mardi 22 novembre 2011

BLACKTHORN


de Mateo Gil. 2011. Espagne/France/Bolivie/U.S.A. 1h45. Avec Sam Shepard, Luis Bredow, Nikolaj Coster-Waldau, Padraic Delaney, Fernando Gamarra, Maria Luque, Dominique McElligott.

Sortie en salles en France le 31 Août 2011. U.S: 7 octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Mateo Gil est un réalisateur et scénariste espagnol né le 23 septembre 1972 à Las Palmas de Gran Canaria.
1994: Antes del beso (court). Sone que te mataba (court). 1996: Como se hizo 'tesis' (doc). 1998: Allanamiento de morada (court). 1999: Jeu de rôles. 2006: Scary Stories (épisode Spectre). 2008: Dime que yo (court). 2011: Blackthorn.


Pour son second long-mĂ©trage, le rĂ©alisateur espagnol s'engage dans la voie du western vintage, Ă  situer quelque part entre le cinĂ©ma flamboyant de John Ford pour son lyrisme des grands espaces et celui de Sam Peckinpah pour mettre en valeur le mythe du cow-boy vieillissant dĂ©passĂ© par une Ă©poque en mutation.
Pour rappeler l'achèvement d'un duo marginal entré dans la légende, le leader Butch Cassidy aurait été tué en 1908 selon certains historiens, alors que d'autres évoquent qu'il serait mort de vieillesse vers 1945 aux Etats-Unis.

ConsidĂ©rĂ© comme mort, le cĂ©lèbre Butch Cassidy vit des jours paisibles dans une ferme en Bolivie, en compagnie d'une jeune indienne. PrĂ©nommĂ© James Blackthorn, il dĂ©cide de quitter ce pays Ă©tranger pour rejoindre sa terre natale et tenter de retrouver un fils qu'il n'a jamais vu. Sur sa route, il rencontre un jeune ingĂ©nieur pourchassĂ© par une horde d'espagnols auquel il vient de leur soutirer une forte somme d'argent. Les deux hommes dĂ©cident de faire Ă©quipe pour tenter d'Ă©chapper Ă  leurs oppresseurs. 
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En remaniant la conclusion tragique invoquée dans la version de George Roy Hill, Mateo Gil suggère en l'occurrence que Butch Cassidy a réussi à prendre la fuite contre les autorités après avoir mis fin à la vie de son acolyte, le Kid, mortellement blessé par balle. Alors que son amie Etta Place a décidé de le quitter d'un commun accord pour protéger la vie de leur futur bambin, Butch Cassidy décide de se retirer en Bolivie durant 20 ans. Mais son âge vieillissant rattrapé par la nostalgie d'un passé révolu, la quête de retrouver un fils qu'il n'a jamais connu et le désir intrinsèque de retrouver sa contrée natale vont le pousser à revenir vers ses propres racines. Durant son trajet amorcé, les démons du passé vont toutefois le forcer à entamer une dernière chevauchée quand il décide de s'affilier avec un jeune ingénieur. Ce fuyard sournois est en faite pourchassé par des boliviens après leur avoir dérobé l'argent d'une mine pour laquelle il travaillait.


Mateo Gil évoque à travers l'incroyable destin d'un hors la loi notoire, la fin de vie de ce fantôme esseulé, réfugié au fin fond d'une ferme de Bolivie. Dans ses vastes étendues arides et désertées de présence humaine, Butch Cassidy s'interroge sur son passé meurtrier et sa vie de fuyard arrogant.
Après avoir appris la mort de son ancienne compagne atteinte de tuberculose, il décide de partir à la recherche d'un fils qu'il n'a jamais eu l'aubaine de rencontrer. Humanisé par la maturité d'un âge avancé et teinté de remord sur un passé épique confronté à la tragédie, le cow-boy autrefois téméraire et aujourd'hui devenu un quidam fatigué. Un homme solitaire profondément ennuyé d'une existence terne et désanchantée, malgré la compagnie futile d'une jeune indienne compatissante. Sa dernière chevauchée avec un bandit maladroit va finalement le convaincre que la vie qu'il avait mené préalablement ne peut plus renouer avec les prises de risques intrépides et bondissantes perpétrées contre l'ordre et la loi. Après avoir subi cette dernière chevauchée sanglante et déloyale, blackthorn se débarrasse une ultime fois de ses influences meurtrières pour partir vers une contrée paisible mais indécise.

Dans un rôle magnifique d'anti-héros dépassé par une époque fluctuante, Sam Shepard illumine de sa frêle présence un personnage aigri, davantage fragilisé par son humanisme empathique. Sa mélancolie sous-jacente émanant d'un amour éperdu mais renoué avec la grâce présagée d'un enfant va l'entraîner vers une forme de repentance lénifiante.


Dans de superbes dĂ©cors naturels clairsemĂ©s (la poursuite du dĂ©sert de sel est d'une splendeur immaculĂ©e !) et la clartĂ© d'une photographie limpide, Blackthorn est un splendide western intimiste  scrutant sensiblement le profil d'un bandit rongĂ© par la culpabilitĂ©. Le talent singulier de Sam Shepard et l'ambiance Ă©lĂ©giaque ancrĂ©e dans un style documentaire nous confinent vers un western crĂ©pusculaire d'une Ă©poque obsolète et aux horizons incertaines. 
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Bruno 
22.11.11 

lundi 21 novembre 2011

l'Emprise / The Entity. Antenne d'Or, Avoriaz 1983.

de Sidney J. Furie. 1981. U.S.A. 2h05. Avec Barbara Hershey, Ron Silver, David Labiosa, George Coe, Margaret Blye, Jacqueline Brookes, Richard Brestoff, Michael Alldredge, Raymond Singer, Allan Rich.

