vendredi 9 janvier 2015

La Balance. César du Meilleur Film, 1983.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Bob Swaim. 1982. France. 1h42. Avec Nathalie Baye, Philippe Léotard, Richard Berry, Christophe Malavoy, Jean-Paul Comart, Bernard Freyd, Maurice Ronet.

Sortie salles France: 10 Novembre 1982

FILMOGRAPHIE: Bob Swaim (Robert Frank Swaim Jr.) est un réalisateur et scénariste français, né le 2 Novembre 1943 à Evanston, Illinois, U.S.A. 1971: L'autoportrait d'un pornographe. 1972: Vive les Jacques. 1977: La Nuit de Saint-Germain des Prés. 1982: La Balance. 1986: Escort Girl. 1988: Mascarade. 1992: L'Atlantide. 1994: Parfum de meurtre (télé-film). 1995: Femme de passions (télé-film). 1998: Le Défi. 2004: Nos amis les flics. 2006: Lumières Noires.


Pour faire face Ă  la croissance d'une nouvelle criminalitĂ©, "sauvage" et plus violente, la police judiciaire crĂ©e les Brigades Territoriales, seules unitĂ©s de la police intĂ©grĂ©es dans le tissu urbain de la pègre. Chaque groupe a son propre rĂ©seau d'informateurs sans lequel il ne peut pas travailler. L'informateur ou l'indic est appelĂ© par le milieu "la Balance". 

Gros succès commercial, La Balance rafle trois Césars en 1983: Meilleur film, Meilleur acteur pour Philippe Léotard, Meilleure actrice pour Nathalie Baye. Une reconnaissance méritée pour ce polar sec, nerveux, qui ne prend pas de gants, et qui offre un nouveau regard sur le cinéma de genre français.

Dès les premières minutes, le ton est donnĂ©. Une mise en scène tendue, oĂą Bob Swaim injecte une Ă©nergie brute, hĂ©ritĂ©e de ses origines amĂ©ricaines. Fusillades en plein chaos urbain, poursuites Ă  vif dans les artères sales de Paris, violence frontale : La Balance respire la rue, la sueur, la peur, l'hypocrisie en diable. Rien n’est stylisĂ©. Tout semble arrachĂ© au rĂ©el. On y croit dur comme fer, on est clairement au coeur de l'Ă©poque des annĂ©es 80.

Mais derrière cette efficacitĂ© immĂ©diate, le film distille un poison plus insidieux: celui d’une police gangrenĂ©e, manipulatrice, prĂŞte Ă  broyer ses indics pour remonter la chaĂ®ne. Ici, la justice n’est qu’un rapport de force. On ment, on frappe, on fabrique des preuves si nĂ©cessaire. Et au milieu de ce jeu de dupes, les faibles servent de monnaie d’Ă©change. C’est lĂ  que le film touche juste et fascine constamment tout en provoquant la colère d'une justice sans vergogne.

DĂ©dĂ© et Nicole. Deux âmes cabossĂ©es. Deux survivants qui s’accrochent l’un Ă  l’autre comme Ă  une illusion fragile. Philippe LĂ©otard, hagard, usĂ© jusqu’Ă  la corde, donne Ă  son macro une humanitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e. Nathalie Baye, elle, irradie - dure, vulnĂ©rable, toujours au bord de la rupture. Ensemble, ils ne jouent pas l’amour : ils le quĂ©mandent, dans un monde qui ne leur laissera jamais la place de l’exister. C'est ça le coeur du rĂ©cit ! De nous transcender le superbe portrait d'une romance dĂ©chue.

Autour d’eux, une galerie de seconds rĂ´les plus que solides - Richard Berry, Christophe Malavoy, TchĂ©ky Karyo (salopard plus vrai que nature), Maurice Ronet - compose un univers cohĂ©rent, sans Ă©chappatoire. Chacun joue sa partition dans cette mĂ©canique sale oĂą personne ne sort propre. Aucun hĂ©ros, aucun manichĂ©isme.

Et c’est peut-ĂŞtre lĂ  la vraie force de ce polar impeccablement filmĂ© : refuser l'Ă©chappĂ©e.
Pas de hĂ©ros. Pas de rĂ©demption. Juste une lente descente, oĂą la trahison devient une nĂ©cessitĂ©, et l’amour une faiblesse.

Violent, âpre, profondément humain à travers ce puissant portrait d'amants paumés, La Balance ne cherche pourtant jamais à séduire. Il observe, il écrase ses personnages vers la déroute, il laisse des traces. Comme une nuit infernale dans un Paris qui pue la crasse et la fatalité.

Un polar brut, sans illusion, n'ayant rien Ă  envier Ă  certaines bisseries transalpines du mĂŞme genre dĂ©monstratif. Et l’un des plus marquants des annĂ©es 80.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

01.04.26. 4èx

RĂ©compenses: CĂ©sar du Meilleur Film
CĂ©sar de la Meilleure Actrice, Nathalie Baye
CĂ©sar du Meilleur Acteur, Philippe LĂ©otard


    jeudi 8 janvier 2015

    REC. Prix du Public, Prix du Jury, Gérardmer 2008

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Paco Plaza et Jaume Balaguero. 2007. Espagne. 1h15. Avec Manuela Velasco, Pablo Rosso, Ferran Terraza, Jorge Serrano, Javier Botet, Martha Carbonell.

    Sortie salles France: 23 Avril 2008. Espagne: 23 Novembre 2007.

    FILMOGRAPHIE: Paco Plaza est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© en 1973 Ă  Valence (Espagne). 2002: Les Enfants d'Abraham. 2004: L'Enfer des Loups. 2006: Scary Stories. 2007: REC. 2008: REC 2. 2012: REC 3 Genesis. Jaume Balaguero est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© le 2 Novembre 1968 Ă  LĂ©rida (Espagne). 1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: Scary Stories (A louer). 2007: REC. 2008: REC 2. 2011: Malveillance. 2014: REC Apocalypse.


    Premier volet d'une quadrilogie très inĂ©gale, Rec impressionna sans ambages le public lors de sa sortie, Ă  l'instar de ces prix remportĂ©s Ă  GĂ©rardmer et Ă  Catalogne. Car misant beaucoup sur l'effet de surprise des nombreuses agressions erratiques, le film s'Ă©difie en train-fantĂ´me cartoonesque lorsque les survivants d'un immeuble tentent de se protĂ©ger contre la menace virale d'individus atteints de cannibalisme. Partant du concept en vogue du Found Footage, Rec emprunte la voie du huis-clos pour insuffler sentiment de claustration et poussĂ©e d'adrĂ©naline dans l'enceinte de cet appartement barricadĂ© par les forces de l'ordre.


