mardi 7 août 2018

La Féline (Cat People)

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Paul Schrader. 1982. U.S.A. 1h58. Avec Nastassja Kinski, Malcolm McDowell, John Heard, Annette O'Toole, Ruby Dee, Ed Begley Jr, Scott Paulin, Frankie Faison, Ron Diamond, Lynn Lowry.

Sortie salle France: 8 Septembre 1982. U.S: 2 Avril 1982

FILMOGRAPHIEPaul Schrader est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 22 Juillet 1946 Ă  Grand Rapids (Michigan). Blue Collar: 1978. 1979: Hardcore. 1980: American Gigolo. 1982: La FĂ©line. 1985: Mishima. 1987: Light of Day. 1988: Patty Hearts. 1990: Etrange SĂ©duction. 1992: Light Sleeper. 1994: Witch Hunt (tĂ©lĂ©-film). 1997: Touch. 1997: Affliction. 1999: Les Amants Eternels. 2002: Auto Focus. 2005: Dominion. 2007: The Walker. 2008: Adam Resurrected. 2013 : The Canyons. 2014 : La Sentinelle. 2016 : Dog Eat Dog. 2017 : Sur le chemin de la rĂ©demption. 2021 : The Card Counter. 


"L'amour a fait d'elle une bĂŞte Ă©rotique". 
Etrange film que cette FĂ©line, remake (ou plutĂ´t variation !) du chef-d'oeuvre (contrairement Ă©thĂ©rĂ©) de Jacques Tourneur. Car en abordant avec une certaine ambiguĂŻtĂ© les thèmes de l'inceste et du refoulement sexuel, Paul Schrader entreprend un film fantastique Ă  la charge Ă©rotique invariante sous l'impulsion charnelle de Nastassja KinskiIrena retrouve son frère Paul après de longues annĂ©es d'absence. PassĂ©es les retrouvailles, celui-ci tente rapidement de la convaincre qu'une malĂ©diction les unis. Spoil ! Parce que leurs ancĂŞtres accordaient le sacrifice d'enfants Ă  des panthères, les âmes infantiles grandissaient dans le coeur et le corps de ces fĂ©lins pour peu Ă  peu devenir des humains. Ainsi, afin d'Ă©viter la prochaine mĂ©tamorphose, le frère et la soeur devaient avoir une relation incestueuse. Fin du Spoil. Irena, dĂ©concertĂ©e par ces rĂ©vĂ©lations improbables repousse les avances de son frère. Le lendemain, une jeune prostituĂ©e est sauvagement blessĂ©e par un animal dans une chambre d'hĂ´tel. A la vue de cette version modernisĂ©e assez trouble et sulfureuse, voir parfois  spectaculaire, le cinĂ©aste adopte un parti-pris dĂ©monstratif Ă  contre-emploi de son modèle de suggestion. Si bien qu'en l'occurrence les quelques scènes chocs qui jalonnent le rĂ©cit s'avèrent d'un rĂ©alisme intense Ă  dĂ©faut du racolage bon marchĂ© (la mĂ©tamorphose, l'arrachage du bras ou l'Ă©viscĂ©ration de la panthère concoctĂ©s par de superbes FX de Tom Burman !). Quand bien mĂŞme l'Ă©rotisme qui en Ă©mane est dĂ©cuplĂ© par la posture Ă©lectrisante d'une Nastassja Kinski mise Ă  nu !


Sa silhouette lascive magnĂ©tisant l'Ă©cran dans une fragilitĂ© candide, de par sa personnalitĂ© timorĂ©e et torturĂ©e Ă  s'Ă©veiller aux autres puis tenter de percer le mystère qui entoure sa filiation maudite. Car en quĂŞte identitaire et de dĂ©sir sexuel, Irena est profondĂ©ment troublĂ©e par les allĂ©gations de son frère compromis par une Ă©trange malĂ©diction. Quand bien mĂŞme sa romance toujours plus ardente et passionnelle auprès d'un vĂ©tĂ©rinaire de zoo l'accule Ă  passer Ă  l'acte sexuel afin d'y perdre sa virginitĂ©. Mais Ă  quel prix ? Tant et si bien que cette troublante relation entre eux dĂ©coule sur une Ă©trange rĂ©demption rĂ©pressive oĂą la passion des sentiments ne peut toutefois se rĂ©soudre Ă  les sĂ©parer. Ainsi, Ă  travers ses plages fantasmagoriques stylisĂ©es accentuĂ©es de l'entĂŞtant score de Giorgio Moroder (les images chimĂ©riques s'avèrent d'une flamboyance ensorcelante), La FĂ©line fascine et sĂ©duit parmi l'Ă©lĂ©ment perturbateur de l'inceste et du dĂ©sir torride qu'instille le triangle amoureux. La prĂ©sence patibulaire du gĂ©nial Malcolm McDowell (une fois de plus habitĂ© par son rĂ´le Ă©quivoque de dominateur !) renforçant le climat insolite que Schrader parvient avec Ă©lĂ©gance Ă  mettre en images (photo lĂ©chĂ©e en sus). Notamment auprès de sa première partie tantĂ´t macabre illustrant ses virĂ©es nocturnes et exactions meurtrières avec machisme condescendant (ses nuits de dĂ©bauche avec de jeunes prostituĂ©es). Le second acte aussi captivant se focalise enfin vers l'initiation sexuelle d'Irena prise entre le dilemme de son instinct primitif et son amour irrĂ©pressible pour son amant. Ce qui nous vaudra d'ailleurs une originale transformation de la belle en bĂŞte avant d'osciller entre le crĂ©puscule d'une traque urbaine et d'un ultime coĂŻt mĂ©lancolique.


"Femme en cage". 
Troublante mĂ©taphore sur l'emprise sexuelle par le biais d'un amour interdit, rĂ©flexion sur la perte de virginitĂ© par le biais d'une angoisse du dĂ©sir, de l'engagement et de la passion, La FĂ©line transfigure le portrait nĂ©vrosĂ© d'une jeune vierge assujettie Ă  sa malĂ©diction ancestrale. Objet de dĂ©sir et de fantasme, Natassja Kinski  irradie l'Ă©cran de sa beautĂ© aussi bien virginale que concupiscente. Cette charge Ă©rotique constante, son climat diaphane inusitĂ© et l'efficacitĂ© de son script Ă  la fois couillu et vĂ©nĂ©neux Ă©levant La FĂ©line au Classique du Fantastique contemporain (quasi impĂ©nĂ©trable).

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07/08/18. 6èx
02.07.12. 5èx (209 vues)

lundi 6 août 2018

PARASITE

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinematerial.com

de Charles Band. 1982. U.S.A. 1h25. Avec Cheryl Smith, Demi Moore, Cherie Currie, Vivian Blaine, Scott Thomson.

