrebalancĂ© de l'attitude ironique des parents faussement rassurants. Non dupe de leur hypocrisie, Michael bascule dès lors dans un cauchemar domestique oĂą le danger toujours plus palpable l'incite Ă  se rebeller contre l'autoritĂ© rendue hostile Ă  ses yeux. Outre sa rĂ©alisation soignĂ©e et inventive parfois expĂ©rimentale, Parents est largement privilĂ©giĂ© de la conviction des interprètes (en parents autoritaires, Randy Quaid et Mary Beth Hurt forment un duo indissociable !). Mais c'est surtout la prĂ©sence introvertie de Bryan Madorsky qui renforce l'intensitĂ© des situations car endossant avec un naturel trouble un enfant gagnĂ© par la contrariĂ©tĂ© et la quĂŞte de dĂ©couverte (ici effroyable).


American Beauty
Malsain et oppressant, dérangeant et cruel (l'épilogue n'y va pas de main morte pour martyriser une fois de plus le bambin !), mais redoublant de dérision et de cocasserie, Parents n'a rien perdu de son insolence et de sa force métaphorique à démasquer l'aspect véreux de la maturité. L'adulte insidieux ayant comme priorité de se nourrir de son prochain afin d'y survivre.

RĂ©compensePrix de la critique Ă  Avoriaz, 1989

*Bruno
21.07.22. 4èx
18.07.14. 

jeudi 17 juillet 2014

Dark Waters

                                                                 Photo appartenant Ă  Bruno Matéï

de Mariano Baino. 1993. 1h32. Russie / Italie / Angleterre. Avec Valeri Bassel, Mariya Kapnist, Louise Salter, Venera Simmons, Pavel Sokolov.

Sortie salles: 16 Avril 1997

Récompenses: Prix du Public à Montréal, 1997. Vincent Price Award à Rome, 1994.

FILMOGRAPHIE: Mariano Baino est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 17 Mars 1967 à Naples, Italie.
1991: Caruncula (court métrage). 1993: Dark Waters. 2004: Never Ever After (court-métrage). 2010: Based on a true life (court-métrage).

 
"Les Chants Funèbres de l’Onde Noire".
InĂ©dit en salles en France et longtemps cantonnĂ© Ă  une Ă©dition DVD somme toute banale, Dark Waters fait partie de ces films indĂ©pendants que l’ignorance relègue Ă  l’ombre — jusqu’Ă  ce que le bouche-Ă -oreille l’Ă©lève au rang de perle rare. Aujourd’hui, le label Ecstasy of Films lui offre une rĂ©surrection digne, dans une copie resplendissante rendant justice au soin formel de son auteur. Mieux encore : nous le dĂ©couvrons dans une version Director’s Cut inĂ©dite en France, enrichie de prĂ©cieux bonus. Ă€ ce titre, je vous recommande vivement le documentaire Deep into Dark Waters, qui revient sur les conditions de tournage au sein de l’Ă©quipe technique.

Après la mort de son père, Elisabeth se rend sur une Ă®le isolĂ©e pour en apprendre davantage sur le couvent qu’il finançait depuis son enfance. LĂ -bas, elle dĂ©couvre une communautĂ© de nonnes au comportement impĂ©nĂ©trable, comme si un souffle ancien y soufflait encore, fait de silence et de prĂ©sages.

Pour son unique et fulgurant essai, l’Italien Mariano Baino nous plonge dans un cauchemar Ă©veillĂ©, un poème sensoriel, une fantasmagorie morbide oĂą Alice au pays des merveilles s’Ă©gare dans les tĂ©nèbres des chants funèbres — entre les pleurs Ă©touffĂ©s d’enfants et le braillement d’une crĂ©ature lovecraftienne, Ă©cho venu du fond des catacombes. Dark Waters, envoĂ»tant et dĂ©routant de bout en bout, est une Ă©preuve fantasmatique, hantĂ©e par une aura funeste oĂą chaque vision onirique cherche Ă  infiltrer notre âme pour mieux nous sĂ©duire.

Dans la lignĂ©e du cinĂ©ma d’Argento, pour la stylisation picturale au service d’un onirisme Ă©sotĂ©rique, ou de Jodorowsky, pour sa mystique provocante et dĂ©rangeante, le film dĂ©roule une succession d’apparitions diaphanes, au rythme d’un cheminement indĂ©cis. HantĂ©e depuis l’enfance par de mystĂ©rieux rĂŞves, Elisabeth poursuit l’origine floue de son passĂ©, et c’est un secret de famille qu’elle finira par exhumer, Ă  travers l’intercession des tĂ©nèbres.

Ce huis clos occulte, gouvernĂ© par une assemblĂ©e presque exclusivement fĂ©minine, renvoie aussi au souffle lyrique de Suspiria, notamment dans la fragilitĂ© de son hĂ©roĂŻne et la progression initiatique de son enquĂŞte — quĂŞte d’un mystère enfoui au sein d’un couvent dont les murs murmurent. Comme Suzy, Elisabeth arrive un soir de pluie dans cet endroit Ă  la fois repoussant et envoĂ»tant ; et c’est Ă©paulĂ©e par une camarade qu’elle tentera de dĂ©mĂŞler les fils d’un destin tissĂ© dans l’ombre. Sensoriel, insolite, baroque et expĂ©rimental, Dark Waters privilĂ©gie, lui aussi, l’extravagance d’une bande-son dissonante, le vertige visuel et les figures interlopes — plutĂ´t que la futilitĂ© d’une intrigue dont l’issue, en fin de compte, importe peu.

