jeudi 20 avril 2017

SCUM

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

d'Alan Clarke. 1979. Angleterre. 1h37. Avec Ray Winstone, Mick Ford, Julian Firth, John Blundell, Phil Daniels, John Fowler.

Sortie salles France: 19 Mars 1980. Angleterre: 28 Septembre 1979

FILMOGRAPHIE: Alan Clarke est un réalisateur et scénariste britannique né le 28 octobre 1935 à Liverpool (Angleterre), décédé d'un cancer le 24 juillet 1990. 1967-1968 : Half Hour History (TV). 1969 : The Gold Robbers (TV). 1969-1970 : The Wednesday Play (TV). 1970 : I Can't See My Little Willie (TV). 1972 : The Edwardians (TV). 1972 : Thirty Minute Theatre (TV). 1972 : To Encourage the Others (TV). 1975 : BBC2 Playhouse (TV). 1977 : Scum (TV). 1978 : Play of the Month (TV). 1979 : Scum. 1970-1981 : Play for Today (TV). 1982 : Baal (TV). 1982 : Made in Britain (TV). 1985 : Billy the Kid and the Green Baize Vampire (TV). 1985 : Contact (TV). 1986 : Rita, Sue and Bob Too. 1987 : Road. 1987 : Christine. 1988 : The Firm. 1989 : Elephant.


Effroyable descente aux enfers au sein d'un centre de redressement anglais, Scum est un uppercut émotionnel comme on en voit peu dans le paysage carcéral. Réalisé sans fioriture dans un style documentaire, interprété par de jeunes débutants plus vrais que nature et évacué de score musical, ce film choc d'une violence parfois insupportable ne nous laisse pas indemne sitôt le couperet de sa conclusion à la fois radicale et profondément pessimiste. Dénonçant les méthodes inhumaines et la corruption de (certains) surveillants castrateurs, Scum constitue un réquisitoire contre le conservatisme et la répression lorsque de jeunes délinquants sont soumis à une hiérarchie aux relents de nazisme. Ces derniers destitués de leur patronyme étant définis par 4 chiffres afin de discréditer leur véritable identité. Tant et si bien que les plus fragiles d'entre eux, tiraillés entre l'épuisement ou la révolte, car humiliés, violés ou violentés, cèdent au suicide en guise de délivrance. Quand bien même les plus pugnaces tentent d'imposer leur autorité afin d'asseoir leur suprématie.


D'une grande intensité dramatique, Scum ne lésine pas sur les affrontements barbares et les sévices sexuels pour mieux dénoncer la déliquescence morale de ces jeunes détenus livrés à la solitude, à l'isolement et à l'embrigadement (celle des cachots en guise de châtiment), et ce sans une once d'empathie de la part des dirigeants convaincus de leur doctrine draconienne. Toujours plus tendu au fil d'un cheminement cauchemardesque en perdition et oppressant par son climat austère irrespirable qu'une photo limpide contraste cliniquement, Scum tire-parti de son efficacité grâce à l'intelligence de sa mise en scène détournant les conventions au sein d'une narration aléatoire. Et ce en dépit des traditionnels confrontations entre têtes de turc qu'Alan Clarke contourne sans esbroufe si bien qu'il préconise l'immersion morale de ces détenus confrontés à l'animosité, à la démence ou à la dépression. Plaidoyer pour la liberté d'expression, Scum interpelle et ébranle face à la situation chaotique de ces mineurs hurlant en silence leur désir de dignité auprès d'un gouverneur impassible.


Impitoyable et sans concession, Scum fustige avec une vĂ©ritĂ© glaçante l'inefficacitĂ© du système carcĂ©ral subordonnĂ©e Ă  une idĂ©ologie aussi rĂ©trograde que tyrannique. DĂ©primant et nihiliste pour les consĂ©quences criminogènes que cet enseignement dictatorial finit par engendrer (notamment celle de provoquer le suicide), il laisse en Ă©tat d'aigreur par son irrĂ©vocable constat d'Ă©chec. 
Pour Public averti


La sĂ©quence la + marquante: le suicide insoutenable d'un des jeunes dĂ©tenus suppliant vainement de l'extĂ©rieur de sa cellule un secours de dernier ressort.

Bruno Matéï
2èx
                                                 Ci-dessous, l'affiche française de l'Ă©poque.

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

mercredi 19 avril 2017

La Chose / The Deadly Spawn

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Return of the Aliens: The Deadly Spawn" de Douglas McKeown. 1983. U.S.A. 1h21. Avec Charles George Hildebrandt, Tom DeFranco, Richard Lee Porter, Jean Tafler, Karen Tighe, James Brewster, Elissa Neil.

Sortie salles U.S: 22 Avril 1983

FILMOGRAPHIE: Douglas McKeown est un réalisateur et scénariste américain, ne lé 14 Janvier 1947 à New York City, 1983: La Chose.


Hommage aux films de monstres des annĂ©es 50 Ă  la sauce Tomato Ketchup, La Chose demeure un miracle de sĂ©rie Z que les vidĂ©ophiles ont gardĂ© en mĂ©moire avec un souvenir Ă©mu. Unique rĂ©alisation de Douglas McKeown, La Chose tire-parti de son charme par le cĂ´tĂ© candide d'une rĂ©alisation approximative palliant ses carences techniques et narratives et un jeu d'acteurs amateuristes par le biais d'effusions sanglantes irrĂ©sistiblement complaisantes. Le rĂ©alisateur ne lĂ©sinant pas sur les zooms des chairs entaillĂ©es ou corps dĂ©membrĂ©es afin de provoquer le choc esthĂ©tique, Ă  l'instar de nos artisans italiens exploitant en cette Ă©poque dĂ©cadente leurs films de zombies Ă  renfort de gore putassier. En prime, grâce au charisme dismorphique du monstre extra-terrestre nanti de trois tĂŞtes et d'une dentition proĂ©minente Ă  plusieurs Ă©tages, celui-ci insuffle un pouvoir de fascination prĂ©gnant auprès de son apparence hybride. 


Ses nombreuses attaques sanglantes imputées aux occupants d'une demeure familiale s'avérant assez jouissives, notamment lorsque ces derniers tentent maladroitement de lui échapper parmi des instants de panique tantôt hilarantes. On ne manquera pas non plus d'évoquer la fameuse pause déjeuner que des mamies organisent autour d'une réunion amicale quand bien même des petites créatures semblables à des anguilles au dents acérées vont infester la salle à manger pour leur dévorer les jambes et le visage ! Or, au sein de ce chambardement horrifique assez cartoonesque, un ado féru de cinéma d'horreur, membre de la famille assiégée, tentera de détruire le monstre après avoir assisté à ses exubérances sanglantes dans la cave. Etrangement inquiétant et laconique, ce personnage juvénile fascine le spectateur par son instinct voyeuriste à témoigner des exactions de la créature sans cligner de l'oeil (ou alors si peu à une exception près). A la fois observateur ambigu (il semble éprouver une fascination morbide pour les cadavres déchiquetés) et héros vaillant (il canalise sa peur lors de ses confrontations épiques avec le monstre), ce dernier parvient à donner chair à son personnage avec une trouble identité.


