mercredi 4 octobre 2017

VIENS CHEZ MOI J'HABITE CHEZ UNE COPINE

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinecomedies.com

de Patrice Leconte. 1981. France. 1h25. Avec Michel Blanc, Bernard Giraudeau, Thérèse Liotard,
Anémone, Sylvie Granotier, Marie-Anne Chazel, Béatrice Costantini, Gaëlle Legrand.

Sortie salles France: 28 Janvier 1981

FILMOGRAPHIE: Patrice Leconte est un réalisateur, scénariste et metteur en scène français né le 12 novembre 1947 à Paris. 1971 : Blanche de Walerian Borowczyk (assistant réalisateur). 1976 : Les Vécés étaient fermés de l'intérieur. 1978 : Les Bronzés. 1979 : Les bronzés font du ski. 1981 : Viens chez moi, j'habite chez une copine. 1982 : Ma femme s'appelle reviens. 1983 : Circulez y a rien à voir. 1985 : Les Spécialistes. 1987 : Tandem. 1989 : Monsieur Hire. 1990 : Le Mari de la coiffeuse. 1991 : Contre l'oubli. 1993 : Tango. 1994 : Le Parfum d'Yvonne. 1995 : Lumière et Compagnie. 1996 : Ridicule. 1996 : Les Grands Ducs. 1998 : Une chance sur deux. 1999 : La Fille sur le pont. 2000 : La Veuve de Saint-Pierre. 2001 : Félix et Lola. 2002 : Rue des plaisirs. 2002 : L'Homme du train. 2004 : Confidences trop intimes. 2004 : Dogora : Ouvrons les yeux. 2006 : Les Bronzés 3. 2006 : Mon meilleur ami. 2008 : La Guerre des miss. 2011 : Voir la mer. 2012 : Le Magasin des suicides. 2014 : Une promesse. 2014 : Une heure de tranquillité.


A peine remis des succès successifs des BronzĂ©s et des BronzĂ©s font du ski, le maĂ®tre (nĂ©ophyte) de la comĂ©die populaire Patrice Leconte enchaĂ®ne en 1981 avec Viens chez moi j'habite chez une copine. Un vaudeville taillĂ© sur mesure sous l'impulsion musicale du chanteur Renaud et d'un trio d'acteurs (de la vieille Ă©cole si j'ose dire) au diapason ! Et le public de se ruer Ă  nouveau en masse pour applaudir la colocation amiteuse entre un joyeux drille et un couple Ă©minemment dĂ©bonnaire. Amis de longue date, Daniel accepte d'hĂ©berger Guy dans son appartement après que ce dernier fut expulsĂ© de son emploi de pompiste faute de vol. Impertinent et encombrant, Guy finit par semer la zizanie au sein du couple que menaient harmonieusement Daniel et Françoise. 


Un pitch simpliste, supra lĂ©ger, que Patrice Leconte maĂ®trise pourtant avec un infaillible savoir-faire et une redoutable efficacitĂ© si bien que quelques dĂ©cennies plus tard ce divertissement typiquement franchouillard n'a pas pris une mini ride ! De par la multitude de quiproquos et dĂ©convenues que Guy enchaĂ®ne sans modĂ©ration par son esprit de camaraderie taillĂ© dans la dĂ©sinvolture et la maladresse, et des instants de tendresse dĂ©coulant au final de ces rapports houleux entre Daniel et Françoise. Michel Blanc crevant l'Ă©cran Ă  chaque seconde dans celui de l'acolyte influençable aussi bien flâneur que fripon et donc redoublant de culot pour subvenir Ă  sa survie et d'enchaĂ®ner par la mĂŞme occasion les conquĂŞtes sexuelles d'un soir (on notera sur son carnet de rencontres l'apparition hilarante de la comĂ©dienne AnĂ©mone en artiste de cirque Ă©grillarde !). Quant au couple de prime abord adĂ©quat que reprĂ©sentent Daniel et Françoise, l'excellent et regrettĂ© Bernard Giraudeau et la non mais sĂ©duisante (et beaucoup trop rare) ThĂ©rèse Liotard insufflent Ă  l'Ă©cran une fraĂ®cheur, une candeur et une spontanĂ©itĂ© naturellement saillantes. Autant dire que ce trio pĂ©tri d'humanisme et de fourberie, d'esprit de solidaritĂ© et d'amitiĂ© dĂ©clenchent sourires, rires et bonne humeur au grĂ© de mĂ©saventures urbaines que Guy influence parmi la fâcheuse consĂ©quence du larcin.


Oasis de fantaisie, de drĂ´lerie et de cocasserie en roue libre (les minutes dĂ©filent Ă  une vitesse d'omnibus au rythme de dialogues incisifs !), Viens chez moi j'habite chez une copine affiche un ton libertaire aussi bien tendre que charmant autour des consĂ©quences du chĂ´mage et de la colocation, de l'amitiĂ© et de l'amour, de l'infidĂ©litĂ© et la rĂ©conciliation. A revoir d'urgence pour tĂ©moigner notamment Ă  nouveau de son irrĂ©sistible pouvoir de sĂ©duction que suscitent communĂ©ment l'habiletĂ© de sa mise en scène ainsi que son sĂ©millant casting ! (il s'agit d'ailleurs peut-ĂŞtre mĂŞme du meilleur rĂ´le de Michel Blanc ! ). Un vrai film "d'acteurs" en somme issus du cafĂ© théâtre ! 

Bruno Dussart
2èx

mardi 3 octobre 2017

CA VA COGNER

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Any Which Way You Can" de Buddy Van Horn. 1980. U.S.A. 1h55. Avec Clint Eastwood, Sondra Locke, Geoffrey Lewis, Ruth Gordon, John Quade, Roy Jenson, Bill McKinney, William O'Connell.

Sortie salles France: 25 Mars 1981. U.S: 17 Décembre 1980

FILMOGRAPHIEBuddy Van Horn est un cascadeur et réalisateur américain né le 20 août 1929. 1980 : Ça va cogner. 1988 : L'inspecteur Harry est la dernière cible. 1989 : Pink Cadillac.


"Signale, Ă  droite !"

Reprenant les mĂŞmes ingrĂ©dients que son modèle sous la houlette de Buddy Van Horn (James Fargo  ayant cĂ©der sa place), Ca va cogner ne déçoit pas si bien qu'il s'avère aussi rĂ©ussi, voir mĂŞme un chouilla plus drĂ´le lorsqu'il s'agit de brocarder Ă  nouveau la bande des motards fĂ©rus de vengeance Ă  apprĂ©hender leur ennemi jurĂ©, Philo. ComĂ©die d'action aussi bien gĂ©nĂ©reuse que tendre mais un peu moins bâtie sur le road trip, Ca va cogner continue de prĂ´ner les valeur de la camaraderie et l'entrain de la baston auprès de nos itinĂ©rants Philo et Lynn (rabibochĂ©s le temps d'une brève explication et d'une Ă©treinte dans une grange !), Orville (Geoffrey Lewis, charismatique et plus vrai que nature en acolyte de longue date !), SĂ©novia (irrĂ©sistible Ruth Gordon en mĂ©mĂ© bourrue !) et l'impayable orang-outang, Clyde. Victime d'un chantage auprès d'un combat de rue qu'il hĂ©site Ă  acquiescer alors que ses amis lui conjurent d'y renoncer, Philo est d'autant plus indĂ©cis lorsqu'il se lie d'amitiĂ© avec son rival, Elmo (campĂ© par William O'Connell, inoubliable Falconetti de la sĂ©rie TV Le Riche et le Pauvre !). Un homme d'affaire rĂ©putĂ© pour ĂŞtre un cogneur inĂ©galable mais pour autant quelque peu rĂ©fractaire lorsqu'il s'agit de s'opposer Ă  Ă©gal de soi. L'intrigue se clĂ´turant par leur rencontre au sommet au grĂ© d'un pugilat aussi violent qu'interminable, et ce sans trop Ă©branler les spectateurs les plus jeunes impliquĂ© dans une aventure bonnard pĂ©trie de simplicitĂ© et de sentiments.


