samedi 15 septembre 2018

Maniac

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site marvelll.fr

de Franck Khalfoun. 2012. France/U.S.A. 1h30. Avec Elijah Wood, Nora Arnezeder, Liane Balaban, America Olivo, Joshua De La Garza.

Sortie salles France: 2 Janvier 2013

FILMOGRAPHIEFranck Khalfoun est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et monteur amĂ©ricain
2007: 2è Sous-sol. 2009: Engrenage Mortel (Wrong Turn at Tahoe). 2012: Maniac


"Maniac : solitude en caméra close".
DiscrĂ©ditĂ© avant mĂŞme son entreprise, dĂ©jĂ  Ă©tiquetĂ© remake bancable d’un chef-d’Ĺ“uvre traumatisant, Maniac nouvelle mouture prenait un risque double : reprendre un monument crasseux du cinĂ©ma d’horreur, et confier le rĂ´le-titre Ă  un acteur au minois infantile. Un choix particulièrement couillu, qui laissait craindre le pire, d’autant plus que son rĂ©alisateur, encore novice, venait de livrer deux productions aussi conventionnelles que tièdes. Pourtant, produit par William Lustig en personne, Ă©paulĂ© des Français Aja et Levasseur (Ă©galement crĂ©ditĂ©s au scĂ©nario), ce Maniac autrement sophistiquĂ© fait le choix intelligent de ne pas singer son modèle cradingue. FilmĂ© intĂ©gralement en camĂ©ra subjective, du point de vue du tueur, Maniac version 2012 est une nouvelle plongĂ©e dans les bas-fonds d’un Los Angeles corrompu, qu’un psychopathe entreprend de « nettoyer » en ciblant une gent fĂ©minine aguicheuse.
 
Dès le prologue, l’ambiance est posĂ©e : anxiogène, crĂ©pusculaire, poisseuse. Un New York fantasmĂ©, insalubre, nous est exposĂ© avec un rĂ©alisme cafardeux : badauds dĂ©soeuvrĂ©s, foule cosmopolite, trottoirs noyĂ©s sous les dĂ©tritus, tentes de fortune plantĂ©es çà et lĂ … Ă€ l’image prophĂ©tique du premier crime, prĂ©mĂ©ditĂ©, concis, radical. Une sĂ©quence choc, dĂ©rangeante, qui annonce la couleur : Maniac ne sera pas une virĂ©e ludique, mais un bain de noirceur brutale.


La cruautĂ© du meurtre, et l’impuissance absolue de la victime, incapable mĂŞme d’un cri : nous voilĂ  saisis, sidĂ©rĂ©s. Et la bonne nouvelle, c’est que l’errance nocturne du maniac restera une dĂ©rive introspective, jalonnĂ©e de fulgurances aussi terrifiantes qu’Ă©prouvantes. Car tout au long de cette traque sanglante, le spectateur, pris en otage par l’Ĺ“il du tueur, est contraint Ă  une identification instinctive. L’effet d’immersion est immĂ©diat, mais surtout, il dĂ©range — il incommode, il asphyxie. On partage ses pensĂ©es malades, ses visions hallucinĂ©es de mannequins sanguinolents lovĂ©s dans une chambre tamisĂ©e, ses crimes lâches et acĂ©rĂ©s. Autant dire que cette nouvelle version gĂ©nère une submersion sensorielle bien plus intense que son modèle initial. Ă€ l’inverse, on est loin de l’angoisse trouble du film de Lustig et du jeu moite de Joe Spinell. NĂ©anmoins, certaines sĂ©quences gores, percutantes, retournent les estomacs les moins sensibles, tant leur sauvagerie frĂ´le parfois l’insupportable (le meurtre au poignard d’une prostituĂ©e rĂ©fugiĂ©e dans un parking est une Ă©preuve Ă  lui seul !).

Magnifiquement photographiĂ© dans un New York stylisĂ© et documentĂ© (avec notamment un dĂ©cor baroque dans le mĂ©tro), le film impressionne par la maĂ®trise de sa mise en scène : jeux de miroirs pour entrevoir le visage du tueur, plans stylisĂ©s d’un esthĂ©tisme limpide, presque poĂ©tique. Khalfoun exploite habilement le potentiel de terreur sourde qui Ă©mane de son maniac profondĂ©ment esseulĂ©. Le point d’orgue, extrĂŞme, s’incarne dans la traque de la dernière victime, en instance de survie — une sĂ©quence d’anthologie. L’Ă©pilogue atteint quant Ă  lui un sommet de gore paroxystique, aussi bestial et grand-guignolesque que celui de son aĂ®nĂ©.

Et pour parachever le tout, les scĂ©naristes ont eu la bonne idĂ©e d’insister sur l’idylle fragile entre Frank et une photographe de mode. Ce lien rend son personnage presque touchant : l’empathie du spectateur finit par se laisser contaminer. Khalfoun prend soin d’illustrer la psychĂ© ravagĂ©e de son tueur, en explorant les rĂ©miniscences d’une enfance marquĂ©e par les sĂ©vices sexuels d’une mère dĂ©pravĂ©e. Par ses victimes, c’est elle qu’il assassine encore et encore, sans jamais apaiser ses pulsions de haine ni parvenir Ă  se rĂ©conforter dans un amour humain. En rĂ©sulte une ambiance de nonchalance mĂ©lancolique, qui imprègne chaque plan — portĂ©e par une bande-son fragile, cristalline, comme en apesanteur. Une atmosphère idoine pour explorer, derrière la romance avortĂ©e, les stigmates d’un passĂ© souillĂ©, et la solitude incurable d’un misogyne qui fut avant tout un enfant brisĂ©.


"L’Ĺ“il du monstre".

RĂ©solument terrifiant, glaçant, glauque, malsain dans sa forme immersive (mĂŞme s’il reste Ă  cent lieues du chef-d’Ĺ“uvre initial), Maniac s’impose pourtant comme une Ĺ“uvre sauvage, cruelle, et dĂ©primante — traversĂ©e par une intensitĂ© mĂ©lancolique profondĂ©ment dĂ©rangeante. Et si Elijah Wood laissait sceptique au dĂ©part, il impose ici une composition tout en retenue, dans la peau d’un psychopathe timorĂ©, chĂ©tif, broyĂ© par l’Ă©chec d’un amour impossible. La nouvelle gĂ©nĂ©ration peut applaudir : un nouveau sommet de l’horreur hardcore vient d’ĂŞtre lĂ©guĂ©, portĂ© par la personnalitĂ© affirmĂ©e d’un auteur, Franck Khalfoun, rĂ©solu Ă  nous bouleverser de la manière la plus sensorielle et viscĂ©rale qui soit. Au point qu’après le gĂ©nĂ©rique, un malaise sourd persiste. S’incruste. Et ne vous lâche plus.

* Bruno
15.09.18
05.01.13

vendredi 14 septembre 2018

Prince des Ténèbres / Prince of Darkness. Prix de la Critique, Avoriaz 88.

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site patatedestenebres.over-blog.com

de John Carpenter. 1987. U.S.A. 1h42. Avec Donald Pleasance, Jameson Parker, Victor Wong, Lisa Blount, Dennis Dun, Susan Blanchard, Anne Marie Howard, Ann Yen, Ken Wright, Dirk Blocker.

Sortie salles France: 20 Avril 1988. U.S: 23 Octobre 1987

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward


PassĂ© le terrible Ă©chec commercial des Aventures de Jack Burton, John Carpenter revient Ă  des budgets modestes pour entamer le second volet de sa trilogie de l'Apocalypse, amorcĂ©e avec The Thing et conclue par L’Antre de la Folie. Prince des TĂ©nèbres rĂ©invoque avec une puissance d’Ă©vocation fulgurante la thĂ©matique du Mal, cristallisĂ©e ici dans un ostensoir contenant un fluide aux origines troubles.