En dĂ©pit de faibles longueurs facilement pardonnables, de bavardages stĂ©riles et d'un montage hasardeux, La Chose s'extirpe miraculeusement de la nullitĂ© grâce Ă  l'implication intègre du rĂ©alisateur en herbe vouant un amour pour les monstres articulĂ©s ici rĂ©alisĂ©s avec assez de soin pour prĂ©tendre Ă  sa voracitĂ©. Aujourd'hui encore, et avec un dĂ©licieux parfum de nostalgie (comme en tĂ©moigne son score monocorde efficacement envoĂ»tant), il n'a rien perdu de son intensitĂ© attractive Ă  travers son esprit sardonique aussi gĂ©nĂ©reux que dĂ©complexĂ©. Le terme culte est d'ailleurs appropriĂ© afin de mieux dĂ©finir cette perle gore typiquement bisseuse ! 

La sĂ©quence la + marquante: le dĂ®ner sanglant chez les mamies

Eric Binford
5èx. 13.02.23. vf

mardi 18 avril 2017

L'ETE MEURTRIER. César de la Meilleure Actrice: Isabelle Adjani.

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jean Becker. 1983. France. 2h11. Avec Isabelle Adjani, Alain Souchon, Suzanne Flon, Jenny Clève, Maria Machado, Évelyne Didi, Jean Gaven, François Cluzet, Manuel Gélin, Roger Carel, Michel Galabru, Marie-Pierre Casey, Cécile Vassort, Édith Scob, Martin Lamotte.

Sortie salles France: 11 Mai 1983.

FILMOGRAPHIE: Jean Becker est un réalisateur et scénariste français, né le 10 mai 1933 à Paris.
1961 : Un nommé La Rocca. 1964 : Échappement libre. 1965 : Pas de caviar pour tante Olga. 1966 : Tendre Voyou. 1983 : L'Été meurtrier. 1995 : Élisa. 1999 : Les Enfants du marais. 2001 : Un crime au Paradis. 2003 : Effroyables Jardins. 2007 : Dialogue avec mon jardinier. 2008 : Deux jours à tuer. 2010 : La Tête en friche. 2012 : Bienvenue parmi nous. 2014 : Bon Rétablissement ! 2018 : Le Collier rouge.


Gros succès commercial et critique transcendé par la performance viscérale d'Isabelle Adjani si bien qu'elle remporta un an plus tard le césar de la Meilleure Actrice, L'Eté Meurtrier constitue un grand moment de cinéma au sein du paysage français des années 80. D'après le roman éponyme de Sébastien Japrisot, l'intrigue, sombre et désenchantée, est entièrement bâtie sur le profil névrosé d'Eliane, délibérée à accomplir sa vengeance depuis que sa mère lui donna naissance à la suite d'un viol en réunion. Aujourd'hui âgée de 20 ans et à la recherche des trois coupables, elle s'empresse de de prime abord de draguer le jeune "pin-pon" depuis que le père de ce dernier ferait parti des présumés agresseurs. Si l'Eté Meurtrier sous-entend en 1er acte une comédie romantique légère et cocasse flirtant avec la nostalgie des années 70 au sein d'un village provincial ensoleillé, le profil scrupuleux imparti à l'héroïne adopte un revirement autrement obscur et intriguant quant à ses motivations intrinsèques. Par le biais de l'introspection morale d'Eliane en quête d'une impossible rédemption, Jean Becker, très inspiré et avisé, nous brosse un magnifique portrait de femme fragile tributaire d'un passé galvaudé.


DĂ©moralisĂ©e par le poids de l'interrogation et d'une certaine culpabilitĂ© (celle d'avoir Ă©tĂ© malgrĂ© elle la progĂ©niture d'un père dont elle ignore la vĂ©ritable identitĂ©) et profondĂ©ment marquĂ©e par ses rapports Ă©quivoques avec un paternel adoptif plutĂ´t attentionnĂ©, Eliane est d'autant plus hantĂ©e par la lâchetĂ© de ses parents confinĂ©s dans le mutisme et l'inavouable secret. Dans son rĂ´le d'allumeuse Ă  la fois minaude et dĂ©sinvolte, Isabelle Adjani crève l'Ă©cran de la première Ă  la dernière seconde par sa beautĂ© lascive Ă  courtiser la gente masculine avec une effronterie outrancière. Mais derrière l'apparence provocante de son plus simple appareil et son Ă©goĂŻsme se cache l'extrĂŞme fragilitĂ© d'une Ă©corchĂ©e vive incapable d'assumer le deuil d'un viol maternel. Lui partageant inopinĂ©ment la vedette avec une surprenante spontanĂ©itĂ©, le chanteur Alain Souchon insuffle une densitĂ© autrement psychologique dans sa fonction d'amant naĂŻf pris au piège d'une effroyable machination et qui, par l'enchaĂ®nement des circonstances dramatiques va peu Ă  peu muter pour adopter un comportement irascible inquiĂ©tant en larbin dĂ©laissĂ©. Captivant et toujours plus intense, le rĂ©cit charpentĂ© s'avère beaucoup plus leste et surprenant qu'il n'y parait, tant et si bien que les divers rebondissements qui empiètent l'investigation d'Eliane vont dĂ©cupler l'intensitĂ© dramatique d'un effroyable dĂ©nouement oĂą les rĂ´les (victime/bourreau) vont subitement permuter.


Une vraie déclaration d'amour à Isabelle Adjani
Au rythme d'une sombre partition de Georges Delerue et de la mélodie attendrissante chantonnée par Yves Montand, l'Eté meurtrier emprunte brillamment le schéma du "rape and revenge" provincial sous l'autorité d'Isabelle Adjani illuminant l'écran avec une sensibilité davantage névralgique. Rien que par sa présence démiurge littéralement ensorcelante, l'Eté Meurtrier extériorise une charge érotique aussi tendre et gracile que diaphane et vénéneuse. Une expérience émotionnelle aiguë, un mélodrame inoubliable d'autant plus sans échappatoire dans sa dramaturgie en chute libre.

Les scènes les + marquantes: Le viol en rĂ©union imposant une violence crue, le banquet des noces teintĂ© de lyrisme et Spoiler !!! la situation schizophrène d'Eliane en institut psychiatrique. Fin du Spoil.

