vendredi 22 janvier 2016

Cours, Lola, cours / Lola rennt

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site traileraddict.com

de Tom Tykwer. 1998. Allemagne. 1h21. Avec Franka Potente, Moritz Bleibtreu, Herbert Knaup, Nina Petri, Armin Rohde, Joachim KrĂłl

Sortie salles France: 7 avril 1999. U.S: 18 juin 1999. Allemagne: 20 Août 1998.

FILMOGRAPHIE: Tom Tykwerest un réalisateur, scénariste, producteur et compositeur allemand, né le 23 mai 1965 à Wuppertal. 1994 : Maria la maléfique. 1997 : Les Rêveurs. 1998 : Cours, Lola, cours. 2000 : La Princesse et le Guerrier. 2002 : Heaven. 2006 : Le Parfum. 2009: L'Enquête. 2010 : Drei. 2012 : Cloud Atlas: coréalisateur, scénariste, producteur et compositeur. 2015 : A Hologram for the King.


"Nous ne cesserons pas notre exploration, et au terme de notre quête nous arriverons là d'où nous étions partis et nous connaîtrons ce lieu pour la première fois. Après le match, c'est avant le match !"

Film culte au sens premier du terme, Cours, Lola, cours est une production allemande lancĂ©e Ă  l’adrĂ©naline d’une course dĂ©sespĂ©rĂ©e contre la montre. Alors que Manni devait remettre 100 000 marks Ă  un trafiquant, un clochard lui dĂ©robe la somme dans un compartiment ferroviaire. AppelĂ©e Ă  la rescousse, Lola tente d’obtenir la mĂŞme cagnotte auprès de son père banquier en vingt minutes, faute de quoi Manni serait liquidĂ©. Mais une cascade d’incidents imprĂ©visibles pousse Lola Ă  repenser sa situation avec une persistance farouche.

ScindĂ© en trois actes, le film offre Ă  l’hĂ©roĂŻne la possibilitĂ© de rejouer son destin maudit par diverses stratĂ©gies. Tom Tykwer dĂ©ploie une inventivitĂ© furieuse, transformant cette traque homĂ©rique en Ă©popĂ©e cadencĂ©e, comme une joggeuse Ă©chappĂ©e d’une bande dessinĂ©e. Sa stature effervescente, son cri perçant, sa tenue criarde, sa chevelure rouge - que Alias imitera plus tard - en font une figure explosive. DĂ©bridĂ© et jouissif, le film multiplie les trouvailles visuelles : sĂ©quences animĂ©es, flashforwards foudroyants qui bouleversent le destin de simples figurants. Cours, Lola, cours renouvelle sans cesse son Ă©nergie par un enchaĂ®nement de hasards et de personnages extravagants, inscrits dans une obstination fĂ©brile.

Éloge de la constance, de la foi en son Ă©toile, le rĂ©cit ouvre des pistes philosophiques et spirituelles (la rĂ©incarnation en filigrane), tout en creusant les failles intimes d’un couple en quĂŞte d’avenir. Romance passionnelle oĂą l’amour peut, peut-ĂŞtre, sauver deux destins marginaux, le film explore surtout les rĂ©percussions - heureuses ou fatales - de nos choix les plus anodins. Entre lyrisme, humour dĂ©calĂ© et tension oppressante, la course Ă©perdue se nourrit d’une musique techno mĂ©tronomique qui galvanise chaque pas, et qui n'a toujours pas pris une ride. 


Ovni clipesque en trois mouvements, Cours, Lola, cours dĂ©borde de fougue et d’insolence, ironisant sur l’absurditĂ© existentielle. Au-delĂ  de la virtuositĂ© formelle, l’Ĺ“uvre est transcendĂ©e par Franka Potente, rĂ©vĂ©lation viscĂ©rale : cri strident, fragilitĂ© brĂ»lante, Ă©nergie d’anti-hĂ©roĂŻne mue par l’amour et la rage de vaincre. Un mĂ©ga-trip fulgurant, Ă  dĂ©vorer sans modĂ©ration.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

22.01.16 (4èx)
26.08.01


Récompenses: Prix du film allemand 1999 : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur second rôle féminin pour Nina Petri, meilleur second rôle masculin pour Herbert Knaup, prix du public pour le film de l'année et pour Franka Potente en tant que meilleure actrice.


jeudi 21 janvier 2016

Prison

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Renny Harlin. 1987. U.S.A. 1h42. Avec Viggo Mortensen, Chelsea Field, Lane Smith, Lincoln Kilpatrick, Tom Everett, Tom Lister, Jr. , Kane Hodder.

Sortie salles France, uniquement à Avoriaz: Janvier 1988. U.S: 8 Décembre 1987

FILMOGRAPHIE: Renny Harlin (Renny Lauri Mauritz Harjola), est un réalisateur et producteur américain d'origine finlandaise, né le 15 mars 1959 à Riihimäki (Finlande).
1986 : Born American. 1987 : Prison. 1988 : Le Cauchemar de Freddy). 1990 : 58 Minutes pour vivre (Die Hard 2). 1990 : The Adventures of Ford Fairlane. 1993 : Cliffhanger. 1995 : L'Île aux pirates. 1996 : Au revoir à jamais. 1999 : Peur Bleue. 2001 : Driven. 2004 : Profession profiler. 2004 : L'Exorciste, au commencement. 2006 : Le Pacte du sang. 2008 : Cleaner. 2009 : 12 Rounds. 2011 : Etat de guerre. 2013 : Dyatlov Pass Incident. 2014 : La Légende d'Hercule. 2015 : Skiptrace.


Classique des annĂ©es 80, Prison est l'initiateur d'un concept original que d'autres rĂ©alisateurs s'empresseront d'exploiter (Ă  l'instar de Wes Craven pour Shocker, James Isaac avec House 3): celui des exactions revanchardes d'un dĂ©tenu d'outre-tombe, faute d'avoir Ă©tĂ© autrefois injustement condamnĂ© Ă  la chaise Ă©lectrique. En l'occurence, alors que des prisonniers sont transfĂ©rĂ©s dans une ancienne prison en tĂ©moignant des consignes totalitaires de leur directeur, d'Ă©tranges phĂ©nomènes meurtriers vont intenter Ă  leur dĂ©tention. Si bien que tapi derrière les cloisons des cellules, le fantĂ´me d'un ancien dĂ©tenu serait Ă  l'origine de ses massacres en règle. SĂ©rie B photogĂ©nique par sa facture formellement gothique exploitant efficacement un scĂ©nario linĂ©aire autour d'un huis-clos rubigineux, Prison gĂ©nère un plaisir ludique au rythme percutant de sĂ©quences chocs aussi inventives que spectaculaires. On peut d'ailleurs louablement saluer le travail artisanal des maquilleurs tant le rĂ©alisme imparti aux mises Ă  mort fascine encore aujourd'hui le spectateur Ă©branlĂ© par des visions de cauchemar inscrits dans la cruautĂ© corporelle (pour ne pas dire SM !). Servi d'une attachante distribution de seconds-couteaux issus du cinĂ© de genre, l'intrigue exploite quelques clichĂ©s du drame carcĂ©ral (la posture outrĂ©e du directeur abusif, les châtiments punitifs confĂ©rĂ©s Ă  ses prisonniers quand bien mĂŞme ces derniers finissent par nous traduire une certaine sympathie depuis leur fonction soumise) sans que le spectateur n'Ă©prouve toutefois le sentiment de dĂ©jĂ  vu. 