Le pitch : Dans une Ă©glise abandonnĂ©e, Ă  la demande d’un prĂŞtre, un groupe de scientifiques et un professeur en philosophie sont recrutĂ©s pour Ă©tudier un mystĂ©rieux cylindre enfermant un Ă©trange liquide. Cet artefact, gardĂ© secret depuis des millĂ©naires par une secte religieuse — les Frères du Sommeil — renfermerait… l’essence mĂŞme du fils de Satan.

ÉprouvĂ©, dĂ©pitĂ© par le rejet de son film prĂ©cĂ©dent, Carpenter joue la carte de l’Ă©pure : pas de dĂ©mesure, mais un huis clos austère, gothique, dans l’enceinte d’un sanctuaire oubliĂ©. Avec un budget resserrĂ© et des tĂŞtes d’affiche de sĂ©rie B (Ă´ combien convaincantes !), le briscard de l’horreur nous livre un concentrĂ© d’effroi satanique, contournant habilement les clichĂ©s. Dès son gĂ©nĂ©rique d’ouverture, Ă©talĂ© sur plus de dix minutes, Prince des TĂ©nèbres sĂ©duit : montage millimĂ©trĂ©, prĂ©sentation fugace des protagonistes, musique cĂ©rĂ©monielle entĂŞtante composĂ©e par Carpenter et Howarth. Le ton est donnĂ©. Le spectacle qui s’en suit se construit comme un survival mystique, renversant les dogmes — JĂ©sus y est prĂ©sentĂ© comme le descendant… d’un extraterrestre.

Ă€ travers cet objet cylindrique, rĂ©ceptacle d’une force dĂ©moniaque aux ambitions cataclysmiques, le film dĂ©roule en moins de 24 heures une course contre la montre fiĂ©vreuse. Une lutte dĂ©sespĂ©rĂ©e pour enrayer l’avènement de l’AntĂ©christ. Carpenter gère le suspense avec un art du rythme et du surgissement d’autant plus efficace qu’il s’affranchit de tout spectaculaire tapageur. Chaque rebondissement, chaque soubresaut d’horreur semble calculĂ© pour nous clouer au fauteuil. Il joue de dĂ©tails insidieux, de menaces diffuses : des insectes grouillants, un soleil dĂ©pressif, une armĂ©e de SDF livrĂ©s au Mal qui encerclent l’Ă©glise, silencieux, menaçants, tels des zombies immobiles — parmi eux, l’inoubliable silhouette spectrale d’Alice Cooper.

Ă€ l’intĂ©rieur, l’angoisse s’intensifie : certains scientifiques, contaminĂ©s après avoir ingĂ©rĂ© le fluide, deviennent les hĂ´tes d’une possession froide. Un Ă  un, ils se retournent contre leurs compagnons, recrachant sur leur visage cette essence malĂ©fique, comme une souillure sacrĂ©e. Mais l’image la plus vertigineuse demeure celle du miroir, portail entre les mondes, oĂą Satan attend une main secourable pour le tirer du nĂ©ant : vision diaphane, main d’ombre d’un rĂ©alisme glaçant.
En parallèle, une voix de l’au-delĂ  — entitĂ© sans visage — tente de joindre les protagonistes par-delĂ  le sommeil, dĂ©livrant un message prĂ©monitoire cryptĂ©, dans un flux d’images irradiĂ©es, comme un journal filmĂ© du futur. Lentement, inexorablement, les agressions se multiplient, meurtrières, implacables, frappant des personnages dĂ©passĂ©s, figĂ©s par la peur, aveuglĂ©s par le doute.
Et pourtant, parmi eux, certains rĂ©sistent. S’Ă©rigent, vacillants mais vaillants. Jusqu’au sacrifice ultime.


Chef-d'oeuvre dĂ©monial. 
Ă€ travers une galerie de personnages bigarrĂ©s, peu Ă  peu convaincus que le Mal s’apprĂŞte Ă  rĂ©gner sur Terre (saluons la prĂ©sence intense de Donald Pleasence, prĂŞtre minĂ© par l’Ă©chec et le doute), Prince des TĂ©nèbres distille un malaise grandissant autour d’un concept mystique qui dynamite les dogmes religieux. Carpenter signe ici une rĂ©flexion mĂ©taphysique sur l’abstraction du Mal et l’effritement de la rĂ©alitĂ©, qu’une poignĂ©e de scientifiques tente en vain de dĂ©crypter et d’endiguer. Le film tire sa puissance dramatique de sa mise en scène cauchemardesque, transfigurant une entitĂ© invisible en corps mutant, larvaire, tentaculaire.
Jusqu’Ă  sa conclusion — stupĂ©fiante, peut-ĂŞtre dĂ©sespĂ©rĂ©e, gĂ©nialement Ă©quivoque — oĂą Carpenter tire le rideau au moment le plus alarmant d’une romance fracassĂ©e.


RĂ©compense: Prix de la Critique au Festival d'Avoriaz en 1988.

* Bruno
14.09.18. 5èx
10.10.11 (220 vues)

jeudi 13 septembre 2018

BODY DOUBLE

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Brian De Palma. 1984. U.S.A. 1h54. Avec Craig Wasson, Melanie Griffith, Gregg Henry, Deborah Shelton, Guy Boyd, Dennis Franz.

Sortie salles France: 20 Février 1985. U.S: 26 Octobre 1984

FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


Le pitch: Après avoir surpris sa compagne avec un amant, Jake Scully, acteur au rabais pour des sĂ©ries Z horrifiques, se lie d'amitiĂ© avec le comĂ©dien de théâtre Sam. Celui-ci lui propose de l'hĂ©berger quelques jours dans la vaste demeure (une chemosphère) d'un de ses amis partis en villĂ©giature. En prime, avec l'aide d'une longue vue, il l'incite Ă  observer sa voisine d'en face pratiquant chaque soir un striptease. Or, un beau soir, Jake est tĂ©moin du meurtre de celle-ci par un mystĂ©rieux indien. 
Hommage aussi bien effrontĂ© que couillu Ă  Vertigo et Ă  FenĂŞtre sur Cour, Body Double fut un Ă©chec public et critique lors de sa sortie; faute d'une intrigue truffĂ©e de dĂ©rision et de vulgaritĂ© au sein du milieu underground de la pornographie. Et donc, probablement qu'Ă  l'Ă©poque les journalistes et le public n'ont pas perçu le cĂ´tĂ© dĂ©calĂ©, limite parodique des situations outrancières (la sĂ©quence du meurtre Ă  la perceuse avec le cordon Ă©lectrique trop court pour atteindre la victime, le clip Relax filmĂ© dans les coulisses du X auprès d'une figuration SM, l'Ă©pilogue risible avec ce vampire punk massant langoureusement sa victime sous la douche), et ce par le truchement d'un hommage vitriolĂ© Ă  Hitchcock. Depuis largement réévaluĂ© au point de l'estampiller comme l'un de ses ultimes chefs-d'oeuvre, Body Double demeure un modèle de suspense et d'Ă©criture Ă  travers une enquĂŞte jubilatoire bâtie sur les tabous du voyeurisme et de la pornographie ainsi que du faux semblant et du dĂ©sir sexuel. Sur ce dernier point, rien que la longue sĂ©quence de filature entre Jack et sa voisine au sein des galeries marchandes est un morceau d'anthologie Ă  enseigner dans les Ă©coles (Ă  l'instar de celle de la galerie des beaux-arts transfigurĂ©e dans Pulsions).