    La faute incombant au chien d'un propriĂ©taire ramenĂ© chez le vĂ©tĂ©rinaire après avoir contractĂ© une Ă©ventuelle rage. Terriblement contagieux, la police dĂ©cide donc de placer en quarantaine tous les locataires de l'immeuble au moment mĂŞme oĂą une Ă©quipe de pompiers y Ă©taient dĂ©pĂŞchĂ©s après la plainte d'un rĂ©sidant. Enfin, un duo de journalistes qui Ă©taient venus rĂ©aliser un reportage au siège mĂŞme des sapeurs-pompiers se retrouve pris au piège parmi eux. A l'aide d'une camĂ©ra portĂ©e Ă  l'Ă©paule, ils dĂ©cident de filmer leur condition de survie afin de divulguer aux mĂ©dias et Ă  la population la situation alarmiste d'une contagion inexpliquĂ©e. Ultra rĂ©aliste, les deux rĂ©alisateurs comptent donc sur le principe du docu-vĂ©ritĂ© et la persuasion des comĂ©diens en roue libre pour foutre les pĂ©toches et rendre plausible une histoire d'infectĂ©s, juste avant de culminer vers un dĂ©nouement inopinĂ©ment sataniste. A cet Ă©gard, son point d'orgue filmĂ© en vision infra-rouge rĂ©ussit Ă  provoquer un sentiment de peur inusitĂ© en jouant habilement sur la pĂ©nombre d'une pièce ornĂ©e de reliques et documents religieux, et ce avant de nous dĂ©voiler l'apparence famĂ©lique d'un terrifiant individu. Pourvu d'un humour noir sous-jacent mais aussi d'un ton dĂ©calĂ© dans les mouvements de panique, de par les hystĂ©ries et paranoĂŻas collectives, les rĂ©actions imprĂ©visibles des contaminĂ©s furibonds et leurs altercations sanguinaires, Rec exploite Ă  peu de choses près la mĂŞme recette que son binĂ´me Evil-dead pour divertir le spectateur embarquĂ© dans une dĂ©lirante montagne russe.


    Très efficace car aussi rĂ©aliste que ludique Ă  travers son apanage de pĂ©ripĂ©ties horrifiques et jump-scares impromptus (2 demeurent fulgurants au point de rĂ©ellement bondir de son siège !), Rec exploite assez habilement son concept de Found Footage autour d'un huis-clos de tous les dangers. L'idĂ©e finaude de compromettre thĂ©matique virale et possession sataniste apportant Ă©galement un peu de sang neuf au genre Ă©culĂ©. Mais aussi fun et trĂ©pidant qu'il soit, Rec attise finalement plus la rĂ©jouissance que la terreur escomptĂ©e (si on Ă©pargne certains moments chocs impactant et la teneur inquiĂ©tante de son dĂ©nouement infiniment effrayant Ă  marquer d'une pierre blanche). 

    *Bruno
    29.04.23. 3èx

    Récompenses: Prix du Jury, Prix du jeune public, Prix du Public à Gerardmer, 2008
    Prix du Meilleur Film Fantasporto
    Prix du Public, Prix de la critique, Prix du Meilleur Réalisateur, Prix de la Meilleure Actrice (Manuela Velasco) au Festival du film de Catalogne, 2007

      mercredi 7 janvier 2015

      New-York ne répond plus / The Ultimate Warrior


      de Robert Clouse. 1975. U.S.A. 1h35. Avec Yul Brynner, Max von Sydow, Joanna Miles, William Smith, Richard Kelton, Stephen McHattie, Darrell Zwerling, Lane Bradbury, Nate Esformes, Mel Novak...

      Sortie en salles en France le 7 Janvier 1976 (Int - 18 ans)

      FILMOGRAPHIE: Robert Clouse est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 mars 1928, dĂ©cĂ©dĂ© le 4 FĂ©vrier 1997 Ă  Ashland (Oregon). 1970: La Loi du talion. Dreams of Glass. 1973: OpĂ©ration Dragon. 1974: La Ceinture Noire. Les 7 Aiguilles d'or. 1975: New-york ne rĂ©pond plus. 1977: The Pack. De la neige sur les Tulipes. 1978: Le Jeu de la Mort. 1979: The London Connection. 1980: The Kids who Knew to Much (tĂ©lĂ©-film). 1980: Le Chinois. 1981: Force 5. 1982: Les Rats Attaquent. 1985: Gymakata, le Parcours de la mort. 1990: China O'Brien. 1991: China O'Brien 2. 1992: Ironheart.

       
      New-York ne répond plus : western urbain sur terrain cendreux
      SpĂ©cialiste du cinĂ©ma d’action, Robert Clouse signe en 1975 un western d’anticipation rĂ©unissant Ă  l’Ă©cran deux illustres briscards du cinĂ©ma de papa : Max von Sydow et Yul Brynner. PrĂ©curseur de Mad Max 2, New-York ne rĂ©pond plus dĂ©peint, avec des moyens modestes, la lutte de deux clans rivaux pour la sauvegarde d’une semence vĂ©gĂ©tale après une catastrophe Ă©cologique.

      Le pitch : au cĹ“ur de cet affrontement, Carson, mystĂ©rieux solitaire surgissant de nulle part, dĂ©cide de s’interposer pour faire face Ă  une situation dĂ©sespĂ©rĂ©e après une transaction avec le "Baron", leader pacifique devenu fermier d’un potager miraculeusement cultivĂ© par un agronome. Ces graines reproductives, ultime espoir pour l’humanitĂ©, deviennent la mission de Carson, qui, avec l’aide de la fille du Baron, doit se rĂ©fugier dans les tunnels de Manhattan pour rejoindre une Ă®le fertile. Mais l’impitoyable "rouquin" et ses sbires sont prĂŞts Ă  tout pour s’en emparer...

      Sous couvert de bande dessinĂ©e ludique, Clouse livre un rĂ©cit alarmiste, Ă©voquant la dĂ©nutrition (dĂ©jĂ  magnifiquement dĂ©criĂ©e dans Soleil Vert), la rĂ©gression humaine au sein d’une sociĂ©tĂ© vacillante, et les erreurs de jugement propres Ă  une hiĂ©rarchie instable (la bĂ©vue du Baron accusant Ă  tort un voleur de tomate, et la consĂ©quence tragique qui s’ensuit). Il orchestre des affrontements belliqueux entre bandes rivales, juste avant que n’intervienne l’ultime guerrier - incarnĂ© par un Yul Brynner d’une virilitĂ© imperturbable - venu prĂŞter main forte au groupe pacifiste du Baron, qu’endosse un Max von Sydow tout en placiditĂ© et circonspection.


      Ă€ travers l’iconisation de cet Ă©tranger salvateur, on devine l’influence qu’il aura pu exercer sur George Miller et son Mad Max 2, oĂą Mel Gibson incarne lui aussi un hĂ©ros solitaire chargĂ© d’escorter un groupe de survivants vers une terre promise. Ă€ l’instar Ă©galement de John Carpenter dans New-York 1997, Clouse transcende sa maigre enveloppe budgĂ©taire pour dresser un tableau saisissant de dĂ©solation urbaine - immeubles saccagĂ©s, terrains vagues en dĂ©composition - d’un rĂ©alisme brut.
      Sans jamais esquisser un sourire, le film dĂ©ploie une sauvagerie Ă  vif : duels au couteau, lapidations, dĂ©fenestrations, lynchages en communautĂ©, voire la mort hors-champ d’un nouveau-nĂ© abandonnĂ©. L’interdiction aux moins de 18 ans lors de sa sortie s’impose alors comme une Ă©vidence.