 
"Élisabeth aux Portes du Néant".
CrĂ©ateur d’images oniriques et morbides, Mariano Baino a sculptĂ© avec Dark Waters un chef-d’Ĺ“uvre pictural, fusion d’art gothique et d’expressionnisme, poème incandescent nourri de tĂ©nèbres. Ă€ l’image des bougies qui veillent dans chaque catacombe, Dark Waters est une invitation au voyage — une odyssĂ©e naturaliste dans les abĂ®mes, une quĂŞte initiatique d’une fille confrontĂ©e Ă  sa propre morale. Celle d’un combat spirituel oĂą le bien et le mal ne sont plus que des reflets dans une eau trouble.
 
Merci Ă  Ecstasy of Films et Ă  Mariano Baino
*Bruno

mercredi 16 juillet 2014

INCENDIES

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site atlasmedias.com

de Dennis Villeneuve. 2010. Quebec. 2h10. Avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette, Rémy Girard, Abdelghafour Elaaziz, Allen Altman.

Sortie salles France: 12 Janvier 2011. U.S: 22 Avril 2011

FILMOGRAPHIE: Denis Villeneuve est un scénariste et réalisateur québécois, né le 3 octobre 1967 à Trois-Rivières.
1996: Cosmos. 1998: Un 32 Août sur terre. 2000: Maelström. 2009: Polytechnique. 2010: Incendies. 2013: An Enemy. 2013: Prisoner


RĂ©alisateur prodige reconnu du public par le thriller haletant, Prisoners, Denis Villeneuve avait pourtant dĂ©jĂ  prouvĂ© son talent de technicien avisĂ© avec Enemy, thriller personnel autrement hermĂ©tique sur le thème du double, et le film qui nous intĂ©resse aujourd'hui, Incendies.


Drame psychologique dĂ©nonçant les horreurs de la guerre, l'obscurantisme, l'instinct de vengeance et le fanatisme religieux, Incendies relate la quĂŞte de vĂ©ritĂ© de deux jumeaux fouinant le passĂ© de leur dĂ©funte mère afin de rencontrer un père et un frère qu'ils n'ont jamais connu. Contraints de leur remettre deux enveloppes, Jeanne dĂ©cide de regagner son pays d'origine, la Palestine, avant que son frère Simon ne la rejoigne. Alternant Ă©vènements du prĂ©sent et du passĂ© Ă  travers de nombreux flash-back, Dennis Villeneuve met en parallèle leur pĂ©riple et leur investigation de longue haleine dans un pays marquĂ© par la violence de tensions religieuses, tout en retraçant le douloureux parcours de cette mère catholique, abdiquĂ©e par sa propre famille après avoir eu l'audace de frĂ©quenter un jeune musulman. A travers ces secrets de famille bafouĂ©s par l'intolĂ©rance et la barbarie de conflits entre chrĂ©tiens et musulmans, le cinĂ©aste dĂ©peint le chemin de croix d'une femme violentĂ©e et humiliĂ©e, rĂ©duite Ă  la dĂ©chĂ©ance, mais d'une dignitĂ© insolente dans sa stoĂŻcitĂ© Ă  ne pas se laisser vaincre par la dĂ©faite. Quand au cheminement imprĂ©cis de Jeanne et Simon, de fil en aiguille, et avec le soutien d'aimables enquĂŞteurs, ils vont rĂ©ussir Ă  percer la vĂ©ritĂ© sur leur mère au moment mĂŞme d'ĂŞtre bouleversĂ©s par leur vĂ©ritable identitĂ©. Autour de ce trio galvaudĂ© par la vendetta et le terrorisme, le frère mĂ©connu pâtira notamment de sa rĂ©volte belliqueuse avant de se confronter Ă  une rĂ©vĂ©lation des plus licencieuses.


Outre le magnifique portrait maternel assĂ©nĂ© Ă  cette femme inflexible, Incendies nous illustre avec autant de retenue que de rĂ©alisme Ă©prouvant sa descente aux enfers et celle de ses enfants de la honte. Autour des sentiments d'injustice, de haine et de rĂ©volte engendrĂ©s par les divergences de religion, Dennis Villeneuve dĂ©cortique les consĂ©quences dramatiques de la rancoeur et de la vengeance avant de nous rĂ©concilier avec les notions d'amour, de paix et de pardon. Un tĂ©moignage Ă©minemment bouleversant pour cette oeuvre fragile dont le climat austère et Ă©touffant nous reste Ă  la gorge bien au-delĂ  du gĂ©nĂ©rique de fin. 

Bruno Matéï

Récompenses:
35e Festival international du film de Toronto (Toronto), meilleur film canadien
30e Festival international du film de l'Atlantique (Halifax), meilleur film canadien
25e Festival international du film francophone de Namur (Belgique), prix du public
55e Semaine du cinéma international de Valladolid (Espagne), prix du public, prix du meilleur scénario et prix du jury des jeunes
26e Festival du film de Varsovie (Pologne), Grand prix du jury
40e Festival international du film de Rotterdam (Pays-Bas), prix du public
Prix du Centre national des Arts du Canada
31e Prix Genie, huit statuettes :
Meilleur film
Meilleure réalisation
Meilleur actrice (Lubna Azabal)
Meilleure adaptation
Meilleure direction-photo
Meilleur son d'ensemble
Meilleur montage sonore
Meilleur montage
13e cérémonie des Jutra, neuf prix :
Meilleur film
Meilleure réalisation : Denis Villeneuve
Meilleure actrice : Lubna Azabal
Meilleur scénario : Denis Villeneuve, avec la collaboration de Valérie Beaugrand-Champagne
Meilleure direction de la photographie : André Turpin
Meilleure direction artistique : André-Line Beauparlant
Meilleur son : Sylvain Bellemare, Jean Unamsky et Jean-Pierre Laforce
Meilleur montage : Monique Dartonne
Meilleurs costumes : Sophie Lefèbvre
Prix Lumières 2012 : Meilleur film francophone
Meilleure actrice au Magritte du cinéma

mardi 15 juillet 2014

Horrible / Rosso sangue / Absurd / Antropophagus 2

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloodygoodhorror.com

de Joe d'Amato / Peter Newton. 1981. 1h32. Italie. Avec George Eastman, Annie Belle, Charles Borromel, Katya Berger, Kasimir Berger, Hanja Kochansky, Ian Danby, Ted Rusoff, Edmund Purdom, Carolyn De Fonseca, Cindy Leadbetter, Lucia Ramirez, Mark Shannon, Michele Soavi, Martin Sorrentino, Goffredo Unge.

