vendredi 10 janvier 2020

Samson et Dalila

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Pinterest.fr

"Samson and Delilah" de Cecil B. DeMille. 1949. U.S.A. 2h14. Avec Hedy Lamarr, Victor Mature, George Sanders, Angela Lansbury, Henry Wilcoxon, Olive Deering, Fay Holden

Sortie salles France: 5 Octobre 1951. U.S: 21 DĂ©cembre 1949

FILMOGRAPHIE PARTIELLECecil Blount DeMille, plus couramment appelĂ© Cecil B. DeMille, est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 12 aoĂ»t 1881 Ă  Ashfield (Massachusetts) et mort le 21 janvier 1959 Ă  Los Angeles (Californie). 1929: La Fille sans dieu. 1929: Dynamite. 1930:  Madame Satan. 1931: Le Mari de l'Indienne. 1932: Le Signe de la Croix. 1933: La Loi de Lynch. 1934: ClĂ©opâtre. 1935 Les Croisades. 1936 Une aventure de Buffalo Bill. 1938 Les Flibustiers. 1939: Pacific Express. 1940 Les Tuniques Ă©carlates. 1942 Les Naufrageurs des mers du sud. 1944: L'OdyssĂ©e du docteur Wassell. 1947 Les ConquĂ©rants d'un nouveau monde. 1949 Samson et Dalila. 1952 Sous le plus grand chapiteau du monde. 1956 Les Dix Commandements.


On ne prĂ©sente plus Cecil B. Demille, maĂ®tre du pĂ©plum biblique aux moyens pharaoniques, si bien que Samson et Dalila ne dĂ©roge pas Ă  la règle du grand spectacle en technicolor Ă  travers une cruelle et impossible histoire d'amour (les couleurs oh combien fastueuses illuminent le regard Ă  chaque seconde !). Car inspirĂ© d'un illustre rĂ©cit de la Bible, Samson et Dalila relate l'inimitiĂ© entre ces 2 amants communĂ©ment Ă©pris d'amour mais pour autant discrĂ©ditĂ©s par la vengeance sournoise de celle-ci habitĂ©e par l'Ă©goĂŻsme et l'arrivisme. Hedy Lamarr transperçant l'Ă©cran Ă  travers la tiĂ©deur de ses yeux saphir dans un subtil dosage de sentiments contradictoires. De la passion la plus folle et ardente Ă  la haine la plus couarde. Et ce en suscitant lors de ses humeurs les plus colĂ©riques ses sentiments d'orgueil, de caprice, de jalousie, de condescendance, de rancune et de possessivitĂ©. Pour autant Ă©plorĂ©e quant aux consĂ©quences dramatiques de sa trahison, l'actrice finit par dĂ©ployer une fragile Ă©motion, entre amertume et mĂ©lancolie quant Ă  la condition de claustration de son amant estropiĂ©. Ainsi donc, Victor Mature lui partage la rĂ©plique parmi la sombre intensitĂ© de son regard viril et la puissance de sa force herculĂ©enne. Tant et si bien que l'on observe scrupuleusement ces bravoures dantesques au grĂ© d'effets-spĂ©ciaux encore aujourd'hui convaincants.


Tant auprès de son combat insensĂ© avec un lion (on applaudit notamment la perfection du montage vĂ©loce !), de ses corps Ă  corps avec des ennemis rĂ©unis en masse, que de sa gageure Ă  renverser 2 immenses colonnes de pierre lors d'un final catastrophique assez bluffant en terme d'esbroufe rĂ©aliste. Au-delĂ  de la densitĂ© permanente de son histoire d'amour invoquant le mĂ©lo avec dignitĂ©, Cecil B. Demille possède (comme chez Spielberg) cet art intelligible de narrer son histoire parmi l'emphase d'un jeu d'acteurs théâtral jamais pompeux. Puisque rĂ©solument impliquĂ©s, pour ne pas dire habitĂ©s par leur fonction antique. Et on peut louablement prĂ©tendre que le couple Hedy Lamarr / Victor Mature crève l'Ă©cran avec une intensitĂ© humaine davantage sentencieuse. Infiniment chrĂ©tien quant au profil de Samson assumant son expiation afin de se faire pardonner par Dieu, son parcours moral davantage douloureux y contestera l'injustice de la bĂŞtise humaine engluĂ©e dans sa prospĂ©ritĂ© et sa suprĂ©matie pour y railler les laissĂ©s pour compte. Et ce sans pouvoir tolĂ©rer une quelconque lueur de clĂ©mence, Ă  l'exception bien entendu de Dalila prĂŞte Ă  se sacrifier pour la gravitĂ© de ses erreurs. Ainsi, faute de ses faiblesses, Ă  savoir son altruisme, sa confiance en l'autre et sa naĂŻvetĂ© d'avoir cĂ©der aux avances de 2 rivales de manière contradictoire, Samson y paiera donc un lourd tribu en assumant sa responsabilitĂ© d'avoir trahi son Ă©tique chrĂ©tienne.


ScandĂ© du duo iconique Hedy Lamarr / Victor Mature, du grand pĂ©plum biblique, aussi romanesque qu'Ă©pique, aujourd'hui disparu depuis l'Ă©mergence de nos Ă©crans numĂ©riques.

*Bruno
2èx

Récompenses:
Oscar des Meilleurs Décors
Oscar des Meilleurs Costumes

jeudi 9 janvier 2020

Tendres Passions. Oscar du Meilleur Film, 1983.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Terms of Endearment" de James L. Brooks. 1983. U.S.A. 2h12. Avec Shirley MacLaine, Debra Winger, Jack Nicholson, Danny DeVito, Jeff Daniels, John Lithgow.