      Sa première heure, tendue, enchaĂ®ne combats physiques, stratĂ©gies de survie, trahisons et tentatives d’Ă©vasion pour s’emparer de la denrĂ©e prĂ©cieuse. Mais c’est surtout sa dernière partie, confinĂ©e dans les sous-sols d’un mĂ©tro dĂ©saffectĂ©, qui imprime sa marque au fer rouge. Une longue poursuite haletante et sanglante (la fameuse main tranchĂ©e Ă  la hache dans une situation dĂ©sespĂ©rĂ©e de survie, un rival empalĂ© d’un crochet dorsal !) alors que Carson et la fille du Baron tentent de fuir et de gagner l’Ă®le, traquĂ©s par les assaillants du "rouquin".

      RĂ©alisĂ© avec savoir-faire, menĂ© d’une main nerveuse et d’une narration limpide, New-York ne rĂ©pond plus s’Ă©rige en classique old-school des seventies, post-nuke avant-coureur de la trilogie Mad Max. Abordant les thèmes du sacrifice, du devoir et du courage pour espĂ©rer un monde meilleur, cette solide sĂ©rie B, aussi sombre que rugueuse, rend tangible une urbanisation exsangue, oĂą la violence est mise au service d’un constat sur la dĂ©rive primitive de survivants rĂ©duits Ă  la famine, Ă  la solitude et Ă  la dĂ©chĂ©ance morale.
      PortĂ© avec aplomb par deux vĂ©tĂ©rans au charisme intact, rehaussĂ© d’un score aux accents westerniens, ce rĂ©cit dystopique reste aujourd’hui encore aussi attractif que glacial, barbare, trĂ©pidant.

      Anecdote : lors de sa sortie aux États-Unis, les scènes de combat Ă  l’arme blanche impressionnèrent tellement certains spectateurs que les ventes de couteaux augmentèrent de 2 % pendant l’exploitation du film en salles !

      *Bruno Matéï
      02.06.22. 5èx
      07.01.15. 
      05.02.10.


      mardi 6 janvier 2015

      BOYHOOD. Ours d'Argent du Meilleur Réalisateur, Berlin 2013.

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nightlightcinema.com

      de Richard Linklater. 2002/2014. U.S.A. 2h46. Avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke, Lorelei Linklater, Zoe Graham, Tamara Jolaine, Nick Krause.

      Sortie salles France: 23 Juillet 2014. U.S: 11 Juillet 2014.

      FILMOGRAPHIE: Richard Linklater est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 30 Juillet 1960 à Houston, Texas. 1985: Woodshock (court-métrage). 1988: It's Impossible to learn to plow by reading books. 1991: Slacker. 1993: Génération Rebelle. 1995: Before Sunrise. 1996: SubUrbia. 1998: Le Gang des Newton. 2001: Waking Life. 2001: Tape. 2003: Rock Academy. 2004: Before Sunset. 2005: Bad News Bears. 2005: Fast Food Nation. 2006: A Scanner Darkly. 2008: Inning by inning: a portrait of a coach (doc). 2009: Me and Orson Welles. 2012: Bernie. 2013: Before Midnight. 2014: Boyhood. 2015: That's What I'm Taljing About.


      Chronique familiale centrée sur le cheminement initiatique d'un enfant de 6 ans jusqu'à l'âge de sa majorité, Boyhood présente la particularité d'avoir été tourné durant plus de 12 ans afin de coller au plus près de la transformation physique des personnages. Pas de recours au maquillage donc ou de substituer l'acteur par un sosie pour divulguer leur nouvelle morphologie de maturité, mais simplement miser sur la présence naturelle de comédiens physiquement marqués par l'avancement de l'âge. Cet aspect inédit et couillu d'avoir osé suivre durant 12 longues années leur croissance physique engendre un parfum d'authenticité assez troublant dans la peinture de cette famille frappée par les aléas de l'existence.


      Le rĂ©alisateur comptant notamment sur le jeu naturel de ces comĂ©diens confondants d'aplomb ou de spontanĂ©itĂ© dans leur condition humaine en constante mutation. Particulièrement le jeune Ellar Coltrane se fondant dans la peau d'un adolescent discret avec retenue et sagesse de son caractère flegme. Par son tempĂ©rament docile et tolĂ©rant s'y dĂ©gage une sobre Ă©motion d'une intensitĂ© parfois accrue dans le reflet de ses sentiments. Fresque fleuve Ă©talĂ©e sur une durĂ©e de 2h46, Boyhood transfigure l'intimisme d'une famille dĂ©sunie avec un sens de vĂ©ritĂ© proche du reportage. On peut peut-ĂŞtre mĂŞme Ă©voquer une certaine allusion au cinĂ©ma de John Cassavetes dans certains sujets traitĂ©s et la manière prude dont Richard Linklater filme les sentiments des personnages parmi la vĂ©racitĂ© de leur fragilitĂ© humaine. En abordant les thèmes universels de la famille, de l'amour, de la rĂ©ussite professionnelle, de la pubertĂ©, de la maturitĂ©, de l'Ă©ducation parentale, puis ceux, plus graves, du divorce, de l'alcoolisme et la violence au sein du couple, Boyhood se condense en hymne Ă  la vie du point de vue d'un adolescent en Ă©veil de raisonnement. Le spectateur observant mĂ©ticuleusement les points essentiels de son Ă©volution Ă  travers le tĂ©moignage de la responsabilitĂ© parentale, des camarades de classe, des premiers flirts de l'amour puis la dĂ©ception qui s'ensuit avant de renouer avec l'optimisme d'une nouvelle rencontre. La manière habile et scrupuleuse dont la mise en scène fait preuve pour vĂ©hiculer l'Ă©motion est entièrement adaptĂ©e Ă  la caractĂ©risation autonome des personnages confrontĂ©s au dĂ©sordre de l'existence (la dĂ©sillusion amoureuse, la discorde parentale, la crainte de l'Ă©chec, la peur de la solitude) mais Ă©pris d'une inĂ©vitable ambition Ă  braver les difficultĂ©s sociales et humaines. C'est Ă  dire celles de concrĂ©tiser leur carrière professionnelle, affirmer l'estime de soi et continuer de cueillir les nouvelles rencontres.


      Sans aucun artifice dans son souci avisĂ© de filmer la vie dans sa plus sobre intimitĂ©, Boyhood Ă©vite tout Ă©cueil de complaisance ou de pathos pour faire naĂ®tre l'Ă©motion. Outre la virtuositĂ© de la mise en scène documentĂ©e, le cinĂ©aste misant sur la candeur des ces comĂ©diens habitĂ©s par la fougue existentielle et la passion des sentiments, sans fioriture et encore moins d'emphase. 

