mercredi 20 février 2013

BAD TASTE

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site myscreens.fr

de Peter Jackson. 1987. Nouvelle Zélande. 1h31. Avec Peter Jackson, Terry Potter, Pete O'Herne, Craig Smith, Mike Minett, Doug Wren.

Sortie salles France: 24 Août 1988. Nouvelle-Zélande: Décembre 1987

Récompense: Prix du Public Fantafestiva, 1989
Prix Spécial Gore au festival du film fantastique de Paris, 1989

FILMOGRAPHIE: Sir Peter Robert Jackson est un réalisateur, producteur et scénarise néo-zélandais, né le 31 Octobre 1961 à Pukerua Bay, North Island (Nouvelle-Zélande).
1987: Bad Taste. 1989: Les Feebles. 1992: Braindead. 1994: Créatures Célestes. 1995: Forgotten Silver. 1996: Fantômes contre fantômes. 2001: Le Seigneur des Anneaux. 2002: Les Deux Tours. 2003: Le Retour du Roi. 2005: King-Kong. 2009: Lovely Bones. 2012: Le Hobbit: un voyage inattendu. 2013: Le Hobbit: la Désolation de Smaug. 2014: Le Hobbit: Histoire d'un aller et retour.


Dans un petit hameau, une invasion extra-terrestre décime toute la population. Une équipe de mercenaires est déployée sur les lieux pour éradiquer ces envahisseurs d'un nouveau genre !
TournĂ© durant 4 ans avec l'aide de fidèles acolytes pour la modique somme de 11 000 dollars, le premier film du nĂ©o-zĂ©landais oscarisĂ© est un hommage parodique au cinĂ©ma gore et Ă  la science-fiction archaĂŻque. Avec un maximum d'efficacitĂ©, notre jeune dĂ©butant Peter Jackson rĂ©ussit Ă  crĂ©er un univers singulier dans un florilège d'action incessante et de gore outrancier. Eludant miraculeusement la redondance, la mise en scène agressive, filmĂ©e camĂ©ra Ă  l'Ă©paule et exploitant le zoom rĂ©cursif, se rĂ©vèle particulièrement inventive quand il s'agit de confronter nos hĂ©ros Ă  moult rixes contre des humanoĂŻdes apathiques. L'action dĂ©bridĂ©e se renouvelant au coeur d'une scĂ©nographie Ă©clectique (une falaise, un jardin, une maison familiale, une route nationale, une forĂŞt) que nos hĂ©ros arpentent Ă  l'instar d'une logistique militaire. Des mercenaires pugnaces donc dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  canarder de façon enjouĂ©e les zombies androĂŻdes Ă  l'aide de leurs mitraillettes et d'un lance-roquette !


Le lieu peu commun d'un village montagnard de la Nouvelle-Zélande participe notamment au caractère dépaysant de cette drôle d'invasion extra-terrestre confinée au sein d'une demeure familiale. Proche de l'esprit cartoonesque (préfigurant déjà les excès comiques de Brain Dead) et baignant dans un mauvais goût assumé (le festin organisé autour d'une bouillie verdâtre !), Peter Jackson rivalise d'idées grotesques pour nous amuser avec sa sarabande d'E.T cannibales adeptes de chair fraîche ! Avec de faibles moyens, il réussit adroitement à bricoler des effets gores vomitifs aussi spectaculaires qu'incongrus (Dekner se ceinturant le haut de la tête pour éviter que sa cervelle dégouline, le mouton explosé à coup de lance-roquette ou encore les multiples assauts sanguinaires perpétrés à la tronçonneuse !). Par ailleurs, la maquette élaborée pour simuler l'envol spatial de la maison se révèle bluffante de réalisme ! On peut également saluer l'originalité impartie à la confection des E.T quand ceux-ci décident de révéler leur véritable apparence lors d'un point d'orgue à nouveau belliqueux. Avec l'aide de masques en latex flexibles, leur physionomie monstrueuse provoque un effet de surprise inopiné et détonnant ! Enfin, les acteurs amateurs dénués de charisme renforcent le côté réaliste et décalé de l'entreprise et nous communiquent une spontanéité désinhibée.


Drôlement gore, insolite, décomplexé et mené à un rythme effréné, le premier métrage Z de Peter Jackson est un nanar atypique, véritable ovni culte dédié au gore vomitif sous le moule d'une anticipation académique. Débordant de trouvailles visuelles et d'insolence putassière, il n'a rien perdu de sa vigueur et de sa fantaisie déjantée !

20.02.13. 3èx
Bruno matéï



mardi 19 février 2013

Popeye

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site royalbooks.com

de Robert Altman. 1980. U.S.A. 1h36. Avec Robin Williams, Shelley Duvall, Paul L. Smith, Paul Dooley, Ray Walston, Wesley Ivan Hurt.

Sortie salles U.S: 12 Décembre 1980

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Robert Altman est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 20 Février 1925 à Kansas City dans le Missouri, décédé le 20 Novembre 2006 à Los Angeles. 1970: Mash. 1970: Brewster McCloud. 1971: John McCabe. 1972: Images. 1973: Le Privé. 1975: Nashville. 1976: Buffalo Bill et les Indiens. 1977: Trois Femmes. 1978: Un Mariage. 1979: Quintet. 1980: Popeye. 1982: Health. 1982: Reviens Jimmy Dean, reviens. 1987: Beyond Therapy. 1990: Vincent et Théo. 1992: The Player. 1993: Short Cuts. 1994: Prêt à porter. 1999: Cookie's Fortune. 2000: Dr T et les Femmes. 2001: Gosford Park. 2003: Company. 2006: The Last Show.


VĂ©ritable ovni dans la carrière du vĂ©nĂ©rable Robert Altman, Popeye est la transposition cinĂ©matographique du cĂ©lèbre personnage de bande dessinĂ©e créé par Elzie Crisler Segar en 1929. Succès public rentable mais contestĂ© par une majoritĂ© de la critique de l'Ă©poque, cette comĂ©die lunaire totalement dĂ©calĂ©e fait aujourd'hui office de curiositĂ© couillue pour son alliage d'insolence et d'extravagance en roue libre. Or, desservi d'un scĂ©nario aseptisĂ© mais rattrapĂ© par un humour dĂ©bridĂ© particulièrement effrĂ©nĂ©, le film de Robert Altman divisera sans doute encore une partie du public, irritĂ© ou autrement amusĂ© des pitreries infantiles de Popeye et de ses acolytes. 

Le pitch: Le marin solitaire Popeye dĂ©barque dans une petite ville cĂ´tière et fait la connaissance d'Olive, une femme Ă©prise d'affection pour la terreur du quartier: Brutus. Leur relation de prime abord amicale attise la colère et la jalousie de ce dernier. Au fil de leur relation, les deux tourtereaux dĂ©couvrent un bĂ©bĂ© abandonnĂ©, planquĂ© dans un panier d'osier. DouĂ© de prescience, le bambin est rapidement enlevĂ© par un transfuge de Brutus qui voit lĂ  l'opportunitĂ© de dĂ©busquer un fabuleux trĂ©sor cachĂ© sous l'ocĂ©an. 