Sortie salles France: 4 Avril 1984. U.S: 23 Novembre 1983

FILMOGRAPHIEJames Lawrence Brooks est un réalisateur, scénariste puis producteur de cinéma et de télévision américain, né le 9 mai 1940 à Brooklyn (New York). 1983 : Tendres Passions. 1987 : Broadcast News. 1994 : La Petite Star. 1997 : Pour le pire et pour le meilleur. 2004 : Spanglish. 2010: Comment savoir.


Ovationné chez le public et la critique Outre-Atlantique mais incendié dans l'hexagone parait-il (cherchez l'erreur !), quand bien même ces mêmes critiques et revues spécialisées ont depuis révisé leur jugement (depuis 2005 selon le site Wikipedia), Tendres Passions conjugue la romcom et le mélo parmi l'intelligence du refus de la complaisance. Pour ce faire, James Brooks (dont il s'agit de sa première réalisation - chapeau l'artiste ! -) compte sur le ressort d'un humour quasi omniprésent qu'un cast 3 étoiles embraye sans modération de par leur complémentarité aussi bien amicale que discordante. Et ce en dépit de leurs fadaises et disputes conjugales où l'adultère finit par animer quelques étincelles. Mais c'est bien connu, quand on aime, on aime toujours trop. Tout du moins chez Emma Greenwa (Debra Winger), jeune épouse apte à pardonner les écarts de conduite de son époux, au même titre que sa mère (fraîchement grand-mère) éprise de sentiments pour un voisin rupin volontiers égrillard. Alors ok, il faut bien avouer qu'au delà du feu d'artifice imposé à sa 1ère heure 45 (puisque bourré d'humour, de tendresse et d'entrain), son ultime demi-heure résolument dramatique nous tire les larmes en ayant l'incapacité de les retenir (pour qui sait faire preuve de sensibilité innée). Mais James Brooks parvient lestement à bannir la sinistrose à l'aide d'une sobre pudeur quant à la dignité de ses personnages en berne ne s'apitoyant jamais sur leur sort. Et ce tant auprès des proches témoins que de la victime alitée. Au niveau de l'intrigue délicieusement éclatante et sémillante de par sa moisson de situations couillues et confrontations humaines friponnes, Tendres Passions relate la houleuse relation entre une mère et sa fille s'efforçant indépendamment d'y cueillir l'amour le plus galvanisant.


De par leurs tempĂ©raments forts en gueule et leur ardent dĂ©sir de croquer la vie Ă  pleines dents, Tendres Passions est illuminĂ© du duo Shirley MacLaine (multi rĂ©compensĂ©e aux States ! - trophĂ©es rĂ©pertoriĂ©s en bas d'article -) / Debra Winger d'une joie et d'une tendresse (quasi) communes addictives auprès du public. Tant et si bien que celui-ci s'Ă©prend de fougue et de passion pour leurs vicissitudes avec une Ă©motion si Ă©panouissante. Outre le jeu mature et posĂ© de Shirley MacLaine en matrone très attachĂ©e aux valeurs morales, je prĂ©fère privilĂ©gier la prĂ©sence si magnĂ©tique de Debra Winger (repartie bredouille aux oscars, je ne m'en remettrai jamais !) en Ă©pouse spontanĂ©e, tiraillĂ©e entre ses soucis financiers, ses rapports conjugaux en perdition et sa relation bipolaire avec sa mère autoritaire (pour autant si aimante !). D'un naturel extrĂŞmement communicatif, tant auprès de son tempĂ©rament primesautier, de sa tendresse pour sa famille et de sa sobre aigreur ............., Debra Winger crève si bien l'Ă©cran qu'au gĂ©nĂ©rique de fin on se surprend d'y Ă©prouver un effet de manque affectif mĂŞlĂ© d'Ă©lĂ©gie. Quant Ă  la prĂ©sence volontairement emphatique de Jack Nicholson, il parvient admirablement (et comme de coutume) Ă  esquisser un personnage machiste dĂ©sinhibĂ© au grĂ© d'une ironie goguenarde constamment jubilatoire. Enfin, l'illustre Jeff Daniels endosse en second-rĂ´le le mari infidèle d'Emma avec une sobre expression de culpabilitĂ© de par son ambiguĂŻtĂ© de faire face Ă  sa tromperie, faute d'un soupçon d'immaturitĂ© qu'il parvient toutefois Ă  effacer auprès de l'entourage.


Romcom pĂ©trie d'humanitĂ© et de bon sens car traitant des thèmes de la vieillesse, du dĂ©sir de sĂ©duction, de la fraternitĂ©, de l'infidĂ©litĂ©, de la maladie et du pardon sous le pilier d'une ironie mordante, Tendres Passions est un bonheur permanent Ă  travers son audacieuse conjugaison de drĂ´lerie et de gravitĂ© que James L. Brooks traite dans un subtil dosage d'Ă©motions contradictoires. Et contrairement aux apparences bien trompeuses, Tendres Passions s'avère finalement un anti-dĂ©presseur de choix en dĂ©pit de sa dĂ©chirante conclusion existentielle. 