      Bruno Matéï

      Récompenses:
      Festival international du film de Berlin 2014 :
      Ours d'argent du meilleur réalisateur pour Richard Linklater
      Reader Jury of the Berliner Morgenpost
      Prize of the Guild of German Art House Cinemas
      Festival international du film de Melbourne 2014 : People's Choice Award du meilleur film (1re place)
      Festival international du film de Saint-Sébastien 2014 : Grand prix de la FIPRESCI7
      Festival international du film de San Francisco 2014 : Founder’s Directing Award pour Richard Linklater
      Festival international du film de Seattle 2014 :
      Golden Space Needle du meilleur film
      Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
      Meilleure actrice pour Patricia Arquette
      South by Southwest 2014 :
      Louis Black Lone Star Award
      Special Jury Recognition
      American Film Institute Awards 2014 : top 10 des meilleurs films de l'année
      Boston Society of Film Critics Awards 2014 :
      Meilleur film
      Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
      Meilleure distribution
      Meilleur scénario pour Richard Linklater (ex-æquo avec Alejandro González Iñárritu pour Birdman)
      Meilleur montage pour Sandra Adair
      British Independent Film Awards 2014 : meilleur film indépendant international
      Chicago Film Critics Association Awards 2014 :
      Meilleur film
      Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
      Meilleure actrice pour Patricia Arquette
      Gotham Awards 2014 : Audience Award
      Los Angeles Film Critics Association Awards 2014 :
      Meilleur film
      Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
      Meilleure actrice pour Patricia Arquette
      Meilleur montage pour Sandra Adair
      National Board of Review Awards 2014 : top 2014 des meilleurs films
      New York Film Critics Circle Awards 2014 :
      Meilleur film
      Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
      Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Patricia Arquette
      Washington D.C. Area Film Critics Association Awards 2014 :
      Meilleur film
      Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
      Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Patricia Arquette
      Meilleur espoir pour Ellar Coltrane
      National Society of Film Critics Awards 2015 :
      Meilleur réalisateur pour Richard Linklater (1re place)
      Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Patricia Arquette (1re place)
      Meilleur film (2e place)

      lundi 5 janvier 2015

      DRACULA, PERE ET FILS

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site team-hush.org

      d'Edouard Molinaro. 1976. France. 1h35. Avec Bernard Menez, Christopher Lee, Marie-Hélène Breillat, Catherine Breillat, Bernard Alane, Jean-Claude Dauphin.

      Sortie salles France: 15 Septembre 1976

      FILMOGRAPHIE: Edouard Molinaro est un réalisateur et scénariste français, né le 13 Mai 1928 à Bordeaux, en Gironde, décédé le 7 Décembre 2013 à Paris.
      1958: Le Dos au mur. 1959: Des Femmes disparaissent. 1959: Un Temoin dans la ville. 1960: Une Fille pour l'été. 1961: La Mort de Belle. 1962: Les Ennemis. 1962: Les 7 Pêchers capitaux. 1962: Arsène Lupin contre Arsène Lupin. 1964: Une Ravissante Idiote. 1964: La Chasse à l'Homme. 1965: Quand passent les faisans. 1967: Peau d'Espion. 1967: Oscar. 1969: Hibernatus. 1969: Mon Oncle Benjamin. 1970: La Liberté en Croupe. 1971: Les Aveux les plus doux. 1972: La Mandarine. 1973: Le Gang des Otages. 1973: L'Emmerdeur. 1974: L'Ironie du sort. 1975: Le Téléphone Rose. 1976: Dracula, père et fils. 1977: L'Homme pressé. 1978: La Cage aux Folles. 1979: Cause toujours... tu m'intéresses ! 1980: Les Séducteurs. 1980: La Cage aux Folles 2. 1982: Pour 100 briques t'as plus rien... 1984: Just the way you are. 1985: Palace. 1985: L'Amour en douce. 1988: A gauche en sortant de l'ascenseur. 1992: Le Souper. 1996: Beaumarchais, l'insolent. 1996: Dirty Slapping (court-métrage).


      ComĂ©die pittoresque tournĂ©e vers la fin des annĂ©es 70, Dracula, père et fils exploitait le filon en vogue de la parodie parmi l'association improbable d'un duo de comĂ©diens antinomiques. C'est d'ailleurs ce que nous suggère l'intrigue puisque, après avoir fui la Roumanie communiste pour s'expatrier en France, Dracula, père et fils, se retrouvent en rivalitĂ© afin de courtiser une jolie pubard ! Dans sa condition prĂ©caire d'ĂŞtre mi-vampire, mi-humain et avant de pouvoir s'Ă©manciper de sa dĂ©veine, Ferdinand essaie de ressembler Ă  son père mais se retrouve travailleur immigrĂ© dans une province touchĂ©e par le chĂ´mage. De son cĂ´tĂ©, après s'ĂŞtre exilĂ© en Grande-Bretagne, et fort de sa stature aristocrate, Dracula est rapidement enrĂ´lĂ© pour accepter le rĂ´le d'un vampire dans une production horrifique. Si Ferdinand s'acharne infructueusement Ă  se nourrir de sang frais en essayant de mordre Ă  maintes reprises de quelconques victimes, Dracula est tombĂ© sous le charme de Nicole abordĂ©e sur le plateau du tournage. Tout aussi amoureux, son fils va tout mettre en oeuvre pour la sauvegarder de la morsure immortelle de son père !


      Il fallait oser, faire rĂ©unir Ă  l'Ă©cran le lĂ©gendaire Christopher Lee et le boute-en-train Bernard Menez sous l'Ă©gide du rĂ©alisateur de l'Emmerdeur et de la Cage aux Folles ! Vaudeville horrifique centrĂ© autour des vicissitudes de Dracula et de son fils, car communĂ©ment Ă©pris de rivalitĂ© filiale, Dracula, Père et Fils peine Ă  insuffler une quelconque drĂ´lerie dans son lot de gags visuels ou verbaux aussi obsolètes que lourdingues. EpaulĂ© d'un Christopher Lee manifestement gĂŞnĂ© d'avoir eu Ă  participer Ă  telle pantalonnade, la comĂ©die prĂŞte plus Ă  engendrer le timide sourire dans son lot de situations farfelues incrĂ©dules. NĂ©anmoins, en faisant preuve d'indulgence et d'un soupçon de nostalgie, l'aventure peut tout de mĂŞme s'avĂ©rer sympathique parmi la complicitĂ© improbable de nos deux comĂ©diens. Si son analyse sur le paraĂ®tre (notamment celle de Ferdinand dans sa condition de faux vampire !), le chĂ´mage et la situation des immigrĂ©s au milieu des annĂ©es 70 fait preuve de luciditĂ© Ă  opposer l'inĂ©galitĂ© des classes sociales et le besoin d'affirmation (le cheminement Ă©volutif de Ferdinand), le scĂ©nario peine malgrĂ© tout Ă  captiver par son manque de drĂ´lerie et la mollesse d'une rĂ©alisation peu inspirĂ©e.