Une gageure engendrĂ©e par l'aura diffuse du climat oppressant en interne d'une prison dĂ©catie (en rappellant aussi que pour les besoins du tournage l'utilisation d'un authentique pĂ©nitencier laissĂ© Ă  l'abandon fut aimablement autorisĂ© pour tenir lieu de rĂ©alisme 4 mois durant !) et par l'attachante stature de certains marginaux comme le souligne le dĂ©tenu CrĂ©sus liĂ© Ă  un passĂ© hĂ©las galvaudĂ©. Principalement le porte parole de la troupe, Burke (que le nĂ©ophyte Viggo Mortensen endosse avec un charme preux), redoublant d'audace et bravoure Ă  tenter d'extirper de la mort quelques codĂ©tenus. SecondĂ© d'un antagoniste sournois avide de mĂ©galomanie, l'excellent Lane Smith se prĂŞte au cabotinage avec une rigoureuse autoritĂ© derrière son regard impassible quasi mĂ©tallique. Quant Ă  la prĂ©sence de l'entitĂ© spectrale, Renny Harlin cultive Ă  tous prix la suggestion par le biais d'une lumière azurĂ© aveuglante (Ă  l'instar de La Forteresse Noire !) tout en parvenant Ă  distiller un suspense anxiogène au fil de ses exactions macabres. Enfin, on peut aussi rappeler qu'au niveau des figurants, une dizaine de vĂ©ritables dĂ©tenus furent recrutĂ©s pour l'occasion cinĂ©matographique alors que certains gĂ©oliers en faction Ă©taient rĂ©ellement armĂ©s durant tout le tournage afin d'Ă©viter le moindre incident ! Qui plus est, un autre dĂ©tenu (jugĂ© pour meurtre Ă  la suite d'une bagarre dans un bar) tient d'ailleurs un vĂ©ritable rĂ´le narratif dans celui du mastard autoritaire proposant un compromis avec Bruke (Vigo Mortensen) Ă  la suite de son hĂ©roĂŻsme de dernier ressort.


Psycho-killer surnaturel façonnĂ© Ă  l'instar d'un train-fantĂ´me pĂ©nitentiaire dĂ©nuĂ© de surenchère (en dĂ©pit du final explosif efficacement gĂ©rĂ©), Prison cultive une irrĂ©pressible fascination pour son climat feutrĂ© de claustration et sa variante de sĂ©quences-chocs aussi sanguines qu'homĂ©riques. Nanti d'un rythme sans faille culminant vers une ultime demi-heure haletante, Prison transfigure la sĂ©rie B Ă  l'ancienne parmi l'originalitĂ© de son concept horrifique, et ce, en dĂ©pit d'une structure narrative convenue. Un rĂ©gal d'efficacitĂ© au demeurant pour un amour de sĂ©rie B rĂ©tro. 

*Bruno
5èx. 28.02.24. Vostfr

mardi 19 janvier 2016

TRULY MADLY DEEPLY. Prix de la Critique, Avoriaz 92.

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Anthony Minghella. 1991. Angleterre. 1h47. Avec Juliet Stevenson, Alan Rickman, Bill Paterson, Michael Maloney, Jenny Howe, Carolyn Choa, Christopher Rozycki.

Sortie salles France: 8 Avril 1992

FILMOGRAPHIEAnthony Minghella est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur britannique, nĂ© le 6 janvier 1954 sur l’Ă®le de Wight, dĂ©cĂ©dĂ© le 18 mars 2008.
1991: Truly, Madly, Deeply. 1993 : Mr. Wonderful. 1996 : Le Patient anglais. 1999 : Le Talentueux M. Ripley. 2003 : Retour Ă  Cold Mountain. 2005 : Par effraction.


CĂ©lĂ©brĂ© Ă  Avoriaz par 2 rĂ©compenses (Prix de la Critique, Prix d'InterprĂ©tation FĂ©minine), Truly, Madly, Deeply aura marquĂ© une gĂ©nĂ©ration de spectateurs et vidĂ©ophiles en prime de son succès critique. ComĂ©die romantique impartie Ă  une ghost story naturaliste, cette première oeuvre d'un rĂ©alisateur nĂ©ophyte distille un humanisme prude pour l'idylle amoureuse compromise entre une veuve et son mari dĂ©funt. Depuis la mort subite de son Ă©poux, Nina ne parvient pas Ă  faire le deuil dans son inconsolable chagrin. Mais un soir, son amant rĂ©apparaĂ®t sous les traits d'un revenant afin d'apaiser sa souffrance morale. Au fil des jours, et depuis l'arrivĂ©e d'autres compagnons fantĂ´mes, une lassitude s'interpose entre eux.


Film d'auteur inscrit dans la pureté des sentiments, Truly, Madly, Deeply emprunte le conte moderne pour aborder le thème de la perte de l'être cher du point de vue d'une tragédie inéquitable. Sobrement réalisé parmi le parti-pris de ne jamais se soustraire au pathos, l'intrigue se focalise sur les rapports intimistes du couple en étreinte parmi l'intrusion cocasse de fantômes amicaux venus s'installer dans leur appartement afin de flâner devant la TV à dévorer des classiques en VHS. De par ses moments intenses de tendresse et ses situations pittoresques conçues sur la fantaisie de spectres impertinents émane un climat fantasmagorique inscrit dans un réalisme prégnant. A l'instar de la luminosité de sa photographie limpide et surtout du jeu spontané des comédiens exprimant leur tendresse commune avec une sensibilité tantôt bouleversante. Outre la présence à contre-emploi du regretté Alan Rickman en fantôme flegmatique délibéré à soutenir sa bien aimée pour l'inciter à renouer avec le bonheur, le film est transcendé par la prestance viscérale de Juliet Stevenson exprimant de manière éperdue des sentiments de fragilité, de crainte mais aussi de persévérance à s'efforcer de transgresser son insurmontable fardeau.


Hymne Ă  la vie dans sa facultĂ© Ă  refonder un bonheur perdu, rĂ©flexion spirituelle sur l'au-delĂ , tĂ©moignage Ă©mouvant et plein de poĂ©sie sur le souvenir et la condition altruiste de nos dĂ©funts, Truly, Madly, Deeply dĂ©livre un message plein d'optimisme quant Ă  la reconstruction sociale de l'hĂ©roĂŻne convaincue que l'amour reste inaltĂ©rable avec l'appui d'un ange philanthrope inscrit dans la tolĂ©rance. Une oeuvre fastueuse particulièrement subtile dans son refus de fioriture, Ă  redĂ©couvrir avec beaucoup d'Ă©motion sachant qu'Alan Rickman s'est aujourd'hui vĂ©ritablement fondu dans la peau de son personnage mystique ! 

DĂ©dicace Ă  Nadine Izquierdo

Récompenses: Prix de la Critique, Prix d'Interprétation Féminine (Juliet Stevenson) à Avoriaz, 1992




lundi 18 janvier 2016

DHEEPAN

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Jacques Audiard. 2015. France. 1h58. Avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga, Tarik Lamli

Sortie salles France: 26 Août 2015

FILMOGRAPHIE: Jacques Audiard est un réalisateur, scénariste et monteur français, né le 30 Avril 1952 à Paris. 1994: Regarde les Hommes tomber. 1996: Un héros très discret. 2001: Sur mes lèvres. 2005: De battre mon coeur s'est arrêté. 2009: Un Prophète. 2012: De Rouille et d'Os. 2015: Dheepan.


Auréolé de la Palme d'Or en 2015, le nouveau film évènement de Jacques Audiard aborde le choc culturel et la violence urbaine sous le témoignage d'un trio de migrants issus du Sri Lanka. Fuyant la guerre civile de leur pays, Dheepan parvient à rejoindre la France avec l'appui d'une fille et d'une jeune femme dont il ignore leur identité (stratagème planifié à l'aide de faux papiers afin de franchir la douane). Logés à l'enseigne d'un quartier défavorisé où la violence urbaine est quotidienne, ils vont tenter de survivre pour s'y faire une place. Fort d'une mise en scène extrêmement appliquée et d'une habile construction narrative suggérant l'approche d'un danger, Dheepan parvient à nous immerger dans le désarroi de cette famille indienne au sein de leur intimité. Débarqués à l'improviste dans cette nouvelle terre d'accueil que symbolise la France, nos trois migrants vont tenter de s'adapter à leur situation précaire depuis les trafics de drogue perpétrés sous leur nez par des délinquants sans vergogne.


