vendredi 13 décembre 2013

LA VIE D'ADELE. Palme d'Or, Cannes 2013

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinebel.be

de Abdellatif Kechiche. 2013. France/Belgique/Espagne. 2h59. Avec Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Jérémie Laheurte, Mona Walravens, Salim Kechiouche, Catherine Salée.

Sortie salles France: 23 Mai 2013

FILMOGRAPHIE: Abdellatif Kechiche est un réalisateur, scénariste et acteur franco-tunisien, né le 7 Décembre 1960 à Tunis. 2000: La Faute à Voltaire. 2004: L'Esquive. 2007: La Graine et le Mulet. 2010: Vénus Noire. 2013: La Vie d'Adèle.


DĂ©clarĂ© vainqueur de la Palme d'Or en 2013 et d'une multitude de rĂ©compenses Ă  travers le monde, La Vie d'Adèle est notamment la rĂ©vĂ©lation d'Adèle Exarchopoulos. Transie d'Ă©moi et de pudeur pour sa prestance d'adolescente paumĂ©e, cette jeune comĂ©dienne suscite au spectateur une Ă©motion Ă  fleur de peau dans ses Ă©changes de regard timorĂ© et son incontrĂ´lable ardeur sexuelle dĂ©diĂ©e Ă  l'ĂŞtre aimĂ©e. En dĂ©pit d'une polĂ©mique conflictuelle entre le rĂ©alisateur, le duo d'actrices et certains techniciens, cette romance passionnelle a remportĂ© tous les suffrages pour prĂ´ner le jeu naturel des comĂ©diennes ainsi que le talent d'un metteur en scène Ă  son acmĂ©. Avec la participation exceptionnelle du couple Adèle Exarchopoulos/LĂ©a Seydoux, La Vie d'Adèle est un tourbillon d'Ă©motions pour illustrer la dĂ©rive sentimentale de deux lesbiennes habitĂ©es par la passion. C'est en prioritĂ© un magnifique portrait d'adolescente fragile que nous dresse Abdellatif Kechiche, la quĂŞte douloureuse d'une fille en questionnement sur son identification sexuelle mais prochainement rattrapĂ©e par une idylle dĂ©vorante. Après une première expĂ©rience sans lendemain avec un jeune garçon, Adèle va subitement aborder l'amour dans une boite gay parmi la rencontre d'Emma, lesbienne autrement assumĂ©e, spontanĂ©e et plus mature. 


A cause des préjugés homophobes de certaines de ses camarades de classe, Adèle n'ose pas dévoiler au grand jour son penchant saphique mais se laisse rattraper par le désir amoureux de sa nouvelle relation, jusqu'à ce qu'une crainte jalouse ne vienne tout remettre en cause. Durant plus de 3 heures, nous allons suivre son cheminement indécis et si délicat, partagée entre la quête éperdue d'un amour pur et son initiation professionnelle de maîtresse d'école. Si La Vie d'Adèle s'avère aussi puissant émotionnellement parlant, il le doit autant au talent circonspect d'un cinéaste scrutant, à l'aide de sa caméra, la pudeur humaine dans une délicate sensibilité. Celle d'une jeune fille trop fragile livrée à ses doutes en l'amour et la crainte de l'abandon, mais toujours passionnée et en essor sexuel envers l'être aimé. D'ailleurs, les séquences sexuelles explicites sont retransmises avec un tel réalisme qu'une certaine gêne peut parfois occasionner le spectateur, même si l'érotisme ardent qui en émane est rattrapé par la pureté de l'acte. D'autres seront sans doute choqués de découvrir à certains moments la crudité de certains inserts pornographiques sans que le réalisme scabreux des situations ne cède jamais à la complaisance. Au contraire, à l'aide d'une réalisation épurée au plus près des corps extatiques, il ne fait que sublimer la passion sexuelle de deux êtres envoûtés par le désir. Rarement des séquences sexuelles n'auront été vécues d'une manière aussi crue et radicale mais transcendées par la sensualité d'une fougue érogène.


Il en ressort une oeuvre Ă©purĂ©e oĂą l'Ă©motion brute nous saisit Ă  la gorge Ă  n'importe quelle situation improvisĂ©e et oĂą l'introspection initiatique d'Adèle nous hypnotise d'une manière toute intime. Outre son ode Ă  la vie et Ă  la libertĂ© homosexuelle, La vie d'Adèle illustre avec autant de luciditĂ© que de vĂ©ritĂ© humaine la cruautĂ© de l'amour et l'initiation Ă  la maturitĂ©. 

Avec toute mon affection pour Adèle Exarchopoulos
13.12.13
Bruno Matéï

L'avis de Mathias Chaput:
"La vie d'Adèle" est simplement un pur chef d'oeuvre qui frôle presque le cinéma expérimental tant l'acuité d'Abdellatif Kechiche à rendre simples et évidentes les choses force le respect...
Admirable en tous points, son film transgresse les tabous et va très loin dans le réalisme, n'occultant jamais qu'une histoire d'amour est faite de larmes et de sexe...
Sexualité débridée certes, mais NECESSAIRE pour comprendre l'amplification et la liaison charnelle qui lie les deux héroïnes, corps imbriqués physiquement mais aussi mentalement pour un amour que nul ne penserait pouvoir briser tant le feu foudroyant domine les deux femmes...
Techniquement, Kechiche fait preuve d'une maîtrise totale et emploie des mouvements de caméras gracieux et intégrés dans l'espace de façon juste, un grand travail a été fait notamment lors de plans sur le visage d'Adèle qui la suit sur un long mouvement à deux reprises dans le film (lorsqu'elle sort du lycée et lorsqu'elle quitte le vernissage)...
La direction d'actrices est extrêmement juste et les deux comédiennes jouent à un niveau de perfection peu atteint dans le cinéma français (la scène du clash annonçant la rupture m'a arraché des larmes, tout y est concis, précis et vraiment similaire au réel)...
Il y a de nombreuses allégories dans "La vie d'Adèle" comme ces feuilles qui volent, emmenées par le vent, dans un parc, au dessus du corps d'Adèle allongée sur un banc, ou ce passage incroyable et hors du temps d'une des séquences finales, dans le café, où la discussion entre les deux femmes fait penser à celle du parloir d'une prison, Adèle prisonnière, enfermée dans l'illusion d'un amour renouvelé et qui demande à Emma de la masturber, comme un détenu le demandera à son épouse, cette scène est très forte et d'une intensité rare !
D'une force imparable, "La vie d'Adèle" laissera une trace indélébile dans le cinéma hexagonal et peu de métrages ont réussi à atteindre un tel degré dans la retranscription d'un amour, à fortiori dans cette gageure pour Kechiche puisqu'il s'agit en l'occurrence de deux femmes, ce qui accentue encore plus la difficulté pour le cinéaste...
Tout simplement magique et magnifique "La vie d'Adèle" est une incroyable performance et une étape supplémentaire franchie dans la qualité au septième art, qui imprègne de sa patte et de son style tout un pan de la société, à l'heure du "mariage pour tous", bien ancrée dans l'évolution des moeurs et témoignant d'une intelligence de traitement rarement vue auparavant...
Note : 10/10

RĂ©compenses: Palme d'Or, Cannes 2013
CĂ©sar du Meilleur Espoir FĂ©minin pour Adèle Exarchopoulos
Prix Louis Delluc, 2013
Prix Fipresci pour Abdellatif Kechiche. 
Grand Prix de la FIPRESCI36
Meilleur Espoir pour LĂ©a Seydoux au Festival du film des Hamptons, 2013
Meilleure rĂ©vĂ©lation fĂ©minine pour Adèle Exarchopoulos
Meilleur film Etranger au New-York Film Critics Circle Awards, 2013
Meilleure Actrice pour Adèle Exarchopoulos au Los Angeles Film Critics Association Award, 2013
Meilleur Film IndĂ©pendant international au British Independent Film Awards, 2013
Meilleur Film en langue Ă©trangère au Boston Online Critics Association Awards, 2013
Meilleur Film Ă©tranger aux Critics' Choice Awards, 2014 !
Prix Lumières 2014

jeudi 12 décembre 2013

La Planète des Singes / Planet of the Apes

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site space1970.blogspot.com

de Franklin J. Schaffner. 1968. U.S.A. 1h52. Avec Charlton Heston, Roddy McDowall, Kim Hunter, Maurice Evans, James Whitmore, James Daly, Linda Harrison.