Sortie salles France: 6 Juillet 1983. Italie: Octobre 1981

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joe d'Amato (nĂ© Aristide Massaccesi le 15 dĂ©cembre 1936 Ă  Rome, mort le 23 janvier 1999) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien. 1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980: Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la vĂ©ritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.

 
"Horrible : L’Anthropophage ressuscitĂ©".
Un an après le succès sanglant d'Anthropophagous, Joe D’Amato rempile avec un psycho-killer, bien dĂ©cidĂ© Ă  pousser l’hĂ©moglobine plus loin encore. Recrutant de nouveau Georges Eastman, Horrible pourrait presque passer pour une suite dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e : le tueur ressemble Ă  s’y mĂ©prendre au cannibale famĂ©lique d’alors. Ă€ la diffĂ©rence près qu’ici, nul appĂ©tit de chair humaine, mais une pure frĂ©nĂ©sie homicide, doublĂ©e d’un pouvoir de rĂ©gĂ©nĂ©ration dont on se demande encore par quel miracle il se relève, Ă©ventrĂ©, après avoir escaladĂ© la grille d’un portail, pourchassĂ© par un prĂŞtre. Sa nationalitĂ© grecque et son exil prĂ©cipitĂ© laissent d’ailleurs planer le doute : serait-ce bien notre anthropophage ?

DotĂ© d’un pitch aussi grotesque qu’improbable, Joe D’Amato se moque de la cohĂ©rence, prĂ©fĂ©rant exhiber la dĂ©rive sanguinaire d’un fou Ă©chappĂ© d’un hĂ´pital. Après avoir occis infirmière, homme d’entretien et motocycliste, le monstre gagne la campagne et jette son dĂ©volu sur une maison isolĂ©e, proie idĂ©ale : un enfant, une nourrice, une tĂ©traplĂ©gique y sont livrĂ©s Ă  lui, Ă  huis clos.

Titre racoleur Ă  souhait, Horrible embrasse sans scrupule son horreur pornographique : le scĂ©nario n’est qu’un prĂ©texte pour Ă©grener des meurtres gratinĂ©s, Ă  la lisière du sadisme complaisant. Comme cette inoubliable sĂ©quence oĂą une jeune femme, piĂ©gĂ©e dans sa cuisine, finit la tĂŞte dans le four — supplice d’asphyxie interminable, combustion en prime. D’autres rĂ©jouissances macabres s’Ă©grènent : crâne fendu Ă  la scie circulaire, tympan perforĂ© Ă  la perceuse, gros plans cradingues garantis.

Les comĂ©diens, figĂ©s dans une apathie lunaire, n’en sont pas moins attachants par leur naĂŻvetĂ© candide — mention spĂ©ciale au marmot insupportable de six ans, qui cabotine ses crises et ses larmes, terrorisĂ© par « l’ogre ». Plus omniprĂ©sent encore, Georges Eastman cabale Ă  nouveau en tueur ahuri, confĂ©rant Ă  son regard lambda une Ă©trangetĂ© presque solennelle. L’atmosphère fĂ©tide qui faisait la sève d’Anthropophagous se dissipe ici au profit d’une angoisse latente, qui explose dans un dernier acte haletant : un jeu de cache-cache malsain entre l’enfant, la nourrice, la tĂ©traplĂ©gique et le monstre, ponctuĂ© de sursauts et d’hĂ©moglobine, dans un esprit de dĂ©gĂ©nĂ©rescence hystĂ©rique.

 
"D’Amato dĂ©chaĂ®ne la boucherie".
Mieux rythmĂ© qu’Anthropophagous, mais plus absurde encore dans sa narration tirĂ©e par les cheveux (comme le laisse entendre son titre US !), Horrible privilĂ©gie l’horreur sanguinolente et l’action suffocante, culminant dans le huis clos domestique. Au-delĂ  de ses dĂ©fauts criants, de ses incohĂ©rences et de ses maladresses de sĂ©rie Z, il charme par son jusqu’au-boutisme, ses effets gore artisanaux et son score de Carlo Maria Cordio, tantĂ´t lugubre, tantĂ´t mĂ©lancolique, jusqu'Ă  l'envoĂ»tement.
Ă€ redĂ©couvrir, sans distance, pour le plaisir d’un Z viscĂ©ral jusqu’Ă  la moelle.
 
*Bruno
27.04.21
15.07.14
06.03.11
5èx  

vendredi 11 juillet 2014

Le Retour des Morts-Vivants (The Return of the Living Dead)

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site projectdeadpost.com

de Dan O'Bannon. 1985. U.S.A. 1h31. Avec Clu Gulager, James Karen, Don Calfa, Thom Matthews, Linnea Quigley, Beverly Randolph, Jewel Shepard, John Philbin, Miguel A. Nunez Jr.