Sortie en salles en France le 23 Février 1983. U.S: 4 Février 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sidney J. Furie est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien, nĂ© le 28 FĂ©vrier 1933 Ă  Toronto, en Ontario (Canada). 1959: A Dangerous Age. 1961: Le Cadavre qui tue. The Snake Woman. 1964: La PoupĂ©e Sanglante. 1965: Icpress, danger immĂ©diat. 1966: L'Homme de la Sierra. 1970: L'Ultime RandonnĂ©e. 1978: Les Boys de la compagnie C. 1981: l'Emprise. 1986: Aigle de Fer. 1987: Superman 4. 1988: Aigle de Fer 2.  1991: La Prise de Beverly Hills. 1995: Aigle de Fer 4. 1997: Les Rapaces. 1997: Les EnragĂ©s. 2000: Jeu Mortel. Nuit Infernale. 2003: DĂ©tention. 2004: Direct Action. 2005: American Soldiers. 2006: The Veteran (tĂ©lĂ©-film).


Avant-propos:
Ce film est l'histoire romancĂ©e d'un incident rĂ©el qui a eu lieu Ă  Los Angeles, en Californie, en Octobre 1976. Pour les chercheurs, c'est l'un des cas les plus extraordinaires de l'histoire de la parapsychologie. 
La vraie Carla Moran vit aujourd'hui au Texas avec ses enfants. 
Les attaques, moins fréquentes et moins intenses... continuent.

"Carla contre l’invisible".
D’après un roman Ă©ponyme de Frank De Felitta (Audrey Rose), Sidney J. Furie transcende en 1981 un troublant cas de hantise inspirĂ© d’un fait divers. RĂ©compensĂ© Ă  Avoriaz de l’Antenne d’or, L’Emprise peut se targuer de figurer parmi les plus grands films de hantise. Il le doit pour beaucoup Ă  la mise en scène avisĂ©e de Furie, qui opte pour un rĂ©alisme sans fard, et Ă  la prestance criante de vĂ©ritĂ© de Barbara Hershey, justement couronnĂ©e du prix d’interprĂ©tation fĂ©minine au festival susmentionnĂ©.

Le pitch : une nuit, une mère de famille est sexuellement agressĂ©e par une prĂ©sence invisible dans sa chambre. Le lendemain, une seconde attaque, tout aussi violente, survient. Quelques jours plus tard, elle perd le contrĂ´le de son vĂ©hicule sans raison apparente. DĂ©munie, terrifiĂ©e Ă  l’idĂ©e de rentrer chez elle, elle consulte un psychiatre rĂ©putĂ© pour tenter de comprendre les tenants d’un phĂ©nomène dont l’origine Ă©chappe Ă  toute logique.

Avec un argument aussi grotesque en apparence, L’Emprise aurait pu sombrer dans la gaudriole zĂ©difiante, si un rĂ©alisateur inspirĂ© et une actrice Ă  la sobriĂ©tĂ© expressive ne s’Ă©taient alliĂ©s pour nous convaincre de l’horreur invisible qui hante cette femme. Et si, quarante ans plus tard, le film demeure aussi terrifiant, inquiĂ©tant, oppressant, c’est parce qu’il illustre sans esbroufe le calvaire improbable d’une mère de famille harcelĂ©e par une entitĂ© lubrique. 

La première partie, entrecoupĂ©e de scènes-chocs jamais racoleuses, dĂ©peint avec une intensitĂ© psychologique rare le supplice de Carla, victime de viols rĂ©pĂ©tĂ©s dans sa propre maison. L’angoisse sourde de Carla — cette peur d’une nouvelle attaque foudroyante — s’infiltre dans l’esprit du spectateur, tĂ©moin d’une intrusion du surnaturel dans la banalitĂ© du quotidien. Quant aux sĂ©quences d’agression, elles sont d’un rĂ©alisme malsain, froid, glaçant. Les effets spĂ©ciaux, employĂ©s avec parcimonie, Ă©vitent toute surenchère grotesque pour authentifier les exactions d’un ectoplasme pervers. La menace, insidieuse, s’intensifie Ă  mesure que le surnaturel s’octroie le droit d’agresser une victime rĂ©duite Ă  l’Ă©tat d’objet sexuel.

                                      

Furie, fidèle Ă  sa ligne vĂ©riste, privilĂ©gie ensuite l’exploration de la psychĂ© de son hĂ©roĂŻne, lors de sĂ©ances de thĂ©rapie avec le docteur Sneiderman (Ron Silver, d’une sobriĂ©tĂ© remarquable, entre scepticisme clinique et rigueur cartĂ©sienne). Le corps psychiatrique s’efforce alors de convaincre Carla que ses agressions ne sont qu’un produit de son inconscient traumatique. En sondant les limbes de son passĂ© — père incestueux, relation avortĂ©e avec un amant adolescent — Sneiderman tente de rationaliser la nĂ©vrose. Ces moments d’intimitĂ© thĂ©rapeutique renforcent la dĂ©tresse poignante d’une femme seule, que nul ne veut croire.

La seconde partie embrasse alors la piste surnaturelle en donnant la parole Ă  des parapsychologues. Une Ă©quipe spĂ©cialisĂ©e dans l’occultisme viendra prĂŞter main-forte Ă  Carla. Mais chut, n’en disons pas plus. Furie ne cherche pas Ă  nous convaincre du surnaturel : il laisse au spectateur le soin d’embrasser le doute, face Ă  la souffrance d’une femme pourtant saine d’esprit. Soulignons enfin le jeu bouleversant de Barbara Hershey, frĂ©missante d’Ă©motion, Ă  la fois vulnĂ©rable et dĂ©terminĂ©e, dans ce rĂ´le Ă©pineux de martyre confrontĂ©e Ă  un bourreau sans visage. Elle incarne une humanitĂ© chĂ©tive, une force vacillante, une volontĂ© de survivre Ă  l’indicible.

 
"Un corps en guerre".
Proprement effrayant dans ses attaques cinglantes venues d’ailleurs, L’Emprise demeure un parangon d’Ă©pouvante, transcendĂ© par la densitĂ© psychologique de ses protagonistes et une atmosphère anxiogène, Ă  la fois fascinante et oppressante. En Ă©voquant la carte du « fait divers » Ă  la toute fin, ce cauchemar filmique nous confronte Ă  l’idĂ©e vertigineuse d’une spiritualitĂ© immatĂ©rielle, impalpable, perverse. Passionnant, hypnotique, portĂ© par une bande-son tonitruante, ce chef-d’Ĺ“uvre de la terreur mĂ©rite sa place auprès des monuments du genre : La Maison du Diable, Trauma, La Maison des DamnĂ©s, L’Enfant du Diable, Les Innocents. Du grand cinĂ©ma d’Ă©pouvante, comme on n’en fait plus. HĂ©las.
 
