mardi 9 mai 2023

Mad Dog and Glory

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de John McNaughton. 1993. U.S.A. 1h37. Avec Robert De Niro, Uma Thurman, Bill Murray, David Caruso, Mike Starr, Kathy Baker.

Sortie salles France: 2 Juin 1993. U.S: 5 Mars 1993

FILMOGRAPHIE: John Mc Naughton est un réalisateur américain, né le 13 Janvier 1950 à Chicago. 1984: Dealers in Death. 1986: Henry, portrait d'un serial killer. 1991: Sex, drugs, Rock and Roll. 1991: The Borrower. 1993: Mad Dog and Glory. 1996: Normal Life. 1998: Sexcrimes. 2000: Condo Painting. 2001: Speaking of sex. 2004: Redliners. 2009: Backstabbers. 2013: The Harvest.


"Pas de couilles, pas de gloire !"
Quand on pense que Mad dog and Glory porte la signature de John McNaughton, rĂ©alisateur Ă©mĂ©rite de Henry, portrait d'un serial-killer, il y a de quoi ĂŞtre autrement stupĂ©fiais, dĂ©concertĂ© aussi, Ă  la vue de cette comĂ©die policière rondement menĂ©e tant et si bien que le temps dĂ©file Ă  une vitesse vertigineuse (euphĂ©misme tant j'ai cru que le film comptabilisait Ă  peine 1 heure). Pourtant, sur le papier, on pouvait lĂ©gitimement douter de son potentiel narratif lorsqu'un flic inconfiant (Robert De Niro, Ă  contre emploi, crève Ă  nouveau l'Ă©cran dans une posture sobrement timorĂ©e Ă  s'efforcer de s'effacer auprès des autres) tombe amoureux de la potiche d'un illustre mafieux (endossĂ© par le clown Bill Murray en humoriste subsidiaire Ă  la fois drĂ´le, amiteux, badin, arrogant, suffisant, mĂ©prisant, condescendant) après lui avoir sauver la vie ! Or, l'intelligence de John McNaughton est ici d'y atomiser les conventions du genre auprès d'une moisson de situations burlesques oĂą drame, romance et tendresse osent s'immiscer dans l'aventure sans jamais sombrer dans le ridicule, voire une quelconque gestuelle outrancière. Mad Dog and Glory ne cessant de provoquer le rire (parfois grinçant) lĂ  oĂą l'on ne l'attend jamais. 


Et c'est ce qui fait le gĂ©nie de cette histoire criminelle Ă  l'issue aussi incertaine que caustique. Quand bien mĂŞme on a beau s'ĂŞtre inquiĂ©tĂ© de l'ouverture de son prologue d'une grande violence (en annonçant subitement la couleur après le passage du noir et blanc), le rĂ©alisateur se joue du simulacre pour s'extirper du conformisme Ă©paulĂ© il est vrai d'une plĂ©iade d'acteurs au diapason. David Caruso nous Ă©patant de la manière la plus dĂ©concertante en bras droit d'un franc-parler quasi suicidaire eu Ă©gard de ses confrontations avec deux mastards peu recommandables. Quant Ă  la juvĂ©nile Uma Thurman, celle-ci apporte une touche d'innocence et de compassion tout en se laissant obscurcir par sa rancoeur et son dĂ©goĂ»t dans sa condition de jeune fille servile partagĂ©e entre l'intimidation de son boss et l'amour d'un flic au grand coeur que De Niro transcende au point d'en omettre l'acteur qu'il symbolise tant depuis des dĂ©cennies. On pourrait d'ailleurs mĂŞme prĂ©tendre qu'il s'agit lĂ  d'un de ses plus beaux rĂ´les tant il s'y glisse sans ambages. 


Bijou d'humour et de tendresse au sein d'une dĂ©licieuse comĂ©die policière magnifiquement Ă©crite, rĂ©alisĂ©e et interprĂ©tĂ©e de par l'originalitĂ© des rebondissements incessants que les acteurs dĂ©clenchent dans leur complĂ©mentaritĂ© autoritaire (tout le rĂ©cit Ă©tant notamment un jeu de pouvoir machiste, entre intimidation, confrontations musclĂ©es, initiation au surpassement de soi), Mad Dog and Glory redore le blason du pur cinĂ©ma en y tĂ©lescopant les genres avec une roublardise somme toute limpide. A revoir d'urgence si vous voulez rire de bon coeur par "effets de surprise" tout en fondant d'amour pour le couple incandescent De Niro / Thurman. A noter enfin l'utilisation judicieuse d'un score romantique d'Elmer Bernstein Ă  la fois raffinĂ©, Ă©lĂ©gant, subtil, mĂ©lancolique, dĂ©calĂ© parfois, rĂ©fĂ©rentiel aussi pour son cinĂ©ma d'antan qu'il parvient Ă  concurrencer sans une ombre prĂ©tentieuse. J'oubliais Ă©galement ! L'oeuvre foncièrement modeste est produite par Martin Scorsese. Excusez du peu.

*Bruno
3èx

Box Office France : 184 947 entrées

dimanche 7 mai 2023

Les Nuits avec mon Ennemi / Sleeping with the Enemy

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.originalfilmart.com

de Joseph Ruben. 1991. U.S.A. 1h39. Avec Julia Roberts, Patrick Bergin, Kevin Anderson, Elizabeth Lawrence, Kyle Secor

Sortie salles France: 13 Mars 1991. U.S: 8 Février 1991

FILMOGRAPHIE: Joseph Ruben est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né en 1951 à Briarcliff, Manor, New-York. 1974: The Sister-in-Law. 1976: Lâche-moi les baskets. 1977: Joyride. 1978: Our Winning Season. 1980: Gorp. 1984: Dreamscape. 1987: Le Beau-Père. 1989: Coupable Ressemblance. 1991: Les Nuits avec mon Ennemi. 1993: Le Bon Fils. 1995: Money Train. 1998: Loin du Paradis. 2004: Mémoire Effacée. 2013: Penthouse North.

En dĂ©pit d'une ultime demi-heure sombrant dans les conventions et les facilitĂ©s d'un produit horrifique standard (toutefois bien gĂ©rĂ© au niveau de l'angoisse ressentie lors de certaines sĂ©quences mutiques), Les Nuits avec mon ennemi est un bon thriller du samedi soir parfaitement interprĂ©tĂ© par une Julia Roberts dĂ©munie contre son Ă©poux tyrannique qu'endosse avec conviction expressive nullement outrĂ©e l'excellent Patrick Bergin en pervers narcissique au regard injectĂ© de mal. Sa formidable première heure Ă©lĂ©gamment rĂ©alisĂ©e, très efficace dans sa façon d'y planter posĂ©ment l'histoire et ses personnages, et formellement envoĂ»tante (sa scĂ©nographie cĂ´tière Ă©dĂ©nique, ses images urbaines magnifiquement Ă©clairĂ©es) dĂ©nonçant avec une dramaturgie humaniste le calvaire d'une femme violentĂ©e paralysĂ©e de terreur d'y quitter son bourreau. Et ce en oscillant intelligemment pudeur du non-dit et rĂ©alisme brutal auprès d'une maltraitance bouleversante que la victime endure au sein de son quotidien incertain.  Ainsi, de par le jeu fragile, si attachant, de Julia Roberts, on ressent pleinement son dĂ©sarroi de ne pouvoir se dĂ©faire de l'emprise de son mari avant qu'un rebondissement inopinĂ© ne vienne remettre en question sa situation de claustration Ă  la fois physique et morale. A revoir donc en dĂ©pit de ses dĂ©fauts quelque peu embarrassants auprès de son final trop classique et prĂ©visible (notamment la facilitĂ© Ă  laquelle le mari dĂ©couvre un indice probant lors de son investigation). 

