lundi 5 octobre 2015

MEN IN BLACK 3

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"MIB 3" de Barry Sonnenfeld. 2012. U.S.A. 1h46. Avec Will Smith, Tommy Lee Jones, Josh Brolin, Jemaine Clement, Emma Thompson, Michael Stuhlbarg, Alice Eve, Nicole Scherzinger.

Sortie salles France: 23 Mai 2012. U.S: 25 Mai 2012

FILMOGRAPHIE: Barry Sonnenfeld est un réalisateur américain, acteur, producteur et directeur de la photographie, né le 1er Avril 1953 à New-York. 1991: La Famille Addams. 1993: Les Valeurs de la famille Addams. 1993: Le Concierge du Bradbury. 1995: Get Shorty. 1997: Men in Black. 1999: Wild Wild West. 2002: Big trouble. 2002: Men in Black 2. 2006: Camping Car (RV). 2012: Men in Black 3. 2016: Nine Lives.


Après un second volet clairement redondant (mĂŞme si Ă  la revoyure la sympathie du produit peut prĂŞter Ă  distraire avec clĂ©mence), Barry Sonnenfeld renoue avec la fougue du premier volet grâce Ă  son concept narratif imparti autour du voyage spatio-temporel. Une idĂ©e judicieuse permettant Ă©galement de revigorer la sĂ©rie par le biais d'une scĂ©nographie vintage faisant rĂ©fĂ©rence Ă  l'Ă©vènement historique d'Apollo 11 (les premiers pas de l'homme sur la lune !) et du personnage de l'agent K que notre briscard Tommy Lee Jones endosse avec sa traditionnelle mine renfrognĂ©e. Et justement, grâce Ă  l'astuce de son pitch temporel, nous allons ici comprendre les tenants psychologiques de son caractère acariâtre grâce Ă  la mission que son co-Ă©quipier, l'agent J, va entreprendre vaillamment pour lui sauver la vie. EvadĂ© de sa prison implantĂ©e sur la lune, Boris l'animal se jure d'Ă©radiquer l'agent K, l'auteur de son emprisonnement d'il y a 40 ans et de l'amputation de son bras lorsqu'ils s'Ă©taient tous deux confrontĂ©s sur le terrain de Cap Canaveral le 16 Juillet 1969. Avec l'aide d'une technique temporelle permettant de retourner dans le passĂ©, l'agent J s'efforce de retourner sur les lieux de l'altercation afin d'empĂŞcher Boris d'assassiner son partenaire. 


Ce scĂ©nario palpitant misant sur l'expectative d'une confrontation redoutĂ©e et culminant vers un point d'orgue viscĂ©ralement vertigineux, Barry Sonnenfeld l'exploite avec l'efficacitĂ© d'une action aussi homĂ©rique qu'inventive (le prologue dĂ©marrant sur les chapeaux de roue redoublant de subterfuges dĂ©bridĂ©s !) et l'alternative allouĂ©e au duo d'exĂ©cutants que Josh Brolin remplace avec un naturel dĂ©contractĂ© afin d'y afficher la jeunesse de l'agent K. En prime, pour redorer une note insolite Ă  leur cohĂ©sion, ils sont Ă©paulĂ©s d'un extraterrestre arcadien douĂ© de prescience qui leur permettra aussi de protĂ©ger la terre par le biais de l'Arcnet. Un objet technologique servant de boucle de protection afin de dĂ©jouer toute invasion sur notre planète. Amusant, parfois drĂ´le et souvent spectaculaire, Men in Black 3 parvient donc Ă  sĂ©duire par ces nouveaux enjeux de survie (le sort allouĂ© Ă  l'agent K et Ă  celui de la Terre) en dĂ©localisant l'Ă©poque futuriste des annĂ©es 2000 vers le cadre autrement rĂ©tro des sixties. Si la galerie Ă©clectique de quelques humains extraterrestres continuent de provoquer la cocasserie face Ă  leur impertinence insidieuse, la physionomie charismatique du "mĂ©chant" de l'intrigue se distingue du lot tant l'acteur Jemaine Clement jubile Ă  exprimer une mĂ©galomanie arrogante inscrit dans le machiavĂ©lisme. Pour parachever, et de manière inopinĂ©e, Barry Sonnenfeld clĂ´t son chapitre avec l'Ă©motion d'une situation tragique en compromis avec le passĂ© de l'agent J. Une manière empathique de mettre en exergue la cohĂ©sion altruiste qui unie les deux agents en dĂ©pit de l'apparence bourrue (mais justifiĂ©e) de l'Agent K. 


Assez fun, cocasse et trĂ©pidant, Men in Black 3 doit principalement sa rĂ©ussite Ă  l'ossature d'un scĂ©nario retors oĂą l'Ă©poque rĂ©fĂ©rentielle des annĂ©es 60 sert de pilier Ă©motif afin de lever un voile sur la jeunesse torturĂ©e de l'agent K que Josh Brolin et Tommy Lee Jones incarnent communĂ©ment avec un tempĂ©rament aussi persuasif. 

La chronique du 1er volet: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/09/men-in-black.html

Bruno Matéï
2èx

vendredi 2 octobre 2015

PINK FLOYD THE WALL

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

d'Alan Parker. 1982. Angleterre. 1h39. Avec Bob Geldof, Christine Hargreaves, James Laurenson, Eleanor David, Kevin McKeon, Bob Hoskins, David Bingham, Jenny Wright.

Sortie salles France: 14 Juillet 1982. U.S: 13 Août 1982

FILMOGRAPHIE: Alan Parker (Alan William Parker) est un réalisateur, compositeur, scénariste et producteur britannique, né le 14 Février 1944 à Islington, Londres.
1975: The Evacuees (télé-film). 1976: Bugsy Malone. 1978: Midnight Express. 1980: Fame. 1982: Shoot the Moon. 1982: Pink Floyd The Wall. 1984: Birdy. 1987: Angel Heart. 1988: Mississippi Burning. 1990: Bienvenue au Paradis. 1991: Les Commitments. 1994: Aux bons soins du Dr Kellogg. 1996: Evita. 1999: Les Cendres d'Angela. 2003: La Vie de David Gale.


Chef-d'oeuvre du film musical qui mit en transe toute la génération 80 (que ce soit auprès des spectateurs lambdas, des millions de fans pour l'album référentiel de Roger Waters, des fumeurs de joint et des toxicos), Pink Floyd the Wall est l'objet filmique de tous les fantasmes, de toutes les exubérances. Une plongée vertigineuse dans l'âme d'un artiste moribond, un florilège de métaphores constituées autour de la question de libéralisme où sa puissance visuelle se télescope harmonieusement parmi une rythmique musicale tantôt tempétueuse, tantôt mélancolique.


