lundi 3 février 2014

DALLAS BUYERS CLUB

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Jean-Marc Vallée. 2013. U.S.A. 1h57. Avec Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Garner, Denis O'Hare, Steve Zahn, Michael O'Neill, Kevin Rankin.

Sortie salles France: 29 Janvier 2014. U.S: 1er Novembre 2013

FILMOGRAPHIE: Jean-Marc Vallée est un réalisateur et scénariste américain, né le 9 Mars 1963 au Québec.
1992: Stéréotypes. 1995: Les Fleurs Magiques. 1995: Liste Noire. 1997: Los Locos. 1998: Les Mots Magiques. 1999: Loser Love. 2005: C.R.A.Z.Y. 2009: Victoria: les jeunes années d'une reine. 2011: Café de Flore. 2013: The Dallas Buyers Club.


Témoignage de survie contre le Sida, Dallas Buyers Club puise sa densité dans l'intérêt de sa narration fustigeant les compagnies pharmaceutiques ricaines. L'action se situe à Dallas en 1986. Ron Woodroof est un joueur de rodéo homophobe très porté sur le sexe et la drogue. Un jour, il apprend qu'il est déclaré séropositif, quand bien même le médecin lui avoue qu'il lui reste 30 jours à vivre. Refusant de se faire soigner à l'AZT, il décide de se lancer dans la contrebande médicamenteuse afin de prolonger son existence face à des produits beaucoup plus fiables.


De manière dĂ©pouillĂ©e et sans effet de pathos, Jean-Marc VallĂ©e nous livre un drame poignant sur la condition du malade tout en sublimant le portrait d'un homophobe en rĂ©demption. Servi par deux acteurs hors-pair, le film doit beaucoup de son intensitĂ© par la complicitĂ© qu'ils entretiennent Ă  l'Ă©cran. Jared Leto incarnant un jeune homosexuel fragile et extravagant dans sa posture effĂ©minĂ©e, alors que Matthew McConaughey endosse celui d'un cow-boy incontinent mais fugace dans son dĂ©sir de bafouer les rĂ©glementations de son pays. Presque mĂ©connaissables dans une posture famĂ©lique, les comĂ©diens se livrent Ă  coeur ouvert dans leur combat acharnĂ© de daigner repousser la fatalitĂ© de la mort en retardant le plus loin possible sa probation. Ce qui donne parfois lieu Ă  des moments d'Ă©motion bouleversante quand l'un d'eux doit se prĂ©parer Ă  accepter sa dĂ©faite. Cet instant de vĂ©ritĂ© oĂą l'on se refuse Ă  admettre l'inĂ©luctable, le rĂ©alisateur le retransmet avec la dimension du jeu d'acteur oĂą la notion d'injustice est exprimĂ©e par l'affliction du dĂ©sespoir.
Le réalisateur nous fait donc partager leur amitié à travers la cohésion professionnelle dans leur projet émis au "Dallas buyers club". Un centre officieux permettant d'accueillir les malades porteurs du VIH et de les soigner avec une médicamentation illégale mais beaucoup plus fructueuse que celle instaurée dans les hôpitaux. Avec empathie humaine, le réalisateur met en évidence le parcours évolutif de Ron Woodroof, personnage gueulard plutôt rustre mais contraint de cohabiter avec un gay lui permettant ainsi d'éprouver regain de tolérance. Grâce aux produits de substitution, leur parcours drastique à souhaiter prolonger leur vie et celle des malades permet de pointer du doigts l'inefficacité des administrations américaines à négliger sur leur sol des médicaments étrangers beaucoup plus compétents pour le traitement du patient.


Dominé par l'interprétation viscérale de deux acteurs méconnaissables, Dallas Buyers Club tire parti de leur présence humaine avec une vérité aussi poignante que bouleversante. Leur sombre destin s'érige en témoignage humble pour la survie de millions de malades et stigmatise avec lucidité l'hypocrisie de la déontologie médicale. C'était au milieu des années 80, en pleine ascension de l'homophobie et du SIDA, et Ronald Woodroof y laissera son empreinte le 12 Septembre 1992 !

Bruno Matéï

Récompenses: Prix du Public et Prix du meilleur acteur pour Matthew McConaughey au Festival international de Rome 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Loto, Alliance of women film journalists awards 2013.
Meilleur acteur pour Jared Leto, African-American Film Critics Association Awards 2013
Meilleur acteur pour Matthew McConaughey, meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Alliance of Women film journalists Awards 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Austin Film Critics Association Awards 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Black Film Critics Circle Awards 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Boston Online Film Critics Association Awards 2103. 
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Chicago Film Critics Association Awards 2013.
Meilleur acteur pour Matthew McConaughey, meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Dallas-Fort Woth Film Critics Association Awards 2013.
Meilleur acteur pour Matthew McConaughey, meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Detroit Film Critics Society Awards 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Florida Film Critics Circle Awards 2013
Meilleur acteur pour Matthew McConaughey, Gotham Awards 2013
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto: Houston Film Critics Society Awards 2013.
Meilleur acteur pour Matthew McConaughey, meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Las Vegas Film Critics Society Awards 2013.
Meilleur acteur pour Matthew McConaughey, meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Nevada Film Critics Society Awards 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, New-York Film Critics Circle Awards 2013. 
Meilleur acteur pour Matthew McConaughey, meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Phoenix Film Critics Society Awards 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, San Diego Film Critics Society Awards 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Southeastern Film Critics Association Awards 2013. 
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, St-Louis Film Critics Association Awards 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Toronto Film Critics Association Awards 2013.
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Jared Leto, Washington D.C Area Film Critics Association Awards 2013
Desert Palm Achievement Award pour Matthew McConaughey (ex-æquo avec Sandra Bullock), Festival international du film de Palm Springs 2014.
Meilleur Acteur pour Matthew McConaughey, Meilleur acteur de second rĂ´le pour Jared Leto au Critics'Choice Movie Awards 2014.
Meilleur Acteur pour Matthew McConaughey, Meilleur acteur de second rĂ´le pour Jared Leto au Golden Globes 2014.
Meilleur Acteur pour Matthew McConaughey, Meilleur Acteur de second rĂ´le pour Jared Leto au Screen Actors Guild Awards 2014



vendredi 31 janvier 2014

Le Guerrier de l'Espace / Spacehunter adventures in a forbidden zone.

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers.com

de Lamont Johnson. 1983. U.S.A. 1h30. Avec Peter Strauss, Molly Ringwald, Ernie Hudson, Michael Ironside, Andrea Marcovici, Beeson Carroll, Grant Hallianak, Deborah Pratt.

Sortie salles France: 7 Septembre 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lamont Johnson est un rĂ©alisateur, acteur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 30 Septembre 1922 Ă  Stockton (Californie), dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Octobre 2010 Ă  Monterey (Californie). 1967: A Covenant with Death. 1969: Haute tension dans la ville. 1970: L'Evasion du capitaine SchlĂĽtter. 1971: Dialogue de feu. 1972: Requiem pour un espion. 1976: Viol et Châtiment. 1978: Qui a tuĂ© mon cher mari ? 1983: Le Guerrier de l'espace. 1993: La ChaĂ®ne brisĂ©e. 1996: The man next door (tĂ©lĂ©-film). 1997: Le loup et le raven (tĂ©lĂ©-film) .