Sortie salles France: 28 Juillet 1982. U.S: 12 Mars 1982

FILMOGRAPHIECharles Band est un producteur de cinéma, réalisateur et scénariste américain, né le 27 décembre 1951 à Los Angeles.1973 : Last Foxtrot in Burbank. 1977 : Crash!. 1982 : Parasite
1983 : Metalstorm. 1984 : Trancers. 1985 : The Dungeonmaster. 1986 : L'Alchimiste. 1990 : Synthoïd 2030 (vidéo). 1990 : Meridian : Le Baiser de la Bête (vidéo). 1991 : Trancers II. 1992 : Doctor Mordrid. 1993 : Prehysteria!. 1993 : Dollman vs. Demonic Toys (vidéo). 1996 : Le Cerveau de la famille. 1997 : Mystery Monsters. 1997 : Hideous!. 1997 : The Creeps. 1999 : Blood Dolls. 2000 : NoAngels.com (vidéo). 2002 : Pulse Pounders. 2003 : Puppet Master: The Legacy (vidéo). 2004 : Dr. Moreau's House of Pain (vidéo). 2005 : Decadent Evil (vidéo). 2005 : Doll Graveyard. 2005 : The Gingerdead Man. 2006 : Petrified (vidéo). 2006 : Evil Bong. 2007 : Ghost Poker. 2007 : Decadent Evil II (vidéo). 2011 : Killer Eye: Halloween Haunt


Hit video des annĂ©es 80 sous la bannière Ă©toilĂ©e Hollywood video, Parasite est une modeste sĂ©rie B  peu ambitieuse comme de coutume chez l'habituĂ© des sĂ©ries Z, Charles Band. ExploitĂ© Ă  sa sortie  salles en 3D (relief argentique Ă  l'ancienne !), Parasite conjugue timidement science-fiction post-apo et horreur gore, faute d'un pitch Ă©tique peu embarrassĂ© par les invraisemblances (notre hĂ©ros toujours en vie après l'explosion de son estomac, il fallait oser !) et les ellipses. A savoir qu'un mĂ©decin porteur d'un terrible parasite tente de trouver un sĂ©rum pour l'annihiler. Pour cela, afin de lui prĂ©lever du sang, il doit retrouver la trace d'un autre parasite dĂ©robĂ© par un gang. EgarĂ© dans une petite bourgade dĂ©sertique, il tente de se dĂ©barrasser de ces loubards et d'un Ă©trange homme en noir travaillant pour le gouvernement. C'est alors qu'il se lie d'amitiĂ© avec un tenancier et une jeune fille solitaire. Baignant dans le cadre dĂ©sertique d'un climat solaire irrespirable, Parasite sĂ©duit la vue si j'ose dire auprès de l'amateur de nanars attentif au soin apportĂ© aux dĂ©cors limitĂ©s, faute de son budget low-cost.


TruffĂ© de sĂ©quences inutiles mais pour autant assez sympas et ludiques (les loubards hyper cabotins s'adonnant aux rĂ©currentes bastons auprès des citadins), Parasite insuffle une charmante fantaisie auprès de la posture excentrique de ces antagonistes jouant les mĂ©chants avec un sĂ©rieux involontairement cocasse. Quand bien mĂŞme le duo hĂ©roĂŻque formĂ© par Robert Glaudini (il possède un charisme flegmatique saillant en dĂ©pit de sa posture inexpressive) et Demi Moore, assez convaincante en faire-valoir prĂ©venante, parviennent Ă  nous impliquer dans leurs enjeux de survie  d'une cause humanitaire. Et donc grâce Ă  son aspect visuel relativement accrocheur, ces petits dĂ©tails techniques dĂ©lirants (les armes lasers, les mutations du parasite !) et Ă  sa foule de personnages assez cartoonesque (leur chassĂ©-croisĂ© vire Ă  la loufoquerie), Parasite emporte l'adhĂ©sion. Tout du moins chez l'inconditionnel de plaisir coupable sensible Ă  la sincĂ©ritĂ© de l'auteur respectant la sĂ©rie B candide avec un second degrĂ© assumĂ©. Et pour pimenter le rĂ©cit avare en surprise et au suspense timorĂ© (la quĂŞte redondante du scientifique Ă  retrouver le parasite meurtrier inspire pour autant un cĂ´tĂ© attachant dans sa posture atone et soumise), Charles Band procède Ă  d'Ă©tonnants FX artisanaux pour parfaire quelques sĂ©quences chocs parfois très impressionnantes. A l'instar du parasite s'extirpant de la tĂŞte d'une victime ou d'un autre s'Ă´tant de l'estomac du hĂ©ros (les 2 sĂ©quences Ă©tant filmĂ©es en gros plan gorasse). 


Nanar bonnard assez immersif dans sa tentative de rationaliser un univers post-apo au sein d'un contexte horrifique, Parasite tire parti de son budget prĂ©caire grâce Ă  l'intĂ©gritĂ© de Charles Band confectionnant une aimable petite sĂ©rie B d'un charme naĂŻf Ă©tonnamment cinĂ©gĂ©nique. 

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2èx

Box Office France: 283 141 entrées

vendredi 3 août 2018

Contamination


de Luigi Cozzi (Lewis Coates). 1980. Italie/Allemagne. 1h35. Avec Ian McCulloch, Louise Marleau, Marino Masé, Siegfried Rauch, Gisela Hahn, Carlo De Mejo, Carlo Monni.

Sortie salles France: 15 Juillet 1981. Italie: 2 AoĂ»t 1980

FILMOGRAPHIE: Luigi Cozzi est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 7 Septembre 1947 Ă  Busto Arsizio (Italie). 1969: Le Tunnel sous le monde. 1973: Il Vicino di casa. 1975: L'Assassino è costretto ad uccidere ancora. 1976: Dedicato a una stella. 1976: La Portiera nuda. 1979: Starcrash. 1980: Contamination. 1983: Hercule. 1985: Les Aventures d'Hercula. 1988: Turno di notte (sĂ©rie tv). 1988: Nosferatu Ă  Venise. 1989: Sinbad of the seven seas. 1989: Le Chat Noir. 1989: Paganino Horror. 1991: Dario Argento: Master of Horror. 1997: Il Mondo di Dario Argento 3: Il museo degli.  orrori di Dario Argento (video).

                                         
 
L’invasion vient de Mars.
Gros hit des vidĂ©oclubs sous la bannière Ă©toilĂ©e d’Hollywood Video, Contamination demeure l’un de ces classiques bisseux des annĂ©es 80 que les fans de gore se sont empressĂ©s de louer, happĂ©s par l’aspect dĂ©gueulbif de sa jaquette explicite. Surfant sur le succès d’Alien, rĂ©alisĂ© un an plus tĂ´t, Luigi Cozzi en extirpe un ersatz transalpin jouissif, dans sa manière ostentatoire d’Ă©taler complaisamment une horreur cracra. Si bien qu’Ă  l’appui de ralentis stylisĂ©s, les estomacs explosent, vomissent leurs viscères au contact d’un acide nĂ© d’un Ĺ“uf Ă©tranger. Ă€ partir d’un argument incongru d’invasion extra-terrestre, le rĂ©alisateur revisite la scène anthologique d’Alien (le xĂ©nomorphe s’extirpant de la cage thoracique de John Hurt !) pour en extraire une anticipation horrifique bien plus gore, qu’il rĂ©itère Ă  intervalles rĂ©guliers.

EntourĂ© d’aimables seconds couteaux du cinĂ© bis (le trio attachant Ian McCulloch, Louise Marleau, Marino MasĂ©), Contamination conjugue aventure exotique (leur expĂ©dition en AmĂ©rique du Sud pour dĂ©manteler une sociĂ©tĂ© de cafĂ©), suspense vaguement oppressant (la panique – assez peu crĂ©dible – de Stella recroquevillĂ©e dans sa salle de bain Ă  proximitĂ© d’un cocon) et horreur cinglante (les corps qui volent en Ă©clats, dissĂ©quĂ©s au ralenti parmi les zooms insistants !).