Un mĂ©ga trip visuel et auditif d'une puissance Ă©vocatrice dans son violent rĂ©quisitoire contre le fascisme des sociĂ©tĂ©s modernes, les sempiternels gĂ©nocides des guerres d'Ă©tats, le système scolaire et son Ă©ducation arbitraire, le conservatisme de nos juridictions, et Ă  moindre Ă©chelle l'adultère provoquant chez la victime une dĂ©ception morale en perdition. Conçu comme un gigantesque video-clip expĂ©rimental Ă©talĂ© sur une durĂ©e d'1h40, Alan Parker retrace avec onirisme, stylisme et lyrisme baroque (Ă  l'instar des plages d'animation aussi fulgurantes qu'ensorcelantes !) le destin torturĂ© de Pink, artiste rock notoire plongĂ© dans une solitude aliĂ©nante. Reclus dans sa demeure tamisĂ©e, il se remĂ©more avec hantise toute son enfance, de son trauma de la seconde guerre auquel son père s'y sacrifia, de sa relation avec sa mère poule, de sa solitude Ă©prouvĂ©e Ă  l'Ă©cole, de son mariage ratĂ© et de son refuge vers la drogue. Au fil de ses souvenirs peu glorieux, il se rapproche un peu plus de la folie après avoir construit un mur mental l'empĂŞchant de communiquer avec le monde extĂ©rieur. Alors que les fans hystĂ©riques s'impatientent Ă  le retrouver sur scène, Pink se fond dans l'esprit schizophrène d'un dictateur tyrannique afin de châtier sa starification injustifiĂ©e et avant d'exploser les briques de son rempart.


Maelström d'imagerie musicale en roue libre, opĂ©ra-rock habitĂ© par la sĂ©dition libertaire d'un mĂ©lomane progressiste, Pink Floyd the Wall prĂŞche pour l'assainissement de nos sociĂ©tĂ©s contemporaines sous la direction d'un cinĂ©aste alchimiste adepte de poĂ©sie picturale. Sommet d'Ă©motions viscĂ©rales et sensitives, ce cri d'alarme et de dĂ©sespoir contre le carcan de nos magistratures politico-juridiques se porte en sacro-saint pour son appel Ă  l'insurrection. Un tĂ©moignage essentiel, une validitĂ© musicale inoxydable traitĂ©e Ă  la cadence infernale des tubes de Roger Waters, tĂ©nor lĂ©gendaire de son double album fondateur. 

Bruno Matéï
4èx

mercredi 30 septembre 2015

Unhinged

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vhscollector.com  

de Don Gronquist. 1982. U.S.A. 1h22. Avec Laurel Munson, Janet Penner, Sara Ansley, Virginia Settle, John Morrison, Barbara Lusch.

Sortie salles U.S: 15 Octobre 1982

FILMOGRAPHIE: Don Gronquist est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
1982: Unhinged. 1995: The Devil's Keep.


ListĂ© dans la rubrique prohibitive "Video Nasties" Ă  l'aube des annĂ©es 80, Unhinged s'est inĂ©vitablement traĂ®nĂ© une rĂ©putation de sĂ©rie B horrifique cradingue alors que certains amateurs de l'Ă©poque l'ont sans doute dĂ©nigrĂ©, faute du caractère timorĂ© des sĂ©quences les plus sanglantes. Car hormis un final particulièrement choquant et malsain quant Ă  la rĂ©vĂ©lation de l'assassin et le meurtre sauvage qu'il ritualise vulgairement, Unhinged Ă©vite de se complaire dans une violence racoleuse en privilĂ©giant l'atmosphère d'inquiĂ©tude rĂ©gie autour d'une bâtisse funèbre. Le pitchAprès leur accident de voiture sur la route d'une campagne isolĂ©e, trois jeunes filles se retrouvent hĂ©bergĂ©es dans la demeure vĂ©tuste d'une mère et de sa fille. Mais la nuit, d'Ă©tranges respirations importunent leur sommeil quand bien mĂŞme la disparition de l'une d'entre elles va attiser leur inquiĂ©tude. Avec son budget Ă©triquĂ©, sa rĂ©alisation aussi maladroite qu'intentionnĂ©e et ses comĂ©diens amateurs au jeu théâtral mais pleins de bonnes intentions, Unhinged ne s'affiche pas sous ses meilleures auspices pour frissonner de plaisir. 


Surfant sur la vague du slasher initiĂ© par Halloween et Massacre Ă  la TronçonneuseDon Gronquist privilĂ©gie nĂ©anmoins une ambiance Hitchcockienne (mĂŞme si mon allusion au maĂ®tre peut prĂŞter Ă  sourire !) au sein d'un huis-clos archaĂŻque, Ă  l'instar de l'attitude castratrice d'une mĂ©gère imposant sa dictature auprès de sa fille esseulĂ©e. Le rĂ©alisateur accordant beaucoup de crĂ©dit Ă  leurs rapports de discorde avant de s'attarder sur la relation amicale que partagera l'une des convives avec cette dernière. Pendant ce temps, et avant de les blâmer Ă  l'arme blanche, un mystĂ©rieux assassin rode autour de la bâtisse en les Ă©piant par la fenĂŞtre ! Avec son rythme languissant et son suspense menu rehaussĂ© d'un climat anxiogène tantĂ´t fascinant, tantĂ´t capiteux, Unhinged exploite la thĂ©matique du dysfonctionnement familial au sein d'une intrigue nĂ©buleuse lorsqu'on nous dĂ©voile les aboutissants d'une rĂ©vĂ©lation traumatique plutĂ´t tirĂ©e par les cheveux. Toutefois, grâce Ă  l'inspiration (malhabile) de la rĂ©alisation surfant sur le climat fĂ©tide de Massacre Ă  la Tronçonneuse (l'entrepĂ´t des macchabĂ©es) et le ressort psychologique de Psychose (la schizophrĂ©nie de l'assassin), ce point d'orgue cauchemardesque provoque chez le spectateur un sentiment tangible de malaise rehaussĂ© de l'impact graphique d'un meurtre cradingue Spoiler ! ne laissant aucune Ă©chappatoire Ă  l'hĂ©roĂŻne ! Fin du Spoiler.


Produit d'exploitation au rabais de par sa réalisation bricolée et le jeu limité des comédiens plaisamment bonnards, Unhinged parvient constamment à cristalliser une ambiance lourde tantôt oppressante, tantôt envoûtante autour d'un obscur huis-clos au climat d'insécurité fantasque. Sa dissonance musicale rehaussant l'aspect ombrageux d'un climat gothique aussi feutré que malsain. Pâtissant d'un rythme monocorde pour autant jamais ennuyeux, cette attachante curiosité au charme désuet est à réserver en priorité aux nostalgiques aguerris du genre. Finalement très sympa pour qui raffole des purs films d'ambiance crépusculaire.

P.S: Pour les intéressés, le métrage est disponible en Dvd en France sous l'effigie Uncut Movies !

*Eric Binford
26.01.22. 4èx



mardi 29 septembre 2015

THE SUICIDE THEORY

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Dru Brown. 2014. Australie. 1h38. Avec Steve Mouzakis, Leon Cain, Joss McWilliam, Matthew Scully, Todd Levi, Nicholas G. Cooper, Warwick Comber.

Sortie salles U.S: 10 Juillet 2015

FILMOGRAPHIE: Dru Brown est un réalisateur, scénariste et producteur australien.
2012: Sleeper. 2014: The Suicide Theory.


Seconde rĂ©alisation d'un jeune cinĂ©aste australien, The Suicide Theory s'Ă©rige en petite oeuvre indĂ©pendante crĂ©ant la surprise par son concept surrĂ©aliste (sauvĂ© du ridicule par l'intelligence narrative et psychologique) et l'Ă©motion qui en Ă©mane dans les contrariĂ©tĂ©s des protagonistes en quĂŞte de rĂ©demption. Depuis ses tentatives ratĂ©es de suicide, Percival engage un tueur afin de mettre un terme Ă  son existence esseulĂ©e. Après multiples essais inexplicablement infructueux, son assassin aguerri se prend de compassion pour lui au moment mĂŞme oĂą leur destinĂ©e va adopter une tournure inopinĂ©ment bouleversante. Nanti d'un climat mĂ©lancolique palpable (notamment pour l'ambiance musicale du bar de nuit que notre duo frĂ©quente en intermittence), de par le cheminement existentiel de deux personnages que tout oppose de prime abord, The Suicide Theory aborde les thèmes de l'autodestruction et de la destinĂ©e avec une surprenante pudeur.