Divertissement familial sans prĂ©tention donc car inscrit dans la dĂ©contraction, la rĂ©conciliation (celle des motards, de Lynn et d'Elmo auprès de Philo) et la bonhomie (en dĂ©pit d'une fortuite sĂ©quence de snuf animalier, affrontement complaisant entre un furet et un crotale !), Ca va cogner laisse comme empreinte une sĂ©rie B Ă  la fois attendrissante et (gentiment) cocasse sous l'impulsion de comĂ©diens fringants se prĂŞtant au jeu de la dĂ©connade dans une sĂ©rĂ©nitĂ© libertaire. 

Eric Binford.
2èx

lundi 2 octobre 2017

GERALD'S GAME

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

de Mike Flanagan. 2017. U.S.A. 1h43. Avec Carla Gugino , Bruce Greenwood, Carel Struycken, Henry Thomas, Kate Siegel.

Sortie TV Netflix: 29 septembre 2017

FILMOGRAPHIEMike Flanagan, né en 20 mai 1978 à Salem (Massachusetts), est un cinéaste américain. 2000 : Makebelieve. 2001 : Still Life. 2003 : Ghosts of Hamilton Street. 2006 : Oculus: Chapter 3 - The Man with the Plan. 2011 : Absentia. 2013 : The Mirror (Oculus). 2016 : Pas un bruit (Hush). 2016 : Before I Wake. 2016 : Ouija : les origines. 2017 : Jessie (Gerald's Game).


Thriller psychologique singulier de par son contexte de survie tout en intimitĂ© et son traitement surrĂ©aliste rĂ©servĂ© aux Ă©tats d'âmes de l'hĂ©roĂŻne en proie aux hallucinations, Gerald's Game est un superbe portrait de femme que Mike Flanagan traite avec autant de dignitĂ© que de rĂ©alisme. La banalitĂ© du quotidien s'exprimant ici Ă  travers une Ă©touffante situation de claustration au sein du cadre exigu d'une chambre tamisĂ©e. RĂ©unis dans un chalet le temps d'un week-end, un couple en perdition tente d'offrir un second souffle Ă  leur dĂ©convenue sexuelle. MenottĂ©e au lit en guise de jeu lubrique, Jessie Ă©prouve rapidement un malaise quant au comportement ambigu, pour ne pas dire sado-maso  de son Ă©poux. Mais suite Ă  un malaise cardiaque, celui-ci succombe laissant Jessie complètement dĂ©munie depuis l'entrave de ses menottes. AttirĂ© par le sang du cadavre tombĂ© sur le sol, un chien errant pĂ©nètre dans la chambre. 


Abordant le drame psychologique sous couvert de thriller horrifique Ă©maillĂ© de quelques sĂ©quences gores (les exactions du chien cerbère et surtout un acte sacrificiel Ă  la limite du supportable) ou angoissantes assez Ă©prouvantes (notamment l'apparition de - l'Ă©ventuelle - "faucheuse"), Gerald's Game traite du traumatisme infantile avec une Ă©motion rigoureuse. Car traitant des thèmes sulfureux de la pĂ©dophilie et de l'inceste au sein d'une famille dysfonctionnelle, la rĂ©miniscence que nous relate l'hĂ©roĂŻne hantĂ©e de culpabilitĂ© extĂ©riorise un climat malsain plutĂ´t dĂ©routant et dĂ©rangeant. De par la froideur de sa mise en scène privilĂ©giant un ton austère (voir aussi onirique au grĂ© d'une Ă©clipse lunaire) sous l'impulsion d'un jeu d'acteurs très convaincant. D'ailleurs, habituĂ©e aux seconds-rĂ´les durant la majoritĂ© de sa carrière, Carla Gugino porte le rĂ©cit sur ses Ă©paules avec une dimension humaine souffreteuse. De par sa situation de survie d'extrĂŞme urgence auquel les minutes sont comptĂ©es et ces hallucinations rĂ©currentes laissant planer un soupçon de folie contagieuse. Entièrement dĂ©diĂ© Ă  sa caractĂ©risation fĂ©brile et dĂ©sorientĂ©e, le rĂ©cit aride met en image ses pensĂ©es morales par le principe des fantĂ´mes de son esprit. Son dĂ©funt mari apparaissant rĂ©gulièrement pour tenter de l'aiguiller ou de la contredire face Ă  ses doutes et erreurs, quand bien mĂŞme le double d'elle mĂŞme tente de la rappeler au raisonnement d'un secret infantile prĂ©judiciable.


C'est donc une initiation au courage et Ă  la constance, une thĂ©rapie interne que nous relate singulièrement Mike Flanagan par le biais d'un rĂ©cit de Stephen King aussi captivant que d'une âpre cruautĂ©. L'hĂ©roĂŻne en chute libre corporelle (voire aussi morale) parvenant in extremis par son Ă©preuve Ă  châtier ses dĂ©mons afin d'accepter le deuil d'un inceste. Une excellente adaptation d'une belle dignitĂ© humaine parvenant avec maĂ®trise Ă  Ă©lever le thriller Ă  une dimension autrement plus substantielle pour le traitement de ses personnages torturĂ©s. 

Eric Binford.

vendredi 29 septembre 2017

DOUX, DUR ET DINGUE

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

"Every Which Way But Loose" de James Fargo. 1978. U.S.A. 1h54. Avec Clint Eastwood, Sondra Locke, Geoffrey Lewis, Beverly D'Angelo, Walter Barnes, Roy Jenson, James McEachin

Sortie salles France: 4 Avril 1979. U.S: 20 Décembre 1978

FILMOGRAPHIE: James Fargo, né le 14 août 1938 à Republic, Washington, États-Unis, est un réalisateur et producteur américain. 1976 : L'inspecteur ne renonce jamais. 1978 : Caravans. 1978 : Doux, dur et dingue. 1979 : Le Putsch des mercenaires. 1982 : L'Exécuteur de Hong Kong.


ComĂ©die d'aventures menĂ©e tambour battant au travers d'un road trip bucolique, Doux, dur et dingue surfe sur les films de bastons bonnards initiĂ©s par Bud Spencer et Terence Hill. Si bien qu'ici les gags enfantins et les pugilats de rue (et de saloon !) s'enchaĂ®nent de manière mĂ©tronomique au rythme d'une country-music que Sondra Locke chantonne dans les cabarets face Ă  une clientèle prolĂ©taire. Sans doute afin de casser son image de flic fasciste dans la sĂ©rie des Inspecteur Harry, Clint Eastwood se moque ici de lui mĂŞme avec une dĂ©contraction (inĂ©vitablement) attachante dans la peau d'un marginal au grand coeur (il tombe naĂŻvement amoureux d'une allumeuse au point de la poursuivre durant son pĂ©riple national) pratiquant les combats clandestins avec une rĂ©putation indĂ©trĂ´nable. EpaulĂ© d'un orang-outan badin, de son acolyte Orville et d'Echo, l'amie de ce dernier rencontrĂ©e sur une aire de marchĂ©, nos hĂ©ros sans peur ni reproches sillonnent les contrĂ©es du Colorado en se confrontant notamment aux moult provocations de deux flics revanchards et d'une bande de motards Ă  la limite de la dĂ©ficience mentale. Au-delĂ  de cette galerie de francs-tireurs excentriques aussi bien provocateurs qu'entĂŞtĂ©s, on peut Ă©galement noter l'apparition survitaminĂ©e de l'illustre Ruth Gordon (Harold et Maud, Rosemary's Baby) dans celle d'une mĂ©mĂ© renfrognĂ©e plutĂ´t irascible Ă  daigner imposer son identitĂ© d'un âge avancĂ©. Bien Ă©videmment, et de manière parfaitement assumĂ©e, Doux, dur et dingue ne vole pas bien haut dans son alliage de gags et bastons d'un intĂ©rĂŞt purement rĂ©crĂ©atif quand bien mĂŞme la bonhomie de nos hĂ©ros au grand coeur et le tempĂ©rament survoltĂ© de leurs rivaux opiniâtres nous enseignent une bonne humeur expansive entre deux Ă©treintes amoureuses.