Dédicace à Aurore Drossart
 
*Bruno
03.07.24. 6èx. Vostfr
21.11.11.  

Récompense: Antenne d'or au festival d'Avoriaz en 1983 et Prix d'interprétation Féminine à Barbara Hershey..

samedi 19 novembre 2011

Hatchi (Hachi, A Dog's Story)


de Lasse Haelstrom. 2009. U.S.A. 1h32. Avec Richard Gere, Sarah Roemer, Joan Allen, Cary-Hiroyuki Tagawa, Jason Alexander, Erick Avari, Robert Capron, Daviana McFadden, Kevin DeCoste.

Sortie en salles en France le 9 Juin 2010. U.S: 18 Décembre 2009

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lasse Haekstrom est un réalisateur et scénariste suédois, né le 2 Juin 1946 à Stockholm (Suède). 1975: A Guy and A gal. 1985: Ma vie de chien. 1991: Ce cher Intrus. 1993: Gilbert Grape. 1995: Amours et mensonges. 1996: Lumièe et compagnie. 1999: l'Oeuvre de Dieu, la part du Diable. 2000: Le Chocolat. 2001: Terre Neuve. 2005: Une vie inachevée. 2005: Casanova. 2006: Faussaire. 2009: Hatchi. 2010: Dear John. 2012: The Danish Girl.

D'après une histoire vraie.
Le véritable Hachikō est né à Ōdate, au Japon, en 1923. Il est mort en mars 1934.
Une statue de bronze trĂ´ne aujourd’hui Ă  sa place habituelle, en face de la gare de Shibuya.

Je vois dĂ©jĂ  venir certains lecteurs ricaner Ă  la vue de cette affiche jugĂ©e puĂ©rile, mettant en vedette un acteur glamour, ancienne gloire d’Hollywood, le regard attendri posĂ© sur un toutou façon peluche. Et pourtant, dans sa forme canonique, assumant de cibler un public familial, le rĂ©alisateur de Gilbert Grape Ă©vite admirablement le pathos lacrymal qu’on redoute souvent dans ce type de production. D’autant plus qu’il s’agit ici du remake d’un film japonais mĂ©connu, HachikĹŤ Monogatari, rĂ©alisĂ© en 1987 par SeijirĹŤ KĹŤyama. Attention toutefois au crève-cĹ“ur inconsolable que nombre de spectateurs Ă©prouveront, dĂ©sarmĂ©s, impuissants !

Le pitch : en revenant du travail, un professeur de musique universitaire trouve sur son chemin un chiot errant. Par empathie, il dĂ©cide de le ramener chez lui, contre l’avis de son Ă©pouse. Peu Ă  peu, une amitiĂ© se noue entre les deux compagnons. SurnommĂ© Hatchi en raison de ses origines japonaises, le chien accompagne chaque matin son maĂ®tre jusqu’au quai de la gare et revient l’attendre chaque soir après sa journĂ©e de travail. Les mois passent, leur relation s’Ă©panouit… jusqu’au jour oĂą le destin dĂ©cide de les sĂ©parer.

Une histoire simple de prime abord - standard, diront les indĂ©cis - car centrĂ©e sur le lien viscĂ©ral unissant un maĂ®tre et son chien fidèle. Mais dans son refus lucide de la complaisance, le rĂ©alisateur suĂ©dois Lasse Hallström nous convie Ă  redĂ©couvrir cette rencontre Ă©tonnante que chacun de nous connaĂ®t, ou a dĂ©jĂ  vĂ©cue, avec un animal de compagnie. Ce rapport tendre, si affectueux, qu’on peut tisser avec un chien entièrement vouĂ© Ă  vous rester fidèle. Et ce, jusqu’Ă  votre dernier souffle. Hatchi nous raconte cela - cette relation qui transcende l’amitiĂ©, l’amour, la reconnaissance, au nom d’une fidĂ©litĂ© commune, muette et sacrĂ©e.

La première partie, succession de sĂ©quences touchantes sans jamais verser dans la mièvrerie, illustre l’union complice d’un sexagĂ©naire attendri par l’humanitĂ© bouleversante de son compagnon canin. Chaque matin, Parker se rend Ă  la gare pour enseigner la musique Ă  l’universitĂ©. Et chaque matin, Hatchi l’accompagne jusqu’au quai, puis revient l’attendre le soir, patiemment, sur la place. Les commerçants, d’abord intriguĂ©s, finissent par observer avec bienveillance ce rituel empreint d’une loyautĂ© farouche.

Mais un jour, un Ă©vĂ©nement brutal vient tout bouleverser. La seconde partie, abrupte, inopinĂ©e, bifurque vers le drame, avec une sobriĂ©tĂ© bouleversante. Sans appuyer ni souligner, une sĂ©quence discrète vient marquer la bascule. La douleur, ici, ne se montre pas - elle s’insinue, insidieuse, muette, irrĂ©mĂ©diable.

Dans un rĂ´le inhabituel, Richard Gere incarne avec un flegme lumineux ce professeur de musique, Ă©panoui dans sa vie conjugale comme professionnelle. Sa relation chaleureuse, presque enfantine, avec Hatchi nous touche lors de scènes anodines, portĂ©es par des Ă©lans d’une tendresse noble. Le chien - en rĂ©alitĂ© interprĂ©tĂ© par trois Akita Inus selon l’âge d’Hatchi - est sobrement filmĂ©, qu’il s’agisse de moments graves ou joyeux. Son regard d’innocence, sa bonhomie instinctive, sa patience infinie, ne peuvent que bouleverser un spectateur contemplatif, sensible Ă  cette fidĂ©litĂ© sans faille. Peu Ă  peu, l’Ă©motion devient irrĂ©pressible, jusqu’au bord de l’insoutenable - selon la sensibilitĂ© de chacun, et l’amour portĂ© Ă  la cause animale. Puisque hĂ©las je suis incapable de revoir le film avec tout le courage du monde. Ce Samedi 19 Novembre 2011 restera donc pour moi une date aussi mĂ©morable qu'Ă©pineuse que mon coeur est incapable d'extraire.

