lundi 1 février 2016

BONE TOMAHAWK. Grand Prix, Gérardmer 2016.

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site standbyformindcontrol.com

de S. Craig Zahler. 2015. U.S.A. 2h12. Avec Kurt Russell, Patrick Wilson, Matthew Fox, Richard Jenkins, Lili Simmons, Evan Jonigkeit,

Sortie salles U.S: 23 Octobre 2015

FILMOGRAPHIES. Craig Zahler est un réalisateur et scénariste américain né en 1973 à Miami, Floride. 2015: Bone Tomahawk


Hommage:
En jumelant les codes du western et de l'horreur, le nĂ©ophyte S. Craig Zahler surprend agrĂ©ablement avec Bone Tomahawk si bien que les membres du Jury de GĂ©rardmer lui dĂ©cernèrent le Grand Prix. Une odyssĂ©e sauvage que vont arpenter un shĂ©rif et ces trois acolytes depuis que la femme d'Arthur O'Dwyer et un adjoint de l'ordre ont Ă©tĂ© kidnappĂ©s par des indiens anthropophages. En s'inspirant de deux classiques au genre contradictoire (la Prisonnière du dĂ©sert et Cannibal Holocaust), Bone Tomohawk bouscule nos habitudes de spectateur immergĂ© malgrĂ© lui dans un voyage vers l'enfer oĂą le danger palpable fait irruption sans mĂ©nagement. Principalement vers sa seconde partie lorsque le rĂ©alisateur exploite sans complexe une poignĂ©e d'affrontements gores d'une cruautĂ© inouĂŻe alors que les indiens aux aguets surgissent de leur tanière de manière totalement improvisĂ©e !


De par son rĂ©alisme cru Ă  la limite du soutenable et ses effets de surprise, la tension engendrĂ©e Ă©mane du sentiment de stupeur et d'impuissance des victimes avant d'endurer dĂ©sespĂ©rĂ©ment des souffrances corporelles. Mais bien avant ce dĂ©chaĂ®nement de violence viscĂ©rale d'un autre âge, le cinĂ©aste aura pris soin de nous attacher Ă  la cohĂ©sion de nos protagonistes sĂ©vèrement châtiĂ©s par un concours de circonstances infortunĂ©es. Sillonnant les collines du Nouveau-Mexique avec un courage dĂ©terminant, ils vont ĂŞtre amenĂ©s Ă  rĂ©viser leur jugement sur la condition estropiĂ©e d'un de leurs camarades, Arthur. Ce dernier ralentissant sa troupe depuis le grave handicap de sa jambe alors qu'il s'Ă©vertue de suivre ses comparses afin de retrouver son Ă©pouse en vie. Cette situation de survie houleuse s'avère l'un des pivots dramatiques de l'intrigue, Spoil ! sachant que le groupe sera contraint de se diviser Fin du Spoil alors que le danger tangible se rapproche inexorablement. Cette tension sous-jacente dĂ©coulant de la prĂ©caritĂ© physique d'Arthur et l'expectative de retrouver les disparus en vie permettent au spectateur de provoquer l'anxiĂ©tĂ© au sein de leur intimitĂ© amicale. Par son rythme languissant ne laissant rien prĂ©sager des prochains incidents, Bone Tomohawk sème le terrain avec l'habiletĂ© sardonique d'embrayer sur une seconde partie horrifique en crescendo. Quasiment exclu de score musical et soutenu du jeu viscĂ©ral des comĂ©diens, S. Craig Zahler privilĂ©gie un climat rĂ©aliste de mystère lattent au sein d'un dĂ©corum photogĂ©nique (les collines du Nouveau-mexique Ă©clairĂ©es d'une photo sĂ©pia) auquel la menace hostile se symbolise par le cri primal d'indiens spectraux.


Captivant, angoissant, parfois terrifiant et Ă©prouvant, de par le ressort d'un suspense en ascension, sa dramaturgie sans concession et sa violence jusqu'au-boutiste, Bone Tomohawk nous achemine au survival d'une descente aux enfers sous l'impulsion de comĂ©diens d'une digne densitĂ© humaine. 
A réserver néanmoins à un public averti

B.M.

Récompenses:
Festival international du film de Catalogne 2015 : meilleur rĂ©alisateur pour S. Craig Zahler et prix « JosĂ© Luis Guarner » de la critique
Festival international du film fantastique de Gérardmer 2016 : Grand Prix

vendredi 29 janvier 2016

Le Couloir de la Mort / The Evil


"The Evil" de Gus Trikonis. 1978. U.S.A. 1h29. Avec Richard Crenna, Joanna Pettet, Andrew Prine, Lynne Modie, Cassie Yates, George O'Hanlon Jr.

Sortie salles France: 15 Juillet 1981

FILMOGRAPHIE: Gus Trikonis est un acteur, danseur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© Ă  Manhattan (New York) le 21 novembre 1937. 1997: Insel der Furcht1991: The Great Pretender. 1985 DĂ©lit de fuite (TV Movie).  1985 Midas Valley (TV Movie). 1985 Malice in Wonderland (TV Movie). 1983 First Affair (TV Movie). 1983 Dempsey (TV Movie). 1983 Pris au piège. 1982 Miss All-American Beauty (TV Movie). 1981 Twirl (TV Movie). 1981: Ca passe ou ça casse. 1981 Elvis and the Beauty Queen (TV Movie). 1980 Touched by Love. 1979: She's Dressed to Kill (TV Movie).  1979 The Last Convertible (TV Mini-Series) (part 3). 1979 The Darker Side of Terror (TV Movie). 1978 Le couloir de la mort. 1977 Moonshine County Express. 1976 The Student Body. 1976 Nashville Girl. 1975 The Swinging Barmaids. 1975 Supercock. 1969 Five the Hard Way.


"Le Couloir de la Mort : Train fantĂ´me et diablerie vintage".
Hit VHS des annĂ©es 80 sous l’Ă©tendard Ă©toilĂ© de Hollywood Video, Le Couloir de la Mort fit autant les beaux jours des rats de vidĂ©oclub que ceux des cinĂ©philes lors de sa ressortie en salles Ă  l’orĂ©e de cette dĂ©cennie. J’en suis la preuve vivante : après l’avoir louĂ©, je filai, un samedi après-midi, m’y replonger avec ferveur dans mon cinĂ©ma de quartier. Pure sĂ©rie B d’exploitation surfant sur la vague des demeures hantĂ©es, Le Couloir de la Mort ne prĂ©tend pas rĂ©volutionner le genre avec son intrigue Ă©culĂ©e, dĂ©nuĂ©e de surprises - hormis un final dĂ©lirant, flirtant avec le grotesque selon l’humeur du jour - car tout entier bâti sur le caractère spectaculaire de ses sĂ©quences chocs. ÉpaulĂ© d’effets spĂ©ciaux artisanaux, souvent soignĂ©s et d’une efficacitĂ© redoutable, le film Ă©maille son rĂ©cit de mises Ă  mort au rĂ©alisme parfois sidĂ©rant : main dĂ©coupĂ©e Ă  la scie circulaire, corps projetĂ© dans les airs, viol brutal d’une malheureuse afro secouĂ©e par l’entitĂ© invisible.

Le pitch ressasse, le temps d’un week-end, la rĂ©union de 10 convives dans un manoir scellĂ© depuis vingt-cinq ans. Attendu pour les accueillir, le gardien sera la première victime : un incendie inexpliquĂ© dans la cave le rĂ©duit au silence, seul le spectateur tĂ©moin de son agonie.

Dans cette sĂ©quence dĂ©jĂ , sourd l’aura feutrĂ©e d’une atmosphère gothique : le vieil homme inspecte les lieux, furetant l’Ă©cho de bruits suspects. PassĂ© ce prologue ombrageux, nos hĂ´tes s’opposent en vain aux manifestations surnaturelles, prisonniers d’une demeure carnassière. Un Ă  un, ils plient sous l’estocade d’une force dĂ©moniaque jusqu’Ă  ce que mort s’ensuive.