*Bruno

Récompenses:
Oscar du meilleur film – James L. Brooks, producteur
Oscar du meilleur rĂ©alisateur – James L. Brooks
Oscar de la meilleure actrice – Shirley MacLaine
Oscar du meilleur acteur dans un second rĂ´le – Jack Nicholson
Oscar du meilleur scĂ©nario adaptĂ© – James L. Brooks
Golden Globe Award : Meilleur film dramatique
Golden Globe Award : Meilleure actrice dans un film dramatique – Shirley MacLaine
Golden Globe Award : Meilleur acteur dans un second rĂ´le - Jack Nicholson
Golden Globe Award : Meilleur scĂ©nario – James L. Brooks
Directors Guild of America Award de la meilleure rĂ©alisation pour un film – James L. Brooks
New York Film Critics Circle Award pour le meilleur film
New York Film Critics Circle Award pour la meilleure actrice - Shirley MacLaine
New York Film Critics Circle Award pour le meilleur second rĂ´le - Jack Nicholson
LAFCA du meilleur film

mardi 7 janvier 2020

Roubaix, une lumière. Bayard d'or du Meilleur Film.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Arnaud Desplechin. 2019. France. 1h59. Avec Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier, Antoine Reinartz, Chloé Simoneau, Betty Cartoux.

Sortie salles France: 21 Août 2019

FILMOGRAPHIEArnaud Desplechin est un cinĂ©aste français nĂ© le 31 octobre 1960 Ă  Roubaix. 1992 : La Sentinelle. 1996 : Comment je me suis disputĂ©… (ma vie sexuelle). 2000 : Esther Kahn. 2003 : LĂ©o, en jouant « Dans la compagnie des hommes ». 2004 : Rois et Reine. 2007 : L'AimĂ©e (documentaire). 2008 : Un conte de NoĂ«l. 2013 : Jimmy P. 2014 : La ForĂŞt (tĂ©lĂ©film). 2015 : Trois souvenirs de ma jeunesse. 2017 : Les FantĂ´mes d'IsmaĂ«l. 2019 : Roubaix, une lumière.


Une sordide descente aux enfers d'une insupportable détresse morale.
Retraçant avec un glaçant vĂ©risme l'effroyable fait divers d'une octogĂ©naire strangulĂ©e par 2 jeunes paumĂ©es toxicos (bien que le rĂ©cit ne s'attarde jamais sur leur addiction), Arnaud Desplechin ne nous laisse pas le temps de souffler lors de son Ă©prouvante seconde partie (la 2è heure de mĂ©trage) au climat dĂ©pressif suffocant. Si bien que nous subissons de plein fouet une vĂ©ritable Ă©preuve de force morale auprès des jeunes coupables gardĂ©es Ă  vue lors d'interrogatoires estomaquant de vĂ©ritĂ© Ă  travers des violences et accalmies verbales. On peut d'ailleurs songer Ă  Police de Pialat ou encore Ă  SĂ©rie Noire de Corneau, tant auprès de l'hypnose de son rĂ©alisme documentĂ© que de l'acrimonie sociale d'une France profonde laminĂ©e par le chĂ´mage, la drogue, l'immigration la plus marginale, l'isolement et la dĂ©linquance. Drame psychologique transplantĂ© dans le cadre du polar rubigineux (photo un chouilla sĂ©pia Ă  l'appui), Roubaix, une lumière est avant tout scandĂ© des prestances Ă©corchĂ©es vives de LĂ©a Seydoux et de Sara Forestier communĂ©ment amantes et complices d'un crime sordide d'une lâchetĂ© Ă©hontĂ©e. Tant auprès de l'âge avancĂ©e de la victime alitĂ©e, confinĂ©e seule dans sa demeure dĂ©catie, que de leurs rapports conflictuels fondĂ©s sur le mensonge et la manipulation Ă  reporter la faute l'une sur l'autre. D'une fragilitĂ© nĂ©vralgique, Sara Forestier explose l'Ă©cran parmi la juste mesure d'un jeu d'expressions Ă  la fois dĂ©munies et dĂ©sespĂ©rĂ©es, eu Ă©gard de son inculture et de son amour irrĂ©pressible pour la commanditaire du crime. Ses instants de doute, de crainte et d'apprĂ©hension progressive, sa profonde solitude et son mal-ĂŞtre existentiel d'avoir toujours Ă©tĂ© une perdante nous agrippent Ă  la gorge sous l'impulsion d'une intensitĂ© dramatique tantĂ´t bouleversante, tantĂ´t accablante.


Psychologiquement plus solide, rebelle, autoritaire et surtout dominatrice, mais Ă©galement d'un humanisme dĂ©boussolĂ© (jusqu'aux larmes de la dĂ©livrance !), LĂ©a Seydoux lui partage la vedette au grĂ© d'une expression dĂ©terminĂ©e autrement viscĂ©rale de par sa lâchetĂ© d'occulter la vĂ©ritĂ© au profit de l'Ă©ducation de son fils. Ainsi, cette misère sociale implantĂ©e dans la rĂ©gion nordiste de Roubaix nous est illustrĂ©e sans fioritures par un Arnaud Desplechin extrĂŞmement scrupuleux quant au dĂ©roulement de la vĂ©nĂ©neuse enquĂŞte. Si bien que de prime abord, il prend son temps (comptez 1 heure d'exposition) Ă  dĂ©peindre la quotidiennetĂ© routinière du commissaire Daoud et son Ă©quipe tentant d'apprĂ©hender un violeur de mĂ©tro, de retrouver une jeune fugueuse Ă  l'orĂ©e de sa majoritĂ©, et de rĂ©soudre le mystĂ©rieux incendie du domicile d'un quartier dĂ©favorisĂ©. On peut d'ailleurs dĂ©plorer Ă  certains moments le jeu un tantinet théâtral de certains figurants et seconds-rĂ´les d'un charisme louablement authentique Ă  dĂ©faut de nous convaincre de leur autoritĂ© frondeuse ou autrement contenue. En tout Ă©tat de cause, rien de prĂ©judiciable quant Ă  la tonalitĂ© dĂ©jĂ  captivante de sa 1ère partie policière sobrement mise en place, notamment grâce Ă  l'autoritĂ© lestement ensorcelante de Roschdy Zem d'un aplomb hyper nuancĂ© en commissaire fin psychologue. Probablement le meilleur rĂ´le de sa carrière, notamment lorsqu'il nous retransmet sans soupçon d'orgueil son humanisme dĂ©pouillĂ© d'Ă©prouver une certaine empathie auprès de ces jeunes filles destituĂ©es des liens parentaux (le thème central du film !). Notamment parce que lui aussi eut probablement connu une forme de dĂ©mission parentale depuis sa solitude de vivre en France sans aucun appui familial.


