lundi 1 août 2016

Mimic

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Guillermo Del Toro. 1997. U.S.A. 1h45. Avec Mira Sorvino, Jeremy Northam, Alexander Goodwin, Giancarlo Giannini, Charles S. Dutton, Josh Brolin, Alix Koromzay.

Sortie salles France: 24 Septembre 1997. U.S: 22 Août 1997.

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, romancier et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 9 Octobre 1964 Ă  Guadalajara (Jalisco, Mexique). 1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim. 2015: Crimson Peak.


SYNOPSIS (Wikipedia): Une terrible Ă©pidĂ©mie transmise par des cafards ravage Manhattan, plusieurs milliers d'enfants sont contaminĂ©s et condamnĂ©s. Une action chimique Ă©tant impossible Ă  cause de la rĂ©sistance de ces insectes, le seul moyen est alors de trouver une arme biologique. Le seul espoir pour New York est de faire appel Ă  une brillante entomologiste et gĂ©nĂ©ticienne : le Docteur Susan Tyler. Grâce Ă  ses « judas » (insectes gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s), elle va pouvoir combattre et Ă©radiquer ces cafards porteurs de la maladie. Trois ans passent et plus de maladie. Mais quelque chose de bien pire attend New-York. Un remède bien plus dĂ©vastateur que le mal.


Une excellente sĂ©rie B de film de monstre dont on reconnait bien lĂ  la pate gothique de Guillermo Del Toro auprès de savoir-faire technique, narratif, formel. On est surpris du jeu convaincant de Mira Sorvino avec sa bouille gentiment timorĂ©e, surtout lorsque celle-ci joue Ă  contre-emploi une posture autrement hĂ©roĂŻque lors de la seconde partie "survival". Photo et dĂ©cors caverneux splendides, suspense bien gĂ©rĂ©, action homĂ©rique matinĂ©e de frissons, violence escarpĂ©e (n'importe qui peut trĂ©passer, mĂŞme auprès de bambins) et surtout des crĂ©atures cafardeuses absolument fascinantes dans leur condition gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©e. 

Les +: Son thème écolo fustigeant les mutations génétiques.
           L'implication spontanĂ©e des comĂ©diens soutenue par le minois candide de Mira Sorvino.
           La physionomie humaine des cafards mutants.
           Le sort dramatique de certains protagonistes
           Un rythme soutenu au grĂ© d'une action horrifique Ă©maillĂ©e d'agressions animales.

Les -: Des FX numĂ©riques parfois ratĂ©s mais dans l'ensemble rien de franchement rĂ©prĂ©hensible. 
           
*Bruno
23.10.23. 4èx

vendredi 29 juillet 2016

La Grande Vadrouille

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Gérard Oury. 1966. France/Angleterre. 2h05. Avec Louis de Funes, Bourvil, Terry-Thomas, Claudio Brook, Mike Marshall, Marie Dubois, Pierre Bertin, Andréa Parisy, Mary Marquet, Benno Sterzenbach, Paul Préboist, Henri Génès, Colette Brosset.

Sortie salles France: 8 Décembre 1966

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


Multi-diffusĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision depuis sa sortie triomphale en salles — si bien qu’il engrangea plus de 17 millions de spectateurs — La Grande Vadrouille conserve intact, 50 ans plus tard, son pouvoir de sĂ©duction. RĂ©alisĂ© par le maĂ®tre du genre, GĂ©rard Oury, qui continue ici de se surpasser après nous avoir rĂ©galĂ©s avec Le Corniaud, rĂ©alisĂ© un an plus tĂ´t. Recrutant Ă  nouveau ses deux acteurs fĂ©tiches, De Funès et Bourvil, La Grande Vadrouille mĂŞle avec une gĂ©nĂ©rositĂ© rare aventures et comĂ©die, sous un ciel assombri par l’Occupation de 1942. On perçoit d’ailleurs une forme d’audace dans le choix de l’auteur : user de la dĂ©rision pour dĂ©samorcer la violence d’un conflit meurtrier, comme une bouffĂ©e de lĂ©gèretĂ© dans un monde Ă  feu et Ă  sang.

Le pitch : Ă  Paris, trois aviateurs anglais, rescapĂ©s d’un bombardement allemand, tentent de rallier la zone libre, aidĂ©s par un peintre en bâtiment (Bourvil) et un chef d’orchestre tyrannique (De Funès). Inlassablement traquĂ©s par les troupes allemandes et le major Achbach, leur cavale, semĂ©e d’imprĂ©vus, devient une Ă©popĂ©e de subterfuges et d’hĂ©roĂŻsme discret.

Nanti d’un scĂ©nario charpentĂ©, aussi inventif que dĂ©bridĂ©, La Grande Vadrouille enchaĂ®ne Ă  un rythme effrĂ©nĂ© les gags, les rebondissements, les pĂ©ripĂ©ties et les quiproquos, portĂ©s par un duo antinomique aussi empotĂ© que tĂ©mĂ©raire. Louis De Funès, en chef d’orchestre colĂ©rique, incarne un hĂ©ros vaniteux, Ă©gotique jusqu’Ă  l’absurde, mais capable d’un courage inespĂ©rĂ© lorsqu’il s’agit d’agir. Plus sobre et lunaire, Bourvil, dans sa fonction de faire-valoir au grand cĹ“ur, insuffle une bonhomie vacillante, touchante jusque dans ses maladresses, comme en tĂ©moignent ses Ă©lans vers Juliette. Son cheminement avec Stanislas est ponctuĂ© de dĂ©couragements et de rĂ©voltes contre l’orgueil incorrigible de son acolyte.

Autour de leurs tribulations farfelues, les seconds rĂ´les fĂ©minins (Juliette, sĹ“ur Marie-Odile, Germaine) leur prĂŞtent main forte avec une malice complice, tandis que les antagonistes — du soldat loucheur au ventripotent major Achbach — dĂ©ambulent avec une autoritĂ© tournant systĂ©matiquement Ă  vide. Les trois aviateurs britanniques, quant Ă  eux, participent avec entrain Ă  cette vaste partie de cache-cache, non sans se moquer des lubies de leurs sauveurs franchouillards.


Bruno. 3èx

NOTE WIKIPEDIA:
Avec plus de 17 millions de spectateurs lors de son exploitation en salles, le film a été pendant plus de trente ans le plus grand succès cinématographique sur le territoire français, toutes nationalités confondues (avant d'être dépassé par Titanic en 1998), et pendant plus de quarante ans le plus grand succès d'un film français sur le territoire français, avant d'être dépassé par Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon en avril 2008. Cependant, en proportion de la population française de l'époque, La Grande Vadrouille reste devant tous les autres films français avec 34 % des Français qui sont allés voir ce film, contre 31 % pour Bienvenue chez les Ch'tis.

Récompenses: Italie
        1966 : Prix du meilleur film Ă©tranger au festival du film de Taormina
        1967 : David di Donatello du meilleur producteur Ă©tranger pour Robert Dorfmann, dĂ©cernĂ© par                      l'AcadĂ©mie du cinĂ©ma italien
         Allemagne de l'Ouest:
        1977 : Golden Screen du meilleur film Ă©tranger

jeudi 28 juillet 2016

LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site kebekmac.blogspot.com

de Julien Duvivier. 1952. France/Italie. 1h45. Fernandel, Jean Debucourt, Gino Cervi, Sylvie, Vera Talchi, Franco Interlenghi.

Sortie salles France: 4 Juin 1952. Italie: 28 Mars 1952


                    "Il y a des personnes qui marquent nos vies, mĂŞme si cela ne dure qu'un moment.
                     Et nous ne sommes plus les mĂŞmes.
                     Le temps n'a pas d'importance mais certains moments en ont pour toujours."