*Bruno

jeudi 4 mai 2023

Nightkill

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ted Post. 1980. U.S.A. 1h39. Avec Jaclyn Smith, Robert Mitchum, Mike Connors, James Franciscus, Fritz Weaver, Sybil Danning 

Sortie salles France: ? U.S: 18 Décembre 1980

FILMOGRAPHIE: Ted Post est un réalisateur, scénariste et acteur américain né le 31 mars 1918 à Brooklyn, dans l'État de New York (États-Unis), et mort le 20 août 2013 à Santa Monica, en Californie (États-Unis). 1956 : The Peacemaker. 1959 : The Legend of Tom Dooley. 1968 : Pendez-les haut et court. 1970 : Le Secret de la planète des singes. 1970 : Night Slaves (en) (TV). 1971 : Dr. Cook's Garden (TV). 1971 : Yuma (TV). 1971 : Five Desperate Women (TV). 1971 : Do Not Fold, Spindle, or Mutilate (TV). 1972 : The Bravos (TV). 1972 : Sandcastles (TV). 1973 : The Baby. 1973 : The Harrad Experiment. 1973 : Magnum Force. 1975 : L'Infirmière de la compagne casse-cou. 1978 : Le Merdier. 1978 : Le Commando des tigres noirs. 1980 : Nightkill. 1981 : Cagney et Lacey (TV). 1986 : Stagecoach (TV). 1992 : The Human Shield. 1999 : 4 Faces. 2000 : Old Pals.


DiffusĂ© en son temps sur Canal +, Nightkill est une curiositĂ© oubliĂ©e des annĂ©es 80. Un thriller hitchcockien au suspense hĂ©las timorĂ© pour autant non dĂ©nuĂ© d'un certain charme (modeste) auprès de son atmosphère (nocturne) Ă  la lisière d'une horreur sous-jacente, de ses envoĂ»tants dĂ©cors urbains (et domestiques) issus de l'Arizona, de son score musical tantĂ´t lugubre, tantĂ´t dissonant et de son surprenant cast parmi lesquels se disputent la ravissante Jaclyn Smith (DrĂ´les de Dames), le monstre sacrĂ© Robert Mitchum, Mike Connors (Mannix), James Franciscus et Sybil Danning

Dommage que l'intrigue simpliste pâtie d'un manque flagrant d'intensité durant sa trajectoire criminelle alors qu'en intermittence on est quelque peu séduit par son ambiance d'angoisse parfois palpable (vision d'horreur à l'appui) lorsque la victime seule contre tous tente de se défaire de son cauchemar quotidien avec un sentiment d'impuissance qui ne nous laisse pas indifférent. On appréciera également sa conclusion amère laissant transparaître en ultime coup de théâtre une vision morbide ultra réaliste (on souffre viscéralement pour la victime dans sa condition moribonde) alors qu'une frange de spectateurs se laissera convaincre par l'identité du meurtrier sans toutefois bondir de son siège faute d'un schéma narratif peu subtil contrairement aux apparences que cultive sans brio le réalisateur Ted Post


A privilégier prioritairement aux nostalgiques de la génération 80, Nightkill érigé en modeste série B diluant une certaine sympathie par son attachante maladresse de rendre attractif un thriller à suspense notamment étrange, ombrageux, pour ne pas dire bizarroïde.

*Bruno
2èx

mercredi 3 mai 2023

Les Gardiens de la Galaxie Vol 2 / Guardians of the Galaxy Vol. 2

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James Gun. 2017. U.S.A. 2h16. Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, David Bautista, Vin Diesel, Bradley Cooper, Kurt Russell, Michael Rooker, Karen Gillan, Pom Klementieff, Sylvester Stallone, Elizabeth Debicki.

Sortie salles France: 26 Avril 2017. U.S: 5 Mai 2017

FILMOGRAPHIE: James Gunn est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, producteur et directeur de photo, nĂ© le 5 AoĂ»t 1970 Ă  Saint Louis, dans le Missouri (Etats-Unis). 2006: Horribilis. 2010: Super. 2013: My Movie Project (Segment: Beezel). 2014. Les Gardiens de la Galaxie. 2017 : Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2. 2021 : The Suicide Squad. 2023 : Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3. 


En prĂ©cisant ne pas avoir revu le 1er opus, excellente pochette surprise que personne n'attendait, Les Gardiens de la Galaxie 2 demeure Ă  la revoyure un spectacle stellaire comme on n'en voit que trop rarement au sein du space-opera ostentatoire. Tant et si bien que cette sĂ©quelle tient la route de par l'amour et la sincĂ©ritĂ© de James Gunn non dupe de nous offrir sur un plateau argentĂ© un divertissement féérique de chaque instant. Et ce en dĂ©pit d'un humour parfois lĂ©ger (pour ne pas dire lourdingue diront les dĂ©tracteurs) mais jamais vulgaire et encore moins primaire tant et si bien que chaque rĂ©plique Ă©mane d'un bon sentiment (de manière Ă©galement Ă  sĂ©duire le public de 7 Ă  77 ans). Car formellement splendide par son onirisme candide, tant auprès de l'inventivitĂ© des dĂ©cors vus nulle part ailleurs que pour son attachante galerie de personnages hauts en couleurs s'exprimant entre ironie badine et bienveillance, les Gardiens de la Galaxie 2 parvient efficacement Ă  divertir dans la simplicitĂ© en y prĂ´nant les valeurs familiales par le truchement de la confrontation, du pardon, de la trahison et du sens du sacrifice. Nos hĂ©ros redresseurs de tort redoublant de bravoures auprès de leurs prouesses physiques / techniques durant leur cheminement belliqueux (quel final apocalyptique !) tout en s'initiant Ă  la remise en question morale si je me rĂ©fère Ă  la rencontre entre Peter et son père biologique (Kurt Russel Ă  contre-emploi  nous vaudra des rebondissements en forme de clin d'oeil Ă  un classique du genre) ainsi que la relation Ă©pineuse entre Gamora et sa soeur Ă©corchĂ©e vive NĂ©bula emplie de haine pour des motifs somme toute justifiĂ©s. 