"Une fidélité proverbiale à part entière".
RĂ©cit authentique prĂ´nant les valeurs d’amour et de dĂ©votion entre un homme et son chien, Hatchi nous dĂ©sarme le cĹ“ur - Ă  vif ! - en acceptant la cruautĂ© d’une destinĂ©e inĂ©quitable. Portrait pudique d’une complicitĂ© altruiste, brisĂ©e par la mort mais unifiĂ©e Ă  nouveau dans une dimension quasi spirituelle. Un drame bouleversant, d’une acuitĂ© Ă©motionnelle rare, qui, en Ă©vitant les pièges du film Ă  larmes, atteint une forme d’Ă©pure. En marge de cette Ă©motion fragile, presque impitoyable, la partition au piano, timide et discrète, vient souligner sans insister la demi-teinte de l’ensemble.

Et ainsi, au fil de cette histoire aussi modeste qu’immense, Hatchi nous submerge d’un flot d’Ă©motions incontrĂ´lables, profondes, rigoureuses - pour ne pas dire traumatiques, chez celles et ceux nouant un lien indĂ©fectible avec le monde canin.

Ă€ Hatchi, Barney et Harvey, mes hĂ©ros…
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
 
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Dédicace à Gilles Roland, Selena de Sade et Isabelle Rocton.
19.11.11
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Ci-dessous, la critique de mes amis Luke Mars et Gilles Roland
http://darkdeadlydreamer.blogspot.com/2011/11/hachi-dogs-tale-aka-hachiko-dogs-story.html?showComment=1322205834540#c3807275587435140473
http://www.shunrize.com/wordpress/critique-hatchi

L'avis de mon ami Mathias Chaput:

Il est des films intemporels que l’on n’oublie jamais, des films si bouleversants qu’ils hantent notre mĂ©moire Ă  jamais, des films d’une force Ă©motionnelle qui balayent tout et qui nous bloquent en quelques minutes oĂą nous avons l’impossibilitĂ© de retenir nos larmes : « Hatchi » fait partie de cette race très fermĂ©e de mĂ©trages…
« Philadelphia », « Le cercle des poètes disparus » sont du mĂŞme calibre mais « Hatchi » dĂ©gage un pouvoir Ă©motionnel encore plus intense que ces deux films…
D’une intensitĂ© mĂ©lodramatique et d’un jeu d’acteurs bien rĂ´dĂ© (on s’attache très vite aux personnages, le chef de gare, le vendeur de hot dogs, la libraire), on s’habitue Ă  une routine très touchante et de voir ce chien au beau milieu de tout ce petit monde qui parait gentillet et Ă©mouvant (le cadre, les habitudes, les saisons qui dĂ©filent, filmĂ©s intelligemment et sans la moindre redondance)…
Et lorsque tout s’Ă©croule (après la première heure) un sentiment indicible comme une brise glaciale qui nous balayerait littĂ©ralement, la c’est le DRAME qui prend place !
Et c’est terrible…
« Hatchi » a une force instantanĂ©e de faire virer Ă  360 degrĂ©s la quiĂ©tude qui s’Ă©tait immiscĂ©e, la complicitĂ© absolue entre un homme et son chien pour aboutir au film le plus lacrymal de tous les temps, Ă  la sensibilitĂ© impĂ©nĂ©trable et au cĹ“ur gros comme ça, nous collapsant de pleurs sans discontinu…
Niveau technique, la mise en scène est très correcte et les dĂ©cors sont parfaitement adaptĂ©s au film…
Richard Gere est bouleversant et prouve une Ă©nième fois qu’il est un grand acteur…
Le chien Hatchi est adorable, bref ce film est sublime, superbe et fascinant, mais très difficile en mĂŞme temps : il en ressort une impression terrible, comme rarement vue au cinĂ©ma…
En un mot : DECHIRANT.
on est RETOURNéS !

Note : 10/10
Paix éternelle à Lady, Labelle, Ursa et Barney
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mercredi 16 novembre 2011

Un Monde sans pitié. César de la meilleure première oeuvre, Prix Louis-Delluc.


d'Eric Rochant. 1989. France. 1h24. Avec Hippolite Girardot, Mireille Perrier, Yvan Attal, Jean-Marie Rollin, Cécile Mazan, Aline Still, Paul Pavel, Anne Kessler, Patrick Blondel.

Sortie en salles en France le 22 Novembre 1989. U.S: 31 Mai 1991

FILMOGRAPHIE: Erich Rochant est un réalisateur et scénariste français né le 24 Février 1961.
1989: Un Monde sans PitiĂ©. 1990: Aux Yeux du monde. 1994: Les Patriotes. 1996: Anna Oz. 1997: Vive la RĂ©publique ! 2000: Total Western. 2006: l'Ecole pour tous


"On n'a plus qu'à être amoureux, comme des cons; et ça, c'est pire que tout.."
RĂ©compensĂ© de deux cĂ©sars et du Prix Louis-Delluc, le premier film d'Eric Rochant est le porte parole d'une gĂ©nĂ©ration dĂ©sabusĂ©e. Celle de la fin des idĂ©ologies des annĂ©es 80 auquel une certaine jeunesse dĂ©sorientĂ©e se rĂ©fugiait dans les idylles d'un soir alors que d'autres s'improvisaient dealer de shit pour compenser la prĂ©caritĂ© du RMI.