Le réalisateur prenant soin de brosser leur portrait avec une sensibilité exponentielle, sachant que d'étonnantes révélations sur leur passé tragique nous seront dévoilées au fil de leur aparté psychologique. L'émotion fragile véhiculée par le brio du réalisateur et des deux acteurs nous prenant par surprise au gré d'une tournure d'évènements lourds de conséquences tragiques. Si la première partie du récit amorce une structure prévisible pour les exactions meurtrières du tueur à gages contraint de répéter les homicides sur sa victime increvable (éclairs de violence brutaux à l'appui !), la suite de leurs vicissitudes se focalise sur l'apprentissage de la compassion, l'écoute de l'autre et le respect d'autrui du point de vue de l'assassin en révélation identitaire. Son cheminement partagé entre son impuissance criminelle d'assister le suicidé, son appétence de vengeance et sa nouvelle stature héroïque lui ouvrant la voie de la raison existentielle parmi l'appui d'une destinée acquise d'avance. A travers ce thème métaphysique, le cinéaste tend à nous interroger sur le sens de notre fatalité par le biais des rencontres impromptues, de nos agissements personnels et des drames du quotidien n'ayant rien du fruit du hasard. C'est ce que nous illustre la seconde partie, notamment après nous avoir signalé l'intolérance de l'homophobie et la dépendance à la violence que les ignorants expriment par des pulsions de haine. A travers ce récit d'amitié en ascension compromis par l'inimitié rancunière, Dru Brown poursuit une autre réflexion sur le mal-être suicidaire où pardon, rédemption et culpabilité en seront les vecteurs psychologiques afin de décanter deux tragédies inconsolables.


"Vous avez beaucoup de chance d'ĂŞtre en vie"
Intrigant et captivant pour la tournure singulière des Ă©vènements (le scĂ©nario faisant preuve d'une structure baroque !), violemment brutal mais rattrapĂ© par une Ă©motion (Ă  fleur de peau) au fil des Ă©tats d'âme du duo maudit, The Suicide Theory dĂ©concerte l'habitude du spectateur pris entre les mailles d'un drame psychologique inopinĂ©ment bouleversant. Par le biais du suicide potentiellement salvateur et des consĂ©quences de nos faiblesses (la rancoeur, l'inattention), il en Ă©mane un douloureux poème sur la sollicitation du pardon, la repentance criminelle et la logique de notre destinĂ©e oĂą le hasard n'a pas lieu d'ĂŞtre. Un choc Ă©motionnel nous prenant par stupeur d'une accablante confrontation entre coupable et victime ! (et inversement !).  

Dédicace à Jen Winter
Bruno Matéï

lundi 28 septembre 2015

Men in Black

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Barry Sonnenfeld. 1997. U.S.A. 1h38. Avec Tommy Lee Jones, Will Smith, Linda Fiorentino, Vincent D'Onofrio, Rip Torn, Tony Shalhoub, Tim Blaney, David Cross.

Sortie salles France: 6 Août 1997. U.S: 2 Juillet 1997

FILMOGRAPHIE: Barry Sonnenfeld est un réalisateur américain, acteur, producteur et directeur de la photographie, né le 1er Avril 1953 à New-York. 1991: La Famille Addams. 1993: Les Valeurs de la famille Addams. 1993: Le Concierge du Bradbury. 1995: Get Shorty. 1997: Men in Black. 1999: Wild Wild West. 2002: Big trouble. 2002: Men in Black 2. 2006: Camping Car (RV). 2012: Men in Black 3. 2016: Nine Lives.


Succès planĂ©taire que ce premier volet d'une illustre franchise, Men in Black est l'adaptation cinĂ© du comics homonyme créé par Lowell Cunningham en 1990. A partir d'un pitch dĂ©lirant dĂ©tournant avec dĂ©rision la prĂ©sence d'extra-terrestres au sein de notre sociĂ©tĂ©, Men in Black joue la carte de la comĂ©die familiale sous l'autoritĂ© de deux agents en noir, experts en filature et traque d'une menace interplanĂ©taire. En cool attitude, Tommy Lee Jones et Will Smith endossent le duo amical avec verve impayable (leur interrogatoire musclĂ© imparti aux commerçants extraterrestres !) et hĂ©roĂŻsme stoĂŻque eu Ă©gard des gadgets ultra innovants (notamment l'outil permettant d'effacer la mĂ©moire des tĂ©moins oculaires) que le doyen Agent K inculque Ă  son Ă©quipier en herbe sur le champs de l'action. Outre le caractère saugrenu de l'intrigue (une crĂ©ature hostile dĂ©barque sur terre pour s'emparer d'une galaxie prĂ©servĂ©e par le prince arquilien) et la stature distinguĂ©e de nos sympathiques agents secrets, le film tire parti de sa fantaisie grâce Ă  l'univers excentrique dĂ©crit avec moult dĂ©tails. 


EpaulĂ© d'effets spĂ©ciaux en CGI souvent rĂ©ussis (en dĂ©pit de la confrontation finale perfectible), Barry Sonnenfield nous ouvre les portes du MIB, agence ultra secrète surveillant les prĂ©sences martiennes Ă  travers les galaxies tout en tolĂ©rant depuis les annĂ©es 50 leur arrivĂ©e hospitalière pour des milliers d'entre eux. D'une rĂ©jouissance sans modĂ©ration pour les gags inventifs se chevauchant parfois avec l'action de poursuites homĂ©riques (le prologue sur les chapeaux de roue, l'Ă©chappĂ©e automobile au dessus du tunnel), Men in Black met Ă©galement en appui le portrait insidieux d'une galerie d'E.T Ă  la physionomie fallacieuse. Ainsi, par le biais de leur investigation et leur traque d'y apprĂ©hender un dangereux alien, nos agents sont contraints d'interroger (voir Ă©galement dĂ©busquer certains d'entre eux) ces E.T Ă  forme humaine. On peut notamment louer la prĂ©sence du fameux "mĂ©chant" de l'histoire, une crĂ©ature  arthropode (un cafard gĂ©ant nous dĂ©voilera le point d'orgue) ayant dĂ©robĂ© l'enveloppe humaine d'un fermier après l'avoir occis, mais en l'occurrence pourvu d'une posture dĂ©gingandĂ©e dans sa condition corporelle putrescente. Ce zombie extraterrestre provoquant (Ă  l'instar d'un antagoniste du film Hidden !) des accès de violence erratiques lorsqu'il accoure dans les rues new-yorkaises pour se procurer un prĂ©cieux pendentif.


De par la complicitĂ© impayable de notre duo en roue libre, de l'univers excentrique formellement fascinant et l'inventivitĂ© des gags et d'une action Ă©chevelĂ©e, Men in Black exploite son argument d'anticipation avec une dĂ©rision irrĂ©sistible. MenĂ© sans rĂ©pit donc, notamment grâce Ă  l'efficacitĂ© d'une rĂ©alisation vigoureuse, cet excellent divertissement parvient surtout Ă  rĂ©guler l'intĂ©rĂŞt par les rencontres impromptues d'E.T de tous horizons que nos agents cĂ´toient avec un flegme aussi distinguĂ© qu'amusĂ©. 