De Palma illustrant consciencieusement une filature inlassable, non seulement autour des va et vient de la voisine mais Ă©galement autour des agissements patibulaires de l'indien que Jack tente malgrĂ© tout de suivre Ă  la trace avec une interrogation davantage dĂ©rangĂ©e. GĂ©nialement incarnĂ© par Craig Wasson en acteur de sĂ©rie Z Ă  la fois empotĂ©, naĂŻf et terriblement complexĂ© auprès de sa claustrophobie l'empĂŞchant d'exercer son mĂ©tier, Body Double redouble d'intensitĂ© et de suspense Ă©moulu parmi son tĂ©moignage obsessionnel Ă  Ă©pier dans un dĂ©sir pervers et amoureux sa voisine en rut. Et ce avant son incursion dĂ©calĂ©e dans le milieu du X afin d'approcher une Ă©ventuelle complice de meurtre ! SublimĂ© par le score hyper sensuel de Pino Donnagio, De Palma Ă©moustille nos sens Ă  travers ses chorĂ©graphies hyper sensuelles de striptease torride filmĂ©e avec une Ă©lĂ©gance teintĂ©e de vulgaritĂ©. Comme de coutume Ă©paulĂ© d'une intrigue irrĂ©sistiblement machiavĂ©lique fondĂ©e sur le simulacre et la mise en abyme, Body Double est un plaisir infini de cinĂ©ma ludique. Tant auprès de la forme esthĂ©tisante et stylisĂ©e que du fond Ă  travers l'initiation d'un acteur timorĂ© en voie d'affirmation et de surpassement de soi. Enfin, Ă  travers une direction d'acteurs hors-pair, on peut notamment saluer le jeu si avenant (au 1er abord) de Gregg Henry Spoil en conspirateur meurtrier fin du Spoil ainsi que la prĂ©sence très sexy de Melanie Griffith en actrice X Ă  la fois paumĂ©e et fragile dans sa naĂŻvetĂ© de s'ĂŞtre laissĂ©e corrompre par la finance du X.


Modèle de mise en scène formant une sorte de pied de nez au cinĂ©ma d'Hitchcock dans sa modernitĂ© explicite et sa dĂ©rision semi-parodique, Body Double joue la carte de la sensualitĂ© et de la pornographie auprès d'une intrigue machiavĂ©lique ne manquant pas de tendresse pour dĂ©peindre en sous-texte la condition souvent prĂ©caire des acteurs de seconde zone (Jake et Holly sont comme deux enfants Ă©garĂ©s dans un monde d'artifices qui ne leur ressemble pas). Jubilatoire et audacieux dans l'intensitĂ© de son Ă©rotisme sensoriel Ă  travers un vertige amoureux aussi bien cruel que salvateur. 

Bruno
5èx

mercredi 12 septembre 2018

VENGEANCE A 4 MAINS

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Oliver Kienle. 2017. Allemagne. 1h34. Avec Frida-Lovisa Hamann, Friederike Becht, Christoph Letkowski

Sortie Vod France: 4 Septembre 2018. Allemagne: 30 Novembre 2017.

FILMOGRAPHIE: Oliver Kienle est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur allemand nĂ© en 1982. 2017: Vengeance Ă  Quatre Mains. 2013 Tatort (TV Series) (1 episode). Happy Birthday, Sarah! (2013).  2010 Bis aufs Blut - BrĂĽder auf Bewährung.


Thriller captivant brillamment rĂ©alisĂ© et incarnĂ© par 2 comĂ©diennes se confondant en Ă©moi paranoĂŻde, Vengeance Ă  4 mains relate la schizophrĂ©nie de Sophie profondĂ©ment traumatisĂ©e par la mort de ses parents 20 ans plus tĂ´t par des cambrioleurs. Quand bien mĂŞme suite Ă  un accident ayant causĂ© la mort de sa soeur Jessica renversĂ©e par une voiture lors d'une dispute, Sophie semble persĂ©cutĂ©e par l'esprit de la dĂ©funte. Sombre rĂ©cit de vengeance mortuaire du point de vue d'un dĂ©doublement de personnalitĂ©, Vengeance Ă  4 mains s'avère redoutablement rĂ©aliste afin de nous faire douter de la santĂ© mentale de Sophie littĂ©ralement asservie par le fantĂ´me teigneux de Jessica (Friederike Becht,  très impressionnante lors de ses règlements de compte tranchĂ©s). D'une violence rigoureuse auprès des exactions criminelles entrevues lors du perturbant prologue et auprès du comportement vĂ©loce de Jessica en justicière stoĂŻque, Vengeance Ă  4 mains nous laisse dĂ©river dans un vertigineux thriller eu Ă©gard du cheminement narratif truffĂ© d'incidents inexpliquĂ©s (au 1er abord !) et de rebondissements Ă©quivoques (notamment au niveau de son Ă©ventuel twist final qui dĂ©concertera sans doute une frange du public).


Outre la force psychologique de son rĂ©cit sinueux habilement structurĂ© par le biais d'ellipses (et donc peu Ă  peu limpide au fil des flash-back et de la transformation identitaire de Sophie), Vengeance Ă  4 mains diffuse un suspense amer auprès de l'investigation intime de celle-ci en proie Ă  une paranoĂŻa toujours plus ingĂ©rable. VĂ©ritable dĂ©dale mentale d'une hĂ©roĂŻne bicĂ©phale hantĂ©e par la vengeance, le film traite inĂ©vitablement de la difficultĂ© d'assumer la perte de l'ĂŞtre cher, de la culpabilitĂ© et de l'amour possessif sous l'impulsion du duo orageux Frida-Lovisa Hamann Friederike Becht habitĂ©e par leur dissension morale. Poignant et cruel, Vengeance Ă  4 mains gagne donc en intensitĂ© et crĂ©dibilitĂ© quant aux sorts prĂ©caires des deux hĂ©roĂŻnes sĂ©vèrement traumatisĂ©es par un passĂ© crapuleux. Superbement photographiĂ© Ă  travers des nuances sombres pour rendre compte de l'Ă©tat psychologique des hĂ©roĂŻnes fĂ©briles, Oliver Kienle maĂ®trise d'autant mieux sa rĂ©alisation par le biais de plans tarabiscotĂ©s incroyablement percutants. Et ce en Ă©maillant son puzzle narratif de sĂ©quences-chocs brutales parfois difficilement supportables (principalement l'agression finale d'une tension claustro Ă  couper le souffle !).


Production germanique auprès d'un rĂ©alisateur novice (il s'agit de son second mĂ©trage), Vengeance Ă  4 mains est un excellent thriller psychologique Ă  double niveau de lecture si on privilĂ©gie le reflet de miroir de son intrigue potentiellement surnaturelle d'une poignante intensitĂ© dramatique. 

* Bruno

mardi 11 septembre 2018

Carnage / The Burning

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site digitalcine.fr

"The Burning" de Tony Maylam, 1981. U.S.A. 1h31. Avec Brian Matthews, Leah Ayres, Brian Backer, Larry Joshua, Lou David, Jason Alexander, Holly Hunter, Fisher Stevens, Ned Eisenberg, Shelley Bruce, Carolyn Houlihan.