"Pour sauver trois jeunes femmes prisonnières dans une zone interdite de la galaxie... Un aventurier et une rebelle de l'espace affrontent une planète dont personne n'est jamais revenu !"
 
"Sous le ciel rougi de Terra 11 : errance et tendresse dans Le Guerrier de l’Espace".
Sorti en pleine vague post-nuke inaugurĂ©e par Mad Max, Le Guerrier de l’Espace mĂŞle space opera et western futuriste avec une fougue bonnard. Car si le postulat reste minimaliste — un guerrier solitaire tente de sauver trois jeunes femmes des griffes du dictateur Overdog — l’intĂ©rĂŞt rĂ©side surtout dans les personnages que croise notre hĂ©ros au fil du pĂ©riple. EmbarrassĂ© par une adolescente impertinente, Wolff se voit contraint de s’allier Ă  cette inconnue avant que son vieil ami Washington ne vienne les rejoindre. Le sel du film tient alors Ă  leur rapport conflictuel, oĂą les chamailleries abondent, toujours teintĂ©es d’une tendresse qui s’affirme.

Molly Ringwald, au-delĂ  d’un physique gentiment agrĂ©able, transmet avec spontanĂ©itĂ© et fragilitĂ© cette bohĂ©mienne entĂŞtĂ©e, brute de dĂ©coffrage, dĂ©nuĂ©e d’Ă©ducation. Dans le rĂ´le du chasseur solitaire, Peter Strauss dĂ©tonne : hĂ©ros faussement bourru, il se rĂ©vèle humble, prĂŞt Ă  tendre la main Ă  ses compagnons. Parfois un peu en retrait dans ses Ă©lans hĂ©roĂŻques, l’acteur fait oublier son statut de star de sĂ©rie TV (Le Riche et le Pauvre) par une dĂ©contraction assumĂ©e.

DĂ©favorisĂ© par un budget modeste, Lamont Johnson rĂ©ussit pourtant Ă  dĂ©peindre un univers post-apo photogĂ©nique, confinĂ© Ă  ce dĂ©sert rocailleux de Terra 11. Pour renforcer son Ă©trangetĂ©, le rĂ©alisateur charge l’atmosphère d’un filtre rouge et ocre, solaire et dĂ©pourvu d’urbanisation. Par ses pĂ©ripĂ©ties gentiment trĂ©pidantes et ses dialogues cocasses, il s’appuie Ă  nouveau sur ses personnages — cette fois antagonistes — pour relancer l’intrigue et amuser : nĂ©crophages, monstres gloutons, tribu d’enfants-mutants, amazones, vautours du SuprĂŞme planant dans le ciel…

CĂ´tĂ© mĂ©canique, la gamme d’engins motorisĂ©s — dont un navire scellĂ© sur rail — et le repaire interdit Ă©voquent inĂ©vitablement la scĂ©nographie barbare de Georges Miller et ses ersatz transalpins, tous fidèles au filon post-apo. Si cet univers bricolĂ© prĂŞte aujourd’hui Ă  sourire, il conserve une crĂ©dibilitĂ© bariolĂ©e et rouillĂ©e, mĂŞme si certains maquillages dĂ©lirants (Overdog et ses pinces mĂ©talliques robotisĂ©es en tĂŞte) semblent tout droit sortis d’une BD de science-fiction.


"L’Ă©cho dessinĂ© du dĂ©sert futuriste : poĂ©sie brute d’un post-nuke oubliĂ©".
PortĂ© par un score orchestral Ă©pique et la bonhomie de ses hĂ©ros, Le Guerrier de l’Espace s’appuie sur la simplicitĂ© d’une aventure Ă©culĂ©e et l’ariditĂ© futuriste pour divertir sans prĂ©tention. Il dĂ©gage un charme innocent dĂ©lectable, une formidable sĂ©rie B rĂ©tro que la gĂ©nĂ©ration 80 retrouvera avec une douce pointe de nostalgie.

*Bruno
15.11.11
31.01.14. 
19.11.20. 5èx



jeudi 30 janvier 2014

Le Projet Blair Witch / The Blair Witch Project. Prix de la Meilleure 1ère oeuvre.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez. 1999. U.S.A. 1h21. Avec Heather Donahue, Joshua Leonard, Michael C. Williams, Bob Griffith, Ed Swanson.

Sortie salles France: 28 Juillet 1999. U.S: 30 Juillet 1999

FILMOGRAPHIE: Daniel Myrick, né le 30 Novembre 1962 à Sarasota, Floride (Etats-Unis), est un réalisateur, scénariste, monteur, directeur de la photographie et producteur américain.
1999: Le Projet Blair Witch. 1999: Curse of the Blair Witch (Doc). 2004: The Strand. 2007: Believers. 2009: Ultimate Patrol.
Eduardo Sanchez est un réalisateur, scénariste et producteur américain d'origine cubaine, né le 20 Décembre 1968. 1999: Le Projet Blair Witch. 1999: Sticks and Stones: Investigating the Blair Witch (vidéo). 1999: Curse of the Blair Witch (Doc). 2006: Altered. 2008: Seventh Moon. 2009: ParaAbnormal. 2011: Lovely Molly. 2013: V/H/S 2 (segment: A ride in the Park). 2013: Four Corners of Fear. 2014: Exists.


Succès planĂ©taire vantĂ© plus tĂ´t par internet si bien que les rĂ©alisateurs ont eu l'habiletĂ© de rĂ©pandre une fausse rumeur afin de nous faire croire qu'il s'agissait d'un vrai documentaire auquel les comĂ©diens disparurent rĂ©ellement (idĂ©e juteuse inspirĂ©e par la combine de Deodato avec Cannibal Holocaust !), Le Projet Blair Witch reprend le concept du documenteur (prĂ©nommĂ© depuis Found Footage) avec une efficacitĂ© littĂ©ralement Ă©prouvante. Car Ă  partir d'un pitch simpliste bâti sur la lĂ©gende urbaine d'une sorcière, les rĂ©alisateurs Daniel Myrick et Eduardo Sanchez renouvellent la flippe sur pellicule grâce au procĂ©dĂ© rĂ©aliste de la camĂ©ra portĂ©e Ă  l'Ă©paule. Et si d'autres cinĂ©astes empruntèrent dĂ©jĂ  avec succès cette mĂ©thode d'immersion au plus près du reportage (Punishment Park, C'est arrivĂ© près de chez vous et l'inĂ©vitable Cannibal Holocaust), nos deux compères se sont ici surpassĂ©s pour provoquer une authentique frousse avec leur budget dĂ©risoire avoisinant 75 000 dollars. Outre la vĂ©racitĂ© du jeu (improvisĂ©) des comĂ©diens toujours plus en Ă©tat de marasme, l'impact du Projet Blair Witch Ă©mane de sa scĂ©nographie forestière, environnement opaque de tous les dangers les plus insinueux. 