Sortie salles France: 15 Mai 1985

FILMOGRAPHIE: Dan O'Bannon est un scénariste et réalisateur américain, né le 30 Septembre 1946 à Saint-Louis, dans le Missouri (Etats-Unis), décédé le 17 Décembre 2009 à Los Angeles en Californie.
1985: Le Retour des Morts-vivants. 1991: The Resurrected


Sorti la mĂŞme annĂ©e que Le Jour des Morts-vivants, Ă  quelques semaines près, Le Retour des Morts-vivants se dĂ©cline en parodie du mythe que le cĂ©lèbre scĂ©nariste Dan O'Bannon s'entreprend de mettre en image pour une première rĂ©alisation. On peut d'ailleurs presque Ă©voquer un coup de maĂ®tre tant ce dernier s'avère aussi Ă  l'aise et inspirĂ© Ă  exploiter horreur et dĂ©rision en interne d'un huis-clos converti en train fantĂ´me ! Si bien que dans un esprit BD clairement hĂ©ritĂ© des EC. Comics (photo rutilante Ă  l'appui !), le film nous offre une patine visuelle assez cartoonesque pour la tenue vestimentaire impartie aux adolescents punks mais aussi pour le look dĂ©calĂ© de certains cadavres putrescents (le zombie liquĂ©fiĂ© planquĂ© au sous-sol !), juste après nous avoir rendu un hommage cocasse Ă  la Nuit des morts-vivants.  C'est le sujet de discussion amorcĂ© entre l'employĂ© d'un entrepĂ´t, Frank, et son apprenti, Freddy, afin de convaincre ce dernier que la trame de la nuit des morts-vivants Ă©tait authentique mais romancĂ©e par son auteur puisque contraint par l'armĂ©e de ne pas Ă©bruiter sa vĂ©racitĂ©. Car si Ă  une certaine Ă©poque, les morts sont bels et bien revenus Ă  la vie, c'est sous les effluves de dĂ©chets toxiques expĂ©rimentĂ©s par les forces militaires. StoquĂ©s depuis la fin des annĂ©es 60 dans le sous-sol mĂŞme de l'entrepĂ´t, Frank invite alors l'adolescent Ă  aller visiter ses conteneurs. 


Mais par une maladresse de ce dernier, une fuite d'un des contenants va libérer le gaz toxique pour les empoisonner et ramener à la vie tous les cadavres à proximité ! Pendant ce temps, les amis du jeune Freddy, une bande de punks gentiment rebelles, s'introduisent dans la nécropole d'à côté pour s'y saouler en attendant son retour ! Divertissant et jouissif en diable, Le Retour des Morts-vivants dégage une énergie insolente de par son concours de circonstances malchanceuses auquel la complicité fraternelle des protagonistes décuplera une fougue offensive. Parmi cette dynamique de groupe, les comédiens expansifs s'en donnent à coeur joie à nous retransmettre leur état de panique face à la menace, quand bien même la bande de Freddy viendra rejoindre nos quatre survivants confinés dans un salon funéraire. Outre ses idées inventives émaillées de gags hilarants (la dégénérescence de Frank et Freddy les réduisant à l'état inversé de vivant-mort, les multiples traquenards invoqués aux ambulanciers et aux policiers !), la truculence des situations émane également du comportement débridé des morts-vivants. Car ici, ils courent massivement vers leurs proies et sont doués de parole pour réclamer de la cervelle qu'ils consomment uniquement afin de se soulager de leur état de décomposition !


Soutenu d'une bande-son rock entĂŞtante et pourvu d'effets-spĂ©ciaux soignĂ©s assez convaincants, Le Retour des Morts-Vivants doit beaucoup de sa vitalitĂ© de par l'habiletĂ© d'une intrigue structurĂ©e au montage rigoureux et par la complicitĂ© impayable des comĂ©diens Ă©patants de spontanĂ©itĂ©. Il s'en dĂ©gage une telle bonne humeur et un sens de dĂ©rision respectueux au genre que les multiples visionnages n'Ă©cornent nullement son pouvoir euphorique ! Un classique lĂ©gitime donc dont le mĂ©lange horreur/comĂ©die fonctionne Ă  point nommĂ©, quand bien mĂŞme le nihilisme de son Ă©pilogue nous surprend sans prĂ©venir de son audace sardonique ! 

*Eric Binford
10.09.21. 6èx

jeudi 10 juillet 2014

BLUE RUIN. Prix FIPRESCI, Cannes 2013

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bdzoom.com

de Jeremy Saulnier. 2013. U.S.A. 1h30. Avec Macon Blair, Devin Ratray, Amy Hargreaves, Kevin Kolack, Eve Plumb, David W. Thompson.

Récompense: Prix FIPRESCI au festival de Cannes, 2013

Sortie salles France: 9 Juillet 2014. U.S: 25 Avril 2014

FILMOGRAPHIEJeremy Saulnier est un réalisateur, scénariste et directeur de photographie américain.
2007: Murder Party. 2013: Blue Ruin.


Après Murder Party, premier essai d'une comĂ©die horrifique restĂ©e inĂ©dite dans nos contrĂ©es, le dĂ©butant Jeremy Saulnier s'attaque au Vigilante Movie avec une ambition personnelle puisque Blue Ruin dĂ©tourne les codes grâce Ă  son intrigue sans repère et Ă  son portrait au vitriol imparti au justicier lymphatique. PonctuĂ© d'ironie saugrenue, le mĂ©trage joue autant la carte du naturalisme Ă  travers sa nature sereine, une manière de contraster avec la nonchalance d'un loser aussi maladroit qu'Ă©motif. Avec son attitude irrĂ©flĂ©chie, sa timiditĂ© et ses exactions criminelles perpĂ©trĂ©es avec amateurisme, c'est un peu comme si Le Distrait rencontrait Justice Sauvage ! Venant d'apprendre que le meurtrier de ses parents vient d'ĂŞtre libĂ©rĂ© de prison, Dwight dĂ©cide de l'assassiner en guise de vengeance. EmbourbĂ© dans une rĂ©action en chaĂ®ne meurtrière, il tente en dĂ©sespoir de cause de continuer sa dĂ©rive punitive en s'en prenant Ă  la famille du meurtrier et en Ă©vitant les balles ennemies. 