Nanti d’un rythme haletant n’accordant aucun rĂ©pit aux pĂ©ripĂ©ties diaboliques, Le Couloir de la Mort distrait comme un train fantĂ´me oĂą l’esbroufe sert de pivot vital. Ă€ ces effets spectaculaires bien troussĂ©s s’ajoute la caractĂ©risation attachante des personnages, impliquant rĂ©ellement le spectateur dans leur dĂ©sarroi, malgrĂ© leur naĂŻvetĂ© parfois dĂ©sarmante. Richard Crenna campe un psychologue rationnel, rĂ©futant mordicus la moindre thĂ©orie surnaturelle, tandis que ses seconds rĂ´les s’Ă©vertuent Ă  contredire l’Ă©vidence du mal rampant.

Le Couloir de la Mort captive par un charme bis irrĂ©sistible, fruit du savoir-faire d’un rĂ©alisateur s’Ă©chinant Ă  distiller une ambiance dĂ©moniaque souvent tangible. Quant au final incongru, exhibant le diable en personne sous les traits fantasques de Victor Buono, il ose rompre la conformitĂ© pour livrer la scĂ©nographie d’un au-delĂ  limpide toutefois fascinant. Le spectateur, dĂ©paysĂ©, oscille entre fascination et sourire, notamment grâce au clin d’Ĺ“il d’un fantĂ´me charitable venu prĂŞter main forte Ă  l’heure du glas. A privilĂ©gier toutefois la VO, le sĂ©quence gagne en rĂ©alisme auprès de la tonalitĂ© vocale de Victor Buono plus pervers et inquiĂ©tant. 


Plaisir innocent du samedi soir, sĂ©rie B sans prĂ©tention, Le Couloir de la Mort n’a rien perdu de son charme naĂŻf Ă  provoquer l’angoisse au grĂ© de ses sĂ©quences chocs et de sa patine vintage. Ă€ l’intĂ©gritĂ© de son auteur, soucieux de divertir, s’ajoute la spontanĂ©itĂ© communicative de ses comĂ©diens de seconde zone : on obtient alors un classique, aussi mineur soit-il, qu’il fait bon revisiter sans se lasser. Et j'en suis au 6è visionnage. 


B.M
22.06.25. 6èx
29.01.16
25.02.11



jeudi 28 janvier 2016

The Asphyx (l'esprit de la mort)

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmscoremonthly.com

"Spirit of the dead / L'Esprit de la Mort" de Peter Newbrook. 1972. U.S.A. 1h39. Avec Robert Stephens , Robert Powell , Jane Lapotaire , Alex Scott , Ralph Arliss.

Sortie salles U.S: Février 1973

FILMOGRAPHIE: Peter Newbrook est un réalisateur, producteur et scénariste anglais, né le 29 Juin 1920, décédé le 19 Juin 2009 à Norwich (Angleterre). Il est l'unique metteur en scène de The Asphyx.

Perle maudite, inĂ©dite dans les salles de l'Hexagone mais exhumĂ©e de l'oubli par les Ă©diteurs Neo Publishing et plus rĂ©cemment par MDC Films (dans un Blu-ray fastueux), The Asphyx traite de l'immortalitĂ©, de l'orgueil et de notre rapport moral Ă  la dangerositĂ© du pouvoir avec une audace sans Ă©gale. Dans une ambiance dĂ©licieusement gothique proche des productions Hammer, cet OVNI horrifique tire parti de son pouvoir vĂ©nĂ©neux grâce Ă  la folie de son concept singulier – avec, en second rĂ´le, l'intrusion d'un mammifère bien plus important qu'il n'y paraĂ®t – tout en dĂ©veloppant une rĂ©flexion spirituelle autour de notre soif d'une existence inaltĂ©rable.

Synopsis : En 1875, un scientifique, épaulé par son adjoint, mène d'étranges expériences occultes en photographiant des personnes sur le point de mourir. Par le biais d'une tache noire apparaissant sur les clichés, Sir Hugo Cunningham pense avoir démasqué l'Asphyx, un esprit de la mort qui, selon une légende grecque, s'emparerait de notre âme au moment du trépas. Fascinés par cette stupéfiante découverte, nos apprentis sorciers mettent alors au point une machine capable de capturer l'Asphyx afin de permettre à la victime concernée d'échapper à la mort et ainsi d'accéder à l'immortalité.

Ce scénario saugrenu, émaillé de rebondissements aussi décapants qu'intelligents (notamment grâce au rôle déterminant du cochon d'Inde), demeure d'une redoutable efficacité sous l'impulsion de comédiens impétueux s'en donnant à cœur joie dans leur utopie immorale, incapables de contenir leur irrépressible désir de transgresser les lois du divin. Redoutablement passionnant au fil d'une narration aussi insolite que maîtrisée, Peter Newbrook parvient, pour son unique réalisation, à surprendre le spectateur en l'impliquant dans une expérience scientifique aussi démente que débridée. La scénographie minimaliste du huis clos permet d'autant mieux de nous familiariser avec ces protagonistes confinés dans leur laboratoire victorien. Multipliant leurs expériences morbides, d'abord sur un mammifère, puis sur des cobayes humains, ils deviennent peu à peu prisonniers de leur obsession en brisant toutes les barrières de la morale afin d'offrir à l'homme le privilège de l'immortalité.

Si les effets spéciaux, aujourd'hui un peu datés, peuvent prêter à sourire lors des apparitions de l'Asphyx, leur résultat visuel demeure si incongru, surprenant et hallucinant que l'on finit sans difficulté par croire à l'improbable lorsque l'entité s'anime sous les faisceaux d'un projecteur en poussant un braillement primal avant de s'extirper de sa geôle. Qui plus est, la spontanéité irréprochable des comédiens - second atout majeur du film après sa richesse psychologique - nous convainc pleinement de ces expériences compromises avec l'au-delà, où un simple appareil photo, quelques produits chimiques et une caméra deviennent les instruments d'une quête prométhéenne.

Par sa dimension visuelle aussi fantaisiste qu'hallucinée, The Asphyx décuple son pouvoir de fascination grâce à un scénario atypique, une dramaturgie fataliste et le brio d'interprètes totalement investis dans leur fonction insidieuse de savants fous littéralement en roue libre. Honteusement méconnu et longtemps oublié - bien que certains spécialistes le sacralisent comme l'un des films essentiels des années 70, parmi lesquels Martin Scorsese, Quentin Tarantino ou Nicolas Stanzick -, ce joyau d'insolence macabre, de mégalomanie immorale (sans oublier sa réflexion sur la peine de mort dès son premier acte) redonne avec panache les lettres de noblesse du film gothique dans une modernité étonnamment fraîche et couillue.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

29/07/26. 3èx. VO

mercredi 27 janvier 2016

THE DANISH GIRL. Queer Lion Ă  la Mostra de Venise 2015.

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site actu-film.com

de Tom Hooper. 2015. U.S.A/Angleterre/Allemagne. 2h00. Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaerts, Ben Whishaw, Amber Heard, Sebastian Koch

Sortie salles France : 20 janvier 2016. U.S: 27 Novembre 2015

FILMOGRAPHIE: Thomas George « Tom » Hooper est un rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 1er octobre 1972 Ă  Londres. 2004 : Red Dust. 2009 : The Damned United. 2010 : Le Discours d'un roi. 2012 : Les MisĂ©rables. 2016 : The Danish Girl.


