"Screamers" de Christian Duguay. 1995. U.S.A/Canada/Japon. 1h48. Avec Peter Weller, Andrew Lauer, Jennifer Rubin, Roy Dupuis, Charles Edwin Powell, Ron White.
Sortie salles France: 10 Juillet 1996. U.S: 26 Janvier 1996
FILMOGRAPHIE: Christian Duguay est un réalisateur, directeur de la photographie, monteur et compositeur québécois, né en 1957 à Montréal (Québec, Canada). 1991 : Scanners II : La nouvelle génération. 1992 : Scanners III. 1992 : Explosion immédiate. 1995 : Planète hurlante. 1997 : Contrat sur un terroriste. 2000 : L'Art de la guerre. 2002 : The Extremists. 2007 : Suffer Island. 2010 : Pie XII, sous le ciel de Rome. 2013 : Jappeloup. 2015 : Belle et Sébastien : L'aventure continue. 2017 : Un sac de billes.
Le pitch
Nous sommes en 2078, sur la planète Sirius 6B. L’Alliance, un regroupement de mineurs opposés à un puissant consortium du NBE exploitant un minerai radioactif, doit affronter une arme ultime : les Screamers, robots autonomes enfouis dans le sol, capables de détecter toute forme de vie pour mieux l’exterminer. Le colonel Hendricksson, commandant de l’Alliance, tente de sauver les quelques mineurs encore en vie.
Excellente série B des années 90 aujourd’hui largement oubliée - et déjà boudée à sa sortie par le public comme par une partie de la critique - Planète Hurlante détonne par sa sobriété adulte, enchâssée dans le moule du divertissement standard. Car si l’intrigue surprend peu, empruntant les rails balisés d’une survie fébrile où une poignée de mineurs errent dans ce qui pourrait se résumer, vulgairement, à un immense hangar industriel, le film révèle une maturité inattendue en déployant une odyssée humaine, tendue vers un mirage de paix : le retour sur Terre. À travers ce périple investigateur visant à débusquer un chef ennemi afin de négocier un accord, Planète Hurlante exploite avec efficacité la menace androïde des “hurleurs” - rats décharnés de métal pur, programmés pour éradiquer l’espèce humaine. Or, avec les années, ces machines ont évolué, donnant naissance à des modèles d’origine inconnue capables de tromper l’œil humain avec une insidieuse aisance.
Christian Duguay joue alors pleinement avec la paranoïa des survivants, dans un esprit The Thing sans toutefois le singer, confrontés à un ennemi aux contours trompeurs. Le récit s’enrichit d’une moisson de rebondissements difficiles à anticiper, jusqu’à un final aussi explosif que touchant, où la raison vacille face aux sentiments. Malgré des décors industriels et naturels volontairement limités, au sein d’un environnement glacial et réfrigérant, le cinéaste parvient à crédibiliser sa topographie en prenant le temps d’installer son univers dystopique et ses personnages contradictoires, évoluant dans une indécision permanente. On s’attache rapidement à ces héros de dernier recours, portés par la force tranquille de Peter Weller, leader loyal et sobre, dont l’autorité vacille sous les tensions d’un entourage instable, oscillant entre alliés ambigus et inimitiés névrotiques, nourrissant le doute et le soupçon quant à leurs véritables intentions. À cela s’ajoute le réalisme étonnant des effets spéciaux - numériques comme en matte painting - souvent crédibles, notamment dans la représentation de la vélocité meurtrière des “hurleurs”, déclinés en trois modèles distincts. À moins que, là encore, le doute ne s’impose jusqu’à une conclusion mutique, aussi couillue qu’équivoque.
Atmosphérique en diable, Planète Hurlante mérite amplement d’être (re)découvert. Christian Duguay s’y montre intègre et inspiré, façonnant un solide spectacle d’anticipation à l’ancienne - où l’action se fait même rare - privilégiant avant tout l’efficacité narrative (aussi éculée soit-elle) et la fragilité ambiguë de personnages finement esquissés.
*Bruno
4èx. VF. Video projo































