Photo empruntée sur Google
de Claudio Guerin. 1973. Espagne. 1h37 (uncut). Avec Renaud Verley, Viveca Lindfors, Alfredo Mayo, Maribel Martin, Nuria Giemno, Christine Betzner, Saturno Cerra, Nicole Vesperini, Erasmo Pascual, Antonio Puga.
Sortie en salles en France en Août 1974.
FILMOGRAPHIE: Claudio Guerin est un réalisateur espagnol (1939 - décédé le 24 Février 1973)
1965: Luciano (T.V). 1966: La Corrida (T.V). 1969: Los Desafios (T.V). 1972: La Casa de las palomas. 1973: La Cloche de l'Enfer
Le glas d'un chef-d'oeuvre damné.
Second et dernier long-mĂ©trage de Claudio GuerĂn, La Cloche de l’Enfer fait office de chef-d’Ĺ“uvre maudit, autant par son invisibilitĂ© que par l’ironie macabre entourant les circonstances de la mort de son rĂ©alisateur et le secret du titre du film. En effet, GuerĂn mourut le dernier jour du tournage, après une chute du clocher qu’il avait fait amĂ©nager pour les besoins du film. Si la thèse d’un accident est celle communĂ©ment retenue, certains tĂ©moignages ont Ă©galement Ă©voquĂ© l’hypothèse d’un suicide, sans que celle-ci ait jamais Ă©tĂ© Ă©tablie. C’est finalement Juan Antonio Bardem qui acheva le tournage de la dernière sĂ©quence restante.
Le Pitch : Ă€ sa sortie d’un centre psychiatrique oĂą il fut injustement internĂ©, Juan rejoint la demeure de sa tante, responsable de son emprisonnement. Ses trois cousines rĂ©sident Ă©galement sous la coupe de cette tutrice autoritaire. Juan va alors prĂ©mĂ©diter une vengeance implacable contre sa propre famille condescendante.
Cette perle rare et oubliĂ©e, issue de l’Espagne franquiste, est une Ĺ“uvre hypnotique au pouvoir de fascination prĂ©gnant, portĂ©e par une mise en scène quasi expĂ©rimentale dĂ©bordante de trouvailles poĂ©tico-macabres. Avec l’entremise d’un scĂ©nario impondĂ©rable, structurĂ© de manière perfide, La Cloche de l’Enfer ne cesse de surprendre le spectateur, embarquĂ© dans un Ă©trange conte gothique d’une beautĂ© diaphane. Nombre de sĂ©quences faisant intervenir volatiles, insectes, vertĂ©brĂ©s aquatiques ou mammifères, Ă©voluant autour d’une nature sauvage ou Ă l’intĂ©rieur de la demeure du hĂ©ros, nous transportent dans un environnement blĂŞme et impĂ©nĂ©trable. PrivilĂ©giĂ©e par une superbe photo violacĂ©e transcendant la beautĂ© de ces images insolites, l’aventure vengeresse de Juan est une perpĂ©tuelle immersion vers l’Ă©trangetĂ©.
Tout le gĂ©nie Ă©mane d’une rĂ©alisation iconoclaste bousculant les codes du genre dans une structure faussement anarchique, puisque parfaitement planifiĂ©e. La quĂŞte vindicative de notre hĂ©ros subtilement interlope, usant de subterfuges pour se railler de ses invitĂ©s familiers, intrigue le spectateur interloquĂ© par ce jeu de sarcasmes avec la mort. Après que sa mère Ă©mancipĂ©e s’est suicidĂ©e, Juan fut injustement rendu responsable de ce deuil maternel par la faute d’une tante autoritaire. Dès lors, après avoir Ă©tĂ© enfermĂ© et droguĂ© dans un centre psychiatrique, celui-ci dĂ©cide d’accomplir auprès des responsables de son internement un rituel savamment rĂ©flĂ©chi, dans un jeu de farces et attrapes macabres.
Paradoxalement, c’est après avoir exercĂ© quelques jours dans un abattoir oĂą les animaux sont traditionnellement Ă©gorgĂ©s, dĂ©sossĂ©s et dĂ©pecĂ©s - une sĂ©quence particulièrement crue, pour ne pas dire insoutenable au vu de sa violence graphique, surtout dans sa version uncut ! Vous voilĂ prĂ©venu - qu’il dĂ©cide de passer Ă l’acte, comme si cette expĂ©rience l’avait prĂ©parĂ© Ă endurer la vue du sang et l’odeur morbide.
Or, durant son cheminement moral Ă©tonnamment contradictoire (mais chut), nous faisons la rencontre de personnages obscurs - le SDF rĂ©fugiĂ© dans une cabane -, troubles, vulgaire et sournois - la tante renfrognĂ©e et les trois cousines au caractère bien distinct -, ou pervers et erratiques - le quatuor de quinquagĂ©naires sur le point de violer une mineure esseulĂ©e Ă proximitĂ© de la forĂŞt. Par ailleurs, un mystĂ©rieux film de souvenirs familiaux tournĂ© en Super 8 semble dĂ©voiler les rapports masochistes de Juan avec ses trois cousines complices, alors que l’une d’elles fut Ă©prise de lui.
De surcroĂ®t, une cĂ©lèbre comptine - Frère Jacques, sonnez les matines ! - est rĂ©gulièrement fredonnĂ©e par des voix enfantines, annonçant implicitement le fameux chapitre final Ă tiroirs auquel un personnage clĂ© va subitement intervenir. Chaque sĂ©quence inopinĂ©e dĂ©voile ingĂ©nieusement des situations impossibles Ă prĂ©voir, une manière habile d’exacerber ce sentiment rare de vivre une expĂ©rience horrifique hors des sentiers battus oĂą tout peut survenir. LĂ oĂą chacun des protagonistes, suspicieux, perplexes et aigris par leur existence nonchalante, semble errer dans un environnement gothique blafard.
On peut justement souligner, en sous-texte social, le cĂ´tĂ© marginal et sexuellement Ă©mancipĂ© du personnage principal - ses coucheries antĂ©rieures avec des prostituĂ©es, mais aussi avec l’une de ses cousines -, mis en relief avec la bourgeoisie traditionnelle d’une tante rĂ©trograde. Comme si le rĂ©alisateur semblait vouloir braver, Ă sa manière, les interdits de la dictature franquiste.
"La vengeance sonne les matines."
HabitĂ© par la culpabilitĂ© Ă©quivoque de femmes sexuellement refoulĂ©es et surtout par l’interprĂ©tation placide, franchement magnĂ©tique, du Français Renaud Verley, La Cloche de l’Enfer se dĂ©cline en raretĂ© atypique au pouvoir de fascination Ă©thĂ©rĂ©. TranscendĂ© par une rĂ©alisation audacieuse et un parti pris esthĂ©tique rivalisant d’inventivitĂ© formelle, ce chef-d’Ĺ“uvre personnel est apte Ă trĂ´ner parmi les plus beaux spĂ©cimens du fantastique ibĂ©rique.
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤
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28.09.26. 4èx. vo uncut
05.10.11.



Je sais pas pouquoi il m'attire ce film, j'attend patiamment la critique.
RĂ©pondreSupprimerSauf que maintenant je sais qui Ă piquer mes gouaches Ă la maternelle…Niarrrrrrkk
Jamais vu, ta critique me met la bave aux lèvres! je crois que le 28... (tu connais la suite!) :D
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