MĂ©lodrame inspirĂ© de l'histoire vraie de Lili Elbe, premier cobaye masculin Ă  avoir subi une opĂ©ration chirurgicale pour un changement de sexe ("chirurgie de rĂ©assignation sexuelle" nommeront les thĂ©rapeutes !), The Danish Girl aborde le thème du transgenre (confusion de l'identitĂ© sexuelle) avec pudeur d'Ă©motion dans son refus de pathos, Spoil ! et ce en dĂ©pit de la tournure inopinĂ©e du dĂ©nouement dramatique Fin du Spoil. Par le biais de son profil psychologique singulier prĂ´nant notamment un hymne Ă  la fĂ©minitĂ©, Tom Hooper transfigure une leçon de tolĂ©rance et d'amour du point de vue de l'Ă©pouse dĂ©laissĂ©e qu'endosse brillamment Alicia Vikander.


Cette dernière insufflant avec humanisme vaillant une grande dignité pour son sens de l'empathie, de la considération et de la passion pour la condition pathologique de son mari. Alors que certains médecins et psychiatres conservateurs diagnostiquerons le sort de leur patient d'homosexualité ou de maladie mentale (la schizophrénie), Gerda ne cessera de respecter sa nouvelle raison d'être et de soutenir son choix ardu avec constance et tendresse intarissables. Car au-delà de l'introspection poignante établie sur l'ambivalence morale de Lili, partagé entre sa peur de perdre l'être aimé, le désir viscéral de changer de corps et la crainte de se prêter à une chirurgie novatrice, The Danish Girl cultive une magnifique histoire d'amour autour de leur solidarité indéfectible. Situé à l'aube des années 30, la reconstitution soignée et les sublimes décors contrastent à merveille avec la quotidienneté intime de Lili et Gerda. Cette dernière exerçant dans son foyer la profession de peintre pendant que son mari lui sert de modèle en adoptant le rôle d'un travesti. Se focalisant sur leur rapports intimes à travers des discordes conjugales et une irrésistible cohésion amoureuse The Danish Girl distille une émotion prude sous l'impulsion de deux comédiens en émoi. Eddie Redmayne se fondant dans la peau du transsexuel avec une séduction naturelle et une ambiguïté de personnalité souvent bouleversantes.


Abordant sans racolage les tabous du transgenre et de l'homophobie autour d'une histoire d'amour pleine de passion et de tolĂ©rance, Tom Hooper nous offre un tĂ©moignage digne sur le droit Ă  la diffĂ©rence du point de vue du premier patient Ă  s'ĂŞtre prĂŞtĂ© Ă  la chirurgie de rĂ©attribution sexuelle. Outre le brio de sa mise en scène Ă  la forme esthĂ©tisante (photo et Ă©clairages limpides pour transfigurer la reconstitution historique des annĂ©es 30), le film doit beaucoup de sa poĂ©sie et de son intensitĂ© dramatique grâce au duo magnanime Eddie Redmayne/Alicia Vikander (celle-ci volant quasiment la vedette Ă  son acolyte au travers d'un superbe portrait de femme constante !).

B.M

mardi 26 janvier 2016

BEASTS OF NO NATION

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site goldposter.com

de Cary Joji Fukunaga. 2015. U.S.A. 2h16. Avec Abraham Attah, Idris Elba, Emmanuel Nii Adom Quaye, Ama K. Abebrese, Richard Pepple, Francis Weddey, Opeyemi Fagbohungbe, Andrew Adote.

Sortie salles France: INEDIT. U.S: 16 Octobre 2015

FILMOGRAPHIECary Joji Fukunaga est un réalisateur américain, né le 10 juillet 1977 à Oakland en Californie. 2009: Sin Nombre. 2011: Jane Eyre. 2012: Sleepwalking in the Rift. 2015: Beasts of No Nation.


Inédit en salles en France et directement sorti en VOD, Beasts of no nation relate avec un réalisme documenté le conditionnement d'un enfant en machine à tuer au coeur d'une guerre civile Africaine. Enrôlé par un commandant drastique dirigeant de main de fer son armée rebelle, le jeune Agu s'embourbe rapidement dans un univers de violence barbare après avoir été séparé de sa mère puis témoin du massacre de sa famille. Par l'alibi de la vengeance, son leader en profite pour l'initier à l'apprentissage de l'autorité, du combat et des armes avant de le mettre à l'épreuve du rituel criminel. Cette innocence déflorée, Agu l'endure avec courage et détermination d'une vendetta avant de saisir la manoeuvre de son mentor, gourou sans vergogne exploitant son armée dans un but égotiste.


Ă‚pre, ultra violent, malsain, nausĂ©eux, Cary Joji Fukunaga n'y va pas par quatre chemin pour dĂ©crier l'animositĂ© primitive d'une guerre civile parmi l'appui d'enfants martyrs aveuglĂ©s par la haine et le sang. Voyage au bout des tĂ©nèbres, odyssĂ©e funèbre d'oĂą plane les effluves de macchabĂ©es fraĂ®chement assassinĂ©s ou putrĂ©fiĂ©s par le soleil, Beasts of no nation nous retranscrit avec vigueur dramatique l'introspection meurtrie d'un enfant orphelin, tĂ©moin de massacres en règle sous l'allĂ©geance d'un dictateur obnubilĂ© par le pouvoir. Idris Elba endossant avec sobriĂ©tĂ© un rĂ´le perfide oĂą la manigance de ces stratĂ©gies bellicistes Spoiler ! finit mener sa troupe vers la dĂ©route fin du Spoiler. Poignant et bouleversant pour la dĂ©rive sanguinaire de ces enfants endoctrinĂ©s Ă  la dĂ©chĂ©ance criminelle, Beasts of no nation ne nous laisse peu de rĂ©pit pour manifester de leur dĂ©liquescence morale Ă  exterminer sans flĂ©chir femmes et enfants parmi la complicitĂ© tantĂ´t indulgente d'Agu. Par un vibrant monologue alternant ses sentiments d'espoir et de dĂ©sespoir face Ă  sa foi divine, Agu devient un adulte aguerri apte Ă  discerner la monstruositĂ© qui vient de naĂ®tre en lui. Ce message d'espoir intentĂ© Ă  sa parcelle d'humanitĂ© tend Ă  rassurer sur sa destinĂ©e galvaudĂ©e parmi son souvenir traumatique d'une guerre d'un autre âge. Outre l'esthĂ©tisme crĂ©pusculaire de ces affrontements chaotiques Ă©pargnĂ©s de vainqueurs, le film gagne en intensitĂ© sous l'impulsion Ă©quivoque du jeune Abraham Attah. Ce dernier se fondant dans la peau d'un soldat infantile derrière un regard impassible peu Ă  peu rattrapĂ© par le regain de conscience.


Dur et sans concession car d'un rĂ©alisme parfois Ă©prouvant pour le cheminement criminel de cette gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e, Beasts of no nation laisse un goĂ»t de souffre dans la bouche lorsqu'il fait Ă©cho aux exactions barbares du djihadisme terroriste (Boko Haram en tĂŞte !). Poignant et bouleversant parmi le tĂ©moignage de ces enfants de la honte, l'absurditĂ© de la guerre nous est ici illustrĂ©e sous son aspect le plus sordide lorsque ces derniers sont prĂŞts Ă  payer de leur âme pour se soumettre Ă  l'idĂ©ologie la plus extrĂ©miste. HantĂ© par le score envoĂ»tant de Dan Romer, il en Ă©mane un vibrant plaidoyer contre la haine infantile dont on ne sort pas indemne... 

B.M

Récompenses: Mostra de Venise 2015 : Prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir pour Abraham Attah.
National Board of Review Awards 2015 : Meilleur espoir pour Abraham Attah.

lundi 25 janvier 2016

UNE JOURNEE PARTICULIERE. César du Meilleur Film Etranger, 1978.