Sortie salles France: 25 Avril 1968. U.S: 8 Février 1968

FILMOGRAPHIE: Franklin J. Schaffner est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 30 Mai 1920 Ă  TĂ´kyĂ´, dĂ©cĂ©dĂ© le 2 juilllet 1989 Ă  Santa Monica. 1963: Les Loups et l'agneau. 1964: Que le meilleur l'emporte. 1965: Le Seigneur de la guerre. 1967: La Griffe. 1968: La Planète des Singes. 1970: Patton. 1971: Nicolas et Alexandra. 1973: Papillon. 1976: L'Ă®le des adieux. 1978: Ces Garçons qui venaient du BrĂ©sil. 1981: Sphinx. 1982: Yes, Giorgio. 1987: Coeur de Lion. 1989: Welcome Home.


"L'homme, arrogant, cupide, envieux, mégalo, autodestructeur, incapable du vivre ensemble, condamné au néant. Plus nihiliste tu meurs."
Grand classique de la science-fiction dans tous les coeurs des cinĂ©philes, La Planète des Singes laissa une trace indĂ©lĂ©bile dans la mĂ©moire du spectateur, tant par la nature dĂ©lirante de son concept que de sa rĂ©flexion philosophique sur la nature humaine. Le pitchAprès un voyage astral de 18 mois, trois astronautes se retrouvent projetĂ©s en l'an 3978 pour atterrir sur une contrĂ©e dĂ©sertique Ă©trangement mutique. Au fil de leur expĂ©dition, ils ne vont pas tarder Ă  rencontrer l'hostilitĂ© d'une ethnie d'hommes-singes. InspirĂ© du roman de Pierre Boule et d'un Ă©pisode de la 4è Dimension (Une Flèche dans le ciel), La Planète des Singes fut un Ă©norme succès international de par l'originalitĂ© de son postulat et le rĂ©alisme imparti aux maquillages des primates confectionnĂ©s par John chambers. Il y Ă©mane la crĂ©ation d'un univers atypique retranscrit avec une vĂ©ritĂ© trouble qui plus est rehaussĂ© d'une partition ombrageuse. Ainsi, Ă  travers l'irruption accidentelle de trois amĂ©ricains dĂ©barquĂ©s sur un continent aride, Franklin J. Schaffner insuffle un climat d'Ă©trangetĂ© feutrĂ© dans cet endroit solaire Ă©pargnĂ© de civilisation. Tout du moins c'est ce que les 20 premières minutes sous entendent avant que nos hĂ©ros tĂ©moignent d'une communautĂ© d'hommes sauvages fouinant de la nourriture Ă  travers champs. Rapidement pourchassĂ©s par une race de singes mutants armĂ©s, les derniers survivants vont se retrouver embrigadĂ©s dans des cages d'acier pour ĂŞtre ainsi rĂ©duits Ă  l'esclavage !


Cette trame insensĂ©e engendrĂ©e par une ancienne thĂ©orie (l'homme descendrait du singe !) est ici magnifiquement retranscrite Ă  travers la scĂ©nographie d'un microcosme primitif auquel les singes feront face Ă  la rĂ©bellion d'un humain douĂ© de parole. A travers un scĂ©nario passionnant fertile de thĂ©matiques (notamment une charge militante pour la cause animale si bien que l'homme est ici tenu en laisse et retenu en cage !) et fondĂ© sur la quĂŞte existentielle d'une civilisation première, c'est une forme de parodie tacite que Franklin J. Schaffner met en exergue afin de se railler de notre orgueil. La donne est donc inversĂ©e afin d'illustrer Ă  travers l'Ă©thique des singes Ă  quel point toute civilisation est avide d'accĂ©der instinctivement Ă  l'Ă©lite du pouvoir pour asservir les plus faibles et les priver de la libertĂ© d'expression. Car ces simiens potentiellement intelligents vont reproduire nos mĂŞmes fondements de doctrine judiciaire (leur tribunal de jurisprudence), de recherche scientifique et mĂ©dical (l'exploitation de la vivisection, le domptage animal) et de foi religieuse (leur paroisse chrĂ©tienne) pour se justifier un sens existentiel. Le conservatisme, le racisme, l'exploitation de l'esclavage sont donc traitĂ©s Ă  travers l'intolĂ©rance de leur supĂ©rioritĂ© oĂą la violence expĂ©ditive est perpĂ©trĂ©e pour maltraiter les prisonniers (les gorilles ne sont d'ailleurs que des geĂ´liers Ă©cervelĂ©s). Mais dans cette sociĂ©tĂ© faillible compromise par la persuasion d'un homme hurlant sa condition soumise, deux chimpanzĂ©s psychologues (Roddy McDowall et Kim Hunter crèvent l'Ă©cran dans leur dignitĂ© humaniste !) vont tout de mĂŞme s'extirper de leur idĂ©ologie rĂ©actionnaire pour tenter de comprendre le pacifisme de cet insurgĂ© et dĂ©couvrir sa vĂ©ritable nationalitĂ©.


No Futur. 
Mis en scène avec maĂ®trise (les scènes d'action sont remarquablement coordonnĂ©es), La Planète des singes bĂ©nĂ©ficie notamment d'une direction d'acteur hors pair pour crĂ©dibiliser les diffĂ©rents primates humains (orangs-outans, gorilles et chimpanzĂ©s ont Ă©videmment tous une morphologie distincte selon leur origine) alors que Charlton Heston tente de s'extirper de ce cauchemar, entre rĂ©silience, entĂŞtement et hargne rigoureuse. Ce qui nous amène Ă  la conclusion d'un cliffhanger effroyable de nihilisme afin de mieux fustiger la nature autodestructrice de l'homme ! Immense chef-d'oeuvre j'vous dis. 

A privilégier en Vo.

*Bruno
12.12.13
17.11.22. 4èx vost

La critique: Le Secret de la Planète des Singeshttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/le-secret-de-la-planete-des-singes.html
Les Evadés de la Planète des Singeshttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/les-evades-de-la-planete-des-singes.html
La Conquête de la Planète des Singeshttp://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/la-conquete-de-la-planete-des-singes.html
La Bataille de la Planète des Singes: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/la-bataille-de-la-planete-des-singes.html

mercredi 11 décembre 2013

Le Jouet

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Francis Veber. 1976. France. 1h35. Avec Pierre Richard, Michel Bouquet, Fabrice Greco, Jacques François, Charles Gérard, Gérard Jugnot, Suzy Dyson.