Outre la fantaisie bonnard de ses sĂ©quences d'humour et d'action toutes plus Ă©poustouflantes les unes que les autres (on en prend plein les yeux de façon mĂ©tronome), on est Ă©galement rĂ©solument aussi fascinĂ© qu'amusĂ© par les prĂ©sences plus vraies que nature de Groot (bĂ©bĂ© arbre gĂ©nialement ignorant passionnĂ© de chansons primesautières) et Rocket, raton-laveur gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ© au franc-parler dĂ©sinhibĂ©. Nos gardiens super-hĂ©roĂŻques ne cessant de recourir Ă  l'unitĂ© amicale puis familiale pour mieux s'opposer au Mal le plus couard et pernicieux. Et il faut bien reconnaĂ®tre que si l'intensitĂ© Ă©chevelĂ©e des batailles spatiales et corps Ă  corps destructeurs s'avère aussi bluffante par son souci du dĂ©tail rĂ©aliste (au point parfois d'avoir le tournis), la qualitĂ© des FX numĂ©riques transcende constamment l'improbable par sa facultĂ© Ă  nous immerger Ă  corps perdu au sein d'une scĂ©nographie féérique (j'insiste) en roue libre. Sans omettre ses tubes pops toujours aussi entĂŞtants et Ă©motifs qui Ă©maillent le rĂ©cit sans en faire trop, Les Gardiens de la Galaxie 2 nous rĂ©serve enfin quelques surprises subsidiaires pour ses scènes inter-gĂ©nĂ©rique puis celle post-gĂ©nĂ©rique. En attendant le 3è opus toujours rĂ©alisĂ© par son auteur, retentez cette bondissante sĂ©quelle dĂ©nuĂ©e de prĂ©tention car elle ne mise que sur la gĂ©nĂ©rositĂ© d'un spectacle enchanteur pĂ©tri d'intentions Ă  la fois gracieuses, gratifiantes, frĂ©tillantes, bon enfant. 


*Bruno

mardi 2 mai 2023

Cinglée / Nuts

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Martin Ritt. 1987. U.S.A. 1h56. Avec Barbra Streisand, Stacy Bergman, Richard Dreyfuss, Maureen Stapleton, Leslie Nielsen, Karl Malden, Eli Wallach, Robert Webber

Sortie salles France: 2 Mars 1988. U.S: 11 Décembre 1987

FILMOGRAPHIEMartin Ritt est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 2 mars 1914 Ă  Manhattan (New York) et mort le 8 dĂ©cembre 1990 Ă  Santa Monica (Californie).1957 : L'Homme qui tua la peur. 1957 : Les Sensuels. 1958 : Les Feux de l'Ă©tĂ©. 1958 : L'OrchidĂ©e noire. 1959 : Le Bruit et la Fureur. 1960 : Cinq femmes marquĂ©es. 1961 : Paris Blues. 1962 : Aventures de jeunesse. 1963 : Le Plus Sauvage d'entre tous. 1964 : L'Outrage. 1965 : L'Espion qui venait du froid. 1967 : Hombre. 1968 : Les Frères siciliens. 1970 : TraĂ®tre sur commande. 1970 : L'InsurgĂ©. 1972 : Peter et Tillie. 1972 : Sounder. 1974 : Conrack. 1975 : Double Jeu. 1976 : Le PrĂŞte-nom. 1978 : Casey's Shadow. 1979 : Norma Rae. 1981 : Back Roads. 1983 : Marjorie. 1985 : Murphy's Romance. 1988 : CinglĂ©e. 1990 : Stanley et Iris. 

"Le monde entier est cruel à l'intérieur et cinglé en surface."

Sorti la mĂŞme annĂ©e que Suspect avec en tĂŞte d'affiche Barbra Streisand, chanteuse autrement glamour que Cher, CinglĂ©e empreinte Ă©galement le genre judiciaire dans le cadre d'un drame psychologique davantage bouleversant eu Ă©gard de la tournure du procès confinĂ© en règlement de compte familial. Tout l'intĂ©rĂŞt de l'intrigue rĂ©sidant dans le portrait tempĂ©tueux de cette call-girl accusĂ©e d'avoir assassinĂ© l'un de ses clients alors que le corps psychiatrique s'efforce de l'interner faute de ses pulsions de violence incontrĂ´lĂ©es. Ainsi, avec l'aide de son nouvel avocat, elle va tenter de prouver son innocence dans un contexte de lĂ©gitime dĂ©fense face au tĂ©moignage du juge et celui dĂ©muni de ses parents convaincus de sa pathologie mentale. 

Outre la prestance oh combien ferme, tranquille et magnĂ©tique de Richard Dreyfuss en avocat loyal dĂ©libĂ©rĂ© Ă  dĂ©fendre sa cliente, et de quelques seconds-rĂ´les aussi persuasifs (dont le monstre sacrĂ© Karl Malden en beau-père Ă©quivoque ou encore Eli Wallach en psychiatre incapable, et enfin la dĂ©chirante prĂ©sence de Maureen Stapleton en mère Ă©plorĂ©e en proie Ă  la culpabilitĂ©), Barbra Streisand porte l'intrigue sur ses frĂŞles Ă©paules sans l'ombre d'une quelconque outrance expressive en dĂ©pit de son franc-parler dĂ©vastateur, symbole d'une Ă©mancipation fĂ©minine en sĂ©dition. Le rĂ©cit de plus en plus douloureux au fil de rĂ©vĂ©lations malsaines affichant une intensitĂ© dramatique insoupçonnĂ©e sous l'impulsion fĂ©brile de notre Barbra Streisand soudainement Ă  fleur de peau lors de ses rĂ©miniscences meurtries. PlutĂ´t bien menĂ© et surtout sobrement interprĂ©tĂ© en s'extirpant intelligemment du pathos si je me rĂ©fère Ă  sa progression narrative Ă©tonnamment bouleversante, CinglĂ©e gagne en Ă©paisseur humaniste au sein de ce huis-clos judiciaire pas comme les autres eu Ă©gard de la caractĂ©risation morale de la victime/coupable entourĂ©e de protagonistes dĂ©sarmĂ©s par sa capacitĂ© Ă  s'Ă©lever dans la dignitĂ© fĂ©ministe. Un très bon drame judiciaire qui mĂ©rite (autant, voir plus que son homologue Suspect par sa plus-value Ă©motive) Ă  ĂŞtre redĂ©couvert, notamment faute de sa rĂ©putation oubliĂ©e. 


*Bruno

lundi 1 mai 2023

Suspect Dangereux / Suspect

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Yates. 1987. U.S.A. 2h01. Avec Cher, Dennis Quaid, Liam Neeson, John Mahoney, Joe Mantegna, Philip Bosco 

Sortie salles France: 24 Février 1988. U.S: 23 Octobre 1987

FILMOGRAPHIE: Peter Yates, né le 24 juillet 1929 à Aldershot et mort le 9 janvier 2011 à Londres1, est un réalisateur britannique. 1964 : One Way Pendulum. 1967 : Trois milliards d'un coup. 1968 : Bullitt. 1969 : John et Mary. 1971 : La Guerre de Murphy. 1972 : Les Quatre Malfrats. 1973 : Les Copains d'Eddie Coyle. 1974 : Ma femme est dingue. 1976 : Ambulances tous risques. 1977 : Les Grands Fonds. 1979 : La Bande des quatre. 1981 : L'Œil du témoin. 1983 : L'Habilleur. 1984 : Krull. 1985 : Eleni. 1987 : Suspect dangereux. 1988 : Une femme en péril. 1989 : Délit d'innocence. 1992 : Year of the Comet. 1995 : Un ménage explosif.

Plutôt oublié, Suspect Dangereux est un bon suspense judiciaire qui parvient à nous captiver (à 1 ou 2 longueurs près) grâce aux talents respectifs de Dennis Quaid, Liam Neeson et surtout Cher qui prouve qu'elle est une véritable actrice derrière son physique fastueux. Efficace et plutôt bien mené (à l'instar de cette superbe séquence mutique pour ces jeux de regard couards échangés au sein de la bibliothèque).