La manière suggĂ©rĂ©e dont les rĂ©alisateurs s'y entreprennent pour insuffler un climat anxiogène dĂ©coule notamment de l'attitude dĂ©semparĂ©e des protagonistes transpirant sur notre conscience aussi contrariĂ©e que dĂ©munie. Trois jeunes campeurs sans ressource, Ă©puisĂ©s par la fatigue,  la faim, la survie, se retrouvent peu Ă  peu dĂ©sorientĂ©s car piĂ©gĂ©s au coeur d'une forĂŞt tentaculaire lourde de secrets. Essentiel antagoniste du rĂ©cit Ă  l'aura inhospitalière hyper malaisante. FilmĂ© en mode Vhs, la texture granuleuse, tantĂ´t monochrome tantĂ´t sĂ©pia de l'image doivent beaucoup Ă  l'effet d'immersion procurĂ© que le spectateur redoute avec une inquiĂ©tude toujours plus lourde. Car en jouant sur le mythe, la peur du noir et les bruits Ă  la fois insĂ©cures et suspicieux, Ă  l'instar de chuchotements d'enfants ou d'un hurlement lointain, mais en jonglant aussi sur les symboles du vaudou, Le Projet Blair Witch table sur l'autosuggestion afin d'exacerber un sentiment de paranoĂŻa oh combien destabilisant sur nos protagonistes en perte totale de repères. Au malaise diffus subtilement rĂ©pandu, le spectateur semble donc, comme ces protagonistes dĂ©pressifs, aussi impliquĂ© dans l'incomprĂ©hension en redoutant la prochaine vision nocturne avec fascination apeurĂ©e ! Quand bien mĂŞme le fameux point de rencontre Ă©tabli dans les pièces d'une maison insalubre, mĂ©andre dĂ©labrĂ© de l'inconnu, atteindra son apogĂ©e d'une terreur aussi sourde (ou presque) que sournoise ! Moment de pure terreur aussi anthgologique que n'importe quelle sĂ©quence dĂ©moralisante de l'Exorciste de Friedkin


Avec une incroyable efficacitĂ© de suggestion et la persuasion viscĂ©rale des comĂ©diens expressifs, Le Projet Blair Witch fascine, captive, Ă©prouve, dĂ©range au possible avec une anxiĂ©tĂ© dĂ©pressive toujours plus redoutĂ©e. Si bien que rarement au cinĂ©ma une forĂŞt feutrĂ©e n'aura Ă©tĂ© rendue aussi photogĂ©nique, dĂ©lĂ©tère, licencieuse, redoutablement mesquine. Pour preuve, si vous en avez le courage, tentez d'aller faire un tour dans le fourrĂ© de votre rĂ©gion sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ©.

BM
19.03.25. 5èx

RĂ©compenses: Prix de la Jeunesse en 1999
Prix de la meilleure première Ĺ“uvre ayant un budget infĂ©rieur Ă  500 000 dollars, lors des Film Independent's Spirit Awards 2000.


mercredi 29 janvier 2014

I KNOW WHO KILLED ME

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Chris Sivertson. 2007. U.S.A. 1h47. Avec Lindsay Lohan, Julia Ormond, Neal McDonough, Brian Geraghty, Garcelle Beauvais, Spencer Garrett, Gregory Itzin.

Sortie salles U.S: 27 Juillet 2007

FILMOGRAPHIE: Chris Sivertson est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
2001: All Cheerleaders Die (co-réalisateur). 2006: The Lost. 2006: The Best of Robbers. 2007: I know who killed me. 2011: Brawler. 2013: All Cheerleaders Die.


Conspué aux Razzie Awards au point de repartir avec 8 (pires) récompenses, I Know who killed me est loin d'être la daube que tout le monde s'est empressé de décrier. Le problème majeur avec cette série B attachante provient de son scénario aussi déstructuré qu'inabouti où nombres d'incohérences et questions sans réponses fusent. Après avoir été horriblement mutilée, Aubrey réussit in extremis à réchapper à son ravisseur. Recueillie dans un hôpital, elle se réveille avec la certitude de se prénommer Dakota. Persuadée d'avoir une soeur jumelle, elle décide de mener sa propre enquête afin de la retrouver et appréhender le tueur.


Si le dĂ©but du film prĂ©sage un slasher moderne façon tortur'porn, la suite s'oriente plutĂ´t du cĂ´tĂ© du giallo avec son tueur fĂ©tichiste particulièrement inquiĂ©tant, d'autant plus pourvu d'une arme blanche singulière. Quand bien mĂŞme l'Ă©lĂ©ment le plus qualitatif concerne sa mise en scène stylisĂ©e particulièrement raffinĂ©e, renforcĂ©e d'une photographie flamboyante. Et Ă  ce niveau, on sent que le rĂ©alisateur s'est appliquĂ© Ă  fignoler un esthĂ©tisme baroque oĂą la fantasmagorie occupe une place de choix. En brassant les thèmes du double et de la gĂ©mellitĂ©, Chris Sivertson sème doute et confusion Ă  travers les dĂ©rives hallucinogènes d'une hĂ©roĂŻne en perte identitaire ! EgarĂ©e dans les eaux troubles de la schizophrĂ©nie, ou lucide d'avoir Ă©tĂ© piĂ©gĂ©e par une machination, sa quĂŞte de vĂ©ritĂ© est un cheminement tortueux oĂą rĂŞve et rĂ©alitĂ© se confondent afin de mieux nous confiner dans son dĂ©dale mental. Sans user de violence complaisante (mĂŞme si 2/3 sĂ©quences graphiques s'avèrent corsĂ©es), Chris Sivertson privilĂ©gie plutĂ´t le suspense latent auquel la dernière demi-heure va accroĂ®tre son degrĂ© d'intensitĂ©. En prime, son climat irrĂ©el baignant parfois dans une poĂ©sie morbide hĂ©ritĂ©e de Bava (le cercueil de verre et les pĂ©tales de rose bleue) sĂ©duit autant qu'il trouble par son aspect hermĂ©tique ! Si l'interprĂ©tation reste modestement apprĂ©ciable, Lindsay Lohan rĂ©ussit Ă  s'y dĂ©tacher en faisant preuve de plus d'implication pour incarner un double rĂ´le en demi-teinte (l'Ă©tudiante docile vs la prostituĂ©e torturĂ©e).


Trop confus et inachevĂ© pour emporter l'adhĂ©sion, I know who killed me ne manque toutefois pas de charme dans ses qualitĂ©s formelles, dans l'entretien de son climat mystĂ©rieux et baroque afin de se diffĂ©rencier de la sĂ©rie B canonique. Quand Ă  l'issue de l'intrigue, chacun pourra l'interprĂ©ter Ă  sa propre manière, soit en se triturant les mĂ©ninges, ou, Ă  contrario, en acceptant sa trivialitĂ©. 