Pourvu d'un rĂ©alisme scrupuleux, que ce soit pour les sĂ©quences d'action percutantes prises sur le vif que de la caractĂ©risation humaine des comĂ©diens mĂ©connus (le couple Antonythasan Jesuthasan / Kalieaswari Srinivasan entremĂŞle pudeur et colère avec une intensitĂ© viscĂ©rale), Dheepan nous fait donc partager leur quotidiennetĂ© sous l'amertume contrariĂ©e d'un avenir aussi incertain. Sans effet de misĂ©rabilisme et de sinistrose, Jacques Audiard parvient Ă  magnifier leur portrait moral avec souci de vĂ©ritĂ© d'ausculter leurs sentiments internes fondĂ©s sur le dĂ©pit, l'angoisse et la rĂ©volte. Dressant un tableau terrifiant sur la violence urbaine des ghettos dĂ©favorisĂ©s au sein de l'hexagone, l'intrigue Ă©tablit un parallèle sur la situation autrefois vĂ©cue par le peuple Tamoul depuis leur traumatisme de la guerre. Constat amère d'une France gangrenĂ©e par le chĂ´mage et la violence, Jacques Audiard dĂ©nonce le laxisme de nos politiques Ă  faire fi des quartiers dĂ©favorisĂ©s transformĂ©s ici en zone de non-droit. RĂ©cit initiatique pour une dĂ©licate insertion sociale et les rapports amicaux en ascension du couple de migrants, Dheepan nous alerte sur les consĂ©quences de la violence urbaine lorsqu'un ancien belligĂ©rant se retrouve confrontĂ© Ă  reprendre les armes afin de prĂ©munir son foyer.


Mis en scène avec une virtuositĂ© sans fard et superbement incarnĂ© par des comĂ©diens d'une bouleversante humilitĂ©, Dheepan aborde l'apprentissage de l'amour, le machisme, l'Ă©mancipation fĂ©minine et la rĂ©bellion sous l'impulsion dĂ©soeuvrĂ©e d'une guerre urbaine juvĂ©nile. Un grand film plein de dignitĂ© pour la condition humaine des migrants autant qu'un cri d'alarme sur la situation inquiĂ©tante d'une France gangrenĂ©e par la violence des citĂ©s. 

B.M. 

vendredi 15 janvier 2016

Hostel

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

d'Eli Roth. 2006. U.S.A. 1h33. Jay Hernández, Derek Richardson, Eythor Gudjonsson, Barbara Nedeljakova, Jana Kaderabkova, Jan Vlasák, Jennifer Lim.

Sortie salles France: 1er Mars 2006 (mention: Interdit aux moins de 16 ans avec avertissement : "De nombreuses images, d'une grande violence, peuvent impressionner les spectateurs".
Sortie U.S: 6 Janvier 2006.

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno. 2015: Knock Knock.

Deux ans après le phĂ©nomène Saw, le dĂ©butant Eli Roth exploite Ă  son tour le filon du Torture Porn, remis au goĂ»t du jour pour un public ado en quĂŞte de sensations hardcores. Devenu, comme son homologue, un petit film culte auprès de la gĂ©nĂ©ration 2000, Hostel s’inscrit dans la lignĂ©e du cinĂ©ma d’exploitation, celui qui sĂ©vissait autrefois sur les Ă©crans crasseux des grindhouses, en particulier durant l’âge d’or des Seventies. Ă€ travers le thème du trafic d’humains orchestrĂ© dans les pays les plus dĂ©favorisĂ©s, Eli Roth s’Ă©panche sur les bas instincts de rupins Ă©trangers rĂ©unis en Slovaquie pour combler leur appĂ©tence morbide. 

Le Pitch: Trois jeunes Ă©tudiants amĂ©ricains font escale Ă  Prague, attirĂ©s par l’adresse confidentielle d’un bordel clandestin. Après avoir fraternisĂ© avec des call-girls Ă  l’auberge, deux d’entre eux disparaissent mystĂ©rieusement. Paxton, le survivant, part Ă  leur recherche...

SĂ©rie B horrifique baignĂ©e dans une violence graphique parfois Ă©prouvante, Hostel ne fait pas dans la dentelle pour dĂ©peindre, avec un rĂ©alisme rugueux, les supplices infligĂ©s Ă  des victimes capturĂ©es pour le bon plaisir de bourreaux pathologiques. Et on ne va pas s'en plaindre, du moins chez les initiĂ©s. 

Si la première partie, convenue, n’Ă©chappe pas aux figures imposĂ©es du teen movie, l’efficacitĂ© de la mise en scène et le soin accordĂ© Ă  la caractĂ©risation des personnages (qu’il s’agisse de nos fĂŞtards juvĂ©niles ou des nymphettes aguicheuses) nous permettent de nous attacher Ă  leur virĂ©e hĂ©doniste entre sexe, suspicion et dĂ©fonce. Outre l’Ă©rotisme stylisĂ© des Ă©treintes torrides, Roth instille par touches insidieuses un climat d’angoisse, une tension rampante au fil des disparitions. L’anxiĂ©tĂ© grimpe d’un cran lorsque Paxton, seul rescapĂ©, commence Ă  percer les rouages de cette machination tĂ©nĂ©breuse, oĂą les catins s’avèrent compromises dans un trafic aussi abject qu’organisĂ©.

Par le prisme haletant du survival, la seconde partie bascule dans l’horreur pure lorsque Paxton se retrouve piĂ©gĂ© dans une usine dĂ©saffectĂ©e, reconvertie en chambre des supplices. Roth fignole le cadre insalubre de cet antre rubigineux avec un certain stylisme — notamment les tenues fĂ©tichistes des tortionnaires, au charisme inquiĂ©tant. Hostel nous entraĂ®ne droit en enfer : chaĂ®nes, scies, pinces, scalpels, tout y est. La brutalitĂ© crue de certaines sĂ©quences (dont une fameuse Ă©nuclĂ©ation) plonge le spectateur dans le dĂ©goĂ»t, le malaise, une sensation d’inconfort physique. La victime, entravĂ©e, pantelante, nausĂ©euse, est contrainte d’endurer des sĂ©vices corporels sous l’Ĺ“il concupiscent de bourreaux satisfaits. Le huis clos nous enferme, nous aussi, dans un univers olfactif suintant la rouille, le sang, le vomi, la sueur.

Pour culminer la tension, la dernière partie, centrĂ©e sur la condition esseulĂ©e de deux rescapĂ©s, embraye vers une traque homĂ©rique, avec l’appui d’enfants dĂ©linquants livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes. Roth en profite pour pointer du doigt la sauvagerie de cette marginalitĂ© infantile, tout en dĂ©nonçant la corruption policière et la prostitution mĂŞlĂ©es Ă  ce trafic d’ĂŞtres humains, nĂ©es de la dĂ©crĂ©pitude d’un monde laissĂ© Ă  l’abandon.


"Slovaquie Rouge Sang".
Efficace et tendu, Ă©prouvant et parfois choquant par la cruditĂ© de ses effets gores, Hostel illustre Ă  sa manière l’essence du divertissement horrifique : une sĂ©rie B d’exploitation nourrie Ă  la transgression. Il en Ă©mane un bon moment de frousse Ă  la fascination malsaine, dĂ©rangeante, oĂą la bourgeoisie pervertie piĂ©tine toute morale pour assouvir ses fantasmes les plus dĂ©viants.

*Bruno

jeudi 14 janvier 2016

La Place Sanglante / Blood Beach (Uncut Version)

     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jeffrey Bloom. 1980. U.S.A. 1h31. Avec David huffman, Marianna Hill, Burt Young, John Saxon, Darrell Fetty.

