"Le vertige des faux-semblants : plonger dans Ouvre les yeux."
Il y a des films. Et puis il y a des expĂ©riences Ă©motives qui vous saisissent par la main comme dans un rĂŞve Ă©veillĂ©, au point que, tel le hĂ©ros torturĂ©, nous ne savons plus distinguer l’illusion de la rĂ©alitĂ©, happĂ©s dans un cheminement existentiel aux confins de la folie. Et dans ce jeu de dupe, ce simulacre vĂ©nĂ©neux et insidieux, Alejandro Amenábar s’infiltre en vĂ©ritable alchimiste, tant Ouvre les yeux nous entraĂ®ne dans une Ă©preuve morale marquĂ©e d’une pierre blanche pour quiconque raffole des films-pièges au concept aussi dĂ©vastateur que rĂ©volutionnaire.
Au-delĂ du jeu rigoureux des comĂ©diens emportĂ©s dans la tourmente du doute, de la folie, voire de la schizophrĂ©nie - et au-delĂ de l’ensorcelante beautĂ© filiforme de PenĂ©lope Cruz - le scĂ©nario conçu par Amenábar et Mateo Gil relève du pur gĂ©nie. Ă€ l’instar d’un suspense hitchcockien rĂ©glĂ© au millimètre, sa mĂ©canique narrative impeccablement huilĂ©e n’oublie jamais de ciseler la chair humaine de ses protagonistes pour mieux nous engloutir. Eduardo Noriega incarne CĂ©sar - figure altier et tranquille en apparence - avec une expressivitĂ© rapidement dĂ©sarmĂ©e, poignante, affolante, presque inquiĂ©tante.
Le rĂ©cit, puzzle Ă reconstituer entre minutie et impuissance, explore avec intelligence et fièvre discursive les thèmes du faux-semblant, de la mĂ©taphysique et du mysticisme, dans un rĂ©alisme diaphane d’une intensitĂ© rare. Ouvre les yeux demeure une expĂ©rience de cinĂ©ma enivrante et dĂ©routante, pour qui aime se perdre dans des labyrinthes hermĂ©tiques oĂą le romantisme cĂ´toie l’hypocrisie la plus lâche, lorsque l’apparence prend le pas sur la vĂ©ritĂ© des sentiments.
On se trouve ainsi face Ă la fois Ă un thriller de science-fiction charpentĂ© avec une rigueur implacable, Ă un suspense horrifique inquiĂ©tant et trouble, Ă un drame psychologique caustique et Ă©mouvant sur la rĂ©demption d’un bellâtre machiste, et Ă un mĂ©lo vibrant d’humanisme torturĂ© que les acteurs transcendent par une implication fragile, presque nue.
Gros morceau de cinĂ©ma, conjuguant ses genres avec une maĂ®trise implacable, Ouvre les yeux s’impose comme une rĂ©fĂ©rence vivante que le spectateur absorbe avec une attention diabolique, Ă la fois craintive et fascinĂ©e.
P.S: "Ouvre les yeux" fait partie de la liste des 1001 films Ă voir avant de mourir.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. Vost

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