Bruno Matéï


mardi 28 janvier 2014

AMERICAN BLUFF (American Hustle). Meilleur Film, Golden Globes 2014

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de David O' Russel. 2013. U.S.A. 2h18. Avec Christian Bale, Bradley Cooper, Amy Adams, Jeremy Renner, Jennifer Lauwrence, Robert De Niro, Louis C. K., Alessandro Nivola.

Sortie salles France: 5 Février 2014. U.S: 18 Décembre 2013

FILMOGRAPHIE: David Owen Russel est un scénariste, producteur, acteur et réalisateur américain, né le 20 Août 1958 à New-York.
1994: Spanking the Monkey. 1996: Flirter avec les embrouilles. 1999: Les Rois du Désert. 2004: J'adore Huckabees. 2010: Fighter. 2012: Hapiness Therapy. 2013: American Bluff



Dans la lignĂ©e de l'Arnaque de Georges Roy Hill et de Casino de Scorcese, American Bluff s'institue en fresque flamboyante pour dissĂ©quer les rouages d'une entreprise bâtie sur le mensonge et la manipulation. En 1978, un couple d'escrocs est contraint de nĂ©gocier avec le FBI afin de faire tomber des politiciens vĂ©reux en relation avec la mafia. A partir de ce postulat basĂ© sur des faits rĂ©els, David O' Russel rĂ©alise un film ambitieux traversĂ© de fulgurances dans sa peinture caustique du rĂŞve amĂ©ricain. Avec la participation exceptionnelle d'illustres stars issues de nouvelle gĂ©nĂ©ration et de l'apparition surprise de De Niro (sa confrontation laconique avec le Sheikh fondĂ©e sur le jeu de regard s'avère Ă©poustouflante d'intimidation !), American Bluff nous donne le vertige dans leur vaudeville improvisĂ© au rythme d'une BO disco !


Avec une sidĂ©rante maĂ®trise technique et refus de la convention (notamment celui d'Ă©carter toute forme de sexe et de violence !), David O' Russel transcende la forme d'une reconstitution des annĂ©es 70, Ă  l'instar de la tenue vestimentaire de chacun des protagonistes presque mĂ©connaissables (mention spĂ©ciale pour notre camĂ©lĂ©on Christian Bale, rendu ici bedonnant et apathique !). En ce qui concerne le fond, il dessine scrupuleusement l'Ă©tude psychologique de nos protagonistes avec un sens de loufoquerie inopinĂ©, Ă  tel point qu'Ă  certaines situations, on se demande s'il faut en rire ou s'en inquiĂ©ter ! Jusqu'au point d'Ă©prouver une certaine compassion dans certains revirements tragi-comiques (l'altercation dans les toilettes entre Sydney et Rosalyn SPOILER !!! et la trahison d'Irving avouĂ© au maire devant le dĂ©sarroi de sa famille ! FIN DU SPOILER). Alternant continuellement suspense et tension autour de l'implication des protagonistes mĂŞlĂ©e aux enjeux de conspiration, American Bluff titille nos nerfs dans un surprenant panel d'Ă©motions contradictoires oĂą l'Ă©tude comportementale est assujettie Ă  la manipulation et la trahison. Afin de corser l'intrigue, le rĂ©alisateur structure notamment une romance Ă©quivoque que nos compères vont se disputer sans jamais verser dans l'affrontement physique. Alors que Irving est Ă©pris d'un amour sincère pour Sydney, cette dernière va tenter de compromettre l'agent du FBI afin de prĂ©munir ses propres intĂ©rĂŞts. Une manière ostensible de tester aussi la fiabilitĂ© amoureuse de son amant ! Mais Ă©prouve t'elle rĂ©ellement des sentiments pour l'un et/ou pour l'autre, et qui emportera la mise ? Au mĂŞme moment, Irving, dĂ©jĂ  père d'un jeune garçon, est contraint de supporter la jalousie volcanique de sa jeune Ă©pouse Rosalyn. Avec l'intervention de cette femme dĂ©sinvolte qui ne sait tenir sa langue dans sa poche et qui ose braver les interdits, les stratĂ©gies antĂ©cĂ©demment nĂ©gociĂ©es vont voler en Ă©clat ! SPOILER !!! MĂŞme le spectateur, tĂ©moin attentif de tant de subterfuges et supercheries, finit lui mĂŞme par se laisser berner par l'un des tĂ©moins clef ! FIN DU SPOILER


Sublimant la caricature d'escrocs redoutablement perspicaces et entretenant l'ambivalence dans les rapports conjugaux avec deux femmes pugnaces, American Bluff invoque la satire policière en bousculant nos habitudes de spectateur ! Sur ce point, David O'Russel Ă©branle nos Ă©motions dans un climat fluctuant (voir parfois dĂ©traquĂ© !) et par l'astuce d'un scĂ©nario toujours plus alĂ©atoire ! Outre sa virtuositĂ© technique scrupuleusement dĂ©ployĂ©e, sa sensualitĂ© Ă©rotisĂ©e (les femmes ont un magnĂ©tisme ensorcelant !) et son sens oppressant de la rĂ©partie verbale, American Bluff est Ă©galement un numĂ©ro d'acteurs au diapason, transcendant au passage la cause fĂ©ministe ! Une confrontation impitoyable oĂą ruse et intelligence restent les moteurs essentiels pour s'approprier le pouvoir ! 

Bruno Matéï

La critique de Gilles Rolland : http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-american-bluff

RĂ©compenses attribuĂ©es: 
Golden Globes 2014: Meilleur film, Meilleure Actrice: Amy Adams, Meilleure Actrice de Second RĂ´le pour Jennifer Lawrence.
Alliance of women film journalists Awards 2013: Meilleure Distribution
American Film Institute Awards 2013: Top 10 des meilleurs films de l'annĂ©e. 
Black Film Critics Circle Awards 2013: Meilleur Scénario pour Eric Warren Singer et David O. Russell
Detroit Film Critics Society Awards 2013: Meilleure Distribution
Indiana Film Journalists Association Awards 2013: Meilleure Actrice de second rĂ´le, Jennifer Lawence
Nevada Film Critics Society Awards 2013: Meilleure Actrice de second rĂ´le pour Jennifer Lawrence
New-York Film Critics Circle Awards 2013: Meilleur Film, Meilleure Actrice de second rôle, Jennifer Lawrence, Meilleur Scénario pour Eric Singer et David O'Russell.
New-York Film Critics Online Awards 2013: Meilleure Distribution
Phoenix Film Critics Society Awards 2013: Meilleure Distribution, Meilleurs Costumes.
San Diego Film Critics Society Awards 2013: Meilleure Distribution
San francisco Film Critics Circle Awards 2013: meilleur scĂ©nario original pour Eric Warren Singer et David O. Russell, meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Jennifer Lawrence
Southeastern Film Critics Association Awards 2013: meilleur scĂ©nario original pour Eric Warren Singer et David O. Russell, meilleure distribution
Toronto Film Critics Association Awards 2013: meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Jennifer Lawrence
Festival International du film de Palm Springs 2014: Ensemble Cast Award
AACTA International Awards 2014: Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Jennifer Lawrence
Meilleur scénario original pour Eric Warren Singer et David O. Russell
Central Ohio Film Critics Association Awards 2014: meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Jennifer Lawrence et Meilleure distribution
Critics Choice Movie Awards 2014: Meilleure Distribution, Meilleur Maquillage, Meilleure Comédie, Meilleure Actrice pour Amy Adams
National Society of Film Critics Awards 2014: Meilleure Actrice de second rĂ´le pour Jennifer Lawrence
Screen, Actors Guild Awards 2014: Meilleure Distribution

lundi 27 janvier 2014

MATCH RETOUR (Grudge Match)

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr

de Peter Segal. 2013. U.S.A. Avec Sylvester Stallone, Robert De Niro, Kevin Hart, Alan Arkin, Kiml Basinger, Jon Bernthal, Paul Ben-Victor.