Dépaysant (magnifiques paysages ruraux du Colorado) généreux et terriblement sincère dans son florilège de péripéties saugrenues, poursuites et altercations musclées, Doux, dur et dingue enflamme la comédie populaire (en dépit de la violence aride de certains combats qu'Eastwood transcende en héros viril) avec une extrême simplicité à la fois exubérante et attendrissante. A revoir avec une vibrante nostalgie et à savourer entre potes du samedi soir affublés de packs de bières généreuses en mousse !

Bruno Dussart
2èx 

jeudi 28 septembre 2017

SEVEN SISTERS

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"What Happened to Monday" de Tommy Wirkola. 2017. Belgique/U.S.A/France/Angleterre. 2h04. Avec Noomi Rapace, Willem Dafoe, Glenn Close, Marwan Kenzari, PĂĄl Sverre Hagen, Adetomiwa Edun.

Sortie salles France: 30 Août 2017 (Int - 12 ans). U.S: 18 Août 2017

FILMOGRAPHIE: Tommy Wirkola est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma norvĂ©gien, nĂ© le 6 dĂ©cembre 1979 Ă  Alta dans le comtĂ© de Finnmark. 2007 : Kill Buljo : ze film. 2009: Dead Snow. 2010 : Kurt Josef Wagle og legenden om fjordheksa. 2013 : Hansel et Gretel : Witch Hunters. 2014 : Dead Snow 2. 2017 : Seven Sisters.


Blockbuster estival chaudement accueilli en France (1 356 119 entrĂ©es), Seven Sisters porte la signature du norvĂ©gien Tommy Wirkola, rĂ©alisateur des sympathiques dĂ©lires gores Dead Snow 1 et 2Dans un futur proche, faute d'une surpopulation, du rĂ©chauffement climatique et des pĂ©nuries alimentaires, les autoritĂ©s ont dĂ©cidĂ© de limiter le nombre de naissances Ă  un seul enfant par foyer. Mais bravant l'interdit, une mère morte en couches donne naissance en secret Ă  des septuplĂ©es. L'Ă©poux dĂ©cide alors de les cacher dans une chambre secrète de son appartement sous couvert de conditions drastiques enseignĂ©es Ă  ses filles. 30 ans plus tard, l'une des soeurs disparaĂ®t mystĂ©rieusement durant un rendez-vous professionnel. Au moment oĂą ces dernières tentent de la retrouver, les agents du CAB sont sur le point de dĂ©busquer leur tanière ! Empruntant l'anticipation dystopique hĂ©ritĂ©e du parangon Soleil Vert et consorts (thèmes similaires sur la surpopulation, la pollution et les pĂ©nuries alimentaires auprès d'une dictature sans vergogne), Seven Sisters constitue un formidable film d'action aussi intègre que gĂ©nĂ©reux en diable.


L'action rebondissant sans cesse grâce aux multiples directions que les hĂ©roĂŻnes parcourent ardemment afin de retrouver leur soeur et prĂ©server leur unitĂ© familiale. Et ce sans cĂ©der Ă  la gratuitĂ© du spectacle racoleur, de par l'efficacitĂ© d'un script structurĂ© sublimant le portrait de 7 jumelles converties contre leur grĂ© en fugitives aussi pugnaces que valeureuses. Sur ce point dĂ©tonnant, on peut vanter la prestance (hybride) de Noomi Rapace se fondant dans les corps de 7 personnages distincts sous l'impulsion d'une palette de sentiments contradictoires. L'actrice oscillant sans rougir une Ă©motion tantĂ´t poignante (pour les revirements Ă©tonnamment dramatiques que le script s'adonne sans complexe), tantĂ´t oppressante (pour les stratĂ©gies de dĂ©fense Ă  perdre haleine qu'elles doivent dĂ©cupler afin de dĂ©jouer la menace permanente des agents du CAB). Outre l'attrait effrĂ©nĂ© et la lisibilitĂ© des sĂ©quences homĂ©riques fertiles en cascades et sanglants gunfights, Seven Sisters cultive une finaude audace Ă  dĂ©tourner les codes par le biais d'une dramaturgie inopinĂ©ment insolente ! Car exploitant habilement le genre du survival pur et dur au sein d'un cadre urbain blafard (superbement contrastĂ© par la morphologie d'immeubles grisonnants dressĂ©s les uns contre les autres), Tommy Wirkola crĂ©dibilise son univers futuriste Ă©touffant oĂą pauvretĂ© et exclusion sont une fois de plus dĂ©prĂ©ciĂ©es par une dictature plus immorale et implacable qu'elle n'y parait.


En dĂ©pit de certaines facilitĂ©s et pirouettes narratives un chouilla improbables lors de sa dernière partie aussi bien palpitante qu'Ă©mouvante (mais un peu trop vite expĂ©diĂ©e Ă  mon sens par ses  rebondissements en pagaille), Seven Sisters renchĂ©rit embuscades, soubresauts et pĂ©ripĂ©ties vertigineuses au sein d'une dystopie insidieusement cynique. Sans jamais perdre de vue la dimension humaine de ses hĂ©roĂŻnes implacablement molestĂ©es (d'autant plus compromises entre trahison et  sens du sacrifice), Tommy Wirkola insuffle une poignante (et cruelle) Ă©motion pour nous impliquer dans leur Ă©preuve de survie en chute libre. Sous le pilier du Blockbuster ludique mais intelligemment exploitĂ©, Seven Sisters demeure donc une excellente surprise dans le paysage si habituellement lisse et conventionnel de l'actionner bourrin, avec en guise d'Ă©pilogue un plaidoyer pour le libĂ©ralisme et le droit Ă  la naissance multiple. 

Bruno Matéï

mardi 26 septembre 2017

COMTESSE DRACULA

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site anolis-film.de

"Countess Dracula" de Peter Sasdy. 1971. Angleterre. 1h34. Avec Ingrid Pitt, Nigel Green, Sandor Elès, Maurice Denham, Patience Collier, Peter Jeffrey

Sortie salles France: 7 DĂ©cembre 1972. Angleterre: 31 Janvier 1997. 

FILMOGRAPHIE: Peter Sasdy est un réalisateur anglais, né le 27 Mai 1935 à Budapest.
1970: Une Messe pour Dracula. 1971: La Fille de Jack l'Eventreur. 1971: Comtesse Dracula. 1972: Doomwatch. 1972: The Stone Tape (télé-film). 1973: Nothing but the Night. 1975: Evil Baby. 1975: King Arthur, the young Warlord. 1977: Welcome to blood City. 1983: The Lonely Lady. 1989: Ending up (télé-film). 1991: Sherlock Holmes and the leading lady (télé-film).


RĂ©alisĂ© par Peter Sasdy la mĂŞme annĂ©e que (l'autrement audacieux) La Fille Jack l'Eventreur, Comtesse Dracula est l'adaptation horrifique de la cĂ©lèbre Comtesse Bathory (La Comtesse Sanglante) publiĂ©e en 1962 par Valentine Penrose. Prenant pour thèmes la jeunesse Ă©ternelle, l'inceste et le vampirisme de manière aussi bien dĂ©routante qu'originale, Comtesse Dracula relate la dĂ©liquescence morale de cette dernière avide de retrouver sa jeunesse après avoir dĂ©couvert que le sang d'une jeune domestique serait l'antidote pour lui rendre sa beautĂ©. Eprise d'amour pour le lieutenant Imre Toth, elle multiplie les sacrifices humains afin de prĂ©server leur liaison passionnelle. Mais leur relation est pour autant ternie par la jalousie du capitaine Dobi, complice meurtrier de la comtesse dĂ©libĂ©rĂ© Ă  compromettre leur futur mariage. Baignant dans une atmosphère Ă  la fois fĂ©tide et malsaine sous l'impulsion d'une galerie de personnages sans vergogne, Comtesse Dracula distille un vĂ©nĂ©neux parfum de sĂ©duction auprès d'une comtesse incestueuse (elle courtise son propre fils !) ne reculant devant aucun tabou pour parvenir Ă  ses fins.