Et si le rĂ©cit s’avère linĂ©aire, voire tracĂ© d’avance, il est contrebalancĂ© par l’efficacitĂ© d’une mise en scène soignĂ©e (notamment dans la structure narrative rythmĂ©e d’humour, autour des rapports contradictoires entre la colonel Stella et l’imbĂ©cile heureux Tony), un tempo soutenu, et le charisme familier (du moins pour les aficionados) d’acteurs bisseux jouant les investigateurs hĂ©roĂŻques avec autant de simplicitĂ© que de dĂ©rision. En prime, l’aspect niais des rĂ©pliques et l’humour lourdingue lâchĂ© par le cabotin Marino MasĂ© pourront vite irriter le spectateur lambda, peu sensible aux productions Z. Mais cette posture pittoresque, volontairement grossière, renforce le charme naĂŻf et le second degrĂ© d’une entreprise low-cost, taillĂ©e pour divertir l’amateur d’horreur crapoteuse et incongrue.

Les scènes gore, spectaculaires, font mouche grâce Ă  leur esthĂ©tique artisanale et leur absence de complexes : les boyaux fumants Ă©claboussent l’Ă©cran. Et l’apparition finale du fameux cyclope impressionne franchement par son aspect Ă©minemment dĂ©lĂ©tère, visqueux, viscĂ©ral. Face Ă  cette icĂ´ne monstrueuse, rĂ©solument glauque, et grâce Ă  un montage habile, Ă  la conviction d’acteurs transis d’effroi, Luigi Cozzi nous immerge dans un cauchemar malsain, un dernier quart d’heure homĂ©rique, hypnotique, rehaussĂ© d’effets spĂ©ciaux Ă©tonnamment convaincants - si bien qu’on se surprend Ă  croire Ă  leur vigueur rĂ©aliste.

Classique bisseux au pouvoir de fascination morbide inextinguible, Contamination prĂ©serve son attrait bonnard en jouant principalement sur l’effet « rĂ©vulsif / apprĂ©hensif » de l’Ĺ“uf extraterrestre, aussi blafard que mĂ©phitique. L’aspect verdâtre de sa physionomie se tend au tempo d’une respiration gutturale qui imprègne toute la pellicule. Et les Goblin d’achever le sort : une pulsation Ă©lectro, funèbre, imprimĂ©e Ă  jamais dans les tympans des fidèles.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

* GaĂŻus
03.08.18. 7èx
29.07.13. (104 vues)

Luigi Cozzi

jeudi 2 août 2018

SILENT NIGHT BLOODY NIGHT / DEATHHOUSE

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pinterest.fr

"Night of the Dark Full Moon" de Theodore Gershuny. 1972. U.S.A. 1h25. Avec Patrick O'Neal, James Patterson, Mary Woronov, Astrid Heeren, John Carradine, Walter Abel.

Sortie salles U.S: Novembre 1972

FILMOGRAPHIETheodore Gershuny est un réalisateur américain né le 30 Octobre 1933 à Chicago, décédé le 16 Mai 2007 à New-York. 1988-1990: Monsters (TV Series: 2 episodes). 1985-1987 Histoires de l'autre monde (TV Series: 5 episodes). 1985 Stephen King's Golden Tales (Video: segment "Strange Love"). 1973 Sugar Cookies. 1972 Silent night Bloody night. 1970 Kemek.


RaretĂ© aussi oubliĂ©e que mĂ©sestimĂ©e en dĂ©pit de sa rĂ©surrection en Dvd chez l'Ă©diteur Bach Films et de sa disponibilitĂ© en Blu-ray Outre-Atlantique; Silent night bloody night (Ă  ne pas confondre avec le slasher Silent night Deadly Night natif des annĂ©es 80 !) est une vĂ©ritable perle horrifique comme on en voit peu de nos jours. Car imprĂ©gnĂ© d'une ambiance mortifère tangible au sein d'une demeure gothique chargĂ©e en silence, mystères et secrets inavouĂ©s,  Silent Night... est ce que l'on prĂ©nomme un pur film d'ambiance hĂ©ritĂ© de l'horreur Old school des Seventies (pellicule granuleuse Ă  l'appui). Le rĂ©alisateur soignant son cadre domestique terriblement inquiĂ©tant avec l'appui de protagonistes Ă©quivoques; notamment auprès de leur charisme patibulaire si bien que l'on peine Ă  Ă©prouver une certaine compassion Ă  l'un d'entre eux. Au niveau de l'intrigue assez confuse au premier abord (notamment au niveau de sa chronologie historique), l'auteur nous illustre la transaction d'une demeure de sinistre rĂ©putation qu'un petit fils s'efforce de revendre en compagnie de son avocat. Au prĂ©alable, quelques dĂ©cennies plus tĂ´t, son grand-père mourra immolĂ© par le feu dans de mystĂ©rieuses circonstances. S'agit-il d'un suicide ou d'un crime prĂ©mĂ©ditĂ© sachant qu'au mĂŞme moment une prĂ©sence dans la maison y composa une mĂ©lodie au piano ? Alors que l'avocat et sa maĂ®tresse profitent de l'isolement de la bâtisse pour y sĂ©journer une nuit, un tueur Ă©chappĂ© d'un asile rode aux alentours. 


A travers un rĂ©cit assez vrillĂ© et douloureux au niveau de sa dramaturgie abrupte,  Theodore Gershuny y instaure un climat horrifique rĂ©solument ensorcelant au fil d'une investigation latente assez avare en indices. La fille du maire et le petit-fils du dĂ©funt propriĂ©taire s'Ă©paulant mutuellement Ă  tenter de percer le mystère qui entoure la fameuse demeure restĂ©e trop longtemps inoccupĂ©e (un sentiment d'abandon et d'isolement que le rĂ©alisateur retranscrit Ă  merveille Ă  travers ses cadrages tarabiscotĂ©s et ses silences pesants). Quand bien mĂŞme un tueur au tĂ©lĂ©phone y terrorise la police, une secrĂ©taire et le bourgmestre avant de passer Ă  l'acte criminelle (on apprĂ©cie d'ailleurs l'impact percutant - bien que habilement suggĂ©rĂ© - du 1er double meurtre brutalement perpĂ©trĂ© Ă  la hache !). Ainsi, si l'intrigue ne fait pas preuve d'un rythme nerveux en privilĂ©giant la caractĂ©risation intimiste de ses personnages, la manière scrupuleuse dont le rĂ©alisateur s'efforce de consolider un climat d'insĂ©curitĂ© permĂ©able autour d'eux nous instille curiositĂ© et sentiment de fascination irrĂ©pressible. A l'instar de son long flash-back tournĂ© en sĂ©pia au grĂ© d'un Ă©clairage surexposĂ© nous dĂ©voilant des convives aussi Ă©grillards que grossiers autour d'une table culinaire. Et ce avant qu'une explosion de violence n'y vienne semer le trouble et le chaos cauchemardesque. Autant dire que cette rĂ©miniscence Ă  la fois glauque et malsaine fait office d'anthologie d'une horreur pestilentielle, notamment de par son rĂ©alisme expĂ©rimental. Quand bien mĂŞme son surprenant final assez baroque (notamment auprès de l'accoutrement vestimentaire, victorien, d'un des protagonistes) nous laisse sur un sentiment d'impuissance, de malaise et de douce mĂ©lancolie. 


Psycho-killer crĂ©pusculaire prĂ©figurant les tueurs au tĂ©lĂ©phone icĂ´nifiĂ©s dans Black Christmas et l'incroyable Terreur sur la Ligne, Silent Night Bloody Night conjugue avec une certaine originalitĂ© les thèmes de la famille dysfonctionnelle et de la hantise pour renchĂ©rir tourment et apprĂ©hension au sein d'une demeure gothique transie d'une prĂ©sence dĂ©moniale. A dĂ©couvrir d'urgence pour tous les amoureux de film d'ambiance sĂ©pulcrale native d'un cinĂ© indĂ©pendant aussi discret et personnel qu'audacieux. 