      InĂ©vitable nanar franchouillard Ă  l'humour bon enfant, Dracula, père et fils peut engendrer la sympathie dans ces facĂ©ties archaĂŻques Ă  rĂ©pĂ©tition et dans l'effet de curiositĂ© imparti au duo insolent, Christopher Lee/Bernard Menez.

      Bruno Matéï
      2èx

      vendredi 2 janvier 2015

      Peur Bleue (Silver Bullet)

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

      de Daniel Attias. 1985. U.S.A. 1h35. Avec Gary Busey, Everett McGill, Corey Haim, Megan Follows, Robin Groves, Leon Russom.

      Sortie salles France: 15 Janvier 1986. U.S: 11 Octobre 1985

      FILMOGRAPHIE: Daniel Attias est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 4 DĂ©cembre 1951 Ă  Los Angeles. 1985: Peur Bleue.

       
      "La BĂŞte et l’Enfant : Stephen King en sĂ©rie B solaire".
      Adaptation dĂ©gingandĂ©e d’un roman de Stephen King, Peur Bleue trouva pourtant son public -- principalement adolescent -- lors de sa sortie en salles puis en VHS, au point qu’aujourd’hui encore, certains aficionados lui vouent un statut de classique bisseux.

      Le pitch : alors qu’un loup-garou sème la mort dans une bourgade bucolique du Maine, le jeune paraplĂ©gique Marty en vient Ă  soupçonner le rĂ©vĂ©rend local d’ĂŞtre la bĂŞte sanguinaire. Avec l’aide de sa sĹ“ur et de son oncle, il façonne une balle d’argent pour tenter d’en finir. 

      Sur la foi d’un scĂ©nario superficiel et elliptique, d’une rĂ©alisation passable mais appliquĂ©e, et de situations parfois farfelues (Marty hurlant dans une grange pour alerter un tracteur assourdissant Ă  l’extĂ©rieur !), Peur Bleue ne rĂ©volutionne guère l’inspiration du maĂ®tre King.
       

      Et pourtant — aussi improbable que cela paraisse — le film sĂ©duit, portĂ© par une Ă©motion naĂŻve et un charme de village solaire oĂą chaque âme se croise en douce harmonie. On croirait frĂ´ler un Spielberg champĂŞtre, ou l’innocence rebelle d’un Stand by Me. Peur Bleue ensorcelle l’Ĺ“il et le cĹ“ur par sa fantaisie horrifique de hasard. Bien menĂ© dans son rythme de croisière — entre enquĂŞte maladroite, braconnage nocturne, poursuites haletantes et morsures sanglantes — il se pare parfois d’un sang inattendu (le prologue en tĂŞte) tandis que ses mĂ©tamorphoses minimalistes, latex bricolĂ© en renfort, conservent une touche artisanale presque attendrissante.

      Mais si cette aventure sans surprise Ă©vite le naufrage, elle le doit Ă  ses hĂ©ros bonnards et bancals : l’oncle obtus et jovial, protecteur de fortune, que Gary Busey incarne d’une bonhomie gentiment grotesque ; et surtout Marty, petit paralytique Ă  l’innocence nue, que Corey Haim habite de sa douceur vive, entre camaraderie frondeuse et conflits tendres avec sa sĹ“ur.


      Soutenu par la voix d’une narratrice suave murmurant l’amour filial sur une mĂ©lodie attendrie, Peur Bleue illustre la dĂ©finition du « plaisir innocent » : une sĂ©rie B brinquebalante, sincère dans sa maladresse, touchante dans sa modestie. Ce sera l’unique incursion de Daniel Attias au cinĂ©ma, avant qu’il ne se rĂ©fugie dans le confort du petit Ă©cran. Ă€ prioriser aux nostalgiques d’un cinĂ©ma d’Ă©poque, quand le charme ludique se buvait encore au parfum du magnĂ©toscope.

      Bruno 
      25.11.21. 4èx
      18.08.24. 5èx. Vostfr

      jeudi 1 janvier 2015

      Jason et les Argonautes / Jason and the Argonauts

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers.com

      de Don Chaffey. 1963. U.S.A/Angleterre 1h44. Avec Todd Armstrong, Nancy Kovack, Gary Raymond, Laurence Naismith, Nigel Green, Niall MacGinnis.

      Sortie salles France: 9 Octobre 1963. U.S: 19 Juin 1963

      FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Don Chaffey est un réalisateur britannique, né le 5 Août 1917 à Hastings, décédé le 13 Novembre 1990 à L'île Kawau (Nouvelle-Zélande).
      1963: Jason et les Argonautes. 1966: Un million d'années avant J.C. 1967: Les Reine des Vikings. 1968: Du sable et des diamants. 1977: Peter et Elliott le dragon. 1978: La Magie de Lassie. 1979: C.H.O.M.P.S.


      Chef-d’Ĺ“uvre du film d’aventures mythologiques, Jason et les Argonautes s’impose comme le plus Ă©clatant reprĂ©sentant d’un genre auquel le regrettĂ© Ray Harryhausen offrit son gĂ©nie artisanal, avec une maĂ®trise sans faille.

      Afin de reconquĂ©rir le trĂ´ne de son père, mort vingt ans plus tĂ´t, Jason doit rejoindre la Colchide et s’emparer de la Toison d’or. Gouvernant alors le royaume, le souverain PĂ©lias lui confie cette mission pĂ©rilleuse - prĂ©tendument bĂ©nie par les dieux - pour sauver son peuple de la misère. Mais l’expĂ©dition dissimule une ruse : s’approprier la Toison avec la complicitĂ© de son propre fils, que Jason accepte d’intĂ©grer Ă  son Ă©quipage. ÉpaulĂ© par une armĂ©e d’Argonautes stoĂŻques, il embarque Ă  bord d’un navire pour un pĂ©riple aussi long qu’Ă©prouvant.


      Spectacle flamboyant, portĂ© par une succession quasi ininterrompue de morceaux de bravoure surrĂ©alistes, Jason et les Argonautes est un Ă©blouissement visuel auquel le maĂ®tre du stop-motion apporte une contribution dĂ©cisive, donnant chair Ă  d’incroyables crĂ©atures issues de la mythologie grecque. De la rĂ©surrection de Talos, gĂ©ant de bronze rubigineux, au harcèlement de deux harpies auprès d’un vieil aveugle affamĂ© ; de l’intervention d’un dieu marin pour libĂ©rer le navire coincĂ© entre deux roches, Ă  l’assaut d’une hydre Ă  sept tĂŞtes ; jusqu’Ă  l’affrontement belliqueux d’une armĂ©e de squelettes - hommage assumĂ© que Sam Raimi rendra plus tard dans Evil Dead 3 - cette armada monstrueuse dĂ©cuple l’intensitĂ© du rĂ©cit sous l’autoritĂ© sagace d’Argonautes en quĂŞte de trĂ©sor. Le sentiment d’Ă©merveillement nĂ© de ces instants de pure poĂ©sie, leur enchaĂ®nement fluide au sein d’une structure narrative captivante, cĂ©lèbrent aussi la fraternitĂ© altruiste des hĂ©ros : des combattants dont la force d’âme et le courage s’unissent pour dĂ©jouer les subterfuges de traĂ®tres mĂ©galos, les caprices de dieux goguenards, et surtout affronter l’hostilitĂ© imprĂ©visible de crĂ©atures pernicieuses.


