dimanche 18 janvier 2026

Le Dernier monde cannibale / Ultimo mondo cannibale de Ruggero Deodato. 1977. Italie. 1h32.

                    (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"La survivance de la bête en l’homme."

Le Dernier Monde Cannibale, réalisé par Ruggero Deodato trois ans avant Cannibal Holocaust, est une expérience de cinéma aussi extrême qu’hallucinée, formellement réservée à un public averti - et tout aussi formellement déconseillée aux âmes sensibles. Je pèse mes mots : le film est à la fois impressionnant, fascinant et profondément répulsif, à un niveau comparable, voire équivalent, à Cannibal Holocaust.


Hélas - lourdement hélas - on y retrouve des séquences de snuff animalier. Elles sont ici moins nombreuses, même si la scène du crocodile demeure absolument abjecte, innommable, insoutenable. Certaines autres maltraitances, notamment sur des volatiles, semblent moins gratuites que dans Cannibal Holocaust, dans la mesure où elles s’inscrivent dans le récit et les us et coutumes d’un peuple indigène anthropophage de l’île de Mindanao. Le film s’inspire d’ailleurs d’une histoire vraie : celle d’un Américain dont l’avion s’écrase, capturé par ces indigènes, contraint d’apprendre à vivre - ou plutôt à survivre - parmi eux, avant de tenter l’évasion dans une seconde partie suffocante.

Là où Le Dernier Monde Cannibale sidère véritablement, comme le souligne Christophe Gans dans les bonus du Blu-ray et du 4K, c’est par son hyper-réalisme estomaquant. Tourné en pleine jungle - entre la Malaisie et les Philippines - le film abolit la frontière entre cinéma et réalité. On ne regarde plus : on vit. On partage le quotidien de cet homme nu, plongé pendant une heure dans une nature aussi sauvage que ceux qui l’habitent. Un film sur l’instinct primitif, sur la contamination de la sauvagerie : l’homme civilisé, au contact de cet enfer vert, réveille son propre animal intérieur pour survivre.


Et c’est là que l’horreur opère pleinement. Le malaise est constant, l’insécurité permanente, l’oppression sourde. On est fasciné autant qu’on est révulsé. La puissance des images est telle qu’on en oublie, totalement, qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. D’autant plus que les indigènes ne sont pas des acteurs, mais de véritables habitants jouant leur propre rôle, avec un réalisme brut, expressif, viscéral, absolument sidérant. On a les yeux constamment écarquillés - tel cet infanticide extrêmement dérangeant par sa bestialité en deux temps, même si quasi hors-champs.

Oui, certaines séquences provoquent le haut-le-cœur. Mais Le Dernier Monde Cannibale dépasse l’entendement grâce à son aspect plus documenté: c’est une expérience de cinéma extrême qui, en termes de radicalité et même de puissance, surpasse peut-être Cannibal Holocaust, pourtant érigé en sommet du genre - et que j’admire, snuffs animaliers mis à part évidemment. Ici, Deodato s’attarde heureusement moins sur la souffrance animale, malgré l’horreur indélébile de la scène du crocodile à vomir qu'il faut passer en accéléré grâce à votre télécommande.


Pour les amateurs de cinéma d’horreur pur et dur, d’expériences limites et proprement inoubliables, Le Dernier Monde Cannibale est sans doute le sommet absolu du film de cannibales. Un film qu’on ne peut ni oublier, ni effacer de sa mémoire, une fois traversé.

Il serait enfin injuste de ne pas saluer l’interprétation de Massimo Foschi, dans le rôle du pélerin Robert Harper. Une performance absolument convaincante, fondée sur un jeu démuni, apeuré, peu à peu primitif, qui accompagne avec une justesse troublante son initiation progressive à la survie, au viol et à la sauvagerie. Foschi se livre corps et âme, littéralement : nu durant près d’une heure de métrage, exposé, vulnérable, il fallait oser - il l’a fait, avec un naturel confondant et une crédibilité sidérante. Chapeau-bas à cet acteur trop méconnu, qui porte le film sur ses épaules, à l’instar des indigènes, avec une force expressive constamment impressionnante.