Bruno Dussart
3èx

Récompenses:
César de la meilleure actrice : Isabelle Adjani
César du meilleur montage : Jacques Witta
César de la meilleure actrice dans un second rôle : Suzanne Flon
César du meilleur scénario d'adaptation : Sébastien Japrisot

lundi 17 avril 2017

The Devil's Candy. Prix du Public, Gérardmer 2017.

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sean Byrne. 2015. U.S.A. 1h19. Avec Ethan Embry, Shiri Appleby, Kiara Glasco, Pruitt Taylor Vince, Craig Nigh

Sortie salles U.S: 17 Mars 2017

FILMOGRAPHIE: Sean Byrne est un réalisateur et scénariste australien. Après avoir entamé en 2006 quelques courts-métrages remarqués et un documentaire (The Secret), il dirige sa première réalisation trois ans plus tard avec The Loved Ones. 2015: The Devil's Candy.

 
"Chuchotements dans les cordes".
RĂ©vĂ©lĂ© par la percutante surprise The Loved Ones, Sean Byrne persĂ©vère dans l’horreur "australienne" avec le très rĂ©ussi The Devil’s Candy. Une histoire satanique portĂ©e par une passion commune pour la musique du metal, que partagent un père, une fille et un mystĂ©rieux Ă©tranger. 

Synopsis: Un couple emmĂ©nage dans une vaste demeure, théâtre rĂ©cent d’un double meurtre. Fan de mĂ©tal et peintre, Jessie Hellman entame une fresque baroque au moment mĂŞme oĂą d’Ă©tranges chuchotements se font entendre. Un soir, le fils de la famille dĂ©funte frappe Ă  leur porte... 

SĂ©rie B horrifique concise (1h15 hors gĂ©nĂ©rique), The Devil’s Candy n’a pas pour ambition de rĂ©volutionner le genre, mais s'oriente vers un suspense savoureux, bâti sur un schĂ©ma narratif solidement agencĂ©.

Empruntant au thème de la possession dĂ©moniaque, galvanisĂ©e par l’agressivitĂ© du mĂ©tal (je rassure les rĂ©fractaires, la musique ne se monopolise jamais au rĂ©cit, loin s'en faut), le film fait fugacement Ă©cho Ă  Shining, avec ce père obsĂ©dĂ© par l’achèvement d’une peinture prĂ©monitoire, au mĂ©pris (ou pas ?) de l’amour filial. Sa grande force rĂ©side dans la caractĂ©risation de cette famille dysfonctionnelle, d’apparence soudĂ©e, incarnĂ©e par des comĂ©diens d’une humanitĂ© spontanĂ©e. Bougrement attachants, on suit leur trajectoire incertaine, l’angoisse s’installant lentement jusqu’au point d’orgue littĂ©ralement dĂ©moniaque Ă  graver d'une pierre blanche.

Au-delĂ  de la prĂ©sence attentive d’une Ă©pouse douce et prĂ©venante, ce sont les rapports de plus en plus fragiles entre père et fille, depuis l’obsession artistique du père, qui retiennent l’attention. Byrne ne renouvelle pas le genre, mais son approche, adroite, inspirĂ©e et parfois inventive, façonne un huis clos horrifique stylisĂ© (la photo saturĂ©e y contribue). L’intrusion d’un personnage adipeux et dĂ©rangeant accentue le caractère inquiĂ©tant d’une stratĂ©gie meurtrière oĂą l’innocence sacrifiĂ©e domine.

RĂ©alisme et violence s’entremĂŞlent, le cauchemar gagne en oppression, jusqu’Ă  une dernière partie Ă©pique, traumatique, flamboyante - saisissantes images de brasier infernal ! -, offrant des moments de terreur aussi puissants qu’impressionnants, au sens littĂ©ral. 

Si The Devil’s Candy n’atteint peut-ĂŞtre pas la stature imposante de The Loved Ones, Sean Byrne en tire nĂ©anmoins une sĂ©rie B de haute tenue, oĂą l’affrontement ancestral entre le Bien et les forces infernales trouve un Ă©crin contemporain, habitĂ© d’angoisses familiales. Au cĹ“ur de ce cauchemar Ă©lectrique, la figure paternelle vacille : rongĂ© par des chuchotements diaboliques qui dĂ©tournent son art et son esprit, le père trahit malgrĂ© lui la confiance de sa fille, happĂ© par une possession insidieuse. Dans cette lutte intĂ©rieure, poignante et dĂ©sespĂ©rĂ©e, se rejoue l’Ă©ternelle peur de perdre ceux qu’on aime - et de devenir soi-mĂŞme l’instrument du mal dans un dĂ©chainement de violence finale qui laisse pantois.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Récompense: Prix du Public, Gérardmer 2017.

samedi 15 avril 2017

KNOCK KNOCK

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Eli Roth. 2014. U.S.A. 1h38. Avec Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas, Ignacia Allamand

Sortie salles France: 23 Septembre 2015. U.S: 23 Janvier 2015

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno. 2015: Knock Knock.


                                                                 Chronique express

Une satire sur l'infidélité et le féminisme

Remake du mĂ©connu Ca peut vous arriver demain sorti chez VIP en Vhs Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80, Knock Knock est un thriller Ă  suspense rondement menĂ© sous couvert d'une mise en garde du racket en ligne ! Un jeu sournois de manipulation et de soumission Ă©rotiques qu'Eli Roth coordonne efficacement autour d'un huis-clos anxiogène. De par la multitude de brimades et Ă©preuves de survie souvent cruelles qu'endure la victime et le jeu toujours plus psychotique du duo de misandres s'en donnant Ă  coeur joie dans les effronteries sardoniques. En dĂ©pit de 1 ou 2 moments Ă  la limite du grotesque (l'intervention du confrère de la victime frĂ´le la cocasserie involontaire dans son affolement outrĂ©), du jeu parfois perfectible de Keanu Reeves un peu trop austère dans ses expressions dĂ©munies et d'un Ă©pilogue un peu dĂ©cevant nous laissant sur notre faim (mĂŞme s'il est audacieux de s'Ă©carter du traditionnel happy-end), Knock Knock joue avec nos nerfs avec une perversitĂ© en roue libre.

Bruno Matéï

vendredi 14 avril 2017

Edmond

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blog.dnevnik.hr

de Stuart Gordon. 2005. US.A. 1h22. Avec William H. Macy, Frances Bay, Rebecca Pidgeon, Joe Mantegna, Denise Richards, Bai Ling.