EpaulĂ© d'une servante insidieuse et d'un capitaine fourbe et mesquin, le trio diabolique multiplie les subterfuges pour duper l'entourage et ce afin de taire l'horrible vĂ©ritĂ© sur la Comtesse. Cette dernière se faisant passer pour sa propre fille (prĂ©alablement kidnappĂ©e par un paysan russe) afin de justifier son Ă©clatante beautĂ©. Parfois dĂ©rangeant pour la posture licencieuse de la comtesse s'adonnant sans scrupule aux crimes gratuits au sein de dĂ©cors raffinĂ©s d'un château baroque (teintes grisâtres Ă  l'appui  formant un saisissant contraste Ă  son architecture gothique !), Comtesse Dracula exploite efficacement le mythe du vampire avec une audacieuse modernitĂ©. Sa grande rĂ©ussite Ă©manant de ces personnages rogues citĂ©s plus haut alors qu'un lieutenant plutĂ´t intègre va peu Ă  peu sombrer dans la complicitĂ© malgrĂ© lui, faute d'un implacable chantage. Outre cette Ă©tude de caractères des plus sulfureuses et passionnantes (d'autant mieux servi par un solide casting de seconds-rĂ´les !), l'actrice Ingrid Pitt dĂ©voile son corps plantureux avec une dimension Ă©rotique Ă©hontĂ©e. ImprĂ©gnĂ©e de vanitĂ©, d'ingratitude et de lâchetĂ©, l'actrice se pavane avec assurance face Ă  ses hĂ´tes et les manipulent Ă  sa guise parmi son emprise de sĂ©duction juvĂ©nile. Sa prĂ©sence magnĂ©tique insufflant au sombre rĂ©cit une intensitĂ© exponentielle au fil de ses exactions putassières quand bien mĂŞme son amant prĂ©alablement innocent ne pourra se rĂ©soudre Ă  s'extirper de son emprise après avoir dĂ©couvert l'horrible supercherie.


Excellente sĂ©rie B Ă©maillĂ©e d'effusions sanglantes et d'Ă©rotisme soft au sein d'une intrigue immorale baignant dans une sensualitĂ© mĂ©phitique, Comtesse Dracula adopte une fois de plus sous l'Ă©gide de la firme une dĂ©marche couillue pour innover dans l'horreur archaĂŻque, et ce grâce Ă  l'intensitĂ© d'un portrait historique scabreux rĂ©actualisĂ© dans un contexte surnaturel. 

Bruno Dussart
2èx

lundi 25 septembre 2017

L'Ange du Mal, REDEEMER / The Redeemer: son of Satan

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Constantine S.Gochis. 1978. U.S.A. 1h23. Avec Damien Knight, Jeannetta Arnette, Nick Carter, Nicki Barthen...

Sortie salles France (uniquement au Rex de Paris): Mars 1978 (Int - de 18 ans). U.S: 7 Avril 1978

FILMOGRAPHIE: Constantine S.Gochis est un réalisateur américain. 1978: L'Ange du mal.


"Dans l’ombre du RĂ©dempteur : un psycho-killer baroque".
DistribuĂ© par Scherzo Ă  l’âge sacro-saint de la VHS - les vidĂ©ophiles, hypnotisĂ©s par sa jaquette rutilante, s’y prĂ©cipitèrent pour le louer, uniquement en VOSTFR, Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80 - L’Ange du Mal (Redeemer) reste l’unique rĂ©alisation de l’AmĂ©ricain Constantine S. Gochis. RĂ©solument rare, oubliĂ©, presque spectral, le film ne connut chez nous qu’une projection au Festival du film Fantastique du Rex Ă  Paris. Empruntant la voie du psycho-killer avec un dĂ©tour singulier, tissant autour d’une sĂ©rie d’homicides un climat d’Ă©trangetĂ© dĂ©licieusement malsain, Redeemer est une fascinante curiositĂ© pour amateurs de reliques vĂ©nĂ©neuses.


Car si le hors-champ domine la plupart des meurtres, l’inventivitĂ© et la cruautĂ© du tueur engendrent une fascination trouble, presque nausĂ©euse - un rĂ©alisme cru, sans Ă©chappatoire. Comme cette jeune femme, noyĂ©e, la tĂŞte plongĂ©e dans un lavabo, son agonie Ă©tirĂ©e jusqu’Ă  l’insoutenable : sans doute la sĂ©quence la plus extrĂŞme, un cauchemar pour les ablutophobes. Quant au pitch, linĂ©aire et parfois Ă©quivoque, il se resserre en huis clos : six anciens camarades de lycĂ©e, rĂ©unis pour des retrouvailles, piĂ©gĂ©s dans une bâtisse par un mystĂ©rieux justicier dĂ©guisĂ©. Ici, le rĂ©alisateur ose un parti pris baroque : un tueur tour Ă  tour intĂ©griste dans ses prĂŞches, gouailleur sous ses accoutrements excentriques, et d’une vĂ©locitĂ© insaisissable quand il abat ses proies Ă  des moments arbitraires. MalgrĂ© un scĂ©nario rachitique, prĂ©visible et un prologue languissant (mais captivant), Gochis, par sa mise en scène tantĂ´t maladroite, tantĂ´t tĂ©mĂ©raire, soutient l’intĂ©rĂŞt dès que la nuit engloutit ses personnages pour une veillĂ©e infernale.


PortĂ© par un casting de visages mĂ©connus mais sincères dans la panique, une bande-son Ă©lectro diaboliquement atmosphĂ©rique, une photo dĂ©saturĂ©e Ă  l’Ă©clairage parfois soignĂ© (tout du moins en Blu-ray) et un montage chaotique - volontairement ? - Redeemer ne ressemble Ă  rien de connu. Il Ă©lève le psycho-killer vers une dimension hermĂ©tique : celle d’un puritanisme se muant en expiation sanguinaire. Ă€ redĂ©couvrir d’urgence.


Remerciement Ă  feu Lupanars Visions.

Bruno Matéï
22.06.25. 3èx

samedi 23 septembre 2017

CA

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"It" de Andrés Muschietti. 2017. U.S.A. 2h15. Avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis, Finn Wolfhard, Wyatt Oleff, Chosen Jacobs.

Sortie salles France: 20 Septembre 2017. U.S: 8 Septembre 2017

FILMOGRAPHIEAndrés Muschietti est un scénariste et réalisateur argentin, né le 26 août 1973
2013: Mama. 2017: Ça.


« Le remake de Ça d'Andy Muschietti rĂ©ussit Ă  aller au-delĂ  de mes attentes. Relaxez. Attendez. Et apprĂ©ciez. ». Stephen King. 
Meilleur dĂ©marrage de tous les temps pour un film d'horreur (50 425 786 $ pour son premier jour d'exploitation) qui plus est renforcĂ© de critiques Ă©logieuses outre-atlantique, Ca est la 1ère adaptation cinĂ© du cĂ©lèbre roman de Stephen King après que Tommy Lee Wallace se soit prĂŞtĂ© Ă  un (sympathique) traitement tĂ©lĂ©visuel en 1990. RĂ©cit d'aventures initiatiques au sein d'une horreur cartoonesque, Ca constitue une fabuleuse pochette surprise dans son melting-pot d'action et d'Ă©pouvante en roue libre. PlongĂ©e en apnĂ©e dans le dĂ©sagrĂ©ment de la peur du point de vue d'ados Ă  la fois chĂ©tifs et dĂ©brouillards, Ca exploite les thèmes du dĂ©passement de soi, de la maturitĂ©, de la solidaritĂ©, voir aussi de l'inceste avec une efficacitĂ© permanente. Car si les sĂ©quences horrifiques scandĂ©es d'une bande-son assourdissante et d'un montage percutant ne font pas preuve de subtilitĂ©, AndrĂ©s Muschietti est suffisamment habile et talentueux pour ne pas faire sombrer le navire dans une redondance rĂ©barbative. Et ce grâce en prioritĂ© Ă  la prestance sardonique du clown habituellement conçu pour amuser et faire rire la galerie comme il est de coutume dans les festivitĂ©s du cirque.