Récompensé à Cannes du prix Fipresci à la quinzaine des réalisateurs, Blue Ruin allie film noir et cinéma d'auteur afin de tirer parti d'un canevas éculé à toutes les sauces. Si ce film indépendant brille déjà par la structure de sa réalisation peaufinant notamment le cadre environnemental, il permet surtout de transcender le portrait d'un solitaire aigri incapable d'avoir su accepter le deuil parental. Présenté d'abord comme un Sdf vivant reclus dans sa voiture insalubre depuis la mort de ses parents, Dwight va subitement changer de look afin de se fondre dans l'apparence d'un aimable citoyen après avoir appris la libération du meurtrier. Obnubilé à l'idée de se venger sans mesurer les conséquences de ses actes crapuleux, il va se laisser entraîner dans un itinéraire indécis afin de retrouver le vrai criminel, mais aussi se protéger contre l'inévitable riposte. Une contre-attaque familiale de culs-terreux incultes aussi déterminés dans leurs pulsions de haine destructrice ! Gagné par le remord et la paranoïa, Dwight songera même à tenter de préserver le destin de sa soeur si elle était amenée à devenir une cible potentielle !


Avec ses Ă©clairs de violence crue (le 1er meurtre dans les toilettes), ses situations incongrues (l'otage du coffre), ses rencontres amicales de personnages sans morale (la soeur et l'ami d'enfance de Dwight !) et ses moments d'intimisme introspectif, Blue Ruin casse les conventions du film d'auto-dĂ©fense pour dessiner l'humanisme d'un paumĂ© dĂ©pressif incapable de canaliser son Ă©motivitĂ© pour remonter la pente de sa dĂ©chĂ©ance. Une surprenante dĂ©couverte Ă  la limite de la parodie renfrognĂ©e et la rĂ©vĂ©lation d'un acteur hantĂ© par l'Ă©chec et le dĂ©sarroi: Macon Blair !

Bruno Matéï

mercredi 9 juillet 2014

Réincarnations / Dead and Buried

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zombiepop.net

de Gary Sherman. 1981. U.S.A. 1h34. Avec James Farentino, Melody Anderson, Jack Albertson, Dennis Redfield, Nancy Locke, Lisa Blount, Robert Englund.

Sortie salles France: 19 Août 1981. U.S: 29 Mai 1981

FILMOGRAPHIE: Gary A. Sherman est un réalisateur, scénariste et producteur américain né en 1943 à Chicago dans l'Illinois. 1972: Le Métro de la mort, 1981: Réincarnations, 1982: Descente aux enfers, Mystérious Two (TV film), 1984: The Streets (TV film), 1987: Mort ou Vif, 1988: Poltergeist 3, 1990: Lisa, After the Shock, 1991: Murderous Vision (TV film).

Film culte d’une gĂ©nĂ©ration entière, RĂ©incarnations a marquĂ© une lĂ©gion de jeunes cinĂ©philes l’ayant dĂ©couvert au tout dĂ©but des annĂ©es 80. Tant lors de sa sortie en salles (les ados comme moi durent s’y rendre accompagnĂ©s d’un adulte, le film Ă©tant interdit aux moins de 18 ans !) que grâce Ă  sa mythique Ă©dition VHS chez UGC VidĂ©o.


Au-delĂ  de l’incroyable scĂ©nario concoctĂ© par Dan O’Bannon et Ronald Shusett pour insuffler un sang neuf au mythe du zombie - et Ă  celui de Frankenstein - c’est surtout l’ambiance mortifère, littĂ©ralement prĂ©gnante, qui saisit l’esprit du spectateur pour ne plus jamais le lâcher.

Alors que deux meurtres secouent une tranquille bourgade cĂ´tière, le shĂ©rif Dan Gillis piĂ©tine Ă  retrouver le ou les responsables de ces morts d’une brutalitĂ© inouĂŻe. Son enquĂŞte le conduit bientĂ´t Ă  soupçonner l’embaumeur local, le mĂ©decin-lĂ©giste William G. Dobbs.

Dès sa scène d’ouverture cinglante - restĂ©e gravĂ©e dans toutes les mĂ©moires - Gary Sherman Ă©branle le spectateur sans sommation : une drague anodine sur la plage entre un photographe et une jeune tentatrice bascule soudain dans l’horreur la plus frontale lorsqu’un homme s’oppose Ă  une confrĂ©rie invisible.

Des sĂ©quences cauchemardesques de cet acabit, RĂ©incarnations en regorge. Toutes aussi estomaquantes que radicales, elles dĂ©ploient une violence sèche, une verdeur nĂ©cessaire, tandis que le climat d’angoisse, subtilement distillĂ©, monte crescendo au fil de l’enquĂŞte du shĂ©rif.


On salue au passage l’interprĂ©tation fiĂ©vreuse de James Farentino (sans doute son plus grand rĂ´le), exprimant une lente dĂ©gringolade vers les mĂ©andres d’un vaudou tapi dans l’ombre.
À ses côtés, Jack Albertson, au charisme émacié, incarne le médecin-légiste avec une dérision macabre, presque goguenarde. Et que dire de la présence trouble de Melody Anderson, épouse trop affable pour ne pas éveiller les soupçons...