Synopsis: Hippo est un trentenaire sans illusion rĂ©sidant en collocation avec son frère vendeur de drogue au sein de leur appartement. Un jour, il rencontre Nathalie, une ambitieuse Ă©tudiante auquel il n'est pas insensible Ă  sa simplicitĂ© naturelle. Ensemble, ils vont tenter d'envisager une liaison romantique hormis leur personnalitĂ© divergente sur leur sociĂ©tĂ© contemporaine. 
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Pour un premier essai derrière la camĂ©ra, Eric Rochant marqua toute une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes avec ce portrait aigre doux d'un jeune chĂ´meur avide de libertĂ© mais incapable de s'insĂ©rer dans une sociĂ©tĂ© individualiste. RĂ©gulièrement apprĂ©hendĂ© par la police, faute de sa gueule marginalisĂ©e et de l'Ă©tat dĂ©labrĂ© de son vĂ©hicule volĂ©, et coexistant sous le toit de son frère cadet, dealer de shit, Hippo sacrifie son temps dans les festivitĂ©s amicales entre 2 parties de poker. Or, avec la rencontre impromptue de cette Ă©tudiante bon chic bon genre, il se laisse attendrir par ses charmes pour mieux supporter son faible espoir de rĂ©ussite socio-professionnelle. 


Ainsi, dans une ambiance morose plutĂ´t nonchalante scandĂ©e de la mĂ©lodie Ă  la fois fragile et timorĂ©e de GĂ©rard Torikian, Eric Rochant dresse le portrait d'un chomeur dĂ©boussolĂ© par ses angoisses existentielles. Quand bien mĂŞme ses parents puritains et austères ne comprennent plus leur rejeton fuyant sa responsabilitĂ© pour se rĂ©fugier dans une solitude atone en dĂ©pit de sa tendresse Ă©phĂ©mère auprès de sa compagne intello. Ne reste alors pour Hippo que l'amitiĂ© fraternelle d'un acolyte bienveillant mais tout aussi dĂ©faitiste pour tenter de se prĂ©munir d'une misère sociale toujours plus accrimonieuse. Et si le cheminement alĂ©atoire d'Hippo rĂ©ussit si sincèrement Ă  nous toucher et interpeller, c'est grâce Ă  la prestance chafouine du comĂ©dien novice Hippolite Girardot livrant probablement son rĂ´le le plus vibrant, le plus intensĂ©ment expressif en toute sobriĂ©tĂ©. D'un naturel rĂ©voltĂ© Ă  travers son idĂ©ologie misanthrope, il parvient admirablement Ă  retranscrire sa dĂ©tresse (sous-jacente), ses contrariĂ©tĂ©s en roue libre, son dĂ©sarroi face Ă  un monde sans pitiĂ© (trop) souvent tributaire de l'Ă©gotisme des rapports humains et du chĂ´mage qui en dĂ©coule faute d'une solitude sans espoir.


Baignant dans une poignante mĂ©lancolie jamais forcĂ©e, d'autant plus palliĂ©e d'un humour permanent, notamment auprès du franc-parler facond d'Hippo et de quelques seconds-rĂ´les (nĂ©anmoins) enjouĂ©s, Un monde sans pitiĂ© provoque une Ă©motion naturaliste en demi-teinte face Ă  la dĂ©sillusion qu'un jeune glandeur encaisse dans sa rage d'exister. Sa conclusion attendue, d'une ironie acerbe enfoncera d'ailleurs le clou quant Ă  son pessimisme sentimental sans lendemain qu'il alimente lui mĂŞme dans sa condition marginale irrĂ©conciliable.   

*Bruno
16.11.11. 
01/04/2025. 4èx

Récompenses: César de la meilleure première oeuvre.
César du Meilleur Espoir Masculin pour Yvan Attal
Prix Louis-Delluc en 1989.


lundi 14 novembre 2011

La Maison près du Cimetière / Quella villa accanto al cimitero


de Lucio Fulci. 1981. Italie. 1h26. Avec Catriona MacColl, Paolo Malco, Ania Pieroni, Giovanni Frezza, Silvia Collatina, Dagmar Lassander, Giovanni De Nava, Daniela Doria, Gianpaolo Saccarola.

Sortie en salles en France le 24 Mars 1982. U.S: 01 Mars 1984
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FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien, nĂ© le 17 juin 1927 Ă  Rome oĂą il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'EmmurĂ©e vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delĂ , 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence..

Personne ne saura jamais si les enfants sont des monstres ou les monstres des enfants.
Henry James. 

"L’Ă©lĂ©gie pour un mort qui respire encore".
En 1981, juste après sa fresque morbide L'Au-delĂ , le maĂ®tre du macabre renoue pour la quatrième fois avec la thĂ©matique du zombie en façonnant La Maison près du Cimetière. Un point d’orgue intimiste qui vient clore sa sarabande de cadavres lĂ©preux, exhumĂ©s des portes de l’Enfer dans Zombie, Frayeurs et L’Au-delĂ . NĂ©anmoins, mĂ©fiez-vous aujourd’hui des enfants qui pleurent dans le noir ! Près de Boston, aux États-Unis, un couple emmĂ©nage dans une demeure avec leur fils. Le jeune Bob possède la facultĂ© de communiquer par tĂ©lĂ©pathie avec une Ă©trange fillette entraperçue sur une photo. BientĂ´t, d’Ă©tranges Ă©vĂ©nements se produisent dans l’ancienne maison des Freudstein. Son ancien propriĂ©taire, jadis chirurgien fascinĂ© par la quĂŞte d’immortalitĂ©, aurait trouvĂ© l’antidote pour se rĂ©gĂ©nĂ©rer...


Avec son prĂ©lude concis, presque gratuit, La Maison près du Cimetière insuffle pourtant, dès ses premières secondes, un sentiment d’angoisse latente, insidieuse. Une maison vĂ©tuste, de style gothique, s’Ă©lève Ă  proximitĂ© d’un cimetière hantĂ© par la famille Freudstein. Ă€ l’intĂ©rieur, un couple d’amoureux entrĂ© par effraction s’improvise un cache-cache nocturne… Mais la jeune fille, transie d’inquiĂ©tude, est bientĂ´t happĂ©e par le maĂ®tre des lieux : le Dr Freudstein. Fulci distille aussitĂ´t le malaise, insuffle une angoisse tangible dans les recoins funestes de cette demeure antique, et nous alarme sur le danger lĂ©tal tapi dans le gouffre de la cave. Après avoir esquissĂ© le quotidien de la famille Boyle fraĂ®chement installĂ©e, un lien se tisse entre Bob et une enfant du nom de Mae — cette mĂŞme silhouette prĂ©alablement entrevue dans un tableau accrochĂ© au mur de leur ancienne maison. Bob est le seul Ă  pouvoir voir, entendre, et parler Ă  cette Ă©trange fillette. Une rouquine contrariĂ©e Ă  l’idĂ©e qu’il emmĂ©nage chez les Freudstein… Tandis que Mr Boyle poursuit ses recherches funèbres sur le passĂ© sanglant du chirurgien utopiste, Lucie, Ann — la femme de mĂ©nage — et Bob sont confrontĂ©s Ă  des phĂ©nomènes de plus en plus terrifiants.