La chronique du 3è opus: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/10/men-in-black-3.html

*Bruno
05.09.24. 5èx. Vostfr

    vendredi 25 septembre 2015

    MISSION IMPOSSIBLE: ROGUE NATION

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lyricis.fr

    de Christopher McQuarrie. 2015. U.S.A. 2h12. Avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Ving Rhames, Sean Harris, Simon McBurney.

    Sortie salles France: 12 Août 2015. U.S: 31 Juillet 2015

    FILMOGRAPHIEChristopher McQuarrie est un réalisateur et scénariste américain, né en 1968 à Princeton, New Jersey.
    2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher. 2015: Mission Impossible: Rogue Nation


    Cinquième volet d'une saga trĂ©pidante (plus inventive et attractive Ă  mon sens que la sĂ©rie des James Bond !), Mission Impossible: Rogue Nation relance l'objectif ardu qu'Ethan Hunt doit aujourd'hui surpasser: c'est Ă  dire prouver l'existence d'une organisation criminelle prĂ©nommĂ©e le Syndicat alors mĂŞme que la CIA, dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  dissoudre l'IMF, se charge de l'apprĂ©hender sous l'autoritĂ© du gouvernement amĂ©ricain. Tandis qu'Ethan se rend Ă  l'opĂ©ra de Vienne pour y dĂ©jouer un projet d'attentat contre le chancelier, il est Ă©paulĂ© par son Ă©quipier Benji Dunn au moment mĂŞme oĂą la nouvelle apparition d'une mystĂ©rieuse Ă©missaire, Ilsa Faust, continue de semer le doute quant Ă  sa vĂ©ritable identitĂ© et ses mobiles meurtriers.


    Afin d'assurer le spectacle fertile en traquenards, stratagèmes d'espionnage (le centre de donnĂ©es sĂ©curisĂ© imposant une opĂ©ration sous-marine claustrophobe afin d'y dĂ©rober un fichier), manipulations, traĂ®trises et subterfuges dans les tractations d'une transaction capitale, Christopher McQuarrie Ă©quilibre un scĂ©nario retors parmi l'intelligence de moult bravoures au service narratif. Outre sa sĂ©quence d'ouverture aĂ©rienne Ă©pique, on peut surtout vanter deux sĂ©quences anthologiques oĂą la mise en scène virtuose alterne suspense exponentiel et action chorĂ©graphique avec ce projet d'attentat infiltrĂ© en pleine procession théâtrale (hommage non dissimulĂ© Ă  Hitchcock et l'Homme qui en savait trop pour la gĂ©omĂ©trie scrupuleuse du montage !) puis avec une course-poursuite en motos multipliant itinĂ©raires urbains et routiers avec vigueur aussi fluide qu'effrĂ©nĂ©e ! Pour Ă©picer la mission de longue haleine (que Tom Cruise rempile avec le mĂŞme hĂ©roĂŻsme outre-mesure !) engagĂ©e dans la traque du magnat Solomane Lane (Sean Harris s'avère dĂ©lectable de prĂ©tention avec son faciès monolithique !), l'aventure est Ă©galement compromise parmi l'ambivalence d'un personnage fĂ©minin (remarquablement campĂ©e par la charmante et flegmatique Rebecca Ferguson). Une espionne pugnace redoutablement finaude dans son art de distiller l'ambiguĂŻtĂ© auprès de ses supĂ©rieurs et de la compagnie MFI par un sang froid infaillible !


    MenĂ© sur un rythme alerte ne laissant nul rĂ©pit au spectateur, Mission Imposisble: Rogue Nation parvient Ă  se dĂ©marquer de la routine grâce Ă  ses sĂ©quences d'action renversantes (l'improbabilitĂ© de la bravoure s'insinue dans le domaine du crĂ©dible grâce Ă  l'humour, l'inventivitĂ© et le rĂ©alisme d'une rĂ©alisation avisĂ©e) et la dextĂ©ritĂ© d'un scĂ©nario oĂą protagonistes et antagonistes se disputent l'autoritĂ© avec une diabolique sagacitĂ©. Du Blockbuster intelligent donc d'une redoutable efficacitĂ© quand bien mĂŞme le charisme distinguĂ© des comĂ©diens s'y prĂŞte fougueusement avec une dĂ©termination en roue libre. 

    Bruno Matéï

    jeudi 24 septembre 2015

    LIAISON FATALE

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com

    "Fatal Attraction" d'Adrian Lyne. 1987. U.S.A. 1h59. Avec Michael Douglas, Glenn Close, Anne Archer, Ellen Hamilton Latzen, Stuart Pankin, Ellen Foley.

    Sortie salles France: 27 Janvier 1988 (Interdit aux - de 12 ans). U.S: 18 Septembre 1987.

    FILMOGRAPHIE: Adrian Lyne est un réalisateur et producteur britannique, né le 4 Mars 1941 à Peterborough (Grande Bretagne). 1980: Ca plane les filles. 1983: Flashdance. 1986: 9 semaines et demi. 1987: Liaison Fatale. 1990: L'Echelle de Jacob. 1993: Proposition Indécente. 1997: Lolita. 2002: Infidèle. Prochainement: Back Roads.


    PhĂ©nomène de sociĂ©tĂ© au succès international mĂ©ritĂ©, Liaison Fatale prĂ©figure le thriller Ă©rotique moderne en cette fin des annĂ©es 80 bien qu'il s'inspirait dĂ©jĂ  du pitch d'Un frisson dans la nuit rĂ©alisĂ© par Clint Eastwood en 1971. Selon une rĂ©cente enquĂŞte (2014) menĂ©e par MĂ©diamĂ©trie, plus de 13,27 millions de français auraient (re)vu le 7 Novembre 1993 Ă  la tĂ©lĂ©vision le thriller d'Adrian Lyne. Un rĂ©alisateur d'origine anglaise dĂ©butant sa carrière avec des spots publicitaires avant de mettre en scène un drame de la jeunesse sur fond de sexe et de drogue, Ca plane les filles. C'est dire si ce phĂ©nomène planĂ©taire nominĂ© aux oscars marqua les esprits, principalement au niveau du magnĂ©tisme qu'invoque le duo torride et l'acuitĂ© d'un suspense dramatique toujours plus Ă©prouvant. Ainsi, prenant pour thème l'adultère du point de vue d'un notable respectĂ© de par sa profession et son Ă©quilibre familial, Liaison Fatale met en exergue une confrontation au sommet entre cet Ă©poux infidèle et une aguicheuse psychotique que Michael Douglas et Glenn Close endossent avec une pugnacitĂ© galvanisante.