Eprouvant et bouleversant, voir parfois mĂŞme dĂ©chirant, Roubaix, une lumière laisse en Ă©tat de choc moral face Ă  ce tableau dĂ©risoire d'une jeunesse galvaudĂ©e livrĂ©e Ă  une dĂ©chĂ©ance misĂ©reuse dans leur condition d'exclusion. Deux profils crapuleux louablement condamnables mais pour autant transcendĂ©s d'un humanisme fĂ©brile Ă  fleur de peau.  

Dédicace à Jean-Marc Micciche

*Bruno

Récompense: Festival international du film francophone de Namur 2019 : Bayard d'or du meilleur film

Ci-joint l'opinion concise de Jean-Marc Micciche.
Séance découverte avec Roubaix une lumière....on peut pas dire que je suis le plus grand partisan du cinéma de Arnaud Depleschin mais là j'avoue avoir pris un grand plaisir à voir ce polar rural d'une solennité comme un échos lointain à un certain cinéma de Kurosawa, notamment ses films où les perso portent un regards pleine de compassion et détaché du drame et du monde et c'est vraiment la force de ce beau, notamment du personnage du commissaire Daoud (sublimement interprété par l'acteur Roschdyn Zem)....la grande subtilité de ce polar, c'est au départ de présenté différentes enquêtes de proximité (une voiture brûlée, un violeur de métro, une simple fugue, une intrusion de domicile) pour finalement grâce à la grande sensibilité de l'enquêteur parvenir à un simple crime crapuleux....d'une grande élégance formel (photo et cadre), et hanté par un score musical obsédant mais d'un super casting féminin (Sarah Forestier et Léa Seydoux), le film explose lors d'une dernière heure d'une grande puissance dramatique...bref grande réussite et le film aurait mérité un prix à Cannes....après le magnifique Trois jours et une vie, Roubaix une lumière est l'autre grand polar rural de cette année...

lundi 6 janvier 2020

The Mutations / The Freakmaker

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alamy.com

de Jack Cardiff. 1974. Angleterre. 1h32. Avec Donald Pleasence, Tom Baker, Brad Harris, Julie Ege, Michael Dunn, Scott Antony, Jill Haworth.

Sortie salles France: Inédit. Angleterre: Octobre 1974

FILMOGRAPHIEJack Cardiff est un directeur de la photographie et réalisateur britannique, né le 18 septembre 1914 à Great Yarmouth (Angleterre), mort le 22 avril 2009 à Ely (Angleterre). 1958 : Tueurs à gages. 1959 : Fils de forçat. 1960 : Amants et Fils. 1961 : Ma geisha. 1962 : Le Lion. 1964 : Les Drakkars. 1964 : Le Jeune Cassidy. 1965 : Le Liquidateur. 1968 : Le Dernier Train du Katanga. 1968 : La Motocyclette. 1973 : Penny Gold. 1974 : The Freakmaker.


InĂ©dit en salles en France, The Mutations se fit connaĂ®tre auprès de la gĂ©nĂ©ration 80 lors de sa sortie Vhs Ă©ditĂ©e par American Video. D'ailleurs au mĂŞme moment, on pouvait avoir l'aubaine d'y louer quelques autres raretĂ©s toute aussi marginales et singulières parmi lesquelles 2000 Maniacs, Blood Feasts, Pulsions Cannibales ou encore Tonnerre dans un style contrairement bourrin. Car The Mutations retrace Ă  l'aide d'un budget Ă©galement minimaliste l'utopie extravagante d'un savant (Donald Pleasance Ă©tonnant par son regard neutre sobrement viciĂ©) dĂ©libĂ©rĂ© Ă  mettre en pratique son projet fou d'y fusionner des plantes avec des ĂŞtres humains après l'avoir tentĂ© sur des animaux. Au mĂŞme moment, depuis l'arrivĂ©e d'un cirque ambulant rempli de freaks, il recrute l'un d'eux afin de l'assigner Ă  kidnapper des Ă©tudiants pour ses propres expĂ©riences. Ofni underground Ă  la fois baroque et dĂ©rangeant, The Mutations se veut un hommage vitriolĂ© Ă  l'illustre Freaks de Tod Browning dans une facture polychrome Ă  la limite de la surexposition. Simpliste de par son intrigue plutĂ´t redondante (mais jamais ennuyeuse) et appuyĂ© d'un cast standard dĂ©nuĂ© d'Ă©paisseur psychologique, si on Ă©pargne la prĂ©sence impĂ©rieuse de Pleasance plutĂ´t Ă  l'aise en savant sans vergogne Ă  peine timorĂ© puisque constamment dans la retenue, The Mutations  demeure une production fauchĂ©e surprenante dans son approche (parfois expĂ©rimentale) de nous conter son rĂ©cit scientifique sous l'impulsion d'une poignĂ©e de figurants, vĂ©ritables monstres de foire !