Sortie salles France: 8 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: Francis Veber est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, dialoguiste et producteur français, nĂ© le 28 Juillet 1937 Ă  Neuilly sur Seine. 1976: Le Jouet. 1981: La Chèvre. 1983: Les Compères. 1986: Les Fugitifs. 1989: Les 3 Fugitifs. 1992: Sur la corde raide. 1996: Le Jaguar. 1998: Le DĂ®ner de con. 2000: Le Placard. 2002: Tais-toi ! 2006: La Doublure. 2008: L'Emmerdeur.


Pour sa première réalisation, Francis Veber frappe un grand coup dans la subversion avec Le jouet, une comédie caustique gentiment drôle à travers un sous-texte social ravageur. Sa force implacable émanant de son postulat de départ improbable auquel un gosse de riche décide d'embrigader un quidam empoté dans sa résidence après l'avoir comparé à un jouet de vitrine ! Cette situation risible demeure donc un fameux prétexte chez Veber afin de fustiger une violente charge contre la haute bourgeoisie. Ainsi, à travers le comportement capricieux de cet enfant livré à une totale indépendance et à l'ennui, Francis Veber dénonce sa victimisation auprès d'un père égocentrique corrompu par sa propre richesse. Un milliardaire déshumanisé auprès de son confort ainsi que l'orgueil de son autorité où des milliers d'employés ne sont que ses instruments qu'il peut limoger à sa guise sous prétexte dérisoire. Par conséquent, à travers ce personnage imbus, le réalisateur aborde également le problème du chômage et l'abus de pouvoir chez les entrepreneurs si bien que les prolétaires sont contraints de se plier à une discipline drastique afin de sauvegarder leur emploi.


Mais revenons Ă  notre "pantin humain" auquel l'inĂ©narrable Pierre Richard apporte sa naturelle maladresse mĂŞlĂ©e d'une dose de tendresse. Ce personnage grotesque victime de l'arrogance d'un enfant et de sa condition prĂ©caire tentera finalement d'apprivoiser son Ă©lève de par leur confiance amiteuse et une forme d'autoritĂ© conçue sur le respect d'autrui. C'est Ă  dire Ă©veiller sa conscience par des jeux d'adresse pĂ©dagogiques (Ă  l'instar de leur crĂ©ation d'un journal pour caricaturer la hiĂ©rarchie dictatoriale du père d'Eric) et le ramener Ă  la rĂ©alitĂ© des choses simples de la quotidiennetĂ©. Le tandem que forment nos compères Pierre Richard et le turbulent Fabrice Greco doit beaucoup Ă  la ferveur dĂ©bridĂ©e du rĂ©cit de par leurs facĂ©ties outrĂ©es (le duel au sein de la Garden-party est un moment d'anthologie grinçant !) mais aussi auprès de leur affection commune (l'Ă©pilogue des adieux s'avère vraiment poignant). Enfin, en prĂ©sident impassible dĂ©nuĂ© d'empathie, l'imparable Michel Bouquet adopte une posture rigide afin de caractĂ©riser le parfait symbole du nanti renfrognĂ© manipulant Ă  sa guise le prolĂ©taire rĂ©duit Ă  la coercition. 


Les jouets du président
Parfaitement interprété en alternant avec vigueur ironie acide et douce tendresse, Le Jouet se décline en comédie intelligente pour illustrer avec originalité les dommages irréversibles de la démission parentale mais aussi de la corruption du pouvoir chez les nantis englués dans leur confort. Soutenu de la partition friponne de Vladimir Cosma, ce classique perdure sa force émotionnelle et la dérision de son thème social avec une étonnante liberté de ton !

*Bruno
11.12.13. 3èx

mardi 10 décembre 2013

La Passion du Christ / The Passion of the Christ

                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au siteimdb

de Mel Gibson. 2004. U.S.A/Italie. 2h07. Avec Jim Caviezel, Maia Morgenstern, Hristo Jivkov, Francesco de Vito, Monica Bellucci, Luca Lionello, Hristo Chopov, Rosalinda Celentano, Claudia Gerini.

Sortie sales France: 31 Mars 2004. U.S: 25 Février 2004

FILMOGRAPHIE: Mel Gibson est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 3 Janvier 1956 à Peekskill (Etats-Unis). 1993: l'Homme sans visage. 1995: Braveheart. 2004: La Passion du Christ. 2006: Apocalypto.


Il a Ă©tĂ© transpercĂ© Ă  cause de nos fautes, Ă©crasĂ© Ă  cause de nos crimes; par ses blessures nous sommes guĂ©ris. 
IsaĂŻe 53 700 av JC

Énorme succès Ă  sa sortie, malgrĂ© de vives controverses quant Ă  la reprĂ©sentation graphique de sa violence et aux accusations d’antisĂ©mitisme portĂ©es contre son rĂ©alisateur, La Passion du Christ relate les douze dernières heures de JĂ©sus de Nazareth, de son jugement Ă  sa crucifixion, Ă  travers son chemin de croix.
 
Afin de coller au plus près de la rĂ©alitĂ©, le film est tournĂ© en langue AramĂ©en, HĂ©breu et Latin.  
 

Innommable descente aux enfers d’un martyr religieux livrĂ© Ă  la barbarie des obscurantistes, La Passion du Christ est une Ă©preuve de force Ă©motionnelle que le spectateur subit de plein fouet avec une empathie dĂ©sespĂ©rĂ©e, tĂ©moin impuissant d’un lynchage communautaire. Que l’on soit croyant ou athĂ©e, assister durant plus de deux heures Ă  l’agonie de celui qui prĂŞcha l’amour, le pardon et le don de soi interpelle notre raison face Ă  la vindicte d’une foule manipulĂ©e, de certaines autoritĂ©s religieuses, puis de la brutalitĂ© romaine.

Ă€ travers cette lente agonie oĂą JĂ©sus endure d’innombrables sĂ©vices, entre flagellation et crucifixion, Mel Gibson rend hommage Ă  un symbole de vertu apte Ă  surmonter son calvaire par la foi paternelle et l’amour. Qui plus est, le fait de pardonner Ă  ses tortionnaires leurs exactions sadiques et d’invoquer auprès de ses disciples l’amour de ses ennemis prouve la tolĂ©rance inouĂŻe que ce prophète fut capable de prodiguer afin de rassembler les peuples.

Dans un esprit de provocation jusqu’au-boutiste, Mel Gibson dĂ©range, incommode, Ă©branle, viole notre esprit sans nous demander pardon, et provoque mĂŞme la nausĂ©e Ă  travers des tortures ininterrompues, difficilement soutenables. Mais il ne fait que retranscrire avec une radicalitĂ© quasi documentaire les châtiments corporels d’un homme refusant la moindre repentance pour soulager ses souffrances. C’est aussi, d’une certaine manière, une analogie sur la violence aliĂ©nante d’un monde oĂą l’intĂ©grisme se soumet Ă  l'ignorance pour mieux la perpĂ©tuer.


Vibrant hommage au plus cĂ©lèbre prophète de l'histoire chrĂ©tienne, leçon de tolĂ©rance et d’amour au nom de la piĂ©tĂ©, La Passion du Christ provoque une Ă©motion rugueuse et Ă©prouvante (les âmes sensibles sont priĂ©es d’ĂŞtre averties) et nous questionne Ă©galement sur la nature superstitieuse de l’homme, livrĂ© Ă  ses pulsions haineuses lorsqu’il se heurte Ă  l’incomprĂ©hension de la diffĂ©rence et Ă  la parole contraire. Chemin de croix d’une rare bestialitĂ©, on en ressort aussi bouleversĂ© que commotionnĂ© par son intensitĂ© dramatique, aussi dĂ©munie qu’injustifiĂ©e. 
 