    Ce couple maudit Ă©tant littĂ©ralement habitĂ© par leurs pulsions de haine après s'ĂŞtre laissĂ©s attendrir par leur dĂ©sir sexuel Ă  travers une passion dĂ©vorante. Nanti d'une tension progressive auprès des harcèlements imposĂ©s Ă  cet avocat contrariĂ©, l'intrigue puise sa densitĂ© dans les rapports discordants qu'entretiennent successivement nos deux antagonistes avant l'explosion de violence d'une vendetta criminelle. Mis en scène de façon circonspecte pour son habiletĂ© Ă  distiller un climat anxiogène particulièrement vĂ©nĂ©neux, Adrian Lyne exploite sa trame Ă©rotique (la 1ère partie redouble de sensualitĂ© torride pour les Ă©treintes sexuelles Ă©changĂ©es entre amants !) par le biais d'une direction d'acteurs infaillibles (notamment des seconds-rĂ´les Ă  la riche dimension humaine) et d'une intrigue nausĂ©euse oĂą la passion amoureuse est traitĂ©e ici d'un point de vue pathologique. D'une riche efficacitĂ© pour son rythme envoĂ»tant, le cheminement narratif emprunte donc le sentier d'une lente descente aux enfers que l'Ă©poux infidèle tentera de remonter avec un flegme compromis au sentiment d'impuissance. La maĂ®tresse psychotique redoublant de perversitĂ© Ă  humilier son ancien partenaire lors de provocations toujours plus audacieuses. Le cinĂ©aste prenant Ă©galement soin d'aborder la crise conjugale du point de vue de l'Ă©pouse trahie (intensitĂ© dramatique sans pathos Ă  l'appui !)  tout en soulignant une rĂ©flexion sur le pardon que cette dernière serait prĂŞte Ă  tolĂ©rer face Ă  une situation inopinĂ©ment dĂ©lĂ©tère.


    "L'amour, quand c'est trop fort, ça peut faire peur, très peur !"
    Admirablement servi par deux acteurs Ă©poustouflants de charisme sĂ©ducteur et de dĂ©pit solennel (Glenn Close s'avĂ©rant si inquiĂ©tante qu'elle fut menacĂ©e auprès d'une gente fĂ©minine Ă©pistolaire  après la sortie du film !) et dirigĂ© avec brio par un cinĂ©aste appliquĂ©, Liaison Fatale exploite avec une belle efficacitĂ© son suspense horrifique oĂą l'Ă©rotisme exaltant de la première partie n'Ă©tait qu'un simulacre pour mieux nous converger vers une dĂ©rive psychotique Ă  la terreur expansive. Fort de sa rĂ©putation notoire, ce thriller Ă©prouvant n'a rien perdu de son aura malsaine et de sa vigueur Ă©prouvante. Un classique du genre donc Ă  contre-courant du thriller lucratif pour midinettes ! 

    Bruno Matéï
    3èx 

    mercredi 23 septembre 2015

    Ténèbres / Tenebrae

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.com

    de Dario Argento. 1982. Italie. 1h41. Avec Anthony Franciosa, Daria Nicolodi, John Saxon, John Steiner, Giuliano Gemma, Carola Stagnaro, Christiano Borromeo, Veronica Lario.

    Sortie salles France: 27 Avril 1982. Italie: 28 Octobre 1982. Interdit au - de 18 ans lors de sa sortie.

    FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien nĂ© le 7 septembre 1940, Ă  Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat Ă  9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours Ă  Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: TĂ©nèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux MalĂ©fiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'OpĂ©ra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (Ă©pis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (Ă©pis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


    Les artistes restent seuls, car le monde rĂ©el n'est pas le leur. 
    Fleuron du giallo qu’Argento transcende avec une fulgurance stylisĂ©e, entre onirisme macabre et surrĂ©alisme expĂ©rimental — Ă  l’image de ce fameux plan Ă  la Louma auscultant une demeure de l’extĂ©rieur, dans l’Ĺ“il du tueur — TĂ©nèbres tire ses lettres de noblesse au thriller transalpin, guidĂ© par un alchimiste inspirĂ© par sa propre expĂ©rience : celle d’un fan obsessionnel, harcelant jusqu’Ă  l’aveu glaçant de vouloir le tuer.

    L’intrigue suit les vicissitudes d’un Ă©crivain amĂ©ricain de renom venu Ă  Rome promouvoir son dernier roman, TĂ©nèbres, lorsqu’il devient la cible d’un mystĂ©rieux individu. En parallèle, un criminel s’attaque Ă  de jeunes femmes lubriques, tandis que l’inspecteur Germani s’intĂ©resse de près au sous-texte misogyne de l’Ĺ“uvre de Peter Neal.

    PortĂ© par le score Ă©lectro envoĂ»tant de Simonetti, Pignatelli et Morante — ex-Goblin — ce nĂ©o-giallo, magnifiĂ© par la limpiditĂ© d’une photo tantĂ´t azur, tantĂ´t opaline, tranche net avec le pourpre des meurtres. ChargĂ© d’un Ă©rotisme troublant — corps dĂ©nudĂ©s d’actrices fĂ©lines, rituel punitif d’un misogyne incurable — TĂ©nèbres rĂ©invente les codes du giallo avec un lyrisme audacieux, imprĂ©gnĂ© d’un souffle moderniste. Argento choisit l’architecture urbaine comme dĂ©cor, tantĂ´t Ă©colo, tantĂ´t spectral, et y inscrit sa propre gĂ©omĂ©trie du cauchemar.

    Ă€ l’image de cette course nocturne rendue incandescente par une lumière azur : une hĂ©roĂŻne fuit un doberman enragĂ©, ignorant que le tueur l’attend dĂ©jĂ  chez elle. Cette frĂ©nĂ©sie atteint son apogĂ©e lorsqu’elle se jette, hĂ©bĂ©tĂ©e, dans la gueule du loup. Concerto visuel et musical d’une horreur picturale, Argento compose une succession de meurtres aussi baroques que fiĂ©vreux. Le spectateur, encerclĂ©, ne peut Ă©chapper au sacre du cinĂ©aste. La sensualitĂ© du dĂ©sir fĂ©minin fusionne avec la cruautĂ© perverse d’un voyeur haĂŻssant ce qu’il convoite, jusqu’Ă  ce que le film, dans un dernier vertige, brouille toutes les pistes.


    La vision est l'art de voir les choses invisibles.
    Ă€ partir d’une trame orthodoxe, fidèle aux fondements du genre, Dario Argento transfigure le giallo avec un parti pris moderniste : sensualiser la forme dans des teintes froides et rassurantes. MĂŞme lorsque le sang surgit — comme dans cette anthologie du bras sectionnĂ©, oĂą la victime, titubant, vient tapisser de rouge la virginitĂ© du mur — TĂ©nèbres explose l’Ă©cran avec l’Ă©lĂ©gance vĂ©nĂ©neuse d’un script aussi insidieux qu’ensorcelant.
     
    *Bruno
    6è

    Dédicace à Mathias Chaput

    mardi 22 septembre 2015

    French Connection. Oscar du Meilleur Film,1972.

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nearpictures.com

    de William Friedkin. 1971. U.S.A. 1h43. Avec Gene Hackman, Roy Scheider, Fernando Rey, Marcel Bozzuffi, Tony Lo Bianco, Frédéric de Pasquale, Bill Hickman, Harold Gary.

    Sortie salles France: 14 Janvier 1972. U.S: 9 Octobre 1971

    FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés aux Oscars d'Hollywood.
    1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


    Traque infernale de deux flics dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  dĂ©jouer l'organisation mafieuse de plus grands dealers de drogue Ă  l'orĂ©e des Seventies, French Connection nous laisse le souffle coupĂ© de par son souci documentaire d'une mise en scène tirĂ©e au cordeau et ces acteurs habitĂ©s d'une gagne effrĂ©nĂ©e. Gene Hackman endossant avec une hargne viscĂ©rale un dĂ©tective sur le qui-vive des faits et gestes de ces rivaux, particulièrement Alain Charnier, contrebandier français Ă  la tĂŞte du cartel d'hĂ©roĂŻne aujourd'hui chargĂ© d'importer 32 millions de dollars de drogue sur le territoire ricain. A travers son appui professionnel et amical, Roy Scheider lui prĂŞte la vedette avec une pugnacitĂ© plus avisĂ©e sachant par ailleurs que son compère dĂ©cidera d'en tirer une affaire personnelle afin de se venger des brocards d'Alain Charnier (Fernando Ray s'avĂ©rant dĂ©lectable de sournoiserie en baron de la drogue tranquille).