DĂ©tournĂ© en l'occurrence au profit d'une horreur malsaine par ses exactions cannibales (le traitement impitoyable rĂ©servĂ© aux ados s'avère d'autant plus rigoureux notamment lorsqu'il s'agit de dĂ©noncer en filigrane l'inceste d'un père abusif !), ce nouvel archĂ©type railleur constitue donc un solide alibi pour cumuler les poursuites et situations horrifiques que chaque ado endure indĂ©pendamment avant de s'allier pour mieux combattre leur cause. Le clown, maĂ®tre chanteur et affabulateur, manipulant d'autant mieux leur psychĂ© au grĂ© d'hallucinations collectives que ceux-ci matĂ©rialisent par leur manque de confiance, leurs sentiments de crainte de l'inconnu et de la peur du noir. Des sĂ©quences chocs originales, inventives, Ă©piques et terrifiantes sensiblement influencĂ©es par l'imagerie dĂ©bridĂ©e de Evil-dead et de la saga Freddy. Toutes ces pĂ©ripĂ©ties savamment coordonnĂ©es et brillamment rĂ©alisĂ©es Ă©vitent donc la gratuitĂ© (chaque ado contraint d'affronter avec un courage inouĂŻ une terreur morbide Ă  moult visages !) pour persĂ©vĂ©rer ensuite dans la vigueur d'une Ă©preuve de force communautaire que ces derniers vont transcender durant un second round affolant. Outre la facture (diablement) ludique de leurs vicissitudes incessamment cauchemardesques, Ca bĂ©nĂ©ficie en prime d'une Ă©tude de caractère scrupuleuse (au sein de l'Ă©poque des annĂ©es 80 !) si bien que les ados Ă  l'esprit autonome s'avèrent censĂ©s (Bill, l'aĂ®nĂ© non dupe du stratagème de grippe-sou Ă  se fondre dans le corps de son dĂ©funt frère !), expressifs, pugnaces (au sens viscĂ©ral !) et profondĂ©ment humains dans leurs bravoures de dernier ressort ! De par leur fragilitĂ© Ă  se mesurer Ă  plus fort que soi (notamment ce trio de dĂ©linquants littĂ©ralement lâche et fielleux qu'ils doivent en prime contrecarrer), leur Ă©lan de solidaritĂ© et leur Ă©veil amoureux (l'Ă©pilogue des "au-revoir" insufflant une Ă©motion candide bouleversante auprès d'un duo en Ă©closion sentimentale).


Horror Circus
Sorte de Stand by Me au vitriol (notamment pour ses thèmes tournant autour du difficile cap de la perte de l'ĂŞtre cher et du passage Ă  l'âge adulte), Ca gĂ©nère Ă©motions fortes et poignantes quant Ă  au sort prĂ©caire de nos hĂ©ros sĂ©vèrement ballottĂ©s par un clown sans vergogne. Et Ă  cet Ă©gard, et par son regard aussi patibulaire que magnĂ©tique, la prestance charismatique de Bill SkarsgĂĄrd (nouvel icone diablotin du cinĂ©ma d'horreur !) provoque un malaise persistant lors de la plupart de ses apparitions (d'une gestuelle) outrancière(s), Ă  l'instar du prologue anthologique n'hĂ©sitant pas Ă  recourir Ă  une horreur inopinĂ©ment dĂ©monstrative lorsqu'il s'agit d'y sacrifier l'innocence. Une sĂ©quence glaçante, terriblement dĂ©rangeante, assurĂ©ment le moment le plus choc et douloureux du film. Divertissement horrifique Ă  la fois intelligent et audacieux par son climat sombre, malsain et terrifiant Ă©voluant dans un cadre enfantin, Ca traite enfin et surtout de l'handicap de la peur du point de vue transitoire d'une adolescence en quĂŞte d'affirmation et de respect de l'autre. Une excellente première partie donc, en escomptant un second segment autrement plus adulte et encore plus Ă©prouvant. 