Préparez vous au choc, thermique, viscéral, frontal; vous n'en sortirez pas indemne. Jusqu'au vortex.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

mercredi 14 janvier 2026

Sur un air de Blues / Song Sung Blue de Craig Brewer. 2025. U.S.A 2h12.

  (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"La musique plus forte que le chagrin."

Sur un air de blues de Craig Brewer est un film musical sincèrement attachant à travers deux chanteurs de seconde zone, vibrant pour les yeux comme pour l'ouïe. Hugh Jackman et Kate Hudson y incarnent Mike et Claire, alias Lightning & Thunder (éclair et tonnerre), duo de scène et de cœur, cover band dédié aux reprises de Neil Diamond. On peut rappeler que ce terme anglicisme désigne un groupe musical spécialisé dans les reprises de chansons de groupes ou artistes célèbres. Et rapidement, la magie opère. Les chansons sont toutes magnifiques, portées par une intensité émotionnelle gratifiante, sublimées par la complémentarité fusionnelle du couple à l’écran. Qu’ils chantent réellement ou non importe peu: leur présence, leur justesse, leur énergie commune rendent chaque performance radieuse, sémillante, pour ne pas dire galvanisante.
 

On s’attache immédiatement à leur relation, à ce lien fragile et incandescent, même si, à mi-parcours, la crainte surgit de voir le film basculer dans un mélo appuyé à la suite d’un événement que je tairai. Mais heureusement, le récit reprend son souffle. Craig Brewer fait preuve d’une intelligence de mise en scène : le mélo, contenu et maîtrisé, ne dévore jamais le film. La trajectoire narrative se réaccorde alors au mouvement musical initial, et Sur un air de blues rebondit à nouveau pour renouer avec des scènes de concert absolument magnifiques, chargées d’émotion et d’élan vital, tout en rendant hommage à ces chanteurs de bars avec une émouvante sincérité au travers de leur ascension populaire que personne n'eut prévu.

Certes, Mike et Claire peuvent peut-être parfois frôler la caricature, mais Jackman et Hudson sont si investis, si spontanés, si profondément humains, que tout passe. Leur sincérité désamorce les quelques couacs, y compris un final qui s’attarde peut-être sur deux plans de trop, un peu appuyés sur les regards en berne. Pourtant, même là, le film choisit la sobriété à travers l'humilité de Claire, refusant d’exacerber les bons sentiments faciles auprès d'une chanson mémorablement digne. 
 

Au bout du compte, impossible de sortir indemne. Les larmes montent, inévitablement, lors d’un final bouleversant, à la fois doux et lumineux, porteur d’un message existentiel d’espoir et d’optimisme, sans jamais plomber l’atmosphère chaleureuse et solennelle qui irrigue tout le récit. Et les chansons, toujours superbes, donnent une furieuse envie de découvrir - ou redécouvrir - la véritable voix de Neil Diamond. Ce film est aussi un hommage vibrant, sincère, un récit biographique légèrement romancé mais assez respectueux, notamment dans le sort réservé à l’un des deux protagonistes. Un air de blues qui résonne longtemps après la dernière note. D'ailleurs, je n'ai eu qu'une seule envie après la projo: écouter la véritable voix de Neil Diamond dont j'ignorai l'existence. 
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤 

mardi 13 janvier 2026

Landman créée par Taylor Sheridan et Christian Wallace. U.S.A. 2024 -

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Landman est un véritable coup de cœur impulsé par la mélodie élégiaque de Andrew Lockington.
Une série fastueuse, tant visuelle que cérébrale, portée par le génie de Taylor Sheridan, et qui, avec déjà deux saisons au compteur - et visiblement encore de belles années devant elle aux dernières news - s’impose comme l’une des plus grandes réussites télévisuelles récentes. Probablement ma série attitrée depuis Gomorra, même si les tonalités diffèrent profondément. Là où Gomorra auscultait la chute, la perfidie et la violence la plus crasse, Landman parle de valeurs nobles : la famille, l’honneur, l'amour, et surtout la quête du bonheur conjugal, traversé par les conflits du quotidien (notamment financier) de tout un chacun. 
 