Dédicace à Sandra Hameau

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mercredi 1 août 2018

LES DIABOLIQUES. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur film étranger,1956

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Henry Georges Clouzot. 1955. France. 1h57. Avec Simone Signoret, Véra Clouzot, Paul Meurisse, Charles Vanel, Pierre Larquey, Michel Serrault

Sortie salles France: 29 Janvier 1955

FILMOGRAPHIE: Henri-Georges Clouzot est un scĂ©nariste, dialoguiste, rĂ©alisateur, et producteur de cinĂ©ma français, nĂ© le 20 novembre 1907 Ă  Niort, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 janvier 1977 Ă  Paris. 1942 : L'assassin habite au 21. 1943 : Le Corbeau. 1947 : Quai des Orfèvres. 1949 : Manon. 1949 : Retour Ă  la vie (segment Le Retour de Jean). 1950 : Le Voyage en BrĂ©sil (inachevĂ©). 1950 : Miquette et sa mère. 1953 : Le Salaire de la peur. 1955 : Les Diaboliques. 1956 : Le Mystère Picasso. 1957 : Les Espions. 1960 : La VĂ©ritĂ©. 1964 : L'Enfer, inachevĂ©. 1967 : Grands chefs d'orchestre. 1968 : La Prisonnière.


Chef-d'oeuvre du suspense horrifique made in France autant cĂ©lĂ©brĂ© par la critique (rĂ©compenses en sus rĂ©pertoriĂ©e en fin d'article !) que par le public (3 674 380 entrĂ©es), Les Diaboliques constitue un modèle de mise en scène hitchcockienne si bien qu'Henri-Georges Clouzot joue avec nos nerfs et manipule notre raison par le biais d'un scĂ©nario cruel d'une redoutable perversitĂ©. Sans dĂ©florer d'indice, le rĂ©cit impeccablement charpentĂ© tourne autour d'une stratĂ©gie criminelle que s'efforcent de parfaire 2 complices fĂ©minines (l'Ă©pouse, la maĂ®tresse) avides de se dĂ©barrasser de leur amant Ă©pouvantablement machiste et tyrannique. Paul Meurisse se dĂ©lectant avec condescendance Ă  molester son Ă©pouse avec un art consommĂ© de la provocation et de l'humiliation. Le hic, c'est qu'après l'avoir lâchement assassinĂ© et englouti au fond d'une piscine, ce dernier disparaĂ®t sans laisser de traces. Tout du moins c'est ce que le rĂ©alisateur laisse planer dans un premier temps afin de distiller un suspense latent toujours plus inquiĂ©tant autour des interrogations infructueuses des criminelles. C'est dire si Henri-Georges Clouzot est digne de rivaliser avec sir Alfred Hitchcock, notamment dans son brio Ă  distiller vers son dernier acte une angoisse oppressante plaquant littĂ©ralement au siège le spectateur.


Celui-ci jouant avec les effets d'ombres d'un jeu de lumières suggĂ©rant une silhouette fantomatique Ă  travers des corridors Ă©trangement aphones. Le rĂ©cit Ă©tant en prime Ă©pargnĂ© de toute partition musicale afin de rehausser le caractère rĂ©aliste des situations et rebondissements parfois improbables mais pour autant scrupuleusement dĂ©peintes si bien que Clouzot ne lâche jamais d'une semelle les faits et gestes de nos meurtrières afin de bien nous familiariser avec leur mutuelle contrariĂ©tĂ©, entre deux caractères opposĂ©s. Et donc, en abordant en filigrane le thème de la hantise, Henri-Georges Clouzot s'improvise en maĂ®tre de l'angoisse horrifique dans sa manière retorse de jouer avec les codes du film d'Ă©pouvante (avec en sus une savoureuse notion "surnaturelle" lors de sa dernière minute !), et ce jusqu'Ă  son dĂ©nouement grand-guignolesque inscrit dans la lĂ©gende du 7è art. Au-delĂ  de la solide prestance de Paul Meurisse en dĂ©testable amant phallocrate, les Diaboliques est transcendĂ© par les performances de Simone Signoret en maĂ®tresse commanditaire inscrite dans une force de caractère et surtout par la douce et fragile VĂ©ra Clouzot littĂ©ralement habitĂ©e en victime dĂ©munie incessamment persĂ©cutĂ©e par ses doutes, sa nĂ©vrose et ses affres de l'incomprĂ©hension. Ajoutez Ă©galement pour renforcer l'attrait lugubre de sa trajectoire narrative quasi surnaturelle un noir et blanc envoĂ»tant afin de mieux vous immerger dans la psychĂ© nĂ©vralgique de Christina (VĂ©ra Clouzot) avec autant d'empathie que d'apprĂ©hension subtilement vĂ©nĂ©neuse.


En dĂ©pit de son renversant effet de surprise dissipĂ© au second visionnage, Les Diaboliques reste pour autant un savoureux jeu de peur et de perversitĂ© autour d'une intrigue implacable d'une cruelle ironie macabre que son casting proĂ©minent transfigure avec une vĂ©ritĂ© humaine Ă  la fois glaçante et couarde. On peut d'ailleurs aussi saluer en second-rĂ´le chargĂ© de dĂ©rision, et en guise de cerise sur le gâteau, la prĂ©sence infaillible de Charles Vanel en commissaire avenant aussi discret que fin limier. 

GaĂŻus
2èx

Récompenses: Prix Louis-Delluc en 1954.
Prix du meilleur film étranger lors des New York Film Critics Circle Awards 1955.
Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur film étranger en 1956.

mardi 31 juillet 2018

Scanners

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site toddkuhns.com

de David Cronenberg. 1981. Canada. 1h43. Avec Jennifer O'Neill, Stephen Lack, Patrick McGoohan, Lawrence Dane, Michael Ironside, Robert A. Silverman, Lee Broker, Mavor Moore, Adam Ludwig, Murray Cruchley...

Sortie salles France08 avril 1981  U.S.A: 14 janvier 1981

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un rĂ©alisateur canadien, nĂ© le 15 mars 1943 Ă  Toronto (Canada). 1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage, 1979 : Fast Company, Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone,1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants, 1991 : Le Festin nu, 1993 : M. Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method.


10 secondes... la douleur commence, 15 secondes... vous étouffez, 20 secondes... vous explosez !
Deux ans après l'éprouvant Chromosome 3, drame horrifique sur les conséquences d'un divorce névrotique engendrant une lignée monstrueuse, David Cronenberg poursuit son exploration de la mutation génétique avec Scanners. Le docteur Paul Ruth, figure de proue de l'organisation ConSec, capture un SDF du nom de Cameron, ignorant l'origine de ses dons de télépathe, aussi puissants que destructeurs. Le médecin lui révèle l'étendue de ses capacités psychiques tout en apaisant ses souffrances mentales (un scanner perçoit les voix et pensées d'autrui de façon décuplée). Grâce à l'éphémerol, médicament initialement prescrit aux femmes enceintes, Cameron peut contenir ses effets secondaires. Mais une mission capitale l'attend : traquer et éliminer Darryl Revok, scanner renégat à la tête d'une organisation criminelle.