Comédie pittoresque à l'esprit cartoonesque euphorisant, Popeye doit son attrait sympathique grâce en priorité à l'excentricité de ses personnages tous plus saugrenus les uns que les autres. La reconstitution très soignée allouée au village folklorique, les numéros musicaux chantonnés avec allégresse et les séquences de baston improvisées autour d'un ring ou dans une taverne assurant un spectacle festif souvent entraînant. Agrémenté d'une jolie photo sépia, le film séduit d'autant plus par son esthétisme rétro si bien qu'il parvient majoritairement à contenter le public au gré d'un rythme fertile en gags burlesques, calembours et bagarres homériques. Ainsi, on a souvent l'impression d'assister à un dessin animé live résolument désinhibé à travers son insatiable sens de dérision. Et pour renforcer ce sentiment déjanté, la verve impayable (et sciemment inaudible) de l'acteur Robin Williams ainsi que le charme filiforme de Shelley Duvall parviennent à donner chair à des personnages gaffeurs tout droits sortis de la fameuse bande dessinée. Enfin, dans le rôle de Brutus, l'impressionnant Paul L. Smith (Midnight Express, Mort sur le Grill, Sonny Boy) cabotine de manière furibonde afin d'y parfaire un antagoniste mastard particulièrement sarcastique.


Irritant pour les uns à travers son esprit décalé trop foutraque et par sa minceur narrative, enthousiasmant pour les autres de par son ton irrésistiblement folingue ainsi que la caricature cartoonesque impartie aux protagonistes déjantés, Popeye demeure un ovni atypique dans l'univers cinématographique des adaptations BD. Une oeuvre maudite mal aimée, aujourd'hui complètement sombrée dans l'oubli, faute de sa liberté de ton aussi déroutante qu'inusitée et de sa réputation injustement galvaudée. A réhabiliter d'urgence donc, au risque de persévérer d'y déplaire une partie du public réfractaire aux projets aussi personnels que burnés.

*Bruno
19.02.13. 3èx

lundi 18 février 2013

WAXWORK

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.film-cine.com

de Anthony Hickox. 1988. U.S.A. 1h31. Avec Zach Galligan, Jennifer Bassey, Joe Baker, Deborah Foreman, Michelle Johnson, David Warner, Eric Brown.

Sortie salles U.S: 17 Juin 1988

FILMOGRAPHIE: Anthony Hickox est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né en 1964 à Londres.
1988: Waxwork. 1992: Waxwork 2. 1992: Hellraiser 3. 1993: Warlock: the Armageddon. 1993: Full Eclipse. 1995: Payback. 1996: Piège Intime. 1997: Prince Vaillant. 2000: Contamination. 2002: Témoin sous protection. 2005: Piège en eaux profondes. 2009: Knife Edge.


Un groupe d'adolescents est invitĂ© pour une soirĂ©e privĂ©e dans un Ă©trange musĂ©e de cire consacrĂ© aux mythes horrifiques. Ils ignorent que derrière chacune des expositions est un portail vers un monde parallèle oĂą rĂ´de les crĂ©atures du mal.

Sympathique production des années 80, Waxwork avait su séduire son public grâce à l'originalité de son intrigue agréablement troussée, son patchwork de monstres légendaires issus de la Universal et ses effets gores généreusement explicites.
Malheureusement, il faut bien se rendre à l'évidence qu'en l'occurrence cette série B mineure a sévèrement pris la poussière pour faire figure de relique. La faute en incombe à un humour lourdingue véhiculé par des protagonistes crétins (pour ne pas dire insupportables !) et des situations souvent ridicules desservies par une mise en scène bricolée au budget trop restreint. On effet, on sent irrémédiablement le côté fauché au niveau de la reconstitution "carton-pâte" des époques éclectiques engendrées par les univers parallèles. Si certaines scènes restent gentiment attractives (son point d'orgue bordélique libérant une foule de créatures de l'enfer !) et que les effets sanglants s'avèrent jouissifs, Waxwork suscite une inévitable frustration pour tous ceux qui ont eu l'aubaine de le découvrir à la fin des années 80.
En guise de maigre consolation, reste quand même le plaisir de retrouver les aimables vétérans David Warner et Patrick McGee dans des compositions clins-d'oeil.

18.02.13.
Bruno Matéï


vendredi 15 février 2013

Insensibles / Painless

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Juan Carlos Medina. 2012. France/Espagne. 1h45. Avec Alex BrendemĂĽhl, Irene MontalĂ , Derek de Lint, Tomas Lemarquis, Juan Diego.

Sorties salles France: 10 Octobre 2012. Espagne: 1er Février 2013

FILMOGRAPHIE: Juan Carlos Medina est un scénariste et réalisateur né en 1977 à Miami, en Floride. 1999: Trinidad (court-métrage). 2001: Rage (court-métrage). 2003: Mauvais jour. 2012: Insensibles



Violent rĂ©quisitoire contre le rĂ©gime franquiste qui perdura de 1939 Ă  1977, Insensibles s’impose comme le premier coup de maĂ®tre d’un cinĂ©aste engagĂ©, dĂ©cidĂ© Ă  dĂ©noncer le despotisme hĂ©ritĂ© de la guerre d’Espagne. Ă€ partir d’une histoire d’enfants enlevĂ©s, martyrisĂ©s et sĂ©questrĂ©s dans de sordides cellules, parce qu’affligĂ©s d’un mal inconnu (ils ne ressentent ni douleur physique ni souffrance morale), le film nous entraĂ®ne dans leur calvaire avec une âpretĂ© rĂ©aliste. En parallèle, par un jeu de flash-back incessants entre passĂ© et prĂ©sent, une Ă©nigme tortueuse se dĂ©ploie autour d’un neurochirurgien en quĂŞte d’identitĂ©. Après avoir perdu le contrĂ´le de son vĂ©hicule en compagnie de sa femme enceinte, David se rĂ©veille Ă  l’hĂ´pital : elle n’a pas survĂ©cu, mais le nourrisson, lui, a Ă©tĂ© sauvĂ©. FoudroyĂ© par un cancer, il entreprend en dĂ©sespoir de cause de retrouver ses parents biologiques pour une greffe. Ce cheminement jonchĂ© d’interrogations le conduit Ă  remonter le temps, Ă  exhumer le traitement inhumain infligĂ© Ă  ses gĂ©niteurs et Ă  interroger la part de responsabilitĂ© de ses parents adoptifs.


Ă€ travers deux intrigues parallèles parfaitement imbriquĂ©es, Juan Carlos Medina choisit une dĂ©marche baroque, originale, pour illustrer le sort rĂ©servĂ© aux enfants martyrs. Parce qu’ils sont condamnĂ©s Ă  ne pas ressentir la douleur, un mĂ©decin nazi entreprend de les transformer en cobayes pour servir une race supĂ©rieure destinĂ©e Ă  dominer le monde (thème dĂ©jĂ  abordĂ© par Franklin J. Schaffner dans l’audacieux Ces garçons qui venaient du BrĂ©sil). Dans l’humanisme dĂ©sespĂ©rĂ© de cette innocence crucifiĂ©e par le fascisme, Insensibles devient une Ă©preuve de force que le spectateur subit pas Ă  pas, contraint de sonder ses abĂ®mes. Figure centrale, l’enfant monstre mutique incarne toutes les souffrances : engendrĂ© par le conservatisme des nationalistes, conditionnĂ© Ă  infliger les pires tortures aux otages anarchistes, il symbolise une enfance dĂ©chue, livrĂ©e Ă  la dĂ©chĂ©ance. Ă€ travers son destin martyr, le rĂ©alisateur interroge la violence Ă©ducative, la discipline autoritaire, l’intolĂ©rance, et la manière dont certains enfants, dès l’aube de leur vie, reproduisent les effets dĂ©lĂ©tères de la haine. Derrière cette rĂ©flexion se dessine la quĂŞte identitaire de l’enfant en gestation, et son besoin instinctif d’amour maternel, seul rempart possible au sein de la cellule familiale.