Sortie salles France: 29 Juillet 1981

FILMOGRAPHIE: Jeffrey Bloom est un scénariste, réalisateur et producteur américain, né le 4 Avril 1945. 1975: Dogpound Shuffle. 1977: The Stick Up. 1980: La plage sanglante. 1984 Jalousies (télé-film). 1985: L'étoile inconnue (TV). 1986: Le droit au meurtre (TV). 1987: Juarez (TV). 1987: Flowers in the Attic

 
"La Plage Ă©tait presque tranquille…"
SĂ©rie B horrifique symptomatique des annĂ©es 80, surfant sur la vague du "monstre aquatique" initiĂ©e par Les Dents de la Mer, La Plage Sanglante fait figure d’ersatz amusĂ©, avec sa rĂ©alisation apathique et ses personnages gogos, dĂ©nuĂ©s de toute psychologie. Les comĂ©diens s’efforcent tant bien que mal d’exprimer leur effroi ou leur dĂ©sarroi face Ă  la menace indicible avec une naĂŻvetĂ© bon enfant, irrĂ©sistiblement candide.

Le pitch : dans une station balnĂ©aire californienne, de jeunes vacanciers disparaissent mystĂ©rieusement, sans laisser de traces. Le spectateur, lui, assiste, hilare et incrĂ©dule, Ă  leur ensevelissement progressif par une menace invisible, tapie sous le sable. DĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux, la police — Ă©paulĂ©e par le chef de la brigade portuaire — enquĂŞte sans parvenir Ă  Ă©lucider cette vague morbide. Tandis que les morts s’accumulent en sourdine et que les fouilles piĂ©tinent, le spectateur, complice, contemple ce suspense de pacotille au second degrĂ©.

Produit d’exploitation un brin fallacieux — car aguicheur dès le premier regard, avec la fulgurance formelle de son affiche — La Plage Sanglante se dĂ©guste pourtant comme un plaisir bonnard, Ă  mesure qu'une intrigue atone, incapable de progresser, se voit rehaussĂ©e par un casting Ă©tonnamment attachant (mention spĂ©ciale au garde-cĂ´te, qui roucoule avec sa compagne 1h30 durant tout en tentant, mollement, d’Ă©claircir l’enquĂŞte).

La narration se rĂ©sume aux investigations policières rĂ©barbatives et Ă  l’Ă©veil romanesque du couple d’amants susnommĂ©, tandis que les victimes, l’une après l’autre, sont happĂ©es par le sable. Si l’idĂ©e horrifique s’avère originale et titille d’abord une certaine curiositĂ© — quant Ă  sa mise en scène spectaculaire ou Ă  l’identitĂ© du meurtrier et son mobile Ă©ventuel —, la manière puĂ©rile dont Jeffrey Bloom Ă©tire jusqu’Ă  l’absurde ces situations anxiogènes fait rapidement chavirer le navire vers une gaudriole gentiment bis, fort sympatoche pour qui raffole de cette belle Ă©poque aujourd’hui rĂ©volue.

Et pour accentuer la dĂ©tente, on peut Ă©galement compter sur nos vĂ©nĂ©rables seconds rĂ´les : John Saxon et Burt Young, qui s’opposent gentiment avec bonhomie, contraints par des dialogues involontairement comiques Ă  frĂ´ler la caricature pittoresque. Incapable d’insuffler un rĂ©el suspense Ă  travers une intrigue Ă  bout de souffle, La Plage Sanglante demeure pourtant miraculeusement plaisant, pour qui chĂ©rit le cinĂ© bis « pour rire », jusqu’Ă  son dĂ©nouement grotesque oĂą l’apparition protĂ©iforme du monstre nous replonge dans une stupeur mi-amusĂ©e, mi-interloquĂ©e.

Cerise sur le gâteau : une partition mĂ©tronomique, au score ombrageux, limite auto-parodique, qui daigne provoquer une angoisse sous-jacente lorsque la prĂ©sence hostile s’apprĂŞte Ă  alpaguer sa nouvelle proie.


"L’Étrange Silence des Dunes Cannibales".
Entre situations involontairement cocasses (grâce notamment Ă  la prĂ©sence bourrue de Burt Young, en flic gĂ©nialement gouailleur) et quelques effets sanglants vaguement glauques (dans cette version uncut, inĂ©dite en France), La Plage Sanglante parvient Ă  façonner une intrigue scolaire, plaisamment ubuesque. En mode bisseux, le divertissement modeste sĂ©duit l’afficionado du genre, par le charme dĂ©suet de ses interprètes et son atmosphère horrifique — photo sĂ©pia/ocre Ă  l’appui — dĂ©licieusement datĂ©e, et donc prĂ©cieuse.

*Bruno
05.10.20.
03.06.25. 5èx. vf

mercredi 13 janvier 2016

Electric Dreams. Prix du Public, Antenne d'Or A2, Avoriaz 85.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

de Steve Baron. 1984. U.S.A/Angleterre. 1h32. Avec Lenny Von Dohlen, Virginia Madsen, Bud Cort, Maxwell Caulfield, Wendy Miller, Don Fellows, Alan Polonski.

Sortie salles France: 17 Avril 1985

FILMOGRAPHIE: Steve Barron est un réalisateur et producteur irlandais, né le 4 mai 1956 (59 ans) à Dublin (Irlande). 1984 : Electric Dreams. 1990 : Les Tortues ninja. 1992: ZZ Top : Greatest Hits (vidéo). 1993: Bowie : The Video Collection (vidéo). 1993 : Coneheads. 1996 : Pinocchio. 1998 : Merlin (TV). 2000 : Les Mille et Une Nuits (Arabian Nights) (TV). 2000 : L'Étrange histoire d'Hubert (Rat). 2001 : Mike Bassett: England Manager. 2003 : DreamKeeper (feuilleton TV). 2006 : Chocking Man. 2011 : Apocalypse 2.0 (Delete) (TV). 2012 : L'Île au trésor (Treasure Island) (TV).


Électricité sentimentale.
Film culte de la gĂ©nĂ©ration 80, Electric Dreams emprunte les codes de la comĂ©die romantique sous couvert d’un argument d’anticipation dĂ©bridĂ© : un ordinateur domestique, soudain douĂ© de vie et de sentiments après avoir Ă©tĂ© accidentellement irriguĂ© de champagne. Ce pitch d’une naĂŻvetĂ© fantaisiste, pour ne pas dire absurde, est transcendĂ© par le perfectionnisme d’un surdouĂ© du clip, Steve Barron. Sa mise en scène hyper inventive insuffle une fraĂ®cheur galvanisante Ă  la relation insolite d’un triangle amoureux au cĹ“ur de pĂ©ripĂ©ties dĂ©licieusement pittoresques.
Car au moment d’installer son Ă©quipement informatique, Miles Harding tombe sous le charme de sa voisine de palier, Madeline, violoncelliste de renom. FascinĂ© par ses mĂ©lodies qu’il Ă©coute Ă  travers les murs, l’ordinateur, lui aussi, s’initie Ă  la musique. Et bientĂ´t, Ă  l’amour. RĂ©gissant tous les appareils domestiques, il s’immisce dans leur intimitĂ© avec une jalousie de plus en plus vorace.

 
Nanti d’une bande-son envoĂ»tante signĂ©e Giorgio Moroder, portĂ©e par les tubes effervescents de Culture Club, P.P. Arnold, Jeff Lynne, Helen Terry et Heaven 17, Electric Dreams distille une euphorie romantique au rythme enivrant. Steve Barron y combine, avec inspiration et malice, des sĂ©quences de mini-clips pop pour raconter l’Ă©veil sentimental d’un ordinateur en quĂŞte d’amitiĂ©, de tendresse et de chaleur humaine.
Conte de fĂ©e moderne gorgĂ© de bons sentiments, le film renouvelle avec panache les archĂ©types du genre grâce Ă  cette machine avide d’Ă©moi charnel, espiègle et roublarde, qui rivalise de malice pour s’imposer face Ă  son rival.
Mais au-delĂ  de l’absurditĂ© de ce postulat oĂą l’amour chavire tous les cĹ“urs, le film s’illumine surtout par la complicitĂ© naissante entre ses amants. Dans le rĂ´le du candide architecte, Lenny Von Dohlen — sosie troublant de Thierry Lhermitte — distille une bonhomie attendrissante Ă  travers ses maladresses. Face Ă  lui, Virginia Madsen incarne une muse solaire, sensuelle et vive, dont l’innocence charme autant qu’elle dĂ©sarme.