C’est aussi une série sur le temps qui passe, sur la vieillesse, abordée avec une humanité rare comme le souligne par exemple l'immense vétéran Sam Elliott en papy sclérosé dans la saison 2: fragile, poignante, bouleversante, mais jamais appuyée. Aucune émotion programmée ici, aucun pathos. Landman ne s’apitoie jamais sur ses personnages, elle les regarde vivre, lutter, aimer, avec une pudeur admirable.

Et quels personnages. Tous crèvent l’écran. Billy Bob Thornton est prodigieux en patriarche retors, caractériel, mais d’une intelligence redoutable dans ses affaires. Demi Moore est sublime en veuve en berne, tentant de reprendre l’empire de son mari défunt avec une fermeté et une personnalité impressionnantes. Et quel immense plaisir de retrouver Andy Garcia, grande figure des années 80-90, acteur trop souvent sous-estimé à mon sens. Ici, il est remarquable de sobriété, de force tranquille, de maîtrise, même si ses éclats de colère sèment parfois le doute sur ses véritables intentions.
 

Autour d’eux, le casting est d’une richesse folle. Alyssa Larter, que je ne connaissais pas, incarne une matriarche grande gueule, aux allures de cougar physiquement renversante, à tomber d'amour fou pour elle, mais doté d'un coeur d'une sensibilité presque torturée. Michelle Randolph, dans le rôle de la fille Norris, dégage une sexualité troublante, longiligne, moulante, hypnotique en diable à nous rendre azimuté. Paulina Chavez apporte une douceur et une fragilité bouleversantes, marquées par le deuil de son mari. Et puis il y a la révélation Jacob Lofland, fils Norris, magnifique de pudeur et de noblesse des sentiments : altruiste, bienveillant, d’une humanité et d’une sensibilité rares, notamment dans son amour pour Ariana. Leur couple est fusionnel, profondément touchant, tendre et délicat.
 

Voilà ce qu’est Landman à mes yeux : l’une des plus belles séries dramatiques de ces 20 dernières années. Peut-être plus encore que This is Us. Un immense coup de cœur dont même les petits défauts nous apparaissent comme des qualités. Chaque épisode est un pur régal émotif gratifiant. Une série qui fait un bien fou au moral, grâce à la pureté de ses sentiments, à la profondeur humaniste de ses personnages, à un humour omniprésent porté par des dialogues denses, intelligents, inventifs, souvent caustiques, fusant tous azimuts.

Bref, Landman est une série existentielle touchée par la grâce, à laquelle je souhaite longévité, aussi riche en qualité qu’en durée. Une saga profondément romantique que l'on croyait perdu ces dernières années tant elle a disparu de nos grands écrans.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

jeudi 8 janvier 2026

Marionette de Elbert van Strien. 2020. 1h52.

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"Quand croire devient une nécessité dangereuse."
Marionnette (2020), coproduction entre le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, se révèle être, dans sa finalité, un excellent thriller psychologique, aussi intelligent qu’efficace dans sa capacité à nous manipuler du début à la fin. Le film avance masqué, jusqu’à ce que sa dernière demi-heure lève enfin le voile - le véritable voile - sur les tenants et aboutissants de ses deux protagonistes.
 
Au centre du récit, Marianne Winter, pédopsychiatre incarnée par l’excellente hollandaise Thekla Reuten, d’une crédibilité troublante en thérapeute sans fard constamment sur le fil du rasoir jusqu'au point de non retour. Au fil de son enquête, de ses séances avec un enfant de dix ans aussi secret qu’inquiétant, elle perd peu à peu pied avec la réalité, doute de ses certitudes, et commence à accorder une confiance dangereuse à ce garçon qui prétend contrôler l’avenir à travers ses dessins, voire provoquer des incidents.
 