Chronique de la douleur.
Superbement Ă©crit Ă  travers une intrigue foisonnante, Insensibles est un chemin de croix hypnotique dont la rudesse psychologique fera chanceler plus d’un spectateur. MĂ©taphore de l’endoctrinement du mal, Ĺ“uvre humaniste profondĂ©ment dĂ©sespĂ©rĂ©e, cri d’alarme pour la postĂ©ritĂ© des enfants martyrisĂ©s. Si son rĂ©alisme cru se rĂ©vèle parfois insoutenable, Medina a l’intelligence de recourir au hors-champ pour Ă©luder la violence la plus ignoble (les tortures infligĂ©es aux partisans). Il demeure pourtant impossible de sortir indemne d’une Ĺ“uvre aussi abrupte, presque antipathique et bouleversante, fustigeant la candeur la plus sacrĂ©e : l’enfance violĂ©e.

Public averti

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

15.02.13
21.09.25. Vost



jeudi 14 février 2013

La Rose Ecorchée

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site reeldistraction.com

"Devil's Maniac / The Blood Rose" de Claude Mulot. 1969. France. 1h32. Avec Philippe Lemaire, Annie Duperey, Elizabeth Teissier, Olivia Robin, Michèle Perello, Valérie Boisgel, Jean-Pierre Honoré, Gérard Antoine Huart, Howard Vernon.

FILMOGRAPHIE: Claude Mulot (Frédéric Lansac) est un réalisateur et scénariste français, né le 21 août 1942 à Paris, décédé le 13 Octobre 1986 à Saint-Tropez. 1968: Sexyrella. 1969: La Rose Ecorchée. 1971: La Saignée. 1973: Profession : Aventuriers. 1974: Les Charnelles. 1975: Le Sexe qui parle. 1976: La Rage de jouir. 1977: Suprêmes jouissances. 1977: La Grande Baise. 1977: Belles d'un soir. 1978: Le Sexe qui parle 2. 1980: La Femme Objet. 1980: l'Immorale. 1980: Les Petites écolières. 1981: Le jour se lève et les conneries commencent. 1983: Black Venus. 1986: Le Couteau sous la gorge.


Claude Mulot, spĂ©cialiste du porno durant les annĂ©es 70, rĂ©alise avec son second long-mĂ©trage un fleuron bisseux du fantastique français. L'une des rares incursions dans le gothisme flamboyant hĂ©ritĂ© des cinĂ©astes transalpins Bava / Freda. Le casting Ă©tant constituĂ© de comĂ©diens hĂ©tĂ©rogènes parmi lesquels Annie Duperey (plus belle et gracile que jamais), notre future voyante astrale Elizabeth Tessier (!?), le vĂ©tĂ©ran Howard VernonPhilippe Lemaire, puis enfin les deux nabots Roberto et Johnny Cacao. Sans occulter Ă  moindre Ă©chelle le charme de demoiselles dĂ©nudĂ©es d'une beautĂ© particulièrement lascive (Olivia Robin en tĂŞte pour son physique particulièrement longiligne et ensorcelant). Ainsi, la trame de la Rose EcorchĂ©e est une dĂ©clinaison Ă  peine voilĂ© des Yeux sans Visages de Franju. Si bien que la femme d'un riche peintre se retrouve dĂ©figurĂ©e suite Ă  un accident volontairement perpĂ©trĂ© par la maĂ®tresse jalouse. Éperdument amoureux mais anĂ©anti par le chagrin, FrĂ©dĂ©ric se calfeutre Ă  l'intĂ©rieur de son château parmi la prĂ©sence monstrueuse de son Ă©pouse. Jusqu'au jour oĂą l'un de ses amis botaniques, ancien chirurgien, lui offre l'opportunitĂ© de tenter une greffe de visage afin qu'Anne puisse retrouver sa beautĂ© d'antan. Or, ils ont besoin de kidnapper une jeune pèlerine afin de pouvoir lui prĂ©lever des tissus vivants.


EsthĂ©tiquement splendide dans tous les coins de chaque cadre, la Rose EcorchĂ©e s'avère de prime abord un rĂ©gal formel tant Mulot s'attarde Ă  fignoler ses cadrages, ses Ă©clairages baroques Ă  travers des dĂ©cors d'architecture aux nuances polychromes. Le tout filmĂ© en interne d'un château ancestral (comme le souligne le gĂ©nĂ©rique liminaire). Baignant constamment dans une ambiance mĂ©lancolique, le film est une Ă©lĂ©gie romantique auprès de deux amants maudits sĂ©parĂ©s par la jalousie d'une mĂ©gère capricieuse. Les protagonistes principaux qui Ă©voluent durant le rĂ©cit (FrĂ©dĂ©ric, Anne et le docteur Romer) se caractĂ©risant par des individus meurtries et Ă©goĂŻstes davantage gagnĂ©s par le dĂ©sagrĂ©ment du remord. Spoiler ! C'est d'ailleurs avec la remise en question du docteur Romer (incarnĂ© par Howard Vernon Ă©tonnamment sobre dans sa posture carrĂ©e), Ă©pris de contrition, que l'opĂ©ration tant escomptĂ©e convergera vers une dĂ©bâcle familiale. Fin du Spoiler. D'un Ă©rotisme timorĂ© pour contempler la prĂ©sence suave de filles dĂ©shabillĂ©es, et frileux en terme d'effusions gores, la Rose EcorchĂ©e dĂ©ploie pour autant en de brèves occasions une certaine violence impudente auprès des altercations commises sur des femmes dĂ©munies. L'ambition de Claude Mulot n'est donc pas de nous façonner un film d'exploitation plagiant sans vergogne les thèmes chers Ă  Georges Franju mais de nous narrer avec lyrisme prude une cruelle histoire d'amour. La prĂ©sence saugrenue des deux nains peut parfois prĂŞter Ă  sourire dans leur jeu quelque peu inexpressif mais ils rĂ©ussissent nĂ©anmoins Ă  vĂ©hiculer une prĂ©sence insolite autour des agissements d'antagonistes altiers.


Le château des amants maudits
OubliĂ© de tous mais dĂ©fendu bec et ongle par une poignĂ©e de fantasticophiles puristes, La Rose EcorchĂ©e est l'une des rares rĂ©ussites françaises Ă  avoir su faire preuve d'ambition formelle en empruntant le patrimoine du gothisme italien. Le soin allouĂ© Ă  la mise en scène, la sincĂ©ritĂ© des comĂ©diens et surtout l'esthĂ©tisme stylisĂ© Ă©manant des intĂ©rieurs du château convergent au conte aussi scintillant qu'infortunĂ©. A revoir d'urgence. 

*Bruno
14.02.13. 
30.04.24. 
25.09.24. 4èx

mercredi 13 février 2013

Le Locataire / The Tenant

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinecube.wordpress.com
 
de Roman Polanski. 1976. France. 2h05. Avec Roman Polanski, Isabelle Adjani, Melvin Douglas, Shelley Winters, Bernard Fresson, Claude Dauphin, Jo Van Fleet, Rufus, Josiane Balasko, Michel Blanc, Gérard Jugnot, Bernard Pierre Donnadieu.

