jeudi 25 février 2021

La Femme Flic

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Yves Boisset. 1980. France. 1h41. Avec  Miou-Miou, Jean-Marc Thibault, Roland Blanche, Jean-Pierre Kalfon, Leny Escudero, Alex Lacast, Philippe Caubère 

Sortie salles France: 9 Janvier 1980

FILMOGRAPHIE: Yves Boisset est un réalisateur français, né le 14 Mars 1939 à Paris. 1968: Coplan sauve sa peau. 1970: Cran d'arrêt. 1970: Un Condé. 1971: Le Saut de l'ange. 1972: l'Attentat. 1973: R.A.S. 1975: Folle à tuer. 1975: Dupont Lajoie. 1977: Un Taxi Mauve. 1977: Le Juge Fayard dit Le Shériff. 1978: La Clé sur la porte. 1980: Le Femme flic. 1981: Allons z'enfants. 1982: Espion, lève-toi. 1983: Le Prix du Danger. 1984: Canicule. 1986: Bleu comme l'Enfer. 1988: La Travestie. 1989: Radio Corbeau. 1991: La Tribu.


Une oeuvre choc sur l'omerta pĂ©do-criminelle impossible Ă  endiguer lorsqu'on y cible l'oligarchie.  
CinĂ©aste engagĂ© Ă  qui l'on doit une plĂ©thore de mĂ©trages percutants (R.A.S, Folle Ă  Tuer, Dupon Lajoie, Le juge Fayard dit le ShĂ©riff, Allons z'enfants, le Prix du Danger, Canicule; rien que ça !), Yves Boisset ne perd rien de sa radicalitĂ© tranchĂ©e avec le drame policier La Femme Flic. Le rĂ©cit traitant sans ambages de la pĂ©dopornographie avec un rĂ©alisme Ă  la fois glauque et dĂ©rangeant, notamment eu Ă©gard de certaines sĂ©quences dĂ©monstratives quasi insoutenables (la dĂ©couverte macabre d'une fillette Ă  proximitĂ© du terril, l'enfant dĂ©charnĂ© confinĂ© dans le placard, les revues et photos de pornographie infantile que Miou Miou et son adjoint feuillètent sous notre tĂ©moignage). TirĂ© d'un fait-divers au cours duquel une fonctionnaire de police se donna la mort après avoir remonter la filière d'un important rĂ©seau pĂ©dophile, La Femme Flic adopte un parti-pris documentĂ© pour nous immerger dans son enquĂŞte houleuse Ă  travers la scĂ©nographie grisonnante du Nord de la France (ces citĂ©s minières entourĂ©es de corons Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80). Il s'agit donc ici de nous retracer mĂ©ticuleusement l'investigation d'une jeune recrue raillĂ©e par sa hiĂ©rarchie machiste, quand bien mĂŞme les citadins de la rĂ©gion observent d'un oeil mĂ©disant l'insigne policier souvent rĂ©duit Ă  l'impuissance d'y rĂ©soudre leur enquĂŞte criminelle. 

DĂ©nonçant ouvertement la corruption et la lâchetĂ© de la police et de ces juges lorsqu'il s'agit de lever le voile sur un rĂ©seau pĂ©dophile constituĂ© de notables intouchables, La Femme Flic dĂ©gage un aigre sentiment d'injustice tant et si bien que l'histoire, Ă©culĂ©e, se rĂ©pète inlassablement Ă  daigner mettre sous les verrous une Ă©lite embourgeoisĂ©e capable d'y soudoyer le système judiciaire et juridique afin d'inhumer leur scandale pĂ©dophile imparti Ă  la prostitution juvĂ©nile. Ainsi, de par son scrupuleux rĂ©alisme sociĂ©tal particulièrement acrimonieux et la facultĂ© maĂ®trisĂ©e de Boisset Ă  nous familiariser auprès de personnages profondĂ©ment humains, la Femme Flic est scandĂ© de la prestance timorĂ©e de Miou-Miou inscrite dans la rĂ©serve, la fragilitĂ© et la pudeur en petit bout de femme taiseuse s'efforçant de se faire une place au sein de sa hiĂ©rarchie phallocrate. Pour autant dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  apprĂ©hender les criminels les plus notoires derrière le vernis prĂ©caire d'une citĂ© minière appauvrie par le chĂ´mage, Miou Miou dĂ©livre un portrait de femme obtuse et prĂ©venante au fil de son initiation Ă  la constance de par sa soif de vĂ©ritĂ©. Outre des seconds-rĂ´les communĂ©ment irrĂ©prochables dans leur force tranquille et naturelle, on reste admiratif du jeu inhospitalier de Jean-Marc Thibault en commissaire castrateur forcĂ© de duper sa partenaire afin de se plier Ă  l'omerta et au chantage d'une Ă©lite politique.  

Film coup de poing osant aborder dans un style docu-vĂ©ritĂ© la thĂ©matique si brulante de la pĂ©dophilie Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80, La Femme Flic demeure un implacable rĂ©quisitoire contre les manoeuvres policières, juridictionnelles et politiques Ă©troitement liĂ©s Ă  la connivence afin de prĂ©server leur propre intĂ©rĂŞt. Pleine de fragilitĂ© humaine Ă  travers le tĂ©moignage de cette femme-flic en voie de rĂ©bellion, on reste d'autant plus captivĂ© par le jeu rĂ©servĂ© de Miou-Miou s'efforçant de parfaire son enquĂŞte avec une dignitĂ© maternelle. 

*Bruno

Box Office France: 1 807 761 entrĂ©es 

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