 
Le film traite admirablement de l’impossibilité de faire le deuil, de manière originale et déstabilisante, notamment grâce à un twist final remarquable qui reconfigure tout ce que nous pensions avoir vu. C’est précisément là que Marionnette devient passionnant, et sans doute encore davantage à la revoyure, en revisitant l’intégralité du récit à travers le regard fissuré de Marianne et l’imaginaire de cet enfant en souffrance impeccablement modéré par son jeu à la fois trouble, distant, impassible de l'acteur Elijah Wolf
 
Narrativement, le film se montre d’une grande efficacité, exploitant avec finesse les codes du fantastique - phénomènes paranormaux, télékinésie suggérée, pouvoir d’influence à distance - sans jamais sombrer dans le spectaculaire, le racoleur ou la complaisance. Tout reste diffus, éthéré, insidieux, niché dans la relation psychologique trouble et inquiétante qui unit la thérapeute et l’enfant en porte-à-faux.
 
 
Marionnette porte également une réflexion forte sur la foi. Quand tout est perdu, quand la souffrance devient moralement intolérable, la tentation de se raccrocher à une croyance apparaît comme un dernier refuge. Le film interroge ainsi le besoin de sens face au chaos, la frontière trouble entre soin et emprise, la dangerosité des récits salvateurs, et l’impossibilité, parfois, de guérir sans accepter la perte. Car il n’y a pas de miracle possible quand on refuse la mort.
 
Nous sommes donc face à un véritable drame psychologique, sombre et ambigu : un film sur la foi comme symptôme, sur le deuil comme maladie de l’âme, et sur le danger de vouloir réparer l’irréparable. Un thriller passé inaperçu, sorti discrètement chez nous via Internet en Novembre 2021 - et c’est bien dommage - car Marionnette mérite d’être découvert avec attention. Pour ma part, je ne regrette absolument pas de m’y être confronté, et j'y retournerai.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤 

mercredi 7 janvier 2026

Robin des Bois / Robin Hood de Wolfgang Reitherman et David Hand. 1973. U.S.A. 1h23.

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Robin des Bois (1973) est le tout premier dessin animé que j’ai eu la chance de découvrir, à sept ans, aux côtés de ma mère, dans une salle de cinéma. Un souvenir fondateur, évidemment mémorable, presque sacré. Si bien que, paradoxalement, ce n’est que plusieurs décennies plus tard que je me décide à le revoir, seulement pour la seconde fois (avant hier précisément). Et le charme opère intact évidemment.

Certes, à sa sortie, les critiques n’étaient guère enchantées par les libertés prises avec la légende consacrée de Robin des Bois. Mais qu’importe. Le film s’inscrit pleinement dans la grande tradition Disney : un enchantement radieux et fougueux, porté par une intrigue simple, mais gorgée d’humour, d’invention, de tendresse et de cocasserie.
 
 
Comme souvent chez Disney, tout repose sur les personnages - ici animaliers - absolument irrésistibles par leur expressivité à la fois innocente et badine. C’est là, sans doute, la grande réussite du film : susciter un attachement immédiat, presque instinctif, à ces figures héroïques et pourtant appauvries, écrasées par la misère faute de leur roi… attendez… du roi… comment s’appelle-t-il déjà ? Non, le frère du roi, le prince Jean endossé par ce lion ridicule, altier et geignard - oui, lui, épaulé de son disciple, le serpent sir, servile persifleur !  

Robin des Bois n’est peut-être pas un chef-d’œuvre absolu, mais c’est un régal de divertissement, attendrissant et irrésistiblement pittoresque. Les personnages fourmillent d’allégresse et d’expressivité bonnard, portés par des chansons si entêtantes qu’on se surprend à les fredonner avec eux tout au long de ce périple aventureux. Un voyage mené par un Robin des Bois charismatique, renard rusé - redoutablement rusé - qui se délecte à railler son roi avec une malice et une dérision jubilatoires.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

vendredi 2 janvier 2026

The Grudge de Takeshi Shimizu. 2004. Japon/U.S.A. 1h31.