Sortie salles France: 22 Janvier 2014. U.S: 25 Décembre 2013

FILMOGRAPHIE: Peter Segal est un réalisateur, scénariste et producteur américain né en 1962
1994: Y'a t-il un flic pour sauver Hollywood ? 1995: Le courage d'un con. 1996: Président, vous avez dit président ? 2000: La Famille Foldingue. 2003: Self control. 2004: Amour et amnésie. 2005: Mi-temps au mitard. 2008: Max la menace. 2013: Match retour


Match Retour, ou le retour improbable de Stallone dans l'un de ses rĂ´les qu'il affectionne tant au point de lui avoir valu sa renommĂ©e. Comment renouer avec le film de boxe en Ă©pargnant le ridicule quand deux champions sclĂ©rosĂ©s dĂ©cident de s'affronter une ultime fois pour le dernier round de la revanche ? En rĂ©unissant Ă  l'Ă©cran Sylvester Stallone et Robert De Niro, Peter Segal compte sur la confrontation de ces monstres sacrĂ©s afin de relancer l'intĂ©rĂŞt d'une histoire que l'on connait par coeur. En prime, contempler sur l'Ă©cran deux boxeurs en dĂ©clin se combattre une dernière fois pour l'honneur a finalement quelque chose d'Ă©mouvant que le rĂ©alisateur ne va pas manquer de mettre en exergue vers l'issue de leur duel. A travers courage et constance mais aussi un dernier acte solidaire d'empathie et de considĂ©ration jamais entrevu dans l'univers de la boxe, Match Retour laisse exprimer une Ă©motion proprement bouleversante afin d'afficher le caractère noble de la vieillesse. Si le film comporte nombre de clichĂ©s et de bons sentiments (les retrouvailles en demi-teinte de Billy avec un fils qu'il n'a pas connu, l'ex compagne en rĂ©mission prĂŞte Ă  reconquĂ©rir l'amour de sa vie), Match Retour rĂ©ussit Ă  faire passer la pilule grâce Ă  la lĂ©gèretĂ© d'un humour trĂ©pidant ! Sans jamais se prendre au sĂ©rieux, Match Retour n'a donc comme unique optique de concevoir un simple divertissement bâti sur la drĂ´lerie des situations et des joutes verbales. Qui plus est, avec un respect pour ses personnages attachants et sa scĂ©nographie rĂ©tro d'une Ă©poque rĂ©volue, le film entretient l'inĂ©vitable sympathie. 


En boxeur solitaire rattrapĂ© par son ancien alliĂ© et son idylle de jeunesse, Sylvester Stallone invoque sa traditionnelle simplicitĂ© humaine hĂ©ritĂ© de Rocky sans vouloir dupliquer son personnage lĂ©gendaire. Pas d'hommage au rĂŞve amĂ©ricain ni de sens des valeurs donc si ce n'est celui d'estimer le cap de la vieillesse avec humilitĂ©. Ayant dĂ©jĂ  oeuvrĂ© dans Raging Bull, Robert De Niro reprend les gants avec une fougue Ă©loquente (limite parodique parfois, Ă  l'instar de sa reprĂ©sentation d'humoriste lors d'un spectacle de cabaret) afin d'endosser un boxeur bourru habitĂ© par la revanche. Incroyablement sĂ©duisante du haut de ses 60 printemps, Kim Basinger interprète l'ex fiancĂ©e de Razor avec une Ă©motion attendrie afin de renouer les retrouvailles. Si l'actrice ne semble pas toujours pleinement investie dans l'intensitĂ© de ses sentiments, elle rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  dĂ©gager un charme vibrant dont les nostalgiques ne manqueront pas de s'Ă©mouvoir (elle fut l'une des grandes stars des annĂ©es 80 !). En vieil entraĂ®neur plein de sarcasme, Alan Arkin s'avère l'un des personnages les plus irrĂ©sistibles dans ses espiègleries impayables ! Il est secondĂ© par Kavin Hart, assurant une verve presque aussi hilarante dans celui du mentor volubile obnubilĂ© par l'argent. 


On s'attendait sans doute au match de trop avec cet ersatz de Rocky mais grâce au duo improbable constituĂ© par Stallone/De Niro, Ă  la bonhomie charismatique des seconds-rĂ´les et surtout Ă  l'humour qui enveloppe tout le rĂ©cit, Match Retour sort miraculeusement de la redite et laisse en mĂ©moire une rĂ©crĂ©ation attractive pleine d'entrain et d'Ă©motion ! 

Bruno Matéï


vendredi 24 janvier 2014

LA CASA DEL FIN DE LOS TIEMPOS

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site eventosvenezuela.com

de Alejandro Hidalgo. 2013. Venezuela. 1h36. Avec Rosmel Bustamante, Adriana Calzadilla, Gonzalo Cubero, Alexander Da Silva, Guillermo Garcia.

Sortie salles Venezuela: 21 Juin 2013

FILMOGRAPHIE: Alejandro Hidalgo est un réalisateur, scénariste et producteur vénézuélien.
2013: La Casa del fin de Los Tiempos


AccusĂ©e de l'assassinat de son mari et de la disparition de son fils, Dulce est condamnĂ©e Ă  la prison. LibĂ©rĂ©e trente ans plus tard, elle dĂ©cide de retourner dans son ancienne demeure afin de percer le mystère autour de l'enlèvement de son fils. 