   
Le cœur a ses bugs.
Electric Dreams est un conte de fĂ©e Ă©lectronique, alimentĂ© par la flamme de l’Ă©moi amoureux, et habitĂ© d’une fraĂ®cheur intacte, portĂ©e par une BO aussi galante que pĂ©tulante.
En dĂ©pit de son cachet dĂ©suet — surtout pour l’allure acadĂ©mique de son ordinateur anthropomorphe — cette sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e parvient Ă  faire jaillir une Ă©motion inattendue, poignante, pour la destinĂ©e tragique d’Edgar, machine Ă©prise d’amour interdit.
Techniquement inventif, notamment dans l’ultra-dynamisme de son montage hĂ©ritĂ© du clip, le film se rĂ©vèle ĂŞtre un bijou de charme et de tendresse.
Une fantaisie lumineuse, empreinte d’humour et de poĂ©sie candide… Ă  se demander, une fois de plus, si les ordinateurs rĂŞvent, eux aussi, de moutons Ă©lectriques.


* Bruno
12.06.23. 5èx. Vostfr

Récompenses: Prix du Public, Antenne d'Or A2 au Festival du film fantastique d'Avoriaz, 1985.

mardi 12 janvier 2016

FRISSONS D'OUTRE-TOMBE

                                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Arte.tv

"From beyond the grave" de Kevin Connor. 1973. 1h37. Angleterre. Avec Ian Bannen, Ian Carmichael, Peter Cushing, Ian Ogilvy, Angela Pleasance, Diana Dors, Donald Pleasence, Nyree Dawn Porter, David Warner.

Sortie salles France: Mars 1974. Angleterre: 23 février 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Kevin Connor est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né en 1937 à Londres (Royaume-Uni). 1973: Frissons d'outre-tombe. 1975: Le 6è Continent. 1976: Trial by combat. 1976: Centre Terre, septième continent. 1977: Le Continent Oublié. 1978: Les 7 cités d'Atlantis. 1979: Le Trésor de la Montagne Sacrée. 1980: Nuits de Cauchemar. 1982: La Maison des Spectres.


En plein essor du film Ă  sketchs inaugurĂ© par la cĂ©lèbre firme Amicus depuis le Train des Epouvantes, Frissons d'outre-tombe renoue avec la qualitĂ© d'Histoires d'Outre-tombe rĂ©alisĂ© 2 ans au prĂ©alable. Kevin Konnor, habile faiseur de sĂ©ries B Ă  qui l'on doit le bijou d'humour macabre, Nuits de Cauchemar, ainsi qu'une plĂ©thore de fantaisies mythologiques (Le 6è Continent, Centre Terre, septième continent, Le Continent OubliĂ©, Les 7 citĂ©s d'Atlantis, Le TrĂ©sor de la Montagne SacrĂ©e), nous concocte avec soin quatre sketchs relativement surprenants ou tout du moins ludiques dans son lot de circonstances dĂ©bridĂ©es auquel des protagonistes chapardeurs vont s'y retrouver mĂŞlĂ©s. Un miroir, une mĂ©daille, une tabatière et une porte vont servir d'Ă©lĂ©ments perturbateurs avec l'au-delĂ  depuis que des clients se sont empressĂ©s de les nĂ©gocier auprès d'un vieil antiquaire (Peter Cushing se prĂŞtant au jeu du vendeur sĂ©nile avec une ironie insidieuse). Servi par une plĂ©iade d'acteurs notoires et de seconds couteaux bien connus des amateurs du genre (Donald Pleasance, David Warner, Ian Carmichael, Peter Cushing, Ian Ogilvy, Angela Pleasance, Diana Dors, Nyree Dawn Porter), Frissons d'outre-tombe tire parti de son capital sympathie grâce Ă  la modeste Ă©laboration de sa rĂ©alisation oĂą rien n'a Ă©tĂ© laissĂ©e au hasard.


Que ce soit au niveau de l'efficacitĂ© des intrigues aussi amusantes qu'intrigantes dans leur invention machiavĂ©lique, de la caractĂ©risation mesquine des personnages n'hĂ©sitant pas Ă  frauder la mise de l'objet convoitĂ©, que de l'ambiance tout Ă  fait envoĂ»tante que Kevin Konnor fignole parfois par le biais d'Ă©clairages saturĂ©s (la dernière anthologie renouant avec l'aspect gothique d'un Bava). Outre les composantes traditionnelles du film Ă  sketchs (dĂ©rision, Ă©pouvante et suspense), la chute sardonique reste Ă  nouveau tributaire d'ultime estocade pour la victime sĂ©vèrement châtiĂ©e, quand bien mĂŞme l'une d'elle bĂ©nĂ©ficiera d'une faveur d'indulgence. Grâce Ă  la volontĂ© intègre de son auteur Ă  tenter d'Ă©muler son homologue notoire (Histoire d'outre-tombe), Frissons d'outre-tombe attise un pouvoir de sĂ©duction Ă©manant d'une ambiance mortuaire dĂ©licieusement archaĂŻque. Principalement le premier et le dernier sketch oĂą des revenants tentent de s'extraire d'outre-tombe par le biais d'un miroir ou d'une porte en tourmentant l'esprit de leurs propriĂ©taires. L'humour noir ne cessant de ricocher au fil du comportement versatile des ces derniers attirĂ©s dans un univers fantasmagorique sensiblement dĂ©moniaque. Prenant pour thème le vaudou par le biais d'une mĂ©daille militaire, le second segment ne manque pas non plus de fantaisies et de rebondissements quant Ă  la destinĂ©e infortunĂ©e du mari prĂ©alablement molestĂ© par une Ă©pouse abusive. Si le troisième sketch (la tabatière) manque un peu de densitĂ© et de surprises par son cheminement prĂ©visible, l'humour cocasse acheminĂ© autour d'un exorcisme et de l'entitĂ© indicible permet de transcender ses carences avec un soupçon de mĂ©chancetĂ© sarcastique (sa chute espiègle).


Nanti de sketchs (futilement) inĂ©gaux mais toujours amusants, insolents et irrĂ©sistiblement ensorcelants (j'insiste sur l'ambiance spectrale qui irrigue de son empreinte chaque rĂ©cit !), Frissons d'Outre-tombe honore le genre d'Ă©pouvante sans esprit de prĂ©tention et avec l'aimable autoritĂ© de comĂ©diens en posture indĂ©licate (mention spĂ©ciale au sourire livide de l'Ă©tonnamment trouble Angela Pleasance dans le 3è segment). Un petit fleuron d'Ă©pouvante archaĂŻque Ă  redĂ©couvrir car d'une fraĂ®cheur insoupçonnĂ©e !  