      PortĂ© par le score Ă©pique de Bernard Herrmann, insufflant une harmonie vibrante Ă  la fureur des combats, et par l’aplomb de comĂ©diens animĂ©s par l’esprit d’Ă©quipe et la bravoure, Jason et les Argonautes conserve intact son pouvoir de fascination, grâce Ă  la vĂ©locitĂ© d’une mise en scène rendant un hommage Ă©clatant au bestiaire immortel de Ray Harryhausen.

      — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
      25.12.25. 5èx. Vostf


      mardi 30 décembre 2014

      A HISTORY OF VIOLENCE

                                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ign.com

      de David Cronenberg. 2005. Allemagne/U.S.A. 1h36. Avec Viggo Mortensen, Maria Bello, Ashton Holmes, Ed Harris, William Hurt, Heidi Hayes.

      Sortie salles France: 2 Novembre 2005. U.S: 30 décembre 2005

      FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada).
      1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage,1979 : Fast Company, 1979 : Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone, 1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants,1991 : Le Festin nu, 1993 : M. Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014: Maps to the Stars.


      Jeu de massacre segmentĂ© en trois actes, History of Violence relate l'odyssĂ©e meurtrière d'un paisible restaurateur amĂ©ricain, un père de famille sans histoire mais dont le passĂ© criminel va ressurgir depuis l'intrusion fortuite de tueurs professionnels au sein de son foyer. Après avoir Ă©chappĂ© Ă  la mort et sauvĂ© la clientèle de son restaurant braquĂ©, Tom Stall devient du jour au lendemain un hĂ©ros aux yeux des mĂ©dias et de sa population. Mais alors qu'il pensait avoir mis un terme avec son ancienne identitĂ©, un trio de mafieux a dĂ©cidĂ© de prendre leur revanche et de le rappeler Ă  la raison de sa culpabilitĂ©. 


      RĂ©flexion sur l'influence et l'endoctrinement de la violence (voir les rĂ©percussions qu'elle peut engendrer chez l'Ă©pouse et le fils de Tom Stall !), sur la rancoeur convergeant Ă  la rĂ©bellion et les consĂ©quences de la lĂ©gitime violence, David Cronenberg provoque un malaise trouble dans le cadre rassurant d'un quotidien bafouĂ© par la paranoĂŻa du danger. Sa mise en scène scrupuleuse prenant soin de dessiner le portrait d'une famille en crise depuis les consĂ©quences traumatisantes d'une violence explosive au sein de leur intimitĂ©. Avec rĂ©alisme dĂ©rangeant, Cronenberg dresse le constat de la corruption de la violence, notamment du point de vue de la mutation morale d'une mère et de son fils, tĂ©moins malgrĂ© eux de règlements de compte inexpliquĂ©s et adoptant peu Ă  peu par cette occasion une position hostile dans leurs pulsions de rĂ©volte. Jusqu'au moment oĂą Tom Stall dĂ©cide de lever le voile sur son ancienne identitĂ© afin d'apaiser leurs tensions, voir mĂŞme expurger cette rancoeur grandissante par l'acte sexuel (la coucherie avec son Ă©pouse improvisĂ©e dans les escaliers). Dès lors, difficile de se dĂ©barrasser de ses anciens dĂ©mons, de ses instincts criminels lorsqu'ils reviennent titiller vos anciennes habitudes pour rĂ©veiller le monstre tapi en vous. Avec une trouble ambiguĂŻtĂ© dans sa psychologie insidieuse et sa posture rassurante de (anti) hĂ©ros, Viggo Mortensen s'avère d'une sobriĂ©tĂ© ambivalente pour sa fonction d'aimable père de famille se fondant l'instant d'après dans celui d'un exterminateur mĂ©thodique. L'aura malsaine qui Ă©mane de ses exactions de dĂ©fense, la manière explicite dont Cronenberg provoque le malaise dans l'imagerie sanglante assĂ©nĂ©e aux victimes moribondes, renforcent le caractère Ă©thĂ©rĂ© d'une atmosphère d'Ă©trangetĂ© au sein de la banalitĂ© du quotidien. 


      Poisseux dans son ultra-violence parfois organique mais rehaussé d'un climat diaphane encore plus déstabilisant, A History of Violence aborde avec lucidité les effets pervers de la violence (notamment les conséquences de l'entourage) par le principe d'une légitime défense. Juste avant de nous dévoiler le visage hideux (mais fascinant !) d'un ange exterminateur tributaire de son ancienne déchéance et de nous laisser méditer sur son équivoque rédemption...

      Bruno Matéï
      2èx

      lundi 29 décembre 2014

      KISS OF THE DAMNED

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

      de Xan Cassavetes. 2012. U.S.A. 1h37. Avec Joséphine de La Baume, Milo Ventimiglia, Roxane Mesquida, Anna Mouglalis, Michael Rapaport, Riley Keough.

      Inédit en salles en France. U.S: 3 Mai 2013

      FILMOGRAPHIE: Xan Cassavetes (Alexandra Cassavetes) est une réalisatrice, scénariste et actrice américaine, née le 21 Septembre 1965 à Los Angeles, Californie.
      2000: Dust. 2004: Z Channel: A Magnificent Obsession (Doc). 2012: Kiss of the Damned. 



      Inédit en salles dans nos contrées, en dehors de sa projection hors compétition à Gérardmer, Kiss of the Damned définie l'exercice de style indépendant pour cette première oeuvre particulièrement stylisée. Que ce soit au niveau de sa photographie saturée de couleurs criardes, des décors d'architecture au sein d'une demeure baroque ou des paysages naturels à l'onirisme crépusculaire, la mise en scène s'efforce à soigner ses prises de vue alambiquées parmi le score éclectique d'une BO entraînante. En illustrant la thématique du vampire moderne infiltré dans le cadre de notre quotidienneté, Xan Cassavetes ne souhaite aucunement renouveler le genre avec son intrigue linéaire éludée de surprise, mais plutôt d'expérimenter une ambiance poético-baroque autour du cheminement idyllique d'un couple de vampires, Djuna et Paolo.


      Résidant dans un vaste pavillon bucolique, ils sont toutefois perturbés par l'intrusion inopinée de la soeur de Djuna, une jeune marginale plutôt jalouse et sans vergogne dans ses virées urbaines meurtrières. Car depuis son arrivée précipitée, de nombreux incidents vont ébranler la tranquillité des deux amants. Outre le caractère superficiel de sa narration, Kiss of the Damned tire parti d'une certaine originalité à illustrer le comportement diplomatique de vampires bon chic bon genre réfutant le sacrifice humain. Car se nourrissant exclusivement du sang des animaux, leur nouvelle déontologie est de préserver cette doctrine réglementée depuis un siècle par leur matriarche. Sauf qu'un élément perturbateur n'a jamais daigné respecter cette consigne pour son libre arbitre ! Convaincant dans la peinture intimiste de ces personnages, Kiss of the Damned se focalise surtout à nous dépeindre l'ascension extatique du jeune couple, Djuna / Paolo, et d'insister sur le caractère fantasmatique de leur relation. Traversé d'éclairs de violence gore que n'aurait pas renié Argento, sa poésie sensuelle en est parfois contrebalancée avec la fureur rebelle d'une vampire férue de sang humain.