Gros succès commercial en France si bien que Julien Duvivier envisagea la même année d'y tourner une suite, Le Petit monde de Don Camillo oppose la réunion fulminante de deux acteurs en acmé: Fernandel et le comédien italien Gino cervi. D'après un roman de Giovanni Guareschi, l'intrigue puise son ressort burlesque dans l'inimitié intarissable que se disputent un curé de campagne, Don Camillo, et un maire en herbe, Peppone, au sein de leur village Brescello. Communément obtus, arrogants, provocateurs et insolents au point d'en venir parfois aux mains, ces derniers se chamaillent quotidiennement au mépris de leur divergence politique. Peppone symbolisant un communiste martial ayant comme ambition l'inauguration d'une "maison du peuple" (une bibliothèque, une salle des fêtes, une salle de cinéma, une salle de repos, etc...) quand bien même Don Camillo tente de lui négocier une transaction afin de se partager un "jardin d'enfants". Au coeur de leur discorde, un couple d'amoureux versatiles finit par leur conjurer de les marier depuis l'opposition de leur famille (faute de leur statut social incompatible).


ComĂ©die pittoresque menĂ©e tambour battant sous l'impulsion de deux tempĂ©raments vantards, le Petit monde de Don Camillo constitue de prime abord un fabuleux numĂ©ro de "grandes gueules". Sans dĂ©sir de provoquer un rire hilarant traditionnellement fondĂ© sur les gags Ă  rĂ©pĂ©tition, Julien Duvivier compte plutĂ´t sur la scrupuleuse description d'un village en Ă©bullition sociale et sur la verve fantaisiste de Don Camillo aussi Ă©troitement fidèle Ă  la parole du Christ qu'Ă  l'adversitĂ© amicale de son acolyte Peppone pour susciter l'amusement. Si Gino Cervi se prĂŞte spontanĂ©ment au jeu machiste du maire communiste avec un bagout goguenard, Fernandel lui dispute la vedette avec un peu plus d'exubĂ©rance dans sa fonction ecclĂ©siastique de prĂŞtre caractĂ©riel. Incapable de rĂ©primer ses nerfs et ses Ă©motions face Ă  un rival redoublant de sournoiserie et subterfuge pour emporter la mise, Don Camillo brave sa dĂ©ontologie chrĂ©tienne avec un aimable anticonformisme ! (JĂ©sus se rĂ©sout d'ailleurs Ă  lui pardonner chacune de ses impertinences !). Outre cette complicitĂ© d'acteurs impayables fondĂ©s sur un rapport de force orgueilleux, le Petit monde de Don Camillo n'est pas qu'une simple lutte des classes et un pied de nez au conservatisme. Il est Ă©galement l'occasion pour son rĂ©alisateur de crĂ©er un univers champĂŞtre digne de la Province de Pagnol ! Ce climat ensoleillĂ© inscrit dans un noir et blanc limpide nous remĂ©more nos vacances estivales sous l'impulsion pĂ©tulante de seconds-rĂ´les aussi chaleureux qu'acariâtres (comme le souligne le couple orageux Gina/Mariolino). Si certains gags insufflent tout de mĂŞme une drĂ´lerie expansive, c'est l'omniprĂ©sence d'un "sourire convivial" qui domine nos Ă©motions avant de se laisser chavirer par l'instant de tendresse particulièrement Ă©mouvant d'un "au-revoir" amiteux !


Une fable sur le sens de l'amitiĂ© et le progressisme. 
Bijou de cocasserie, d'Ă©motions et de tendresse fondĂ©s sur l'espièglerie d'un duo de brimeurs susceptibles, le Petit monde de Don Camillo renoue Ă©galement avec nos Ă©motions d'enfance lorsque Julien Duvivier s'attarde avisamment Ă  dĂ©crire la cohĂ©sion cordiale d'une dĂ©mographie rurale en mutation sociale.  

B.M

FILMOGRAPHIE: Julien Duvivier est un réalisateur français, né le 8 octobre 1896 à Lille et mort le 29 octobre 1967 à Paris.
1967: Diaboliquement vĂ´tre.  1963 Chair de poule. 1962 Le diable et les 10 commandements. 1962 La chambre ardente. 1960 Boulevard. 1960 La grande vie. 1959 Marie-Octobre. 1959 La femme et le pantin. 1957 Pot Bouille. 1957 L'homme Ă  l'impermĂ©able. 1956 Voici le temps des assassins... 1955 Marianne de ma jeunesse. 1954 L'affaire Maurizius. 1953 Le retour de Don Camillo. 1952 La fĂŞte Ă  Henriette. 1952 Le petit monde de Don Camillo. 1951 Sous le ciel de Paris. 1950 Dernier tĂ©moin. 1949 Au royaume des cieux. 1948 Anna KarĂ©nine. 1946 Panique. 1944 Destiny (uncredited). 1944 L'imposteur. 1943 Untel père et fils. 1943 Obsessions. 1942 Six destins. 1941 Lydia. 1939 La charrette fantĂ´me. 1939 La fin du jour. 1938 Toute la ville danse. 1938 Marie-Antoinette (uncredited)
1937 Un carnet de bal. 1937 Pépé le Moko (a film by). 1937 L'homme du jour. 1936 La belle équipe
1936 Le golem. 1935 La bandera. 1935 Golgotha. 1934 Maria Chapdelaine. 1934 Le paquebot Tenacity. 1933 La machine à refaire la vie. 1933 Le petit roi. 1933 La tête d'un homme. 1932 La Vénus du collège. 1932 Poil de carotte. 1932 Die fünf verfluchten Gentlemen. 1932 Allo Berlin? Ici Paris ! 1931 Les cinq gentlemen maudits. 1931 David Golder. 1930 Au bonheur des dames. 1930 La vie miraculeuse de Thérèse Martin. 1929 Maman Colibri. 1929 Le miracle de la mer. 1928 Le tourbillon de Paris. 1927 L'homme à l'Hispano. 1927 Le mystère de la tour Eiffel. 1927 Le mariage de Mademoiselle Beulemans. 1927 Révélation. 1925 Poil de carotte. 1925 L'abbé Constantin. 1924 L'oeuvre immortelle. 1924 Coeurs farouches. 1924 Credo ou la tragédie de Lourdes. 1924 La machine à refaire la vie. 1923 Le reflet de Claude Mercoeur. 1922 Der unheimliche Gast. 1922 L'ouragan sur la montagne. 1922 Les Roquevillard. 1922 L'agonie des aigles (co-director). 1921 Le logis de l'horreur. 1920 La reincarnation de Serge Renaudier. 1919: Le Prix du sang

mardi 26 juillet 2016

COLONIA. Prix du Public, Valenciennes 2016.

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Florian Gallenberger. 2015. Allemagne. 1h50. Avec Emma Watson, Daniel BrĂĽhl, Michael Nyqvist, Julian Ovenden.

Sortie salles France: 20 Juillet 2016. Allemagne: 18 FĂ©vrier 2016. 

FILMOGRAPHIEFlorian Gallenberger est un rĂ©alisateur allemand nĂ© le 23 FĂ©vrier 1972 Ă  Munich. 2001: Honolulu. 2004: Schatten der Zeit. 2009: John Rabe, le juste de Nankin (John Rabe). 2015: Colonia.