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A la 3è revoyure, je trouve The Grudge (2004) de Takeshi Shimizu plutôt réussi, même si mon souvenir avec son modèle initial s’est estompé avec le temps. Je suis donc dans l'incapacité de pouvoir comparer.

Cette réactualisation soigne avant tout son ambiance - et c’est bien là que le film trouve sa véritable force. Une atmosphère pesante, lourde, presque désenchantée, que Sarah Michelle Gellar porte sur ses épaules d’enquêtrice circonspecte, tentant de démêler l’étrange logique d’une vague de crimes convergeant vers une seule et même demeure.
 

Planter l’action à Tokyo est une bonne idée dépaysante. La texture visuelle du film possède quelque chose de singulier, presque hors du temps. On a parfois l’impression d’assister à une pellicule granuleuse des années 70-80, notamment dans cette manière latente, diffuse, de filmer l’angoisse sans précipitation.  
The Grudge s’impose ainsi comme une série B assez captivante et ludique : le scénario reste d’une grande simplicité, mais l’ensemble demeure original et percutant, notamment dans son approche des personnages pris au piège de ce massacre familial maudit.
 

Ici, la peur naît moins de la terreur frontale que de la tension continue. Certaines séquences peuvent effrayer, certes, mais c’est surtout cette oppression constante qui domine, et à ce niveau-là, le film se montre efficace, maîtrisé, mené avec une sobriété bienvenue par un casting bien choisi. Revoir Sarah Michelle Gellar à contre-emploi de son rôle pugnace dans la série Buffy contre les vampires fait toujours plaisir. Rien de péjoratif là-dedans, bien au contraire : elle s’en sort avec retenue et justesse, portant le film dans ses silences autant que dans ses regards contrariés.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤 

Halloween Ends de David Gordon Green. 2022. U.S.A. 1h51.

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"Haddonfield ou la fabrique des monstres."

Je n’aurais pas misé un clopé, tant il m’aura fallu près de trois ans d’hésitation pour enfin le découvrir. Autant dire que la surprise n’en fut que plus grande.

Halloween Ends de David Gordon Green est, à mes yeux, une proposition audacieuse à contre emploi de son inutile précédant opus, et surtout une conclusion remarquable à une saga trop souvent prisonnière de ses propres automatismes (on taille dans le bide toutes les 15 minutes, on connait le refrain). Un film plus adulte, plus posé, plus contemplatif, qui préfère le malaise psychologique à la surenchère tapageuse.


Ici, le cœur du récit ne bat pas uniquement dans l’ombre de Michael Myers, mais dans les fractures intimes de Laurie, dans le deuil irrésolu de sa fille, et surtout dans le destin tragique de Corey. Corey, victime avant d’être bourreau. Un homme brisé dès un prologue glaçant, percutant, où l’accident devient une condamnation sociale. La population le désigne, l’isole, l’empoisonne du regard. En lui gronde une rage sourde, une colère injuste, née du rejet et de l’humiliation. Le film capte attentivement cette lente déchéance psychologique, ce glissement progressif vers la violence, jusqu’à la contamination du mal, dans une réalisation circonspecte traversée de séquences chocs d'une rare brutalité. 

Michael Myers, quant à lui, n’est plus qu’une ombre figée, réfugiée dans les égouts, diminuée, presque mourante. Une figure spectrale, un principe plus qu’un corps. Et c’est là toute l’audace de cette passionnante confrontation : le mal ne disparaît pas, il se transmet. Corey s’en inspire, s’en nourrit, s’en rapproche. Une passation trouble, vénéneuse, où Myers observe, accompagne, tue encore parfois, mais n’est plus l’unique moteur. Le mal circule, s’infiltre, se propage, jusqu'à éclabousser l'écran sanguinolent. 