Sortie salles France: 28 Avril 1982 (Int - 18 ans). U.S: 8 Mai 1981

FILMOGRAPHIE: Tony Maylam est un rĂ©alisateur britannique nĂ© Ă  Londres en 1943.
1981: Carnage. 1988: Across the lake (tĂ©lĂ©-film). 1992: Killer Instinct


"On n'a pas retrouvé son corps mais on dit que son esprit vit toujours dans la forêt, cette forêt ! Un maniaque, un être qui n'a plus rien d'humain et on dit aussi qu'il arrive à vivre avec ce qu'il trouve ça et là, des racines, des herbes.
Oui il est toujours vivant ! Et tous les ans il réapparaît dans un camp d'été comme celui la et il cherche toujours à se venger des terribles choses que ses gosses lui ont faites.
Tous les ans il tue, même cette nuit il est là à nous épier ! A attendre !
Ne regardez pas, il vous verrait !!! Ne respirez pas, il vous entendrait !!!
Ne bougez pas, vous ĂŞtes morts !!!!!!!!!!!!!!!!"

 
"Carnage : la légende brûlée dans les bois".
En 1980 sort sur les Ă©crans Vendredi 13, illustre ersatz dans la vague du psycho-killer initiĂ© par Black Christmas et Halloween. Sean Cunningham s’efforce alors de rendre efficace une trame toute tracĂ©e grâce Ă  la multiplicitĂ© des meurtres concoctĂ©s par le maĂ®tre des maquillages, Tom Savini. Le public juvĂ©nile, friand du « Ouh, fais-moi peur ! », se rue en masse, et la sĂ©rie B fauchĂ©e explose le box-office ! Un nouveau genre est nĂ©, et son icĂ´ne cĂ©lĂ©brĂ©e : le psycho-killer des bois et son tueur Ă  la machette, Jason Voorhees !

Un an plus tard, le Britannique Tony Maylam rĂ©explore le filon, rappelle Ă  l’ordre l’artisan Savini, et livre sa version du « camp maudit oĂą de jeunes vacanciers sont pris pour cible par un tueur masquĂ© ». Et lĂ , le miracle opère. Car Carnage transcende son ancĂŞtre, suivant un canevas canonique empruntĂ© aux Dix Petits Nègres, avec une rĂ©alisation avisĂ©e, un rĂ©alisme cru, une dramaturgie radicale, un gore malsain et un climat forestier inhospitalier, oppressant.

Le pitch : un surveillant de camp est accidentellement brĂ»lĂ© vif suite Ă  une mauvaise blague. Cinq ans plus tard, dĂ©figurĂ©, il revient se venger, bien dĂ©cidĂ© Ă  martyriser une nouvelle bande d’adolescents insouciants. Ă€ la lecture, le scĂ©nario semble Ă©culĂ©, presque interchangeable avec celui de Vendredi 13. Mais l’ambiance, ici, se fait plus tangible, le suspense plus insidieux, savamment distillĂ© dans les batifolages adolescents — jusqu’Ă  une dernière demi-heure haletante, terrifiante, vĂ©ritable plongĂ©e en mode survival Ă©vitant toute redite stĂ©rile.

Après un prologue cruel, oĂą l’ironie potache laisse place Ă  l’horreur d’un grand brĂ»lĂ© alitĂ©, l’entrĂ©e en scène du tueur frappe fort. Le film lorgne vers le giallo, avec cette silhouette en manteau noir et chapeau, qui assassine une jeune prostituĂ©e Ă  coups de longs ciseaux. Meurtre brutal, sale, sec, dont la perversion explicite est accentuĂ©e par l’arme pĂ©nĂ©trant la chair en gros plan. Par la suite, si le rĂ©cit suit une ligne classique et quelques situations rebattues, Maylam prend soin d’installer une atmosphère ombrageuse, appuyĂ©e par un souffle malsain et une bande-son palpitante.

Les Ă©tudiants, archĂ©types du genre — baignades, baise, alcool et fumettes —, n’en restent pas moins un peu plus convaincants. Leur peur, leur manière d’apprĂ©hender le danger, leur sens de la bravoure (notamment ce souffre-douleur devenu hĂ©ros malgrĂ© lui), les rendent plus attachants. Moins caricaturaux, moins crĂ©tins, ils suscitent chez nous une empathie rĂ©elle, malgrĂ© les blagues d’ados boutonneux et les brimades infligĂ©es au bouc Ă©missaire.
 

Mais Carnage, c’est surtout une prĂ©sence indicible, tapie dans les frondaisons, un battement de cĹ“ur perpĂ©tuel, un tueur fantomatique que l’on aperçoit Ă  peine — une ombre, une paire de cisailles. Le rĂ©alisateur joue avec nos peurs enfantines, celles des contes au coin du feu. La sĂ©quence du feu de camp, aussi brève soit-elle, instille un vrai frisson d’apprĂ©hension. Peur ludique, ogre forestier, surgissant sans prĂ©venir pour fondre sur sa proie ! Certaines scènes, latentes, sont filmĂ©es avec une prĂ©cision chirurgicale. Et lorsque le tueur frappe, les meurtres cinglants nous glacent, portĂ©s par l’efficacitĂ© du jump scare et une cruautĂ© tolĂ©rĂ©e. Mention spĂ©ciale Ă  la sĂ©quence du radeau : corps lacĂ©rĂ©s, cisaille en furie, dans une chorĂ©graphie sanglante d’une rare inventivitĂ©.

La partition Ă©lectro stridente de Rick Wakeman amplifie l'effroi, pousse la tension jusqu'Ă  l'effondrement, accompagne la panique croissante d’ados traquĂ©s par la folie.


"Psycho-killer au CĹ“ur Noir : l’Épure selon Maylam".
Ludique (notamment auprès de son humour potache bien dosĂ©), oppressant, irrĂ©sistiblement anxiogène et menĂ© tambour battant, Carnage demeure le joyau du pycho-killer des forĂŞts. Un maĂ®tre Ă©talon du genre, n’ayant rien perdu de son impact. Sa peur est permĂ©able, son aura malsaine, insidieuse. Et ses homicides, gravĂ©s dans nos mĂ©moires, laissent l’empreinte d’un cauchemar que l’on ne peut effacer. Comment oublier Cropsy, boogeyman vengeur, silhouette dĂ©charnĂ©e armĂ©e de ses longues cisailles ? Jason n’a qu’Ă  bien se tenir.

Anecdotes : Il s’agit de la première production d’Harvey Weinstein pour Miramax. Son frère Bob a participĂ© au scĂ©nario, et Jack Sholder (futur rĂ©alisateur de The Hidden) officia au montage. Les Weinstein affirmeront d’ailleurs que leur script fut Ă©crit avant celui de Vendredi 13...

* Bruno
11.09.18. 6èx
Ven 22/01/10. 2259 vues

lundi 10 septembre 2018

LES GUERRIERS DU BRONX 2

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Fuga dal Bronx" de Enzo G. Castellari. 1983. Italie. 1h32. Avec Mark Gregory, Henry Silva, Valeria D'Obici, Giancarlo Prete, Paolo Malco, Ennio Girolami, Antonio Sabato.

Sortie salles France: 1er AoĂ»t 1984. Italie: 15 AoĂ»t 1983.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Enzo G. Castellari est un réalisateur, scénariste, acteur, monteur et producteur italien, né le 29 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1967: Je vais, je tire et je reviens. 1968: Django porte sa croix. 1968: 7 Winchester pour un massacre. 1968: Tuez les tous... et revenez seul ! 1973: Le Témoin à abattre. 1976: Keoma. 1977: Une Poignée de salopards. 1977: Action Immédiate. 1979: La Diablesse. 1979: Les Chasseurs de Monstres. 1981: La Mort au Large. 1982: Les Nouveaux Barbares. 1982: Les Guerriers du Bronx. 1983: Les Guerriers du Bronx 2. 1987: Striker. 1987: Hammerhead. 1997: Le Désert de Feu.