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

"Una giornata particolare" d'Ettore Scola. 1977. Italie/Canada. 1h45. Avec Sophia Loren, Marcello Mastroianni, John Vernon, Françoise Berd, Vittorio Guerrieri, Alessandra Mussolin

Sortie salles France: 7 Septembre 1977. Italie: 12 Août 1977

FILMOGRAPHIE: Ettore Scola est un réalisateur et scénariste italien, né le 10 Mai 1931 à Trevico, province d'Avellino en Campanie.
1964: Parlons Femmes. 1965: Belfagor le Magnifique. 1968: Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? 1969: Le Commissaire Pepe. 1970: Drame de la Jalousie. 1972: La Plus belle soirée de ma vie. 1973: Voyage dans le Fiat-Nam. 1974: Nous nous sommes tant aimés. 1976: Affreux, sales et méchants. 1977: Bonsoir Mesdames et Messieurs. 1977: Une Journée Particulière. 1978: Les Nouveaux Monstres. 1980: La Terrasse. 1981: Passion d'Amour. 1982: La Nuit de Varennes. 1983: Le Bal. 1985: Macaroni. 1987: La Famille. 1988: Splendor. 1989: Quelle heure est-il ? 1990: Le Voyage du Capitaine Fracasse. 1993: Mario, Maria, Mario. 1995: Le Roman d'un jeune homme pauvre. 1998: Le Dîner. 2001: Concurrence Déloyale. 2003: Gente di Roma.


Drame psychologique prenant pour cadre le huis-clos d'un appartement autour des rapports indécis d'un couple en quête d'amour, une Journée particulière relate le destin infortuné de ses amants esseulés durant l'époque du fascisme Italien. Epouse et mère de 6 enfants résidant dans un vieil immeuble, Antonietta s'occupe de ses tâches ménagères quand bien même ces derniers et son mari se préparent à participer à la parade militaire au cours duquel Hitler est venu se déplacer à Rome afin de rencontrer Mussolini. Alors que son oiseau domestique vient de s'échapper de sa cage, elle aperçoit en face de son immeuble l'un de ses voisins à proximité de l'animal. Elle décide de frapper à sa porte pour lui invoquer de l'aide. C'est à ce moment aléatoire que les deux inconnus entament une sympathique conversation avant d'apprendre à se connaître et d'y délivrer leur orientation sexuelle.


Prenant pour thèmes le fascisme et l'homosexualité à l'aube de la seconde guerre mondiale, Une Journée particulière y dénonce l'intolérance, le machisme, la haine et la peur de la différence sous l'impulsion contrariée d'un couple en questionnement conjugal. Antonietta vouant un amour subitement fougueux pour son voisin, Gabriele, un homosexuel viré de son poste de présentateur radio depuis ses révélations sexuelles. Durant leurs rapports amicaux jalonnés d'intempéries, ces derniers ne vont pas tarder à se livrer des confidences intimes depuis leur condition soumise d'une existence conservatrice. Epaulé d'une photo sépia afin de renforcer le climat blafard du quartier précaire dans lequel ils évoluent parmi l'indiscrétion d'une commère fasciste, Une journée particulière insuffle une atmosphère versatile autour du couple inconciliable au rythme lassant d'une fanfare militaire perçue à travers la radio. Leur romance impossible et leurs pulsions de révolte provoquant une certaine ambiguïté chez la posture tourmentée de Gabriele, au moment où la conclusion glaçante nous révélera pour quel motif celui-ci s'était résigné Spoiler ! à ne pas perdurer leur relation sentimentale Fin du Spoiler. Si le monstre sacré Marcello Mastroianni délivre un jeu aussi dépouillé qu'intense dans son regard songeur et ses clameurs de victime molestée, Sophia Loren illumine l'écran par sa présence prude où la douceur sensuelle se chevauche parmi l'amertume du désarroi dans sa fonction d'épouse esseulée, faute du machisme d'un époux ingrat. Toute l'intensité du film reposant sur leurs rapports contradictoires, équivoques et désespérés autour d'un apprentissage amoureux.


D'un rĂ©alisme Ă©touffant impulsĂ© par le brio de sa mise en scène sans fard et d'une pudeur saisissante pour la prestance incandescente du couple Mastrioanni/Sophia Loren, Une journĂ©e particulière traduit une Ă©motion finalement bouleversante pour mettre en exergue les Ă©tats d'âme meurtris d'une romance impossible. Une oeuvre marquante d'un pessimisme sans Ă©chappatoire au moment oĂą les mentalitĂ©s fascistes se complaisent dans une parade musicale afin de glorifier l'obscurantisme. 

Dédicace à Rebecca Lord
B.M

Récompenses:
National Board of Review 1977 : prix du meilleur film étranger.
César du meilleur film étranger 1978.
David di Donatello 1978 :
David di Donatello du meilleur réalisateur à Ettore Scola,
David di Donatello de la meilleure actrice principale Ă  Sophia Loren.
Globe d'or 1978 :
Globe d'or du meilleur film Ă  Ettore Scola,
Globe d'or du meilleur acteur Ă  Marcello Mastroianni,
Globe d'or de la meilleure actrice Ă  Sophia Loren.
Golden Globes 1978 : Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.
Ruban d'argent (Syndicat national des journalistes cinématographiques italiens) 1978 :
Ruban d'argent de la meilleure actrice Ă  Sophia Loren,
Ruban d'argent du meilleur scénario à Maurizio Costanzo, Ruggero Maccari et Ettore Scola,
Ruban d'argent de la meilleure musique de film Ă  Armando Trovajoli.
Mostra de Venise 2014 : « Venezia Classici » du meilleur film restaurĂ© pour Ettore Scola.

vendredi 22 janvier 2016

Cours, Lola, cours / Lola rennt

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site traileraddict.com

de Tom Tykwer. 1998. Allemagne. 1h21. Avec Franka Potente, Moritz Bleibtreu, Herbert Knaup, Nina Petri, Armin Rohde, Joachim KrĂłl

Sortie salles France: 7 avril 1999. U.S: 18 juin 1999. Allemagne: 20 Août 1998.

FILMOGRAPHIE: Tom Tykwerest un réalisateur, scénariste, producteur et compositeur allemand, né le 23 mai 1965 à Wuppertal. 1994 : Maria la maléfique. 1997 : Les Rêveurs. 1998 : Cours, Lola, cours. 2000 : La Princesse et le Guerrier. 2002 : Heaven. 2006 : Le Parfum. 2009: L'Enquête. 2010 : Drei. 2012 : Cloud Atlas: coréalisateur, scénariste, producteur et compositeur. 2015 : A Hologram for the King.


"Nous ne cesserons pas notre exploration, et au terme de notre quête nous arriverons là d'où nous étions partis et nous connaîtrons ce lieu pour la première fois. Après le match, c'est avant le match !"

Film culte au sens premier du terme, Cours, Lola, cours est une production allemande lancĂ©e Ă  l’adrĂ©naline d’une course dĂ©sespĂ©rĂ©e contre la montre. Alors que Manni devait remettre 100 000 marks Ă  un trafiquant, un clochard lui dĂ©robe la somme dans un compartiment ferroviaire. AppelĂ©e Ă  la rescousse, Lola tente d’obtenir la mĂŞme cagnotte auprès de son père banquier en vingt minutes, faute de quoi Manni serait liquidĂ©. Mais une cascade d’incidents imprĂ©visibles pousse Lola Ă  repenser sa situation avec une persistance farouche.