Sortie salles U.S: 14 Juillet 2006. France, uniquement en Vod: 1er Juin 2006

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 11 Août 1947 à Chicago, dans l'Illinois.
1979: Bleacher Bums (Téléfilm), 1985: Ré-animator, 1986: From Beyond, 1987: Dolls, 1988: Kid Safe: the vidéo, 1990: Le Puits et le pendule, La Fille des Ténèbres (téléfilm), Robot Jox, 1993: Fortress, 1995: Castle Freak, 1996: Space Truckers, 1998: The Wonderful Ice Cream Suit, 2001: Dagon, 2003: King of the Ants, 2005: Edmond, Master of Horrors (2 épisodes), 2007: Stuck, 2008: Fear Itself (1 épisode)


Le pitch :
LassĂ© de son existence bourgeoise sans histoire, Edmond plaque soudainement sa femme pour s’aventurer dans les bas quartiers, en quĂŞte d’une aventure lubrique. Constamment raillĂ©, mĂ©prisĂ© par une gent fĂ©minine cupide, il finit par extĂ©rioriser sa colère après avoir Ă©tĂ© agressĂ© par un macro. GagnĂ© par la fiertĂ© d’avoir tenu tĂŞte Ă  son agresseur, il poursuit ses errances, convaincu d’ĂŞtre dĂ©sormais un homme neuf, rĂ©vĂ©lĂ© Ă  lui-mĂŞme. Mais cet individu Ă©goĂŻste, raciste, homophobe, pingre et lĂ©gèrement misogyne, sombre peu Ă  peu dans une folie meurtrière.

"Chute libre."
Film choc d’une violence extrĂŞme - physique autant que psychologique - Edmond (interdit aux moins de 16 ans pour deux sĂ©quences particulièrement Ă©prouvantes) dĂ©peint avec une luciditĂ© tranchante le portrait d’un sociopathe en perdition morale. Si Stuart Gordon a dĂ©laissĂ© l’horreur depuis Dagon, il n’a rien perdu de son brio : il façonne ici un film noir d’une rare puissance psychologique, dont le constat sociĂ©tal nourrit une rĂ©flexion existentielle sur notre propre rĂ©ussite - ou Ă©chec - Ă  s’insĂ©rer dans un monde oĂą règne l’Ă©litisme.


Descente aux enfers introspective au cĹ“ur du psychĂ© nĂ©vrosĂ© d’un cadre supĂ©rieur dĂ©sabusĂ© par la sociĂ©tĂ© de consommation et l’esprit d’individualisme, Edmond s’impose comme un croisement vitriolĂ© entre Chute Libre, Taxi Driver, After Hours. Gordon filme les errances nocturnes, la dĂ©chĂ©ance criminelle et l’embrigadement d’Edmond avec un rĂ©alisme âpre, teintĂ© d’une dĂ©rision caustique - notamment dans la dernière partie, derrière les barreaux, oĂą le protagoniste doit s’adapter Ă  sa nouvelle condition, Ă©paulĂ© par un dĂ©tenu gay afro-amĂ©ricain.

PortĂ© par un William H. Macy terrifiant, habitĂ© par la frustration sexuelle et les pulsions fielleuses de son personnage, Edmond devient un tourbillon d’intensitĂ© dramatique oĂą perce le dĂ©sespoir existentiel. Sa conclusion mĂ©taphysique, suspendue entre rĂ©demption et damnation, laisse flotter une interrogation religieuse et un goĂ»t amer pour cette nouvelle condition introvertie.


"Toute société a les crimes qu'elle mérite."
D’une noirceur absolue et d’un rĂ©alisme glaçant, le film interroge la responsabilitĂ© morale de nos sociĂ©tĂ©s matĂ©rialistes, qui dĂ©shumanisent les individus jusqu’Ă  briser les plus fragiles, parfois poussĂ©s Ă  la rĂ©volte psychotique. Difficile, dès lors, de sortir indemne de ce constat d’Ă©chec identitaire. SacrĂ©e pĂ©loche maladive ! 

Focus sur la sĂ©quence la + marquante: Les rapports de force psychologiques ultra stressants entre Edmond et la serveuse, dans cette chambre d’hĂ´tel oĂą la tension devient insoutenable.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
04.10.25. 3èx. VF

jeudi 13 avril 2017

Le Grand Inquisiteur / Witchfinder General

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site orologi.forumfree.it

de Michael Reeves. 1968. Angleterre. 1h26. Avec Vincent Price, Ian Ogilvy, Hilary Dwyer, Rupert Davies, Robert Russell.

Sortie salles France: 10 Septembre 1969. U.S: 14 Août 1968

FILMOGRAPHIE: Michael Reeves est un réalisateur, producteur et scénariste anglais né le 17 Octobre à Sutton, Surrey, décédé le 11 février 1969 à Londres. 1968: Le grand inquisiteur. 1967: La créature invisible. 1966: The She Beast. 1964: Le château des morts vivants (non crédité).

 
"Le Grand Inquisiteur : l’horreur au nom de Dieu".
Grand classique de l’horreur britannique nĂ© en 1968, Le Grand Inquisiteur frappe par sa violence brute, dĂ©nonçant les mĂ©thodes sadiennes de chasseurs de sorcières bien dĂ©cidĂ©s Ă  extirper le mal d’innocentes victimes dĂ©votes. En 1665, l’inquisiteur Matthew Hopkins et son adjoint sillonnent les campagnes anglaises, profitant du chaos de la guerre civile pour assouvir leur soif de pouvoir : aujourd’hui, leur courroux s’abat sur un prĂŞtre et sa nièce, soupçonnĂ©s par les villageois de pactiser avec le diable. De son cĂ´tĂ©, Richard Marshall, bientĂ´t chargĂ© de renverser le roi, apprend que sa fiancĂ©e — la nièce du prĂŞtre — est tombĂ©e entre les griffes du Grand Inquisiteur. Il se lance Ă  sa recherche et dĂ©couvre, horrifiĂ©, l’enfer des châtiments religieux.


Ĺ’uvre coup de poing, d’une cruautĂ© insoutenable dans sa violence frontale, Le Grand Inquisiteur puise son intensitĂ© dans un rĂ©alisme cru et sans concession, exposant la perversitĂ© de tortionnaires qui brandissent Dieu comme alibi. Superstition, fanatisme religieux et abus de pouvoir s’entrelacent sous l’autoritĂ© vĂ©reuse d’un notable ecclĂ©siastique que Vincent Price incarne avec un cynisme rance. Michael Reeves veut provoquer le malaise pour mieux pointer la barbarie d’une inquisition aussi insidieuse que fielleuse. Ă€ travers une vengeance tour Ă  tour haletante et foudroyante, il brosse le portrait d’un soldat anglais gagnĂ© par une justice expĂ©ditive et criminelle — miroir tragique de ceux qu’il pourchasse sans rĂ©pit, jusqu’Ă  perdre son âme en cĂ©dant Ă  ses propres pulsions bestiales. PrĂ©figurant Massacre Ă  la tronçonneuse avec six ans d’avance — son zoom final sur le visage convulsif de la survivante, figĂ©e dans la dĂ©mence, rĂ©pond au carnage hors champ d’une hache vengeresse — Le Grand Inquisiteur laisse KO, par la force de son constat : une horreur sociale, implacable, dont nul ne sort indemne.

