Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com
de John Mc Tiernan. 1986. 1h31. U.S.A. Avec Pierce Brosnan, Lesley-Anne Down, Anna Maria Monticelli, Adam Ant, Mary Woronov, Héctor Mercado, Josie Cotton, Frank Doubleday, Jeannie Elias, Nina Foch...
Sortie salles France: 21 Mai 1986. U.S: 7 Mars 1986
FILMOGRAPHIE: John McTiernan est un réalisateur et producteur américain, né le 8 janvier 1951 à Albany à New-York. 1986: Nomads. 1987: Predator. 1988: Piège de Cristal. 1990: A la Poursuite d'Octobre Rouge. 1992: Medicine Man. 1993: Last Action Hero. 1995: Une Journée en Enfer. 1999: Le 13è Guerrier. 1999: Thomas Crown. 2002: Rollerball. 2003: Basic.
"La Tribu des mirages".
Boudé à sa sortie par la critique mais ovationné par le public du Rex de Paris lors de sa consécration au Grand Prix, Nomads fait partie de ces films maudits injustement vilipendés. C’est d’autant plus préjudiciable qu’il s’agissait de la toute première œuvre d’un cinéaste de 35 ans, aujourd’hui reconnu comme un maître du cinéma de genre. Un an à peine après ce flop commercial, John McTiernan faisait déjà exploser le box-office avec Predator, survival testostéroné devenu culte.
Le pitch : dans un hôpital, une praticienne tente de porter secours à un patient malmené par la police, fébrile, délirant. Alors qu’elle s’efforce de le calmer, l’homme fulmine à nouveau, lui murmure quelques mots imbitables… puis meurt. Habitée malgré elle par l’esprit de cet éminent anthropologue, Eileen Flax va découvrir les véritables raisons qui l’ont poussé au bord de la folie.
En matière d’originalité, Nomads peut sans rougir faire office d’œuvre atypique, porté par un concept de fantastique moderne arrimé à la légende. Celle d’une tribu Inuit, errant jadis sur les déserts de glace (et de sable !), voyageant à travers le monde. Prenant forme humaine, ces esprits maléfiques hanteraient les lieux maudits, apportant folie et malheur à quiconque les approche.

À partir de ce pitch aussi étrange qu’infiniment fascinant, John McTiernan orchestre une mise en scène habitée, invoquant un fantastique mature, ancré dans la suggestion et la fragilité émotionnelle de ses personnages. À travers l’intervention presque improvisée d’une doctoresse en transe, Nomads ne cesse de brouiller les frontières entre rêve et réalité, immergé dans la psyché torturée de Jean-Charles Pommier. En quête de vérité — folie ou lucidité ? — Eileen revit ses derniers jours : l’anthropologue épiait alors une bande de loubards violents, nomades autonomes, mutiques, vêtus de noir. Des noctambules en rupture, affranchis sans vergogne, perpétrant le mal avec une liberté glaciale.
De l’interaction troublante entre Eileen et Jean-Charles, psychologiquement liés dans leur obsession commune, naît un climat envoûtant, quasi chamanique. Ces loubards semblent doués d’un pouvoir singulier : extérioriser chez l’intrus ses propres visions, ses peurs, ses hallucinations… jusqu’à le faire basculer dans la folie.
"Synapse".
A la fois étrange, déroutant, indicible, Nomads joue la carte d’un fantastique éthéré, auréolé d’un mystère irrésolu — jusqu’à son twist cuisant, à la fois caustique et cauchemardesque. Renforcé par le jeu fébrile d’un Pierce Brosnan transi d’effroi, épaulé par la ravissante Lesley-Anne Down, tout aussi désorientée, le film garde intact son pouvoir de fascination. Il préserve jalousement son identité mystique, brouillant les lignes entre hallucination et réalité existentielle.
Perle rare scandée par le magnifique thème de Bill Conti, Nomads est un authentique film culte à réhabiliter d’urgence.
-- Le cinéphile du coeur noir.02.05.25. Vostf.. 5èx.
21.01.23.
ANECDOTES:
Nomads (1986) est le tout premier long-métrage de McTiernan.
Et c’est presque un accident : il n’a jamais refait un film aussi abstrait, halluciné et expérimental. Après ça, il enchaîne avec Predator puis Die Hard.
Autant dire qu'il passe du cauchemar urbain au blockbuster pur.
Une œuvre très personnelle.
Le film est inspiré par : les peurs modernes urbaines, le sentiment d’être observé, et une forme de déshumanisation des villes.
McTiernan voulait montrer : des “prédateurs invisibles” qui vivent parmi nous, Pas des monstres classiques, mais une menace diffuse, presque métaphysique.
Les Nomads est une idée floue volontaire.
Dans le film : on ne sait jamais vraiment ce que sont les nomades.
Humains ? esprits ? parasites ?
Ce flou est totalement volontaire.
McTiernan voulait éviter toute explication rationnelle pour créer :
une angoisse primitive, une sensation de contamination mentale.
Pierce Brosnan avant James Bond.
C’est l’un de ses premiers grands rôles au cinéma.
À l’époque : il n’est pas encore James Bond. il a une image plutôt télévisuelle.
Mais dans Nomads : il est fragile, paranoïaque, déjà condamné,
très loin du héros sûr de lui qu’il deviendra.
Los Angeles est filmé comme territoire hostile.
Le film transforme Los Angeles en : espace vide, hostile, presque post-apocalyptique.
La narration est éclatée et déroutante.
Le récit : passe par des flashbacks, adopte plusieurs points de vue,
mélange réel et hallucination.
Beaucoup de spectateurs à l’époque ont été perdus.
Résultat : échec commercial, incompréhension critique.
Un film oublié… puis redécouvert
À sa sortie : le flop est quasi total. Mais avec le temps : il devient culte, surtout chez les amateurs d’horreur atmosphérique.
Aujourd’hui, certains le voient comme : un proto-film A24 avant l’heure, un cousin lointain de It Follows ou The Empty Man.
Les Nomads sont inspirés de figures réelles. John McTiernan s’est inspiré : de bandes urbaines marginales, de punks, de squatteurs, de silhouettes qu’il observait à Los Angeles. Pas comme des délinquants… mais comme des présences dérangeantes, presque irréelles.
Il les voyait comme des gens “hors du monde”, déjà ailleurs.
Le film est pensé comme une contamination.
À l’origine, McTiernan voulait que :
le spectateur ressente une perte de repères progressive
comme si l’on “attrapait” quelque chose
D’où : la narration fragmentée, les transitions floues,
cette impression que le film te regarde autant que tu le regardes.
Le thème du regard est fondamental.
Un détail souvent oublié :
- Les Nomads observent constamment.
- à distance
- sans intervenir directement
- comme des prédateurs patients
McTiernan explore déjà une idée qu’il développera autrement dans Predator : être vu sans voir.