Car La Passion du Christ n’est pas seulement un film sur le supplice d'un martyr, mais sur la faillite morale d'une humanitĂ© incapable de reconnaĂ®tre la lumière lorsqu’elle se prĂ©sente Ă  elle. Gibson transforme les larmes et la douleur en expĂ©rience sensorielle limite, oĂą la souffrance s'exprime en mots, oĂą le pardon devient un acte de rĂ©sistance absolue.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

10.12.13. 2èx


lundi 9 décembre 2013

LABYRINTHE (Labyrinth)

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zonebis.com

de Jim Henson. 1986. U.S.A/Angleterre. 1h41. Avec David Bowie, Jennifer Connely, Shelley Thompson, Christopher Malcolm, Toby Froud.

Sortie salles France: 3 Décembre 1986. U.S: 27 Juin 1986

FILMOGRAPHIE: James Maury "Jim" Henson est un marionnettiste, réalisateur et producteur américain né le 24 Septembre 1936 à Greenville, décédé le 16 Mai 1990 à New-York. Il est le créateur du Muppet Show, de Monstres et Merveilles et des Fraggle Rock (1983 - 1987).
1982: Dark Crystal. 1986: Labyrinthe


Quatre ans après Dark Crystal, Jim Henson renoue avec l'esprit fĂ©erique imposĂ© par le dessinateur Brian Froud pour façonner Labyrinth. Clairement ciblĂ© pour un public enfantin, cette aventure initiatique sur le sens de l'amitiĂ© et la fraternitĂ© ne possède pas la mĂŞme noirceur que son prĂ©cĂ©dant homologue. L'univers dĂ©crit ici Ă©tant beaucoup plus Ă©dulcorĂ© pour illustrer le cheminement de la jeune Sarah, partie Ă  la recherche de son petit frère dans l'antre d'un labyrinthe. Cet endroit sorti de son imaginaire (pour pallier sa solitude, elle se rĂ©fugie dans la littĂ©rature fantastique !) est rĂ©gi par Jareth, roi des gobelins. Pour la caractĂ©risation de ce dandy, on s'Ă©tonne de retrouver le chanteur David Bowie accoutrĂ© ici d'un look vestimentaire excentrique, Ă  l'image de sa longue chevelure blonde taillĂ©e Ă  la serpe ! Alors que Sarah avait prĂ©alablement invoquĂ© le monde des lutins pour se dĂ©barrasser de son cadet turbulent, Jareth et ses sbires auront dĂ©cidĂ© de le kidnapper. Mais en dernier ressort d'une conjuration, elle bĂ©nĂ©ficie d'un ultimatum ! Tenter d'accĂ©der au château des lutins en moins de 13 heures afin de pouvoir rĂ©cupĂ©rer son frère.


A contrario de Dark Crystal, le film allie personnages rĂ©els et marionnettes en peluche en y incluant par intermittence d'Ă©tranges rimes musicales chantonnĂ©es par Bowie. Quand Ă  la linĂ©aritĂ© de l'histoire, elle n'est qu'un prĂ©texte pour invoquer un univers fĂ©erique des plus fantaisistes auquel une multitude de personnages vont entrer en scène pour aider Sarah, ou au contraire, l'induire en erreur dans son itinĂ©raire. La variĂ©tĂ© dĂ©lirante des monstres qu'elle cĂ´toie est l'atout ludique d'une aventure fertile en pĂ©ripĂ©ties oĂą l'humour bon enfant occupe une place de choix. C'est dans la caractĂ©risation humaine des monstres maladroits (Hoggle, Ludo et Didymus) que Labyrinth créé l'attachement. Des hĂ©ros parfois couards mais toujours valeureux qui vont permettre d'unir leur soutien Ă  Sarah, mais aussi lui invoquer au cours de son initiation une leçon de tolĂ©rance sur l'amitiĂ©, la confiance et le pardon. C'est Jennifer Connely qui endosse ce rĂ´le d'adolescente rebelle avec la sensualitĂ© innocente qu'on lui connait mais aussi un jeu naturel inscrit dans la loyautĂ©. 


Si aujourd'hui Labyrinth peut paraĂ®tre un brin dĂ©suet dans ces trucages de matte painting et dans l'Ă©laboration des peluches, le spectacle enfantin n'en reste pas moins sĂ©duisant (le bal masquĂ© est touchĂ© par la grâce !), musical et inventif pour mettre en relief un univers fantasmagorique dĂ©bordant de personnages extravagants.

09.12.13. 4èx
Bruno Matéï  

vendredi 6 décembre 2013

Deranged (Uncut version)

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hdvietnam.com

de Jeff Gillen et Alan Ormsby. 1974. U.S.A. 1h24. Avec Roberts Blossom, Marion Wardman, Cosette Lee, Mickey Moore, Robert Warner, Pat Orr, Marcia Diamond, Leslie Carlson.

FILMOGRAPHIE: Jeff Gillen est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 2 Novembre 1942, dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Juin 1995 en Floride. 1974: Deranged. Alan Ormsby est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© en 1944. 1973: Artists and models ball. 1974: Deranged. 1991: Popcorn (non crĂ©ditĂ©).


TournĂ© la mĂŞme annĂ©e que Massacre Ă  la Tronçonneuse, Deranged se dĂ©cline Ă©galement en petit film indĂ©pendant quelque peu fauchĂ©, semi amateuriste dans sa rĂ©alisation et sa direction d'acteurs, ce qui Ă©tonnamment renforce Ă  merveille son rĂ©alisme ultra glauque n'ayant rien Ă  envier au chef-d'oeuvre de Hooper. Notre duo de rĂ©alisateurs parvenant Ă  transcender ses Ă©ventuelles lacunes en exacerbant avec beaucoup de rĂ©alisme granuleux l'aspect sordide de la quotidiennetĂ© du tueur en y distillant (sans modĂ©ration aucune) une atmosphère glauque des plus insalubres. D'une certaine manière, on peut aussi suggĂ©rer qu'il prĂ©figure une autre perle toute aussi dĂ©viante et marquante rĂ©alisĂ©e Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80, le fameux Pyromaniac de Joseph Ellison. Si bien que l'on retrouve ici le mĂŞme rendu morbide pour les cadavres putrĂ©fiĂ©s installĂ©s, tel des pantins dĂ©sarticulĂ©s, dans la moiteur d'une cuisine irrespirable. Leur physionomie bleutĂ©e rappelant indubitablement les cadavres calcinĂ©s que notre pyromane embaumait pour les rĂ©server dans une chambre secrète parmi sa maman momifiĂ©e. En l'occurrence, le tueur de Deranged la prĂ©serve de la mĂŞme façon pour la choyer parmi l'intrusion d'hĂ´tes aussi dĂ©crĂ©pits.