 
"Barbarie sacrĂ©e : Le Grand Inquisiteur". 
PortĂ© par la superbe partition mĂ©lancolique de Paul Ferris et une distribution irrĂ©prochable, dominĂ©e par un Vincent Price aussi impassible que gangrenĂ©, Le Grand Inquisiteur brandit son intensitĂ© dramatique Ă  travers un rĂ©alisme cru Ă©tonnamment audacieux pour l’Ă©poque (1968), sous couvert d’un thème religieux oĂą la torture de l’innocence faisait loi. Ă€ redĂ©couvrir d’urgence, car ce chef-d’Ĺ“uvre infiniment malsain demeure inĂ©galĂ© dans sa reconstitution implacable, plus vraie que nature.

Eric Binford.
3èx 

mercredi 12 avril 2017

Shaun of the dead

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

d'Edgar Wright. 2004. Angleterre/France/U.S.A. 1h39. Avec Simon Pegg, Kate Ashfield, Nick Frost, Lucy Davis, Dylan Moran, Bill Nighy, Penelope Wilton.

Sortie salles France: 27 Juillet 2005. U.S: 24 Septembre 2004

FILMOGRAPHIEEdgar Wright est un réalisateur et scénariste britannique, né le 18 avril 1974 à Poole, dans le Dorset (Royaume-Uni). 1994 : A Fistful of Fingers. 2005 : Shaun of the Dead. 2007 : Hot Fuzz. 2010 : Scott Pilgrim. 2013 : Le Dernier Pub avant la fin du monde. 2017 : Baby Driver.


Hommage parodique Ă  la trilogie de Romero, Shaun of the dead demeure un coup de maĂ®tre pour une première oeuvre d'un jeune rĂ©alisateur friand de cinĂ©ma d'horreur, particulièrement les films de Zombie qu'Edgar Wright et son complice Simon Pegg affectionnent avec autant de tendresse que d'intĂ©gritĂ©. Car outre ses clins d'oeil percutants et ses situations pittoresques aussi originales qu'irrĂ©sistibles, Shaun of the dead tire Ă©galement parti de son charme et de sa fascination par son angoissant rĂ©alisme lorsqu'une invasion de morts-vivants intentent soudainement Ă  la tranquillitĂ© d'une bourgade anglaise. Au sein de ce barnum inexpliquĂ©, Shaun aura pour tâche de prĂ©server la vie de sa mère restĂ©e confinĂ©e chez elle parmi son beau-père et de renouer avec l'amour de sa petite amie Liz. Cette dernière Ă©tant en divergence depuis que Shaun a pour habitude de frĂ©quenter le pub "le Winchester" parmi son acolyte Ed. Ensemble, ils vont se lancer vaillamment dans l'aventure cauchemardesque avec l'appui solidaire d'un autre couple en perdition.


Par l'entremise de cette intrigue simpliste alternant sens de camaraderie, action gore et conquête romantique, Edgar Wright réexploite le survival horrifique initié par la Nuit des morts-vivants avec une énergie caustique. Nanti d'un humour british particulièrement subtil si bien que les situations cocasses et postures extravagantes font preuve de spontanéité rafraîchissante, Shaun of the dead surprend par son sens de dérision parmi l'évidente volonté de cultiver la crainte chez l'archétype du zombie. Sur ce point, Edgar Wright désire farouchement respecter le vrai fan du genre dans sa manière de susciter l'appréhension auprès de leur démarche atone et de leur regard exsangue inscrit dans le vide. Qui plus est, parmi la complicité héroïque d'une poignée de comédiens formidablement expressifs, le cinéaste brosse leur portrait avec une vraie tendresse dans leurs traits de caractère antinomiques si bien que l'on se prend d'empathie auprès de leur stratégie de survie, entre désespoir alarmiste, maladresse impayable et bravoure de dernier ressort.


Zombier
Tour Ă  tour cocasse, inquiĂ©tant et attachant, Shaun of the dead se permet en sus de distiller malaise sous-jacent et angoisse tangible quant Ă  la rĂ©surrection des morts implantĂ©e dans une bourgade anglaise oĂą la consommation de la bière endosse un goĂ»t frelatĂ© chez nos rescapĂ©s en porte-Ă - faux. Se prĂŞtant au jeu de la parodie au risque de flirter avec une trivialitĂ© persifleuse (remember Scary Movie !), Shaun of the dead constitue au contraire une rĂ©fĂ©rence du genre dans son alliage d'Ă©motions hybrides, entre inventivitĂ©, drĂ´lerie et originalitĂ© si bien que le cinĂ©aste parvient Ă  se rĂ©approprier des clichĂ©s au sein d'un schĂ©ma somme toute classique.

*Bruno
3èx. vf

Récompenses:
2004 : Prix du meilleur scénario aux British Independent Film Awards.
2005 : Saturn Award du meilleur film d'horreur par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur (Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films).
2005 : Prix Bram Stoker (Bram Stoker Award) du meilleur scénario.
2005 : Empire Award du meilleur film britannique.
2005 : Prix du meilleur film lors des International Horror Guild Awards.

lundi 10 avril 2017

NEMESIS (Sam was here). Mention spéciale du jury, Utopiales 2016.

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site trollombrerobot.wordpress.com

de Christophe Deroo. 2016. U.S.A/France. 1h12. Avec Rusty Joiner, Sigrid La Chapelle, Rhoda Pell, Hassan Galedary.

Sortie Dtv France: 30 Mars 2016 (Interdit aux - de 12 ans)

FILMOGRAPHIE: Christophe Deroo est un réalisateur et producteur français. 2016: Nemesis.


Exercice de style réalisé par le débutant Christophe Deroo, Nemesis emprunte la démarche d'un suspense horrifique par le biais d'une intrigue hermétique restée en suspens. A l'instar d'un épisode long format de la 4è Dimension, la trame suit les pérégrinations esseulées d'un colporteur au coeur d'un désert californien. Destitué d'habitants, Sam Cobritz finit par se lasser de son exercice professionnel au moment même où un tueur sévit dans la région et qu'une étrange lumière rouge s'immobilise dans le ciel. Rapidement, il devient la cible d'individus masqués résignés à l'assassiner en guise de vengeance quand bien même il tente à moult reprises d'avertir sa femme qu'il est sur le chemin du retour.