B.M.
2èx

vendredi 8 janvier 2016

THE BEAST (Le Traitement)

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Franceinter.fr

"De Behandeling" de Hans Herbots. 2014. Belgique. 2h07. Avec Geert Van Rampelberg, Ina Geerts, Johan Van Assche, Laura Verlinden, Roel Swanenberg

Sortie salles France: 30 Décembre 2015. Belgique: 29 Janvier 2014

FILMOGRAPHIE: Hans Herbots est un réalisateur et scénariste néerlandais, né le 13 Mai 1970 à Antwerp. 2001: Vallen. 2004: 10 jaar leuven kort. 2005 Verlengd weekend. 2006: Tempête en haute mer. 2010: Bo. 2014: The Beast



D'après le roman The Treatment de Mo Hayder, The Beast relate l'enquĂŞte ardue d'un inspecteur de police dĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrouver un assassin pĂ©dophile au coeur d'une bourgade rurale de la Belgique. DĂ©jĂ  traumatisĂ© par la disparition de son frère alors qu'il Ă©tait âgĂ© de 8 ans, Nick Cafmeyer poursuit cette investigation avec acharnement dans sa soif de justice et le dĂ©sir inespĂ©rĂ© de retrouver le kidnappeur de son frangin. VĂ©ritable descente aux enfers dans les trĂ©fonds de la bassesse humaine, The Beast constitue un Ă©lectrochoc Ă©motionnel, de par son rĂ©alisme glauque Ă  la limite du soutenable et la caractĂ©risation insalubre de marginaux particulièrement cyniques.


Prenant pour thème la pĂ©dophilie dans sa figuration la plus licencieuse, Hans Herbots n'y va pas avec le dos de la cuillère pour nous plonger dans un univers mortifère aussi asphyxiant que dĂ©primant. Alternant l'enquĂŞte policière Ă©maillĂ©e d'indices au compte goutte puis la quĂŞte pour la survie d'une famille en instance de claustration, The Beast Ă©prouve et dĂ©range de manière hypnotique. De par sa structure narrative vĂ©nĂ©neuse, ses l'Ă©clairages blafards d'une photo opaque, la maĂ®trise personnelle de sa mise en scène et l'interprĂ©tation nĂ©vralgique de Geert Van Rampelberg, littĂ©ralement habitĂ© par ses pulsions de haine et de rĂ©volte. Le spectateur se retrouvant, comme le hĂ©ros, immerger dans un dĂ©dale cafardeux depuis sa frĂ©quentation avec des suspects Ă©quivoques et ses effractions commises dans des bâtiments dĂ©crĂ©pits. En dĂ©pit d'une intrigue parfois confuse oĂą certains Ă©vènements majeurs s'enchaĂ®nent (Ă  mon sens) un peu trop rapidement, le suspense exponentiel qui irrigue les pores du scĂ©nario nous agrippe la gorge, quand bien mĂŞme le hĂ©ros est Ă  deux doigts de dĂ©masquer l'identitĂ© meurtrière. La dernière partie, crapuleuse et effleurant parfois la complaisance putanesque, s'avĂ©rant d'une intensitĂ© terriblement dĂ©rangeante pour la fonction dĂ©munie des victimes et la posture erratique d'un(e) criminel(le) au mobile bien spĂ©cifique. Une manière couillue d'invoquer une certaine singularitĂ© Ă  ces exactions oĂą la pĂ©dophilie est une fois de plus compromise au rĂ©seau.


VĂ©ritable chemin de croix Ă  perdre haleine que le hĂ©ros parcourt avec une rage dĂ©sespĂ©rĂ©e, The Beast transcende le thriller poisseux avec vigueur et âpre rĂ©alisme dans son souci scrupuleux de cristalliser une atmosphère anxiogène Ă©pouvantablement immersive. Par sa puissance de suggestion Ă©pargnant l'intolĂ©rable, le rĂ©alisateur parvient toutefois Ă  provoquer un malaise nausĂ©eux par l'appui de bouts de photographie et d'images VHS, tandis que son point d'orgue traumatique fait preuve de violence graphique dans les corps Ă  corps de survie. Pour parachever, on peut Ă©galement prĂ´ner la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens mĂ©connus (du moins dans l'hexagone) Ă©ludant toute forme de misĂ©rabilisme ou de pathos, particulièrement le jeu viscĂ©ralement tempĂ©tueux de Geert Van Rampelberg. A rĂ©server nĂ©anmoins Ă  un public averti en raison de la facture douloureuse de son thème scabreux et la verdeur de son climat malsain en roue libre oĂą nos nerfs sont Ă  deux doigts de chavirer !

Dédicace à Jen Winter
B.M.



jeudi 7 janvier 2016

Jeepers Creepers

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb

de Victor Salva. 2001. U.S.A. 1h30. Avec Gina Philips, Justin Long, Patricia Belcher, Eileen Brennan, Brandon Smith, Jeffrey William Evans.

Sortie salles France: 3 juillet 2002. U.S: 31 Août 2001

FILMOGRAPHIE: Victor Salva est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 29 Mars 1958 à Martinez. 1989: Clownhouse. 1995: Powder. 1999: Rites of Passage. 2001: Jeepers Creepers. 2003: Jeepers Creepers 2. 2006: Peaceful Warrior. 2012: Rosewood Lane.

Prototype de la sĂ©rie B horrifique du samedi soir, Jeepers Creepers s’impose comme un pur hommage aux Boogeymen des annĂ©es 80. Un hymne au cinĂ© d’antan : celui des bandes rĂ©crĂ©atives, jouissives, conçues pour divertir et faire frissonner avec un amour viscĂ©ral du genre - et non comme un vulgaire Ă©pigone opportuniste surfant sur l’exploitation redoutĂ©e.

Le pitch.
En villĂ©giature, un frère et une sĹ“ur empruntent la nationale pour rejoindre leurs parents Ă  bord d’une Plymouth. Sur la route, ils sont pris en chasse par un mystĂ©rieux camionneur au comportement erratique. Après avoir rĂ©ussi Ă  le semer, ils retrouvent ses traces Ă  proximitĂ© d’une chapelle abandonnĂ©e. C’est alors que le frère surprend l’agresseur en train d’enfourner un corps Ă  l’embouchure d’une grotte. Ensemble, ils dĂ©cident de s’y aventurer, mus par l’espoir insensĂ© de sauver un Ă©ventuel rescapĂ©.

Entre Duel et Les Griffes de la nuit - et, Ă  moindre Ă©chelle, Le Loup-garou de Londres ou Terreur extra-terrestre (la sĂ©quence du couple dĂ©barquant Ă  l’improviste dans le diner, au milieu d’une clientèle peu amène) - Victor Salva se rĂ©approprie les codes du genre avec une dĂ©rision factuelle, presque dĂ©sinvolte. Fignolant le cadre bucolique d’une AmĂ©rique pĂ©riphĂ©rique, les dĂ©cors minimalistes et la photographie ocre s’accordent Ă  merveille pour parfaire une atmosphère horrifique irrĂ©sistiblement envoĂ»tante.

Film d’ambiance Ă  part entière, Jeepers Creepers se voue corps et âme Ă  l’amour du cinĂ©ma d’Ă©pouvante, transposĂ© dans un contexte contemporain et portĂ© par la cohĂ©sion attachante de deux ados en crise. Jonglant sans relâche avec les clichĂ©s et une auto-parodie assumĂ©e - notamment Ă  travers des rĂ©parties sarcastiques - le cinĂ©aste en tire une efficacitĂ© maximale, au fil des vicissitudes que nos hĂ©ros traversent pour fuir une crĂ©ature humaine en perpĂ©tuelle mutabilitĂ©.

La grande rĂ©ussite rĂ©side dans la confection iconique de ce monstre hybride, affublĂ© d’un costume de cow-boy (chapeau inclus), fĂ©ru de chair humaine pour se rĂ©gĂ©nĂ©rer. CrĂ©atif et dĂ©libĂ©rĂ©ment dĂ©sireux d'y sacraliser un nouvel archĂ©type Ă  l’aura mortifère, Victor Salva façonne une lĂ©gende urbaine d’un charisme ultra macabre. Par le biais d’un rituel savamment chorĂ©graphiĂ© - scandĂ© par un tube des annĂ©es 60 - le Jeepers Creepers doit Ă©merger de sa tanière tous les 23 printemps afin de se nourrir pendant 23 jours. En sus, et pour accentuer l’Ă©trangetĂ© de son mutisme, la crĂ©ature renifle ses victimes afin de hiĂ©rarchiser la plus odorante des frayeurs, ciblant prioritairement les jeunes mâles.