BasĂ© sur la vĂ©ritable biographie de Ed Gein, Deranged suit donc le train-train quotidien d'un sexagĂ©naire timorĂ©, rendu azimutĂ© depuis la mort de sa maman poule. Avec souci de rĂ©alisme crapoteux pour ausculter sa pathologie schizophrène et un sens du dĂ©tail imparti Ă  la scĂ©nographie de sa vieille bâtisse, le film vĂ©hicule une vĂ©ritable aura mortifère rĂ©solument olfactive. En sa prĂ©sence de nĂ©crophile sexuellement refoulĂ©, nous suivons donc son cheminement de prĂ©dateur Ă  travers son besoin d'assouvir ses pulsions perverses d'esprit vengeur tout en renouant avec l'amour maternel. Sa devise: rechercher des proies fĂ©minines pour y recomposer l'enveloppe corporelle de sa gĂ©nitrice Ă  l'aide de leur chair humaine ! Dans le rĂ´le du demeurĂ© dĂ©ficient, Roberts Blossom impose un jeu authentique de serial-killer sclĂ©rosĂ© auprès de son petit regard Ă  la fois viciĂ© et demeurĂ©. ExacerbĂ© de sa morphologie dĂ©catie plutĂ´t dĂ©charnĂ©e, il rĂ©ussit Ă  dĂ©gager un rĂ©el sentiment d'angoisse, de malaise et d'inquiĂ©tude de manière permanente. La violence âpre, parfois Ă©mĂ©tique Ă©manant de ses exactions putassières demeurant dĂ©rangeant au possible auprès de son comportement d'autant plus sadique. L'odeur de la mort semble mĂŞme s'immiscer dans l'air, Ă  l'instar des murs de sa ferme lorsque un bras coupĂ© fait office d'ornement ! D'ailleurs une sĂ©quence Ă©prouvante a de quoi laisser une trace indĂ©lĂ©bile dans la conscience du spectateur lorsque notre tueur arrache l'oeil d'un cadavre Ă  l'aide d'une cuillère pour ensuite dĂ©couper au couteau sa boite crânienne afin d'extirper avec son couvert la masse gĂ©latineuse du cerveau. Des maquillages ultra crades particulièrement rĂ©alistes que l'on doit au tout jeune nĂ©ophyte, Tom Savini.


Grace Ă  la modestie de son faible budget, d'une rĂ©alisation approximative et du jeu d'acteurs inconnus mais fort convaincants, notamment auprès de leur charisme prolĂ©taire plus vrai que nature,  Deranged  renforce Ă  point nommĂ© le cĂ´tĂ© documentaire de l'entreprise avec une verdeur ultra glauque infaisable aujourd'hui. La partition lugubre composĂ©e Ă  l'orgue ainsi que l'inquiĂ©tante prĂ©sence du sĂ©nile Roberts Blossom renforçant tous azimuts le malaise Ă©prouvĂ© durant cette macabre reconstitution. Une perle de souffre indĂ©crottable au demeurant, Ă  redĂ©couvrir d'urgence pour tous les amateurs d'horreur documentĂ©e estampillĂ©e "Seventie". Mais Ă  rĂ©server Ă  un public averti du fait son climat malsain incroyablement permĂ©able.

P.S: Attention ! La sĂ©quence gore dĂ©crite dans mon article est censurĂ©e chez le Dvd Ă©ditĂ© par Mad Movies mais reste trouvable auprès de certains blogs spĂ©cifiques. Toutefois, cette sĂ©quence reste incluse dans la section bonus du Dvd MM.

*Bruno
02.02.24. 3èx
06.12.13

jeudi 5 décembre 2013

L'As des As

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alligatographe.blogspot.com

de Gérard Oury. 1982. France/Allemagne de l'Ouest. 1h36. Avec Jean-Paul Belmondo, Marie-France Pisier, Rachid Ferrache, Frank Hoffman, Gunter Meisner, Benno Sterzenbach, Florent Pagny.

Sortie salles France: 27 Octobre 1982

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent Ă  Plumes. La Joncque (inachevĂ©). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: FantĂ´me avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


Enorme succès de l'Ă©poque totalisant 5 452 593 entrĂ©es, l'As des as est la seconde association du duo GĂ©rard Oury/Jean Paul Belmondo si bien qu'en 1969 ils tournèrent dĂ©jĂ  ensemble dans Le Cerveau, autre rĂ©ussite commerciale un tantinet plus Ă©levĂ©e (5 547 305 entrĂ©es !). Film d'aventures bondissant renouant un peu avec l'esprit d'Ă©quipe de La Grande Vadrouille, l'As des as est un spectacle calibrĂ© pour toute la famille comme on en voit plus de nos jours. Grâce Ă  un spĂ©cialiste de la mise en scène et Ă  l'Ă©gĂ©rie amiteuse BĂ©bel, l'histoire allie aventure, tendresse et comĂ©die sous l'Ă©gide d'un entraĂ®neur de boxe contraint de sauver des griffes des nazis un enfant orphelin et sa famille juive. De par son savoir-faire traditionnel, GĂ©rard Oury nous concocte une nouvelle fois un pur moment de dĂ©tente truffĂ© de gĂ©nĂ©rositĂ© oĂą la bonne humeur expansive des comĂ©diens renforce sans modĂ©ration son capital sympathique. L'intrĂ©pide BĂ©bel et le petit Rachid Ferrache formant un tandem attachant dans leurs enjeux stratĂ©giques d'y dĂ©jouer l'indignitĂ© du FĂĽhrer en personne, Hitler ! En journaliste insidieuse mais nĂ©anmoins reconnaissante, la charmante Marie France Pisier se charge de courtiser notre aventurier rebelle lors d'un jeu de sĂ©duction aimablement hautain.  


EmaillĂ© d'humour labial et de gags dĂ©sopilants, de bastonnades viriles (bruitages criards Ă  l'appui !) et de cascades parfois impressionnantes (la poursuite en voiture, l'offensive en avion, puis, un peu plus tard, le saut en parachute alors que l'appareil est positionnĂ© Ă  l'envers), l'As des as possède Ă©galement l'atout de ne jamais surenchĂ©rir grâce Ă  une structure narrative des plus habiles multipliant bĂ©vues et quiproquos, (en ce en dĂ©pit d'un final inachevĂ© plutĂ´t sans surprise). Qui plus est, en accumulant ces pĂ©ripĂ©ties d'une aventure exaltante, GĂ©rard Oury se permet d'y parodier le tristement cĂ©lèbre dictateur de l'histoire, Adolph Hitler ! Et pour renchĂ©rir dans la dĂ©rision, notre tyran est accompagnĂ© de sa soeur Angela, une cĂ©libataire fĂ©brile dĂ©guisĂ©e en l'occurrence en travelo ! Ah ah !


ScandĂ© de la partition lyrique de Vladimir Cosma harmonisant les magnifiques paysages des alpes bavaroises et autrichiennes, l'As des as constitue la recette infaillible du divertissement populaire autour de la bonhomie de comĂ©diens animĂ©s par une tendresse amicale. Pour l'anecdote nostalgique, il s'agit du premier film diffusĂ© sur la chaĂ®ne cryptĂ©e, Canal + ! PrĂ©cisĂ©ment, le 4 novembre 1984 Ă  10h du matin ! Intemporel, mais surtout un anti-dĂ©presseur de choix. 

*Bruno Matéï
16.05.22. 4èx
05.12.13.


mercredi 4 décembre 2013

Rabid Dogs / les Chiens enragés / Cani arrabbiati

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Mario Bava. 1974. Italie. 1h36. Avec Riccardo Cucciolla, Don Backy, George Eastman, Lea Lander, Maurice Poli.

FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste italien, né le 31 juillet 1914 à Sanremo, et décédé d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 à Rome (Italie).
Il est considéré comme le maître du cinéma fantastique italien et le créateur du genre dit giallo.
1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crédité),1956 : Les Vampires (non crédité),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crédité),1959 : La Bataille de Marathon (non crédité),1960 : Le Masque du démon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crédité),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La Ruée des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cédité), 1966 : Duel au couteau,1966 : Opération peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelé, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'Île de l'épouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragés,1977 : Les Démons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

 
"Rabid Dogs : le mal roule à découvert".
RestĂ© dans les tiroirs durant plus de 23 ans pour des raisons juridiques - la faillite du producteur survenue avant la fin du tournage - Rabid Dogs s’exhume de l’oubli en 1996, grâce Ă  LĂ©a Landeler, actrice du film, qui en rachète les droits. Sommet du polar poisseux, rappelant les exactions fielleuses des malfrats de La Rançon de la Peur, Rabid Dogs ne manque pas d’audace pour embarquer le spectateur dans un road movie aride et fiĂ©vreux.  
 
Après avoir assassinĂ© un convoyeur et dĂ©robĂ© le magot, un trio de criminels prend en otage une femme, un homme et son fils malade Ă  bord d’une voiture. C’est le dĂ©but d’une virĂ©e cauchemardesque, sillonnant l’autoroute et la province pour le prix de leur survie. 

FrĂ©nĂ©tique, sadique, terriblement pervers. Ces mots me viennent instinctivement Ă  l’esprit pour dĂ©finir ce huis clos infernal, brut de dĂ©coffrage. Avec ces trognes d’ahuris Ă©cervelĂ©s, puant la sueur et dĂ©versant sans rĂ©pit leur verve railleuse sur leurs victimes, Rabid Dogs dresse le portrait d’antagonistes minables, tributaires de leurs bas instincts - euphĂ©misme - . 

Huis clos tendu Ă  l’extrĂŞme, enfermĂ© dans l’habitacle exigu d’une voiture oĂą la chaleur d’un soleil Ă©crasant Ă©puise les corps, Mario Bava prend le pari risquĂ© de maintenir l’intĂ©rĂŞt du spectateur sur un unique itinĂ©raire routier. Pour relancer la tension sans jamais l’Ă©tioler, il enchâsse des rebondissements imprĂ©vus, forçant parfois les personnages Ă  sortir du vĂ©hicule pour croiser des quidams dont l’intrusion renforce l’angoisse. En braquant sa camĂ©ra de façon presque obsessionnelle sur les visages odieux des malfrats, Bava crĂ©e un sentiment de claustration physique et mentale. Le spectateur, pris en otage lui aussi, suffoque dans l’air viciĂ© d’urine, d’alcool et de sang.

HumiliĂ©e, violentĂ©e, la femme otage est rĂ©duite Ă  l’Ă©tat d’esclave, soumise aux sĂ©vices de machistes incapables de canaliser leurs pulsions psychotiques. Dans cette ambiance de folie latente, la tension ne redescend jamais, rythmĂ©e par les vicissitudes que les victimes doivent endurer sans trĂŞve. Une inquiĂ©tude rampante s’immisce aussi : atteindront-ils leur destination ? Et Ă  quel prix ?

Oppressant, malsain, dĂ©rangeant, Rabid Dogs est une Ă©preuve de force, amorale et frontale, qui dĂ©nonce sans fard la dĂ©chĂ©ance de la nature humaine la plus dĂ©pravĂ©e. Car ici, presque tous les personnages, otages ou passants, sont dominĂ©s par la cupiditĂ©, la lâchetĂ© ou la corruption. Il en Ă©mane un road movie erratique, insolent et trivial, oĂą le nihilisme suinte jusqu’Ă  l’os… pour culminer dans une dernière image, insoutenable.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Dédicace à Ciné-Bis-Art
04.12.13. 11.01.26. 3èx

mardi 3 décembre 2013

L' Année de tous les Dangers / The Year of Living Dangerously

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.fr

de Peter Weir. 1982. Australie. 1h55. Avec Mel Gibson, Sigourney Weaver, Linda Hunt, Michael Murphy, Bill Kerr, Noel Ferrier.

Sortie salles France: 1er Juin 1983. Australie: 17 Décembre 1982. U.S: 21 Janvier 1983

Récompense: Oscar du Meilleur second rôle féminin pour Linda Hunt en 1984

FILMOGRAPHIE: Peter Weir est un réalisateur australien, né le 21 Août 1944, à Sydney, Australie.
1974: Les Voitures qui ont mangé Paris. 1975: Pique-nique à Hanging Rock. 1977: La Dernière Vague. 1981: Gallipoli. 1982: l'Année de tous les Dangers. 1985: Witness. 1986: Mosquito Coast. 1989: Le Cercle des Poètes Disparus. 1990: Green Card. 1993: Etat Second. 1998: The Truman Show. 2003: Master and Commander. 2011: Les Chemins de la Liberté.


Dans la lignée de Salvador, La Déchirure et Under Fire, L'Année de tous les dangers traite des prises de risque du journalisme lorsque le reporter en quête de scoop se retrouve expatrié dans un pays despotique. L'action prend pour cadre l'Indonésie au cours de l'année 1965, juste avant le mouvement du 30 septembre. Guy Hamilton, journaliste australien, s'y rend sur place pour nous informer de la situation précaire instaurée au sein d'un peuple affamé où les enfants malades en deviennent les premières victimes. En dehors des autres journalistes qui assistent impuissants à la crise, Guy préfère se rapprocher de l'humaniste Billy Kwan, un nain sino-australien. Au cours de son séjour, il rencontre également une assistante anglaise, Jill Bryant, avec qui il entame une relation amoureuse.


Difficile de retranscrire précisément ses impressions après la projection de L'Année de tous les dangers tant la mise en scène autonome de Peter Weir traite son sujet avec pudeur et subtilité. Il nous transporte au sein d'une aventure humaine où violence et passion s'entrechoquent à travers le cheminement de trois personnages (Guy, Billy et Jill), communément confrontés au désordre politique et à leur propre éthique. Témoins impuissants d'un conflit social en pleine ascension, ils assistent à la montée d'une rébellion communiste prête à s'emparer des armes afin de renverser le pouvoir. Avec l'audace courageuse d'un jeune journaliste en quête de scoop, Peter Weir illustre les risques inconsidérés que certains d'entre eux sont prêts à prendre pour leur intérêt professionnel. Sauf qu'en l'occurrence, Guy Hamilton est rattrapé par son amitié avec un correspondant étranger et l'amour qu'il éprouve pour une diplomate anglaise. Avec une maîtrise affinée, le cinéaste illustre donc la violence (celle de l'autorité de l'armée et de la colère des insurgés) sans une once de sensationnalisme et observe le comportement du trio avec une humanité aussi fébrile que tourmentée. En particulier le cas du jeune Guy Hamilton, partagé entre son devoir de profession et sa raison morale, mais décidant finalement de lâcher prise sur le scoop escompté en privilégiant son idylle passionnelle.