D'une durĂ©e concise d'1h09 si on Ă©pargne son gĂ©nĂ©rique final, Nemesis tire parti de son efficacitĂ© grâce Ă  la maĂ®trise de sa mise en scène sublimant l'atmosphère solaire d'un dĂ©sert photogĂ©nique (format scope Ă  l'appui) et Ă  ses nombreuses pĂ©ripĂ©ties inexpliquĂ©es que le hĂ©ros tente de contrecarrer avec une dĂ©veine inĂ©puisable. ScandĂ© du score Ă©lectro de Christine n'ayant rien Ă  envier au mĂ©lodies cinĂ©tiques du cinĂ©ma de Carpenter, Nemesis s'inspire de ce dernier avec l'Ă©vidente volontĂ© d'envoĂ»ter le spectateur par le biais d'un contexte insĂ©curitaire Ă  la lisière du fantastique. Outre ses rĂ©fĂ©rences empruntĂ©es Ă  Carpenter (Ă  l'instar de ces silhouettes nocturnes d'individus figĂ©s comme des zombies si bien qu'on les croiraient sortis d'Assaut ou de Prince des TĂ©nèbres !), le film peut Ă©galement prĂŞter un croisement entre U-Turn (pour l'infortune sarcastique du hĂ©ros et le cadre de l'environnement clairsemĂ© dans lequel il Ă©volue), Terreur extra-terrestre (pour la chasse Ă  l'homme commanditĂ©e par un Ă©ventuel E.T) et Hitcher (pour la traque criminelle inlassable que le conducteur et les chasseurs se disputent sur bitume). InquiĂ©tant et particulièrement prenant lorsque Sam s'efforce dĂ©sespĂ©rĂ©ment d'Ă©chapper rĂ©gulièrement Ă  la mort par le biais de sauvages affrontements que le rĂ©alisateur chorĂ©graphie avec intensitĂ©, Nemesis aurait Ă©tĂ© encore plus original et dĂ©tonnant s'il Ă©tait un peu plus explicatif quant aux motifs imbitables de ses agresseurs en potentielle relation avec une origine extra-terrestre.


Assez captivant par son atmosphère envoĂ»tante et l'intensitĂ© de son suspense progressif, Nemesis respecte ses aĂ®nĂ©s dans sa conception avisĂ©e de façonner un film d'ambiance horrifique hĂ©ritĂ© du cinĂ©ma des annĂ©es 80. De par sa violence rugueuse, son style musical mĂ©tronomique et le jeu expressif d'une victime Ă  la fois pugnace et dĂ©sorientĂ©e, Nemesis cultive un style percutant sous le pilier d'un road movie laconique, et ce avant de cĂ©der Ă  la facilitĂ© d'une conclusion en demi-teinte plutĂ´t dĂ©concertante et moins convaincante. 

Bruno Matéï

vendredi 7 avril 2017

THE GIRL NEXT DOOR

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com 

de Gregory M. Wilson. 2007. U.S.A. 1h35. Avec William Atherton, Blythe Auffarth, Madeline Taylor, Blanche Baker, Kevin Chamberlin.

Sortie Dvd France: 4 Décembre 2007. Salles U.S: 3 Octobre 2007.

FILMOGRAPHIE: Gregory M. Wilson est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain. 2012: Ghoul (TV Movie). 2007 The Girl Next Door. 2001 Home Invaders.


Les Enfants du Mal
D'après le roman Ă©ponyme de Jack Ketchum, The Girl next door s'est taillĂ© au fil des annĂ©es et d'un bouche Ă  oreille (surtout dans l'hexagone oĂą il fut notamment proscrit de nos salles !) une rĂ©putation de film d'horreur insoutenable dans son lot de tortures et sĂ©vices sexuels infligĂ©s sur une victime adolescente. BasĂ© sur l'histoire vraie du meurtre de Sylvia Likens perpĂ©trĂ© au cours des annĂ©es 60, The Girl next door demeure un uppercut Ă©motionnel si bien qu'il est impossible d'en sortir indemne. Sorte de Stand by me au vitriol par son ambiance nostalgique faussement sereine, anti-tortur'porn par excellence, Gregory M. Wilson n'a pas ici pour ambition de divertir et de surenchĂ©rir une violence sardonique ou cartoonesque (ce que la saga Saw s'est rapidement tolĂ©rĂ©e au fil de ces opus mercantiles) mais au contraire de provoquer malaise et dĂ©goĂ»t lorsqu'une mĂ©gère psychotique parvient Ă  endoctriner chez son entourage infantile l'enseignement du châtiment punitif auprès de sa jeune nièce un peu trop arrogante. Cette dernière embrigadĂ©e et attachĂ©e dans une cave devenant le souffre-douleur de leurs exactions putassières, et ce jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive. D'ailleurs, l'affaire authentique fut autrefois nommĂ©e dans les journaux comme "pire crime perpĂ©trĂ© contre une personne dans l'histoire de l'Indiana".


Si The Girl next door parvient autant Ă  Ă©prouver et dĂ©ranger de manière aussi viscĂ©rale que cĂ©rĂ©brale, il le doit Ă  son rĂ©alisme cru jamais complaisant (le rĂ©al privilĂ©giant la suggestion en se focalisant surtout sur les hurlements et gĂ©missements insupportables que la victime endure) et aux profils Ă©hontĂ©s des agresseurs infantiles impliquĂ©s dans une connivence depuis l'influence d'une matriarche leur prodiguant la haine contre la gente fĂ©minine. Traitant frontalement de l'instinct pervers enfoui dès notre plus jeune âge et d'une pĂ©dagogie maternelle fondĂ©e sur le machisme et la misogynie, The Girl next door provoque l'affliction face Ă  notre tĂ©moignage dĂ©muni de spectateur voyeur contraint d'observer les pires humiliations et souffrances corporelles exercĂ©es (la plupart du temps) par des mioches fascinĂ©s par la souffrance. D'oĂą notre sentiment extrĂŞme de malaise diffus face Ă  leur complicitĂ© phallocrate inscrite dans un jeu de dĂ©bauche et de soumission. Bouleversant jusqu'aux larmes quant Ă  la fragilitĂ© de la victime Ă©puisĂ©e par la douleur et terriblement Ă©touffant par son climat irrespirable, The Girl next door renvoie Ă  notre image spectrale tapie dans l'ombre. Dans le sens oĂą un monstre enfoui en chacun de nous peut s'y extraire Ă  l'occasion d'une dynamique de groupe prĂŞte Ă  expĂ©rimenter l'interdit en laissant libre court Ă  leurs pulsions immorales.


Un électro-choc hautement éprouvant jusqu'aux larmes de la délivrance
En dĂ©pit de son aspect tĂ©lĂ©-film, The Girl next door constitue une Ă©preuve de force morale d'une intensitĂ© horrifico-dramatique Ă  la limite du supportable quant aux sĂ©quences les plus scabreuses (Ă  l'instar du frère cadet suppliant sa mère de lui laisser violer sa propre soeur !). Le chemin de croix d'une ado martyr sacrifiĂ©e par sa communautĂ© Ă  la fois familiale et amicale quand bien mĂŞme la perte de l'innocence les mènera jusqu'au bout des tĂ©nèbres. Un film monstre au sens Ă©tymologique laissant derrière nous de profondes cicatrices morales après visionnage. 
Pour public averti.