Outre la justesse du casting et la maĂ®trise glaciale de la mise en scène (Sherman n’a jamais autant brillĂ© dans sa capacitĂ© Ă  crĂ©dibiliser une sociĂ©tĂ© de morts-vivants impassibles et non carnivores), la puissance Ă©motionnelle de RĂ©incarnations tient surtout Ă  sa manière de nous plonger dans une intrigue vĂ©nĂ©neuse, toujours plus envoĂ»tante.

Les scĂ©naristes nous offrent ici une farce macabre d’une cruautĂ© dĂ©licieuse, oĂą l’humour noir se mĂŞle Ă  la terreur sourde, et oĂą chaque revirement vient mordre dans la chair du rĂ©cit. Jusqu’au twist final, traumatisant, qui remet en cause notre propre rĂ©alitĂ©. Serions-nous, nous aussi, les pantins articulĂ©s d’un crĂ©ateur imposteur ?

Mais RĂ©incarnations, c’est aussi le charme d’une sĂ©rie B esthĂ©tiquement formelle, baignĂ©e dans l’illusion paisible d’une bourgade cĂ´tière. Une ville bercĂ©e par une mĂ©lodie de piano - inoubliable score de Joe Renzetti - avant d’ĂŞtre ravagĂ©e par l’onde noire d’un sacrement morbide, implacable.

 
Chef-d’Ĺ“uvre d’humour macabre, baignant dans une atmosphère aussi lourde qu’oppressante (bande-son bourdonnante Ă  l’appui), RĂ©incarnations incarne l’archĂ©type d’une sĂ©rie B artisanale oĂą toute une Ă©quipe s’emploie Ă  cristalliser un pitch improbable… et pourtant redoutablement clairvoyant.
Et ce ne sont pas les maquillages spectaculaires de Stan Winston qui viendront contredire la rĂ©ussite incontestable de cette farce sardonique, oĂą la violence - brutale, tranchante - s’impose, justifiĂ©e.
Inoubliable.

*Bruno
5èx

Apport du Blu-ray: 8/10

mardi 8 juillet 2014

NOE (Noah)

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Darren Aronofski. 2014. U.S.A. 2h18. Avec Russel Crowe, Jennifer Connely, Ray Winstone, Anthonby Hopkins, Emma Watson, Logan Lerman, Douglas Booth, Nick Nolte, Mark Margolis.

Sortie salles France: 9 Avril 2014. U.S: 28 Mars 2014

FILMOGRAPHIE: Darren Aronofski est un réalisateur américain né le 12 février 1969 à Brooklyn (New York). Il travaille aussi en tant que scénariste et producteur.
1998 : π, 2000 : Requiem for a dream, 2006 : The Fountain, 2009 : The Wrestler, 2010 : Black Swan. 2014: Noé



En conteur biblique, Darren Aronofski s'inspire ici librement du rĂ©cit de l'arche de NoĂ© pour nous bâtir une interprĂ©tation plus moderne et Ă©pique, Ă  l'instar du film d'aventure lyrique puissamment Ă©vocateur. Alors que Dieu est sur le point d'anĂ©antir la terre, faute de la mĂ©chancetĂ© de l'homme fĂ©ru de suprĂ©matie, NoĂ© devient l'Ă©lu pour la construction d'une gigantesque arche afin d'y prĂ©server la vie animale. Mais une tribu guerrière menĂ©e par Samyaza est sur le point d'investir leur forteresse. En s'inspirant d'un illustre chapitre du livre de la genèse, Darren Aronofski nous propose un blockbuster familial constamment captivant dans ses thĂ©matiques universelles abordĂ©es avec intelligence pour remettre en cause la place de l'homme sur Terre. RĂ©flexion spirituelle et mĂ©taphysique se tĂ©lescopant Ă  renfort d'images allĂ©goriques oĂą Adam et Eve seraient les principaux commanditaires de notre dĂ©chĂ©ance. En alternant l'action, le fantastique, le drame et la romance, NoĂ© nous dĂ©peint l'incroyable destinĂ©e d'une famille unie par l'amour, leur combat ardu pour la prĂ©servation d'un nouveau monde mais aussi leur dissolution morale oĂą la stature de l'homme n'a plus lieu d'ĂŞtre. C'est tout du moins la conviction de NoĂ©, patriarche exemplaire mais soudainement envahi de visions prophĂ©tiques, persuadĂ© d'avoir Ă©tĂ© choisi par le divin afin de refonder l'humanitĂ©.


A travers son cheminement spirituel, le rĂ©alisateur oppose les thĂ©matiques du fanatisme religieux et du sens du sacrifice lorsqu'il se rĂ©sout Ă  respecter sa mission pour prĂ©server la cause animale au lieu de celle de l'homme. La première partie prend le soin de nous attacher Ă  l'intimitĂ© de cette famille dĂ©fĂ©rente avant leur nouveau compromis avec les gĂ©ants de pierre (des anges prĂ©alablement punis par Dieu) finissant par prĂŞter main forte Ă  la construction de l'arche mais aussi Ă  une hostilitĂ© guerrière. Ce qui nous vaudra une bataille furieusement Ă©pique impartie entre ces molosses et l'armĂ©e de Samyza, tentant en dĂ©sespoir de cause de rejoindre le domaine avant le dĂ©luge annoncĂ© ! LĂ  encore, passĂ© le chaos du fracas des armes, une vision dantesque du monde englouti nous ait Ă©voquĂ© avec un souffle de rĂ©alisme vertigineux. La seconde partie, beaucoup plus dense dans l'Ă©tude caractĂ©rielle, laisse place Ă  la responsabilitĂ© humaine de NoĂ© nĂ©gligeant derrière lui le charnier de victimes innocentes, quand bien mĂŞme sa dernière volontĂ© sera de sacrifier les siens ! Face au fanatisme intransigeant de cet homme autrefois loyal, Darren Aronofski laisse dĂ©battre les tĂ©moins de sa famille avec une foi dĂ©sespĂ©rĂ©e pour le rappeler Ă  la raison. Celle de l'amour et de la compassion. A travers leur destin sont Ă©galement interrogĂ©es les notions de pardon, de vengeance, d'erreur humaine, de repentance et de seconde chance afin de mettre en appui la fragilitĂ© de l'homme perpĂ©tuellement tiraillĂ© entre l'instinct de colère et la compassion.