En croisant le thème de la maison hantĂ©e avec celui du mort-vivant, le rĂ©alisateur cisèle un ultime conte macabre oĂą l’innocence enfantine est exposĂ©e pour ĂŞtre violemment tourmentĂ©e. Certes, le scĂ©nario s’Ă©gare parfois dans des incohĂ©rences (la relation Ă©quivoque entre Norman Boyle et la baby-sitter Ann, ou encore ce parquet ensanglantĂ© qu’elle nettoie sans qu’aucune explication ne soit donnĂ©e), mais l’intĂ©rĂŞt narratif se resserre autour d’un sentiment de terreur palpable, suintant de la cave scellĂ©e. En maĂ®tre de l’effroi, Fulci ravive nos peurs enfantines : le monstre dans le placard, le noir humide d’un sous-sol dĂ©crĂ©pi, ici mĂ©tamorphosĂ© en cave cauchemardesque. Jour et nuit, des bourdonnements inquiĂ©tants rĂ©sonnent Ă  travers les cloisons, et une voix d’enfant en pleurs vient importuner les vivants. MalgrĂ© une direction d’acteurs toujours aussi terne et hĂ©sitante (mĂŞme si Catriona MacColl et l’ensorcelante Ania Pieroni relèvent sobrement le niveau), c’est le dĂ©cor mortuaire, vĂ©ritable personnage Ă  part entière, qui nous hypnotise : cette oubliette souterraine cache des cadavres dĂ©membrĂ©s, Ă©viscĂ©rĂ©s, rĂ©duits Ă  l’Ă©tat de chair. Chaque tentative de descente dans la cave s’accompagne d’un frisson d’oppression distillĂ© avec art. Fidèle Ă  sa rĂ©putation de maĂ®tre transalpin du putride, Fulci, entourĂ© de ses fidèles collaborateurs — le maquilleur Giannetto De Rossi et le chef opĂ©rateur Sergio Salvati — nous offre deux sĂ©quences gores hallucinĂ©es : tisonnier enfoncĂ© trois fois dans la chair jusqu’Ă  l’Ă©clatement orgasmique d’une carotide, puis gorges tranchĂ©es dans des gerbes de sang ! Ces visions baroques, crues, outrancières, marquent encore par leur impact rĂ©aliste et leur audace frontale.

Mais Fulci sait aussi faire preuve de sensibilitĂ© : il aborde avec gravitĂ© le thème de l’enfance rejetĂ©e, discrĂ©ditĂ©e par des adultes sourds Ă  leurs angoisses. Le final, poĂ©tiquement Ă©lĂ©giaque, rĂ©vĂ©lant la vĂ©ritable identitĂ© de Mae et de sa mère, nous laisse dans une amertume persistante. Car nous ne saurons jamais quelle destinĂ©e attend Bob dans sa nouvelle "famille".

 
"De moisissure et de sang".
Avec son scĂ©nario nĂ©buleux mais singulier, La Maison près du Cimetière se transcende par l’ambiance pĂ©trifiante de sa demeure photogĂ©nique, suintante de souillure. En particulier cette cave, antre d’un monstre solitaire fascinĂ© par les secrets de l’immortalitĂ©. AccoutrĂ© d’un uniforme saphir moisi, au faciès purulent et famĂ©lique, le Dr Freudstein s’impose comme l’une des crĂ©atures les plus inquiĂ©tantes du cinĂ©ma d’horreur. La superbe comptine de Walter Rizzati parachève cette atmosphère nimbĂ©e de mĂ©lancolie. LĂ , dans l’ombre, un mort-vivant attend, pleure et chasse. Prisonnier d’un corps qu’il doit nourrir pour survivre, spectre tragique condamnĂ© Ă  errer sous les lattes. La peur est une denrĂ©e rare au cinĂ©ma. Ne vous privez pas d’un dĂ©tour — ou d’un retour — du cĂ´tĂ© obscur de La Maison près du Cimetière.

*Bruno
13.01.24. 6èx
14.11.11. 

La critique de Mathias Chaput:
Au carrefour du film de zombies et du mĂ©trage de maisons hantĂ©es, « La maison près du cimetière » est une franche rĂ©ussite, combinant tous les codes chers Ă  Lucio Fulci et se dotant de sĂ©quences « hardgore » gratinĂ©es, avec pour levier dans l’angoisse les peurs enfantines…

Ultime Ĺ“uvre du segment quadrilogique de films de zombies initiĂ© par « L’enfer des zombies », « Frayeurs » et « L’au-delĂ  », « La maison près du cimetière » se dĂ©marque de la violence inhĂ©rente Ă  ses prĂ©dĂ©cesseurs pour imbriquer une poĂ©sie, un sens du lyrisme macabre et une ode Ă  la putrĂ©faction chers Ă  Fulci et le final Ă©voque des similitudes avec celui de « The Beyond » de par un onirisme et une sensation d’Ă©trangetĂ© au charme certain, rehaussant la « patte » Fulci dans un catharsis aussi soudain qu’inattendu…

Les bambins sont les vecteurs du film et volent la vedette au Docteur Freudstein, hĂ©ritage des zomblards ralentissants de « Frayeurs » et prĂ©texte Ă  des sĂ©quences chocs prĂ©cises et terrifiantes, bien cadrĂ©es dans la continuitĂ© du scĂ©nario…