Ainsi, de par leur apparence tantĂ´t repoussante, tantĂ´t trouble et Ă©trange, The Mutations invoque un malaise diffus au fil d'un argument fantaisiste rĂ©solument dĂ©lirant (communier l'homme et la plante pour le devenir de l'humanitĂ© quitte Ă  y engendrer des Freaks) et d'un cheminement criminel au climat d'Ă©pouvante vintage. J'Ă©voque celui des dĂ©ambulations nocturnes de l'assistant difforme en collaboration meurtrière avec le docteur pour y parfaire ses expĂ©rimentations dans un laboratoire truffĂ©e de plantes gargantuesques. Quand bien mĂŞme celui-ci osera ironiquement se plaindre de sa condition estropiĂ©e face Ă  la prĂ©sence pacifiste d'autres freaks d'une solidaritĂ© familiale. Ainsi donc, de par son Ă©trange climat horrifique oĂą plane l'ombre de l'Homme au masque de cire (les errances nocturnes de l'assistant emmitouflĂ© dans un costume Ă  chapeau noir) et FreaksJack Cardiff parvient Ă  bâtir une sĂ©rie B Ă  la fois attachante, rĂ©jouissante, atmosphĂ©roque, inquiĂ©tante avec l'appui d'un score musical dissonant. Quand bien mĂŞme son budget Ă©triquĂ© Ă©paulĂ© d'FX en carton pâte renforcent le cĂ´tĂ© marginal d'une Ă©quipe technique pour autant assidue d'y inscrire sur pellicule une curiositĂ© couillue aux images parfois saisissantes (notamment auprès de sa cruelle vendetta finale pour la condition torturĂ©e de la victime puis le sort qui s'ensuit auprès du savant).


Si bien que l'on quitte The Mutations sur une agrĂ©able et durable impression d'avoir reluquĂ© un divertissement rubigineux Ă  odeur de souffre. A revoir absolument. 

*Bruno
3èx. 24.07.2024. VF 

vendredi 3 janvier 2020

L'Amie Mortelle / Deadly Friend

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

de Wes Craven. 1986. U.S.A. 1h31. Avec Matthew Laborteaux, Kristy Swanson,
Michael Sharrett, Anne Twomey, Anne Ramsey, Richard Marcus.

Sortie salles France: 21 Janvier 1987. U.S: 10 Octobre 1986

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


Divertissement nanardesque pour les uns, navet pour d’autres, oĂą le bon, le moins bon et le pire cohabitent dans une intrigue aussi prĂ©visible que capillotractĂ©e, L’Amie Mortelle figure souvent parmi les Ĺ“uvres les plus dĂ©criĂ©es de la carrière de Wes Craven. Pourtant, cette rĂ©actualisation de Frankenstein (mâtinĂ©e de Robocop acnĂ©en, si j’ose dire) se rĂ©vèle Ă©tonnamment attachante pour peu qu’on fasse preuve d’indulgence — et qu’on accepte de la prendre au second degrĂ©. Car il faut bien l’admettre : certaines situations ridicules finissent par provoquer une drĂ´lerie involontaire lĂ  oĂą l’on attendait une tension dramatique. Tant par le cabotinage outrancier de certains seconds rĂ´les (la bande de dĂ©linquants harcelant Paul et Tom accompagnĂ©s du robot Bibi, le twist final avec le retour grotesque du leader de la bande, ou le père abusif de Samantha, erreur de casting manifeste !) que par des scènes absurdes mal ficelĂ©es — comme ce suspense laborieux autour d’une tasse de cafĂ© que la drogue peine Ă  troubler malgrĂ© l’angoisse de leurs complices.


Teen movie ludique au cĹ“ur de son groupe d’ados irresponsables, Ă©pris d’amitiĂ© pour un fringant robot Ă©voquant celui de Short Circuit, L’Amie Mortelle navigue entre comĂ©die et romance avant de sombrer dans une horreur macabre. Lorsque Samantha revient d’entre les morts, ressuscitĂ©e par son petit ami Paul — apprenti sorcier aveuglĂ© par un amour qui outrepasse l’Ă©thique —, le rĂ©cit bascule dans une vendetta concise mais Ă©tonnamment efficace, ponctuĂ©e de deux sĂ©quences sanglantes (le ballon de basket pulvĂ©risant la tĂŞte d’une rombière, ou le sort rĂ©servĂ© au père ivrogne et brutal). Mais ce qui frappe surtout, c’est l’interprĂ©tation Ă©tonnamment habitĂ©e de Kristy Swanson, en crĂ©ature humanoĂŻde dĂ©couvrant peu Ă  peu des Ă©clats d’humanitĂ© au fil de sa relation avec son “crĂ©ateur”. Relation impossible, tragique, abordant la thĂ©matique de la perte de l’ĂŞtre cher — et ce jusqu’au dĂ©chirement : Paul s’accroche Ă  l’illusion d’une seconde chance, tandis que Tom, plus lucide, oppose son bon sens Ă  l’obsession de son ami. L’Amie mortelle, dans ses instants les plus sincères, parvient mĂŞme Ă  distiller une tendresse discrète, lorsqu’un souvenir ravive en Samantha une Ă©tincelle de conscience que Paul tente, dĂ©sespĂ©rĂ©ment, de faire renaĂ®tre.