      Correctement interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens mĂ©connus, si on Ă©carte certains illustres seconds rĂ´les, et soigneusement mis en scène dans son stylisme aussi baroque que charnel (Ă©rotisme torride Ă  l'appui !), Kiss of the Damned relève du fantasme parmi l'Ă©treinte immortelle du couple avenant. En dĂ©pit de la futilitĂ© de son intrigue, il en Ă©mane une sympathique curiositĂ© au capital sĂ©ducteur fascinant et auquel l'intĂ©gritĂ© de sa rĂ©alisatrice ne peut ĂŞtre remise en doute.

      Bruno Matéï

        samedi 27 décembre 2014

        QUAND VIENT LA NUIT (The Drop)

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

        de Michaël R. Roskam. 2014. U.S.A. 1h47. Avec Tom Hardy, Noomy Rapace, Matthias Schoenaerts, James Gandolfini, John Ortiz, Elizabeth Rodriguez, James Frecheville.

        Sortie salles France: 12 Novembre 2014. U.S: 12 Septembre 2014

        FILMOGRAPHIE:  MichaĂ«l R. Roskam est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste belge, nĂ© le 9 Octobre 1972 Ă  Saint-Trond.
        2011: Bullhead. 2014: Quand vient la nuit.


        Après avoir Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par Bullhead, le cinĂ©aste belge MichaĂ«l R. Roskam confirme le brio de son talent avec son second long, Quand vient la Nuit. Un polar Ă  suspense redoutablement efficace dans sa dramaturgie en dent de scie oĂą l'on prĂ©sage hardiment un dĂ©nouement aussi cru qu'imprĂ©visible. C'est Ă©galement un superbe numĂ©ro d'acteurs aux personnalitĂ©s bien trempĂ©es dans leur fonction marginale en dĂ©clin quand bien mĂŞme l'un des protagonistes va pouvoir nous dĂ©voiler son vĂ©ritable penchant au moment le plus alarmiste. Pour l'anecdote, il s'agit du dernier rĂ´le de James Gandolfini, l'inoubliable interprète du parrain dans la sĂ©rie TV, les Sopranos. A Brooklyn, Bob Saginowski s'est associĂ© avec son cousin Marv pour entretenir un bar oĂą les paris clandestins servent de dĂ©pĂ´t au blanchiment d'argent de la pègre urbaine. Après avoir trouvĂ© un chiot au fond d'une poubelle, Bob dĂ©cide de l'adopter jusqu'au jour oĂą son propriĂ©taire vient lui rĂ©clamer. Alors qu'un braquage vient d'avoir lieu dans leur bar, nos tenanciers sont rapidement intimidĂ©s par un clan mafieux leur ordonnant de rembourser la dette. C'est le dĂ©but d'un chantage collectif oĂą les coups les plus mesquins vont enchaĂ®ner la mort.  


        Dans la lignĂ©e des oeuvres crĂ©pusculaires de James Gray, Quand vient la Nuit s'efforce de narrer studieusement un rĂ©cit criminel Ă  la violence contenue de prime abord afin de privilĂ©gier le dessein psychologique de protagonistes pris dans la tourmente et de nous immerger dans leur sombre univers oĂą chantage, jalousie et trahison vont finalement laisser exploser les règlements de compte. La maĂ®trise de la mise en scène est Ă©galement d'avoir su gĂ©rer un suspense graduel oĂą la tension prĂ©alablement sous-jacente va pouvoir s'accroĂ®tre de manière toujours plus exponentielle. InĂ©vitablement, nous nous prenons de sympathie pour ses deux escrocs familiaux ainsi que la romance impartie entre Bob et Nadia, juste avant que l'intrusion de braqueurs et d'un antagoniste arrogant ne vienne Ă©branler leur routine. En loup solitaire plutĂ´t discret, timorĂ© et laconique, Tom Hardy insuffle l'empathie dans sa fonction secondaire de barman tour Ă  tour molestĂ© par la police, la pègre et une crapule Ă  la rĂ©putation psychotique. Matthias Schoenaerts se dĂ©lectant Ă  endosser celui du maĂ®tre chanteur avec esprit de provocation et rancune intraitable. Inscrite dans la fragilitĂ© mais Ă©galement ferme d'autoritĂ©, Noomi Rapace endosse la petite amie de Bob dans un esprit de paranoĂŻa oĂą l'amertume laisse planer le passĂ© torturĂ© d'une femme battue. Enfin, James Gandolfini profite de sa robuste carrure pour incarner un patron aussi mesquin qu'insidieux dans ses combines burnĂ©es.


        Rigoureusement tendu car pourvu d'un suspense à couper au rasoir, Quand vient la Nuit exploite le genre du polar avec la dramaturgie d'un script détonnant et à l'émotion contenue dans les rapports de force impartis à ces marginaux en perdition. Pour parachever, on reste ébranlé par la tournure poisseuse du dénouement nous laissant un goût amer de souffre dans la bouche pour l'instinct meurtrier imparti à un personnage clef. Ou quand les fantômes du passé reviennent corrompre l'âme d'un proscrit...

        Bruno Matéï


        vendredi 26 décembre 2014

        INVASION LOS ANGELES (They Live)

                                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

        de John Carpenter. 1988. U.S.A. 1h33. Roddy Piper, Keith David, Meg Foster, George Buck Flower, Peter Jason, Raymond St. Jacques

        Sortie salles France: 19 Avril 1989. U.S: 4 Novembre 1988

        FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star, 1976 : Assaut, 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog, 1981 : New York 1997, 1982 : The Thing, 1983 : Christine, 1984 : Starman, 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles, 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie, 1995 : Le Village des damnĂ©s, 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires, 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


        Un an après Prince des TĂ©nèbres, John Carpenter s'approprie une fois de plus d'un budget modeste pour mettre en scène Invasion Los Angeles après la dĂ©convenue commerciale des Aventures de Jack Burton. Pamphlet satirique contre le capitalisme commanditĂ© en son temps par la prĂ©sidence de Regan, John Carpenter redouble d'ironie caustique Ă  railler toute forme de politique rĂ©pressive implantĂ©e dans nos Ă©tats sous l'entremise d'une paire de lunettes. Car cet instrument de consommation est ici dĂ©tournĂ© au profit d'une technologie inĂ©dite afin de nous divulguer le vrai visage de la propagande fasciste que nos sociĂ©tĂ©s modernes nous ont inculquĂ©. En traitant des thèmes de l'exclusion et du chĂ´mage auquel le prolĂ©tariat est prioritairement prĂ©judiciable, John Carpenter se porte en pourfendeur pour dĂ©noncer l'inĂ©galitĂ© des classes sociales et l'intolĂ©rance d'un système dictatorial oĂą les forces de l'ordre n'hĂ©sitent pas Ă  faire parler les armes dans une fonction d'Ă©puration. 