Le film est également porté par des interprétations impliquées qui ont plaisir à vivre ce qu'elles jouent. Jamie Lee Curtis, magistrale, livre une Laurie Strode fatiguée, endeuillée, mais décidée à vivre autrement grâce à sa rébellion de dernier ressort. Sa fille endossée par Andi Matichak est tout aussi sobrement convaincante même si secondaire, tout comme l’acteur Rohan Campbell incarnant Corey, habité par une violence intérieure palpable, douloureuse, presque contagieuse. Chaque regard pèse, chaque silence compte dans un climat insécure plutôt malsain, lâche et acrimonieux.

Halloween Ends est donc aussi un film atmosphérique, magnifiquement photographié, parsemé de clins d’œil au Halloween originel de John Carpenter, jamais gratuits, toujours respectueux. Une œuvre qui prend le temps, qui installe, qui dérange et qui fait même parfois peur à travers la figure spectrale d'un Michael Myers monolithique, ange de la mort impassible en proie à un ultime sursaut criminel. 


Malgré les critiques, je persiste : c’est non seulement une excellente conclusion, mais de loin l’un des meilleurs opus de toute la saga. Un portrait meurtrier en reflet de miroir, un film noir et violent qui accepte que tout ait une fin, que les monstres vieillissent et meurent, mais que la peur change de visage - et que l’horreur la plus profonde naisse parfois du regard des autres.

"Tout a une fin" (?)
Halloween Ends montre avec courage, humilité et audace (en désacralisant le mythe) comment une société parano fabrique son propre monstre jusqu'au trône de la célébrité. Car tant que la peur, la violence et la haine collective existent, le mal trouvera toujours un corps. Ad vitam Aeternam.
 

— le cinéphile du cœur noir 🖤

mardi 30 décembre 2025

Mister Frost de Philippe Setbon. 1990. France/Angleterre. 1h44.

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"Le Mal est en chacun de nous, et la valeur d'une femme se juge à la manière dont elle défie ce Mal."

Enfin revu, après quelques décennies d'absence, faute d'invisibilité, Mr. Frost m'apparaît sous un angle nouveau dans sa facture autrement singulière (épaulée aujourd'hui de sa formalité 4K).

Une œuvre à l’atmosphère pesante, lourde, presque suffocante si j'ose dire. Une expérience cinématographique à part, qui ne plaira pas à tous, et qui a toutes les chances de diviser - notamment par son ambiguïté morale.
 

Nous y suivons un homme qui prétend être le diable en personne, remarquablement incarné par Jeff Goldblum, dont la présence magnétique empêche le film de sombrer dans le ridicule, malgré ce qu’en disent certains détracteurs. Pour ma part, j’y vois une solide série B indépendante, imprégnée d’une ambiance très années 80, finement retranscrite à travers des personnages profondément humains, fragiles, fébriles même, livrés à la merci de ce Mister Frost énigmatique, manipulateur, capable de duper son entourage et de pousser à l’irréparable.

Le film est étrange, inquiétant, et je le trouve constamment captivant, parfois même envoûtant, porté par une étrangeté feutrée, taciturne, presque mythique. Lent, certes, mais jamais ennuyeux, il avance à pas mesurés, laissant ses interprètes donner chair et corps à leurs rôles avec une foi humaine sincère et attachante.
 
 
De ce point de vue, le casting - mélange réussi de visages français et britanniques, coproduction oblige - se révèle sobrement convaincant : Jeff Goldblum, Alan Bates, Cathy Baker, Jean-Pierre Cassel, Daniel Gélin, François Négret, Roland Giraud, Catherine Allégret… De belles têtes d’affiche, au service d’un climat latent plus que d’un spectacle.

Mr. Frost demeure ainsi une étrange curiosité franco-anglaise, à revoir et à redécouvrir avec attention, et même avec une certaine préparation psychologique. Film indépendant, austère, froid, énigmatique, ambigu, mais profondément stimulant dans sa manière de mettre en scène un mal qui pousse les hommes à agir contre leurs propres principes.
 

Ce qui le rend si intéressant, c’est justement qu’il ne tranche jamais : le mal, ici, refuse toute certitude. Et son final, en demi-teinte, sans trop en dévoiler, s’avère particulièrement réussi, tant il renvoie les personnages - et le spectateur - à leurs conséquences morales. Cette dernière scène dit tout : la loi est insuffisante, la foi est insuffisante, la science est insuffisante.