Discours visionnaire sur les dĂ©rives de l’intelligence artificielle et notre mĂ©galomanie Ă  repousser les frontières du progrès, L’Amie Mortelle reste, malgrĂ© ses maladresses, un film fort sympathique et jamais ennuyeux — notamment grâce Ă  son ambiance typiquement eighties, baignĂ©e de cette lumière adolescente aux promesses naĂŻves. Et mĂŞme si l’on sent poindre une certaine frustration face Ă  ce que Craven aurait pu faire d’un sujet aussi universel, il n’en reste pas moins qu’un charme Ă©trange opère… si l’on accepte l’imperfection comme part intĂ©grante du spectacle.


*Bruno
12.05.25. 5èx. Vost
03.01.20.
20.10.16

jeudi 2 janvier 2020

Hello Marylou : Prom Night 2

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Bruce Pittman. 1987. Canada. 1h40. Avec Michael Ironside, Wendy Lyon, Justin Louis, Lisa Schrage, Richard Monette, Terri Hawkes, Brock Simpson, Beverley Hendry, Beth Gondek, Wendell Smith...

Date de sorte France: 11 Mai 1987 (Festival de Cannes).   U.S.A: 16 Octobre 1987.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Bruce Pittman est un réalisateur, producteur, scénariste et monteur né en 1950 à Toronto (Canada). 1981: The Olden Days coat, 1982: I know a secret, 1984: The Painted Door, 1985: La Marque de Cain, 1986: Confidential, 1987: Hello Marylou, 1993: Street Law, 2000: No alibi, 2003: Alien Tracker.


Sympathique suite fallacieuse au modestement culte Prom Night (il m'eut fallu des dĂ©cennies pour rĂ©ellement l'apprĂ©cier), Hello Marylou a beau piller ses influences chez Freddy Krueger et Carrie, il demeure assez efficient et plaisant grâce Ă  sa plĂ©thore de sĂ©quences-chocs glauques et malsaines. D’ailleurs, Ă  la revoyure, il est frappant de constater que le mĂ©connu Bruce Pittman sait fignoler un climat malĂ©fique, quelque peu poisseux et mĂ©phitique. Qu’il s’agisse de la cruautĂ© des meurtres incisifs, des visions putrescentes du corps de Marylou lors du final festif, ou des hallucinations morbides infligĂ©es Ă  des victimes incapables de distinguer le cauchemar de la rĂ©alitĂ©, le film cultive un malaise ouatĂ©. Inventives, dĂ©rangeantes et malsaines (le cheval de bois et sa langue bien pendue), les sĂ©quences-chocs s’enchaĂ®nent dans un rĂ©alisme macabre, portĂ©es par des FX artisanaux le plus souvent convaincants, bien que parfois perfectibles. Pour autant, par sa formalitĂ© baroque, vertigineuse et presque poĂ©tique, on croit Ă  ce que l’on voit sans chercher de justification rationnelle, mĂŞme lorsque l’Ă©trange Wendy Lyon se fond dans le corps de Vicky Carpenter avec un naturel aussi trouble qu’insolent, victime possĂ©dĂ©e perdant peu Ă  peu pied avec sa rĂ©alitĂ©.

Cela se manifeste aussi bien dans le cadre scolaire - crises de catalepsie, effronteries, provocations sexuelles - que familial, Ă  l’image de cette embrassade sur la bouche du père au moment prĂ©cis oĂą la mère surgit dans la chambre. Ainsi, Ă  travers les thèmes Ă©culĂ©s de la possession, de la vendetta et de l’hallucination (parfois collective), Hello Marylou relate, sur un rythme soutenu, la rĂ©surrection d’une reine de bal dĂ©cidĂ©e Ă  se venger de ses anciens partenaires, trente ans après avoir Ă©tĂ© brĂ»lĂ©e vive par son ami d’Ă©poque. C’est cependant par l’esprit docile de la douce Vicky, issue d’une famille religieuse et conservatrice, qu’elle choisit d’opĂ©rer, brimant et massacrant au passage les jeunes lycĂ©ennes un peu trop aguicheuses. Derrière une apparence sensuelle et scintillante, Lisa Schrage impose une reine punitive au tempĂ©rament sarcastique, portĂ©e par un charisme charnel particulièrement envoĂ»tant (regard azur en Ă©tendard), et ce jusqu'Ă  oser se dĂ©voiler dans son plus simple appareil lors d'une sĂ©quence tranquillement effrontĂ©e. Le final explosif vaut aussi son pesant de sĂ©quences-chocs, hĂ©ritières des bravoures anthologiques de l’inoubliable Carrie de De Palma, jusqu’Ă  assumer un refus salutaire du happy-end.

Sous couvert d’une satire corrosive visant la religion conservatrice autant que le libertarisme sexuel - Marylou et Vicky revendiquant leur revanche par une provocation luxurieuse et cynique - Hello Marylou demeure plaisant, trouble, et parfois envoĂ»tant dans sa volontĂ© sĂ©rieuse de traiter un B movie du samedi soir sans se vautrer dans l’humour potache. Car s’il n’est qu’un ersatz mainstream, il n’en reste pas moins attachant, ludique, efficace, cauchemardesque, provoquant et dĂ©rangeant, notamment dans son intelligence Ă  bâtir une ambiance horrifique moins convenue qu’il n’y paraĂ®t.

P.S. : à noter enfin la présence réjouissante de Michael Ironside, amant criminel insidieux inscrit dans la réserve taiseuse.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

16.12.25. 5èx 
02.01.20.  
06.04.11. 200 v

mercredi 1 janvier 2020

Le Choix des Armes

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Alain Corneau. 1981. France. 2h16. Avec Yves Montand, Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Michel Galabru, Gérard Lanvin, Jean-Claude Dauphin, Jean Rougerie, Richard Anconina.