*Bruno

L'avis de Jean-Marc Micciche: Cycle Polar Americain avec Suspect (aka Suspect dangeureux) un suspense movie old school réalisé par l'artisan Peter Yates. Un juge se fait sauter la cervelle, sa secretaire est retrouvé morte et le suspect idéal est un clochard (joué par un Liam Neeson habité). Sa seule chance, son avocate commis d'office joué par la magnifique Cher (excellente) qui tente de le disculper, elle sera aidé par un des membres du jury joué avec la gouaille habituel de Dennis Quaid. Trés bon polar judiciaire qui fleurte également avec le film de suspense, le film nous rappelle avec délice que dans les années 80, des films de ce type était monnaie courante. Bon script, bon cast, réal solide et carré, score de Michael Kamen au cordeau....Vue un nombre conséquent de fois et toujours bon...8/10

jeudi 27 avril 2023

The Mask

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Chuck Russell. 1994. U.S.A. 1h41. Avec Jim Carrey, Cameron Diaz, Peter Greene, Peter Riegert, Amy Yasbeck, Richard Jeni, Jim Doughan, Nancy Fish

Sortie salles France: 26 Octobre 1994. U.S: 29 Juillet 1994

FILMOGRAPHIE: Chuck Russel est un réalisateur, producteur, scénariste américain, né le 6 Août 1952 à Highland Park dans l'Illinois (Etats-Unis). 1987: Freddy 3. 1988: Le Blob. 1994: The Mask. 1996: l'Effaceur. 2000: l'Elue. 2002: Le Roi Scorpion. 2014: Arabian Nights.


Splendiiiide !!!! Peut-ĂŞtre pas Ă  ce point non, mais on passe tout de mĂŞme un sacrĂ© bon moment jouasse sous l'impulsion de l'homme cartoon: Jim Carrey dans l'un de ses rĂ´les les plus emblĂ©matiques. Et si The Mask ne demeure pas du niveau du chef-d'oeuvre de ZemeckisQui vaut la peau de Roger Rabbit ? Chuck Russel demeure suffisamment inspirĂ©, attentionnĂ©, formaliste Ă  nous emballer un divertissement dĂ©jantĂ© menĂ© Ă  tombeau ouvert. Tant et si bien que l'histoire a beau ĂŞtre ultra simpliste (une lutte rĂ©cursive entre un bon et des gangsters), l'Ă©nergie fulgurante que dĂ©ploie Jim Carrey dans un double rĂ´le antinomique (l'attachant gaffeur rĂ©servĂ© vs le boute-en-train dĂ©complexĂ©) ainsi que le charme sĂ©millant de la dĂ©butante Cameron Diaz (jamais aussi sexy que dans ce rĂ´le de blonde torride qui l'a fit rĂ©vĂ©ler au grand public) emporte tout sur son passage Ă  renfort de gags Ă©normes et de numĂ©ros musicaux littĂ©ralement anthologiques (sans doute les meilleurs moments) de par leur bonne humeur expansive. 


Mais outre l'aspect fun de son humour dĂ©bridĂ© en roue libre, on reste toujours aussi bluffĂ© par la qualitĂ© des FX numĂ©riques se fondant Ă  merveille dans la peau de notre hĂ©ros Ă©lastique (Ă  quelques plans cheap près) que Jim Carrey habite dans une posture pĂ©tulante plus vraie que nature. Hommage respectueux donc aux Cartoons de Tex Avery sous couvert d'une rĂ©flexion sur notre ambivalence identitaire afin de rester soi mĂŞme pour accomplir ses rĂŞves en y extĂ©riorisant nos sentiments refoulĂ©s, The Mask n'a rien perdu de son charme folingue en compagnie subsidiaire d'un faire-valoir canin (admirablement dirigĂ© !) jouant le hĂ©ros de dernier ressort avec un naturel trouble. Un divertissement très sympa donc menĂ© tambour battant afin de rameuter un public familial complice emportĂ© dans un vortex de sentiments Ă  la fois fringants, innocents, exaltants, enchanteurs, bienfaisants. Jim Carrey, jamais irritable (ou alors si peu) dĂ©gageant Ă©galement une sensibilitĂ© tacite en employĂ© bouc-Ă©missaire en proie Ă  l'Ă©veil romantique.


*Bruno
2èx

jeudi 20 avril 2023

Copland. Prix du meilleur acteur, Sylvester Stallone au Festival du Film de Stockholm.

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de James Mangold. 1997. U.S.A. 1h45. Avec Sylvester Stallone, Harvey Keitel, Ray Liotta, Robert De Niro, Peter Berg, Janeane Garofalo, Robert Patrick.

Sortie salles États-Unis : 15 août 1997. France : 29 octobre 1997

FILMOGRAPHIE: James Mangold, de son vrai nom James Allen Mangold, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain nĂ© le 16 dĂ©cembre 1963 Ă  New York. 1995 : Heavy. 1997 : Copland. 1999 : Une vie volĂ©e. 2001 : Kate et LĂ©opold. 2003 : Identity. 2005 : Walk the Line. 2007 : 3 h 10 pour Yuma. 2010 : Night and Day. 2013 : Wolverine : Le Combat de l'immortel. 2017 : Logan. 2019 : Le Mans 66. 2023 : Indiana Jones et le Cadran de la DestinĂ©e. 


"Nul n’est au-dessus de la loi"

Ce film est une claque. Autant je l’avais apprĂ©ciĂ© sans ambages Ă  l’Ă©poque de sa VHS, autant je le considère aujourd’hui, sans l’ombre d’un doute, comme l’un des meilleurs films policiers des annĂ©es 90. Dommage qu’il ait freinĂ© la carrière de Sylvester Stallone pendant huit ans (selon ses dires, malgrĂ© un succès public honorable). Car Copland dresse un portrait splendide de loser en rĂ©demption, un homme qui finit par s’armer de courage pour affronter des flics ripoux de connivence avec la Mafia de leur bourgade assoupie.

Et s’il Ă©voque par Ă©clats le Serpico de Sidney Lumet, Copland existe pleinement par lui-mĂŞme : Mangold, loin d’ĂŞtre un manchot (jetez un Ĺ“il Ă  sa filmo), cisèle un script et une mise en scène d’une maturitĂ© dĂ©pouillĂ©e. Les sĂ©quences s’enchaĂ®nent avec une brutalitĂ© mĂ©tronomique, et le spectateur s’y retrouve ballottĂ©, privĂ© de tout contrĂ´le face Ă  une trajectoire dramatique sans concessions.

Le magnifique score grave d’Howard Shore pèse comme un linceul moral sur ces personnages non manichĂ©ens, tel un chemin de croix funĂ©raire. Quant aux acteurs, disputant l’autoritĂ© dans leurs confrontations Ă©pineuses, ils rĂ©ussissent Ă  gommer leur charisme usĂ© grâce Ă  une caractĂ©risation prĂ©cise qui va droit Ă  l’essentiel, donnant au rĂ©cit une crĂ©dibilitĂ© jamais outrĂ©e et une carrure Ă  la fois solide et faillible.