ParsemĂ© d’action, de revirements et d’idĂ©es dĂ©licieusement dĂ©lirantes - notamment via une galerie de personnages interlopes (la mĂ©dium, la rombière et ses chats) - Salva renouvelle le concept de la traque nocturne avec un brio technique Ă  couper au rasoir. Ă€ l’image de cette camĂ©ra glissant d’une voiture Ă  l’autre, captant au vol les conversations de conducteurs anonymes, comme autant de fragments de peur dissĂ©minĂ©s sur l’asphalte.


Hommage rĂ©vĂ©rencieux aux B-movies des annĂ©es 80, Jeepers Creepers honore le genre horrifique par sa puissance visuelle et le rythme effrĂ©nĂ© d’une traque rocambolesque, jamais Ă  court de carburant. Angoissant (les poursuites automobiles, la dĂ©couverte macabre dans la grotte, l’assaut du commissariat), malsain et couillu (le prologue confinĂ© au sous-sol, le final nihiliste), fascinant (la configuration bigarrĂ©e de la crĂ©ature), dĂ©lirant mais aussi sardonique - comme en tĂ©moigne la cruautĂ© sidĂ©rante de l’Ă©pilogue -Jeepers Creepers peut aujourd’hui revendiquer le statut d’authentique classique, dans une facture vintage littĂ©ralement jubilatoire.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
4èx. VF Videoprojo

La Chronique de Jeepers Creepers 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/08/jeepers-creepers-2-jeepers-creepers-2.html

mercredi 6 janvier 2016

Shrew's Nest / Musaranas / Sangre de mi sangre

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site trendsetter.blogs.elle.es

de Juanfer Andrés et Esteban Roel. 2014. Espagne. 1h32. Avec Macarena Gómez, Nadia de Santiago, Hugo Silva, Luis Tosar , Gracia Olayo , Lucía González, Carolina Bang, Tomás del Estal

Sortie salles Espagne: 25 Décembre 2014

FILMOGRAPHIE: Juanfer AndrĂ©s est un rĂ©alisateur espagnol. Esteban Roel est un cinĂ©aste et acteur espagnol. 2014: Musaranas/Sangre de mi sangre 

Thriller psychologique aux confins de l’horreur, Musaranas porte la signature du duo ibĂ©rique Juanfer AndrĂ©s et Esteban Roel. Et pour un premier essai, ces nĂ©ophytes signent haut la main un suspense machiavĂ©lique, taillĂ© sur mesure autour des rapports toxiques et Ă©touffants de deux sĹ“urs recluses dans le mĂŞme appartement.

Synopsis :
Lorsqu’un homme grièvement blessĂ© implore secours au seuil de leur porte, Montse, l’aĂ®nĂ©e, cède in extremis Ă  l’Ă©lan de charitĂ©. Rapidement, sa cadette Nina s’Ă©prend de l’inconnu, mais doit lui rendre visite en cachette sous le joug d’une autoritĂ© castratrice. Leur romance clandestine s’Ă©panouit dans le secret, tandis que le sort du blessĂ© demeure prĂ©caire : aucun mĂ©decin n’est appelĂ©, et ses proches s’inquiètent dĂ©jĂ  de sa disparition.

Abordant les thèmes de la psychose, du conservatisme et de l’agoraphobie, les cinĂ©astes dressent avec efficacitĂ© le portrait nĂ©vralgique d’une catholique aigrie, recluse dans sa foi et terrorisĂ©e par l’idĂ©e d’un contact masculin. ProfondĂ©ment vouĂ©e Ă  l’amour divin, Montse impose Ă  sa sĹ“ur une Ă©ducation de fer oĂą toute romance terrestre est proscrite. LivrĂ©es Ă  elles-mĂŞmes depuis la disparition de leurs parents, les deux femmes nourrissent une rancune et une jalousie nĂ©vrotiques, croissant jusqu’Ă  la dĂ©flagration.

La seconde partie, dĂ©bridĂ©e et Ă©prouvante, nous entraĂ®ne dans un crescendo de folie et de violence, oĂą le passĂ© galvaudĂ© de Montse refait surface dans une explosion de douleur et de sang. Si l’intrigue, parfois prĂ©visible, flirte avec les situations Ă©culĂ©es - on songe Ă  Misery ou encore au sublime Les Proies pour leurs rapports de soumission entre victime alitĂ©e et geĂ´lière fanatique -, la mise en scène compense par une narration nerveuse et une exploration poignante de la mĂ©moire et du trauma.

Le soin formel accordĂ© Ă  la photographie et aux somptueux dĂ©cors rĂ©tro du huis clos renforce cette immersion dans une intimitĂ© familiale Ă©touffante, portĂ©e par un jeu d’acteurs d’une rare intensitĂ©. Macarena GĂłmez (Dagon, Les Sorcières de Zugarramurdi) incarne avec une fĂ©rocitĂ© viscĂ©rale une mĂ©gère abusive, accablĂ©e par le deuil et par un secret qu’il serait criminel de dĂ©voiler.


Efficace, captivant, haletant, Musaranas fascine autant par son portrait schizo que par la tournure délirante et violente de son second acte. Sous son vernis de série B, il abrite une psychologie fouillée et une interprétation enragée de Macarena Gómez, dont le regard désaxé hante bien au-delà du générique final.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Dédicace à Karine.

mardi 5 janvier 2016

L'INCOMPRIS

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

"Incompreso" de Luigi Comencini. 1966. Italie. 1h42. Avec Anthony Quayle, Stefano Colagrande,
Simone Giannozzi, John Sharp, Adriana Facchetti, Silla Bettini.

Sortie salles France: 1er août 1968. Italie: 19 décembre 1966

FILMOGRAPHIE: Luigi Comencini est un réalisateur italien, né le 8 juin 1916 à Salò, province de Brescia en Lombardie (Italie), mort le 6 avril 2007 à Rome.
1948 : De nouveaux hommes sont nĂ©s. 1949 : L'Empereur de Capri. 1951 : Les Volets clos. 1952 : La Traite des blanches. 1952 : Heidi. 1953 : La valigia dei sogni. 1953 : Pain, Amour et Fantaisie. 1954 : Pain, Amour et Jalousie. 1955 : La Belle de Rome. 1956 : Tu es mon fils. 1957 : Mariti in cittĂ . 1958 : Mogli pericolose. 1959 : Und das am Montagmorgen. 1959 : Le sorprese dell'amore. 1960 : La Grande Pagaille. 1961 : Ă€ cheval sur le tigre. 1962 : Le Commissaire. 1963 : La Ragazza. 1964 : Tre notti d'amore. 1964 : La mia signora. 1965 : Les PoupĂ©es (Le bambole), segment Il trattato di eugenetica. 1965 : Le Partage de Catherine. 1965 : Don Camillo en Russie. 1967 : L'Incompris. 1968 : Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! 1969 : Casanova, un adolescent Ă  Venise. 1969 : Senza sapere niente di lei. 1972 : L'Argent de la vieille. 1974 : Un vrai crime d'amour. 1974 : Mon Dieu, comment suis-je tombĂ©e si bas ? 1975 : Les Aventures de Pinocchio. 1975 : La Femme du dimanche. 1976 : Mesdames et messieurs bonsoir. 1976 : Basta che non si sappia in giro!…1976 : La FiancĂ©e de l'Ă©vĂŞque. 1977 : Qui a tuĂ© le chat ? 1979 : Le Grand Embouteillage. 1980 : Eugenio. 1982 : L'Imposteur. 1984 : Cuore. 1987 : La storia. 1987 : Un enfant de Calabre. 1988 : La Bohème, adaptation de l'opĂ©ra de Puccini. 1989 : Joyeux NoĂ«l, bonne annnĂ©e. 1991 : Marcellino.