Catriona Mac Coll, Ă©gĂ©rie de Fulci, est toujours aussi fabuleuse et Ania Pieroni dĂ©borde d’un charme tĂ©nĂ©breux qui allait faire exploser sa (courte) carrière puisqu’Argento la remarqua et l’embaucha pour deux de ses films (« Inferno » et « TĂ©nèbres »)…

PonctuĂ© d’Ă©clairs et de foudroiements (le passage avec la chauve-souris, les morts violentes –notamment le prologue bluffant- ou les dĂ©couvertes hasardeuses et funestes), « La maison près du cimetière » est un sommet du genre et consolide un peu plus la carrière de Fulci, ce dernier Ă©tant toujours en quĂŞte d’explorations cinĂ©matographiques…

Il clĂ´t ses expĂ©rimentations et intègre un pan supplĂ©mentaire de sa filmographie tout en n’oubliant pas de faire plaisir Ă  ses fans de la première heure en leur concoctant un film racĂ© et lugubre, dĂ©pressif et capiteux…

Encore une fois, il faut le voir pour comprendre et apprĂ©hender le genre qui Ă©rigea Fulci comme maitre absolu du film horrifique italien…

Note : 10/10


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GAME OF THRONES


Le TrĂ´ne de fer (Game of Thrones) est une sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e amĂ©ricaine créée par David Benioff et D.B. Weiss,  d'après la saga littĂ©raire de fantasy mĂ©diĂ©vale, Le TrĂ´ne de Fer de George R.R. Martin, diffusĂ©e simultanĂ©ment aux Etats-Unis et au Canada depuis le 17 Avril 2011 sur HBO et HBO Canada. 
Une deuxième saison, annoncée deux jours après la première diffusion de la série, est en phase de production.
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La série décrit les complots et les rivalités qui se jouent au sein du Royaume des Sept Couronnes, où les familles royales luttent pour s'emparer du Trône de fer, symbole du pouvoir absolu.
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MON AVIS EN 2 MOTS:
Hormis des longueurs récurrentes un peu rébarbatives et des intrigues complexes et abstraites durant ces 4 premiers épisodes, cette série moyennageuse dépasse tout ce qui a été préalablement érigé à la tv et même au cinéma tant elle est d'un réalisme sensorielle bluffant ! Photo, décors, costumes, musique, rien n'a été laissé au hasard pour captiver et fasciner un public totalement immergé par les conflits et trahisons au sein du royaume des 7 couronnes. Mais c'est surtout l'incroyable densité psychologique d'acteurs charismatiques finement développés qui permettent d'élever cette série au rang de chef-d'oeuvre télévisuel. J'ai aimé la manière dont l'inégalité des sexes est traitée et abordée par les mentalités conservatrices, les complots, trahisons et manipulations octroyés aux personnages sournois en quête de mégalomanie, les conflits familiaux mesquins en phase de déclin, les romances déchues, le baroud d'honneur invoqué au thème de la vengeance et l'empathie accordée à d'autres personnages peu reluisants. Erotiquement torride et effronté, barbare, ultra violent (la brutalité qui émane des passages les plus crus impressionnent viscéralement l'esprit), aride, acéré, blafard et doté d'un véritable souffle épique, la série se permet même dans sa seconde moitié de bifurquer vers la fantasy occulte.
Les deux derniers épisodes, capitaux dans les enjeux belliqueux à venir, sont d'une puissance émotionnelle bouleversée alors qu'un coup de théâtre incongru et inéquitable nous laisse dans un état de marasme inconsolable.

La chair et le sang dans toute sa splendeur de décadence et de romance contrariée suggère pour sa seconde saison une suite encore plus palpitante, opaque et effrénée.

Une date dans le paysage télévisuel.

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1ère saison: 


Epis 1:  L'Hiver vient
EpĂ®s 2:  La route royale
Epis 3:  Lord Snow
Epis 4:  Infirmes, bâtards et choses brisĂ©es
Epis 5:  Le Loup et le Lion
Epis 6:  Une couronne d'or
Epis 7:  Gagner ou mourir
Epis 8:  Frapper d'estoc
Epis 9:  Baelor
Epis 10: De feu et de sang
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vendredi 11 novembre 2011

LES RUES DE FEU. Prix de la Meilleure Actrice, Amy Madigan Ă  Catalogne, 1984.


de Walter Hill. 1984. U.S.A. 1h33. Avec Michael Paré, Diane Lane, Rick Moranis, Amy Madigan, Willem Dafoe, Deborah Van Valkenburgh, Richard Lawson, Rick Rossovich, Bill Paxton, Lee Ving.

Sortie en salles en France le 14 Novembre 1984. U.S: 1er Juin 1984
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Récompense: Prix de la meilleure Actrice pour Amy Madigan au Festival international du film de Catalogne en 1984.

FILMOGRAPHIE: Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 10 janvier 1942 à Long Beach, en Californie (États-Unis).
1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver,1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : Extrême préjudice, 1988 : Double Détente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 épisode),1989 : Johnny belle gueule,1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs,1993 : Geronimo,1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (série TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (série TV).