Sortie salles France: 26 Mai 1976 (interdit - de 18 ans). U.S: 11 Juin 1976

FILMOGRAPHIERoman Polanski (nĂ© le 18 aoĂ»t 1933 Ă  Paris) est un comĂ©dien, metteur en scène de théâtre et d'opĂ©ra puis un producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur de cinĂ©ma franco-polonais. 1962 : Le Couteau dans l'eau , 1965 : RĂ©pulsion, 1966 : Cul-de-sac, 1967 : Le Bal des vampires, 1968 : Rosemary’s baby, 1971 : Macbeth, 1972 : Quoi ?, 1974 : Chinatown, 1976 : Le Locataire ,1979 : Tess, 1986 : Pirates, 1988 : Frantic, 1992 : Lunes de fiel ,1994 : La Jeune Fille et la Mort , 1999 : La Neuvième Porte ,2002 : Le Pianiste,2005 : Oliver Twist, 2010 : The Ghost Writer 2011 : Le Dieu du carnage. 
 

Troisième film du cycle des appartements, Le Locataire marque l’ultime offrande du fantastique paranoĂŻaque, dominĂ©e par la prestance transie du rĂ©alisateur lui-mĂŞme, Roman Polanski. AdaptĂ© du roman Le Locataire chimĂ©rique de Roland Topor (1964), ce cauchemar kafkaĂŻen d’un homme happĂ© par la folie interroge sans relâche le spectateur, Ă©cartelĂ© entre raison et surnaturel.

Synopsis : Alors que l’ancienne locataire s’est dĂ©fenestrĂ©e du troisième Ă©tage, un jeune cĂ©libataire timorĂ© loue son appartement malgrĂ© l’hostilitĂ© d’un voisinage prompt au commĂ©rage. Peu Ă  peu, cet homme, sans cesse Ă©piĂ© et rĂ©primandĂ©, sombre dans une paranoĂŻa schizophrène.

Dans l’atmosphère feutrĂ©e d’un immeuble hermĂ©tique peuplĂ© de vieillards acariâtres, Le Locataire nous entraĂ®ne dans la lente dĂ©composition mentale d’un ĂŞtre introverti, persĂ©cutĂ© Ă  chaque souffle de manière aussi vĂ©nĂ©neuse qu'insidieuse. Entre le suicide inexpliquĂ© de Madame Choule et le harcèlement du voisinage, les signes s’accumulent : une dent encastrĂ©e dans le mur, une carte postale inquiĂ©tante, des hiĂ©roglyphes gravĂ©s sur le muret des toilettes. Autant d’indices qui prĂ©cipitent Trelkovsky dans l’abĂ®me.


Polanski use d’abord de la dĂ©rision pour Ă©craser peu Ă  peu son hĂ©ros : Trelkovsky, timide et dĂ©nuĂ© d’aplomb, devient la proie idĂ©ale de ces figures ridĂ©es, incapables de tolĂ©rer le moindre bruit. Contraint de subir l’impertinence de ses amis - jusqu’Ă  une fĂŞte improvisĂ©e qui le condamne aux yeux du voisinage -, il tente en vain de prĂ©server une tranquillitĂ© qu'on lui refuse. Grâce Ă  une photographie dĂ©saturĂ©e et une mise en scène oĂą rien n’Ă©chappe au hasard, Polanski entretient un climat d’Ă©trangetĂ© subtilement poisseuse : l’immeuble semble respirer l’oppression, et les silhouettes figĂ©es derrière les vitres paraissent guetter l’effondrement du locataire.

Ă€ mesure que l’angoisse enfle, Trelkovsky s’enferme dans la certitude d’un complot. Les voisins, le tenancier du cafĂ©, les bruits, les regards : tout conspire Ă  son anĂ©antissement. Sous l’emprise d’une peur insidieuse, il se met Ă  revivre les gestes de la dĂ©funte Madame Choule, buvant son chocolat, fumant ses Marlboro, jusqu’Ă  s’y dissoudre. L’angoisse devient terreur, la terreur folie.


SaturĂ© d’inquiĂ©tude et d’Ă©trangetĂ© palpable, le film Ă©galement trouve sa force dans l’ambiguĂŻtĂ© que Polanski cultive : sommes-nous tĂ©moins d’une malĂ©diction, d’une contamination psychique, ou d’une simple dĂ©rive mentale ? L’appartement est-il hantĂ© par l’esprit de la morte, ou par la tyrannie de ces voisins aux visages de pierre ? Ă€ travers des hallucinations cauchemardesques, Polanski dĂ©forme la rĂ©alitĂ© : reptiles dĂ©moniaques, théâtre morbide, visions absurdes - tout devient le miroir d’un esprit disloquĂ©. Les quarante-cinq dernières minutes, d’une intensitĂ© dramatique suffocante, basculent dans un dĂ©lire Ă  la fois pathĂ©tique et terrifiant, jusqu'au malaise viscĂ©ral de deux sĂ©quences chocs inoubliables. 

Effrayant par son rĂ©alisme obscur et fascinant par son climat d'envoutement saupoudrĂ© d'humour sardonique, Le Locataire frĂ´le le documentaire psychiatrique : une plongĂ©e clinique dans la schizophrĂ©nie, oĂą la peur suinte des murs. En acteur, Polanski se livre Ă  nu comme jamais: sa fragilitĂ©, son effacement progressif, rendent Trelkovsky bouleversant d’humanitĂ©. L’immeuble, prison psychique et corps organique, renferme jusqu’au bout son mystère.

Un chef-d’Ĺ“uvre d’angoisse feutrĂ©e, d’une profondeur aussi trouble et dĂ©rangeante que RĂ©pulsion et Rosemary’s Baby, venant clore avec brio inĂ©galĂ© la trilogie des appartements.


— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir 

13.02.13. 26/10/25. 5èx

mardi 12 février 2013

L'EVADE D'ALCATRAZ (Escape from Alcatraz)

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pariscine.com

de Don Siegel. 1979. U.S.A. 1h52. Avec Clint Eastwood, Patrick McGoohan, Roberts Blossom, Jack Thibeau, Fred Ward, Paul Benjamin, Larry Hankin.

Sortie salles France: 31 Octobre 1979. U.S: 22 Juin 1979

FILMOGRAPHIE: Don Siegel (Donald Siegel) est un réalisateur et producteur américain, né le 26 Octobre 1912 à Chicago en Illinois, décédé le 20 Avril 1991 à Nipoma, en Californie.
1956: l'Invasion des Profanateurs de Sépultures. 1962: l'Enfer est pour les Héros. 1964: A bout portant. 1968: Police sur la ville. 1968: Un Shérif à New-York. 1970: Sierra Torride. 1971: Les Proies. 1971: l'Inspecteur Harry. 1973: Tuez Charley Varrick ! 1974: Contre une poignée de diamants. 1976: Le Dernier des Géants. 1977: Un Espion de trop. 1979: l'Evadé d'Alcatraz. 1980: Le Lion sort ses griffes. 1982: Jinxed.


Pour la 5 fois, la collaboration Eastwood/Siegel converge au chef-d'oeuvre pour un suspense carcĂ©ral d'une intensitĂ© rarement Ă©galĂ©e. RĂ©cit vĂ©ridique de trois taulards ayant rĂ©ussi Ă  s'Ă©chapper d'une forteresse blindĂ©e, l'EvadĂ© d'Alcatraz nous retranscrit leur exploit avec une science du suspense incisive !