Première rĂ©alisation du vĂ©nĂ©zuĂ©lien Alejandro Hidalgo, La Casa del fin de Los Tiempos est une obscure curiositĂ© reprenant le concept de la maison hantĂ©e avec une originalitĂ© peu commune. En dĂ©pit de sa facture tĂ©lĂ©visuelle, le film rĂ©ussit Ă  accroĂ®tre son intĂ©rĂŞt grâce au soin accordĂ© Ă  son ambiance diaphane et surtout Ă  la densitĂ© d'une narration redoutablement affĂ»tĂ©e. A condition de ne pas perdre le fil de l'intrigue en cours de route et de rester concentrĂ© sur la complexitĂ© torturĂ©e des personnages, La Casa del fin de Los Tiempos aborde le thème spatio-temporel et celui de la spiritualitĂ© dans un postulat d'Ă©pouvante oĂą des spectres farceurs n'auront de cesse de persĂ©cuter la famille Rodriguez. Mais il s'agit surtout d'un prĂ©texte pour dĂ©peindre l'histoire d'amour maternelle entre une mère et son fils, sĂ©parĂ©s du jour au lendemain par une obscure machination n'appartenant qu'Ă  l'entitĂ© de la maison. La force du rĂ©cit Ă©mane donc de cette psychologie meurtrie que cette veuve doit endurer depuis plus de 30 ans et sa seconde chance de renouer avec son passĂ© tragique en bouleversant la destinĂ©e de ses proches. Alternant Ă©vènements du passĂ© et du prĂ©sent, Alejandro Hidalgo nous perd parfois dans un dĂ©dale cĂ©rĂ©bral mais dĂ©mystifie la situation dans une dernière demi-heure vertigineuse en rĂ©vĂ©lations. Si le film n'est jamais terrifiant dans ses tentatives escomptĂ©es, il rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  distiller une certaine angoisse latente au sein d'une demeure dĂ©catie magnifiquement Ă©clairĂ©e. Les dĂ©cors baroques se prĂŞtant harmonieusement Ă  l'aspect gothique des pièces et divers objets de la maison, quand bien mĂŞme certains endroits glauques rappelleront aux amateurs les galeries souterraines de l'Au-dela de Fulci. Enfin, le jeu de l'interprĂ©tation est notamment renforcĂ© par l'humanisme prude de chacun des protagonistes, jusqu'aux rĂ´les attribuĂ©s aux enfants malmenĂ©s.


InquiĂ©tant, original et hermĂ©tique, La Casa del fin de los tiempos pourra sĂ©duire les amateurs de curiositĂ© atypique, tandis que d'autres reprocheront peut-ĂŞtre la complexitĂ© d'une intrigue tarabiscotĂ©e (trop) riche en rebondissements. Il s'agit en tous cas d'un cinĂ©ma noble dĂ©diĂ© Ă  l'atmosphère chère au fantastique oĂą la sincĂ©ritĂ© du rĂ©alisateur ne peut ĂŞtre remise en cause. 

Bruno Matéï


mercredi 22 janvier 2014

BAD MILO !

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Jacob Vaughan. 2013. U.S.A. 1h25. Avec Peter Stormare, Ken Marino, Gillian Jacobs, Stephen Root, Patrick Warburton, Mary Kay Place.

FILMOGRAPHIE: Jacob Vaughan est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain.
2006: The Cassidy Kids. 2009: Krentz Presentz: Tyrannosaurus Rex ! 2013: Bad Milo


Dans la veine du cinĂ©ma underground de Frank Henenlotter, Bad Milo succède dignement au maĂ®tre du mauvais goĂ»t dans son esprit dĂ©calĂ© oĂą humour sardonique et gore festif s'allient dans la bonne humeur. Le postulat de dĂ©part est Ă  lui seul une Ă©norme farce de potache lorsqu'un bureaucrate trop stressĂ© finit par procrĂ©er une crĂ©ature irascible par le trou de son anus ! Dès lors, si face Ă  l'adversitĂ© Duncan est Ă©pris d'une contrariĂ©tĂ© ou d'une colère trop lourde Ă  gĂ©rer, Milo sort de son rectum pour leur rĂ©gler des comptes en les dĂ©vorant vivants ! ComĂ©die horrifique menĂ©e sur un rythme sans faille car fertile en rebondissements et jeux de mots impayables (en Ă©pargnant son 1er quart d'heure inoffensif !), Bad Milo ne s'isole pas dans la catĂ©gorie Z tant l'habiletĂ© de sa mise en scène et le jeu des acteurs renforcent le caractère crĂ©dible d'un contexte si improbable.


En prime, l'utilisation judicieuse de sa partition orchestrale (on pense à Gremlins, Critters, voir aussi Elmer) permet d'accentuer sa tonalité mesquine où les gags fusent pour provoquer l'amusement. Qui plus est, sous ses dehors de bad-trip bête et méchant, Bad Milo bénéficie d'un scénario beaucoup plus substantiel qu'il n'y parait. Le film adoptant clairement une analyse psychanalytique (la répercussion de l'absence parentale) afin de disserter sur les effets néfastes du stress quotidien depuis que Duncan a coupé toute relation avec son père. En prime, une satire sociale est notamment allouée au monde de l'entreprise face à l'attitude égocentrique des bureaucrates misant sur leur autorité pour accéder au profit. Le dommage collatéral que subi donc Duncan par la faute de Milo (son moi intérieur) est donc une métaphore sur les effets pervers de la colère. Car cette créature engendrée par son système nerveux va finalement lui permettre de gérer ses angoisses afin d'élucider la fraternité amicale et familiale. En clair, pour vivre en harmonie et trouver l'équilibre de l'épanouissement, usons de notre honnêteté, de notre courage et surtout de notre esprit d'équipe afin de mieux déjouer nos démons.


Sarcastique, débridé et inventif, voir même épris d'une touche de tendresse, Bad Milo est l'étendard du Dtv aussi généreux que sincère dans sa démarche ludique débouchant sur une belle leçon d'éducation, de tolérance et de fraternité. Une belle surprise et un hommage affectueux aux séries B des années 80.
   
Clin d'oeil à Jérome Didierjean
Bruno Matéï


mardi 21 janvier 2014

Charlie Countryman / The Necessary Death of Charlie Countryman

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site comingsoon.net

de Fredrik Bond. 2013. U.S.A. 1h48. Avec Shia LaBeouf, Mads Mikkelsen, Evan Rachel Wood, Rupert Grint, Til Schweiger, Vincent D'Onofrio, Vanessa Kirby, Melissa Leo

Sortie salles France: 7 Mai 2014. U.S: 21 Janvier 2013 (Festival de Sundance)

FILMOGRAPHIE: Fredrik Bond est un réalisateur américain.
2013: Charlie Countryman


Ovni indĂ©pendant sĂ©lectionnĂ© Ă  Sundance, Charlie Countryman brosse le portrait d’un trentenaire esseulĂ©, embarquĂ© dans une aventure houleuse. Lourdement Ă©prouvĂ© par la mort de sa mère, Charlie dĂ©cide de tout plaquer pour s’enfuir Ă  Bucarest. Ă€ bord de l’avion, une rencontre fortuite avec un passager va bouleverser son destin - celui de tisser un lien amoureux avec Gaby, la fille du voyageur… quand bien mĂŞme des tueurs implacables sont dĂ©jĂ  lancĂ©s Ă  leurs trousses.

Love story menĂ©e tambour battant, entre action brute, poĂ©sie surrĂ©aliste et humour caustique, Charlie Countryman a de quoi dĂ©sarçonner le spectateur peu enclin Ă  se laisser happer par une intrigue sommaire, oĂą situations dĂ©lirantes et rencontres absurdes sabotent les conventions. Mais derrière cette apparente lĂ©gèretĂ©, c’est une aventure humaine que Fredrik Bond nous livre avec un lyrisme viscĂ©ral : une rĂ©flexion spirituelle sur les dĂ©routes du hasard, que Charlie tente de dĂ©mystifier dans sa quĂŞte amoureuse.