ScindĂ© en trois actes, le film offre Ă  l’hĂ©roĂŻne la possibilitĂ© de rejouer son destin maudit par diverses stratĂ©gies. Tom Tykwer dĂ©ploie une inventivitĂ© furieuse, transformant cette traque homĂ©rique en Ă©popĂ©e cadencĂ©e, comme une joggeuse Ă©chappĂ©e d’une bande dessinĂ©e. Sa stature effervescente, son cri perçant, sa tenue criarde, sa chevelure rouge - que Alias imitera plus tard - en font une figure explosive. DĂ©bridĂ© et jouissif, le film multiplie les trouvailles visuelles : sĂ©quences animĂ©es, flashforwards foudroyants qui bouleversent le destin de simples figurants. Cours, Lola, cours renouvelle sans cesse son Ă©nergie par un enchaĂ®nement de hasards et de personnages extravagants, inscrits dans une obstination fĂ©brile.

Éloge de la constance, de la foi en son Ă©toile, le rĂ©cit ouvre des pistes philosophiques et spirituelles (la rĂ©incarnation en filigrane), tout en creusant les failles intimes d’un couple en quĂŞte d’avenir. Romance passionnelle oĂą l’amour peut, peut-ĂŞtre, sauver deux destins marginaux, le film explore surtout les rĂ©percussions - heureuses ou fatales - de nos choix les plus anodins. Entre lyrisme, humour dĂ©calĂ© et tension oppressante, la course Ă©perdue se nourrit d’une musique techno mĂ©tronomique qui galvanise chaque pas, et qui n'a toujours pas pris une ride. 


Ovni clipesque en trois mouvements, Cours, Lola, cours dĂ©borde de fougue et d’insolence, ironisant sur l’absurditĂ© existentielle. Au-delĂ  de la virtuositĂ© formelle, l’Ĺ“uvre est transcendĂ©e par Franka Potente, rĂ©vĂ©lation viscĂ©rale : cri strident, fragilitĂ© brĂ»lante, Ă©nergie d’anti-hĂ©roĂŻne mue par l’amour et la rage de vaincre. Un mĂ©ga-trip fulgurant, Ă  dĂ©vorer sans modĂ©ration.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

22.01.16 (4èx)
26.08.01


Récompenses: Prix du film allemand 1999 : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur second rôle féminin pour Nina Petri, meilleur second rôle masculin pour Herbert Knaup, prix du public pour le film de l'année et pour Franka Potente en tant que meilleure actrice.


jeudi 21 janvier 2016

Prison

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Renny Harlin. 1987. U.S.A. 1h42. Avec Viggo Mortensen, Chelsea Field, Lane Smith, Lincoln Kilpatrick, Tom Everett, Tom Lister, Jr. , Kane Hodder.

Sortie salles France, uniquement à Avoriaz: Janvier 1988. U.S: 8 Décembre 1987

FILMOGRAPHIE: Renny Harlin (Renny Lauri Mauritz Harjola), est un réalisateur et producteur américain d'origine finlandaise, né le 15 mars 1959 à Riihimäki (Finlande).
1986 : Born American. 1987 : Prison. 1988 : Le Cauchemar de Freddy). 1990 : 58 Minutes pour vivre (Die Hard 2). 1990 : The Adventures of Ford Fairlane. 1993 : Cliffhanger. 1995 : L'Île aux pirates. 1996 : Au revoir à jamais. 1999 : Peur Bleue. 2001 : Driven. 2004 : Profession profiler. 2004 : L'Exorciste, au commencement. 2006 : Le Pacte du sang. 2008 : Cleaner. 2009 : 12 Rounds. 2011 : Etat de guerre. 2013 : Dyatlov Pass Incident. 2014 : La Légende d'Hercule. 2015 : Skiptrace.


Classique des annĂ©es 80, Prison est l'initiateur d'un concept original que d'autres rĂ©alisateurs s'empresseront d'exploiter (Ă  l'instar de Wes Craven pour Shocker, James Isaac avec House 3): celui des exactions revanchardes d'un dĂ©tenu d'outre-tombe, faute d'avoir Ă©tĂ© autrefois injustement condamnĂ© Ă  la chaise Ă©lectrique. En l'occurence, alors que des prisonniers sont transfĂ©rĂ©s dans une ancienne prison en tĂ©moignant des consignes totalitaires de leur directeur, d'Ă©tranges phĂ©nomènes meurtriers vont intenter Ă  leur dĂ©tention. Si bien que tapi derrière les cloisons des cellules, le fantĂ´me d'un ancien dĂ©tenu serait Ă  l'origine de ses massacres en règle. SĂ©rie B photogĂ©nique par sa facture formellement gothique exploitant efficacement un scĂ©nario linĂ©aire autour d'un huis-clos rubigineux, Prison gĂ©nère un plaisir ludique au rythme percutant de sĂ©quences chocs aussi inventives que spectaculaires. On peut d'ailleurs louablement saluer le travail artisanal des maquilleurs tant le rĂ©alisme imparti aux mises Ă  mort fascine encore aujourd'hui le spectateur Ă©branlĂ© par des visions de cauchemar inscrits dans la cruautĂ© corporelle (pour ne pas dire SM !). Servi d'une attachante distribution de seconds-couteaux issus du cinĂ© de genre, l'intrigue exploite quelques clichĂ©s du drame carcĂ©ral (la posture outrĂ©e du directeur abusif, les châtiments punitifs confĂ©rĂ©s Ă  ses prisonniers quand bien mĂŞme ces derniers finissent par nous traduire une certaine sympathie depuis leur fonction soumise) sans que le spectateur n'Ă©prouve toutefois le sentiment de dĂ©jĂ  vu. 


Une gageure engendrĂ©e par l'aura diffuse du climat oppressant en interne d'une prison dĂ©catie (en rappellant aussi que pour les besoins du tournage l'utilisation d'un authentique pĂ©nitencier laissĂ© Ă  l'abandon fut aimablement autorisĂ© pour tenir lieu de rĂ©alisme 4 mois durant !) et par l'attachante stature de certains marginaux comme le souligne le dĂ©tenu CrĂ©sus liĂ© Ă  un passĂ© hĂ©las galvaudĂ©. Principalement le porte parole de la troupe, Burke (que le nĂ©ophyte Viggo Mortensen endosse avec un charme preux), redoublant d'audace et bravoure Ă  tenter d'extirper de la mort quelques codĂ©tenus. SecondĂ© d'un antagoniste sournois avide de mĂ©galomanie, l'excellent Lane Smith se prĂŞte au cabotinage avec une rigoureuse autoritĂ© derrière son regard impassible quasi mĂ©tallique. Quant Ă  la prĂ©sence de l'entitĂ© spectrale, Renny Harlin cultive Ă  tous prix la suggestion par le biais d'une lumière azurĂ© aveuglante (Ă  l'instar de La Forteresse Noire !) tout en parvenant Ă  distiller un suspense anxiogène au fil de ses exactions macabres. Enfin, on peut aussi rappeler qu'au niveau des figurants, une dizaine de vĂ©ritables dĂ©tenus furent recrutĂ©s pour l'occasion cinĂ©matographique alors que certains gĂ©oliers en faction Ă©taient rĂ©ellement armĂ©s durant tout le tournage afin d'Ă©viter le moindre incident ! Qui plus est, un autre dĂ©tenu (jugĂ© pour meurtre Ă  la suite d'une bagarre dans un bar) tient d'ailleurs un vĂ©ritable rĂ´le narratif dans celui du mastard autoritaire proposant un compromis avec Bruke (Vigo Mortensen) Ă  la suite de son hĂ©roĂŻsme de dernier ressort.


Psycho-killer surnaturel façonnĂ© Ă  l'instar d'un train-fantĂ´me pĂ©nitentiaire dĂ©nuĂ© de surenchère (en dĂ©pit du final explosif efficacement gĂ©rĂ©), Prison cultive une irrĂ©pressible fascination pour son climat feutrĂ© de claustration et sa variante de sĂ©quences-chocs aussi sanguines qu'homĂ©riques. Nanti d'un rythme sans faille culminant vers une ultime demi-heure haletante, Prison transfigure la sĂ©rie B Ă  l'ancienne parmi l'originalitĂ© de son concept horrifique, et ce, en dĂ©pit d'une structure narrative convenue. Un rĂ©gal d'efficacitĂ© au demeurant pour un amour de sĂ©rie B rĂ©tro. 