Dans une mise en scène affĂ»tĂ©e Ă  l'efficacitĂ© inĂ©branlable, ce modèle du film de prison nous illustre une tentative d'Ă©vasion qui relève de l'improbabilitĂ© tant le nombre de risques encourues pour chacun des dĂ©tenus laisse prĂ©sager la dĂ©route. La manière documentĂ© dont Don Siegel fait preuve pour retranscrire cette escapade charpentĂ©e nous immerge de plein fouet dans l'enceinte d'un pĂ©nitencier insulaire rĂ©putĂ© inviolable. De prime abord, le rĂ©alisateur s'attache Ă  nous dĂ©crire la condition de vie totalitaire que chaque dĂ©tenu est contraint de subir sous l'allĂ©geance d'un directeur pointilleux incapable d'indulgence. C'est le notable Patrick McGoohan qui incarne tout en magnĂ©tisme le rĂ´le d'un dirigeant impassible auquel son intransigeance ordonne une discipline de fer chez les surveillants. Dans celui du prisonnier rusĂ© et flegmatique, Clint Eastwood impose une posture inflexible afin de se mesurer aux provocations incessantes d'un taulard mĂ©prisable et de son directeur impĂ©rieux. Loyal et tolĂ©rant, il insuffle par ailleurs une dimension humaniste lorsqu'il se prend d'empathie pour un peintre dĂ©sabusĂ© et qu'il se lie d'amitiĂ© avec un archiviste noir condamnĂ© pour sa couleur de peau. Enfin, avec sagacitĂ© et patience, il dĂ©termine une dimension hĂ©roĂŻque pour concrĂ©tiser un plan d'Ă©vasion oĂą aucun dĂ©tail n'est laissĂ© au hasard (c'est avec un cure ongle que sa stratĂ©gie peut de prime abord aboutir !). Pour exacerber cette tension permanente qui Ă©mane des agissements frauduleux de prisonniers occasionnant des risques insensĂ©s, le score monocorde de Jerry Fielding est constituĂ© d'une partition quasi insonore. Enfin, le point d'orgue impartie Ă  l'insoluble escapade est un moment d'anthologie Ă©chevelĂ© oĂą les nerfs du spectateur sont mis Ă  rude Ă©preuve.


Passionnant et Ă©prouvant, l'EvadĂ© d'Alcatraz est un gros morceau de cinĂ©ma d'une puissance Ă©motionnelle et d'une rigueur technique infaillible. Le rĂ©cit authentique d'une seule Ă©vasion entreprise avec succès par des dĂ©tenus utopistes (mĂŞme si nous ne saurons jamais s'ils s'en sont sortis vivants !) au sein d'une Ă®le pĂ©nitentiaire intangible. C'est d'ailleurs après cette impensable dĂ©faite qu'Alcatraz clĂ´turera dĂ©finitivement ses portes pour se reconvertir en site historique !

12.02.13. 4èx
Bruno Dussart

lundi 11 février 2013

Citadel. Prix du Public Ă  South by Southwest.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ciaran Foy. 2012. Irlande/Angleterre. 1h24. Avec Aneurin Barnard, James Cosmo, Wunmi Mosaku.

Sortie salles U.S: 9 Novembre 2012

FILMOGRAPHIE: Ciaran Foy est un réalisateur, scénariste, monteur, acteur et producteur anglais.
2001: 1902. 2001: Wired. 2002: The Puppet. 2006: The Faeries of Blackheath Woods. 2007: Scumbot. 2009: Hotel Darklight (segment directeur). 2012: Citadel.


Dans la lignĂ©e des RĂ©voltĂ©s de l'an 2000 pour son thème allouĂ© Ă  l'enfant martyr, cette modeste sĂ©rie B co-produite entre l'Irlande et la Grande Bretagne privilĂ©gie Ă  point nommĂ© un ton dĂ©senchantĂ© pour Ă©tablir un constat social sur la dĂ©liquescence des laissĂ©s pour compte. Le PitchSuite Ă  l'agression mortelle de son amie par des enfants sauvages, un jeune père de famille sombre dans l'agoraphobie. EpiĂ© et menacĂ© par ses meurtriers infantiles, il va tenter de transcender sa frayeur pour sauver sa vie ainsi que celle de son bambin. ImprĂ©gnĂ© d'une atmosphère Ă  la fois anxiogène et dĂ©pressive, et renforcĂ© de l'esthĂ©tisme blafard de ghettos dĂ©favorisĂ©s, Citadel est une oeuvre Ă©trange d'une sensibilitĂ© prĂ©gnante. Un cauchemar urbain au cours duquel nous suivons l'introspection fĂ©brile d'un jeune veuf traumatisĂ© par la mort de sa compagne lors d'une violente altercation avec de jeunes agresseurs. Souffrant d'agoraphobie et totalement repliĂ© au sein de son appartement, Tommy sombre dans une grave paranoĂŻa Ă  force de daigner prĂ©munir coĂ»te que coĂ»te l'existence de son enfant. Sa brève thĂ©rapie dans un centre spĂ©cialisĂ© et l'aide amicale d'une amie de longue date lui apportent toutefois un frĂŞle soutien, d'autant plus que les sauvageons semblent dĂ©terminĂ©s Ă  l'apprĂ©hender. Mais ce n'est qu'avec l'entremise d'un prĂŞtre accompagnĂ© d'un enfant aveugle que Tommy va pouvoir amorcer bravoure et courage afin de rĂ©primer son inĂ©vitable frayeur.


DominĂ© par la prestance chĂ©tive de Aneurin Barnard habitĂ© par son expression nĂ©vralgique, il parvient avec beaucoup d'humanisme dĂ©sarmĂ© Ă  nous insuffler ces lourdes contrariĂ©tĂ©s au sein de sa solitude meurtrie. Cette ambiance dĂ©pressive Ă©manant de sa psychĂ© nĂ©vrosĂ©e engendrant une inĂ©vitable empathie chez le spectateur, d'autant plus intriguĂ© par l'hostilitĂ© meurtrière d'une bande organisĂ©e. En effet, nous ne saurons jamais dans quel but les enfants encapuchonnĂ©s atteints de cĂ©citĂ© (on pense d'ailleurs aux mutants dĂ©figurĂ©s de Chromosome 3, tant pour leur apparence infiniment hostile que leur vocalitĂ© Ă©raillĂ©e !) dĂ©cident d'assassiner tous les adultes. Si ce n'est que seuls les quidams dominĂ©s par leur propre peur sont systĂ©matiquement identifiĂ©s et battus Ă  mort. Spoil ! La cause de leur dĂ©ficience mentale ainsi que leurs pulsions erratiques proviendraient d'une maladie infectieuse d'origine inconnue transmise par la mère de deux jumeaux Fin du Spoil. Sans fioriture, le film rĂ©ussit avec rĂ©alisme cafardeux Ă  y dĂ©peindre un climat de peur palpable au sein d'une banlieue dĂ©sertĂ© de citadins, d'oĂą seule plane la prĂ©sence primitive d'enfants martyrs livrĂ©s Ă  l'abandon. Son final particulièrement poignant vĂ©hiculant Ă©galement une vibrante Ă©motion pour la destinĂ©e prĂ©caire de nos hĂ©ros, mais aussi celle des antagonistes infantiles, victimes malgrĂ© eux d'une sociĂ©tĂ© individualiste dĂ©nuĂ©e d'empathie.


Les Enfants du Silence
RĂ©alisĂ© avec autonomie au sein d'un climat malsain constamment Ă©prouvant et dominĂ© par une poignĂ©e de comĂ©diens chargĂ©s d'humanisme torturĂ© (ou altruiste), Citadel conjugue Ă  travers son rĂ©cit initiatique dĂ©sespoir, angoisse et terreur quasi viscĂ©rales autour d'un constat social sur la dĂ©linquance juvĂ©nile. Y dĂ©coule une oeuvre indĂ©pendante aussi fragile qu'austère, d'une efficacitĂ© constante (notamment pour l'habiletĂ© du rĂ©alisateur d'y entretenir le mystère jusqu'Ă  mi-parcours du rĂ©cit) et Ă  la violence rugueuse, exacerbĂ©e d'une force Ă©motionnelle dĂ©sespĂ©rĂ©e. Un vĂ©ritable must du genre, Ă  rĂ©server toutefois Ă  un public averti de par son vĂ©risme Ă©prouvant imparti Ă  l'innocence galvaudĂ©e.