Un an après les exploits de Trash et sa bande du Bronx, on prend les mĂŞmes et on recommence avec Les Guerriers du Bronx 2 toujours rĂ©alisĂ© par Enzo G. castellari. Une sĂ©quelle explosive si bien que l'action est ici dĂ©cuplĂ©e par 10 avec une redondance tout juste tolĂ©rable. De par son humour involontaire, son attachant climat de dĂ©solation urbaine et le surjeu irrĂ©sistible des acteurs s'en donnant Ă  coeur joie dans les expressions bellicistes. Alors qu'un promoteur vĂ©reux s'empresse de nettoyer les quartiers du Bronx de la dĂ©linquance, Trash et une poignĂ©e d'irrĂ©ductibles leur tiennent tĂŞte flingues Ă  la main. Mais les victimes s'accumulent au point qu'une journaliste frondeuse y dĂ©clare un gĂ©nocide face aux mĂ©dias. Dès lors, pour Trash et ses survivants, ne reste plus comme stratĂ©gie de dernier ressort de kidnapper le prĂ©sident afin de faire front Ă  la flambĂ©e de violence. 


Aussi bonnard que son prĂ©dĂ©cesseur, les Guerriers du Bronx 2 ne compte que sur la surenchère Ă©pique pour emporter notre adhĂ©sion avec plus ou moins de bonheur eu Ă©gard de l'ambiance apocalyptique d'un Bronx rĂ©duit Ă  feu et Ă  sang. Les mercenaires aguerris et l'armĂ©e fasciste accourant tous azimuts au sein d'un climat de folie urbaine rendue erratique. Castellari multipliant cascades et explosions en règle avec une certaine efficacitĂ© et ce mĂŞme s'il abuse de ralentis et chorĂ©graphies itĂ©ratives Ă  travers les corps Ă©jectĂ©s en l'air. Toujours aussi inexpressif dans sa posture ignare et laconique, Mark Gregory continue de jouer les gros bras redresseurs de tort avec une foi inĂ©branlable ! Et nous de s'amuser de ses exploits outre-mesure sous l'impulsion de dialogues impayables oscillant sobriĂ©tĂ© et vulgaritĂ©.


La grande java. 
DĂ©complexĂ© auprès de sa violence parfois complaisante (les victimes lâchement brĂ»lĂ©es vives avec un rĂ©alisme risible), un chouilla gore lors de quelques plans concis, dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© et con comme la lune de par son pitch minimaliste, Les Guerriers du Bronx 2 ravira les amateurs de Z rital grâce Ă  son action belliqueuse hyperbolique et ses tĂŞtes familières de seconde zone (Henry Silva en tĂŞte). 

* Bruno
2èx
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"1990: I guerrieri del Bronx" de Enzo G. Castellari. 1982. Italie. 1h30. Avec Stefania Girolami, Marco Di Gregorio, Vic Morrow, Christopher Connelly, Fred Williamson, "Betty" Elisabetta Dessy

Sortie salles France: 17 Novembre 1982

FILMOGRAPHIE SELECTIVEEnzo G. Castellari est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, monteur et producteur italien, nĂ© le 29 Juillet 1938 Ă  Rome (Italie).
1967: Je vais, je tire et je reviens. 1968: Django porte sa croix. 1968: 7 Winchester pour un massacre. 1968: Tuez les tous... et revenez seul ! 1973: Le TĂ©moin Ă  abattre. 1976: Keoma. 1977: Une PoignĂ©e de salopards. 1977: Action ImmĂ©diate. 1979: La Diablesse. 1979: Les Chasseurs de Monstres. 1981: La Mort au Large. 1982: Les Nouveaux Barbares. 1982: Les Guerriers du Bronx. 1983: Les Guerriers du Bronx 2. 1987: Striker. 1987: Hammerhead. 1997: Le DĂ©sert de Feu.


Sorti en pleine mouvance du Post-Nuke initiĂ© par Mad-max 1 et 2Les Guerriers de la Nuit et New-York 1997les Guerriers du Bronx constitue l'un des cĂ©lèbres ersatz transalpins des annĂ©es 80 que les vidĂ©ophiles se sont empressĂ©s de louer au video du coin. SĂ©rie Z bricolĂ©e avec les moyens du bord dans ses carrières dĂ©saffectĂ©es d'un New-York dystopique, les Guerriers du Bronx s'inspire largement du chef-d'oeuvre de John Carpenter. Sauf qu'ici, et pour varier la donne, les rĂ´les et situations sont inversĂ©s au profit d'un ennemi sanguinaire implantĂ© dans le territoire interdit, le royaume des Riders ! Dans le sens oĂą un exterminateur sans vergogne est chargĂ© de retrouver en vie Anne, la jeune hĂ©ritière d'une corporation d'armement rĂ©fugiĂ©e dans le quartier interdit depuis l'influence de magnats vĂ©reux. Seulement, ce dernier n'hĂ©site pas Ă  assassiner de sang froid les quidams marginaux empiĂ©tant son chemin. C'est dans cette zone rĂ©putĂ©e mortelle qu'Anne Ă©tablit la rencontre de Trash et de son Ă©quipe motorisĂ©e. Des loubards livrĂ©s Ă  eux mĂŞmes bien que subordonnĂ©s Ă  l'autoritĂ© de l'Ogre, un leader afro Ă  l'enseigne du quartier du Bronx. Afin de sauver la vie de cette fugitive, Trash et ses compagnons dĂ©cident d'invoquer l'aide de l'Ogre depuis les exactions criminelles de Hammer, l'exterminateur.


Ce scĂ©nario aussi inepte qu'improbable sorti d'une bande dessinĂ©e fauchĂ©e parvient modestement Ă  nous divertir dans son lot de stratĂ©gies guerrières, trahison et confrontations physiques que nos anti-hĂ©ros perpĂ©tuent vaillamment pour un enjeu humain. En pompant notamment sur l'autre modèle susdit (les Guerriers de la Nuit), pour la panoplie exubĂ©rante des clans barbares (principalement les "Zombies" affublĂ©s d'une combinaison de Hockey), les Guerriers du Bronx illustre de manière triviale les pĂ©rĂ©grinations belliqueuses de ces anti-hĂ©ros dont Trash s'avère le porte parole le plus loyal. C'est Ă©galement au niveau des engins motorisĂ©s (le crane encastrĂ© au creux du guidon de chaque bĂ©cane) et des acteurs cabotins, aussi attachants qu'impayables dans leur posture inexpressive (la prĂ©sence atone de Trash et de ses mercenaires ressemblent Ă  s'y mĂ©prendre au groupe Village People !), que le film parvient Ă  amuser, rĂ©parties machistes Ă  l'appui ! Sa narration redondante culminant enfin avec gĂ©nĂ©rositĂ© vers un affrontement Ă©pique entre forces de l'ordre et mercenaires lors d'une guĂ©rilla urbaine Ă©tonnamment pessimiste !


SĂ©rie Z d'action futuriste soutenue par l'excentricitĂ© des personnages grotesques et par le surrĂ©alisme de situations ineptes, Les Guerriers du Bronx traduit avec une sobre efficacitĂ© une fantaisie dĂ©bridĂ©e sous l'impulsion de pugilats infantiles hĂ©ritĂ©s d'un Ă©pisode de San Ku Kai ! Grâce Ă  la sincĂ©ritĂ© de son auteur et le jeu outrancier des acteurs de seconde zone, ce nanar d'exploitation laisse en mĂ©moire un divertissement assez plaisant dans sa facture bisseuse typiquement transalpine.

* Bruno

vendredi 7 septembre 2018

Les Griffes de la Nuit / A nightmare on Elm Street

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de Wes Craven. 1984. 1h31. US.A. Avec John Saxon, Ronee Blakley, Heather Langenkamp, Amanda Wyss, Jsu Garcia, Johnny Depp, Charles Fleischer, Joseph Whipp, Robert Englund, Lin Shaye, Joe Unger...