Prenant pour contexte historique les conditions de vie inhumaines d'un camp de prisonnier sous le rĂ©gime de Pinochet, Colonia emprunte le schĂ©ma du thriller pour mieux contourner les clichĂ©s usuels du film de prison. 1973. Lena, hĂ´tesse de l'air, vit le grand amour avec Daniel, un activiste politique allemand engagĂ© contre la dictature de Pinochet. Au moment d'un coup d'Ă©tat perpĂ©trĂ© par les sbires chiliens du gĂ©nĂ©ral, Daniel est embrigadĂ© dans la Colonia Dignidad pour cause d'espionnage. Ce camp de prisonniers tenu secret par la police locale est dirigĂ© par Paul Schäfer, un prĂ©dicateur pervers adepte des tortures et sĂ©vices sexuels. Depuis que les comparses de Daniel refusent de lui porter assistance, et pour tenter de le sauver, Lena s'engage Ă  infiltrer la colonie en se faisant passer pour une religieuse. 


Sous le pilier de la force des sentiments, Florian Gallenberger exploite assez efficacement une romance passionnelle afin de justifier l'Ă©preuve de force d'une hĂ©roĂŻne juvĂ©nile confinĂ©e dans une secte religieuse. En Ă©vitant judicieusement la violence racoleuse de scènes de torture souvent tributaires du drame carcĂ©ral, le rĂ©alisateur prĂ©conise la mise en place d'un suspense latent quant aux tentatives dĂ©sespĂ©rĂ©es des amants de se reconnaĂ®tre (hommes et femmes sont dĂ©partagĂ©s en deux camps) avant leur espoir d'Ă©vasion. Baignant dans une ambiance malsaine mĂ©phitique sous l'autoritĂ© d'une doctrine religieuse sans vergogne, Colonia traduit un climat d'insĂ©curitĂ© Ă  la lisière de la folie comme le souligne le comportement laxiste des prisonniers lobotomisĂ©s par leur gourou. Par le biais du jeu machiavĂ©lique de ce dernier, l'acteur Michael Nyqvist se glisse dans la peau du tortionnaire avec sa trogne vĂ©rolĂ©e. Au jeu de regard viciĂ© se dispute une animositĂ© bestiale lorsqu'il exerce de lui mĂŞme une violence punitive sur femmes et enfants, ou lorsqu'il ordonne Ă  ses disciples de leur perpĂ©trer humiliations verbales et châtiments corporels en guise d'expiation. Ce personnage vil, couard et sournois parvient Ă  provoquer le malaise par son autoritĂ© castratrice et la mesquinerie de ses pulsions dĂ©viantes. Quant Ă  nos amants en perdition s'efforçant de se retrouver et de dĂ©passer leur peur par un jeu de stratège perfide, ils se partagent la vedette avec une sobriĂ©tĂ© assez poignante. Emma Watson provoquant sans complaisance Ă©motion empathique et force morale dans sa condition soumise quand bien mĂŞme Daniel brĂĽhl insuffle un autoritaire jeu de simulacre en se fondant dans la peau d'un benĂŞt dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©. 


Sans laisser de souvenir impĂ©rissable, Colonia structure par le principe du survival un efficace suspense qui ira crescendo jusqu'au final d'une intensitĂ© haletante. Parvenant Ă  s'extraire de la redite du drame carcĂ©ral sous l'appui d'une mise en scène et d'une distribution solides, Florian Gallenberger exploite certaines facilitĂ©s et clichĂ©s en s'appuyant sur le mode ludique du thriller et la vĂ©racitĂ© du fait-divers. Un parti-pris Ă  rĂ©sonance universelle lorsqu'il s'agit de dĂ©noncer inlassablement barbarie et corruption politique sous l'autocratie d'un gĂ©nĂ©ral chilien tristement cĂ©lèbre. 

A la mémoire des victimes de Colonia Dignidad.

Dédicace à Frederic Serbource

B.M

LA REALITE HISTORIQUE
Spoiler ! Colonia Dignidad Ă©tait un camp de torture de la police secrète chilienne. Des centaines de dĂ©tenus y furent interrogĂ©s, tuĂ©s et enterrĂ©s. En presque 40 ans, seulement 5 personnes de cette secte ont rĂ©ussi Ă  s'Ă©chapper. Les photos sorties clandestinement de Colonia Dignidad ont Ă©tĂ© publiĂ©es mondialement crĂ©ant un Ă©norme scandale. Cependant, rien ne changea au Chili. Paul Schäfer ne fut mis en accusation qu'Ă  la fin du rĂ©gime de Pinochet pour ĂŞtre finalement arrĂŞtĂ© en Argentine en 2004. Ni le gĂ©nĂ©ral Pinochet, ni les employĂ©s de l'ambassade d'Allemagne ne furent tenu responsables de leur collaboration avec Paul Schäfer. Paul Schäfer fut condamnĂ© Ă  33 ans de prison pour des milliers d'actes d'abus sexuels sur enfants ainsi que pour d'autres crimes. Il est mort en prison Ă  Santiago en 2010. Fin du Spoiler.

lundi 25 juillet 2016

LA CHOSE

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site diaryofamoviemaniac.wordpress.com

"Something Evil", téléfilm de Steven Spielberg. 1972. U.S.A. 1h19. Avec Sandy Dennis, Darren McGavin, Ralph Bellamy, Jeff Corey, Johnny Whitaker, John Rubinstein.

Diffusion TV U.S: 21 janvier 1972. France: 1987 sur la chaîne La Cinq.

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).
1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln. 2015: Le Pont des Espions. 2016: Le bon gros géant.


DiffusĂ© chez nous sur la Cinq en 1987, La Chose est le second tĂ©lĂ©film de Steven Spielberg alors qu'un an au prĂ©alable fut tournĂ© son premier essai, Duel, qui allait remporter le Grand Prix Ă  Avoriaz en 73. Prenant pour thèmes la hantise et la possession, La Chose privilĂ©gie dès le dĂ©part une certaine suggestion quant aux effets diaboliques d'une entitĂ© persĂ©cutant une mère et ses deux enfants au sein de leur foyer bucolique. Le mari souvent absent Ă©tant occupĂ© Ă  gĂ©rer le tournage d'un film. ChargĂ© d'un climat d'inquiĂ©tude permanent, l'intrigue se concentre sur la caractĂ©risation dĂ©munie de cette dernière tĂ©moin malgrĂ© elle de phĂ©nomènes paranormaux toujours plus brutaux. Pleurs d'enfant durant la nuit Ă  proximitĂ© de la grange, morts accidentelles d'un couple d'amis, cauchemar nocturne de son rejeton sont les principaux vecteurs qui vont engendrer chez Marjorie une paranoĂŻa en chute libre malgrĂ© l'Ă©gide d'un pentacle accrochĂ© au seuil de la maison.


Grâce à la sobriété des comédiens particulièrement cohérents dans leur posture perplexe, démuni ou erratique (les crises de violence de Marjorie), La Chose parvient à créer un climat d'insécurité feutré qui ira crescendo jusqu'à une révélation des plus dérangeantes. D'ailleurs, quelques minutes au préalable, une séquence effrayante nous eut déjà ébranlé avec une découverte singulière confinée dans la cuisine. Mis en scène avec maîtrise et sans esbroufe, Steven Spielberg renoue donc avec une horreur éthérée pour provoquer l'angoisse en insistant sur la psychologie torturée de son héroïne en perdition morale. Prônant l'existence du diable si on est un fervent catholique, Spielberg oppose sa victime vulnérable à la rationalité de son époux difficilement influençable lorsqu'il s'agit de prouver l'existence occulte. Grâce à ce personnage terre à terre néanmoins empathique auprès de sa femme, La Chose parvient d'autant mieux à crédibiliser les moments surnaturels, notamment lorsqu'il doit faire face à ses interrogations comme le souligne l'apparition de la tache lumineuse relevée sur un négatif.