Copland distille une intensitĂ© de plus en plus rigoureuse, presque vertigineuse, tandis que Stallone se rĂ©vèle comme rarement : policier taiseux, reclus depuis une dĂ©ception amoureuse et un handicap (la surditĂ© d’une oreille) qui l’empĂŞche d’exercer pleinement sa fonction de shĂ©rif. InitiĂ© Ă  la transgression de sa propre peur après avoir Ă©tĂ© mĂ©prisĂ© comme un vaurien par ses pairs et une partie de son entourage, il se redresse, tĂŞte haute, muscles sans esbroufe, pour un final aussi Ă©prouvant que bouleversant, traversĂ© d’Ă©clairs de violence sèchement chorĂ©graphiĂ©s.

Ă€ rĂ©habiliter d’urgence : Copland est un grand film, un vrai, soutenu par une plĂ©thore d’acteurs pulsatiles qui parviennent, lĂ©gitimement, Ă  Ă©clipser leur notoriĂ©tĂ© bankable.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

2èx

Box Office France: 553 463 entrées

mercredi 19 avril 2023

Flesh and Bone / De chair et d'os

                                              
                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Steve Cloves. U.S.A. 2h06. Avec Dennis Quaid, James Caan, Meg Ryan, Gwyneth Paltrow, Scott Wilson, Christopher Rydell, Julia McNeal, Ron Kuhlman, Jerry Swindall, Ryan Bohls.

Sortie en France le 4 Janvier 1995, U.S.A le  5 Novembre 1993

FILMOGRAPHIE: Steven Kloves est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 18 Mars 1960 Ă  Austin (Etats-Unis). Il est surtout connu pour avoir Ă©tĂ© le scĂ©nariste de six des sept volets cinĂ©matographiques d'Harry Potter. 1989: Susie et les Baker Boys. 1993: Flesh and bone.

Metteur en scène peu prolifique, si bien qu'il réalisa à ce jour deux uniques longs-métrages (et pas des moindres), Steven Kloves rend hommage au film noir à travers une intrigue tortueuse, tendance hitchcockienne, sous le vernis d'un intense drame psychologique, poignant, profond, douloureux, sans échappatoire.

Le pitch : Durant son enfance, Arlis fut témoin du massacre d'une famille de fermiers par son père, une nuit où il dut lui servir d'appât afin de tendre un piège à ces occupants pour les cambrioler. Les années ont passé, Arlis, aujourd'hui adulte, est resté à jamais marqué par cette sanglante nuit de culpabilité. Versatile et solitaire, il arpente les régions adjacentes en tant que livreur, en accumulant les rencontres féminines d'un soir. Jusqu'au jour où il fait la connaissance de Kay Davies, une séduisante jeune femme instable, battue par son mari mécréant mais déterminée à changer d'horizon.

Admirablement filmé au sein de paysages naturels déployant une tranquille plénitude, Flesh and Bone est le genre de métrage franc-tireur où il s'avère difficile d'y décrire précisément ce qui en découle, tant son atmosphère solaire, hermétique, magnétise le spectateur par son aura plutôt feutrée. Si bien que l'œuvre, étrange et envoûtante, privilégie les non-dits, les ellipses, les mutismes auprès de personnages énigmatiques déambulant dans une campagne à l'onirisme trouble.

                                       

Ainsi, à travers une réalisation autonome sans fioritures, Flesh and Bone nous illustre de manière latente la rencontre impromptue entre deux êtres esseulés. Un couple d'amants désabusés d'une quotidienneté éculée. Jusqu'au jour où le père, responsable du triple homicide, revient remémorer leur obscur passé. Mais c'est avant tout à travers le portrait d'une photo de famille qu'un fantôme revient hanter les lieux d'une vétuste demeure pour s'en extraire ensuite dans la réalité de leur terne existence. Car ce huis clos funeste, décharné, fut autrefois le théâtre d'homicides perpétrés avec une froideur implacable.

Avec une sobriété nuancée, l'excellent Dennis Quaid diffuse une grave dimension psychologique à travers son personnage ombrageux de cow-boy solitaire, profondément traumatisé par un massacre familial, au point de se vouer à la damnation, dans sa condition sinistrée, en sacrifiant l'amour. De par le charisme de son masochisme narquois, l'impressionnant James Caan lui dispute la vedette en tueur sans vergogne, affublé d'un rictus particulièrement mesquin. Entre cet affrontement davantage tendu et dramatique, Meg Ryan insuffle un jeu à contre-emploi de jeune orpheline lascive et empathique dans sa psyché refoulée, faisant écho au malaise cérébral de son amant en perdition. Enfin, la néophyte Gwyneth Paltrow cultive un troublant charisme chafouin mêlé d'ambiguïté, en maîtresse placide, taciturne, insidieuse, complaisamment entourée de son meurtrier sournois pour d'obscurs motifs.

                                    

Soigneusement filmé dans les superbes décors d'une contrée clairsemée, Flesh and Bone demeure un grand film noir à l'ambiance vénéneuse subtilement distillée. Une sombre histoire d'amour torturée par le poids du passé et d'une culpabilité meurtrie, un chassé-croisé d'individus suspects étroitement liés à un odieux secret. De par son climat élégiaque d'une saisissante beauté funèbre, Flesh and Bone laisse une marque indélébile dans notre esprit. À l'instar du protagoniste refoulé condamné à la solitude, nous nous immergeons dans son amère contrariété de renoncer à une romance compromise par le remords, la culpabilité, la vengeance et la rédemption. Du grand cinéma indépendant, inexplicablement méprisé par l'infortune d'une faible reconnaissance.

*Bruno
20.06.11. 126 v
19.04.23. 3èx

mardi 18 avril 2023

Fight Club

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de David Fincher. 1999. U.S.A/Allemagne. 2h19. Avec Brad Pitt, Edward Norton, Helena Bonham Carter, Meat Loaf, Zach Grenier, Jared Leto 

Sortie salles France: 10 Novembre 1999. U.S: 15 Octobre 1999

FILMOGRAPHIE: David Fincher est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 28 AoĂ»t 1962 Ă  Denver (Colorado). 1992: Alien 3. 1995: Seven. 1997: The Game. 1999: Fight Club. 2002: Panic Room. 2007: Zodiac. 2008: L'Etrange histoire de Benjamin Button. 2010: The Social Network. 2011: MillĂ©nium. 2014: Gone Girl. 2020 : Mank. 2023 : The Killer. 


"Vous ĂŞtes la merde de ce monde prĂŞt Ă  servir Ă  tout"
Tout a Ă©tĂ© dit sur ce film malade, ce film monstre en mutabilitĂ© sinueuse, ce film culte que toutes les critiques, ou presque, ont incendiĂ© Ă  l'Ă©poque de sa sortie (TĂ©lĂ©rama, les Inrocks, les Cahiers du cinĂ©ma, pour citer les plus snobinards.), et ce avant qu'un bouche Ă  oreille ne vienne tout remettre en question Ă  l'international et lors de son exploitation Dvd. Objet filmique de toutes les controverses donc qui ne pouvait que scandaliser ou Ă©branler de plein fouet (euphĂ©misme), Fight Club est un uppercut jusqu'au-boutiste qu'il est impossible d'omettre sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique bouclĂ©. Une (ultra) violente charge contre le consumĂ©risme et le capitalisme qu'Edward Norton / Brad Pitt (ces 2 lĂ  sont ici habitĂ©s par leur idĂ©ologie -auto- destructrice) tentent de nous inculquer dans leur esprit dĂ©rangĂ© d'un mal-ĂŞtre existentiel on ne peut plus actuel. Car 25 ans après sa sortie, Fight Club semble rajeunir de tous ses pores (j'en suis au 3è visionnage avec un oeil mature autrement dĂ©concertĂ© et dĂ©muni) pour devenir Ă  nouveau encore plus percutant, plus dĂ©rangeant, malsain, malaisant, brutal (quelle cruditĂ© bon Dieu ces corps Ă  corps insalubres usant de leurs poings pour renaĂ®tre de plus bel) nausĂ©eux, anarchiste au possible que lorsqu'il fut conçu lors de son Ă©chec critique / commercial. 