"les enfants plus jeunes ont une espèce de dureté naturelle qui leur permet de résister, alors qu'en grandissant ils deviennent plus vulnérables...(...)" Luigi Comencini

Vilipendé par la critique lors de sa sortie en France et au festival de Cannes, l'Incompris aborde toutefois le mélodrame avec une certaine sobriété dans son émotion contenue et son refus du racolage. Le film puisant sa force dans la confrontation psychologique du père (un consul d'Angleterre expatrié à Florence) et de ses deux fils depuis la disparition soudaine de la mère. Alors que Milo, le cadet, attire toute l'attention du paternel du fait de son très jeune âge, Andrea se retrouve livré à une solitude pesante à cause de son tempérament taciturne. Témoin de ce favoritisme et donc quotidiennement délaissé, il multiplie les audaces et bévues afin d'attirer la considération du père et celle de son entourage. Hanté et accablé par la perte maternelle, Andrea s'efforce néanmoins de protéger son jeune frangin tout en prouvant à son père sa détermination courageuse d'affronter le deuil. Mais un évènement inopportun va bouleverser la donne et inverser les rôles, de façon à lever le voile sur la responsabilité du père.

                                       

Prenant pour cadre le huis-clos d'une riche demeure et de son vaste jardin auquel les enfants batifolent sous l'oeil négligeant d'une gouvernante, l'Incompris approche le drame intimiste avec une délicate pudeur. Les enfants endossant leur fonction innocente avec fraîcheur et spontanéité malgré la contrainte du deuil. Particulièrement l'aîné introverti conscient de sa responsabilité à canaliser la turbulence du cadet, et lucide que la fragilité de l'existence dépend de l'opacité de la mort. Dans celui du père en berne, Anthony Quayle adopte une mine sentencieuse prégnante tout en préservant une marque autoritaire afin de mettre en exergue son rôle pédagogique. Par la posture insolente des enfants multipliant les indocilités face aux absences quotidiennes du père, la première partie privilégie leurs rapports de divergence tout en se focalisant sur l'état d'amertume d'Andrea livré à la jalousie et la solitude. La seconde partie, plus cruelle, se livre ensuite à la confrontation douloureuse du père et d'Andrea, communément livrés malgré eux à des confidences sur l'amour, le remord, le pardon et la mort en guise d'échappatoire. Chacun des témoins se retrouvant subitement à endosser un rôle contradictoire de victime injustement méprisée.


Sans faire preuve de misĂ©rabilisme et malgrĂ© l'acadĂ©misme de sa mise en scène, l'incompris aborde avec tact et pudeur parfois poignante les thèmes de la perte de l'ĂŞtre aimĂ©, l'acceptation du deuil, la jalousie et la rancune sous pivot d'une incommunicabilitĂ© parentale. Distillant un parfum aigre de nostalgie par la contrariĂ©tĂ© fragile d'un enfant livrĂ© Ă  son inconsolable chagrin, l'intrigue gagne en Ă©motion au fil de son cheminement en perdition. Un très beau mĂ©lo auscultant avec autant d'attention que de dextĂ©ritĂ© les Ă©tats d'âme endeuillĂ©s d'une enfance introvertie. 

Dédicace à Dimitri Derock et Nelly Tess
B.M.

vendredi 1 janvier 2016

LES CHARLOTS CONTRE DRACULA

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Jean-Pierre Desagnat et Jean-Pierre Vergne. 1980. France. 1h25. Avec Gérard Filipelli, Gérard Rinaldi, Jean Sarrus, Andréas Voutsinas, Gérard Jugnot, Amélie Prévost, Vincent Martin.

Sortie salles France: 17 Décembre 1980

FILMOGRAPHIE: Jean-Pierre Desagnat, nĂ© le 18 octobre 1934 Ă  Paris 12e, est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste de films. 1983 : Flics de choc.
Jean-Pierre Vergne est un réalisateur français, né le 1er avril 1946 à Saint-Brice-sous-Forêt (Seine-et-Oise1) et mort le 25 août 2014 à Terrasson-Lavilledieu (Dordogne).
1980 : Les Charlots contre Dracula (non crédité) coréalisé par Jean-Pierre Desagnat
1985 : Le téléphone sonne toujours deux fois. 1994 : Priez pour nous. 1996 : Golden Boy.


Comédie franchouillarde devenue culte auprès d'une poignée d'amateurs de nanars alors que son petit succès en salles totalisa pas moins de 555 878 entrées, Les Charlot contre Dracula est une aberration filmique conçue par deux réalisateurs aussi discrets qu'insignifiants. D'après un scénario et des dialogues pensés par les Charlots, les Charlots contre Dracula relate la sempiternelle conquête du comte auprès d'une jeune provinciale afin de parfaire le pouvoir d'une fiole, quand bien même Phil et ses compagnons Gérard et Jean vont se lancer à sa poursuite jusqu'au repère du château pour récupérer sa fiancée. Ce pitch d'une ineptie exaspérante est toutefois compensé par le ressort d'un florilège de gags à l'inventivité saugrenue ! Enchaînant les péripéties, quiproquos et bévues à rythme sans faille, les Charlots contre Dracula parvient in extremis à attiser charme et sympathie.


Non pas pour la drĂ´lerie quasi inexistante des blagues de potache grossièrement Ă©talĂ©es mais pour l'extravagance des charlots s'en donnant Ă  coeur joie dans leurs bravoures malhabiles Ă  dĂ©jouer les subterfuges du comte et de son valet. Ce duo contribuant Ă  tenter de ranimer le pouvoir diabolique d'une fiole grâce au sosie de la mère de Dracula. Comme de coutume Ă  l'aise dans leur fonction pittoresque, nos trois charlots insufflent une spontanĂ©itĂ© naturelle pleine d'entrain pour amuser la galerie Ă  renfort de dialogues dĂ©risoires et de grimaces bas de plafond. Cette bonhomie attachante qui Ă©mane de leur cohĂ©sion est Ă©galement contrebalancĂ©e par la prĂ©sence secondaire de GĂ©rard Gugnot endossant celui d'un Ă©missaire condescendant chargĂ© de kidnapper la fiancĂ©e de Phil avant de se retrouver rĂ©duit Ă  l'Ă©tat de nigaud dĂ©ficient. Au niveau de la prestance du comte, AndrĂ©as Voutsinas adopte une carrure inĂ©vitablement hautaine pour incarner un vampire en herbe en voie de couronnement, quand bien mĂŞme Vincent Martin lui prĂŞte la rĂ©plique dans la peau du majordome avec un naturel risible. En dĂ©pit d'une rĂ©alisation et d'une photo ternes tout Ă  fait nĂ©gligeables, nos deux rĂ©alisateurs parviennent futilement en seconde partie Ă  soigner le cadre gentiment gothique du château, notamment par le biais d'Ă©clairages saturĂ©s (le salon, la salle Ă  manger, les couloirs) ou, au contraire, opaques (la cave dĂ©crĂ©pite renfermant tous les cercueils et le final nocturne imposĂ© sur le toit du château).


"Dieu est belge !"
D'une nullité indiscutable pour l'originalité triviale des gags cartoonesques, Les Charlots contre Dracula réussit tout de même à consolider une comédie franchouillarde débridée sous l'impulsion de comédiens aussi plaisantins que farceurs et par la vigueur de rebondissements trépidants. Aujourd'hui condamné à l'oubli sans doute à raison, les fans nostalgiques de nanars pourront néanmoins renouer avec leur plaisir coupable pour subir les vicissitudes de nos charlots embarqués une unique fois dans un train-fantôme horrifico-comique. A savourer entre amis complices...

B.M.

Anecdote (Wikipedia): Le réalisateur, Jean-Pierre Desagnat n'est autre que le père de Vincent Desagnat, l'un des complices de Michaël Youn dans l'émission Le Morning Live.