Outre ses tĂŞtes d’affiche confirmĂ©es (Mads Mikkelsen, Evan Rachel Wood), le film doit Ă©normĂ©ment Ă  la prĂ©sence diaphane de Shia LaBeouf - sans doute son rĂ´le le plus vibrant. L’acteur incarne, avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante, la peur de l’abandon et le vertige de l’Ă©chec. Car Charlie, endeuillĂ©, vacille entre apathie et exaltation, dĂ©terminĂ© Ă  transcender ses failles pour toucher la lumière, fĂ»t-ce au prix de sa vie. Car ici, mourir par amour semble parfois plus logique que vivre sans.

Baignant dans un climat baroque, entre visions spirituelles et absurditĂ© flottante, Charlie Countryman s’offre comme un rĂŞve Ă©veillĂ©, oĂą les comportements dĂ©calĂ©s renforcent la tonalitĂ© d’un monde au bord du rĂ©el. Des instants d’exaltation surgissent, poignants, lorsque les deux amants se laissent happer par le vertige du dĂ©sir… jusqu’Ă  ce que le spectre de Nigel, criminel dominateur, relance une cavale haletante au cĹ“ur d’une Bucarest fantasmatique.


Une vie moins ordinaire.
Conte mĂ©taphysique sur les souvenirs toxiques et la fragile Ă©tincelle de l’instant prĂ©sent - lĂ  oĂą le hasard n’a peut-ĂŞtre jamais eu sa place - Charlie Countryman dĂ©concerte autant qu’il Ă©meut, en cĂ©lĂ©brant la fougue de deux âmes perdues, ivres de rĂ©demption. Au rythme d’une bande rock-Ă©lectro et sous l’emprise de drogues synthĂ©tiques, le film enivre, bouscule, bouleverse… sans jamais chercher l’exceptionnel. Seulement l’humilitĂ© de l’amour.


Dédicace à Pascal Frezzato
Bruno Matéï 


lundi 20 janvier 2014

THE TRUTH ABOUT EMMANUEL

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmzvf.com

de Francesca Gregorini. U.S.A. 2013. 1h36. Avec Kaya Scodelario, Jessica Biel, Alfred Molina, Frances O'Connor, Aneurin Barnard, Jimmi Simpson.

Sortie salles France: Prochainement. U.S: 10 Janvier 2014

FILMOGRAPHIE:  Francesca Gregorini est une rĂ©alisatrice, productrice et scĂ©nariste amĂ©ricaine, nĂ©e le 7 AoĂ»t 1968 Ă  Rome. 
2009: Tanner Hall. 2013: The Truth about Emanuel


Drame psychologique alloué à l'affliction maternelle, The Truth about Emanuel joue la carte de l'intimité avec une pudeur trouble. Sa mise en scène autonome préférant se focaliser sur l'ambiance feutrée d'états d'âme en quête de rédemption. Emmanuel, jeune fille introvertie, ne parvient pas à accepter la mort de sa maman au moment de son accouchement. Un jour, elle fait la rencontre de Linda, une voisine solitaire vivant recluse parmi son nourrisson. Sauf qu'en l'occurrence, le bébé est un jouet de substitution afin de pallier la disparition brutale du vrai rejeton. Pour ne pas la perturber, Emmanuel accepte le jeu d'exercer des séances de baby sitting à son domicile. Au fil du temps et de leur confiance, les deux jeunes femmes finissent par entamer une liaison amicale, jusqu'au jour où la vérité est dévoilée au grand jour !


En cinĂ©aste indĂ©pendante privilĂ©giĂ©e par le Festival de Sundance, Francesca Gregorini Ă©labore une oeuvre fragile toute en psychologie pour ausculter l'alliance amicale de deux femmes Ă©garĂ©es dans les eaux troubles de leur nĂ©vrose. Reposant sur les frĂŞles Ă©paules de Jessica Biel et surtout Kaya Scodelario, The truth about Emmanuel trouve la sobre mesure pour nous Ă©mouvoir avec une discrĂ©tion presque timorĂ©e et parmi l'entremise de plages de poĂ©sie en relation avec la nature (l'eau et les Ă©toiles ont une signification spirituelle dans les songes oniriques d'Emmanuel !). En jouant sur l'exubĂ©rance finaude d'une jeune fille difficilement apprivoisable, Kaya Scodelario Ă©toffe un joli portrait fĂ©minin oĂą ses sentiment de dĂ©sarroi et de culpabilitĂ© ne nous sont pas affichĂ©s en spectacle. Sa sensualitĂ© naturelle littĂ©ralement magnĂ©tique permettant en outre d'extĂ©rioriser un climat d'Ă©trangetĂ© lattent qui va planer durant tout son cheminement. En second plan, Jessica Biel insuffle la mĂŞme tempĂ©rance de composition mais en insistant sur le trouble affectif (plus prĂ©judiciable) d'une femme ruinĂ©e par la perte de son bambin.   


Avec l'alibi d'un Ă©trange script privilĂ©giant l'Ă©motion sobre et avec la cohĂ©sion de deux actrices issues de nouvelle gĂ©nĂ©ration (j'insiste Ă  dire que Kaya Scodelario doit beaucoup de sa prĂ©sence insolite pour prĂ©dominer inquiĂ©tude et empathie), The Truth about Emanuel dĂ©tourne les conventions du drame par une rĂ©alisation sans fioriture, jusqu'au final mystique assez bouleversant. 

Dédicace à Pascal Frezzato
Bruno Matéï

jeudi 16 janvier 2014

Alabama Monroe / The Broken Circle Breakdown

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Felix van Groeningen. 2012. Belgique. 1h52. Avec Veerle Baetens, Johan Heldenbergh, Nell Cattrysse, Geert Van Rampelberg, Nils De Caster, Robby Cleiren, Bert Huysentruyt, Jan Armoise, Blanka Heirman.

Sortie salles France: 28 Août 2013. Belgique: 9 Octobre 2012

FILMOGRAPHIE: Felix van Groeningen est un réalisateur belge flamand, né à Gand en 1977.
2000: 50CC. 2004: Steve + Sky. 2007: Dagen zonder lief (des jours sans amour). 2009: La Merditude des Choses. 2012: The Broken Circle Breakdown

Électrochoc d’une intensitĂ© Ă©motionnelle traumatisante — Ă  tel point que des larmes s’Ă©panchent sur mon clavier au moment mĂŞme oĂą j’essaie d’extĂ©rioriser mes impressions — Alabama Monroe est un drame sur le deuil infantile, vu Ă  travers le prisme dĂ©chirĂ© du couple parental. Le rĂ©alisateur se concentre sur la lente et douloureuse tentative de reconstruction après que leur fille, Maybelle, a Ă©tĂ© emportĂ©e par un cancer.