"Schizo dream"
Une pellicule reptilienne sĂ©pia s'immisçant lentement au sein mĂŞme de notre encĂ©phale pour ne plus nous lâcher jusqu'Ă  la rĂ©vĂ©lation finale inĂ©vitablement dĂ©stabilisante, crĂ©pusculaire, en roue libre totale au point d'y perdre nos repères. David Fincher jouant avec nos nerfs, triturant nos Ă©motions troublĂ©es 2h19 durant sous l'impulsion d'un humour caustique Ă  la fois frĂ©tillant et dĂ©complexĂ©, comme le souligne cette plĂ©thore de dialogues corrosifs que se partagent nos marginaux (de la gĂ©nĂ©ration Z) usant de coups et blessures pour se sentir en vie afin de retrouver leur libertĂ© Ă©pargnĂ© de matĂ©rialisme et d'attache fĂ©minine (certains/certaines n'hĂ©siteront pas Ă  qualifier aujourd'hui le film de misogyne, wokisme oblige). Sado-maso en diable au point parfois d'y provoquer la gĂŞne, le dĂ©sordre moral (les esprits fragiles feraient mieux de s'abstenir afin de ne pas reproduire ce sectarisme terroriste (apologie du terrorisme diront certains Ă  l'Ă©poque) que David Fincher ne se prive pas de dĂ©montrer avec force, fracas, ambiguĂŻtĂ©  bipolaire et une sacrĂ© dose d'humour vitriolĂ© Ă  faire vomir les pisses-froids et bien-pensants. Car si Fight Club demeure aujourd'hui aussi extraordinairement moderne, il le doit notamment Ă  la maĂ®trise technique / formelle de son auteur livrant une oeuvre subversive littĂ©ralement expĂ©rimentale (les acteurs s'adressant parfois directement Ă  nous) au point de se perdre dans ce labyrinthe mental aussi fascinant et capiteux que rĂ©pugnant. Un pur film d'ambiance (hybride) Ă©galement afin de mieux s'immerger dans cet univers rubigineux rempli de mâles testostĂ©ronĂ©s tentant de retrouver un sens Ă  leur ornière quotidienne dĂ©nuĂ©e d'Ă©quilibre.


"Tout ce que tu possèdes finit par te posséder"
ExpĂ©rience Ă©prouvante avec soi-mĂŞme au sein de notre condition d'oppression dans le cadre d'une immense farce vitriolĂ©e, Fight Club nous tire les vers du nez, rappelle nos instincts primitifs pour reconsidĂ©rer notre existence aliĂ©nante privĂ©e de toutes libertĂ©s (contrairement aux apparences fallacieuses de nos sociĂ©tĂ©s - davantage - totalitaires). Peut-ĂŞtre la plus (ultra) violente diatribe contre le système opĂ©rĂ©e au cinĂ©ma si bien que de nos jours ultra conservateurs un projet aussi hĂ©tĂ©rodoxe, anti-social et insurrectionnel serait inĂ©vitablement banni de nos Ă©crans. KO debout.

*Bruno
3èx

lundi 17 avril 2023

Les Prédateurs de la Nuit / Faceless / Los Depredadores de la noche

                                             
                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com 

de Jess Franco. 1988. France/Espagne. 1h39. Avec Helmut Berger, Brigitte Lahaie, Telly Savalas, Chris Mitchum, Stéphane Audran, Caroline Munro, Christiane Jean, Anton Diffring.

Sortie salles France: 22 Juin 1988

FILMOGRAPHIEJess Franco (Jesus Franco Manera) est un rĂ©alisateur espagnol, nĂ© le 12 Mai 1930 Ă  Madrid, dĂ©cĂ©dĂ© le 2 Avril 2013. 1962: L'Horrible Dr orlof.  1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les MaĂ®tresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le TrĂ´ne de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les ExpĂ©riences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: EugĂ©nie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-rĂ©al). 1982: L'AbĂ®me des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les PrĂ©dateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


Production Franco-espagnole rĂ©alisĂ©e par l'incorrigible Jess FrancoLes PrĂ©dateurs de la nuit fit les beaux des vidĂ©os-clubs des annĂ©es 80 sous l'Ă©tendard de RenĂ© Chateau (lui mĂŞme crĂ©ditĂ© au poste de scĂ©nariste). Interdit aux - de 18 ans Ă  l'Ă©poque, ce pur produit d'exploitation risque aujourd'hui de faire sourire les jeunes nĂ©ophytes auprès de ses effets spĂ©ciaux cheap pour autant efficacement montĂ©s. Et si le gore et le hors-champ pallient un peu leur carence rĂ©aliste, les maquillages de latex impartis aux opĂ©rations chirurgicales sont autrement plus convaincants si bien qu'une certaine fascination morbide y dĂ©coule, Ă  2/3 plans anĂ©miĂ©s (les yeux et la mâchoire manquent de fluiditĂ© par leur animation mĂ©canique). Le pitchPour remĂ©dier au fardeau de sa soeur dĂ©figurĂ©e, un mĂ©decin et sa maĂ®tresse kidnappent des jeunes filles afin de leur prĂ©lever la peau du visage. Pour parfaire l'opĂ©ration, ils font appel Ă  un chirurgien nazi quand bien mĂŞme un dĂ©tective privĂ© tente de retrouver les traces d'une disparue, Barbara, fille d'un riche entrepreneur. Reprenant la mĂŞme trame que l'Horrible Dr Orloff, lui mĂŞme autrefois inspirĂ© du classique Les Yeux sans VisageLes PrĂ©dateurs de la nuit tente de renouveler son concept en version colorisĂ©e et dans un contexte contemporain bon chic bon genre.


Son aspect tĂ©lĂ©-film et la chanson pop agrĂ©ablement ringarde se combinant au climat Ă©rotique, tant par les Ă©treintes effrontĂ©es que la tenue lascive des actrices de seconde zone, Brigitte Lahaie et Caroline Munro en tĂŞte de gondole. On sera Ă©galement surpris de voir rĂ©uni Ă  l'Ă©cran une distribution internationale aussi Ă©clectique ! Des rĂ´les secondaires improbables auquel y participent aimablement  Telly Savallas, Helmut Berger, Chris Mitchum, StĂ©phane Audran, Christiane Jean, Howard Vernon  et Anton Diffring. SĂ©rie B Ă©rotico-horrifique menĂ© tambour battant, les PrĂ©dateurs de la Nuit attise promptement la sympathie chez l'amateur de zèderies de par son brassage de situations tantĂ´t horrifiques, tantĂ´t polissonnes confinĂ©es au sein d'une clinique de l'horreur. Notre trio d'amants s'efforçant d'optimiser le visage idĂ©al auprès de jeunes noctambules influençables. Et en dĂ©pit de l'itĂ©ration des sĂ©quences de rapt, certaines situations potaches Ă  l'accent grotesque (chacune des interventions du directeur gay de l'agence de mannequin) et le cabotinage outrĂ© des comĂ©diens de seconde zone cultivent un charme timorĂ© par leur affable implication. Mal dirigĂ©s dans une caricature souvent grossière, ces derniers insufflent nĂ©anmoins suffisamment de charisme pour se fondre dans une carrure hostile ou hĂ©roĂŻque, Ă  l'instar de l'inexpressif mais patibulaire GĂ©rard Zalcberg en supplĂ©ant dĂ©ficient, ou encore de l'illustre Anton Diffring dans celui du chirurgien SS.