    Modèle de rigueur pour sa mise en scène virtuose, William Friedkin renouvelle en 1971 le genre policier avec le parti-pris obsessionnel d'y prĂ´ner un rĂ©alisme documentĂ©. C'est Ă  dire transfigurer avec une prĂ©cision chirurgicale une filature de longue haleine qu'entreprennent ardemment Popeye et Cloudy avant de se laisser entraĂ®ner vers les traques homĂ©riques instaurĂ©es en plein centre urbain. A cet Ă©gard, la sĂ©quence de poursuite automobile que Popeye doit arpenter afin d'alpaguer un dangereux criminel est d'une intensitĂ© toujours inĂ©galĂ©e pour la vigueur dont Friedkin fait preuve face Ă  un itinĂ©raire routier semĂ© d'embĂ»ches. Par le biais d'un dĂ©coupage Ă  couper au rasoir et ce sentiment permanent d'improvisation rĂ©gi autour d'une population figurante, le cinĂ©aste chronomètre le caractère inĂ©dit d'une poursuite infernale sachant que dans sa dĂ©termination primitive, Popeye s'efforce de suivre en vĂ©hicule le cheminement ferroviaire d'un train pris en otage. Bien avant cette sĂ©quence anthologique filmĂ©e Ă  l'arrachĂ©, Friedkin prit soin de nous captiver parmi l'autoritĂ© draconienne de deux dĂ©tectives chargĂ©s de prendre en filature jours et nuits les plus grands leaders du trafic de drogue. Grâce Ă  cette rĂ©alisation alerte aussi maĂ®trisĂ©e que novatrice exploitant New-York comme un dĂ©dale tentaculaire, Friedkin parvient Ă  rendre passionnante une traque policière de grande ampleur, entre deux descentes musclĂ©es au sein de bars malfamĂ©s et de règlements de compte sanglants entre mafia et force de l'ordre. A ce titre, ses Ă©clairs de violence souvent spectaculaires font Ă©galement preuve d'un rĂ©alisme couillu pour l'Ă©poque, Ă  l'instar d'un tragique accident de voiture pris sur le vif sur l'aile d'une autoroute.


    Nanti d'un suspense hypnotique et d'une intensitĂ© haletante sous l'impulsion nĂ©vralgique de deux acteurs au sommet de leur carrière, French Connection inscrit sur pellicule l'un des faits divers les plus notoires d'une guerre (inlassable) contre la drogue avec un rĂ©alisme toujours aussi cinglant !  

    Bruno 
    4èx

    Récompenses: Oscars du Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur, Meilleur Scénario adapté, Meilleur Montage en 1972

    lundi 21 septembre 2015

    Freddy sort de la Nuit / New Nightmare

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de Wes Craven. 1994. U.S.A. 1h52. Avec Heather Langenkamp, Robert Englund, Miko Hughes, Wes Craven, John Saxon, Robert Shaye.

    Sortie salles France: 4 Mai 1995. U.S: 14 Octobre 1994.

    FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, acteur et monteur nĂ© le 2 Aout 1939 Ă  Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La CrĂ©ature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des TĂ©nèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire Ă  brooklyn, 1996: Scream, 1997:Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


    Pratiquant la mise en abyme afin de redonner un second souffle à la franchise, Wes Craven se prend un malin plaisir à détourner son mythe fondateur à travers un récit ombrageux où réalité et fiction continuent de se juxtaposer mais de manière plus leste que les antécédents opus. Si bien qu'en l'occurrence, le célèbre croquemitaine a décidé de s'extirper de la pellicule afin de venir bouleverser la quotidienneté des véritables acteurs du premier volet ! Ou comment un monstre issu du fantasme d'un cinéaste parvient finalement à se matérialiser par sa volonté (celle du scénariste Wes Craven) pour prendre sa revanche sur ses créateurs l'ayant finalement vulgairement réduit au monstre ricaneur. D'où sa réflexion sur les ficelles du cinéma, l'addiction des fans hystérisés et la démarche mainstream des suites à succès uniquement conçues pour engranger les dollars.


    Illustre hĂ©roĂŻne du premier volet, on retrouve avec grand plaisir Heather Langenkamp interprĂ©tant dans son propre rĂ´le avec toujours autant d'aplomb et de dĂ©termination une actrice maternelle confrontĂ©e Ă  sa paranoĂŻa d'une intuition improbable (la rĂ©surrection de Freddy dĂ©libĂ©rĂ© Ă  s'extraire de son inconscient pour s'introduire dans la rĂ©alitĂ©). Quand bien mĂŞme son fils est sujet Ă  d'horribles cauchemars l'incitant Ă  adopter un comportement pathologique de plus en plus schizophrène. Ainsi, par le biais de ce tĂ©moin candide, Freddy en profite pour le molester avec endurance afin d'attiser la gĂ©nitrice vers une ultime confrontation. C'est donc autour de ses rapports dysfonctionnels et du danger tacite que Wes Craven agence son intrigue afin de privilĂ©gier l'efficacitĂ© de l'expectative en Ă©vitant le plus longtemps l'apparition escomptĂ©e (et redoutĂ©e) de l'homme aux griffes d'acier ! Grâce Ă  la posture affirmĂ©e d'Heather Langenkamp et Ă  l'aimable participation des seconds rĂ´les (Wes Craven himself, Robert Englund et John Saxon), le film parvient Ă  soutenir l'intĂ©rĂŞt d'une tension sous-jacente en ascension. Notamment en surfant sur les clins d'oeil et rĂ©fĂ©rences au premier volet, telle cette confusion du rĂŞve et de la rĂ©alitĂ© que notre hĂ©roĂŻne et son rejeton Ă©prouvent avant les estocades (notamment celle en interne hospitalier) d'une dernière partie plus intense, homĂ©rique, sanglante (on fera l'impasse sur quelques CGI foireux).


    Peut-ĂŞtre moins ambitieux que ne le laissait supposer son script et moins glauque et terrifiant que son modèle (alors que le boogeyman est paradoxalement ici plus sombre et inquiĂ©tant), Freddy sort de la nuit s'avère toutefois constamment efficace, divertissant et surtout intelligent pour sa structure narrative, son savoir-faire et ses thèmes abordĂ©s (notamment l'emprise de la fiction Ă  travers notre quotidiennetĂ© et celle des acteurs et des crĂ©ateurs) afin de nous sĂ©duire sans ambages une ultime fois. Wes Craven s'interrogeant notamment avec scrupule sur sa responsabilitĂ© morale d'avoir engendrĂ© une franchise horrifique aussi lucrative qu'(hĂ©las) Ă©culĂ©e ! 

    *Bruno
    27.11.23. 4èx. Vostfr

      vendredi 18 septembre 2015

      L'Au-delĂ  / The Beyond / L'Aldila / E tu vivrai nel terrore - L'aldilĂ 

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

      de Lucio Fulci. 1981. Italie. 1h27. Avec Catriona MacColl, David Warbeck, Cinzia Monreale, Antoine Saint-John, Veronica Lazar, Anthony Flees, Giovanni De Nava, Al Cliver.

      Sortie salles France: 14 Octobre 1981. Italie: 29 Avril 1981. Interdit aux - de 18 ans lors de sa sortie.

      FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien, nĂ© le 17 juin 1927 Ă  Rome oĂą il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'EmmurĂ©e vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delĂ , 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence..


      Spectacle « enchanteur » de poĂ©sie morbide, portĂ© par une scĂ©nographie gothique aussi ensorcelante qu’anxiogène (cet hĂ´tel bucolique de la Nouvelle-OrlĂ©ans et ses chambres poussiĂ©reuses), L’Au-delĂ  s’est hissĂ©, au fil des dĂ©cennies, au panthĂ©on du genre — alors qu’Ă  sa sortie, il fut trop souvent dĂ©nigrĂ© (Ă  tort !) comme une vulgaire sĂ©rie B Ă  la violence jugĂ©e gratuite et obscène.
      Revoir, pour la Ă©nième fois, ce mastodonte putrescent sans jamais se lasser de son impact visuel — intensitĂ© renforcĂ©e par les maquillages hallucinĂ©s de Giannetto De Rossi —, sensoriel (l’odeur suggĂ©rĂ©e de nos cadavres purulents), et auditif (Fabio Frizzi composant un contrepoint musical tantĂ´t lancinant, tantĂ´t mĂ©lodique), prouve Ă  quel point Lucio Fulci fut un gĂ©nie, passĂ© maĂ®tre dans l’art de rationaliser notre peur la plus archaĂŻque : la hantise de la mort et de sa putrĂ©faction corporelle.
      Cette angoisse du nĂ©ant, ce rapport viscĂ©ral au trĂ©pas, cette effluve nausĂ©abonde qui s’Ă©lève des cadavres dĂ©crĂ©pits ou des corps fraĂ®chement suppliciĂ©s, L’Au-delĂ  l’inscrit sur pellicule rubigineuse — Ă  travers la photo sĂ©pia de Sergio Salvati —, par le biais d’une camĂ©ra chirurgicale qui ausculte les plaies dĂ©chiquetĂ©es de l’agonie humaine.


      Et si l’intrigue simpliste, voire incohĂ©rente, diront certain(e)s,  ne sert que de prĂ©texte Ă  Ă©taler, Ă  intervalles mĂ©tronomiques, des mises Ă  mort d’anthologie jamais vues auparavant (mĂŞme la sĂ©quence des araignĂ©es, parfois dĂ©criĂ©e pour la facture mĂ©canique d’une ou deux figurines, parvient miraculeusement Ă  nous transir d’Ă©moi), Lucio Fulci rĂ©ussit pourtant Ă  la transcender par la symĂ©trie d’une mise en scène Ă©tonnamment stylisĂ©e. On peut citer, par exemple, la mĂ©morable fantasmagorie routière, lorsque Emilie et son berger allemand se figent au milieu d’une chaussĂ©e sans destination.
      Ou comment parvenir Ă  transfigurer les pires sĂ©vices crapoteux Ă  travers la beautĂ© sulfureuse d’une poĂ©sie mortifère, dĂ©diĂ©e au spectacle pestilentiel, comme cet inoubliable supplice du bain d’acide consumant dĂ©licatement le visage d’une veuve, avant de laisser s’Ă©couler sur le sol une mousse crĂ©meuse d’un rouge pastel.
      Hymne effrontĂ© Ă  la cruautĂ© organique (le martyr christique de Schweick transgresse la morale d’une justice dĂ©pravĂ©e), cantique Ă  la mort mais aussi Ă  la plĂ©nitude du repos Ă©ternel, comme l’Ă©pilogue fantasmatique, vision sidĂ©rante de poĂ©sie picturale, reprĂ©sentant le nĂ©ant, projection graphique du tableau de Schweick.
      Sarabande infernale de zombies en ascension, leur dĂ©ambulation iconique dans l’hĂ´pital dĂ©clenche un malaise pĂ©trifiant, tandis que l’enfer entrouvre ses portes pour laisser libre cours aux rituels meurtriers.
      L’Au-delĂ  empoisonne ses personnages sous l’impulsion d’une entitĂ© fĂ©tide, les confrontant Ă  des phĂ©nomènes surnaturels nonsensiques. La fresque du peintre, mĂ©taphore de l’enfer, n’est finalement que la prĂ©monition de ces suppliciĂ©s que Fulci matĂ©rialise avec une fulgurance sĂ©pulcrale.


      L'Etrange couleur des larmes de ton corps
      En dĂ©pit de la superficialitĂ© des dialogues et d’une direction d’acteurs perfectible — que leur charisme inquiĂ©tant parvient nĂ©anmoins Ă  transcender, L’Au-delĂ  accomplit l’exploit rare de nous livrer l’un des plus beaux poèmes morbides jamais gravĂ©s sur pellicule. 
      Ă€ l’instar de l’opĂ©ra gracile qu’est Suspiria, et Ă  travers la splendeur du nĂ©ant, Fulci parvient Ă  ornementer les pires sĂ©vices du châtiment humain, par le biais d’une fĂ©erie macabre, baignĂ©e dans un climat funèbre aussi Ă©vocateur que lyrique.
      EnvoĂ»tant, angoissant, vĂ©ritablement effrayant (Emilie cernĂ©e par un quatuor de zombies gutturaux, dans l’intimitĂ© de son salon ; le plombier surgissant d’une baignoire pour Ă©nuclĂ©er la domestique),
      L’Au-delĂ  est aussi sublimĂ© par la prĂ©sence suave de Catriona MacCollguidĂ©e ici par l’influence spectrale d’une non-voyante Ă©chappĂ©e des limbes.

      *Bruno . 5èx

      DĂ©dicace Ă  Christina Massart, Mathias Chaput et Boss Ju. 
       
      La critique de JĂ©rĂ´me AndrĂ© Tranchant: VU EN BLURAY. 
      J'ai dĂ©couvert ce long mĂ©trage Ă  9 ans.  Ça m'a traumatisĂ©.  Bien des annĂ©es après,  il m'est toujours difficile de revoir ce classique de l'horreur. 
      Quand Lucio Fulci s'attaque Ă  "L'au-delĂ ", il veut faire du cinĂ©ma total. Pour lui la dĂ©finition du cinĂ©ma total est celle-ci ; sur un scĂ©nario minimaliste créé des scènes et images qui imprime la rĂ©tine. Argento , son concurrent,  avec "Inferno" vient de rĂ©ussir son expĂ©rience de cinĂ©ma total.  Avec "L'au-delĂ ", il va trouver un vecteur Ă  ses visions. 

      Le film dĂ©bute dans une maison en rĂ©novation de la nouvelle OrlĂ©ans.  Au siècle prĂ©cĂ©dent, un peintre a Ă©tĂ© clouĂ© sur une porte et tuĂ© Ă  la chaux vive.  Dans le sous-sol,  il y a un problème de plomberie.  Un plombier va dĂ©couvrir une porte de l'enfer. 

      L'au-delĂ  est une succession de scènes violentes sans discontinuer.  Chaque sĂ©quences est un tableau,  chaque scènes est une vision de l'enfer. Évidemment, Lucio Fulci propose un regard terrible sur la fin d'un monde.  Il n'y a plus d'innocence ni de puretĂ©,  le monde est un chaos putride et horrible. Il n'y a plus d'espoir,  il n'y a que douleur. 

      L'au-delĂ  est une expĂ©rience sensitive et viscĂ©rale.  Le spectateur est plongĂ©e dans un univers de chair et de sang. Ce long mĂ©trage est terriblement dĂ©pressif.  Sa fin est sĂ»rement la plus belle descente aux enfers du cinĂ©ma. La divine comĂ©die de Dante adaptatĂ© pour le cinĂ©ma. Lucio Fulci est en pleine possession de ses moyens.  Il est parvenu Ă  son expĂ©rience de cinĂ©ma total. L'au-delĂ  est son chef-d'oeuvre.