Efficacement mené et servi par une distribution sans fard (mention spécial pour le charisme dépressif de Sandy Dennis !), La Chose parvient à susciter une angoisse palpable parfois dérangeante au fil d'une énigme dramatique dédiée à l'existence du diable. Un excellent téléfilm à redécouvrir avec intérêt chez les amateurs de Fantastique épuré si bien que Spielberg privilégie à tous prix l'intelligence du non-dit par le pouvoir de suggestion.

vendredi 22 juillet 2016

LA FOLIE DES GRANDEURS

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Gérard Oury. 1971. France/Italie/Allemagne de l'Ouest/Espagne. 1h49. Avec Louis de Funès, Yves Montand, Alice Sapritch, Karin Schubert, Alberto de Mendoza, Gabriele Tinti, Paul Preboist.

Sortie salle France: 8 décembre 1971.

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


Gros succès Ă  sa sortie en salles (il enregistre 5 563 160 entrĂ©es en France), La Folie des Grandeurs allie avec une alchimie dĂ©tonante la comĂ©die burlesque et l'aventure rocambolesque sous l'impulsion d'un duo inattendu (De Funes/Montand) depuis la disparition prĂ©cipitĂ©e de Bourvil un 23 septembre 1970. DĂ©jĂ  responsable d'immenses succès (Le Corniaud, la Grande Vadrouille, Le cerveau), GĂ©rard Oury continue de parfaire son savoir-faire pour la comĂ©die populaire avec le soutien de Yves Montand Ă©tonnamment Ă  l'aise dans un rĂ´le Ă  contre-emploi de valet (faussement) empotĂ© et servile. Ce dernier se prĂŞtant avec ironie sournoise au jeu de soumission auprès de son ministre cupide et fourbe que De Funes incarne avec sa spontanĂ©itĂ© fulminante. RĂ©putĂ© comme l'un des plus grands acteurs comiques français, celui-ci nous offre traditionnellement un numĂ©ro de pantomime et de rĂ©parties avec une Ă©nergie galvanisante si bien que l'on s'Ă©tonne toujours de sa ferveur olympique Ă  se fondre dans la peau d'un personnage (principalement un maĂ®tre-chanteur) irrĂ©sistiblement outrancier. Outre le duo pĂ©tulant qu'il forme avec son faire-valoir Ives Montand, La Folie des Grandeurs bĂ©nĂ©ficie Ă©galement de la prĂ©sence de seconds-rĂ´les s'en donnant Ă  coeur joie dans l'extravagance (Ă  l'instar d'Alice Sapritch et de son cĂ©lèbre numĂ©ro de strip-tease) ou dans la sĂ©duction (Karin Schubert magnĂ©tisant l'Ă©cran de ses yeux azur dans une fonction suave de souveraine gagnĂ©e par ses sentiments !).


Truffé de gags (visuels et verbaux), de quiproquos et de rebondissements à répétition lors d'une dernière partie aussi échevelée qu'imprévisible, La Folie des grandeurs cultive sa frénésie comique grâce également aux enjeux stratégiques qu'une foule de seconds-rôles vont tenter de comploter afin d'accéder au pouvoir. Epousant la démarche d'un suspense en ascension pour la condition incertaine de nos deux héros et la romance secrète impartie entre Blaze et la reine d'Espagne, la Folie des Grandeurs gagne en densité grâce à l'efficacité d'un scénario bien huilé inspiré de la pièce de théâtre Ruy Blas de Victor Hugo. Déchu de ses fonctions par la reine, Don Salluste, ministre cupide détesté par la population, décide de se venger d'elle en élaborant secrètement une conjuration avec l'aide de son neveu César. Ce dernier refusant sa transaction, il imagine alors un plan machiavélique pour compromettre son valet Blaze dans une relation d'adultère. Ce pitch perfide faisant notamment intervenir deux motifs vindicatifs (celle de Salluste et de don César) cumule les situations burlesques et revirements avec une énergie exubérante ! Gérard Oury maîtrisant également le cadre historique de ses décors en costumes et de ses vastes déserts avec la flamboyance d'une photo sépia.


La vraie comĂ©die commence lĂ  oĂą commence l'Ă©ternitĂ©. 
ComĂ©die d'aventures intrĂ©pides menĂ©e Ă  100 Ă  l'heure par un duo impayable ainsi qu'une poignĂ©e de seconds-rĂ´les diablotins, La Folie des Grandeurs perdure son attrait comique parmi l'incroyable brio de GĂ©rard Oury se surpassant une fois de plus Ă  parfaire un spectacle haut en couleurs au rythme entĂŞtant du thème hĂ©roĂŻque de Polnareff ! A l'image du film, un score proprement inoubliable !  

B.M. 4èx

jeudi 21 juillet 2016

LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de John Hughes. 1986. U.S.A. 1h42. Avec Matthew Broderick, Alan Ruck, Mia Sara, Jeffrey Jones, Jennifer Grey.

Sortie salles France: 17 Décembre 1986. U.S: 11 Juin 1986

FILMOGRAPHIE: John Hughes est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 18 Février 1950 à Lansing (Michigan, Etats-Unis), mort le 6 Août 2009 d'une crise cardiaque à New-York. 1984: Seize bougies pour Sam. 1985: The Breakfast Club. 1985: Une Créature de rêve. 1986: La Folle Journée de Ferris Bueller. 1987: Un Ticket pour deux. 1988: La Vie en plus. 1989: Uncle Buck. 1991: Le P'tite Arnaqueuse.


ComĂ©die culte de toute une gĂ©nĂ©ration sortie un an après le tout aussi notoire The Breakfast Club; La folle journĂ©e de Ferris Bueller est une invitation Ă  l'Ă©vasion et Ă  l'Ă©panouissement en cette pĂ©riode aussi fragile qu'insouciante que dĂ©termine l'adolescence. Initiateur du Teen movie, John Hughes va bien au-delĂ  du genre pour mettre en exergue un hymne Ă  la dĂ©compression Ă  travers la journĂ©e de sèche d'un lycĂ©en impudent rivalisant d'audace et de ruses pour dĂ©jouer la hiĂ©rarchie enseignante et parentale. D'une drĂ´lerie constamment inventive multipliant Ă  rythme mĂ©tronomique les morceaux d'anthologie (la rĂ©ception au restaurant, le fameux concert improvisĂ© en centre-ville au coeur d'une foule dĂ©chaĂ®nĂ©e, la sĂ©quence du commissariat avec Jeanie Ă©prise d'amour pour un jeune marginal !), La folle journĂ©e de Ferris Bueller puise Ă©galement sa vigueur expansive en la prĂ©sence du jeune Matthew Broderick endossant le rĂ´le titre avec une spontanĂ©itĂ© dĂ©sinvolte.