Plaisamment attachant chez l'aficionado de pur divertissement bonnard dĂ©nuĂ© de prĂ©tention, Les PrĂ©dateurs de la Nuit perdure sa sympathie pittoresque pour l'insolence des quiproquos et rebondissements oĂą l'enquĂŞte policière, les Ă©treintes sexuelles, la chirurgie esthĂ©tique, son gore un tantinet cradingue et les rapts de lorettes se tĂ©lescopent Ă  rythme mĂ©tronome. 

*Bruno
15.02.16. 132 v
17.04.23. 4èx

vendredi 7 avril 2023

Pearl

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ti West. 2022. U.S.A. 1h43. Avec Mia Goth, David Corenswet, Tandi Wright, Matthew Sunderland, Emma Jenkins-Purro, Alistair Sewell.

Sortie salles France: ?. U.S: 16 Septembre 2022

FILMOGRAPHIE: Ti West (nĂ© le 5 octobre 1980 Ă  Wilmington, Delaware) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain surtout connu pour ses films d'horreur. 2005: The Roost. 2007: Trigger Man. 2009: Cabin Fever 2. 2009: The House of the Devil. 2011: The Innkeepers. 2012: The ABCs of Death (segment M Is for Miscarriage). 2012 : V/H/S (segment Second Honeymoon). 2013: The Sacrament. 2022: X. 2022: Pearl. 


A peine X rĂ©concilia les fans d'horreur vintage Ă  travers son hommage respectueux Ă  Massacre Ă  la Tronçonneuse et au cinĂ©ma porno des Seventies que Ti West enchaina la mĂŞme annĂ©e avec Pearl sans jamais se rĂ©pĂ©ter dans la facilitĂ© de la redite. Si bien qu'ici nous avions d'abord affaire Ă  un vĂ©ritable drame psychologique transplantĂ© dans le cadre d'une horreur caustique accouplĂ©e aux comĂ©dies musicales et au cinĂ©ma muet dont Pearl, l'antagoniste fĂ©minine, s'efforce de conquĂ©rir du haut d'un podium dĂ©nuĂ© d'empathie. SĂ©vère diatribe donc contre le showbiz Ă  la fois cupide, Ă©litiste et corrupteur, Pearl demeure un Ă©trange OVNI inquiĂ©tant, charmant, douloureux, cruel, sans concession d'y dresser le portrait pathĂ©tique d'une jeune mĂ©tayère en dĂ©rĂ©liction depuis une dĂ©mission parentale engluĂ©e dans le rigorisme d'une existence autiste. Outre le stylisme de sa mise en scène constamment inventive oĂą rien n'est laissĂ© au hasard, Pearl puise sa force et son intĂ©rĂŞt auprès de l'incroyable Mia Goth incarnant une psychotique en herbe avec une vĂ©ritĂ© humaine mise Ă  nu. 


A ce titre corrosif aussi bien poignant, son monologue final s'Ă©tirant sur plus d'une dizaine de minutes demeure un morceau d'anthologie csrupuleux que de nous dĂ©livrer face Ă©cran, plan serrĂ©, ses Ă©tats d'âme meurtris, sa confession en berne, son cri d'alarme contre une sociĂ©tĂ© sournoise et des parents rĂ©trogrades  Ă  oser s'intĂ©resser Ă  sa personnalitĂ© fragile militante pour ses talents de danseuse prometteuse au coeur des annĂ©es 20. D'ailleurs, Ti West n'as pas de peine Ă  reconstituer sa scĂ©nographie rĂ©tro, rappelant parfois les classiques immuables des annĂ©es 50 parmi lequel Le Magicien d'Oz pointe parfois le bout de son nez; aussi minimaliste soit son budget de sĂ©rie B. Bref, tout ça pour dire que l'on croit Ă  cette Ă©tonnante féérie esthĂ©tisante qui plus est saturĂ©e d'une photo rutilante nous illuminant la vue sous l'impulsion d'une ange meurtrière avide d'amour, de reconnaissance, de main secourable qu'elle ne parviendra jamais Ă  approcher dans sa condition davantage fielleuse Ă  se compromettre Ă  une vendetta aveugle. L'incroyable image finale, silencieusement hystĂ©risante, nous laissant sur le carreau de s'attarder sur le rictus (oh combien) malaisant de Mia Goth littĂ©ralement habitĂ© par la folie alors que le gĂ©nĂ©rique dĂ©file sans remarquer cette imagerie mobile de plus en plus malsaine par sa temporalitĂ© extĂ©nuante. 


Etonnant divertissement macabre entièrement soumis Ă  son interprète marginale se livrant corps et âme comme nulle autre criminelle emblĂ©matique; Pearl ne peut laisser indiffĂ©rent les fans d'horreur adulte adepte des profils psychologiques finement Ă©tudiĂ©s sous un vernis polychrome incessamment renouvelĂ©. En attendant un 3è opus probablement aussi personnel et inspirĂ© que prometteur et flamboyant. 

*Bruno

jeudi 6 avril 2023

Silent Night. Grand Prix du Public, Sitges 2021

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Camille Griffin. 2021. Angleterre. 1h33. Avec Keira Knightley, Matthew Goode, Annabelle Wallis, Lucy Punch, Kirby Howell-Baptiste, Lily-Rose Depp, Roman Griffin Davis.

Sortie France, Dvd: 23 Septembre 2022. Angleterre: 3 Décembre 2021

FILMOGRAPHIE: Camille Griffin est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste anglaise. 
2021: Silent Night. 


Portrait craché d'une famille modèle (actuelle).
Ma chronique sera sciemment courte, la plus concise possible afin de prĂ©server tout effet de surprise que ce divertissement hybride nous rĂ©serve selon l'autoritĂ© d'un humour british (traditionnellement) corrosif. Je vous conseille d'ailleurs d'Ă©viter de reluquer tous trailers et autre pitch trop explicatif (j'ai par ailleurs censurĂ© le titre français, ces gĂ©nies). Sachez simplement qu'on nous relate en l'occurrence dans un cadre festoyant saturĂ© d'une photo lĂ©chĂ©e une rĂ©union de famille le soir de noĂ«l. Point. Et si au premier abord j'avoue avoir Ă©tĂ© peu captivĂ©, dubitatif, voir mĂŞme parfois irritĂ© par ces insolents profils de protagonistes huppĂ©s tous plus mĂ©diocres et superficiels les uns que les autres (en dĂ©pit de certains enfants autrement responsables dans leur Ă©thique Ă©colo), le tour de force est de parvenir Ă  nous les rendre finalement attachants au bout de 45 minutes de bavardages et crĂ©pages de chignon passĂ©e la rupture de ton de la seconde partie. 