*Eric Binford
24.12.21
11.02.13

RĂ©compensesPrix du Public (Midnight Audience) Ă  South by Southwest, 2012
Prix Narcisse au Festival de Neuchâtel, 2012
MĂ©liès d'Argent au Festival de Neuchâtel, 2012
Meilleur rĂ©alisateur au Festival du film fantastique de Puchon, 2012
Meilleur son aux Irish Film and Television Awards, 2013

jeudi 7 février 2013

FARGO. Prix de la mise en scène, Cannes 1996

                          Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site blogaudessusducinema.over-blog.fr

de Joel et Ethan Cohen. 1996. U.S.A/Angleterre. 1h38. Avec Frances McDormand, William H. Macy, Steve Buscemi, Peter Stormare, Harve Presnell, John Carroll Lynch.

Sortie salles France: 4 Septembre 1996. U.S: 8 Mars 1996

Récompenses: Prix de la mise en scène, Cannes 1996
Meilleure Actrice (Frances McDormand) et Meilleur Scénario Original (Ethan et Joel Cohen) aux Oscars en 1997.
Meilleur Film Etranger: Australian Film Institute Awards 1996

FILMOGRAPHIEJoel Coen (nĂ© le 29 novembre 1954) et Ethan Coen (nĂ© le 21 Septembre 1957) sont deux frères rĂ©alisateurs, scĂ©naristes, monteurs, acteurs et producteurs amĂ©ricains.
1984: Sang pour Sang, 1987: Arizona Junior, 1990: Miller's Crossing, 1991: Barton Fink, 1994: Le Grand Saut, 1996: Fargo, 1998: The Big Lebowski, 2000: O'Brother, 2001: The Barber, 2003: IntolĂ©rable CruautĂ©, 2004: Ladykillers, 2006: Paris, je t'aime (tuileries), 2007: No country for old men, Chacun son cinĂ©ma (sktech: world cinema), 2008: Burn After Reading, 2009: A Serious Man, 2010: True Grit.


                                                    CECI EST UNE HISTOIRE VRAIE
Elle s'est déroulée dans le Minnesota en 1987.
A la demande des survivants, les noms ont été changés.
Par respect pour les morts, tout le reste a été conservé.

Glaçant de savoir que cette histoire d'enlèvement relève d'un fait divers macabre, rehaussĂ© en l'occurrence d'un humour noir grinçant sous la houlette des frères Cohen ! Polar noir illustrant l'Ă©quipĂ©e risible d'une bande de pieds nickelĂ©s appâtĂ©s par le gain, Fargo est une peinture acide de la mĂ©diocritĂ© humaine. Un vendeur de voitures endettĂ© dĂ©cide de faire enlever sa femme par deux malfrats pour la somme de 80 000 dollars qu'ils se partageront Ă  part Ă©gale ! Ce compromis perfide nĂ©gociĂ© avec deux nigauds incultes va dĂ©boucher sur une sordide hĂ©catombe meurtrière !



Sous le climat enneigé d'une paisible bourgade du Minnesota, les frères Cohen redoublent de sagacité pour nous élaborer un scénario machiavélique au cynisme décapant ! La manigance maladroite impartie à un entrepreneur raté, affilié à deux malfrats rétrogrades, débouche sur une succession de bévues irréversibles ! Sous l'égide d'une chef de police sereine menant son enquête avec aplomb, Fargo dépeint son portrait avec un humanisme payant, en totale décalage avec l'irresponsabilité d'individus cupides englués dans leur paresse. Sous l'oeil finaud de cette policière, les frères Cohen nous illustrent une descente aux enfers implacable où tous les antagonistes se vautrent dans une indolence régressive alors que les témoins innocents périront de leur lâcheté impudente. Si l'étonnante Frances McDormand insuffle une aisance naturelle pour interpréter le rôle flegmatique d'une femme flic intègre, William H. Macy impose un jeu insidieux pour endosser celui d'un père de famille de classe moyenne progressivement avili par sa cupidité. Sans doute le personnage le plus dérisoire, couard et négligent du film, ultime responsable de cette déchéance meurtrière. Enfin, Steve Buscemi et Peter Stormare forment l'improbable tandem de pieds nickelés lunatiques, abêtis par la pop-culture ricaine des soap-opera et de la malbouffe standard.


BĂ©nĂ©ficiant d'un scĂ©nario charpentĂ© complètement imprĂ©visible et d'une mise en scène formelle fignolant sa nature rĂ©frigĂ©rante, Fargo est une perle noire d'une drĂ´lerie macabre particulièrement tragique. Sa peinture peu reluisante d'une AmĂ©rique profonde dĂ©shumanisĂ©e par son inculture laisse en exergue une satire au vitriol de la bassesse humaine. 

07.02.13
Bruno Matéï

mercredi 6 février 2013

JACK LE TUEUR DE GEANTS (Jack the Giant Killer)

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinefantastiqueonline.com

de Nathan Juran. 1961. U.S.A. 1h34. Avec Kerwin Mathews, Judi Meredith, Torin Thatcher, Walter Burke, Don Beddoe, Barry Kelley.

Sortie salles U.S: 13 Juin 1962

FILMOGRAPHIE: Nathan Juran est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et directeur artistique amĂ©ricain, nĂ© le 1er Septembre 1907 Ă  Bucovine (Roumanie), dĂ©cĂ©dĂ© de mort naturelle le 23 Octobre 2002 Ă  Paolos Verdes Estates (Etats-Unis). 1953: La LĂ©gende de l'EpĂ©e Magique. 1957: La Chose surgie des TĂ©nèbres. A des Millions de kms de la Terre. Le Cerveau de la Planère Arous. 1958: L'Attaque de la Femme Ă  50 Pieds. Le 7è Voyage de Sinbad. 1961: Jack, le Tueur de GĂ©ants. 1964: Les premiers Hommes dans la lune. 1966: The Deadly Mantis. 1967: Billy the Kid. Les Trompettes de JĂ©richo. Les Aventuriers de l'Espace. 1969: Land Raiders. 1973: The Boy who Cried Werewolf.


Trois ans après l'immense succès du 7è Voyage de Sinbad, Nathan Juran est Ă  nouveau recrutĂ© par le  producteur Edward Small pour entreprendre un conte fantastique dans la plus pure tradition fĂ©erique ! D'après un roman d'Orville H. Hampton, Jack le tueur de gĂ©ants est un film d'aventures haut en couleurs parmi ses traditionnelles crĂ©atures monstrueuses uniquement animĂ©es en stop motion ! A l'instar de Ray Harryhausen, les responsables des effets spĂ©ciaux Howard A. Anderson et Jim Danforth s'inspirent ici de son talent inimitable pour nous façonner une palette de monstres exubĂ©rants (un cyclope, un gĂ©ant Ă  deux tĂŞtes, un serpent de mer et un dragon hybride !). L'histoire intelligible est un prĂ©texte pour nous confiner dans un univers de magie et d'aventures. Celle de Jack, modeste fermier, qui rĂ©ussit in extremis Ă  sauver la princesse Elaine des griffes du sorcier Pendragon et de son monstre gĂ©ant. Seulement, l'alchimiste douĂ© de pouvoirs malĂ©fiques rĂ©ussit Ă  nouveau Ă  enlever la jeune femme afin de l'embrigader au sein de son château. DĂ©terminĂ© Ă  la libĂ©rer, Jack va user de vaillance et bravoure pour s'opposer Ă  Pendragon Ă©paulĂ© de ses sbires diaboliques ! Sur sa route, notre aventurier rencontrera un viking et un garçonnet, mais aussi un gnome enfermĂ© dans une bouteille. C'est grâce aux prestiges magiques du lutin que Jack va ainsi pouvoir dĂ©jouer les malĂ©fices du sorcier lors d'un florilège de revirements rocambolesques.