P.S: A découvrir impérativement en VOSTFR, l'impact n'en sera que beaucoup plus rigoureux !

Bruno Dussart.
2èx

jeudi 6 avril 2017

THE FULL MONTY

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Peter Cattaneo. 1997. Angleterre. 1h30. Avec Robert Carlyle, Tom Wilkinson, Mark Addy, William Snape, Steve Huison, Paul Barber, Hugo Speer

Sortie salles France: 22 Octobre 1997. Angleterre: 29 Août 1997

FILMOGRAPHIEPeter Cattaneo est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et monteur britannique, , nĂ© le 30 novembre 1964 Ă  Twickenham (Grand Londres) en Angleterre. 1990 : Dear Rosie. 1992 : Say Hello to the Real Dr Snide (TV). 1993 : Teenage Health Freak. 1995 : Loved Up (TV). 1997 : The Full Monty. 2001 : Lucky Break. 2005 : Le Secret de Kelly-Anne. 2008: The Rocker.


Gros succès public et critique Ă  travers le monde comme le souligne notamment sa plĂ©thore de rĂ©compenses (voir en fin d'article), Full Monty demeure un miracle de comĂ©die anglaise par sa grande simplicitĂ© Ă  exploiter les thĂ©matiques du courage, de la camaraderie et de la gagne sous le pivot d'un spectacle de streap tease. SĂ©parĂ© de sa femme et s'efforçant de prĂ©server l'amitiĂ© avec son fils, Gaz va tenter en dernier ressort de monter un spectacle de chipendales avec sa troupe d'acolytes communĂ©ment frappĂ©s par la crise du chĂ´mage. Au fil d'un cheminement indĂ©cis, car partagĂ©s entre le doute et la crainte de l'Ă©chec, l'espoir et le dĂ©sir de rĂ©ussite, ils s'entraĂ®nent Ă  danser au sein des hangars abandonnĂ©s dans un Ă©lan de fraternitĂ©. 


Hymne au goĂ»t du risque, au dĂ©passement de soi et Ă  la cristallisation de nos rĂŞves les plus improbables, Full Monty alterne drĂ´lerie et tendresse avec une belle homogĂ©nĂ©itĂ© sous l'impulsion de protagonistes très attachants car humainement aussi fragiles que modestes. Victimes de la routine du chĂ´mage au sein de leur bourgade sinistrĂ©e et plombĂ©s par le pessimisme, ces derniers vont pour autant tenter de rĂ©cupĂ©rer leur dignitĂ© et leur confiance grâce Ă  l'utopie de leur leader gagnĂ© par une ambition saugrenue. Le but de ce dernier Ă©tant notamment de façonner ce show Ă©rotique afin de regagner l'assurance de son fils ballottĂ© par la sĂ©paration conjugale. TruffĂ© de sĂ©quences intimistes autour des tensions entre couples et de l'amour parental, Full Monty cultive l'empathie sous l'impulsion de situations cocasses constamment irrĂ©sistibles. De par le talent des interprètes criants de naturel dans leur fonction novice de streapteseur s'en donnant Ă  coeur joie dans les postures dĂ©complexĂ©es, et par l'invention des gags oĂą le ridicule du contexte n'a pas lieu d'ĂŞtre lorsque ces derniers parviennent Ă  transcender leur timiditĂ© ! Regorgeant de tubes entraĂ®nants aussi frais que sĂ©millants durant leurs danses chorĂ©graphiques, Full Monty distille bouffĂ©es d'air frais et Ă©nergie positive auprès de ses prolĂ©taires en voie d'affirmation.


Un merveille de tendresse et de cocasserie comme seuls les anglais ont le secret si bien que 20 ans plus tard Full Monty a gagnĂ© son galon de classique du genre avec l'appui de son mĂ©morable final riche en Ă©motions. 

Dédicace à Célina trinci.
Eric Binford.
3èx

Récompenses: Festival du film britannique de Dinard 1997: Hitchcock d'or et Prix du public
Prix du cinéma européen 1997 : People's Choice Award du meilleur film européen
BAFTA Awards 1998: Meilleur film. Meilleur acteur pour Robert Carlyle. Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Tom Wilkinson.
Brit Awards 1998 : meilleure bande originale
David di Donatello 1998 : meilleur film étranger
Empire Awards 1998 : meilleur film britannique
Prix Goya 1998 : meilleur film européen
Oscars 1998 : meilleure musique de film pour Anne Dudley
Screen Actors Guild Awards 1998 : meilleure distribution

mardi 4 avril 2017

Mélodie pour un Meurtre / Sea of Love

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb

de Harold Becker. 1989. 1h53. Avec Al Pacino, ,Ellen Barkin, John Goodman, Michael Rooker, Richard Jenkins, John Spencer, Paul Calderon, William Hickey.

Sortie salles France: 10 janvier 1990. U.S : 15 septembre 1989.

FILMOGRAPHIE: Harold Becker est un réalisateur et producteur américain né le 25 septembre 1928 à New York, dans l'État de New York (États-Unis). 1972 : The Ragman's Daughter. 1979: Tueurs de flics. 1980 : The Black Marble. 1981: Taps. 1985: Vision Quest. 1987: La Gagne. 1988: État de choc. 1989: Mélodie pour un meurtre. 1993: Malice. 1996: City Hall. 1998: Code Mercury. 2001: L'Intrus.

 
TournĂ© en pleine vague du thriller Ă©rotique initiĂ© par Liaison Fatale, MĂ©lodie pour un meurtre demeure aujourd’hui encore aussi intense que passionnant, voire carrĂ©ment envoĂ»tant sous l’impulsion du duo torride formĂ© par Al Pacino et Ellen Barkin. L’intrigue Ă  suspense, tournant autour de leur Ă©treinte passionnelle, fonctionne avec une efficacitĂ© parfaitement huilĂ©e. Attention : moment de cinĂ©ma aussi prĂ©cieux que jubilatoire, notamment grâce Ă  son esthĂ©tique typiquement 80’s - hĂ©las rĂ©volue - qui fait ici merveille dans sa photogĂ©nie tĂ©nĂ©breuse.

Le pitch : Après avoir rĂ©pondu Ă  une annonce de rencontres, deux hommes sont retrouvĂ©s sauvagement assassinĂ©s dans leur chambre, dans une posture soumise. FraĂ®chement divorcĂ©, l’inspecteur Frank Keller se fait passer pour un cĹ“ur Ă  prendre via les annonces locales afin d’apprĂ©hender la potentielle misandre.