Soutenu par la vibrante partition de Maurice Jarre, restée dans toutes les mémoires, et magnifié par la sobriété de ses interprètes, L'Année de tous les dangers laisse une trace indélébile dans l'esprit du spectateur par son dépaysement imparti à l'Indonésie et par le lyrisme qui émane de ses personnages contrariés. Une des œuvres les plus envoûtantes des années 80 dont le souffle romanesque nous laisse sur un sentiment d'inachevé face à la postérité d'un peuple martyr, prochainement enclin à la violence des combats. Du grand cinéma.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Note: Le film a été interdit en Indonésie jusqu'en 1999 car il montrait par quel concours de circonstances tumultueux et sanglant le dictateur Soeharto arriva au pouvoir

03.12.13. 2èx


lundi 2 décembre 2013

RENDEZ VOUS AVEC LA PEUR (Night of the demon)

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site catswithoutdogs.blogspot.comde

de Jacques Tourneur. 1957. Angleterre/U.S.A. 1h35. Avec Dana Andrews, Peggy Cummins, Niall MacGinnis, Maurice Denham, Athene Seyler, Liam Redmond, Reginald Beckwith, Ewan Roberts.

Sortie salles Angleterre: 17 Décembre 1957

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Jacques Tourneur est un réalisateur anglais, né le 12 Novembre 1904 à Paris, décédé le 19 Décembre 1977 à Bergerac.
1931: Tout ça ne vaut pas l'amour. 1933: Toto. 1933: Pour être aimé. 1934: Les Filles de la concierge. 1939: Nick Carter, Master Detective. 1942: La Féline. 1943: Vaudou. 1943: L'Homme Leopard. 1944: Jours de gloire. 1944: Angoisse. 1946: Le Passage du Canyon. 1947: La griffe du passé. 1950: La Flèche et le flambeau. 1951: La Flibustière des antilles. 1955: Le juge Thorn fait sa loi. 1957: Rendez vous avec la peur. 1957: Poursuites dans la nuit. 1958: La Cible parfaite. 1959: La Bataille de Marathon. 1960: Passage secret. 1961: Fury river. 1963: Le croque-mort s'en mêle. 1965: La Cité sous la mer.


"Chez Tourneur, la plupart du temps, la victoire est minime, les ombres demeurent, et pratiquement rien n'a Ă©tĂ© rĂ©solu. Les hĂ©ros (le mot convient mal aux personnages principaux de Tourneur) vivront avec leurs angoisses. Ils auront simplement appris qu'il y a des puissances extĂ©rieures, des forces surnaturelles et ils devront en tenir compte". Bertrand Tavernier

Grand classique des années 50, Rendez-vous avec la peur joue la carte du fantastique éthéré sous la houlette d'un spécialiste en la matière, Jacques tourneur. Si son chef-d'oeuvre antécédent, La Féline, avait déjà prouvé son talent leste à suggérer une angoisse diffuse, Rendez-vous avec la peur empreinte le même mode opératoire pour mettre en exergue une réflexion sur la superstition et notre croyance au surnaturel.

Venu participer Ă  une confĂ©rence sur la parapsychologie, un Ă©minent psychologue enquĂŞte sur les activitĂ©s occultes du docteur Julian Karswell. Au fil de son investigation, sa rationalitĂ© va ĂŞtre mise Ă  Ă©preuve face Ă  une succession d'Ă©vènements potentiellement surnaturels. 


Modèle de mise en scène dans l'art et la manière de suggĂ©rer l'angoisse, Rendez-vous avec la peur nous confine vers un pĂ©riple tĂ©nĂ©breux au sein d'un univers prisĂ© par la superstition. A travers le tĂ©moignage cartĂ©sien d'un psychologue rĂ©futant toute idĂ©ologie surnaturelle mais confrontĂ© Ă  une sĂ©rie d'incidents inexpliquĂ©s, le film ne cesse de nous interroger sur nos propres croyances et cette peur innĂ©e de l'obscuritĂ©. Avec l'habiletĂ© du faux-semblant, le rĂ©alisateur emploie surtout une dĂ©marche psychologique pour nous douter des Ă©vènements relatĂ©s devant la prĂ©sence d'un psychologue infaillible. L'angoisse qui en Ă©mane n'en est alors que plus trouble et captivante sachant que ce protagoniste saint d'esprit ne peut se laisser persuader par la peur de l'inconnu. A travers son cheminement occulte, Jacques Tourneur nous fait partager son scepticisme devant une sĂ©rie d'Ă©preuves dĂ©concertantes (la tempĂŞte de la forĂŞt, la sĂ©ance de spiritisme) et dangereuses (la poursuite Ă  travers bois, l'attaque du tigre dans la maison du Dr Karswell), tout en insufflant un certain suspense quand au motif d'un fameux parchemin. A l'instar de La FĂ©line ou de Rosemary's Baby, le doute nous reste Ă©mis en suspens quand Ă  la rĂ©alitĂ© des faits exposĂ©s. S'agit-il d'hallucinations collectives exprimĂ©es par l'auto-suggestion d'esprits fragiles tributaires de leurs affres, ou s'agit-il de phĂ©nomènes surnaturels liĂ©s Ă  la dĂ©monologie d'un monstre griffus ?


"Ne jamais perdre son émerveillement face au monde et à tout ce qu'il contient"
En jouant sur la peur insondable de l'inconnu et des superstitions, Rendez-vous avec la peur nous mêle à une étude personnelle sur la matérialisation du Mal en remettant en cause nos convictions cartésiennes. Il en extrait une oeuvre cauchemardesque délicieusement captivante et inquiétante parce qu'elle ne cesse d'opposer la raison et l'irrationnel avec un sens de persuasion lié à la suggestion !

02.12.13. 2èx
Bruno Matéï

vendredi 29 novembre 2013

Philadelphia Security / Fighting Back

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinesud-affiches.com

de Lewis Teague. 1982. U.S.A. 1h36. Avec Tom Skerritt, Michael Sarrazin, Yaphet Kotto, Patti Lupone, David Rasche, Varona Donna, Angelis Gina, Adam Sherman, Pete Richardson, Pat Cooper.

Sortie salles: 21 Mai 1982 (Int - 18 ans)

FILMOGRAPHIE: Lewis Teague est un rĂ©alisateur, monteur, directeur photo et acteur amĂ©ricain, nĂ© le 8 mars 1938 Ă  Brooklyn, New-York, Etats-Unis. 1974: Dirty O'Neil. 1979: The Lady in red. 1980: L'Incroyable Alligator, 1982: Philadelphia Security. 1983: Cujo. 1985: Cat's Eye. 1985: Le Diamant du Nil. 1989: Collision Course. 1990: Navy seals: les meilleurs. 1991: Wedlock.


Habile faiseur de sĂ©ries B Ă  qui l'on doit entre autre l'excellente adaptation de Stephen King, Cujo, un des meilleurs films d'agression canine, Lewis Teague rĂ©alise en 1982 un film d'auto-dĂ©fense aussi curieux que percutant, dans la mouvance d'Un Justicier dans la villeVigilante et du Droit de tuer.

Le Pitch: Un paisible Ă©picier dĂ©cide de fonder un comitĂ© de vigilance suite Ă  l'agression brutale de sa femme et de sa mère par des voyous. Sa popularitĂ© prend une telle ampleur que les mĂ©dias s'emparent du phĂ©nomène. Alors que la police semble dans une impasse pour tenter de le condamner, la politique s'en mĂŞle Ă  son tour afin de l'inciter Ă  se prĂ©senter aux prochaines Ă©lections. 

Film d'action très efficacement menĂ© portĂ© Ă  bout de bras par la persuasion expressive de Tom Skerritt (sans conteste possible le rĂ´le de sa vie), Philadelphia Security rĂ©exploite le concept de la lĂ©gitime dĂ©fense par l'entremise d'une milice avec une ambiguĂŻtĂ© sciemment dĂ©rangeante. 