En lycĂ©en Ă©mĂ©rite, ce dernier starifie son personnage depuis sa rĂ©putation notable d'enchaĂ®ner les rĂ©ussites avec un sens stratĂ©gique infaillible. Finaud, espiègle et bonimenteur, la journĂ©e rocambolesque qu'il se partage avec son acolyte Cameron et sa compagne Sloane constitue une aventure singulière dans sa manière couillue d'improviser les situations extravagantes au dĂ©tour d'un pĂ©riple urbain. A travers son esprit de camaraderie, John Hughes adopte Ă©galement (sans prĂ©venir) une rupture de ton pour souligner les thèmes de l'exclusion et du malaise adolescent par le biais du personnage introverti de Cameron qu'Alan Ruck incarne avec un humanisme torturĂ©. Sa volontĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e de s'affirmer pour tenir tĂŞte Ă  son père castrateur donne lieu Ă  des moments poignants lorsqu'il extĂ©riorise sa colère (la destruction de la Ferrari dans le garage). SĂ©millante et pleine de charme, Mia Sara s'interpose avec une tendre complicitĂ© dans la peau de Sloane, compagne sentimentale de Ferris. Dans un second-rĂ´le gentiment folingue, Jennifer Grey se glisse naturellement dans la peau d'une soeur cadette avec une jalousie fulminante ! Cette dernière s'efforçant de dĂ©noncer Ă  ses parents l'attitude flâneuse, insolente et orgueilleuse de Ferris, d'autant plus sarcastique Ă  son Ă©gard ! Enfin, et pour parachever de la manière la plus dĂ©sopilante, impossible d'occulter le personnage empotĂ© du principal de lycĂ©e que Jeffrey Jones adopte avec une rage contenue ! LittĂ©ralement obsĂ©dĂ© Ă  l'idĂ©e de dĂ©masquer au grand jour les stratagèmes perfides de Bueller, ce dernier ne cesse de semer les bĂ©vues improbables durant son cheminement investigateur ! (son effraction au foyer des Bueller, le tĂŞte Ă  tĂŞte avec le Rottweiler puis enfin son dĂ©part dans le car scolaire).


"La vie bouge bien trop vite. Si tu t'arrĂŞtes pas de temps en temps, elle peut te filer entre les doigts !"
Authentique chef-d'oeuvre du teenage movie, comédie débridée pleine de fraîcheur et d'hilarité, cure de jouvence anti-dépressive, pied de nez au politiquement sérieux, la Folle journée de Ferris Bueller suscite une ferveur exutoire en cette période complexe de l'adolescence. Une époque instable partagée entre l'épanouissement et la curiosité de braver l'interdit, la quête de reconnaissance et d'amour (tant au niveau parental qu'amical), la rébellion et le besoin d'aplomb pour ménager la maturité.

La chronique de Breakfast Clubhttp://brunomatei.blogspot.fr/2012/09/the-breakfast-club.html

B.M 3èx

mercredi 20 juillet 2016

Le Secret de la Pyramide / Young Sherlock Holmes

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site quelfilmregarder.blogspot.com

"Young Sherlock Holmes" de Barry Levinson. 1985. U.S.A. 1h49. Avec Nicholas Rowe, Alan Cox, Sophie Ward, Anthony Higgins, Vivienne Chandler, Susan Fleetwood, Freddie Jones.

Sortie salles France: 26 Mars 1986. U.S: 4 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Barry Levinson est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 Avril 1942 Ă  Baltimore. 1982: Diner. 1984: Le Meilleur. 1985: Le secret de la Pyramide. 1987: Les Filous. 1987: Good morning Vietnam. 1988: Rain Man. 1990: Avalon. 1991: Bugsy. 1992: Toys. 1994: Jimmy Hollywood. 1994: Harcèlement. 1996: Sleepers. 1997: Des Hommes d'influence. 1998: Sphère. 1999: Liberty Heights. 2000: An Everlasting Piece. 2001: Bandits. 2004: Envy. 2006: Man of the Year. 2008: Panique Ă  Hollywood. 2009: PoliWood (documentaire). 2012: The Bay. 2014 : The Humbling.
2015: Rock the Kasbah.


"Restez maître de vos émotions où elles vous mèneront à votre perte !"
En 1985, un an après l'Ă©norme succès d'Indiana Jones et le temple maudit, Steven Spielberg et son illustre sociĂ©tĂ© de production Amblin Entertainment supervisent une aventure inĂ©dite de Sherlock Holmes sous la houlette du rĂ©alisateur Barry LevinsonConan Doyle n'ayant jamais adaptĂ© d'aventures sur la jeunesse du dĂ©tective, Chris Columbus, scĂ©nariste de Gremlins et des Goonies, en Ă©labore un script afin de divertir un public familial hĂ©las timorĂ© lors de sa sortie commerciale (en France, 791 146 spectateurs se dĂ©placent dans les salles). En prime, mĂŞme si la critique de l'Ă©poque reconnait ses qualitĂ©s techniques (notamment l'innovation des images de synthèse par le biais du personnage "3D" du chevalier) et narratives (script charpentĂ© truffĂ© d'idĂ©es et de rebondissements), sa cotation s'Ă©lève Ă  peine Ă  5,7/10 sur le site web Rotten Tomatoes. Pour autant, en France, Le Secret de la Pyramide va rapidement conquĂ©rir le coeur des vidĂ©ophiles, principalement lors de son exploitation en Vhs ! Ainsi, quelques dĂ©cennies plus tard, cette aventure rocambolesque aux allures de luxueuse sĂ©rie B possède toujours ce charme irrĂ©fragable qui plus est inscrit dans la modestie. 


Non seulement grâce au savoir-faire et Ă  l'intĂ©gritĂ© de Barry Levinson s'efforçant scrupuleusement d'agrĂ©menter un scĂ©nario captivant Ă©maillĂ© de bravoures (l'Ă©chappĂ©e en machine volante, le duel Ă  l'Ă©pĂ©e, les pugilats au coeur du temple Ă©gyptien) et de fulgurances dĂ©bridĂ©es (les dĂ©lires hallucinogènes que les victimes Ă©prouvent sont matĂ©rialisĂ©s par des FX Ă  la fois soignĂ©s et inventifs !) mais aussi grâce Ă  la cohĂ©sion de nos protagonistes juvĂ©niles pĂ©tris d'humanisme et d'hĂ©roĂŻsme lors de leur apprentissage policier. Qui plus est, avec le charme docile de Sophie Ward endossant un second rĂ´le sentimental, Le Secret de la pyramide se permet en annexe de souligner sobrement une romance poignante parmi Sherlock Holmes si bien que son final Spoil ! pessimiste dĂ©tonne par son inopinĂ©e noirceur fin du Spoil. C'est donc Ă  travers l'investigation sagace d'Holmes, Watson et d'Elisabeth que ce rĂ©cit d'aventures renchĂ©rit son efficacitĂ© pour y dĂ©masquer un mystĂ©rieux criminel (l'Ă©nigmatique soutane Ă  la sarbacane !) en compromis avec une secte adoratrice du dieu Osiris ! Et ce, afin d'y venir Ă  bout, Ă  condition de savoir maĂ®triser ses Ă©motions au profit de la discipline.   


Amblin for ever.
Retraçant avec vibrante Ă©motion le rĂ©cit initiatique du plus cĂ©lèbre dĂ©tective anglais tentant de maĂ®triser ses Ă©motions par le truchement de l'action, la romance, l'amitiĂ© (ses rapports Ă©troits avec Watson) et l'aventure, Le Secret de la Pyramide regorge de gĂ©nĂ©rositĂ©, d'Ă©motions candides et de sincĂ©ritĂ© pour mettre en exergue un spectacle familial au service d'un public Ă©rudit. Dans la mesure oĂą son action bondissante JAMAIS gratuite est parfaitement Ă©quilibrĂ©e d'une structure narrative compacte sous l'impulsion chaleureuse d'ados lucides que le score de Bruce Broughton accompagne avec une sensibilitĂ© tĂ©nue pour leurs moments les plus intimes. Un bijou que le temps ne parvient pas Ă  sclĂ©roser (bien au contraire). 

*Bruno Matéï
10.06.22. 4èx

mardi 19 juillet 2016

FRANCESCA

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site anythinghorror.com 

de Luciano Onetti. 2015. Argentine/Italie. 1h19. Avec Luis Emilio Rodriguez, Gustavo Dalessanro, Raul Gederlini, Silvina Grippaldi, Evangelina Goitia, Juan Bautista Massolo, Florencia OllĂ©.