Ce pitch, aussi passionnant que délirant, nous entraîne dans les méandres de la mutation biologique via une enquête mêlant espionnage industriel, horreur viscérale et science-fiction alarmiste. Avec une efficacité métronomique, Cronenberg orchestre un duel mental entre deux entités aux cerveaux hypertrophiés. L'un, Cameron, s'efforce de canaliser ses facultés grâce à l'aide bienveillante de son mentor. L'autre, Revok, ambitionne de créer une nouvelle race de mutants pour imposer sa domination, en exploitant les vertus mutagènes de l'éphémerol.

Dans cette guerre silencieuse où le cerveau devient arme de destruction, se pose la question des origines de leur pouvoir : radiation, mutation, effet secondaire d'un traitement médicamenteux ? En filigrane, Cronenberg dénonce les dérives pharmaceutiques et l'expérimentation sauvage de molécules non maîtrisées. Une résonance troublante avec les scandales médicaux bien réels, tel que celui du Médiator.

Michael Ironside campe un Revok mĂ©galomane, froid et cynique, manipulateur nĂ© pour dominer. Face Ă  lui, Stephen Lack impose une prĂ©sence hagarde, dĂ©sincarnĂ©e, son regard fuyant et sa posture rigide accentuant l'Ă©trangetĂ© de ce hĂ©ros murĂ© dans le doute. Le duel est d'autant plus poignant qu'il est portĂ© par une tension quasi mystique. Autour d'eux gravitent Jennifer O'Neill, troublante et vulnĂ©rable dans la peau d'une tĂ©lĂ©pathe fragile, et Patrick McGoohan, savant ambigu dont la bienveillance apparente masque une responsabilitĂ© plus trouble.             


La chair des Pensées.
Traitant avec une originalitĂ© rare de la mutation cĂ©rĂ©brale Ă  travers la tĂ©lĂ©pathie, Scanners demeure une rĂ©fĂ©rence incontournable du genre, autant par son intensitĂ© visuelle que par son intrigue singulière, Ă  la fois paranoĂŻaque et charnelle. Outre la partition d'Howard Shore, vibrante de menace souterraine, on salue le design sonore : battements de cĹ“ur Ă©tirĂ©s, respirations lourdes, voix diffractĂ©es comme autant d'Ă©clats d’un monde intĂ©rieur au bord de l'implosion.

Quant à ses visions chocs, Cronenberg signe des moments d'anthologie : cafétéria en transe, hypnose sépulcrale, explosion crânienne culte, et cette idée insensée d'un fœtus télépathe influençant un esprit hostile depuis le ventre de sa mère. Et pour finir, un climax dantesque : affrontement psychique, chaires en fusion, regards embrasés, écorces d'hommes calcinées. Une hallucinante bataille mentale où le corps explose sous l'assaut de l'esprit. Le tout sublimé par les effets spéciaux de Dick Smith, artisan de la désintégration de l'âme et du corps, en dépit de lentilles trop laiteuses.

Un choc sensoriel et métaphysique. Une onde de choc qui résonne encore sous la peau.

GaĂŻus
31.07.18. 5èx24.02.11. (102 vues)

lundi 30 juillet 2018

DANS LA BRUME

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Daniel Roby. 2018. France/Québec. 1h25. Avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin, Michel Robin, Anna Gaylor.

Sortie salles France: 4 Avril 2018

FILMOGRAPHIEDaniel Roby est un rĂ©alisateur, directeur de photographie, producteur, metteur en scène et Ă©diteur quĂ©bĂ©cois, nĂ© le 25 octobre 1970 Ă  MontrĂ©al. 2018 : Dans la brume. 2015 : Versailles (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2013 : Louis Cyr : L'homme le plus fort du monde. 2011 : Funkytown. 2004 : La Peau blanche. 2003 : Quelques instants de la vie d'une fraise.


RĂ©alisĂ© par le quĂ©bĂ©cois Daniel Roby, Dans la Brume est une production Franco-quĂ©bĂ©coise s'essayant honnĂŞtement au genre fantastique avec efficacitĂ© Ă  dĂ©faut d'ĂŞtre transcendant. Car retraçant sans effets homĂ©rique (si on Ă©pargne son percutant prĂ©ambule catastrophiste faisant Ă©cho Ă  la Guerre des Mondes) mais avec un souci formel (atmosphère blafarde vitriolĂ©e planant au dessus de Paris) la survie d'un couple retranchĂ© au dernier Ă©tage de leur immeuble chez un couple âgĂ© afin de fuir la brume toxique, Dans la brume gagne en rĂ©alisme en survival post-apo soigneusement contĂ©. Et si on peut dĂ©plorer un manque de surprise et d'action d'après une trajectoire narrative privilĂ©giant les caractĂ©risations humaines de parents s'efforçant de protĂ©ger leur fille atteinte du syndrome de Stimberger (elle est confinĂ©e dans une gigantesque prison de verre dans l'appartement du dessous), Dans la Brume cultive une  dimension dramatique poignante au fil d'un compte Ă  rebours de tous les dangers. La brume s'Ă©levant toujours plus de quelques centimètres au niveau des toitures des habitations Ă  chaque minute.


Au niveau du casting, Romain Duris monopolise l'Ă©cran avec autant de force de sĂ»retĂ© lors de ses stratĂ©gies hĂ©roĂŻques pugnaces que d'humanitĂ© fĂ©brile auprès de ses rapports prĂ©caires avec sa fille alitĂ©e (que Fantine Harduin nous retransmet avec un flegme timorĂ© si bien qu'on a un peu de mal Ă  y ressentir sa crainte du trĂ©pas et sa compassion parentale). AccompagnĂ© d'Olga Kurylenk en Ă©pouse contrariĂ©e, celle-ci fait notamment preuve d'un sang froid expressif lors de ses bravoures Ă  prĂŞter main forte Ă  son mari avant de cĂ©der au sens du sacrifice. Enfin, derrière un vĂ©tĂ©ran du cinĂ©ma français habituĂ© aux seconds-rĂ´les (le Jouet, la Chèvre, le Marginal, l'Important c'est d'aimer) on apprĂ©cie Ă©galement l'apparition Ă©mouvante de Michel Robin en voisin sclĂ©rosĂ© prĂ©venant au ton mĂ©lancolique.


Sans faire preuve d'intensitĂ© fulgurante mais laissant percer une Ă©motion davantage poignante au fil de son rĂ©cit alarmiste, Dans la Brume est une intĂ©ressante et sympathique contribution au Survival Post-apo made in France (avec un soutien QuĂ©bĂ©cois !), correctement rĂ©alisĂ©e et interprĂ©tĂ©e. 

* GaĂŻus

jeudi 26 juillet 2018

SAVAGE STREETS

                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au discreetcharmsandobscureobjects.blogspot.com

"Les Rues de l'enfer" de Danny Steinmann. 1984. U.S.A. 1h33. Avec Linda Blair, John Vernon, Robert Dryer, Johnny Venocur, Sal Landi, Scott Mayer.

Sortie salles France: 9 Janvier 1985. U.S: 5 Octobre 1984 

FILMOGRAPHIE: Danny Steinmann est un auteur, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 7 janvier 1942 Ă  New York, dĂ©cĂ©dĂ© le 18 dĂ©cembre 2012. 1985: Vendredi 13, chapitre 5. 1984: Les rues de l'enfer. 1980: Les secrets de l'invisible. 1973: High Rise.