Eric Binford

La critique de Peter Hooper
NO SPOLIER !
Note : 5 / 6
// Grime story //
Ou cas ou vous maniganceriez de m’attendre tapis dans l’ombre, grossièrement accoutrĂ© en Bozo et prĂ©s a bondir dans le but de m’effrayer : je ne souffre pas de coulrophobie! MĂŞme si vos intentions s’avĂ©raient nobles, ne mangeant pas non plus de bonbons, vous risqueriez une dĂ©charge de Taser. Vous voila a prĂ©sent au courant : ne passez pas a 5000 volts !
ImmunisĂ© contre cette phobie je pouvais donc dĂ©couvrir cette nouvelle version du roman Ă©ponyme de MaĂ®tre King, sans peur mais Ă©galement sans reproche, car je n’ai jamais cachĂ© l’attente d’une relecture modernisĂ©e de celle de Tommy Lee Wallace. Bien que (forcĂ©ment) grand fan, son fort datage du dĂ©but des 90 et son format tĂ©lĂ©filmesque ouvraient quelques belles perspectivistes, surtout lorsque l’on connaĂ®t le contenu prolixe de l’Ĺ“uvre de rĂ©fĂ©rence.
Après sa mère veilleuse fantastico/Ă©pouvantable « Mama » (2013) , sĂ©duisante mais imparfaite Bisserie, on attendait une confirmation du talent d’AndrĂ©s Muschietti, dĂ©tectĂ© a travers quelques plans. Si la scène introductive du gamin Ă  la poursuite d’un bateau en papier achevant son voyage dans l’Ă©gout, constitue l’incontournable point d’ancrage roman/tĂ©lĂ©film, un nouveau traitement s’avĂ©rait forcĂ©ment très piĂ©geur. La forme originelle, aurĂ©olĂ©e d’un statut culte, pouvait suffire Ă  dĂ©molir en cinq minutes les cent trente suivantes. Sans dĂ©voiler quoi que se soit puisqu’elle est omniprĂ©sente dans tout les trailers, je m’avancerai juste a dire qu’il y manque un « morceau » de choix, rĂ©servĂ© aux spectateurs en salle, et qui a lui seul permettra sĂ»rement de « dĂ©tacher » celle des 90’s de vos esprits…D’autant que l’on y dĂ©couvre Ă©galement le nĂ©o grippe-sou...sur lequel je reviendrai plus loin. Ce coup de maĂ®tre introduit une rĂ©ussite qui va s’avĂ©rer totale : nous sommes sans l’ombre d’un doute face a une Ĺ“uvre charnière dans l’horreur post-moderne, je pèse mes mots.
Muschietti va respecter le background de l’histoire, mais en choisissant de la situer entièrement en 1988, le point d’arrivĂ©e du film de Wallace.
C’est la que l’on dĂ©couvre le nouveau « club des ratĂ©s », un bande de jeunes dont les grossiers (et volontaires) stĂ©rĂ©otypes vont se lisser très rapidement jusqu'Ă  devenir la toile de fond absolument parfaite pour la mise en place de cette intrigue horrifique. Un excellent casting et une direction d’acteurs millimĂ©trĂ©e qui vont contribuer, avec une reconstitution pertinente des annĂ©es 80, Ă  une parfaite immersion. Toute la force de la narration va reposer sur ces jeunes dont la caractĂ©risation, entre ceux de « Stand by me » et des « Goonies », va leur donner toute lĂ©gitimitĂ© pour arriver a surmonter leur peur et terrasser le « mal ». Du « petit gros » victimaire, au frère bègue du disparu en passant par le dĂ©conneur de service, sans oublier la nana de l’Ă©quipe, tous rĂ©insufflent le parfum savoureux d’un teen movie vidĂ©o-clubien, brillamment reconditionnĂ© pour ĂŞtre respirĂ© et acceptĂ© par toutes les gĂ©nĂ©rations.
On sait que le roman de king, dans la première partie exploitĂ©e ici, portait sur le message du passage Ă  l’age adulte. Muschietti va faire briller la mĂ©taphore. A ce titre le personnage de Beverly est le plus intĂ©ressant. La jolie Sophia Lillis, portrait crachĂ© de la Molly de « Breakfast club »(ce que ne manque pas de lui rappeler Richie -Finn Wolfhard- celui qui a « avalĂ© un clown »…), est victime d’un père « très entreprenant », l’occasion de la scène la plus choquante du film ou dans une explosion d’hĂ©moglobine très shining-ienne(…) se confondent le trouble des premières règles et la violence d’un possible viol : aussi puissamment graphique qu’incroyablement suggestif !
Et le clown dans tout « ça » ? Zut, J’allais oublier….
Exit la tenue iconique du personnage, idĂ©ale pour abuser de la confiance des enfants avec ses couleurs gaies et son air faussement amuseur. Le boogeyman malĂ©fique est ici vĂŞtu d’un costume dĂ©fraĂ®chi et usĂ© lui confĂ©rant une allure théâtralisĂ©e le renvoyant au pittoresque clown blanc, sorte de Pierrot plus lunatique que lunaire. Chacune des scènes ou Grippe-sou ramène sa « fraise » on retient son souffle, surtout dans les gros plans sur son visage, sorte de mixe entre le faciès Joker-ien de Nicholson, et le regard de D'Onofrio pĂ©tant les plombs dans « Full metal jacket ». Une coquetterie dans l’Ĺ“il lui confère un air dĂ©finitivement effrayant. Si ce personnage est parfaitement rĂ©ussit on le doit Ă  la mise en scène de Muschietti, qui le renvoie volontiers Ă  son statut originel de bouffon (sidĂ©rante scène ou on le voit gesticuler dans une roulotte en feu !), l’humour et les attitudes jamais très loin des putasseries d’un Freddy Krueger (clin d’Ĺ“il fortement appuyĂ© par cette affiche de « Nightmare on elm street » a l’entrĂ©e d’un cinĂ©…). On pouvait rĂŞver de le voir un peu plus souvent, mais le rĂ©cit est si tellement intelligemment articulĂ© autour de ces « ratĂ©s » que cela aurait probablement Ă©tĂ© nĂ©faste pour le liant de l’histoire, et l’ensemble aurait perdu l’oxygène nĂ©cessaire pour rĂ©ussir a affronter le monstre dans les Ă©gouts de la ville. Bill SkarsgĂĄrd accomplit l’exploit (lui aussi…) de faire oublier Tim Curry. Son antre ou le rĂ©alisateur nous livre un bouquet final très Lovecraftien est esthĂ©tiquement Ă©poustouflante, comme pas mal d'autres plans !
AndrĂ©s Muschietti nous livre la meilleure car la plus sĂ©rieuse bobine horrifique vue depuis (très) longtemps. En rĂ©orchestrant habilement les nouveaux codes du genre a base de Jump scares ( assez rares pour fonctionner ), sans (trop) forcer sur le volume d’un sound design devenu au fil des annĂ©es une simple agression auditive, sa mise en scène inspirant le respect a la fois des amoureux des fantasmes littĂ©raires de Stephen King, des nostalgique du film de Wallace, ceux des 80’s (celle de mes annĂ©es lycĂ©es) et des fĂ©tichistes de la VHS, et plus globalement celui des cinĂ©philes exigeants.
Avec ce Teen-horror-movie, respectueux de l’esprit originel, il Ă©chappe aux peaux de bananes de la classification PG-13 – pour une Ĺ“uvre qui rĂ©ussit Ă  ĂŞtre aussi effrayante sur le fond qu’hypnotique sur la forme. A en devenir coulorphile : Magistral !

vendredi 22 septembre 2017

REVEILLON SANGLANT / LES MUTANTS DE LA SAINT SYLVESTRE

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horreurdvd.blogspot.fr

"Bloody New Year" de Norman J. Warren. 1987. Angleterre. 1h29. Avec Suzy Aitchison, Nikki Brooks, Colin Heywood, Mark Powley, Catherine Roman.

Sortie salles France: 11 Mai 1987

FILMOGRAPHIE: Norman J. Warren est un réalisateur, producteur, scénariste et monteur anglais, né le 25 Juin 1942 à Londres. 1962: The Dock Brief (troisième assistant réalisateur). 1965: Fragment. 1966: La Nuit des Généraux (troisième assistant réalisateur). 1967: Sailor from Gibraltar (troisième assistant réalisateur). 1967: Her Private Hell. 1968: Loving Feeling. 1976: L'Esclave de Satan. 1977: Le Zombie venu d'ailleurs. 1979: Outer Touch. 1979: La Terreur des Morts-vivants. 1981: Inseminoid. 1984: Warbirds Air Display. 1985: Person to Person. 1986: Gunpowder. 1987: Réveillon Sanglant. 1992: Meath School. 1993: Buzz.


Aberration filmique signĂ©e Norman J. Warren, petit artisan british Ă  qui l'on doit les classiques bisseux Inseminoid, Le zombie venu d'ailleurs et le non moins sympathique l'Esclave de Satan, RĂ©veillon sanglant demeure une sĂ©rie Z aussi insipide que poussive. Car il faut bien avouer il n'y a quasiment rien Ă  sauver au sein de ce naufrage, croisement risible entre Evil-Dead, la Croisière s'amuse et le Carnaval des Ames ! Des comĂ©diens inexpressifs incarnant des personnages bĂŞtas dĂ©nuĂ©s de distinction en passant par un pitch grotesque Ă©ludĂ© de cohĂ©rence (notamment cette faille spatio-temporelle afin de justifier la routine des fantĂ´mes figĂ©s en 1959 lors d'un bal de St-Sylvestre !), RĂ©veillon Sanglant dĂ©cuple l'ennui au grĂ© de situations redondantes Ă  la fois grand-guignolesques et rĂ©barbatives (3 jeunes couples rĂ©fugiĂ©s sur une Ă®le seront persĂ©cutĂ©s par des zombies jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive !). On se console modestement sur la poĂ©sie morbide de certaines scènes chocs particulièrement dĂ©bridĂ©es (voire tantĂ´t gores) en escomptant son gĂ©nĂ©rique de fin d'une rare platitude.


Une ânerie dégingandée à réserver uniquement aux nostalgiques de la Cinq... ^^

Bruno Matéï
3èx

mercredi 20 septembre 2017

CA ("il" est revenu)

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lazy-bum.com

"It" de Tommy Lee Wallace. 1990. U.S.A/Canada. 3h04. Avec Harry Anderson, Dennis Christopher, Richard Masur, Annette O'Toole, Tim Reid, John Ritter, Richard Thomas, Tim Curry.