Sortie salles Espagne: 9 Octobre 2015

FILMOGRAPHIE:  Luciano Onetti est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur argentin.
2013: Sonno Profondo. 2015: Francesca


15 ans après la disparition de Francesca, un tueur sĂ©vit en agressant sauvagement ses victimes. Deux dĂ©tectives tentent de rĂ©soudre l'Ă©nigme. 

Fortement influencé par le genre en vogue à l'aube des seventies, Francesca est à mon sens un mauvais giallo auquel sa durée minimaliste ne plaide pas non plus en sa faveur (comptez 1h09 sans le générique de fin !). Car malgré la bonne volonté et la sincérité du réalisateur de nous offrir un spectacle divertissant dans la noble tradition du genre, Francesca sombre rapidement dans la médiocrité. Faute à un scénario mal ficelé que l'on connait par coeur auquel l'investigation dénuée de suspense et de ressort dramatique fait chavirer le navire vers la trivialité. A l'instar du jeu inexpressif des acteurs au grand dam d'une gestuelle atone, du manque de réalisme des séquences de meurtres, d'une partition pop trop envahissante, voire parfois même irritante (notamment ses mélodies agressives au clavecin), et d'une photo surexposée bien trop contrastée pour se laisser séduire par ses fulgurances picturales. Si toutefois de bonnes idées formelles et narratives font parfois illusion (comme le souligne son splendide générique d'intro saturé d'un score entraînant !), l'aspect franchement scolaire (pour ne pas dire amateur) de la mise en scène dénature toute ambition artistique.


"La peinture, ce n'est pas copier la nature, c'est travailler avec elle !"
Vraiment dommage donc d'avoir tenter aussi maladroitement d'honorer ses ascendants sans brio (ou si peu si je me réfère encore à son prologue), sans originalité et sans audace si bien que le metteur en scène n'avait d'yeux que pour l'ultra référence. Jusque dans la touche rétro de sa rutilante affiche d'exploitation "dessinée à l'ancienne"que les cinéphiles se consoleront finalement à fantasmer !

B.M

STRANGER THINGS

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

Créé par Matt Duffer et Ross Duffer. 2016. 8 épisodes de 48 minutes. Avec Winona Ryder, David Harbour, Matthew Modine, Cara Buono, Finn Wolfhard, Millie Brown.

FILMOGRAPHIE: Les frères Duffer sont des réalisateurs, producteurs et scénaristes américains. 2015: Hidden. 2016: Stranger Things.

                                  Une chronique exclusive de Gilles Rolland.

Note: ★★★★★

Le Pitch :
En 1983, dans une petite bourgade de l’Indiana aux États-Unis, l’inexplicable disparition de Will, un enfant, provoque l’Ă©moi de toute la communautĂ©. Alors que la mère du garçon affirme percevoir des Ă©tranges signaux lui indiquant que ce dernier cherche Ă  communiquer, les amis de Will se lancent Ă  sa recherche, tout comme les services de police, dirigĂ©s par Hopper, un homme brisĂ© par une tragĂ©die qui ne cesse de l’affecter. Rapidement, les indices convergent vers un mystĂ©rieux laboratoire perdu dans les bois. L’arrivĂ©e d’Eleven, une jeune fille pas comme les autres sortie de nulle part, ayant peut-ĂŞtre un lien avec toute cette histoire…


La Critique :
Impossible de nier la monumentale influence du cinĂ©ma de genre des annĂ©es 80 sur la production actuelle. Plus particulièrement des films portĂ©s par Amblin, la firme créée en 1981, par Steven Spielberg, Frank Marshall et Kathleen Kennedy, qui n’a eu de cesse de redĂ©finir les contours d’une industrie jusqu’Ă  imposer un nouveau modèle. Que l’on parle de E.T., de Gremlins, des Goonies ou de Retour vers le Futur, Amblin a rĂ©volutionnĂ© le septième-art populaire en profondeur.
ForcĂ©ment, les choses ont bien changĂ© sous le soleil d’Hollywood depuis la fin de ce que beaucoup considèrent Ă  juste titre comme un authentique âge d’or, avec l’arrivĂ©e de nouveaux moules, amenĂ©s Ă  produire des Ĺ“uvres plus cyniques, parfois sous couvert de dĂ©marches opportunistes faussement sincères. Alors que les pères fondateurs, Spielberg et Joe Dante en tĂŞte continuent leur route, avec une flamboyance sans cesse renouvelĂ©e pour le premier et un peu au petit bonheur la chance pour le second, d’autres tentent de renouer avec cette verve, sans toujours y parvenir. Si on a largement parlĂ© de J.J. Abrams, le rĂ©alisateur de Star Wars – Le RĂ©veil de la Force et de Super 8, comme du principal hĂ©ritier de ce mouvement, plus parce que ce dernier a vraiment cherchĂ© cette Ă©tiquette que pour de solides raisons, personne n’a vu venir les frères Duffer. Deux frangins remarquĂ©s par les initiĂ©s avec notamment leur film Hidden, qui ont dĂ©boulĂ© sans crier gare avec Stranger Things, une sĂ©rie parfaitement connectĂ©e avec l’esprit Amblin et plus largement avec tout un pan de la contre-culture pop. De celle dont on se souvient avec une mĂ©lancolie sincère…

Stranger Things s’est annoncĂ© Ă  grand renfort d’affirmations hyper prometteuses du genre « Winona Ryder dans une sĂ©rie hommage au cinĂ©ma de Spielberg ». Le style qu’on voit tous les quatre matins mais qui dĂ©bouche souvent sur d’amères dĂ©ceptions. Pour autant, lĂ , on avait envie d’y croire. Et en effet, nous avons eu raison, car Stranger Things est une pĂ©pite. De celles que l’on ne trouve que très rarement et qui, sans forcer, remettent les pendules Ă  l’heure.


Dans la forme, cette anthologie, avec un dĂ©but, un milieu et une fin (ouverte sur une potentielle saison 2), adopte beaucoup des codes mis en place dans les annĂ©es 80. La photographie est superbe, vintage Ă  souhait, mais ne se contente pas pour autant de tabler sur des automatismes. L’immersion est totale. On s’y croirait vraiment. Les ambiances sont prĂ©gnantes et certaines sĂ©quences brillent par leur beautĂ© crĂ©pusculaire. Les Duffer ont soignĂ© leur production design et leur mise en scène. ÉpaulĂ©s par Shawn Levy, qui ne nous avait pas vraiment habituĂ© Ă  tant de pertinence, ils construisent un univers plus vaste qu’il n’y paraĂ®t mais parviennent avant tout Ă  donner du corps Ă  cette communautĂ©, comme au bon vieux temps oĂą E.T. visitait notre planète. Les clins d’Ĺ“il « visuels » sont nombreux. Certaines scènes font directement rĂ©fĂ©rence Ă  des classiques, on voit des posters ici ou lĂ  (The Thing, Evil Dead, Les Dents de la Mer…), et il est très agrĂ©able de se laisser aspirer par un monde qui ressemble Ă  ce que le notre fut jadis. Tout du moins celui qui nous faisait rĂŞver quand, enfant, nous regardions ces films qui ont construit une large partie de notre imaginaire. La cave oĂą les enfants jouent Ă  Donjons et Dragons, la cabane dans les bois, l’Ă©cole, un laboratoire secret… Ă  eux seuls, les lieux clĂ©s de l’intrigue appellent des sensations et des sentiments multiples et identifiables pour quiconque ayant connu cette Ă©poque. Pour les autres, les plus jeunes, finalement, c’est un peu la mĂŞme chose tant Stranger Things Ă©voque une certaine universalitĂ© avec laquelle il semble difficile de ne pas avoir d’affinitĂ©s. Ă€ la manière de Spielberg, mais aussi de Stephen King, largement citĂ© lui aussi, le show prend pied dans une rĂ©alitĂ© reconnaissable, avant d’en modifier les contours pour la distordre selon sa volontĂ©, au grès d’une histoire de monstres, de copains, de parents et de mĂ©chants agents mandatĂ©s par un gouvernement en pleine Guerre Froide.
Alors oui, il convient vraiment d’Ă©voquer Stephen King, tant Stranger Thing lorgne du cĂ´tĂ© de son Ĺ“uvre, lĂ  encore, sans s’y reposer totalement. En fait, le scĂ©nario rappelle principalement Charlie et Carrie, mais dans le bon sens. On pense aussi Ă  Ça et bien sĂ»r Ă  Stand By Me. Que du bon. Les Duffer utilise leur goĂ»t et l’influence qu’ont eu Spielberg, King, ou bien John Carpenter, comme tremplin et non comme prĂ©texte. Il serait dommage de limiter Stranger Things Ă  ses rĂ©fĂ©rences car la sĂ©rie vaut bien plus que cela.