Profitant du filon lucratif du Vigilante Movie en plein essor durant les annĂ©es 80, Danny Steinmann y ajoute une louche de Rape and Revenge avec Savage Streets mystĂ©rieusement classĂ© X Outre-atlantique ! Car si sa scène de viol un peu hard provoque encore un certain malaise et que le sort d'une jeune fille Ă©jectĂ©e du haut d'un pont s'avère (selon moi) encore plus dĂ©rangeante, la vengeance criminelle escomptĂ©e par notre icone fĂ©ministe (celle placardĂ©e sur l'affiche dans une posture hĂ©roĂŻque impassible) fait office de bande dessinĂ©e si bien que Troma aurait bien pu le produire. A l'instar du quatuor de punks neuneus que l'on croirait issus d'un remake de Class 84 (notamment le jeune ado influant issue de famille respectable) dĂ©versant leurs insanitĂ©s aux profs et Ă  la gente fĂ©minine dans une position misogyne ballot. On s'amuse Ă©galement (parfois mĂŞme avec une hilaritĂ© nerveuse) du jeu si provocateur de Linda Blair surjouant sans complexe son rĂ´le de justicière (un vrai garçon manquĂ© dans son regard fielleux et sa dĂ©froque d'un noir rutilant !) avec une dĂ©rision limite grotesque. Il faut dire qu'elle en fait des tonnes Ă  travers ses expressions altières pour notre plus grand bonheur de cinĂ©phile Bisseux. 


Au-delĂ  de ses tĂŞtes d'affiche Ă  la fois racoleuses et vulgaires que Danny Steinmann filme parfois complaisamment dans leur plus simple appareil (les scènes de douches avec ces lycĂ©ennes aux poitrines opulentes), Savage Streets se vautre aimablement dans la trivialitĂ© d'un script Ă©maillĂ© de sĂ©quences toutes plus ludiques les unes que les autres. Si bien que le spectateur reluque ses sĂ©quences anodines avec un esprit second degrĂ© jubilatoire (les crĂŞpages de chignon entre Brenda et sa rivale nunuche, la clientèle jouasse dans la boite de nuit se dĂ©hanchant sur du Rock de comptoir, le chahut communautaire des lycĂ©ens durant les cours ingĂ©rables). Et donc, Savage Streets a beau ĂŞtre archi prĂ©visible dans sa moisson ininterrompue de clichĂ©s au point d'anticiper les Ă©vènements (notamment les confidences Ă©plorĂ©es d'un des criminels auprès de sa victime hospitalisĂ©e parmi le tĂ©moignage de notre future justicière), on se distrait sans modĂ©ration Ă  suivre les vicissitudes de Brenda et sa bande malmenĂ©s par ces punks erratiques. Danny Steinmann soignant en prime les lieux urbains hipsters Ă  l'aide d'une photo criarde Ă©clairĂ©e de nĂ©ons.


Atomic College
Ă€ la fois benĂŞt et primaire, gĂ©nialement fun et pittoresque, Savage Streets dĂ©tourne le rape and revenge avec un esprit BD aussi dĂ©complexĂ© que dĂ©bridĂ© - en tĂ©moigne ce final homĂ©rique, fertile en pitreries gestuelles, mais aussi maladroit dans la gestion de la tension et du montage des affrontements. On quitte alors cette bande dessinĂ©e mal Ă©levĂ©e avec un plaisir cinĂ©phile aussi innocent qu’addictif.

Ă€ privilĂ©gier d’urgence : l’hilarante VF, truffĂ©e de dialogues grossiers dĂ©clenchant un rire nerveux incontrĂ´lable. Quant Ă  la VO, son revirement de ton est si dĂ©tonnant qu’on a presque l’impression de dĂ©couvrir une autre sĂ©rie B, plus sobre, plus grave, presque Ă©trangère Ă  elle-mĂŞme.

* GaĂŻus
20/02/26. 3èx

mercredi 25 juillet 2018

ENFER DE LA VIOLENCE (L')

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

"The Evil That Men Do" de Jack Lee Thompson. 1984. U.S.A. 1h27. Avec Charles Bronson, Theresa Saldana, Joseph Maher, Antoinette Bower, René Enríquez, John Glover.

Sortie salles France: 15 Mars 1984 (Int - 18 ans). U.S: 21 Septembre 1984

FILMOGRAPHIE (comprenant uniquement les productions des annĂ©es 80): Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique nĂ© le 1er aoĂ»t 1914 Ă  Bristol (Royaume-Uni), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2002 Ă  Sooke (Canada). 1980 : Cabo Blanco 1981 : Happy Birthday. 1981 : Code Red (TV). 1983 : Le Justicier de minuit. 1984 : L'Enfer de la violence. 1984 : L'Ambassadeur : Chantage en IsraĂ«l. 1985 : Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon. 1986 : La Loi de Murphy. 1986 : Le Temple d'or. 1987 : Le justicier braque les dealers. 1988 : Le Messager de la mort. 1989 : Kinjite, sujets tabous. 

                                       

Un an après le succès du Justicier de Minuit, Jack Lee Thompson recrute Ă  nouveau son acteur fĂ©tiche Charles Bronson afin de renchĂ©rir un Vigilante movie en bonne et due forme. D'une ultra violence inouĂŻe (la sĂ©quence d'intro particulièrement crue est digne de rivaliser auprès d'un tortur'porn ressuscitĂ© par la saga Saw), L'Enfer des la Violence s'enrichit d'un climat malsain tantĂ´t poisseux eu Ă©gard des exactions expĂ©ditives de notre justicier impassible non avare d'invention pour parvenir Ă  ses fins. Ancien tueur Ă  gage, Holland est sollicitĂ© par une vieille connaissance Ă  renouer avec les armes afin de mettre un terme aux agissements d'un criminel nazi passĂ© maĂ®tre dans l'art de torturer ses victimes. Ayant prĂ©alablement sacrifiĂ© l'un de ses amis lors d'une (insupportable) sĂ©ance d'Ă©lectrocution (discours emphatique en sus prononcĂ© plus tĂ´t par lui face Ă  une assemblĂ©e voyeuriste !), Holland se lie d'amitiĂ© avec la veuve du dĂ©funt. Notamment en lui promettant de mettre fin aux agissements du bourreau rĂ©fugiĂ© dans une forteresse en AmĂ©rique du Sud. 


Et donc Ă  travers ce pitch Ă©culĂ© parfaitement prĂ©visible (mĂŞme si l'idĂ©e dĂ©lĂ©tère du nazi en activitĂ© y ajoute une certaine originalitĂ©), Jack Lee Thompson transcende la banalitĂ© des faits exposĂ©s par le biais d'une solide rĂ©alisation exploitant sans complexe action et violence (horrifique) avec une efficacitĂ© en roue libre. Outre la prĂ©sence virile du vĂ©tĂ©ran Charles Bronson toujours aussi dĂ©contractĂ© en exterminateur placide, l'Enfer de la violence exploite habilement le cadre solaire du Mexique, Ă  l'instar d'une visite touristique, et Ă  travers le genre westernien que sa dernière partie homĂ©rique (poursuite en bagnoles Ă  l'appui) improvise autour d'une prise d'otage davantage intense puis insolite (notamment auprès de sa tournure morbide faisant Ă©cho Ă  Freaks). Qui plus est, afin de parfaire le caractère obscur de l'intrigue criminelle semĂ©e de cadavres, son score tĂ©nĂ©breux au tempo lourd y exacerbe un style percutant Ă  sa rĂ©alisation dĂ©jĂ  bien rodĂ©e. Tant auprès de sa direction d'acteurs (avec des gueules familières de seconds-rĂ´les issus des annĂ©es 80), du cadre urbain tropical oscillant ensuite avec un environnement rural dessĂ©chĂ©e que du jeu du chat et de la souris que  Bronson arpente en fin limier rĂ©actionnaire. Et d'y ajouter durant sa macabre filature une tacite romance qu'il forme timidement avec Rhiana afin que celle-ci tĂ©moigne en personne de sa vendetta promue.