*Bruno
5èx. 28.02.24. Vostfr

mardi 19 janvier 2016

TRULY MADLY DEEPLY. Prix de la Critique, Avoriaz 92.

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Anthony Minghella. 1991. Angleterre. 1h47. Avec Juliet Stevenson, Alan Rickman, Bill Paterson, Michael Maloney, Jenny Howe, Carolyn Choa, Christopher Rozycki.

Sortie salles France: 8 Avril 1992

FILMOGRAPHIEAnthony Minghella est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur britannique, nĂ© le 6 janvier 1954 sur l’Ă®le de Wight, dĂ©cĂ©dĂ© le 18 mars 2008.
1991: Truly, Madly, Deeply. 1993 : Mr. Wonderful. 1996 : Le Patient anglais. 1999 : Le Talentueux M. Ripley. 2003 : Retour Ă  Cold Mountain. 2005 : Par effraction.


CĂ©lĂ©brĂ© Ă  Avoriaz par 2 rĂ©compenses (Prix de la Critique, Prix d'InterprĂ©tation FĂ©minine), Truly, Madly, Deeply aura marquĂ© une gĂ©nĂ©ration de spectateurs et vidĂ©ophiles en prime de son succès critique. ComĂ©die romantique impartie Ă  une ghost story naturaliste, cette première oeuvre d'un rĂ©alisateur nĂ©ophyte distille un humanisme prude pour l'idylle amoureuse compromise entre une veuve et son mari dĂ©funt. Depuis la mort subite de son Ă©poux, Nina ne parvient pas Ă  faire le deuil dans son inconsolable chagrin. Mais un soir, son amant rĂ©apparaĂ®t sous les traits d'un revenant afin d'apaiser sa souffrance morale. Au fil des jours, et depuis l'arrivĂ©e d'autres compagnons fantĂ´mes, une lassitude s'interpose entre eux.


Film d'auteur inscrit dans la pureté des sentiments, Truly, Madly, Deeply emprunte le conte moderne pour aborder le thème de la perte de l'être cher du point de vue d'une tragédie inéquitable. Sobrement réalisé parmi le parti-pris de ne jamais se soustraire au pathos, l'intrigue se focalise sur les rapports intimistes du couple en étreinte parmi l'intrusion cocasse de fantômes amicaux venus s'installer dans leur appartement afin de flâner devant la TV à dévorer des classiques en VHS. De par ses moments intenses de tendresse et ses situations pittoresques conçues sur la fantaisie de spectres impertinents émane un climat fantasmagorique inscrit dans un réalisme prégnant. A l'instar de la luminosité de sa photographie limpide et surtout du jeu spontané des comédiens exprimant leur tendresse commune avec une sensibilité tantôt bouleversante. Outre la présence à contre-emploi du regretté Alan Rickman en fantôme flegmatique délibéré à soutenir sa bien aimée pour l'inciter à renouer avec le bonheur, le film est transcendé par la prestance viscérale de Juliet Stevenson exprimant de manière éperdue des sentiments de fragilité, de crainte mais aussi de persévérance à s'efforcer de transgresser son insurmontable fardeau.


Hymne Ă  la vie dans sa facultĂ© Ă  refonder un bonheur perdu, rĂ©flexion spirituelle sur l'au-delĂ , tĂ©moignage Ă©mouvant et plein de poĂ©sie sur le souvenir et la condition altruiste de nos dĂ©funts, Truly, Madly, Deeply dĂ©livre un message plein d'optimisme quant Ă  la reconstruction sociale de l'hĂ©roĂŻne convaincue que l'amour reste inaltĂ©rable avec l'appui d'un ange philanthrope inscrit dans la tolĂ©rance. Une oeuvre fastueuse particulièrement subtile dans son refus de fioriture, Ă  redĂ©couvrir avec beaucoup d'Ă©motion sachant qu'Alan Rickman s'est aujourd'hui vĂ©ritablement fondu dans la peau de son personnage mystique ! 

DĂ©dicace Ă  Nadine Izquierdo

Récompenses: Prix de la Critique, Prix d'Interprétation Féminine (Juliet Stevenson) à Avoriaz, 1992




lundi 18 janvier 2016

DHEEPAN

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Jacques Audiard. 2015. France. 1h58. Avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga, Tarik Lamli

Sortie salles France: 26 Août 2015

FILMOGRAPHIE: Jacques Audiard est un réalisateur, scénariste et monteur français, né le 30 Avril 1952 à Paris. 1994: Regarde les Hommes tomber. 1996: Un héros très discret. 2001: Sur mes lèvres. 2005: De battre mon coeur s'est arrêté. 2009: Un Prophète. 2012: De Rouille et d'Os. 2015: Dheepan.


Auréolé de la Palme d'Or en 2015, le nouveau film évènement de Jacques Audiard aborde le choc culturel et la violence urbaine sous le témoignage d'un trio de migrants issus du Sri Lanka. Fuyant la guerre civile de leur pays, Dheepan parvient à rejoindre la France avec l'appui d'une fille et d'une jeune femme dont il ignore leur identité (stratagème planifié à l'aide de faux papiers afin de franchir la douane). Logés à l'enseigne d'un quartier défavorisé où la violence urbaine est quotidienne, ils vont tenter de survivre pour s'y faire une place. Fort d'une mise en scène extrêmement appliquée et d'une habile construction narrative suggérant l'approche d'un danger, Dheepan parvient à nous immerger dans le désarroi de cette famille indienne au sein de leur intimité. Débarqués à l'improviste dans cette nouvelle terre d'accueil que symbolise la France, nos trois migrants vont tenter de s'adapter à leur situation précaire depuis les trafics de drogue perpétrés sous leur nez par des délinquants sans vergogne.


Pourvu d'un rĂ©alisme scrupuleux, que ce soit pour les sĂ©quences d'action percutantes prises sur le vif que de la caractĂ©risation humaine des comĂ©diens mĂ©connus (le couple Antonythasan Jesuthasan / Kalieaswari Srinivasan entremĂŞle pudeur et colère avec une intensitĂ© viscĂ©rale), Dheepan nous fait donc partager leur quotidiennetĂ© sous l'amertume contrariĂ©e d'un avenir aussi incertain. Sans effet de misĂ©rabilisme et de sinistrose, Jacques Audiard parvient Ă  magnifier leur portrait moral avec souci de vĂ©ritĂ© d'ausculter leurs sentiments internes fondĂ©s sur le dĂ©pit, l'angoisse et la rĂ©volte. Dressant un tableau terrifiant sur la violence urbaine des ghettos dĂ©favorisĂ©s au sein de l'hexagone, l'intrigue Ă©tablit un parallèle sur la situation autrefois vĂ©cue par le peuple Tamoul depuis leur traumatisme de la guerre. Constat amère d'une France gangrenĂ©e par le chĂ´mage et la violence, Jacques Audiard dĂ©nonce le laxisme de nos politiques Ă  faire fi des quartiers dĂ©favorisĂ©s transformĂ©s ici en zone de non-droit. RĂ©cit initiatique pour une dĂ©licate insertion sociale et les rapports amicaux en ascension du couple de migrants, Dheepan nous alerte sur les consĂ©quences de la violence urbaine lorsqu'un ancien belligĂ©rant se retrouve confrontĂ© Ă  reprendre les armes afin de prĂ©munir son foyer.