La façon dont elle s’amuse avec ses modèles va d’ailleurs ce sens. Les Duffer sont mĂŞme allĂ©s jusqu’Ă  chercher une icĂ´ne de l’Ă©poque, en la personne de Winona Ryder, pour lui confier un rĂ´le difficile, emblĂ©matique, mais par forcĂ©ment central, mĂŞme si elle vĂ©hicule une Ă©motion puissante. Matthew Modine, une autre star des 80’s, est aussi dans la place, aux cĂ´tĂ©s d’une jeune gĂ©nĂ©ration d’acteurs parfaitement raccords avec les intentions globales. Winona Ryder et Matthew Modine sont en quelque sorte des cautions. Les reprĂ©sentants d’un passĂ© qui refait surface sous l’impulsion de la nouvelle garde. Les Duffer et leurs jeunes acteurs se rĂ©appropriant ces rĂ©fĂ©rences dans ce qui s’apparente Ă  la fois Ă  un vibrant hommage, mais aussi Ă  un dĂ©sir de continuer ce que d’autres ont commencĂ©. L’histoire se prolonge et nous d’en prendre plein les yeux.
MĂŞme la musique a Ă©tĂ© pensĂ©e pour nous emporter loin, dans cette petite bourgade en proie Ă  des phĂ©nomènes surnaturels. Une excellente partition signĂ©e par le duo Kyle Dixon, Michael Stein, très Ă©lectro, dans le bon sens, alignĂ©e sur les scores de John Carpenter, et agrĂ©mentĂ©e de tubes rock issus de cette glorieuse dĂ©cennie prise en Ă©tau entre le souffle punk et l’envol de la FM et des nappes de synthĂ©. Pertinente, enveloppante, la musique est partout, omniprĂ©sente, et accompagne les personnages dans leurs aventures, de la plus belle des manières. Tout spĂ©cialement quand elle se fait le vecteur d’une poĂ©sie sombre qui se manifeste elle aussi au grès d’accents plus ou moins affirmĂ©s, mais jamais vains.


Il y a bien un monstre dans Stranger Things. Un crĂ©ature effrayante sortie d’un enfer qui en dit long sur notre Ă©poque (on n’en dira pas plus), qui est pourtant loin de compter autant que les personnages. Car si la sĂ©rie est aussi rĂ©ussie, c’est justement car elle ne perd jamais de vu ses personnages. Ils ne souffrent pas du contexte surnaturel ou d’une surabondance d’effets-spĂ©ciaux. Les frères Duffer ont esquivĂ© tous les pièges que beaucoup se sont pris en pleine poire. Stranger Things est un drame avant d’ĂŞtre un trip horrifique ou purement fantastique. LĂ  encore, Ă  l’instar des plus grands, les rĂ©alisateurs/scĂ©naristes ont imaginĂ© une histoire solide oĂą les thĂ©matiques trouvent un Ă©cho dans le fantastique. Ils nous livrent l’un des plus beaux rĂ©cits d’amitiĂ© vus depuis des lustres. Les Duffer ont parfaitement saisi tout ce qui caractĂ©rise les relations que peuvent avoir des amis avant l’adolescence. Sans en faire des caisses, dans une dĂ©marche sincère et habitĂ©e, proche du modèle du genre, Ă  savoir Stand By Me. Pareil quand ils parlent de la maternitĂ© ou du deuil. Stranger Things est une grande sĂ©rie sur l’espoir que peuvent porter les enfants, devant des parents soit dĂ©passĂ©s soit plus dĂ©missionnaires. En prenant pied au dĂ©but des annĂ©es 80, le show en profite pour parler de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine, mais aussi du monde dans son ensemble. Il nous cause de la peur de l’autre, qui parfois est diffĂ©rent, et de cette innocence que le cynisme et le monde des adultes cherche Ă  tout prix Ă  dĂ©truire.


On a souvent reprochĂ© Ă  J.J. Abrams d’avoir fait de Super 8, son hommage Ă  Spielberg et Ă  Amblin, une sorte de gros truc opportuniste. On est d’accord ou pas mais il n’y a aucune chance que l’on affirme la mĂŞme chose Ă  propos des frères Duffer. Ces derniers ont tout compris, jusque dans les moindres dĂ©tails et si chaque Ă©pisode de leur sĂ©rie regorge en effet de rĂ©fĂ©rences appuyĂ©es, elles sont finalement surtout lĂ  pour permettre au spectateur de s’identifier Ă  l’univers mis en place ainsi qu’aux personnages, mais jamais une fin en soi. Pour les fans, elles sont de bons gros bonus bien savoureux mais pour les nĂ©ophytes, elles ne seront jamais une entrave Ă  la bonne comprĂ©hension ou Ă  l’apprĂ©hension de l’ensemble.
Stranger Things fait passer par une multitude d’Ă©motions diffĂ©rentes. Très vite, dès les premières minutes, on se prend Ă  vibrer avec Mike et ses amis. On a parfois peur, on rit souvent et les larmes ne sont jamais bien loin. La chair de poule elle, est omniprĂ©sente. Au fil des Ă©pisodes, tandis que le dĂ©nouement approche, Stranger Things dĂ©voile ses cartes. Son Ă©criture, pleine de sensibilitĂ© et d’empathie, dĂ©montre d’une comprĂ©hension rare des codes et d’un respect indĂ©niable. De Winona Ryder aux gamins, en passant par l’intense David Harbour (vu dans The Newsroom) et la jeune Millie Bobby Brown, la distribution est de plus assez incroyable. Les acteurs ont tous Ă©tĂ© castĂ©s avec une attention manifeste et ça se voit. Ă€ fond, ils livrent des interprĂ©tations sans faille et contribuent Ă  nous coller des Ă©toiles dans les yeux, grâce Ă  leur talent et Ă  leur dĂ©vouement permanent (mention aux 3 gamins).
Sublime, passionnante, surprenante, ce show unique a tout pour plaire au plus grand nombre, mais ne sacrifie jamais son intĂ©gritĂ©. Dans le jargon, on appelle ça un miracle de cinĂ©ma. Comment ça c’est une sĂ©rie TV ?

@ Gilles Rolland

lundi 18 juillet 2016

THE STRANGERS

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com 

de Na Hong-jin. 2016. Corée du Sud. 2h36. Avec Kwak Do-won, Hwang Jeong-min, Cheon Woo-hee, Kim Hwan-hee, Jun Kunimura.