Si bien que durant le cheminement expéditif de ce héros vindicatif épaulé de sbires particulièrement violents le réalisateur dénonce en filigrane leurs (ex)actions illégales de comportements brutaux où la violence ne fait qu'engendrer une riposte encore plus nauséeuse. En prime, le discours sur le problème de l'insécurité grandissante n'apporte au final que peu de solution (en dépit du nettoyage à sec d'un parc public à nouveau tranquille), si ce n'est que de faire sombrer notre redresseur de tort dans la criminalité comme le souligne son glaçant épilogue aussi amer que malaisant. Quand bien même après nombre de bravoures et ripostes aussi irresponsables qu'irréfléchies, la notoriété de celui-ci est récupérée par l'enthousiasme d'une population désarmée ainsi que par l'influence d'une politique véreuse ne comptant toutefois que sur leur propre intérêt pour accéder à la victoire. Or, Philadelphia Security se permet d'être d'autant plus réaliste qu'il fait appel à un certain aspect docu-vérité auprès de l'évolution morale de notre justicier se perdant peu à peu dans une riposte expéditive tranchée, auprès de son climat urbain tout à fait crédible et auprès de sa violence parfois brutale qui émane au sein des 2 camps adverses (il fut d'ailleurs interdit aux - de 18 ans chez nous). Notamment en se reportant sur sa version originale sous-titrée que je recommande chaudement tant la version française ne possède pas cette même vigueur, cette même aura documentée pour rendre compte de la dégénérescence de cette jungle urbaine soumise à toutes les violences gratuites.


ProfondĂ©ment attachant auprès de son casting taillĂ© sur mesure, ludique par son action en roue libre et bĂ©nĂ©ficiant du savoir-faire de Lewis Teague auprès de sa mise en scène aussi soignĂ©e que musclĂ©e, Philadelphia Security Ă©voque avec intelligence et efficacitĂ© le problème houleux de l'auto-dĂ©fense en dĂ©nonçant les consĂ©quences d'une riposte en herbe dĂ©nuĂ©e ici de prise de conscience, de responsabilitĂ© et de remise en question pour le profil animal de John d'Angelo. Un modeste commerçant peu Ă  peu gagnĂ© par le goĂ»t du sang afin de parvenir Ă  la tranquillitĂ© de sa famille et de son quartier. 
A revoir d'urgence.

*Bruno
21.11.23. 5èx
29.11.13. 

jeudi 28 novembre 2013

La Horde (Prix du Jury Syfy au Festival de Gérardmer, 2010)

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nerdalors.fr

de Yannick Dahan et Benjamin Rocher. 2009. France. 1h34. Avec Claude Perron, Jean-Pierre Martins, Eriq Ebouaney, Yves Pignot, Doudou Masta, Jo Prestia.

Sortie salles France: 10 Février 2010

FILMOGRAPHIE: Yannick Dahan est un journaliste, critique de cinĂ©ma, rĂ©alisateur et scĂ©nariste français. 2009: La Horde. Benjamin Rocher est un rĂ©alisateur français. 2009: La Horde. 2012: Les ProphĂ©tionnels (documentaire).


Inutile de revenir sur les critiques assassines qu'ont essuyĂ© Benjamin Rocher et Yannick Dahan car au bout d'un troisième visionnage je me confirme que ce divertissement bisseux plein de bruit, de fureur, de sang et de sueurs reste une perle du genre d'autant plus dĂ©coifante et convaincante en matière de zombies forcenĂ©s qu'elle est de souche française. C'est d'abord le casting Ă©clectique justement appropriĂ© qui stimule l'aventure parmi la prĂ©sence d'acteurs virils comme on en voit peu dans le paysage français. Confronter notamment un comĂ©dien notoire issue de l'ancienne gĂ©nĂ©ration (le vĂ©tĂ©ran Yves Pignot) Ă  la nouvelle classe de comĂ©diens en herbe dĂ©montre que notre duo de rĂ©alisateurs daignait rassembler des sales gueules belliqueuses spĂ©cialement ciblĂ©es pour leur charisme striĂ©. Le pitch linĂ©aire est Ă©galement des plus efficaces Ă  dĂ©faut de rĂ©volutionner quoique ce soit. Dans un immeuble d'HLM, une troupe de flics vindicatifs doit s'allier avec un gang de malfrats qu'ils combattaient afin de mieux se prĂ©munir contre la menace externe d'une lĂ©gion de zombie. PiĂ©gĂ©s en interne des appartements, ils vont tenter par tous les moyens de se protĂ©ger de leurs agresseurs mais aussi essayer de s'Ă©chapper afin de regagner la ville.


En rendant hommage à Assaut, Zombie et tout un pan du cinéma Bis, Benjamin Rocher et Yannick Dahan ont décidé en toute modestie (budget restreint oblige) de divertir un public friand d'action décérébrée et d'horreur qui tâche. Avec le tempérament furibond de ces anti-héros aux méthodes expéditives et la vigueur de zombies dégénérés, la Horde est conçu à l'instar d'un tour de montagne russe auquel une poignée de survivants n'a de cesse de se déplacer d'un étage à un autre pour les combattre et accéder timidement vers une issue de secours. La brutalité violente des altercations qui en résulte illustre bien les motivations radicales de nos deux réalisateurs, clairement délibérés à proposer un divertissement méchant dénué de moralité (tous les protagonistes, flics compris, sont des réactionnaires bêtas ne comptant que sur leur indépendance) où les éclaboussures de sang (puttassières !) vont abondamment tapisser les mur de béton. Si bien que seul compte la loi du plus fort (aucune indulgence pour les retardataires en porte-à-faux), même si les deux camps adverses s'unifieront pour augmenter leur chance de survie. Aux différents conflits s'oppose notamment un retournement de situation dans la division du groupe (au détour d'une offensive avec les zombies, Aurore va se retrouver séparée avec l'intermédiaire d'un de ces partenaires). Enfin, pour dédramatiser l'intrigue d'une touche ironique, l'arrivée improvisée d'un nouveau venu va venir égayer la troupe avec perversité morbide. Un sexagénaire bedonnant sévèrement impétueux qui n'hésitera pas à dézinguer à la sulfateuse tous les contaminés qui empiéteront leur chemin. Au rythme efficacement soutenu, La Horde va finalement augmenter l'intensité haletante des rixes pour converger vers un point d'orgue destroy ultra jouissif ! A l'image singulière (et très bisseuse !) de ce survivant encerclé par des zombies sur le capot d'une voiture, pour les combattre fougueusement flingues et machette à la main !


Parmi la dĂ©rision de ces dialogues incisifs, le tempĂ©rament fort en gueule de ces anti-hĂ©ros (oĂą la femme pugnace occupe une place de choix) et le rythme toujours plus Ă©chevelĂ© d'une action poisseuse, la Horde  s'Ă©rige en plaisir innocent aussi fun que dĂ©complexĂ©. Un B movie glauque et hargneux Ă  l'ultra violence irascible et Ă  l'Ă©nergie communicative. Le divertissement idoine du samedi soir Ă  privilĂ©gier entre amis, le pack de bières Ă  la main. 

*Bruno
28.11.13.
04.02.25. 3èx

Note subsidiaire: En dépit de son échec commercial et critique, La Horde s'est exporté avec succès en Angleterre, en Italie et au Japon.

Récompense: Prix du jury Syfy à Gérardmer, 2010

28.11.13. 2èx
Bruno Matéï