      La critique de Mathias Chaput:
      VĂ©ritable ode Ă  la putrĂ©faction, « l’au-delĂ  » est le meilleur film de Fulci Ă  ce jour…
      DotĂ© d’un onirisme incroyable et omniprĂ©sent (suffit de voir la fin du film pour comprendre que tout ceci n’Ă©tait qu’un rĂŞve !), le spectateur navigue entre irrĂ©el, horreur, angoisse et fascination…
      Tout est relatĂ© merveilleusement, avec des morceaux de bravoure incroyable (notamment les scènes dans l’hĂ´pital) , certaines sĂ©quences tĂ©moignent de l’horreur pure (les araignĂ©es), et les comĂ©diens sont tous bien impliquĂ©s dans leurs rĂ´les, laissant transparaitre leur angoisse et leur incomprĂ©hension face Ă  des phĂ©nomènes qui les dĂ©passent…
      De nos jours, certains le trouveront dĂ©suet et datĂ©, ceci dit il ne faut pas occulter que « L’au-delĂ  » est un pan du cinĂ©ma d’horreur d’auteur, vĂ©ritable pilier, vĂ©ritable renaissance d’un genre Ă  son apogĂ©e vers le dĂ©but des eighties !
      Un film de puriste en somme… pas donnĂ© Ă  tout le monde !
      Dans ce paysage actuel de remakes à tout va, il est parfois bon de se replonger dans les œuvres des maitres, des dieux du gore !
      Et Fulci fait partie de cette catĂ©gorie …
      Certaines mauvaises langues diront que le maestro a pompĂ© religieusement « Shining » (le coup de la chambre) ou « Suspiria » (le chien dĂ©vorant l’aveugle), en attendant il a su insufflĂ© Ă  son mĂ©trage un cĂ´tĂ© Ă©pique et surdimensionnĂ© dans l’horreur ultime !
      ConsidĂ©rons qu’il Ă©tait littĂ©ralement en Ă©tat de grâce et qu’il a accouchĂ© de quelque chose qui se vit, une EXPERIENCE, l’aboutissement d’une carrière donnant naissance Ă  une perle, un morceau cristallin, relĂ©guant tous les autres films du genre au rang infĂ©rieur et marquant la pierre tombale d’un certain cinĂ©ma populaire !
      Surprenant, exerçant une fascination empathique encore maintenant, « L’au-delĂ  » est d’une puissance, d’une beautĂ© et d’un impact hors du commun !!!!
      A voir religieusement…
      10/10 intemporel

      jeudi 17 septembre 2015

      IN THE CUT

                                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ebay.com

      de Jane Campion. 2003. U.S.A/Australie/Angleterre. 1h58. Avec Meg Ryan, Mark Ruffalo, Nick Damici, Jennifer Jason Leigh, Micheal Nuccio, Sharrieff Pugh, Heather Litteer, Patrice O'Neal, Kevin Bacon.

      Sortie salles France: 5 Novembre 2003. U.S: 22 Octobre 2003.

      FILMOGRAPHIE: Jane Campion est une réalisatrice et scénariste néo-zélandaise, née le 30 Avril 1954 à Wellington. 1989: Sweetie. 1990: Un Ange à ma table. 1993: La leçon de piano. 1996: Portrait de Femme. 1999: Holly Smoke. 2003: In the Cut. 2009: Bright Star.


      RĂ©alisatrice reconnue par la critique avec Un Ange Ă  ma Table (Grand Prix du Jury Ă  la Mostra de Venise, 90) et la Leçon de Piano (Palme d'Or, Cannes 93), Jane Campion change de registre en 2003 pour emprunter le mode du thriller avec In the Cut, d'après un roman de Susanne Moore. Prenant pour interprète principale l'illustre Meg Ryan dĂ©voilĂ©e ici sans maquillage dans un rĂ´le Ă  contre-emploi de son image charmeuse et romantique, Jane Campion nous brosse un portrait de femme indĂ©pendante en perdition. Celle d'une professeur de lettres Ă©garĂ©e entre sa solitude, son passĂ© familial galvaudĂ© et ses rencontres sexuelles sans lendemain. Meg Ryan, quasi mĂ©connaissable, donnant corps Ă  son personnage apathique avec une Ă©motion contenue, une sensibilitĂ© contrariĂ©e et un tempĂ©rament versatile. TĂ©moin malgrĂ© elle des exactions sordides d'un serial-killer dĂ©membrant ses victimes, le dĂ©tective Malloy est contraint de l'interroger, faute du premier crime perpĂ©trĂ© sous la fenĂŞtre de son appartement. Rapidement, Frannie se laisse courtiser par ce dernier pour entamer avec consentement une relation lubrique. Mais l'arrogance du meurtrier Ă  l'affĂ»t de ses dĂ©placements ainsi qu'un 3è crime crapuleux vont bouleverser sa banale quotidiennetĂ©. 


      Thriller singulier dans la forme puisque le film esthétiquement crépusculaire se morfond dans un climat anxiogène indicible, In the Cut est une errance au bout de l'enfer urbain qu'une femme esseulée va emprunter de manière impromptue par sa fragile influence et ses rencontres plus ou moins marginales (si on excepte sa relation intrigante avec l'inspecteur Malloy). Chargé d'un érotisme torride par le biais de séquences charnelles particulièrement sensorielles, l'intrigue oppose les étreintes sexuelles à l'horreur de situations crapoteuses parmi l'errance d'une héroïne facilement malléable. Avec le parti-pris de réfuter les conventions du genre, Jane Campion s'intéresse surtout à fignoler son cadre urbain entaché d'une aura glauque vénéneuse autour de l'évolution ambivalente de Malloy et Franny, communément épris d'idylle entre jeux sexuels et désirs éthérés. Nanti d'un langage parfois cru et même de l'utilisation audacieuse d'inserts X lors d'une séquence clef confinée dans les toilettes d'un bar, la réalisatrice sème trouble et malaise afin de désorienter le spectateur embarqué dans une investigation policière à la progression indécise. Exploitant avec subtilité suspense latent, angoisse palpable et tension sous-jacente, In the Cut hypnotise les sens du spectateur parmi l'habileté machiavélique d'une réalisation auteurisante faisant honneur à l'étude caractérielle (l'identité de l'assassin s'avérant finalement peu louable). Avec son atmosphère aussi glauque que feutrée régie au coeur d'un New-York ombrageux et parmi les motivations lubriques de personnages (seconds-rôles à l'appui !) ne prêtant pas à la quiétude, le spectateur observe cette jungle avec l'impuissance de prêter main forte à notre héroïne vulnérable.


      L'amour en berne
      Angoissant et oppressant, sensuel et provocant, malsain et Ă©prouvant (l'Ă©picentre traumatique s'avère d'une intensitĂ© dramatique aussi rigoureuse que bouleversante !), In the Cut bouscule les habitudes du spectateur impliquĂ© dans un thriller d'un Ă©rotisme instable, de par les frustrations sexuelles et la dĂ©sillusion des protagonistes en dĂ©pit amoureux. Sans doute un des thrillers les plus marquants des annĂ©es 2000 malgrĂ© sa retenue publique. 

      Dédicace à Arnaud Kovac
      Bruno Matéï
      2èx