Sortie salles France: 6 Juillet 2016. Corée du Sud: 12 Mai 2016

FILMOGRAPHIE: Na Hong-jin est un réalisateur et scénariste sud-coréen, né en 1974.2008 : The Chaser. 2010 : The Murderer. 2016: The Strangers


RĂ©vĂ©lĂ© par le chef-d'oeuvre The Chaser et le non moins excellent The MurdererNa Hong-jin nous revient avec The Strangers, un projet autrement singulier si bien que ce thriller prioritairement horrifique baigne dans un surnaturel chargĂ© de mysticisme. Dans un petit village corĂ©en, l'inspecteur Jong-goo est chargĂ© d'Ă©lucider une vague de crimes inexpliquĂ©s. Au moment de suspecter un japonais vivant reclus dans les montagnes, sa fille est en proie Ă  des crises d'hystĂ©rie incontrĂ´lĂ©es. Il dĂ©cide d'invoquer l'aide d'un shaman. 


D'une durĂ©e excessive de 2h36, The Strangers aborde le thème de la possession sataniste avec la dextĂ©ritĂ© d'une mise en scène prenant son temps Ă  dĂ©velopper son sujet et la trajectoire indĂ©cise des personnages. Alternant enquĂŞte policière et magie noire face au tĂ©moignage d'un flic et d'un Ă©minent chaman, Na Hong-jin tend Ă  nous alerter sur la nature insidieuse du Mal et l'incapacitĂ© pour l'homme d'en dĂ©masquer son identitĂ©. Ne cessant de brouiller les pistes quant aux suspects dĂ©lĂ©tères experts en art du subterfuge, The Stranger insuffle un climat d'inquiĂ©tude aussi inconfortable que malsain. Tant au niveau de la scĂ©nographie des victimes sauvagement mutilĂ©es, des sĂ©ances d'exorcisme pratiquĂ©es dans une tradition sĂ©culaire que des exactions meurtrières d'un zombie dĂ©gingandĂ© ou de la posture placide d'un japonais mutique. La nature environnante, pluvieuse et feutrĂ©e, renforçant Ă©galement son cadre anxiogène. Face Ă  cette dĂ©rive criminelle en chute libre, un flic tente d'en dĂ©busquer le coupable et d'y dĂ©celer le vrai du faux lorsque le surnaturel est objet de craintes et de doutes. Sa propre fille en subira d'ailleurs un prĂ©judice inĂ©quitable jusqu'Ă  la conclusion aussi Ă©quivoque que glaçante. Sans volontĂ© d'expliquer les tenants et aboutissants des personnages les plus Ă©nigmatiques (la femme en blanc, le japonais, le shaman), Na Hong-jin nous embourbe dans une vĂ©nĂ©neuse et Ă©prouvante descente aux enfers depuis l'impuissance du hĂ©ros Ă  dĂ©jouer les forces du Mal.


"Le mal caché est le plus grave"
InquiĂ©tant et dĂ©routant et parvenant avec brio Ă  renouveler les codes du film de possession parmi la charpente d'un scĂ©nario volontairement tortueux et abscons, The Strangers pourrait mĂŞme dĂ©cupler sa vigueur Ă©motionnelle et dramatique après un second visionnage. Fort d'une intensitĂ© en crescendo et d'une caractĂ©risation fĂ©brile des personnages (se laissant beaucoup trop influencĂ©s par leurs Ă©motions !), cette Ă©preuve humaine extĂ©riorise un sentiment d'impuissance poignant face Ă  la dĂ©loyautĂ© du Mal. 

B.M


lundi 11 juillet 2016

Les Seigneurs de la Route / La Course Ă  la mort de l'An 2000 / Death Race 2000. Licorne d'Or au Rex de Paris, 1975.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

de Paul Bartel. 1975. U.S.A.1h19. Avec David Carradine, Sylvester Stallone, Simone Griffeth, Mary Woronov, Roberta Collins, Martin Kove.

Sortie salles France: 16 Juin 1976. U.S: 27 Avril 1975

FILMOGRAPHIE: Paul Bartel est un acteur, producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 6 aoĂ»t 1938 Ă  Brooklyn, New York, et dĂ©cĂ©dĂ© le 13 mai 2000 Ă  New York (États-Unis). 1968: The Secret Cinema. 1969: Naughty Nurse. 1972: Private Parts. 1975: La Course Ă  la mort de l'an 2000. 1976: Cannonball ! 1982 : Eating Raoul. 1984: Not for Publication. 1985: Lust in the Dust. 1986 : Les Bons tuyaux. 1989 : Scenes from the Class Struggle in Beverly Hills. 1993: Shelf Life.


B movie culte produit par Roger Corman, Les Seigneurs de la Route gagna Ă©galement sa notoriĂ©tĂ© grâce Ă  son exploitation en VHS Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80. Prenant pour thème les dĂ©rives (avant-gardistes) de la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© Ă  travers un jeu sportif extrĂŞmement violent, l'intrigue suit l'itinĂ©raire routier de pilotes de course avides de remporter la victoire en assassinant sur leur chemin le plus de piĂ©tons possibles. Une femme Ă©quivalent Ă  20 points, un adolescent: 40 points, les enfants de 12 ans et -: 70 points et enfin les personne âgĂ©s de plus de 75 ans: 100 points. Frankenstein (David Carradine) et Mitraillette Kelly (Sylvester Stallone) se disputant fĂ©brilement le match avec un cabotinage dĂ©complexĂ© ! Ainsi, ce concept aussi dĂ©lirant qu'improbable, Paul Bartel l'illustre avec un humour sardonique souvent jouissif Ă  travers ses gags Ă  rĂ©pĂ©titions et sa violence gore qui en Ă©mane. Tous les personnages vils et mesquins surjouant sans retenue pour mieux dĂ©noncer l'absurditĂ© d'une sociĂ©tĂ© despotique dĂ©nuĂ©e de culture et d'humanitĂ©, alors que les mĂ©dias se prĂŞtent cyniquement Ă  cette mascarade dans l'immoralitĂ© la plus totale (suffit de voir le rictus du prĂ©sentateur se rĂ©jouissant de la mort de chaque piĂ©ton sacrifiĂ© !).


Avec ces voitures futuristes customisées tout droits sorties de la série animée Les Fous du volants et la défroque risible de super-héros à la p'tite semaine, les Seigneurs de la Route cultive un esprit BD bisseux dans une facture ultra kitch. A l'instar des décors de fond grossièrement façonnés en matte painting derrière les tribunes des spectateurs ! Or, si le récit répétitif se résume à une inlassable course entre pilotes décervelés (on a d'ailleurs l'impression qu'ils ont subi une lobotomie pour accepter pareille déontologie !), Paul Bartel parvient à soutenir le rythme de par son lot fertile de poursuites et règlements de compte, notamment avec l'appui militant de l'armée de la résistance (française ! ?) semant des pièges autour de cette course transcontinentale. Quant au personnage imbu de Frankenstein, David Carradine se prête satiriquement au jeu avec une certaine ambivalence de par son attitude aussi couarde qu'héroïque, alors que Stalonne lui dispute jalousement la vedette dans sa fonction risible de "gangster" machiste opportuniste.


Divertissement fauchĂ© aussi dĂ©bridĂ© que dĂ©calĂ© pour sa reprĂ©sentation cartoonesque d'une dictature prĂ©sidentielle rĂ©gissant les nouveaux jeux du cirque (le merchandising du jeu-video s'en inspirera d'ailleurs par la suite), les Seigneurs de la Route fait office de sympathique curiositĂ© avec l'appui d'anthologiques lynchages routiers lors de sa 1ère partie furibarde. 

*Bruno
13.09.23. 6èx

Récompense: Licorne d'Or au Festival du cinéma fantastique de Paris, 1975.