Sortie salles France: 6 mars 1985. U.S: 16 Novembre 1984

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "WesCraven est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, acteur et monteur nĂ© le 2 Aout 1939 Ă  Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La CrĂ©ature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des TĂ©nèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire Ă  brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


Une plongée vertigineuse dans l'univers du rêve en compagnie d'un grand brûlé revanchard !
AurĂ©olĂ© du Prix de la critique et du Prix d'interprĂ©tation fĂ©minine (Heather Langenkamp) Ă  Avoriaz en 1985 puis plĂ©biscitĂ© par le public et la critique internationale, les Griffes de la Nuit rĂ©volutionna le cinĂ©ma d'horreur moderne sous la houlette d'une nouvelle figure monstrueuse, Freddy Krueger

Synopsis: Dans une bourgade Californienne, Nancy Thompson, Tina et leurs compagnons Glen et Rod sont tĂ©moins d'un Ă©vènement aussi improbable qu'inexpliquĂ©. Durant leur sommeil, ils sont persĂ©cutĂ©s par un croquemitaine avide de les tuer Ă  travers leur propre rĂŞve ! AffublĂ© d'un chapeau, d'un pull rouge Ă  rayures et d'un visage tumĂ©fiĂ© Ă  la suite d'un incendie, il possède en outre une arme infaillible pour parfaire ses crimes, des griffes de rasoir au bout des doigts de la main droite. Lorsque Tina est retrouvĂ©e morte durant son sommeil, la panique s'installe dans ce paisible quartier hantĂ© d'un lourd passĂ©. 

Fort d'un concept Ă  la fois gĂ©nialement retors et atypique (un tueur revanchard infiltrĂ© dans les rĂŞves de ses victimes pour mieux les piĂ©ger !), Les Griffes de la Nuit tire parti de son efficacitĂ© dans sa facultĂ© inventive Ă  confondre rĂŞve et rĂ©alitĂ© du point de vue torturĂ© d'une ado pugnace dĂ©terminĂ©e Ă  se rebeller contre son assaillant. Des idĂ©es folingues que Craven exploite avec une intensitĂ© dramatique qu'on ne retrouvera plus dans les autres opus. Pure sĂ©rie B ludique aussi haletante qu'oppressante, on reste fascinĂ© par son ambiance trouble de cauchemar malsain sous l'impulsion d'un boogeyman Ă©tonnamment sobre si on compare ses futures facĂ©ties sarcastiques dans les suites lucratives.


Ainsi, grâce Ă  son refus de la dĂ©rision et Ă  la crĂ©ation d'une atmosphère dĂ©licieusement irrĂ©elle (voire parfois mĂŞme teintĂ©e de poĂ©sie morbide), Les Griffes de la Nuit gagne en crĂ©dibilitĂ© Ă  daigner authentifier une intrigue surnaturelle faisant intervenir un croquemitaine revanchard dans l'univers complexe du rĂŞve. Dans la mesure notamment oĂą la science ignore toujours son origine mĂ©taphysique sans doute afin de prĂ©server l'arcane de la mort. Constamment captivant Ă  suivre les vicissitudes d'une hĂ©roĂŻne constamment malmenĂ©e par un monstre provocateur, alors que ses acolytes feront les frais de ses exactions sournoises, Wes Craven dĂ©tourne intelligemment les clichĂ©s grâce Ă  la prĂ©sence mature de Nancy Thompson en initiation hĂ©roĂŻque. A contre-emploi donc de l'ado dĂ©cervelĂ©e, Heather Langenkamp porte le film sur ses Ă©paules avec une force d'expression tĂ©mĂ©raire de par son dĂ©sir de ne pas se laisser dĂ©river par sa paranoĂŻa face Ă  une provocation meurtrière ayant la facultĂ© d'altĂ©rer Ă  sa guise la rĂ©alitĂ© quotidienne au sein du rĂŞve. BĂ©nĂ©ficiant d'effets-spĂ©ciaux novateurs pour l'Ă©poque, on reste encore aujourd'hui aussi impressionnĂ© par le rĂ©alisme des situations horrifiques d'une violence gore dĂ©complexĂ©e et d'une inventivitĂ© en roue libre. A l'instar du sort "vertigineux" de Tina ou du destin de Glen littĂ©ralement happĂ© par son lit ! En outre, afin d'accentuer la dimension onirique de son contexte cauchemardesque oĂą rĂŞve et rĂ©alitĂ© fusionnent grâce Ă  la dextĂ©ritĂ© du montage, le score mĂ©lodique  Charles Bernstein retransmet Ă  merveille ce doux sentiment d'insĂ©curitĂ© et d'apprĂ©hension lorsque les ados se laissent happer durant leur sommeil par un tortionnaire passĂ© maĂ®tre dans l'art de manipuler une rĂ©alitĂ© illusoire.


Classique du genre nanti d'un vĂ©nĂ©neux pouvoir de fascination de par son concept atypique (tirĂ© d'un fait rĂ©el, voir entretien de Wes Craven dans les Bonus du Blu-ray) et Ă  la prĂ©sence stoĂŻque de Heather Langenkamp, les Griffes de la Nuit aborde le thème du rĂŞve avec cette volontĂ© subsidiaire de nous questionner sur l'intensitĂ© de cette dimension parallèle apte Ă  nous confondre dans une seconde rĂ©alitĂ© le temps d'un sommeil. Troublant et angoissant sur un rythme Ă©chevelĂ© que Craven conduit sans gratuitĂ©, les Griffes de la Nuit est enfin transcendĂ© de la prĂ©sence dĂ©moniale de Freddy Krueger rĂ©solument dĂ©rangeant, lâche et fĂ©tide, notamment si on y gratte le vernis de son passĂ© sulfureux. 

* Bruno
07.01.25. 7è x. 4K Vost
07.09.18.
16.10.10


Anecdotes: Le film fut interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie en salle au Québec.
C'est Claude Chabrol qui est Ă  l'origine du titre français: Les Griffes de la Nuit ! Parallèlement Ă  son poste de rĂ©alisateur, il travaillait Ă  long terme pour trouver des titres français Ă  des productions amĂ©ricaines. 

mercredi 5 septembre 2018

La Nuit des Diables / La Notte Dei Diavoli

     
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de Giorgio Ferroni. 1972. Italie/Espagne. 1h31. Avec Gianni Garko, Agostina Belli, Cinzia De Carolis, Mark Roberts, Bill Vanders, Teresa Gimpera, Luis Suarez, De Carolis Cinzia, Umberto Raho.

Sortie en salles en Italie le 29 Avril 1972 

FILMOGRAPHIEGiorgio Ferroni est un rĂ©alisateur, acteur, monteur, producteur et scĂ©nariste italien nĂ© le 12 Avril 1908, dĂ©cĂ©dĂ© le 17 AoĂ»t 1981. 1936: Pompei. 1939: Terre de feu. 1942: Macario au Far-west. 1946: Sans Famille. 1947: Tombolo, paradis noir. 1960: Le Moulin des Supplices. 1961: La Guerre de Troie. 1963: Hercule contre Moloch. 1964: Le Colosse de Rome. 1964: HĂ©lène, Reine de Troie. 1966: Trois cavaliers pour Fort Yuma. 1966: Le Dollar TrouĂ©. 1971: La Grande ChevauchĂ©e de Robin des Bois. 1972: La Nuit des Diables. 1975: Le dur... le mou... et le pigeon.