Mis en scène avec une virtuositĂ© sans fard et superbement incarnĂ© par des comĂ©diens d'une bouleversante humilitĂ©, Dheepan aborde l'apprentissage de l'amour, le machisme, l'Ă©mancipation fĂ©minine et la rĂ©bellion sous l'impulsion dĂ©soeuvrĂ©e d'une guerre urbaine juvĂ©nile. Un grand film plein de dignitĂ© pour la condition humaine des migrants autant qu'un cri d'alarme sur la situation inquiĂ©tante d'une France gangrenĂ©e par la violence des citĂ©s. 

B.M. 

vendredi 15 janvier 2016

Hostel

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

d'Eli Roth. 2006. U.S.A. 1h33. Jay Hernández, Derek Richardson, Eythor Gudjonsson, Barbara Nedeljakova, Jana Kaderabkova, Jan Vlasák, Jennifer Lim.

Sortie salles France: 1er Mars 2006 (mention: Interdit aux moins de 16 ans avec avertissement : "De nombreuses images, d'une grande violence, peuvent impressionner les spectateurs".
Sortie U.S: 6 Janvier 2006.

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno. 2015: Knock Knock.

Deux ans après le phĂ©nomène Saw, le dĂ©butant Eli Roth exploite Ă  son tour le filon du Torture Porn, remis au goĂ»t du jour pour un public ado en quĂŞte de sensations hardcores. Devenu, comme son homologue, un petit film culte auprès de la gĂ©nĂ©ration 2000, Hostel s’inscrit dans la lignĂ©e du cinĂ©ma d’exploitation, celui qui sĂ©vissait autrefois sur les Ă©crans crasseux des grindhouses, en particulier durant l’âge d’or des Seventies. Ă€ travers le thème du trafic d’humains orchestrĂ© dans les pays les plus dĂ©favorisĂ©s, Eli Roth s’Ă©panche sur les bas instincts de rupins Ă©trangers rĂ©unis en Slovaquie pour combler leur appĂ©tence morbide. 

Le Pitch: Trois jeunes Ă©tudiants amĂ©ricains font escale Ă  Prague, attirĂ©s par l’adresse confidentielle d’un bordel clandestin. Après avoir fraternisĂ© avec des call-girls Ă  l’auberge, deux d’entre eux disparaissent mystĂ©rieusement. Paxton, le survivant, part Ă  leur recherche...

SĂ©rie B horrifique baignĂ©e dans une violence graphique parfois Ă©prouvante, Hostel ne fait pas dans la dentelle pour dĂ©peindre, avec un rĂ©alisme rugueux, les supplices infligĂ©s Ă  des victimes capturĂ©es pour le bon plaisir de bourreaux pathologiques. Et on ne va pas s'en plaindre, du moins chez les initiĂ©s. 

Si la première partie, convenue, n’Ă©chappe pas aux figures imposĂ©es du teen movie, l’efficacitĂ© de la mise en scène et le soin accordĂ© Ă  la caractĂ©risation des personnages (qu’il s’agisse de nos fĂŞtards juvĂ©niles ou des nymphettes aguicheuses) nous permettent de nous attacher Ă  leur virĂ©e hĂ©doniste entre sexe, suspicion et dĂ©fonce. Outre l’Ă©rotisme stylisĂ© des Ă©treintes torrides, Roth instille par touches insidieuses un climat d’angoisse, une tension rampante au fil des disparitions. L’anxiĂ©tĂ© grimpe d’un cran lorsque Paxton, seul rescapĂ©, commence Ă  percer les rouages de cette machination tĂ©nĂ©breuse, oĂą les catins s’avèrent compromises dans un trafic aussi abject qu’organisĂ©.

Par le prisme haletant du survival, la seconde partie bascule dans l’horreur pure lorsque Paxton se retrouve piĂ©gĂ© dans une usine dĂ©saffectĂ©e, reconvertie en chambre des supplices. Roth fignole le cadre insalubre de cet antre rubigineux avec un certain stylisme — notamment les tenues fĂ©tichistes des tortionnaires, au charisme inquiĂ©tant. Hostel nous entraĂ®ne droit en enfer : chaĂ®nes, scies, pinces, scalpels, tout y est. La brutalitĂ© crue de certaines sĂ©quences (dont une fameuse Ă©nuclĂ©ation) plonge le spectateur dans le dĂ©goĂ»t, le malaise, une sensation d’inconfort physique. La victime, entravĂ©e, pantelante, nausĂ©euse, est contrainte d’endurer des sĂ©vices corporels sous l’Ĺ“il concupiscent de bourreaux satisfaits. Le huis clos nous enferme, nous aussi, dans un univers olfactif suintant la rouille, le sang, le vomi, la sueur.

Pour culminer la tension, la dernière partie, centrĂ©e sur la condition esseulĂ©e de deux rescapĂ©s, embraye vers une traque homĂ©rique, avec l’appui d’enfants dĂ©linquants livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes. Roth en profite pour pointer du doigt la sauvagerie de cette marginalitĂ© infantile, tout en dĂ©nonçant la corruption policière et la prostitution mĂŞlĂ©es Ă  ce trafic d’ĂŞtres humains, nĂ©es de la dĂ©crĂ©pitude d’un monde laissĂ© Ă  l’abandon.


"Slovaquie Rouge Sang".
Efficace et tendu, Ă©prouvant et parfois choquant par la cruditĂ© de ses effets gores, Hostel illustre Ă  sa manière l’essence du divertissement horrifique : une sĂ©rie B d’exploitation nourrie Ă  la transgression. Il en Ă©mane un bon moment de frousse Ă  la fascination malsaine, dĂ©rangeante, oĂą la bourgeoisie pervertie piĂ©tine toute morale pour assouvir ses fantasmes les plus dĂ©viants.

*Bruno

jeudi 14 janvier 2016

La Place Sanglante / Blood Beach (Uncut Version)

     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jeffrey Bloom. 1980. U.S.A. 1h31. Avec David huffman, Marianna Hill, Burt Young, John Saxon, Darrell Fetty.

Sortie salles France: 29 Juillet 1981

FILMOGRAPHIE: Jeffrey Bloom est un scénariste, réalisateur et producteur américain, né le 4 Avril 1945. 1975: Dogpound Shuffle. 1977: The Stick Up. 1980: La plage sanglante. 1984 Jalousies (télé-film). 1985: L'étoile inconnue (TV). 1986: Le droit au meurtre (TV). 1987: Juarez (TV). 1987: Flowers in the Attic

 
"La Plage Ă©tait presque tranquille…"
SĂ©rie B horrifique symptomatique des annĂ©es 80, surfant sur la vague du "monstre aquatique" initiĂ©e par Les Dents de la Mer, La Plage Sanglante fait figure d’ersatz amusĂ©, avec sa rĂ©alisation apathique et ses personnages gogos, dĂ©nuĂ©s de toute psychologie. Les comĂ©diens s’efforcent tant bien que mal d’exprimer leur effroi ou leur dĂ©sarroi face Ă  la menace indicible avec une naĂŻvetĂ© bon enfant, irrĂ©sistiblement candide.

Le pitch : dans une station balnĂ©aire californienne, de jeunes vacanciers disparaissent mystĂ©rieusement, sans laisser de traces. Le spectateur, lui, assiste, hilare et incrĂ©dule, Ă  leur ensevelissement progressif par une menace invisible, tapie sous le sable. DĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux, la police — Ă©paulĂ©e par le chef de la brigade portuaire — enquĂŞte sans parvenir Ă  Ă©lucider cette vague morbide. Tandis que les morts s’accumulent en sourdine et que les fouilles piĂ©tinent, le spectateur, complice, contemple ce suspense de pacotille au second degrĂ©.