        AffublĂ© de son sac Ă  dos, John Nada parcourt Los Angeles afin de trouver un emploi de maçonnerie. Sur place, il dĂ©couvre qu'une milice anarchiste est sur le point de divulguer au monde le vrai visage d'extraterrestres implantĂ©s sur notre territoire. Grâce Ă  la confection d'une paire de lunettes noires capables de dĂ©celer la rĂ©alitĂ© d'un leurre, il dĂ©couvre l'envers du dĂ©cor subliminal que les extra-terrestres ont rĂ©ussi Ă  falsifier Ă  travers nos mĂ©dias, la publicitĂ© et les magazines pour mieux nous contrĂ´ler. EpaulĂ© d'un comparse de chantier, ils partent Ă  l'assaut de ces envahisseurs insidieusement infiltrĂ©s dans les postes d'emploi les plus lucratifs. SĂ©rie B d'action purement ludique et jouissive dans la complicitĂ© musclĂ©e impartie Ă  deux rĂ©sistants partis en guerre contre l'asservissement, Invasion Los Angeles s'impose en farce sociale pour caricaturer Ă  outrance nos notables politiques, financiers et pubards camouflĂ©s ici sous une panoplie d'extra-terrestre. Avec une bonne dose de violence aussi corrosive que dĂ©bridĂ©e, John Carpenter s'en donne Ă  coeur joie dans le politiquement incorrect pour canarder Ă  tout va la classe bourgeoise engluĂ©e dans le confort de sa cupiditĂ©. Sans jamais se prendre au sĂ©rieux, il prend autant plaisir Ă  parodier l'attitude dĂ©sinvolte de notre (anti) hĂ©ros redresseur de tort exterminant avec ferveur tous ces envahisseurs codifiĂ©s en costard. EnchaĂ®nant quiproquos et dĂ©convenues impromptus, telle cette baston interminable Ă©changĂ©e entre nos deux acolytes en pleine discorde, puis les offensives explosives entre rivaux armĂ©s jusqu'aux dents, John Carpenter surfe sur l'efficacitĂ© de ses situations alarmistes avec une bonne humeur infaillible ! 


        Jouissif en diable, car aussi drĂ´le que violemment cartoonesque, et menĂ© par un duo de prolĂ©taires en pleine sĂ©dition, Invasion Los Angeles n'a rien perdu de son mordant politique dans sa satire imposĂ©e au consumĂ©risme, au contrĂ´le des mĂ©dias et Ă  l'esclavagisme de masse auquel nous dĂ©pendons dans nos sociĂ©tĂ©s modernes. 

        Bruno Matéï
        4èx


        jeudi 25 décembre 2014

        LADYHAWKE, LA FEMME DE LA NUIT (Ladyhawke)

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

        de Richard Donner. 1985. U.S.A. 2h01. Avec Rutger Hauer, Matthew Broderick, Michelle Pfeiffer, Leo McKern, John Wood, Ken Hutchison, Alfred Molina.

        Sortie salle France: 27 Mars 1985. U.S: 12 Avril 1985

        FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York.
        1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).


        Titre notoire de l'Heroic-Fantasy issu des annĂ©es 80, Ladyhawke ne rencontra pas le succès escomptĂ© lors de sa sortie public, la faute incombant peut-ĂŞtre Ă  sa modestie visuelle faisant fi d'effets spĂ©ciaux dĂ©monstratifs. Car outre l'aspect foncièrement fantastique de son intrigue mythologique, Richard Donner compte sur la noblesse des sentiments pour nous conter une superbe histoire d'amour dĂ©valorisĂ©e par l'imprĂ©cation d'un religieux sans vergogne. Si l'on pouvait contester Ă  l'Ă©poque l'audace de son score musical alternant orchestration classique et rock progressif de manière dĂ©calĂ©e pour le contexte mĂ©diĂ©val, son extravagance s'avère aujourd'hui plus en harmonie avec la vigueur du rĂ©cit dĂ©ployant action, humour et fantastique autour d'une romance impossible. Poème mĂ©diĂ©val illustrant avec sobriĂ©tĂ© l'amour improbable de deux amants frappĂ©s par un sortilège, Ladyhawke transfigure de manière fort originale leur relation singulière puisque contraints de se prĂ©munir dans une condition animale. 


        Transformé en loup au soir du crépuscule, Etienne de Navarre peut enfin retrouver son apparence humaine dès l'aube matinale. De son côté, sa bien-aimée Isabeau est condamnée à se métamorphoser en faucon durant le jour pour ensuite retrouver son enveloppe corporelle dès la nuit tombée. Incessamment ensemble mais séparés par leur condition animale, ils sont incapables de se voir et de se toucher dans la peau d'êtres humains. En désespoir de cause, Etienne de Navarre envisage alors de mettre un terme à leur fardeau. C'est avec l'aide d'un jeune voleur et d'un moine solitaire qu'il va tenter de briser la malédiction puis se venger du principal responsable, un évêque rendu fou d'amour et de jalousie pour la belle Isabeau ! Baignant dans une atmosphère onirique où la splendeur des décors naturels contraste avec la sensualité d'une Michelle Peiffer touchée par la candeur d'un physique de porcelaine, Ladyhawke transcende la romance déchue autour de moult péripéties et rebondissements, et avant le dénouement d'une éventuelle rédemption. Epaulé des présences attachantes du jeune Matthew Broderick incarnant avec verve un jeune voleur aussi véloce qu'espiègle, et de Leo McKern, dans celui du moine acariâtre au grand coeur, le film insuffle une cocasserie attendrissante dans leur contribution héroïque, quand bien même l'inventivité des combats est renforcée par la main secourable d'Etienne de Navarre. Indubitablement, c'est au duo de charme formé par Rutger Hauer et Michelle Pfeiffer que l'on doit la force émotionnelle du récit insufflant une poésie diaphane dans le rapport contradictoire alloué à la cause de la nature (voir la sublime séquence où les amants tentent de s'effleurer la main au rayon d'un crépuscule !), quand bien même l'espèce animale sert de métaphore pour nous rappeler l'essence du mot liberté.


        Se clôturant par un point d'orgue aussi féerique qu'homérique, à l'instar de ces duels interminables qu'Etienne de Navarre doit déjouer contre l'ennemi en guise de baroud d'honneur, Ladyhawke distille une émotion épurée dans la romance du duo maudit tout en alternant l'action des péripéties parmi la cocasserie de comparses incorrigibles venus prêter main forte avec une spontanéité attendrissante. Un spectacle familial esthétiquement immaculé, notamment par son onirisme naturel.

        Bruno Matéï
        4èx