D'après une nouvelle de TolstoĂŻ, dĂ©jĂ  portĂ©e Ă  l’Ă©cran par Mario Bava dans l’un des fameux sketchs des 3 Visages de la peur, La Nuit des Diables renoue avec l’Ă©pouvante gothique sous la mainmise de l’Ă©minent Giorgio Ferroni. Douze ans après nous avoir Ă©mus avec le splendide Moulin des Supplices, il renouvelle ici, de manière autrement horrifique, la romance morbide oĂą perce la mĂ©lancolie d’un amour disparu, brisĂ© par une solitude insurmontable.

Le pitch : blessĂ©, Nicolas est retrouvĂ© dans un Ă©tat de choc, Ă  la lisière d’une forĂŞt. SoignĂ© en institut psychiatrique, il se montre incapable de se souvenir de son passĂ©. En proie Ă  une panique croissante, il redoute l’arrivĂ©e de la nuit comme une menace. Sa terreur redouble lorsqu’une jeune femme, Sdenka, vient lui rendre visite — douce, presque irrĂ©elle. Peu Ă  peu, des fulgurances morbides fissurent l’amnĂ©sie : les souvenirs refont surface.

RĂ©alisateur prolifique, Giorgio Ferroni signe avec La Nuit des Diables une seconde incursion dans l’Ă©pouvante gothique, traversĂ©e d’un climat d’Ă©trangetĂ© prĂ©gnant, Ă  la croisĂ©e du vampirisme, du folklore zombie et d’une dĂ©rive gore aussi inattendue que saisissante. Car si les scènes-chocs, magnifiquement filmĂ©es et parfois Ă©tonnamment complaisantes, font preuve d’une poĂ©sie morbide typiquement latine, elles doivent aussi leur impact aux trucages bluffants du gĂ©nial Carlo Rambaldi. Le rĂ©alisme artisanal sidère encore aujourd’hui : visages putrĂ©fiĂ©s fondus dans le cadre, textures Ă  peine dĂ©celables, illusions mouvantes… Tout respire la maestria et le malaise.

Soignant avec brio le cadre inquiĂ©tant d’une forĂŞt sĂ©pia, clairsemĂ©e et silencieuse, La Nuit des Diables suit l’errance d’un mĂ©decin contraint de solliciter refuge auprès d’une famille recluse, après avoir failli renverser une inconnue sur une route dĂ©serte. Le portrait de ces mĂ©tayers, en retrait du monde urbain, nous est restituĂ© avec une attention quasi ethnographique : rituels scrupuleux, regards hagards, postures imprĂ©gnĂ©es d’un mysticisme fiĂ©vreux.

Pour cause : derniers hĂ©ritiers d’un village abandonnĂ©, ils se barricadent dès la tombĂ©e du jour, fuyant une entitĂ© que l’on murmure sous le nom de vourdalak. Une sorcière vampirique, errante, qui rode chaque nuit pour contaminer les vivants en leur suçant le sang. Nicolas, d’abord incrĂ©dule, doit se rendre Ă  l’Ă©vidence : la malĂ©diction n’est pas une superstition. La disparition soudaine du patriarche le confirme, tout comme la complicitĂ© naissante entre lui et la belle Sdenka, pĂ©trie de douceur et de rĂ©signation.

Avec un soin esthĂ©tique subtilement baroque, Ferroni insuffle Ă  cette fable occulte une Ă©trangetĂ© troublante, incarnĂ©e par des dĂ©cors ruraux hantĂ©s, traversĂ©s d’animaux sauvages (sangliers, loups hurlants) qui deviennent presque des personnages secondaires. Pour affirmer sa singularitĂ©, il y ajoute des touches d’Ă©rotisme audacieuses pour l’Ă©poque, et de fulgurants Ă©clats gores qui viennent percuter la tradition gothique. La dernière partie, haletante, fait monter la tension lorsque chaque membre de la famille Ciuevelak succombe tour Ă  tour aux assauts des vourdalaks. Ferroni joue sur le doute : qui est encore humain ? Qui s’est dĂ©jĂ  laissĂ© contaminer, cachĂ© derrière les bosquets ?...

Visages blĂŞmes, spectres noctambules en proie Ă  la dĂ©mence, sorcière profanatrice, cadavres perforĂ©s puis putrĂ©fiĂ©s, rires sardoniques d’enfants cruels… Autant d’images saillantes, troublantes, qui cristallisent la confrontation âpre entre Bien et Mal — jusqu’Ă  un dĂ©nouement rĂ©solument amer, qui tourne le dos au happy-end avec une ironie presque sadique.

Baignant dans le clair-obscur d’une nature champĂŞtre inquiĂ©tante, traversĂ©e d’une poĂ©sie charnelle, La Nuit des Diables illustre avec une mĂ©lancolie capiteuse le conte d’Ă©pouvante Ă  travers la dĂ©tresse de crĂ©atures solitaires, en quĂŞte d’un salut impossible. Plus sombre et oppressant Ă  mesure que la nuit s’installe, le film culmine dans une traque dĂ©sespĂ©rĂ©e, oĂą rĂ©sonne le hurlement d’une victime dĂ©vastĂ©e par sa psychĂ© brisĂ©e.

Et le spectateur, fascinĂ©, y croit jusqu’au bout, avec un dĂ©licieux masochisme, portĂ© par l’Ă©lĂ©gie maladive de Giorgio Gaslini.
Magnifique, j’vous dis.

* Bruno
20.10.23. 3èx
05.09.18. 
14.12.11 (295 v)

mardi 4 septembre 2018

JURASSIC WORLD: FALLEN KINGDOM

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Juan Antonio Bayona. 2018. U.S.A. 2h08. Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Rafe Spall, Justice Smith, Daniella Pineda, James Cromwell.

Sortie salles France: 6 Juin 2018. U.S: 22 Juin 2018

FILMOGRAPHIEJuan Antonio García Bayona (né le 9 mai 1975 à Barcelone, en Espagne) est un réalisateur et scénariste espagnol. 2007 : L'Orphelinat. 2012 : The Impossible. 2016 : Quelques minutes après minuit. 2018 : Jurassic World: Fallen Kingdom.


"Une routine est infernale uniquement pour ceux qui ne savent pas la rendre agréable."

"Tout le monde parle de progrès, et personne ne sort de la routine."

"Accepter la routine, c'est accepter de mourir Ă  petit feu."

"La routine est un film Ă  couper le bonheur."

"On roule confortablement sur l'autoroute du 7è art, protégé par la ceinture de sécurité de nos certitudes et l'air-bag conducteur de la routine."

lundi 3 septembre 2018

PUPPET MASTER 3

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"Puppet Master III: Toulon's Revenge" de David De Coteau. 1991. U.S.A. 1h26. Avec Guy Rolfe, Sarah Douglas, Richard Lynch, Ian Abercrombie, Kristopher Logan, Aron Eisenberg, Walter Gotell.