Alternant suspense criminel et romance passionnelle avec une alchimie redoutablement efficace, MĂ©lodie pour un meurtre se transforme en jubilatoire jeu de dupes et de manipulation lorsqu’un flic alcoolique tente d’alpaguer l’assassin après s’ĂŞtre laissĂ© sĂ©duire par la prĂ©sumĂ©e coupable. Gaffeur et littĂ©ralement compromis par ses propres sentiments, Frank Keller ne sait bientĂ´t plus oĂą donner de la tĂŞte, sombrant dans une paranoĂŻa progressive pour tenter de dĂ©celer l’intĂ©gritĂ© ou la culpabilitĂ© de sa partenaire Ă  travers des indices souvent prĂ©judiciables.
 
 

Jouant constamment sur l’Ă©ventuelle responsabilitĂ© de cette ardente aguicheuse, l’intrigue parvient jusqu’Ă  sa dernière partie Ă  nous faire douter de sa vĂ©ritable identitĂ©, au rythme d’une mĂ©lodie entĂŞtante. Pour renforcer la crĂ©dibilitĂ© de ce couple fusionnel, le rĂ©alisateur Harold Becker prend le temps de nous familiariser avec leur interaction sentimentale Ă  travers le regard dubitatif de ce flic contrariĂ©, tentant Ă  moult reprises de se racheter une conduite après ses apprĂ©hensions paranoĂŻaques.

Totalement impliquĂ© dans son rĂ´le de faux dragueur en filature, Al Pacino porte le film sur ses Ă©paules avec une spontanĂ©itĂ© indĂ©fectible. Sa prĂ©sence magnĂ©tique crève littĂ©ralement l’Ă©cran Ă  chaque seconde, notamment dans la maladresse de ses sentiments contradictoires. Mais l’Ă©lectrisante Ellen Barkin lui dispute la vedette avec une force d’esprit et un raffinement lubrique absolument ensorcelants. Ă€ l’instar de leurs deux Ă©treintes charnelles que Becker filme lestement avec une sensualitĂ© audacieusement sulfureuse.

Outre cette passionnante Ă©tude de caractères que Pacino et Barkin transfigurent avec une Ă©vidente implication, MĂ©lodie pour un meurtre n’oublie jamais d’insuffler une pointe d’humour pour dĂ©tendre une atmosphère souvent anxiogène et crĂ©pusculaire. New York, souvent filmĂ©e de nuit, devient d’ailleurs un personnage Ă  part entière. Becker en magnifie la scĂ©nographie urbaine avec un rĂ©alisme magnĂ©tique rappelant par instants le cinĂ©ma de Abel Ferrara - toutes proportions gardĂ©es. Quant aux situations parfois cocasses issues des Ă©changes tendus entre les personnages, elles renforcent souvent la posture angoissĂ©e de Frank, incapable de brider ses Ă©motions lorsqu’il croit se rapprocher du vĂ©ritable assassin.

Sous couvert d’un thriller Ă  suspense solidement mis en scène, magnifiquement photographiĂ© et merveilleusement interprĂ©tĂ©, MĂ©lodie pour un meurtre greffe Ă©galement une romance passionnelle Ă©lectrisante oĂą paranoĂŻa, suspicion, trahison et jalousie viennent constamment balloter le couple avant la rĂ©vĂ©lation finale. Un des meilleurs thrillers des annĂ©es 80, qui aura notamment permis de relancer la carrière du monstre sacrĂ© Al Pacino - incontestablement l’un des plus grands acteurs au monde.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

4èx . 09.03.26. Vostfr

lundi 3 avril 2017

CUBE. Grand Prix Gérardmer, 1999.

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Vincenzo Natali. 1997. Canada. 1h30. Avec David Hewlett, Julian Richings, Maurice Dean Wint,
Nicole de Boer, Nicky Guadagni, Andrew Miller.

Sortie salles France: 28 avril 1999.

FILMOGRAPHIE: Vincenzo Natali est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né le 6 janvier 1969 à Détroit, dans l'État du Michigan aux États-Unis. 1997: Cube. 2002: Cypher. 2003: Nothing. 2009: Splice. 2013: Haunter.


Honoré chez Gérardmer avec trois récompenses dont celui du prestigieux Grand Prix, Cube est une petite série B bougrement efficace n'ayant rien à envier à un épisode de la 4è Dimension. Emprisonnés dans de grands cubes mobiles pour une raison méconnue, 6 personnes au profil distinct s'interrogent sur leur sort avant de tenter de s'y extraire avec courage, détermination et perspicacité. Un pitch simpliste mais bougrement original que Vincenzo Natali parvient à mettre en boite avec autant d'astuces narratives que de soin formel. Ce dernier relançant l'action et les enjeux de survie dans de multiples directions que nos survivants arpentent sous les consignes d'une éminente mathématicienne. Car dans Cube, il faut faire preuve de sens déductif pour tenter de s'extirper de la prison dont les chiffres inscrits sur chaque porte d'entrée ont une importance capitale afin de contrecarrer les éventuelles chausses-trappes !


Fascinant, de par son décorum insolite particulièrement immersif et par la diversité des cages de métal aux éclairages fluctuants, Vincenzo Natali parvient aisément à nous égarer dans son univers hermétique aux confins de la science-fiction. Car jouant sur ce dépaysement inédit surgi de nulle part et sur l'aspect abyssal d'une vue externe, Cube interroge le spectateur quant à son origine et l'identité de ses créateurs tirant les ficelles avec une diabolique machination. Le film n'hésitant pas en prime à recourir à une violence cruelle quant aux affrontements psychologiques et musclés que se disputent les détenus au lieu de préconiser la concertation. D'où un sentiment d'insécurité permanent émanant de leur dissension morale et de leurs risques à tester des épreuves diaboliques fondées sur la dialectique des nombres premiers et des facteurs. Conçu comme un jeu macabre pour la survie, l'intrigue n'est donc qu'un prétexte pour à nouveau vilipender l'individualisme de l'homme compromis par la peur et la panique de trépasser. En l'occurrence, c'est par la cause d'un flic aussi sournois que sans vergogne que le groupe va peu à peu se dissoudre avec une déveine opiniâtre. Le réalisateur clôturant notamment son intrigue par une conclusion à la fois pessimiste et équivoque, et ce sans nous dévoiler les tenants et aboutissants de cette conspiration sans visage.


Par l'entremise de son climat anxiogène permĂ©able instaurĂ© au coeur d'un huis-clos cauchemardesque et grâce au jeu convaincant des comĂ©diens de seconde zone au caractère bien trempĂ©, Cube insuffle fascination et dĂ©rision sardonique au rythme de rebondissements habiles faisant appel Ă  l'intelligence des compĂ©titeurs. 

Eric Binford.
3èx

Récompenses: Festival international du film de Toronto 1997 : Prix du Meilleur Premier Film Canadien.
Festival de Gérardmer Fantastic'Arts 1999 : Grand Prix, Prix de la Critique et le Prix du Public