Un film singulier qui ne plaira pas à tous, assurément, mais que je trouve captivant, troublant, intrigant, inquiétant, et qui laisse des traces, notamment pour sa réflexion sur la nature du Mal, sur la responsabilité de l'homme et sur l'(éventuelle) absence de Dieu.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

lundi 29 décembre 2025

Les 101 Dalmatiens / One Hundred and One Dalmatians de Clyde Geronimi, Hamilton Luske, Wolfgang Reitherman. 1961. U.S.A. 1h19.

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Quand j’ai revu Les 101 Dalmatiens hier soir pour la seconde fois uniquement, j’ai été saisi par cet enchantement permanent, seconde après seconde. La magie de Disney est imprimée dans la pellicule comme jamais. À tel point que je considère ce film comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de Walt Disney. Tout y transpire une évidence lumineuse : l’humour badin, omniprésent, la poésie, le pouvoir d’enchantement irrésistible suscité par ces chiots dalmatiens terriblement expressifs, mais aussi par leurs propriétaires, ce couple profondément humain, tendre et sincère, militant pour la cause animale avec amour indéfectible.
 

J’aime également beaucoup, en filigrane, cette forme de plaidoirie contre la fourrure animale, incarnée par l’une des plus grandes méchantes de l’histoire de Disney : Cruella, toujours drapée dans son manteau de fourrure, silhouette glaciale et obsessionnelle à la limite d'une figure horrifique. Le film ne moralise jamais frontalement, mais son message s’impose avec une clarté redoutable.

L’implication émotionnelle est totale, notamment dans les séquences d’action. La poursuite finale en voiture est d’une folie extravagante, presque démente, comme rarement dans un film d’animation Disney. On est happé, impressionné, littéralement emporté. Certes, l’histoire reste assez simple - deux malfaiteurs, magnifiquement dessinés, dérobent les quinze chiots pour le compte de Cruella - mais cette simplicité devient une force émotionnelle. Le récit avance avec une efficacité implacable, les rebondissements surgissent de manière quasi métronomique, toujours au bon moment, dans la juste mesure de ne pas épater la galerie.
 

J’ai aussi adoré ce détail cocasse et délicieux : les chiots sont de véritables cinéphiles. Ils regardent à la télévision des films animaliers, et cette mise en abyme, à la fois drôle, tendre et poétique, m’a profondément touché.

Et que dire de plus, si ce n’est que la magie Disney transparaît à chaque plan. Les 101 Dalmatiens est d’ailleurs le premier film à avoir utilisé la xérographie en animation, un procédé d’impression issu de la photocopie et de l’impression laser. Sans cette technique, le film n’aurait tout simplement jamais pu exister, tant le nombre de chiens à animer était colossal. À l’écran, cette profusion est impressionnante : d’abord quinze, puis peu à peu, jusqu’à ce chiffre mythique de cent un. Une idée aussi folle que génialement justifiée.
 

Un pur chef-d’œuvre de Walt Disney donc, traversé d'une émotion candide et pure, exaltante, loufoque, profondément épanouissante - un divertissement bienveillant qui continue de battre comme un cœur vivant, intact, éternel près de 70 ans après sa sortie.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

samedi 27 décembre 2025

Le choc des Titans / Clash of the Titans de Louis Leterrier. 2010. U.S.A/Angleterre/Australie. 1h46.

                                                      
                      (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Le Choc des Titans : quand le regard se fait plus noble que le jugement.
 
Lorsque Le Choc des Titans de Louis Leterrier est sorti en 2010, j’avais été profondément déçu au point de sortir de la projo en mode "déprime". Le spectacle promis ne m’avait pas du tout emballé. Pire : je l’avais rejeté, violemment. Quinze ans plus tard, je décide de le revoir en cette période féérique de Noël. Et je me prends une claque. Visuelle. Émotionnelle.
 