Sortie U.S uniquement en video: 17 Octobre 1991

FILMOGRAPHIE SELECTIVEDavid DeCoteau, né le 5 janvier 1962 à Portland, est un réalisateur et producteur de cinéma américain. 1986 : Dreamaniac. 1987 : Nightmare Sisters. 1987 : Creepozoids. 1988 : Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama. 1988 : Vengeance de femme. 1989 : Etreinte Mortelle. 1989 : American Rampage. 1989 : Dr. Alien. 1991 : Puppet Master III. 1993 : Naked Instinct. 1993 : The Girl I Want. 1993: Les Créatures de l'au-delà. 1998 : Shriek. 1998 : Le Retour du puppet master. 1999 : Witchouse. 1999 : The Killer Eye. 1999 : Totem. 1999 : Retro Puppet Master. 2000 : Voodoo Academy (vidéo). 2000 : Castle of the Dead. 2000 : Frankenstein et le loup garou. 2000 : La Légende de la momie 2. 2000 : The Brotherhood. 2001 : The Brotherhood II. 2001 : Final Scream. 2001 : The brotherhood: le pacte. 2002 : Frightening. 2002 : The Brotherhood III. 2003 : Leeches! 2004 : The Sisterhood. 2005 : Brotherhood IV: The Complex. 2005 : Les Sorcières des Caraïbes. 2010 : Puppet Master: Axis of Evil. 2011 : A Dream Whitin a Dream. 2011 : Wicked Stepbrother. 2011 : 1313 : Hauted Frat. 2011 : 1313 : Actor Slash Model. 2011 : 1313 : Boy Crazies. 2011 : Christmas Spirit. 2012 : 1313: Cougar Cult. 2012 : 1313 : Bermuda Triangle. 2014 : 3 Scream Queens.


ConsidĂ©rĂ© comme le meilleur opus de la saga sous la houlette du prolifique David DeCoteau, Puppet Master 3 demeure une sympathique sĂ©rie B en dĂ©pit de son aspect tĂ©lĂ©filmesque et de son budget limitĂ© (les dĂ©cors de carton pâte sous l'occupation nazie Ă©paulĂ©s d'images d'archive Ă  proximitĂ© d'un train). DĂ©localisant l'action sous le rĂ©gime nazi de 1941, Puppet Master 3 retrace avec une modeste efficacitĂ© la vengeance d'AndrĂ© Toulon auprès de la Gestapo responsable de la mort de son Ă©pouse. Le vĂ©tĂ©ran Richard Lynch endossant l'ignoble Major Kraus avec un cabotinage gentiment caustique de par sa cruelle impĂ©riositĂ©. Et pour Ă©gayer l'intrigue somme toute classique, Toulon est entourĂ© de deux naĂŻfs rĂ©sistants (un père et son jeune fils) communĂ©ment rĂ©fugiĂ©s dans une maison en ruine afin d'Ă©chapper Ă  l'autoritĂ©, quand bien mĂŞme un mĂ©decin (transfuge) tente de nĂ©gocier le secret de Toulon. JalonnĂ© de sĂ©quences horrifiques amusantes (surtout l'ultime mise Ă  mort auprès du mĂ©chant !) sous l'impulsion des marionnettes tueuses filmĂ©es en stop motion, le charme opère toujours en dĂ©pit de la rĂ©alisation bricolĂ©e de David DeCoteau plus inspirĂ© Ă  leur donner chair que de consolider une solide intrigue plutĂ´t chiche en rebondissements. Quoiqu'il advienne, aussi dĂ©manchĂ©e soit l'entreprise et stĂ©rĂ©otypĂ©s ces personnages, Puppet Master 3 divertit agrĂ©ablement grâce Ă  son rythme soutenu nanti de charme innocent.

Puppet Master: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/07/puppet-master.html
Puppet Master 2: http://brunomatei.blogspot.com/2018/08/puppet-master-

* Bruno

samedi 1 septembre 2018

A BEAUTIFUL DAY. Prix d'interprétation Joaquin Phoenix, Prix du Scénario, Cannes 2017.

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"You Were Never Really Here" de Lynne Ramsay. 2017. Angleterre/France. 1h30. Avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola, Alex Manette, John Doman.

Sortie salles France: 8 Novembre 2017 (Int - 12 ans avec avertissement). U.S: 23 Février 2018

FILMOGRAPHIE: Lynne Ramsay est une réalisatrice britannique, née le 5 décembre 1969 à Glasgow (Royaume-Uni). 1999: Ratcatcher. 2002: Le Voyage de Morvern Callar. 2011: We Need to Talk about Kevin. 2017: A Beautiful Day.


RemarquĂ©e avec l'excellent thriller We Need to Talk about KevinLynne Ramsay redouble d'ambition avec le difficilement apprivoisable A beautiful Day. De par sa mise en scène Ă  la fois contemplative et expĂ©rimentale ainsi que le jeu viscĂ©ral du fantĂ´me errant Joaquin Phoenix (il traĂ®ne sa lourde carcasse amplifiĂ©e de son visage bouffi), A beautiful Day bouscule les habitudes du spectateur si bien qu'une majoritĂ© d'entre eux risque d'y ĂŞtre dĂ©routĂ©. Car Ă  travers un rĂ©cit classique mais d'une grande intensitĂ© dramatique, la rĂ©alisatrice compte sur sa personnalitĂ© singulière pour dĂ©tourner les codes du genre. Tant auprès de l'intelligence du non-dit, du silence entre les mots pour les remplir d'humanitĂ© dĂ©chue que d'un refus du racolage Ă  travers son thème si sordide. Ainsi, en abordant la pĂ©dophilie de la manière la plus Ă©thĂ©rĂ©e qui soit, A beautiful day nous retrace la descente aux enfers documentĂ©e d'un tueur Ă  gage dĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrouver la fille d'un sĂ©nateur kidnappĂ©e par un rĂ©seau pĂ©dophile.


Partageant son existence avec sa mère dĂ©catie, Joe ne compte que sur l'amour et la tendresse de cette dernière pour se donner encore une ultime raison existentielle. Mais sa nouvelle mission d'extirper Nina de la prostitution va l'entraĂ®ner dans une dĂ©chĂ©ance morale Ă  la limite de la schizophrĂ©nie. Les fantĂ´mes du passĂ© refaisant surface, notamment Ă  travers un pĂ©riple belliqueux (c'est un ancien marine), faute d'innocences sacrifiĂ©es. TraversĂ© d'Ă©clairs de violence barbares d'une rare brutalitĂ©, A beautiful day ne sombre aucunement dans la complaisance si bien que le hors-champs est souvent de rigueur ou que la rĂ©sultante des meurtres permet au rĂ©cit de rebondir malgrĂ© l'aspect routinier d'une telle dĂ©cadence criminelle oĂą chaque individu ne compte que sur son propre intĂ©rĂŞt selon la volontĂ© d'une autoritĂ© souveraine. Sombre, dĂ©sespĂ©rĂ©, chaotique en photographiant scrupuleusement une mĂ©tropole urbaine tentaculaire comme hantĂ©e par le Mal le plus couard, Lynne ramsay dresse un tableau anxiogène sur la nature humaine partagĂ©e entre la haine, le pouvoir et la perversitĂ©. Joe arpentant machinalement Ă  l'aide de son marteau les quartiers noctambules Ă  l'instar d'un robot monolithique sans vergogne. Seule l'Ă©tincelle d'espoir Ă  retrouver Nina en vie l'amènera peut-ĂŞtre Ă  s'extraire du bout du tunnel en dĂ©pit de sa solitude aliĂ©nante oĂą perce une dĂ©sillusion suicidaire.


Fort d'une mise en scène très stylĂ©e (BO entraĂ®nante Ă  l'appui !) adepte de l'anticonformisme et du jeu vĂ©nĂ©neux de Joaquin Phoenix (Prix d'interprĂ©tation Ă  Cannes) transperçant l'Ă©cran avec une alchimie morale quasi surnaturelle (notamment Ă  travers la puissance de son regard rapace), A beautiful day est un voyage au bout de la nuit. Une quĂŞte existentielle de dernier ressort Ă  renouer avec l'innocence et tenter de dĂ©nicher un semblant d'havre de paix au sein d'une sociĂ©tĂ© de stupre nĂ©crosĂ©e par le pouvoir. 

* Bruno

Récompenses: Festival de Cannes 2017
Prix d'interprétation masculine pour Joaquin Phoenix
Prix du scénario pour Lynne Ramsay