Produit d’exploitation un brin fallacieux — car aguicheur dès le premier regard, avec la fulgurance formelle de son affiche — La Plage Sanglante se dĂ©guste pourtant comme un plaisir bonnard, Ă  mesure qu'une intrigue atone, incapable de progresser, se voit rehaussĂ©e par un casting Ă©tonnamment attachant (mention spĂ©ciale au garde-cĂ´te, qui roucoule avec sa compagne 1h30 durant tout en tentant, mollement, d’Ă©claircir l’enquĂŞte).

La narration se rĂ©sume aux investigations policières rĂ©barbatives et Ă  l’Ă©veil romanesque du couple d’amants susnommĂ©, tandis que les victimes, l’une après l’autre, sont happĂ©es par le sable. Si l’idĂ©e horrifique s’avère originale et titille d’abord une certaine curiositĂ© — quant Ă  sa mise en scène spectaculaire ou Ă  l’identitĂ© du meurtrier et son mobile Ă©ventuel —, la manière puĂ©rile dont Jeffrey Bloom Ă©tire jusqu’Ă  l’absurde ces situations anxiogènes fait rapidement chavirer le navire vers une gaudriole gentiment bis, fort sympatoche pour qui raffole de cette belle Ă©poque aujourd’hui rĂ©volue.

Et pour accentuer la dĂ©tente, on peut Ă©galement compter sur nos vĂ©nĂ©rables seconds rĂ´les : John Saxon et Burt Young, qui s’opposent gentiment avec bonhomie, contraints par des dialogues involontairement comiques Ă  frĂ´ler la caricature pittoresque. Incapable d’insuffler un rĂ©el suspense Ă  travers une intrigue Ă  bout de souffle, La Plage Sanglante demeure pourtant miraculeusement plaisant, pour qui chĂ©rit le cinĂ© bis « pour rire », jusqu’Ă  son dĂ©nouement grotesque oĂą l’apparition protĂ©iforme du monstre nous replonge dans une stupeur mi-amusĂ©e, mi-interloquĂ©e.

Cerise sur le gâteau : une partition mĂ©tronomique, au score ombrageux, limite auto-parodique, qui daigne provoquer une angoisse sous-jacente lorsque la prĂ©sence hostile s’apprĂŞte Ă  alpaguer sa nouvelle proie.


"L’Étrange Silence des Dunes Cannibales".
Entre situations involontairement cocasses (grâce notamment Ă  la prĂ©sence bourrue de Burt Young, en flic gĂ©nialement gouailleur) et quelques effets sanglants vaguement glauques (dans cette version uncut, inĂ©dite en France), La Plage Sanglante parvient Ă  façonner une intrigue scolaire, plaisamment ubuesque. En mode bisseux, le divertissement modeste sĂ©duit l’afficionado du genre, par le charme dĂ©suet de ses interprètes et son atmosphère horrifique — photo sĂ©pia/ocre Ă  l’appui — dĂ©licieusement datĂ©e, et donc prĂ©cieuse.

*Bruno
05.10.20.
03.06.25. 5èx. vf

mercredi 13 janvier 2016

Electric Dreams. Prix du Public, Antenne d'Or A2, Avoriaz 85.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

de Steve Baron. 1984. U.S.A/Angleterre. 1h32. Avec Lenny Von Dohlen, Virginia Madsen, Bud Cort, Maxwell Caulfield, Wendy Miller, Don Fellows, Alan Polonski.

Sortie salles France: 17 Avril 1985

FILMOGRAPHIE: Steve Barron est un réalisateur et producteur irlandais, né le 4 mai 1956 (59 ans) à Dublin (Irlande). 1984 : Electric Dreams. 1990 : Les Tortues ninja. 1992: ZZ Top : Greatest Hits (vidéo). 1993: Bowie : The Video Collection (vidéo). 1993 : Coneheads. 1996 : Pinocchio. 1998 : Merlin (TV). 2000 : Les Mille et Une Nuits (Arabian Nights) (TV). 2000 : L'Étrange histoire d'Hubert (Rat). 2001 : Mike Bassett: England Manager. 2003 : DreamKeeper (feuilleton TV). 2006 : Chocking Man. 2011 : Apocalypse 2.0 (Delete) (TV). 2012 : L'Île au trésor (Treasure Island) (TV).


Électricité sentimentale.
Film culte de la gĂ©nĂ©ration 80, Electric Dreams emprunte les codes de la comĂ©die romantique sous couvert d’un argument d’anticipation dĂ©bridĂ© : un ordinateur domestique, soudain douĂ© de vie et de sentiments après avoir Ă©tĂ© accidentellement irriguĂ© de champagne. Ce pitch d’une naĂŻvetĂ© fantaisiste, pour ne pas dire absurde, est transcendĂ© par le perfectionnisme d’un surdouĂ© du clip, Steve Barron. Sa mise en scène hyper inventive insuffle une fraĂ®cheur galvanisante Ă  la relation insolite d’un triangle amoureux au cĹ“ur de pĂ©ripĂ©ties dĂ©licieusement pittoresques.
Car au moment d’installer son Ă©quipement informatique, Miles Harding tombe sous le charme de sa voisine de palier, Madeline, violoncelliste de renom. FascinĂ© par ses mĂ©lodies qu’il Ă©coute Ă  travers les murs, l’ordinateur, lui aussi, s’initie Ă  la musique. Et bientĂ´t, Ă  l’amour. RĂ©gissant tous les appareils domestiques, il s’immisce dans leur intimitĂ© avec une jalousie de plus en plus vorace.

 
Nanti d’une bande-son envoĂ»tante signĂ©e Giorgio Moroder, portĂ©e par les tubes effervescents de Culture Club, P.P. Arnold, Jeff Lynne, Helen Terry et Heaven 17, Electric Dreams distille une euphorie romantique au rythme enivrant. Steve Barron y combine, avec inspiration et malice, des sĂ©quences de mini-clips pop pour raconter l’Ă©veil sentimental d’un ordinateur en quĂŞte d’amitiĂ©, de tendresse et de chaleur humaine.
Conte de fĂ©e moderne gorgĂ© de bons sentiments, le film renouvelle avec panache les archĂ©types du genre grâce Ă  cette machine avide d’Ă©moi charnel, espiègle et roublarde, qui rivalise de malice pour s’imposer face Ă  son rival.
Mais au-delĂ  de l’absurditĂ© de ce postulat oĂą l’amour chavire tous les cĹ“urs, le film s’illumine surtout par la complicitĂ© naissante entre ses amants. Dans le rĂ´le du candide architecte, Lenny Von Dohlen — sosie troublant de Thierry Lhermitte — distille une bonhomie attendrissante Ă  travers ses maladresses. Face Ă  lui, Virginia Madsen incarne une muse solaire, sensuelle et vive, dont l’innocence charme autant qu’elle dĂ©sarme.

   
Le cœur a ses bugs.
Electric Dreams est un conte de fĂ©e Ă©lectronique, alimentĂ© par la flamme de l’Ă©moi amoureux, et habitĂ© d’une fraĂ®cheur intacte, portĂ©e par une BO aussi galante que pĂ©tulante.
En dĂ©pit de son cachet dĂ©suet — surtout pour l’allure acadĂ©mique de son ordinateur anthropomorphe — cette sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e parvient Ă  faire jaillir une Ă©motion inattendue, poignante, pour la destinĂ©e tragique d’Edgar, machine Ă©prise d’amour interdit.
Techniquement inventif, notamment dans l’ultra-dynamisme de son montage hĂ©ritĂ© du clip, le film se rĂ©vèle ĂŞtre un bijou de charme et de tendresse.
Une fantaisie lumineuse, empreinte d’humour et de poĂ©sie candide… Ă  se demander, une fois de plus, si les ordinateurs rĂŞvent, eux aussi, de moutons Ă©lectriques.


* Bruno
12.06.23. 5èx. Vostfr

Récompenses: Prix du Public, Antenne d'Or A2 au Festival du film fantastique d'Avoriaz, 1985.