Sortie salles France: 19 Août 1981.

FILMOGRAPHIE: Alain Corneau est un rĂ©alisateur français nĂ© le 7 aoĂ»t 1943 Ă  Meung-sur-Loire (Loiret), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2010 Ă  Paris. 1974 : France sociĂ©tĂ© anonyme. 1976 : Police Python 357. 1977 : La Menace. 1979 : SĂ©rie noire. 1981 : Le Choix des armes. 1984 : Fort Saganne. 1986 : Le MĂ´me. 1989 : Nocturne indien. 1991 : Tous les matins du monde. 1995 : Le Nouveau Monde. 1997 : Le Cousin. 2000 : Le Prince du Pacifique. 2002 : Stupeur et tremblements. 2005 : Les Mots bleus. 2007 : Le Deuxième Souffle. 2010: Crime d'amour.


Jalon des annĂ©es 80 rĂ©alisĂ© par l'un des spĂ©cialistes du polar Alain Corneau (rĂ©alisateur et scĂ©nariste pour l'occasion), le Choix des Armes est un grand film d'acteurs au sens le plus noble et compact. Dans la mesure oĂą le cinĂ©aste dirige sobrement ces derniers Ă©paulĂ©s de leur charisme striĂ© pour y tisser une confrontation au sommet entre 2 truands que se disputent Yves Montand (ex taulard Ă©perdue d'amour pour sa compagne) et le monstre GĂ©rard Depardieu (en chien fou borderline au grand coeur). Quand bien mĂŞme GĂ©rard Lanvin se fond dans le corps policier avec un hĂ©roĂŻsme aussi pĂ©dant que dĂ©testable, si bien que dans un rĂ´le Ă  contre-emploi, l'Ă©tonnant Michel Galabru a bien du mal Ă  le rappeler Ă  l'ordre en commissaire dĂ©sabusĂ©, rongĂ© par la culpabilitĂ©. De par la soliditĂ© de son intrigue criminelle fertile en rebondissements aussi imprĂ©visibles que nullement outranciers, Le Choix des Armes Ă©lève le genre Ă  son sens le plus Ă©purĂ© eu Ă©gard de la caractĂ©risation vĂ©reuse d'une poignĂ©e d'antagonistes emmĂŞlĂ©s dans des règlements de compte prĂ©judiciables. Alain Corneau, appliquĂ© et circonspect quant Ă  la modestie de sa mise en scène magnifiĂ©e de paysages naturels, prenant son temps Ă  planter son univers champĂŞtre et ses personnages qui y Ă©voluent dans une commune tourmente davantage sentencieuse. Tant et si bien que Corneau, habile conteur et faiseur d'images envoĂ»tĂ©es structure son scrupuleux rĂ©cit marginal au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique que l'on ne voit pas arriver.


Car outre sa volontĂ© d'y dĂ©noncer l'abus de pouvoir et les bavures policières auprès des recrues les plus zĂ©lĂ©es, ce qui est intĂ©ressant avec le Choix des Armes, c'est de nous proposer des personnages anti-manichĂ©ens se confrontant avec autant d'animositĂ© dans leur esprit d'orgueil que d'empathie Ă  travers leur tĂ©moignage paternel. De par la relation ambiguĂ«, si incomprise, entre (la fragilitĂ© dĂ©pressive de) Montand et (les excès colĂ©riques de) Depardieu s'Ă©paulant en dĂ©sespoir de cause puis se repoussant avec une irrĂ©pressible contradiction. La faute incombant Ă  un enchaĂ®nement de circonstances Ă  la fois infortunĂ©es et contestataires eu Ă©gard des agissements psychotiques de Depardieu en truand criminel habitĂ© par la haine mais aussi le dĂ©sespoir du dĂ©sir de paternitĂ©. Ainsi, au vu de l'Ă©volution tragique de l'intrigue, et en observant minutieusement l'humanisme torturĂ© de celui-ci Ă©corchĂ© vif par la cause de son enfance probablement misĂ©reuse (la dĂ©mission parentale est inĂ©vitablement suggĂ©rĂ©e), Le Choix des Armes y transcende les valeurs d'amour et d'amitiĂ© au moment d'y opposer une vendetta commune. Tant auprès de la relation fiĂ©vreuse entre Montand et la radieuse Catherine Deneuve (irrĂ©prochable dans la sobriĂ©tĂ© de ses expressions aussi bien sentimentales qu'empathiques) que de sa complicitĂ© bipolaire avec Depardieu. Notamment lorsque ceux-ci convergent Ă  la protection de l'enfance au moment de subir l'injustice de l'autoritĂ© policière en instance de filature.


Dramatique, intense et si profond Ă  travers l'humanisme Ă©corchĂ© de ses personnages se combattant pour des enjeux d'orgueil et de respect, de tranquillitĂ© et de reconnaissance, le Choix des Armes finit par bouleverser leurs Ă©pineuses confrontations sous l'impulsion d'une innocence galvaudĂ©e. Du grand polar français, rugueux et fataliste sous couvert d'une intelligente rĂ©flexion sur la vengeance et la clĂ©mence.  

*Bruno
4èx

Neon Maniacs

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Evil Dead Warriors" de Joseph Mangine. 1986. U.S.A. 1h35. Avec Leilani Sarelle, Alan Hayes, Andrew Divoff, PR Paul, Victor Brandt, Doyle McCurley, John Lafayette.

Sortie salles France: 28 Septembre 1988.