"Dans l'exécution de la justice, il n'y a pas meilleur exécuteur que BRONSON"
B movie fichtrement sympathique Ă  travers son intrigue classique parfaitement rodĂ©e, cocktail vitriolĂ© d'ultra violence Ă©picĂ©e tant et si bien que son interdiction en salles aux - de 18 ans reste encore aujourd'hui mĂ©ritoire auprès du public non averti, l'Enfer de la violence peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme l'un des plus brutaux Vigilante Movies auquel Bronson collabora (sans abattement) pour parfaire ses exploits sanguinaires en justicier sexagĂ©naire. Et on peut avouer sans ambages que le papy en question en avait toujours dans le pantalon au 3è cycle de sa carrière ! 

* GaĂŻus
3èx

Box Office France: 876 771 entrées

mardi 24 juillet 2018

Je suis vivant / La corta notte delle bambole di vetro

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Aldo Lado. 1971. Italie/Allemagne/Yougoslavie. 1h32. Avec Ingrid Thulin, Jean Sorel, Mario Adorf, Barbara Bach, Fabijan Sovagovic, José Quaglio.

Sortie salles France: 19 Novembre 1999 (Int - 16 ans). Italie: 28 Octobre 1971

FILMOGRAPHIE: Aldo Lado est un réalisateur italien, né le 5 décembre 1934 à Fiume (Croatie).

1971: Je suis vivant. 1972: Qui l'a vue mourir ? 1972: La DrĂ´le d'affaire. 1973: Sepolta viva. 1974: La cugina. 1975: La BĂŞte tue de sang Froid. 1976: L'ultima volta. 1978: Il prigioniero (TV). 1979: L'humanoĂŻde. 1979: Il Ă©tait un musicien – Monsieur Mascagni. 1981: La dĂ©sobĂ©issance. 1982: La pietra di Marco Polo (TV). 1983: La cittĂ  di Miriam (TV). 1986: I figli dell'ispettore (TV). 1987: Sahara Heat ou Scirocco. 1990: Rito d'amore. 1991: La stella del parco (TV). 1992: Alibi perfetto. 1993: Venerdì nero. 1994: La chance.
 

"La nuit courte des papillons de verre."

Thriller transalpin oĂą se tĂ©lescopent enquĂŞte policière, mystère, suspense et horreur, Je suis vivant peut rebuter une partie du public tant Aldo Lado refuse de divertir au sens standard au grĂ© d’une intrigue sinueuse, prĂ©fĂ©rant dĂ©noncer une haute bourgeoisie viciĂ©e.

Synopsis : amoureux de la jeune et belle Mira, le journaliste Gregory Moore s’attire la jalousie de son ancienne compagne Jessica. Un jour, Mira disparaĂ®t mystĂ©rieusement sans laisser de trace. Durant une investigation de longue haleine - qui lui vaut aussi les dĂ©faveurs de la police - Gregory subit une violente agression et se rĂ©veille dans une morgue, en Ă©tat de catalepsie. Impuissant Ă  hurler sa survivance, il tente de reconstituer, depuis ce corps figĂ©, les Ă©vĂ©nements morbides ayant suivi la disparition inexpliquĂ©e de Mira.

Si Aldo Lado s’est fait connaĂ®tre auprès des amateurs de giallo avec le fort sympathique Qui l’a vu mourir ? et le classique d’effroi La BĂŞte tue de sang-froid (remarquable variation sur La Dernière maison sur la gauche), sa première rĂ©alisation, Je suis vivant, demeure plus confidentielle mais aussi passionnante. La cause sans doute Ă  la personnalitĂ© atypique du cinĂ©aste, dĂ©cidĂ© Ă  expĂ©rimenter dès son premier essai un thriller obscur, peuplĂ© de protagonistes interlopes et de tĂ©moins cauteleux au sein d'une ambiance feutrĂ©e granuleuse. 


Car si l’intrigue captive en prenant son temps pour dĂ©ployer son rĂ©cit larvĂ©, Lado y sème un mystère de plus en plus prĂ©gnant autour de la disparition de Mira et de la condition dĂ©munie de Gregory, qui s’efforce d’alerter le corps mĂ©dical de sa prĂ©sence encore vivante. JalonnĂ© de sĂ©quences baroques et de dĂ©ambulations nocturnes traversĂ©es d’interrogations existentielles, Je suis vivant n’est pas conçu pour caresser le spectateur dans le sens du poil : il l’embarque dans une intrigue mĂ©taphorique, au climat morbide et quasi indicible.

La conclusion, abrupte et dĂ©sespĂ©rĂ©e, Ă©tonne par son refus du happy end, renforçant la nature hermĂ©tique et malsaine de ce thriller jusqu’Ă  l’image finale, figĂ©e dans une terreur sourde. Un parti pris Ă  contre-emploi qu’Aldo Lado assume pleinement, dans son ambition auteurisante de livrer un thriller expĂ©rimental, Ă  la fois intriguant et envoĂ»tant, sur la perte de libertĂ© d’une jeunesse rebelle, victime d’une sociĂ©tĂ© hypocrite et totalitaire.

 
"Les poupĂ©es ailĂ©es." 
De par son ambiance austère, son suspense inquiĂ©tant et sa charge politique viciĂ©e, Je suis vivant s’impose comme une Ĺ“uvre d’Ă©trangetĂ© baroque et singulière, redoutablement intelligente dans sa dĂ©nonciation de l’entrave libertaire imposĂ©e par un pouvoir conservateur.
Un excellent thriller donc, qui hante bien au-delà du générique, notamment grâce à cette dernière image, figée dans la peur la plus sourde et la plus insidieuse, à glacer le sang.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

11.11.25. 3èx. Vostfr

lundi 23 juillet 2018

La finale. Grand Prix Festival de l'Alpe Duez, 2018.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robin Sykes. 2018. France/Belgique. 1h25. Avec Thierry Lhermitte, Rayane Bensetti, Émilie Caen, Lyes Salem, Cassiopée Mayance.

Sortie salles France: 21 Mars 2018. Belgique: 28 Mars 2018

FILMOGRAPHIERobin Sykes est un réalisateur, producteur, scénariste et producteur.
2018: La Finale.

                                       
                                       EstampillĂ© "Coup de coeur" Strange Vomit Dolls !

Cure de bonheur et de tendresse anti-sinistrose - alors qu’on aurait pu redouter une comĂ©die sirupeuse, volontiers pathos, au vu d’un sujet aussi grave - La Finale n’a pas volĂ© son Grand Prix Ă  l’Alpe d’Huez. Le premier long-mĂ©trage de Robin Sykes nous touche droit au cĹ“ur, avec une Ă©motion jamais programmĂ©e. Il aborde la maladie d’Alzheimer sous l’angle d’une comĂ©die douce-amère (efficacement rythmĂ©e Ă  l’amĂ©ricaine !), magnĂ©tisĂ©e par le tandem Thierry Lhermitte / Rayane Bensetti, d’une spontanĂ©itĂ© irrĂ©fragable.
Le rĂ©cit initiatique s’articule autour de la discorde entre J.B., jeune passionnĂ© de basket bien dĂ©cidĂ© Ă  rejoindre Paris pour sa finale, et son grand-père encombrant, atteint d’Alzheimer. Évidemment, au fil d’un pĂ©riple houleux semĂ© d’incidents, de rencontres humaines, de quiproquos et de dĂ©tours absurdes - que Lhermitte enchaĂ®ne avec une innocence parfois bouleversante - Roland et J.B. vont peu Ă  peu apprendre Ă  se connaĂ®tre, au fil de l’empathie croissante de ce dernier, tiraillĂ© entre le questionnement parental, la mĂ©moire affective et la rĂ©flexion comportementale.