Deux ans après son buddy movie cĂ©lĂ©brĂ© par le duo impayable Nick Nolte / Eddy Murphy  (alors qu'il s'agissait pour ce dernier de son 1er rĂ´le Ă  l'Ă©cran !), notre briscard invĂ©tĂ©rĂ© Walter Hill rĂ©alise une sĂ©rie B effrĂ©nĂ©e. Mixture improbable entre le film de bandes des sixties, le western moderne et la romance classique sur fond de musique pop et de rock n'roll. Le tout enracinĂ© dans une Ă©poque indĂ©finissable, Ă  situer Ă  mi-chemin entre la rĂ©bellion des blousons noirs des annĂ©es 50 et 60 et l'excentricitĂ© polychrome des nĂ©ons flashys des annĂ©es 80. La chanteuse Ellen Aim est kidnappĂ©e en plein concert par l'odieux Raven devant une foule mĂ©dusĂ©e ! Après avoir mis Ă  feu et Ă  sang la ville, le gang se rĂ©fugie Ă  proximitĂ© d'un quartier malfamĂ©. Une barman dĂ©cide d'Ă©crire Ă  son frère pour l'avertir que son ex petite amie a Ă©tĂ© enlevĂ©e par la bande de motards, les "bombers". Tom Cody, homme solitaire et marginal, se rend fugacement sur les lieux et dĂ©cide de proposer une transaction avec le manager d'Ellen, Billy Fish. 
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Mis en scène avec une frĂ©nĂ©sie Ă©voluant au rythme de tubes pop des annĂ©es 80 et du rock des annĂ©es 60, Les Rues de feu dĂ©bute de manière explosive, via un prĂ©ambule montĂ© de main de maĂ®tre par un rĂ©alisateur assidu Ă  authentifier son univers dĂ©rivĂ© de la bande dessinĂ©e et du western. En pleine retranscription d'un concert starisĂ© par la mĂ©lomane Ellen Aim, une bande de motards affublĂ©s de cuir s'empare de la belle tout en foutant le zouc au sein de la petite banlieue, histoire de montrer aux citadins que toute tentative de rĂ©bellion est une peine perdue d'avance. Action et violence Ă©chevelĂ©es sont menĂ©es sur un rythme trĂ©pidant alors qu'une musique rock vrombissante va exacerber cette estocade culminant sa dĂ©chĂ©ance explosive en plein centre urbain ! Le suite de l'histoire reste d'une simplicitĂ© Ă©culĂ©e ! Un rebelle dĂ©cide de sauver son ex kidnappĂ©e par ces "Bikers". Après l'avoir sauvĂ©, notre hĂ©ros va ĂŞtre confrontĂ© Ă  la menace du leader de la bande particulièrement rancunier, ce dernier lui proposant de se battre au corps Ă  corps lors d'un prochain combat. Pour alimenter cette intrigue archi balisĂ©e et rendre l'aventure aussi excitante qu'exaltante, Walter Hill privilĂ©gie le montage millimĂ©trĂ© et compte sur une galerie de personnages irrĂ©sistiblement attachants, davantage en nombre grandissant durant l'Ă©preuve de force de la mission pĂ©rilleuse. Que ce soit la soeur candide et loyale convoquant un hĂ©ros renfrognĂ© au grand coeur, la chanteuse lascive Ă  la voix langoureuse, la baroudeuse inflexible aux allures de garçonne, le manager imbus et vaniteux, la fan "pot de colle" futilement hystĂ©rique de son Ă©gĂ©rie, et un sympathique groupe de Blacks Ă  la voix uniforme. Alors que du cĂ´tĂ© antagoniste, la bande des "Bombers" est reprĂ©sentĂ©e par une Ă©quipĂ©e motorisĂ©e, menĂ©e par la pugnacitĂ© d'un dur Ă  cuir impassible du nom tĂ©nĂ©breux de Raven. Avec une originalitĂ© risquĂ©e, le rĂ©alisateur fait Ă©voluer nos hĂ©ros dans une Ă©poque indĂ©terminĂ©e sans flirter miraculeusement l'invraisemblance. Durant leur trajet semĂ© d'embĂ»ches pour s'emparer de la belle Ellen, notre petite communautĂ© va user de subterfuge et stratagèmes pour combattre les "Bombers" mais aussi dĂ©jouer les forces de l'ordre dĂ©ployĂ©es en nombre dans les contrĂ©es adjacentes. EntrecoupĂ© de morceaux musicaux interprĂ©tĂ©s par de vĂ©ritables artistes comme Dave Alvin, Cy Curnin, Stevie Nicks, Jim Steinman, Tom Petty, Kennie Vance ou encore Dan Hartman, l'aventure Ă©pique pleine de fantaisies et de rĂ©parties cinglantes nous insuffle une irrĂ©sistible empathie face Ă  la bonhomie de nos hĂ©ros aussi chaleureux que vaillants.


Quand au point d'orgue escomptĂ©, il s'achemine de manière dĂ©bridĂ©e vers un combat homĂ©rique entre Tom et Raven, tous deux armĂ©s de pioche pour mieux s'entretuer avant d'achever leur cinglant affrontement Ă  poings nus. Pour parachever cette Ă©popĂ©e flamboyante, nous aurons ensuite l'aubaine d'Ă©couter une ultime fois la voix mĂ©lodieuse de notre chanteuse confinĂ©e dans sa salle de concert Ă  guichet fermĂ©. Niveau interprĂ©tation, l'excellent Michael Pare endosse avec sa trogne bellâtre le personnage viril d'un cow-boy solitaire intraitable, quand bien mĂŞme sa partenaire Diane Lane lui prĂŞte la vedette dans une prestance suave et lamentĂ©e, car dĂ©pitĂ©e du caractère tĂ©mĂ©raire de son ex amant rancunier. RĂ©compensĂ©e du Prix de la meilleure actrice Ă  Catalogne pour son rĂ´le inĂ©branlable de soldat de fortune, Amy Madigan crève l'Ă©cran et harmonise spontanĂ©ment l'ambiance de camaraderie engendrĂ©e par sa fidèle Ă©quipe. L'impayable Rick Moranis s'attribue d'une prĂ©sence pittoresque dans sa posture de petit patron cupide Ă  l'esprit prĂ©somptueux pour s'entacher de mener la bande avec risible autoritĂ©. Enfin, en bandit tĂ©nĂ©breux vĂŞtu de cuir noir, Willem Dafoe apporte une dimension belliqueuse lors de ses exactions marginales conçues sur l'ultra violence, la perversion et l'Ă©gotisme.

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Avec une efficacitĂ© optimale pour pallier la maigreur de son script, et une vigueur musicale pour Ă©cheveler l'action rocambolesque, Walter Hill rend hommage au cinĂ©ma d'action au sein de l'univers hybride du western moderne et de la BD. La multitude des genres imbriquĂ©s dans cet Ă©poque sans âge et sa flamboyance impartie Ă  la scĂ©nographie rutilante Ă©difiant l'ovni en fable romanesque de rock and roll. Pour parachever, pourrait-on omettre de souligner l'omniprĂ©sence du score Ă©lectrique confectionnĂ© par l'illustre Ry Cooder !

11/11/11. 6èx
Bruno Matéï
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