Si Jack, le tueur de Géants accuse le poids des années par ses effets spéciaux archaïques moins perfectionnistes que ceux de Ray Harryhausen, il n'en demeure pas moins un spectacle aussi exaltant qu'enchanteur propre à émerveiller son public de 7 à 77 ans. Le caractère attachant des personnages, la mesquinerie perfide de Pendragon, sa fantasmagorie attractive (l'apparition du petit monstre dans la boite à musique et la danse qui s'ensuit, le premier combat de Jack contre le Cyclope, les facéties du génie) et son rythme haletant continuent de nous enthousiasmer avec une naïveté attendrissante. A titre nostalgique, l'ancienne génération n'oubliera pas de se remémorer sa toute première projection TV diffusée un mardi soir dans le cadre de l'émission d'Eddie Mitchel: la Dernière séance !


A noter que le film est ressorti plus tard dans une version musicale et qu'il fut interdit de projection en Angleterre durant 7 ans, faute de certaines séquences jugées impressionnantes ! En prime, il écopa à travers le monde d'une interdiction au moins de 13 ans !

06.02.13. 3èx
Bruno Matéï

mardi 5 février 2013

The Bay


                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineheroes.net

de Barry Levinson. 2012. 1h24. Avec Will Rogers, Kristen Connoly, Kether Donohue, Frank Deal, Stephen Kunken, Christopher Denham.

Sortie salles U.S: 2 Novembre 2012. Belgique: 21 Novembre 2012

FILMOGRAPHIEBarry Levinson est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 Avril 1942 Ă  Baltimore. 1982: Diner. 1984: Le Meilleur. 1985: Le secret de la Pyramide. 1987: Les Filous. 1987: Good morning Vietnam. 1988: Rain Man. 1990: Avalon. 1991: Bugsy. 1992: Toys. 1994: Jimmy Hollywood. 1994: Harcèlement. 1996: Sleepers. 1997: Des Hommes d'influence. 1998: Sphère. 1999: Liberty Heights. 2000: An Everlasting Piece. 2001: Bandits. 2004: Envy. 2006: Man of the Year. 2008: Panique Ă  Hollywood. 2009: PoliWood (documentaire). 2012: The Bay. Prochainement: Gotti: in the shadow of my father.


Et un de plus ! Profitant du filon Ă©culĂ© du found footage, le rĂ©alisateur Barry Levinson s'essaie au concept documenteur avec une efficacitĂ© inespĂ©rĂ©e. Car illustrant avec souci d'authenticitĂ© la lente propagation d'un parasite chez les citadins d'une cĂ´te balnĂ©aire, The Bay adopte l'unitĂ© de temps rĂ©el pour mieux nous convaincre du pĂ©ril progressif. Avec l'appui de donnĂ©es scientifiques Ă©noncĂ©s par des chercheurs indĂ©cis et l'impuissance des mĂ©decins de pouvoir dĂ©nicher un vaccin afin de dĂ©jouer la pandĂ©mie, The Bay provoque fatalement une anxiĂ©tĂ© extensive chez le spectateur. Sans faire preuve de complaisance, Barry Levinson rĂ©ussit Ă  provoquer une terreur viscĂ©rale par le biais des plaies purulentes figurants sur la peau des victimes contaminĂ©es (gestation de pustules, cloques et furoncles nausĂ©eux).  L'aspect gluant du parasite, ressemblant au dĂ©part Ă  une larve stĂ©roĂŻde, Ă©clot de prime abord dans le ventre des poissons puis grossit rapidement pour muter en une forme de crustacĂ© isopode (Ă  l'instar de Frissons de Cronenberg !). 


C'est donc par l'eau salĂ©e de la baie empoisonnĂ©e par les ruissellements agricoles et les excrĂ©ments de poulet, que les baigneurs vont se transmettre communĂ©ment la bactĂ©rie Ă  une vitesse grand V ! Un parasite se nourrissant d'abord de la langue de ces victimes avant de s'empresser de dĂ©vorer la chair humaine de l'intĂ©rieur du corps (on peut aussi suggĂ©rer les effets carnassiers du virus Ă©voquĂ© dans Cabin Fever). Avec une profusion d'images d'archives plutĂ´t glauques et de reportages chocs retransmis par une journaliste scrupuleuse, The Bay nous entraĂ®ne dans un cauchemar catastrophiste dont l'homme impuissant ne peut avoir aucun recours pour enrayer la menace. C'est ce sentiment prĂ©gnant de rĂ©alisme docu illustrant avec une certaine verdeur l'affluence dĂ©gĂ©nĂ©rative des victimes infectĂ©es, agonisants dans d'horribles souffrances, qui nous suscite dĂ©sarroi mais aussi malaise palpable face Ă  l'imagerie gore dĂ©ployĂ©e, mĂŞme si la dernière demi-heure s'essouffle un tantinet.


Film d'horreur Ă©colo dĂ©nonçant les mĂ©faits pernicieux de la pollution et du nuclĂ©aire, tout en suggĂ©rant ironiquement le terrorisme biologique, The Bay aurait Ă©tĂ© une banale sĂ©rie B d'horreur s'il n'eut Ă©tĂ© conçu sous le principe du Found Footage. S'il se rĂ©vèle sans surprise et inĂ©vitablement rĂ©pĂ©titif, son efficacitĂ© Ă©mane de la vĂ©racitĂ© des faits exposĂ©s face Ă  une menace bactĂ©riologique Ă©pouvantablement dĂ©lĂ©tère. LĂ  oĂą Soderbergh Ă©choua de manière pompeuse Ă  daigner nous terrifier avec son virus MEV-1 dans ContagionBarry Levinson s'en tire honorablement en jouant sans compromis la carte du dĂ©monstratif Ă©pidermique. Et cela fonctionne plutĂ´t efficacement durant une bonne heure de mĂ©trage. 

Dédicace à François Most

*Bruno
16.07.22
05.02.13

Grabbers. Prix du Public au Festival de Neuchâtel.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tumblr.com

de John Wright. 2012. Angleterre/Irlande. 1h34. Avec Richard Coyle, Ruth Bradley, Russell Tovey, Lalor Roddy, David Pearse, Bronagh Gallagher

Sortie salles U.S: 23 Janvier 2012. Irlande: 10 Août 2012

FILMOGRAPHIE: John Wright est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste nĂ© le 2 mars 1971 Ă  Belfast, en Irlande du Nord. 2009: Tormented. 2012: Grabbers


Récompensé du Prix du Public à Neuchatel et présenté hors compétition à Gérardmer, le second long métrage de l'irlandais John Wright est une comédie burlesque à travers son monster movie trépidant !
Sur une Ă®le cĂ´tière de l'Irlande, un poulpe gĂ©ant et ses nouveaux-nĂ©s sèment la terreur parmi les citadins rĂ©fugiĂ©s Ă  l'intĂ©rieur d'un pub. 
A partir de cet argument simpliste plutôt éculé, le réalisateur novice John Wright réussit à tirer son épingle du jeu auprès d'un adroit sens de la dérision et du délire borderline. L'idée majeure de cette fantaisie bougrement bonnard résultidant dans la manière dont les citadins devront se prémunir de l'hostilité des poulpes extra-terrestres. Car se nourrissant d'eau et de sang humain, ces créatures venues d'une météorite ont la particularité de régurgiter l'alcool des clients éméchées.