Superbement interprĂ©tĂ© (Russel Crowe et Jennifer Connely s'entredĂ©chirent corps et âmes ! ), Ă©pique, intense, lyrique et parfois bouleversant, NoĂ© confronte le blockbuster Ă©motif avec l'intelligence d'une rĂ©flexion New-Age. Riches de thĂ©matiques toutes plus passionnantes, NoĂ© illustre Ă©galement avec poĂ©sie un hymne au respect de l'environnement et Ă  la cause animale oĂą le rĂ´le difficile de l'homme est remis en cause pour sa nature aussi dĂ©fectueuse que destructrice. 

Bruno Matéï


vendredi 4 juillet 2014

Enfer Mécanique / The Car

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site amoeba.com

d'Elliot Silverstein. 1977. U.S.A. 1h37. Avec James Brolin, Kathleen Lloyd, John Marley, R.G. Armstrong, Ronny Cox, Henry O'Brien, Elizabeth Thompson.

Sortie salles France: 13 Mai 1977

    FILMOGRAPHIE: Elliot Silverstein est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 3 AoĂ»t 1927 Ă  Boston, Massachusetts (Etats-Unis). 1962: Belle Sommers (tĂ©lĂ©-film). 1965: Cat Ballou. 1967: The Happening. 1970: Un Homme nommĂ© Cheval. 1973: Nightmare Honeymoon. 1977: Enfer MĂ©canique. 1986: Betrayed by Innocence (tĂ©lĂ©-film). 1987: La Nuit de tous les Courages (tĂ©lĂ©-film). 1987: Fight for Life (tĂ©lĂ©-film). 1990: Rich Men, Single Women (tĂ©lĂ©-film). 1993: Flashfire.


    DĂ©marquage bisseux de Duel de Spielberg, Enfer MĂ©canique marqua toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs grâce Ă  ces multi rediffusions projetĂ©es sur la chaĂ®ne privĂ©e (mais gratuite !), la Cinq ! SĂ©rie B purement ludique oĂą seule compte l'efficacitĂ© d'une action endiablĂ©e, Enfer MĂ©canique n'a point usurpĂ© son statut de petit classique du Fantastique si bien qu'Ă  la revoyure (4è x !) il perdure Ă  captiver de par la vigueur d'une mise en scène Ă  la fois soignĂ©e et attentionnĂ©e pour la caractĂ©risation de ses personnages contrariĂ©s en proie Ă  une menace indicible. L'aimable participation des trognes charismatiques de seconde zone (James Brolin en tĂŞte !) doit notamment beaucoup Ă  l'extrĂŞme sympathie qui s'y dĂ©tache, quand bien mĂŞme chacun des protagonistes sont engagĂ©s dans la cohĂ©sion afin de contrecarrer la menace, vĂ©ritable serial-killer motorisĂ© d'une vĂ©locitĂ© sans Ă©gale lorsqu'il s'acharne Ă  traquer ses proies pour les Ă©craser sur le bitume. Car c'est sous l'apparence d'une Berline noire qu'est personnifiĂ©e l'entitĂ©, vĂ©hicule sans conducteur habitĂ© par le Malin (c'est ce que nous rĂ©vĂ©lera l'Ă©pilogue Ă  renfort de visions dantesques d'un brasier rugissant !). 


    Ainsi, Ă  l'aide de plans parfois alambiquĂ©s, le rĂ©alisateur parvient Ă  distiller une vĂ©ritable aura malĂ©fique Ă  travers l'Ă©trange morphologie de cette carrosserie blindĂ©e comparable au corbillard ! Qui plus est, au son d'avertissement d'un klaxon arrogant, l'engin erratique fait preuve d'une frĂ©nĂ©sie incontrĂ´lĂ©e pour s'Ă©lancer sur ses victimes ! Avec son environnement aussi montagneux que dĂ©sertique,  Elliot Silverstein exploite une scĂ©nographie hĂ©ritĂ©e du Western au sein de cette communautĂ© reculĂ©e de Santa Ynez. Les shĂ©rifs, hĂ©roĂŻques et serviables, tentant courageusement de protĂ©ger leur village face Ă  l'audace du hors lĂ  loi laissant derrière lui les cadavres de touristes après son passage Ă©clair. MenĂ© par le capitaine Wade Parent, c'est donc une course-poursuite inlassable que nos justiciers vont emprunter sur les routes de l'Utah en usant de moult stratĂ©gies pour l'annihiler. Durant les pĂ©ripĂ©ties meurtrières de la voiture, on est d'ailleurs surpris d'assister Ă  la mort inopinĂ©e de protagonistes essentiels. Cette radicalitĂ© Ă  laquelle fait preuve le rĂ©alisateur surprend d'autant plus que cette sĂ©rie B est uniquement impliquĂ©e dans le divertissement plaisant mĂŞme si elle s'autorise quelques effusions de violence dĂ©nuĂ©es de concession. 