 
Alors, qu’est-ce qui a changé depuis 15 ans ? Peut-être suis-je devenu moins puriste, moins passéiste et que j'étais devenu un vieux con après tout, persuadé du "c'était mieux avant". Peut-être ai-je abandonné une part d’orgueil. Mais surtout, j’en suis persuadé: j’accepte aujourd’hui bien mieux les effets spéciaux numériques. Là où autrefois je résistais, je boudais, je digérais mal, je refusais presque par principe cette perfection artificielle, imberbe, je me laisse désormais porter. Et hier soir, devant Le Choc des Titans, j’ai retrouvé mes douze ans. Miracle ! Littéralement. J’ai regardé le film avec des yeux d’enfant. Et ça c’est quelque chose de rare, de précieux au cinéma. Si je l’avais découvert à cet âge-là, il aurait sans doute été l’un de mes plus grands spectacles d’enfance. Or, c'est justement ce que j'avais ressenti avec son modèle initial lors de ma location VHS
 
 
Soyons clairs : ce n’est pas un chef-d’œuvre, loin s'en faut. C’est un pur divertissement, bâti avant tout sur l’action, l'aventure humaine et les créatures fantastiques. Mais sa durée ramassée - 1h36 sans le générique de 10' - prouve que Leterrier va droit à l’essentiel. Le scénario, sans surprise, reprend le schéma du film de Desmond Davis. Pourtant, le récit reste agréable à suivre, jamais ennuyeux, séduisant même (sous l'impulsion de la déesse Io élégamment interprétée par Gemma Arterton), attachant. Le film dégage un charme, une vraie sympathie, portée par un casting solide : Liam Neeson, Ralph Fiennes en Dieux combattifs, Sam Worthington, convaincant dans son regard habité de demi-dieu malgré une interprétation sans légende, Gemma Arterton touchante donc, Mads Mikkelsen remarquable de sobriété dans la retenue et la sagesse, Jason Flemyng en démon maudit détestable, et d’autres encore, tous investis, honnêtes.
 
 
Mais ce que l’on retient avant tout, c’est l’aspect visuel enveloppant. Remarquable. Les décors sont somptueux, et oui, j’insiste : les effets numériques sont formidables. Chaque scène d’action est lisible surtout, claire, efficace, intense, épique. Leterrier ne confond jamais vitesse et précipitation. On en prend plein la vue : l’attaque des scorpions très efficace, la séquence de la Gorgone - vénéneuse, tendue, spectaculaire, horrifique presque-, et bien sûr l’affrontement final avec le Kraken, absolument monstrueux, à nous clouer au siège dans sa formulation de péplum catastrophiste. Le rythme est métronomique, l’ennui impossible. La musique orchestrale de Ramin Djawadi, tantôt épique, tantôt lyrique, renforce encore ce sentiment d’émerveillement autrement percutant que son modèle.
 
 
Évidemment, cela ne remplace pas le classique de 1981 dans toutes les mémoires de la génération 80, plus féerique, plus innocent, plus poétique, plus émotionnel aussi. Mais le Choc des Titans de Louis Leterrier reste un formidable divertissement d’action, une série B de luxe du samedi soir, généreuse, directe, spectaculaire, impliquée. Un spectacle dépaysant qui assume ce qu’il est et qui, aujourd’hui, m’a offert bien plus que je ne l’imaginais. Et pour cela, on ne peut que saluer le travail du cinéaste français qui fut d'ailleurs récompensé par un succès public (1 876 286 entrées chez nous). 
 
Pensée particulière à Kévin Beluche 😉
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤
2èx. 4K. Vost 

Box Office France: 1 876 286 entrées 

mercredi 24 décembre 2025

Top 10 – 2025 : quand l’horreur retrouve le souffle des années 80.

Des films hantés par le corps, le deuil, la mémoire, la technologie et la fin de l’innocence.

Top 1 ex-aecquo:  

                          
 
 Top 2 ex-aecquo: 
 

         
 
 Top 3:           

  En vrac: 
 
 

 

                                     Bonus :