Si bien que c'est Ă  partir de cet instant propice que l'oeuvre Ă  part prend toute son ampleur morale pour ne plus lâcher notre attention jusqu'Ă  l'ultime image (caustique ou pas) se permettant in extremis de remettre en question ce que nous venions de voir et de subir. Ainsi, d'une puissance Ă©motionnelle (Ă  mon sens subjectif) davantage insoutenable, Silent Night est le genre de pĂ©loche pernicieuse faussement standard et conventionnelle eu Ă©gard de sa capacitĂ© radicale Ă  nous entraĂ®ner dans un vortex d'Ă©motions bruts de dĂ©coffrage, pour ne pas dire traumatiques auprès des plus sensibles dont je fais parti. Si bien que j'en reste profondĂ©ment marquĂ©, Ă©branlĂ©, Ă  l'heure oĂą j'Ă©cris ces lignes. Sans ambages, la vague Ă  l'âme. C'est donc pour ma part Ă©motive une oeuvre audacieuse (si) fragile que je ne suis pas prĂŞt d'oublier, sachant qu'elle traite de manière aussi frontale et singulière des thèmes universels nous concernant tous afin de nous rappeler qu'au sein de notre condition existentielle, seul le profit du temps prĂ©sent compte en chĂ©rissant au possible tout notre entourage. 


Et comme le dit si bien l'adage d'après l'ultime rĂ©flexion du rĂ©cit, la souffrance fait murir car grâce Ă  la souffrance on comprends mieux la mort. Bouleversant, dĂ©pressifs, s'abstenir. 

Merci à Roman Soni pour la découverte.

*Bruno 

Récompenses
Grand Prix du Public, Sitges 2021
Prix du Meilleur Scénario, Sitges 2021
Prix du Meilleur Film, Shadow Festival EuropĂ©en du Film Fantastique de Murcie 2022
Prix du Meilleur Scénario, Shadow Festival Européen du Film Fantastique de Murcie 2022

mercredi 5 avril 2023

Traqué / The Hunted

                                         
                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site streaming-french-dvdrip.com

de William Friedkin. 2003. U.S.A. 1h34. Avec Tommy Lee Jones, Benicio Del Toro, Connie Nielsen, Leslie Stefanson, John Flinn.

Sortie salles France: 26 Mars 2003. U.S: 14 Mars 2003

FILMOGRAPHIEWilliam Friedkin est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de film amĂ©ricain, nĂ© le 29 aoĂ»t 1935 Ă  Chicago (Illinois, États-Unis). Il dĂ©bute sa carrière en 1967 avec une comĂ©die musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaĂ®tra la consĂ©cration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: TĂŞtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police FĂ©dĂ©rale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: TraquĂ©. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Avec TraquĂ©, l'annĂ©e 2003 sonne comme le vrai retour de William Friedkin. Si bien qu'avec un rĂ©alisme rĂ©solument âpre, il nous propose aujourd'hui sa version hardcore de Rambo lorsqu'un vĂ©tĂ©ran renoue avec ses pulsions meurtrières et son instinct de survie pour dĂ©jouer son ancien enseignant lors d'une rigoureuse traque compromise avec les forces de l'ordre. Survival redoutablement intense, de par l'efficacitĂ© optimale des poursuites Ă©chevelĂ©es Ă  travers une nature hostile puis au coeur d'une mĂ©tropole magnifiquement filmĂ©e (Ă  l'instar de la sĂ©quence du mĂ©tro aussi palpitante que vertigineuse) et la prestance virile de deux monstres sacrĂ©s, (Tommy Lee Jone et Benicio Del Toro affichant communĂ©ment une posture stoĂŻque dans leur incessant jeu de cache-cache avec la mort), TraquĂ© laisse les mains moites avec un arrière goĂ»t de souffre labial. Comme le souligne par exemple ce corps Ă  corps viscĂ©ral perpĂ©trĂ© Ă  l'arme blanche entre nos deux antagonistes, l'un des combats les plus sauvages que l'on ait vu au sein de l'industrie du cinĂ©ma d'action. Ainsi donc, exploitant le divertissement homĂ©rique au sein d'un cadre urbain au rĂ©alisme documentĂ©, William Friedkin y apporte sa touche dĂ©rangeante par son ambiance malsaine tacite et sa rĂ©flexion imposĂ©e Ă  l'animositĂ© de l'homme. Si bien que pour ces thèmes impartis au traumatisme de la guerre et au bellicisme meurtrier d'une machine (conditionnĂ©e) Ă  tuer, le film conjugue en filigrane un parallèle avec notre incivisme Ă  exploiter sans morale la cause animale. 


A l'instar de notre instinct prĂ©dateur Ă  daigner le traquer pour le plaisir de la chasse ou pour notre attrait culinaire ("six milliards de poulets vont ĂŞtre massacrĂ©s dans les abattoirs cette annĂ©e, que se passerait-il si une espèce prĂ©datrice n'avait plus de respect pour nous et commençait Ă  nous massacrer les uns les autres" Ă©voquera Hallam !). Par consĂ©quent, Ă  travers ce vĂ©tĂ©ran abdiquĂ© par sa nation, les thèmes de l'impossible rĂ©insertion sociale et de la dĂ©mission paternelle sont mis en Ă©vidence lorsque son entraĂ®neur des forces spĂ©ciales a tout simplement omis de lui apporter soutien, rĂ©vĂ©rence et compassion après l'avoir endoctrinĂ© Ă  transcender son instinct de survie. Exploitant habilement la variĂ©tĂ© des dĂ©cors oscillant l'environnement naturel et les infrastructures (urbaines et industrielles) de notre civilisation moderne, William Friedkin transfigure au possible une chasse Ă  l'homme aussi intrĂ©pide qu'haletante. Un parti-pris insidieux afin de nous converger Ă  la confrontation au sommet de deux baroudeurs contraints de renouer avec leur sauvagerie primitive au prix de leur survie. La figure du père Ă©tant ici acculĂ©e Ă  sacrifier son fils, Ă  l'instar de la citation empruntĂ©e Ă  l'Ă©preuve d'Abraham lors du monologue liminaire puis en Ă©pilogue.  


MenĂ© de main de maĂ®tre par la gĂ©omĂ©trie de sa mise en scène oĂą le sens du montage et du cadrage exacerbe l'efficacitĂ© des Ă©vènements Ă©piques au point d'en avoir le souffle coupĂ©, TraquĂ©e fait preuve d'un rĂ©alisme dĂ©coiffant pour mettre en exergue l'instinct sanguinaire de l'homme confrontĂ© Ă  son pire ennemi, lui mĂŞme ! Le duel opiniâtre Tommy Lee Jone / Benicio Del Toro faisant des Ă©tincelles dans leurs stratagèmes de survie littĂ©ralement bestiale ! InquiĂ©tant, malaisant (la filature au domicile de la compagne du traquĂ© dĂ©gageant une atmosphère feutrĂ©e d'insĂ©curitĂ© palpable), angoissant, forcenĂ©, en mode vitriolĂ©.

*Bruno
05.04.23. 2èx
02.04.15. 568 v