Si le scĂ©nario prĂ©visible ne brille pas par son inventivitĂ©, Robin Sykes mise sur le choc des gĂ©nĂ©rations, en quĂŞte d’amour, de passion et de reconnaissance. Il compte aussi sur le rĂ©alisme de leur itinĂ©raire infortunĂ© pour nous faire vibrer avec une bonhomie pudique. Les sĂ©quences les plus Ă©mouvantes, ou drĂ´les malgrĂ© elles, emportent l’adhĂ©sion grâce Ă  l’Ă©lan vital des comĂ©diens, qui nous transmettent leurs Ă©motions sans jamais forcer la corde sensible.
Et la surprise est rĂ©elle, lorsqu’en dernière partie, le film bascule dans une dramaturgie plus marquĂ©e, mais toujours sans racolage. On en apprend alors un peu plus sur le passĂ© tragique - pour ne pas dire traumatique - de Roland, aux racines profondes de sa maladie cognitive.
Dans ce cadre de comĂ©die lĂ©gère menĂ©e tambour battant, Sykes cultive un tĂ©moignage humble, pudique et tendre sur Alzheimer. Sans voyeurisme, ni blagues acnĂ©ennes, il dĂ©fend les valeurs de l’amour, de l’amitiĂ©, de la cohĂ©sion familiale… et surtout de la rĂ©miniscence, comme outil fragile mais lumineux pour accompagner les malades vers une forme d’allĂ©gresse, aussi fallacieuse soit-elle. La Finale prend dès lors tout son (second) sens, lors d’une conclusion anthologique (prĂ©parez les mouchoirs !), convoquant un Ă©vènement sportif restĂ© dans toutes les mĂ©moires - si bien que “quand on a vu ça, je crois qu’on peut mourir tranquille”.


"Le match d’une vie".
ComĂ©die pittoresque, beaucoup plus tendre et douloureuse qu’elle n’y paraĂ®t, La Finale gagne en intensitĂ© Ă©motionnelle au fil de son initiation identitaire, autant pour J.B. que pour Roland. Elle arrachera sans doute les larmes aux plus sensibles grâce Ă  la prestation bouleversante de Thierry Lhermitte (Prix d’interprĂ©tation indiscutable), d’un naturel troublant - on jurerait qu’il est rĂ©ellement atteint de cette pathologie. L’acteur soulève le film sur ses Ă©paules, en tandem avec un Rayane Bensetti prometteur, adolescent rebelle Ă  la fringance jamais irritante.
Après l’incroyable surprise Tout le monde debout de Dubosc, La Finale demeure sans conteste LA comĂ©die de l’annĂ©e 2018. Et Robin Sykes, un talent Ă  surveiller !

* GaĂŻus

RĂ©compenses: 
Grand Prix, Prix d'interprétation masculine pour Thierry Lhermitte au Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez 2018.

vendredi 20 juillet 2018

BLUE JAY

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Alex Lehmann. 2016. U.S.A. 1h20. Avec Mark Duplass, Sarah Paulson, Clu Gulager. James Andrews, Harris Benbury.

Diffusé France: 6 Décembre 2016. U.S: 11 Octobre 2016

FILMOGRAPHIEAlex Lehmann est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2016: Blue Jay.


                      "Un jour l'amour a dit Ă  l'amitiĂ© : Pourquoi existes-tu puisque je suis lĂ  ?
                      L'amitiĂ© lui rĂ©pond : Pour amener un sourire lĂ  ou tu as laissĂ© des larmes."

Pour sa première rĂ©alisation, Alex Lehmann aborde la comĂ©die romantique avec un budget très limitĂ©. Oeuvre indĂ©pendante tournĂ©e en noir et blanc durant 1 semaine de tournage avec uniquement en vedettes deux acteurs (si on Ă©carte les 10 premières minutes), Blue Jay s'inscrit dans un cinĂ©ma vĂ©ritĂ© de par son authenticitĂ© Ă©motionnelle sans fard que le casting nous retransmet avec une intensitĂ© vertigineuse. Outre le soin de sa mise en scène (notamment Ă  travers la plĂ©nitude de la nature si flegmatique), la prĂ©cision de sa bande-son (notamment lors des silences les plus placides), la sĂ©rĂ©nitĂ© de sa BO et l'Ă©pure de sa photo monochrome, Blue Jay est donc transfigurĂ© par le duo scintillant  Mark Duplass Sarah Paulson (rĂ©vĂ©lĂ©e par la sĂ©rie American Horror Story) incarnant avec une spontanĂ©itĂ© fulgurante les amants infortunĂ©s d'une romance galvaudĂ©e.


Le rĂ©cit nous relatant leur inopinĂ©e retrouvaille après 20 ans d'absence, et ce le temps d'une journĂ©e Ă©lĂ©giaque Ă  se remĂ©morer certains souvenirs en toute improvisation. Romance intimiste traitĂ©e avec autant de pudeur que d'Ă©clairs de fraĂ®cheur (la soirĂ©e "dĂ©jantĂ©e" autour d'une danse de rap), Blue Jay nous immerge dans les psychĂ©s des amants Ă©perdus avec un rĂ©alisme capiteux eu Ă©gard du jeu expansif du duo sentimental en perte de repère. Le rĂ©alisateur prenant soin au fil de leur apartĂ© et confidences parentales Ă  y capter l'humanitĂ© de leur expression (l'Ă©change des regards complices s'avère parfois bouleversant quand l'amitiĂ© renoue avec l'amour) en tenant compte au terme des tenants et aboutissants de leur Ă©chec sentimental. Et donc Ă  travers leur dĂ©ception commune d'ĂŞtre passĂ©s Ă  cĂ´tĂ© d'une liaison amoureuse autrement exaltante, Alex Lehmann amorce les thèmes de l'immaturitĂ© et de la culpabilitĂ© paternelle auprès des couples juvĂ©niles tiraillĂ©s entre la passion des sentiments et le dĂ©sagrĂ©ment de la responsabilitĂ© filiale.


"L'une des plus grandes douleurs est d'aimer une personne que tu ne peux pas avoir."
Instant vĂ©ritĂ© d'Ă©motions candides et de fraĂ®cheur fringantes par le biais d'une dĂ©sillusion amoureuse, Blue Jay dĂ©gage une sensibilitĂ© rĂ©solument tĂ©nue et charmante grâce Ă  l'alchimie amoureuse que forment Mark Duplass et surtout Sarah Paulson communĂ©ment habitĂ©s par leurs Ă©tats d'âme fĂ©briles, nostalgiques et torturĂ©s, et ce Ă  travers leur disparitĂ© caractĂ©rielle. La finalitĂ© du rĂ©cit aussi bien douloureux que conciliant (ni happy-end, ni bad-end) nous interrogeant sur les lourdes consĂ©quences de nos actes immatures lorsque le destin nous offrait l'opportunitĂ© de cristalliser l'amour de sa vie. Le rĂ©cit plein de fragilitĂ©, d'Ă©motions bipolaires et de vitalitĂ© d'esprit suscitant chez nous l'envie de renouer avec un amour de jeunesse, voir de rester attentif Ă  l'Ă©ventuelle rencontre d'une inconnue entrevue au coin d'une rue.  

Dédicace à Frederic Serbource.

* GaĂŻus