Connaissant cette faille, un flic solitaire et une jeune recrue fraĂ®chement dĂ©barquĂ©e sur l'Ă®le vont inviter toute la population au pub du coin afin de les inciter Ă  participer Ă  une beuverie improvisĂ©e. Au dĂ©part rĂ©ticents mais rapidement convaincus que l'alcool coulera gratuitement Ă  volontĂ©, les habitants accourent vers l'Ă©tablissement. Or, Ă  l'extĂ©rieur, les crĂ©atures belliqueuses vont encercler l'open bar pour s'approvisionner en sang humain. S'ensuit une multitude de quiproquos oĂą les clients atteints d'Ă©briĂ©tĂ© s'opposeront de façon tantĂ´t preuse, tantĂ´t erratique, faute du whisky ingurgitĂ©. Et en dĂ©pit de son caractère dĂ©bridĂ© particulièrement cocasse, cette comĂ©die insuffle notamment une sensibilitĂ© candide pour la personnalitĂ© affable des habitants irlandais ainsi que pour la romance de deux policiers, O'Shea et Lisa. 
Dans celui du flic dĂ©pitĂ© de sa rupture conjugale, Richard Coyle dĂ©gage avec une sympathique bonhomie un tempĂ©rament loyal de hĂ©ros malgrĂ© lui. Sa partenaire Lisa Nolan, incarnĂ©e par la pĂ©tillante Ruth Bradley vĂ©hicule de prime abord un charme innocent pour ensuite imposer une extravagance irrĂ©sistible quand la jeune fille est contrainte de supporter un taux d'alcool disproportionnĂ© ! Son aisance naturelle Ă  se comporter telle une hĂ©roĂŻne fantasque cumulant risques et catastrophes renforce le cĂ´tĂ© dĂ©calĂ© de l'ambiance alarmiste.


Outre l'efficacitĂ© du rĂ©cit menĂ© sur rythme soutenu, le soin apportĂ© aux FX numĂ©riques, la verve des dialogues et la bonne humeur impartie Ă  chaque protagoniste, John Wright se permet notamment d'y soigner son dĂ©cor d'archipel en surplombant la splendeur de sa nature irlandaise ! En rĂ©sulte une excellente comĂ©die fantaisiste tirant parti de son charme attractif de par sa simplicitĂ© candide.

*Bruno
05.02.13

Récompense: Prix du Public au Festival du film Fantastique de Neuchatel.

lundi 4 février 2013

Universal Soldier: Le Jour du Jugement / Universal Soldier: Day of Reckoning

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site partage-ddl.com

de John Hyams. 2012. U.S.A. 1h55. Avec Scott Adkins, Jean Claude Van Damme, Dolph Lundgren, Kristopher Van Varenberg, Andrei Arlovski, Mariah Bonner.

Sortie DTV France: 23 Janvier 2013. Sortie salles U.S: 30 Novembre 2012. Russie et Malaisie: 4 Octobre 2012

FILMOGRAPHIE: John Hyams est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
1997: One dog Day. 2002: The Smashing Machine. 2003: Fight Day (télé-film). 2006: Rank. 2006: Bull Sessions: The Making of Rank. 2009: The Razzle Dazzle. 2009: Universal Soldier: régénération. 2012: Universal Soldier: le jour du jugement. 2012: Dragon Eyes.


Après une sympathique sĂ©rie B matricielle initiĂ©e par Roland Emmerich et deux suites mercantiles en demi-teinte (le 3è Ă©pisode plus sombre et violent se rĂ©vĂ©lait plus ambitieux que l'antĂ©cĂ©dent), Universial Soldier: le jour du jugement continue de s'opposer au caractère docile et pittoresque de son modèle. DĂ©jĂ  responsable du 3è volet, John Hyams nous livre ici un film d'action aussi Ă©trange que furibond, dĂ©ployant Ă  intervalle rĂ©gulier des sĂ©quences homĂ©riques d'une barbarie jusqu'au- boutiste ! Ca dĂ©marre sec avec un prologue meurtrier d'une rare brutalitĂ© pour le massacre d'une famille prise en otage par une bande de malfrats encagoulĂ©s. Passage Ă  tabac du père de famille avec le fer d'un tisonnier puis exĂ©cutions de la mère et sa fille, sommairement assassinĂ©es d'une balle dans la tĂŞte ! PassĂ© cette sĂ©quence choc particulièrement crapuleuse, on continue dans la mĂŞme veine cinglante avec l'entrĂ©e en scène d'un barbu renfrognĂ© au sein d'un hĂ´tel de passe en rut ! Coups de chevrotine fugaces envoyĂ©s sur chacun des clients alors que certaines de leur partenaire vont se retrouver projetĂ©es contre les murs par l'impact des balles assĂ©nĂ©es.


D'une sauvagerie inouĂŻe dans son ultra-violence pourfendeuse et extrĂŞmement spectaculaire dans ses combats chorĂ©graphiĂ©s, le long mĂ©trage de John Hyams est une sĂ©rie B d'une audace subversive pour illustrer sans concession la quĂŞte identitaire d'une ancienne machine Ă  tuer, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrouver ses assaillants. Sans faire preuve d'originalitĂ© pour son scĂ©nario quelque peu dĂ©cousu (voir parfois aussi expĂ©rimental dans les liens tĂ©lĂ©pathiques qu'entretiennent les UniSol), Universal Soldier: le jour du jugement est suffisamment bien troussĂ© et efficace pour prĂ©munir l'intĂ©rĂŞt du spectateur, constamment Ă©branlĂ© par sa puissance Ă©pique ! Course poursuite endiablĂ©e contre vĂ©hicules, baston interminable entre deux antagonistes au sein d'un foyer dĂ©labrĂ© ou dans l'enceinte d'un commerce sportif et Ă©changes de tirs mĂ©thodiques contre un groupe de mercenaires centralisĂ©s en camp militaire. Si l'interprĂ©tation reste tout juste honorable et que Scott Adkins tente comme il peut d'insuffler une certaine densitĂ© dans sa rancune vindicative, Jean Claude Vandamme vĂ©hicule une prĂ©sence glaçante pour endosser l'icone mystique d'un leader aussi mutique qu'impassible. Alors que son fidèle alliĂ© campĂ© par le vĂ©tĂ©ran Dolph Lundgren fait preuve d'un sarcasme mĂŞlĂ© de mĂ©pris afin d'intimider ses adversaires.


D'une fĂ©rocitĂ© aussi incongrue que rigoureuse, Universal Soldier: le jour du jugement est une sĂ©rie B effrontĂ©e dĂ©ployant sans rĂ©pit des sĂ©quences homĂ©riques Ă  l'impact foudroyant ! Si son scĂ©nario indĂ©cis et mal structurĂ© l'empĂŞche de dĂ©passer le stade conventionnel du film d'action, son caractère trouble liĂ© Ă  la quĂŞte identitaire et au rapport Ă©motif de nos rĂ©miniscences survole notamment une certaine rĂ©flexion existentielle. A dĂ©couvrir sans prĂ©jugĂ©s pour les amateurs  d'action frontale !

04.02.13
Bruno Matéï