Diffusion TV, U.S: 18 Novembre 1990

FILMOGRAPHIETommy Lee Wallace est un rĂ©alisateur, monteur, acteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© en 1949 Ă  Somerset, dans le Kentucky (Etats-Unis). 1982: Halloween 3. 1988: Aloha Summer. 1988: Vampires, vous avez dits vampires 2. 1990: Ca (tĂ©lĂ©-film). 1991: And the sea will tell (tĂ©lĂ©-film). 1992: The Comrades of Summer (tĂ©lĂ©-film). 1992: Danger Island (tĂ©lĂ©-film). 1994: Witness to the execution (tĂ©lĂ©-film). 1994: Green Dolphin Beat (tĂ©lĂ©-film). 1996: Born Free: A New Adventure (tĂ©lĂ©-film). 1996: Alliance Interdite (tĂ©lĂ©-film). 1997: Steel Chariots (tĂ©lĂ©-film). 1998: Une Voleuse de charme (tĂ©lĂ©-film). 1998: l'Ultime Verdict (tĂ©lĂ©-film). 2002: Vampires 2 - Adieu Vampires. 2010: Helliversity.


Conçu pour la TV, Ca est l'adaptation Ă©dulcorĂ©e d'un copieux roman de Stephen King publiĂ© en 1986. PrĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©putation notable auprès d'une certaine gĂ©nĂ©ration de spectateurs, particulièrement impressionnĂ©s par la physionomie effrayante de son boogeyman cloownesque, cette variation sur l'affres de la peur rĂ©ussit en partie Ă  provoquer l'effet escomptĂ©. Après ĂŞtre parvenus Ă  dĂ©truire un mystĂ©rieux clown kidnappeur d'enfants, sept amis se rĂ©unissent 30 ans plus tard afin de combattre une ultime fois leur terreur infantile. ScindĂ© en deux parties distinctes, l'action se situe de prime abord Ă  la fin des annĂ©es 50 dans une contrĂ©e bucolique du Maine des Etats-Unis. A travers des flash-back alternant passĂ© et prĂ©sent, l'intrigue nous remĂ©more l'amitiĂ© solidaire d'un groupe de 7 enfants (surnommĂ©s "le Club des ratĂ©s" !), incessamment persĂ©cutĂ©s par un clown diabolique planquĂ© sous les Ă©gouts. Epris d'hallucinations collectives Ă©manant de ces pouvoirs surnaturels mais Ă©galement victimes de brimades envers un trio hostile de durs Ă  cuire, nos petits hĂ©ros vont devoir s'unifier afin de mieux se prĂ©munir et repousser leurs pires frayeurs. Visuellement soignĂ© dans sa reconstitution archaĂŻque des fifties, Tommy Lee Wallace souhaite nous confronter Ă  l'inquiĂ©tude grandissante de cette poignĂ©e de hĂ©ros juvĂ©niles aussi couards que vaillants Ă  repousser le Mal.


De manière introspective, le rĂ©alisateur nous confronte Ă  leurs tourments cĂ©rĂ©braux, leurs doutes et leur crainte pour tenter de dĂ©jouer un ignoble clown dĂ©voreur d'enfants. BaptisĂ© "Grippe-sou" ou "Ca", il s'approprie lâchement de la peur candide des enfants pour les entraĂ®ner vers les sous-sols d'un Ă©gout Ă©rigĂ© sous les Lumières-Mortes. La bonhomie attachante des personnages juvĂ©niles confrontĂ©s Ă  moult Ă©vènements terrifiants (visions sanglantes d'hallucinations surnaturelles que seul un enfant apeurĂ© peut percevoir) et leur caractère bien distinct vĂ©hiculent chez le spectateur une indĂ©niable empathie. D'autant plus qu'ici le monstre hybride auquel il s'opposent adopte une forme rassurante de clown railleur. Une entitĂ© machiavĂ©lique aussi insidieuse que perfide pour tenter d'amadouer l'enfant candide, proie facilement plus influençable que la responsabilitĂ© de l'adulte. La seconde partie restitue l'action du faubourg de Derry au dĂ©but des annĂ©es 90, c'est Ă  dire 30 ans après que les sombres Ă©vènements s'y soient dĂ©roulĂ©s. Nous retrouvons donc l'existence esseulĂ©e de chacun de nos protagonistes confrontĂ©s Ă  une piètre vie amoureuse et amicale mais nantis d'une situation professionnelle plutĂ´t avantageuse. RĂ©unis une seconde fois après l'engagement commun d'un pacte si Ca Ă©tait amenĂ© Ă  renaĂ®tre un jour, nos hĂ©ros aujourd'hui adultes vont renouer avec leur rĂ©miniscence traumatique afin d'exorciser leur pire terreur Ă  double visage ! A savoir, combattre Spoil ! une entitĂ© arachnide venue d'un autre monde Fin du Spoil derrière sa dĂ©froque criarde de clown (un subterfuge vestimentaire afin d'amadouer la naĂŻvetĂ© de ces proies innocentes).


Grâce Ă  l'originalitĂ© de son intrigue habilement conditionnĂ©e autour d'une icĂ´ne dĂ©moniaque que nos hĂ©ros molestĂ©s dĂ©jouent avec une densitĂ© psychologique aussi fragile que pugnace, Ca traite efficacement de l'esprit de cohĂ©sion et d'amour pour repousser nos terreurs les plus prĂ©judiciables. Par l'entremise singulière d'un clown brocardeur se nourrissant de nos craintes et de notre chair, Tommy Lee Wallace aborde enfin une rĂ©flexion sur le courage de vaincre notre lâchetĂ© afin de braver la duperie du Mal. Sympathique, ludique, assez prenant et parfois anxiogène Ă  dĂ©faut d'ĂŞtre transcendant pour laisser une empreinte indĂ©lĂ©bile dans le genre horrifique. 

Bruno Matéï
31.12.12. 2èx (120 v)

mardi 19 septembre 2017

DANS LES GRIFFES DE LA MOMIE

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thetelltalemind.com

"The Mummy's Shroud" de John Gilling. 1967. Angleterre. 1h30. Avec André Morell, John Phillips, David Buck, Elizabeth Sellars, Maggie Kimberly, Michael Ripper, Tim Barrett.

Sortie salles Angleterre: 18 Juin 1967

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Gilling est un réalisateur et scénariste anglais, né le 29 Mai 2012 à Londres, décédé le 22 Novembre 1984 à Madrid (Espagne). 1957: Pilotes de haut-vol. 1958: Signes particuliers: néant. 1959: L'Impasse aux Violences. 1961: Les Pirates de la Nuit. 1962: L'Attaque de San Cristobal. 1966: L'Invasion des Morts-Vivants. 1966: La Femme Reptile. 1967: Dans les Griffes de la Momie. 1975: La Cruz del diablo.


Troisième et dernier opus consacrĂ© Ă  la "momie", Dans les Griffes de la Momie surpasse de loin et Ă  tous les niveaux le mĂ©diocre Les MalĂ©fices de la Momie tournĂ© en 64. RĂ©alisĂ© par l'illustre John Gilling, (l'Impasse aux Violences, l'Invasion des Morts-vivants, la Femme Reptile), Dans les griffes de la Momie bĂ©nĂ©fice de savoir-faire dans sa rĂ©alisation studieuse oĂą rien n'est laissĂ© au hasard quand bien mĂŞme sa structure narrative donne chair Ă  ses personnages sous le pivot d'une discorde familiale. 1920, Egypte. Stanley Preston, son Ă©pouse et quelques archĂ©ologues tentent de retrouver la sĂ©pulture du pharaon Kah-To-Bey. Sur place, avec une longueur d'avance, son jeune fils Ă©paulĂ© de Sir Basil Walden parviennent Ă  dĂ©nicher son tombeau. Si ensuite les retrouvailles entre le fils et le père font d'abord preuve d'enthousiasme après une dĂ©couverte aussi historique, la cupiditĂ© de ce dernier motive un geĂ´lier Ă  rĂ©veiller la momie afin de se venger de sa profanation. 