En alternant les Ă©clats du passĂ© et la dĂ©solation du prĂ©sent, Felix van Groeningen dresse un contraste saisissant entre l’Ă©panouissement amoureux et l’infortune tragique. Lui est chanteur, fĂ©ru de country, athĂ©e et fougueux ; elle, tatoueuse, croyante et spontanĂ©e. Ensemble, ils forment un couple harmonieux, que le mariage scelle pour le meilleur... et surtout pour le pire. Au rythme lancinant de la country, chantĂ©e dans des cabarets usĂ©s aux guichets fermĂ©s, le film nous emporte dans un tourbillon musical, oĂą la peau encrĂ©e et la foi cĂ©leste se rejoignent pour cristalliser une rĂ©flexion intime sur les croyances. Avec une Ă©motion Ă  fleur de nerf, au plus près de l’affliction, le rĂ©alisateur ausculte la fracture entre deux visions du monde : l’idĂ©alisme spirituel d’Élise et le nihilisme rageur de Didier. Jusqu’Ă  ce que les disputes, d’abord anodines, deviennent l’Ă©cho amer d’un drame que chacun reproche Ă  l’autre.

 
Dans ce choc des convictions, oĂą la joie originelle se heurte Ă  l’effondrement, Van Groeningen Ă©rige un hymne existentiel, plantĂ© dans une nature candide, opposant la lumière douce de la rĂ©incarnation au gouffre sans fond de l’anĂ©antissement. Didier, enragĂ©, vomit sa colère contre l’obscurantisme religieux — notamment ce fondamentalisme amĂ©ricain qu’il tient pour responsable du retard scientifique. Élise, elle, tente d’embrasser la fatalitĂ©. Mais l’Ă©preuve les Ă©cartèle. Le point de rupture se rapproche, jusqu’Ă  ce qu’une ultime ouverture vienne bousculer, peut-ĂŞtre, les certitudes du père brisĂ©.


Vivre. Mourir. Mais sans jamais tricher.
Sans pathos ni mièvrerie, grâce Ă  un montage d’une grande justesse, Van Groeningen livre un portrait sensoriel, brut et tendre, de deux ĂŞtres incapables de survivre Ă  leur propre peine, asphyxiĂ©s par un chagrin insurmontable et des philosophies inconciliables. Mais grâce Ă  la puissance incantatoire de la country, et Ă  la trajectoire mystique d’un oiseau en partance, Alabama Monroe s’Ă©lève en Ă©lĂ©gie incandescente, sculptĂ©e dans la croyance. Un film qui bouleverse jusqu’au malaise, traitĂ© avec une pudeur inĂ©branlable, dĂ©chirant jusqu’Ă  l’os, que les comĂ©diens transforment en offrande viscĂ©rale, Ă  vif, au cĹ“ur de leur chair meurtrie.

Public averti.

*Bruno

La critique de La Merditude des Choses (la): http://brunomatei.blogspot.fr/…/la-merditude-des-choses-de-…

Récompenses: César du Meilleur Film Etranger, 2014
Label Europa Cinemas du Meilleur Film européen, Prix du Public Panorama, 2013
Prix du Meilleur Scénario au Festival du film de Tribeca, 2013.
Prix du Public au Festival CPH PIX Ă  Copenhague.
Prix Ensor du Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Montage, Meilleurs Costumes, Meilleure musique, Meilleure Photographie, Meilleure Actrice, Veerle Baetens, Meilleure Direction Artistique, Prix de l'Industrie pour Van Lauwereys au Festival du film d'Ostende.
Meilleure Actrice, Veerle Baetens au European Films Awards Ă  Berlin.
Nomination aux Oscars pour le film en langue étrangère, 2014

Dédicace à Jenny Winter



mercredi 15 janvier 2014

A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. Prix sang neuf, Beaune 2012.


                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movpins.com

de Stefano Sollima. 2012. Italie. 1h30. Avec Pierfrancesco Favino, Filippo Nigro, Marco Giallini, Andrea Sartoretti, Domenico Diele, Roberta Spagnuolo.

Sortie salles France: 18 Juillet 2012. Italie: 27 Janvier 2012

Récompense: Prix sang neuf au Festival International du film policier de Beaune, 2012

FILMOGRAPHIE: Stefano Sollima est un réalisateur italien, né le 4 Mai 1966 à Rome.
2012: A.C.A.B.


Pour rappel, A.C.A.B. (All Cops are Bastards / "Tous les flics sont des batards") est un sigle d'intimidation exploité par les skinheads anglais durant les années 70. Avec souci de réalisme au coeur des affrontements, le film relate la quotidienneté d'un trio de CRS contraints d'exercer leur métier dans un climat de haine omniprésent. A la suite de l'agression sanglante d'un de leur comparse et de la mort d'un policier, ils décident de retrouver les responsables afin d'appliquer la loi du talion.


Témoignage choc d'une Italie en pleine dérive fasciste, Stefano Sollima dresse un constat alarmant d'une société de crise où chômage, racisme et insécurité font bon ménage. A travers la dérive réactionnaire d'une section policière, le réalisateur met en exergue la contagion de la violence quand des CRS sont couramment provoqués par des fouteurs de troubles à la sortie des stades. Contraints de canaliser leur peur et leur colère face à une situation houleuse qui pourrait à tous moments dégénérer, ils doivent éviter l'usage de la matraque pour riposter aux agressions. Défavorisés par leur manque d'effectif, déconsidérés par leur supérieur et réputés comme des "bâtards" par la jeunesse marginale, nos trois comparses doivent également gérer une vie conjugale déstructurée. Cette insécurité régie à l'intérieur des villes découle notamment du traitement de faveur infligé à l'affluence des roms et des sans-papiers. Quand bien même les habitants italiens les plus défavorisés se retrouvent le plus souvent occultés par leur gouvernement afin de récupérer un logement décent. Avec l'entremise de skinhead toujours mieux organisés pour perpétrer leur dictature, Stefano Sollima dresse un état des lieux d'une montée de la xénophobie, que ce soit du camp des délinquants que celui même des forces de l'ordre. Car nos ripoux déboussolés, sévèrement bafoués par le sentiment d'injustice, vont finalement se résoudre à répercuter la même violence gratuite dans leurs pulsions vindicatives. L'intensité du film réside donc dans la pression psychologique de cette milice policière, délibérée à exploiter leur symbole d'autorité pour se venger des humiliations et agressions quotidiennes pratiquées en interne de leur profession.


Baignant dans un climat d'insécurité inquiétant où la tension s'avère toujours aussi progressive (à l'instar de sa BO rock endiablée !), A.C.A.B rend hommage au métier ardu des CRS pour leur flegme imparti au maintien de l'ordre en cas d'évènements populaires. Plus inquiétante est la dérive réactionnaire infligée ici à l'insigne policier et le constat d'échec de la violence urbaine que nos politicards ont finalement engendré par leur laxisme et leur incompétence. Un cri d'alarme édifiant !

Dédicace à Stéphane Passoni
Bruno Matéï