    InterprĂ©tĂ© avec une spontanĂ©itĂ© communicative (notamment auprès de l'Ă©pouse du shĂ©rif que Kathleen Lloyd endosse avec une chaleureuse fringance) et solidement mis en scène sans avoir recours au gros budget, Enfer MĂ©canique n'a absolument rien perdu de son efficacitĂ© Ă  aligner sans rĂ©pit nombre de pĂ©ripĂ©ties spectaculaires et dĂ©rives meurtrières. L'Ă©pique partition orchestrale de Leonard Rosenman et l'apparence spectrale de la voiture s'y combinant parfaitement afin d'iconiser un serial-killer Ă©chappĂ© de l'enfer ! A revoir sans rĂ©serve. 

    *Bruno
    4èx (04.07.22). Vostfr

      mardi 1 juillet 2014

      RESERVOIR DOGS

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

      de Quentin Tarantino. 1992. U.S.A. 1h39. Avec Harvey Keitel, Tim Roth, Michael Madsen, Steve Buscemi, Chris Penn, Lawrence Tierney, Quentin Tarantino.

      Sortie salles France: 2 Septembre 1992. U.S: 21 Janvier 1992

      FILMOGRAPHIE: Quentin (Jérome)Tarantino est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 27 Mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee.
      1992: RĂ©servoir Dogs. 1994: Pulp Fiction. 1995: Groom Service (segment: The Man from Hollywood). 1997: Jacky Brown. 2003: Kill Bill 1. 2004: Kill Bill 2. 2007: Boulevard de la Mort. 2009: Inglorious Basterds. 2012: Django Unchained.


      En 1992, un petit film indĂ©pendant au succès commercial modeste va bousculer le paysage du polar noir et rouge et lui permettre de redorer son blason. AurĂ©olĂ© d'un bouche Ă  oreille Ă©logieux et de critiques enthousiastes, RĂ©servoir Dogs va imposer au fil des ans son statut de film culte et asseoir la rĂ©putation d'un cinĂ©phile enragĂ©, Quentin Tarantino. A la suite d'un braquage de bijouterie ayant mal tournĂ©, une poignĂ©e de gangsters se rĂ©fugient au point de rencontre d'un vieil entrepĂ´t. PersuadĂ© qu'ils ont Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©s par un membre des leurs, ils vont tenter de dĂ©masquer la taupe en attendant l'arrivĂ©e de leur boss. Polar sanguin habitĂ© par la paranoĂŻa, la suspicion et la traĂ®trise, Reservoir Dogs est un concentrĂ© de violence sardonique oĂą la suggestion prend souvent le pas sur l'ostentatoire. Car si le sang s'avère continuellement prĂ©sent Ă  l'Ă©cran, Quentin Tarantino ne nous en illustre que la rĂ©sultante, les consĂ©quences dramatiques d'un braquage ratĂ© auquel des malfrats en costard se sont malencontreusement frottĂ©s. 


      Observer en intermittence l'agonie d'un malfrat grièvement blessĂ© Ă  l'abdomen s'avère une expĂ©rience rigoureuse lorsqu'elle est traitĂ©e avec autant de verdeur dans son rĂ©alisme. Baignant dans la mare de son propre sang, la victime livide s'avère d'autant plus impuissante qu'elle risque de succomber Ă  tous moments Ă  ses blessures, quand bien mĂŞme ses collègues anxieux essaient de se disculper de leur culpabilitĂ© ! Et pour en rajouter dans le grotesque improvisĂ©, un maniaque au rasoir va notamment prendre son pied Ă  torturer l'oreille d'un flic otage sur un tube musical de Stealers Wheel ! Cette sĂ©quence anthologique s'avère d'autant plus percutante que Tarantino utilise habilement le hors champs, la camĂ©ra dĂ©viant subitement de quelques centimètres sur la gauche afin de se diriger sur l'inertie d'une façade ! Le fait inopinĂ© que le spectateur se retrouve inexplicablement confrontĂ© Ă  un dĂ©cor aussi trivial renforce l'impression de malaise, alors que les supplices de la victime se font Ă©cho sur une bande rock dĂ©contractĂ©e guinchĂ©e par le tueur ! EmaillĂ© de flash-back sporadiques afin de mieux connaĂ®tre les identitĂ©s des malfrats et afin de savoir comment ils ont pu approcher leur patron, Reservoir Dogs ne cesse de surprendre par son accumulation de revirements alĂ©atoires, Ă  l'instar de l'Ă©chappĂ©e des gangsters (en mode dĂ©chronologique !) après leur dĂ©faite du braquage. Outre la construction iconoclaste de l'intrigue et la virtuositĂ© de la camĂ©ra, le film tire notamment parti de la rĂ©partie des dialogues ciselĂ©s que Tarantino se dĂ©lecte souvent Ă  parodier ! Alternant l'humour noir et aussi la truculence comportementale de gangsters cools (vĂŞtus de costards et lunettes noires, ils sont fĂ©rus de pop-culture et de malbouffe !), le rĂ©alisateur s'Ă©panche par exemple sur leur goĂ»ts musicaux d'un tube de Madonna ou sur leur statut moral Ă  offrir ou refuser le pourboire d'une serveuse. 


      En privilĂ©giant l'Ă©tude psychologique d'antagonistes en remise en question, communĂ©ment confrontĂ©s Ă  leur instinct de perspicacitĂ© pour comprendre les aboutissants de leur dĂ©route, Quentin Tarantino brosse une galerie de gangsters hilarants tout en fignolant l'aspect rĂ©aliste de leur situation de crise vouĂ©e Ă  l'hĂ©catombe. Sardonique et jouissif, Reservoir Dogs baigne autant dans une violence insupportable (mais jamais outrĂ©e !) que dans une "cool attitude" gĂ©nĂ©rĂ©e par ses braqueurs faussement compĂ©tents !  

      Bruno Matéï
      3èx