Efficace est le maître mot de cette intrigue à suspense décrivant avec attention les dissensions morales entre un fils et son père opportuniste alors qu'autour d'eux les morts pleuvent. Tout l'intérêt résidant dans leur contradiction houleuse à se disputer la meilleure conduite morale au moment même où une ambiance d'insécurité gagne du terrain au fil de crimes non élucidés. Par le biais de ces découvertes macabres exercées par une cause surnaturelle, nous en apprendrons un peu plus sur le comportement vaniteux, condescendant (ses rapports castrateurs avec son adjoint), égotiste et cupide de Stanley Preston avide de rentrer au bercail en compagnie de son trophée tant convoité. Alors que le fils, loyal et d'une saine raison, tentera vainement de le résonner, faute de son attitude aussi lâche qu'ingrate (notamment celle d'avoir envoyé en psychiatrie Sir Basil Walden après qu'il eut été mordu par un serpent). Au centre de leurs rapports intraitables, les épouses de ces derniers vont observer avec gravité et dépit cette déchéance familiale avant de se résigner à réagir de la manière la plus équitable. Emaillé de séquences chocs assez cruelles pour la mise à mort des victimes lâchement sacrifiées, Dans les griffes de la momie fait naître une empathie auprès de deux personnages qui ne méritaient pas pareil traitement alors que son angoisse sous-jacente séduit en intermittence avant de nous impressionner lors des apparitions cinglantes de la momie superbement maquillé sous ses épais bandages.


SĂ©rie B mineure au sein de l'industrie de la prestigieuse Hammer, Dans les griffes de la momie n'en demeure pas moins un excellent divertissement horrifique d'un esthĂ©tisme exotique fulgurant (aussi bien ses dĂ©cors naturels que domestiques assortis d'une photo polychrome), notamment de par son efficacitĂ© narrative soutenue Ă  mettre en exergue une cellule familiale en crise.  

Eric Binford.
2èx

lundi 18 septembre 2017

La Ruée des Vikings / Gli invasori / Erik The Conqueror: Land Of Vikings

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site intemporel.com


de Mario Bava. 1961. Italie. 1h26. Avec Cameron Mitchell, Alice Kessler, Ellen Kessler, George Ardisson, Andrea Checchi, Jean-Jacques Delbo.

Sortie salles France: 10 Juillet 1963. Italie: 7 décembre 1961

FILMOGRAPHIE:  Mario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire  , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

 
RĂ©alisĂ© par le maĂ®tre du gothisme italien, La RuĂ©e des Vikings surfe sur le succès du chef-d’Ĺ“uvre de Richard Fleischer, Les Vikings, avec un talent formel Ă  damner un saint. Marque de fabrique de ce gĂ©nie artisanal qu’est Mario Bava, amoureux et soigneux jusqu’Ă  l’obsession, qui cisèle ici une sĂ©rie B conjuguant aventure historique et romance, au cĹ“ur d’un onirisme fantastique si cher Ă  son Ĺ“il fĂ©brile. Rien que pour son aspect visuel - infiniment baroque, enluminĂ© de cadres picturaux toujours avisĂ©s, toujours inventifs - c’est un bonheur perpĂ©tuel pour les mirettes. Qui plus est, le film regorge de sĂ©quences d’action Ă  la fois (Ă©tonnamment) vĂ©loces - quitte Ă  forcer le tempo par quelques accĂ©lĂ©rations furtives -, violentes et sauvages : rien que le prologue, oĂą une femme se fait empaler par une lance en serrant son enfant contre son sein, glace d’effroi par l’intolĂ©rable cruautĂ© de sa surprise. La RuĂ©e des Vikings sent bon le divertissement du samedi soir, celui qu’Eddie Mitchell et sa Dernière SĂ©ance ont gravĂ© dans la mĂ©moire d’une gĂ©nĂ©ration 8.
 
                                        
 
Mais ce qui le rend aussi fascinant, attirant, captivant - voire mĂŞme poignant -, c’est sa charge romanesque que Bava distille tout au long du pĂ©riple guerrier, jusqu’Ă  un point culminant de lyrisme Ă©lĂ©giaque, presque hypnotique. IrriguĂ© de gĂ©latines flamboyantes dans un scope rĂ©vĂ©rencieux, La RuĂ©e des Vikings est un ravissement pour quiconque vĂ©nère la bisserie transalpine soucieuse du dĂ©tail (technique autant que visuel), respirant l’amour et la passion de la pellicule avec une sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible. Dire que Mario Bava fut un gĂ©nie relève du plĂ©onasme : il est, aujourd’hui, un dieu vivant, quelques dĂ©cennies après son trĂ©pas.

P.S. : À (re)découvrir impérativement en HD - tout autre écrin serait un sacrilège.
 
*Bruno
2èx. Vistr


vendredi 15 septembre 2017

MARY. Prix du Public, Deauville 2017

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Gifted" de Marc Webb. 2017. U.S.A. 1h41. Avec Chris Evans, Mckenna Grace, Jenny Slate, Octavia Spencer, Lindsay Duncan, Julie Ann Emery.

Sortie salles France: 13 Septembre 2017. U.S: 7 Avril 2017

FILMOGRAPHIEMarc Webb est un réalisateur américain né le 31 août 1974. 2009 : (500) jours ensemble. 2012 : The Amazing Spider-Man. 2014 : The Amazing Spider-Man : Le Destin d'un héros. 2017 : Mary. 2017 : The Only Living Boy in New York.


Prenant pour thème l'Ă©ducation parentale du point de vue d'une surdouĂ©e infantile que l'oncle et la grand-mère vont se disputer la garde devant un tribunal, Mary Ă©vite intelligemment les clichĂ©s usuels du mĂ©lo Ă  faire pleurer dans les chaumières et du film de procès grâce Ă  sa mise en scène ciselĂ©e, Ă  son casting inscrit dans la sobriĂ©tĂ© et Ă  ces enjeux d'une adversitĂ© parentèle imputĂ©e Ă  une cause filiale. A savoir, doit-on rĂ©server un traitement particulier chez les enfants surdouĂ©s quant Ă  leur carrière scolaire ou au contraire les adapter Ă  la sociĂ©tĂ© en compagnie d'enfants normaux ? Et comment peut-on rĂ©tablir un Ă©quilibre parental au sein du foyer lorsque la mère n'est plus ? Durant l'intense confrontation entre le fils et la mère se rĂ©signant Ă  emporter la mise, le rĂ©alisateur Ă©pargne d'autant mieux les stĂ©rĂ©otypes en nous brossant des personnages lucides au caractère fort mais d'une colère contenue afin d'Ă©viter la fanfaronnade pour nous impressionner. Avec son visage de jeune bellâtre, Chris Evans parvient aisĂ©ment Ă  faire oublier sa photogĂ©nie "tape Ă  l'oeil" par le biais d'une dimension humaine toute en retenue comme le soulignent les moments les plus bouleversants qu'il doit traverser lorsque ce dernier se rĂ©signe Ă  placer sa nièce dans une famille d'accueil après un dilemme moral. Dans celle de la petite Mary, gĂ©nie de la mathĂ©matique, Mckenna Grace crève littĂ©ralement l'Ă©cran par son naturel Ă©tonnamment mature pour un si jeune âge (7 ans s'il vous plait !) si bien que sa fraĂ®cheur, sa spontanĂ©itĂ© mais aussi son dĂ©sarroi de se voir ballottĂ©e d'un foyer Ă  un autre arracheront les larmes aux plus sensibles. Par son jeu expressif aussi bien dĂ©gourdi que sensible mais aussi par la maĂ®trise de ses sentiments, on peut peut-ĂŞtre prĂŞter une allusion Ă  l'acteur Ricky Schroeder lors de sa rĂ©vĂ©lation du dĂ©chirant Champion, remake signĂ© Franco Zeffirelli (et au sujet similaire - la dissension parentale pour la garde d'un enfant -).


Un joli mĂ©lo donc rĂ©alisĂ© avec soin, efficacitĂ©, pudeur et humilitĂ©, et ce afin d'Ă©pargner sinistrose et pathos sous le pilier d'une intrigue intensĂ©ment humaine militant contre l'exploitation (scientifique) d'un enfant grâce Ă  l'amour d'une dignitĂ© paternelle.  

Eric Binford