FILMOGRAPHIEJoseph Mangine est un réalisateur et scénariste américain né le 18 Juin 1933 à Brooklyn, New York, USA, décédé le 2 Novembre 2006 à Los Angeles, California, USA. 1986: Neon Maniacs. 1968: Smoke and Flesh (as Joe Mangine).


Titulaire de 2 uniques longs-mĂ©trages dont le 1er s'avère inĂ©dit en France, Joseph Mangine amorce le tournage de Neon Maniacs Ă  l'âge tardif de 53 ans. Assez connu auprès de la gĂ©nĂ©ration 80 de par son allĂ©chante jaquette Vhs nous promettant monts et merveilles, oĂą tout du moins nous suggĂ©rant une sorte de bande horrifique post-apo que n'auraient reniĂ© les transalpins, Neon Maniacs est une aberration filmique comme on n'en cĂ´toie plus de nos jours. Autant dire que les amateurs de nanars impayables devraient jeter un oeil sur cet Ă©tron carnavalesque d'un attachant charme dĂ©suet. Dans la mesure oĂą par je ne sais quelle alchimie cinĂ©gĂ©nique, Neon Maniacs conjugue distraction et dĂ©concertation Ă  travers ses sĂ©quences puĂ©riles sorties d'un cerveau sous psychotrope tant les incohĂ©rences, maladresses et balivernes pullulent Ă  rythme mĂ©tronome. L'intrigue, ridicule mais dinguo, se rĂ©sumant Ă  l'Ă©quipĂ©e meurtrière d'une bande de zombies maniaques surgis d'un hangar pour y perpĂ©trer la nuit des meurtres gratuits sur les adolescents crĂ©tins. D'oĂą viennent-ils ? Pourquoi sont-ils confinĂ©s dans ce hangar ? Quelles sont leurs vĂ©ritables mobiles ? Pour quelles raisons sont-ils accoutrĂ©s de vĂŞtements de guerriers du futur ? Pourquoi l'eau parvient facilement Ă  les dissoudre ? Nous ne le saurons jamais ! Ce qui renforce l'aura indicible de cette insensĂ©e curiositĂ© non dĂ©nuĂ©e de futile Ă©motion si je me rĂ©fère Ă  son climat parfois envoĂ»tant (Ă©paulĂ© d'un score Ă©lectro typique des annĂ©es 80) ou Ă  l'aspect un brin terrifiant de leur apparence grotesque.


Car aussi improbable que cela puisse paraĂ®tre, je me suis surpris d'y Ă©prouver une certaine apprĂ©hension lors de leurs exactions criminelles perpĂ©trĂ©es la nuit de par leur faciès dĂ©formĂ©/Ă©corchĂ©. Leur manière atone notamment de dĂ©ambuler au hasard des rues Ă  renfort de gestes outranciers m'a autant provoquĂ© l'hilaritĂ© qu'une certaine angoisse palpable lors de moments autrement inquiĂ©tants ! On peut Ă©galement saluer l'efficacitĂ© des effets-spĂ©ciaux artisanaux plutĂ´t pas mal torchĂ©s pour une prod low-cost sous Ă©tendard Z. Ainsi, par je ne sais quel plaisir un brin masochiste, le spectateur quelque peu fascinĂ© par ce spectacle d'une autre Ă©poque ne peut s'empĂŞcher de suivre avec une perpĂ©tuelle attention la prochaine sĂ©quence Ă  venir tant le rĂ©alisateur parvient Ă  attiser notre curiositĂ© dans sa mosaĂŻque de sĂ©quences-chocs dĂ©bridĂ©es (le final pop-rock confinĂ© dans le bal - du diable - demeure inratable !) et dans la banalitĂ© quotidienne d'une bande d'ados dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s (c'est peu de le dire) dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  combattre les nĂ©on maniacs. Tant auprès du couple juvĂ©nile s'efforçant par ailleurs vainement d'alerter les autoritĂ©s (des flics gouailleurs sortis d'un Ă©pisode de Mike Hammer de par leur dĂ©froque et leur bureau anachroniques) que d'une ado cinĂ©phile prĂŞte Ă  combattre les Maniacs Ă  l'aide d'un pistolet Ă  eau (car seule l'eau peut les anĂ©antir !). Pour un peu, on se croirait parfois mĂŞme dans un rĂ©plique Z de Vampires, vous avez dits vampires si bien que nos protagonistes parviennent mĂŞme Ă  nous attacher Ă  travers leur solidaritĂ© niaise.


Ofni Z bien ancrĂ© dans sa sacro-sainte dĂ©cennie 80, Neon Maniacs est un nanar bonnard du samedi soir ne ressemblant Ă  nulle autre mĂ©trage frappadingue. Il faut le voir pour le croire si bien qu'il m'aura fallu plus de 3 dĂ©cennies pour enfin tenter de l'aborder avec toutefois un soupçon d'hĂ©sitation ! Comme quoi hasard et interrogation s'avèrent parfois aussi bien fructueux que lucratifs.  

*Bruno

mardi 31 décembre 2019

Le Gendarme en Balade

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean Girault. 1970. France. 1h40. Avec Louis de Funès, Michel Galabru, Jean Lefebvre, Christian Marin, Guy Grosso, Michel Modo.

Sortie salles France: 28 Octobre 1970

FILMOGRAPHIE: Jean Girault est un réalisateur et scénariste français, né le 9 mai 1924 à Villenauxe-la-Grande (Aube), décédé le 24 juillet 1982 à Paris. 1960 : Les Pique-assiette. 1961 : Les Moutons de Panurge. 1961 : Les Livreurs. 1963 : Les Veinards (film à sketchs coréalisé). 1963 : Les Bricoleurs. 1963 : Pouic-Pouic. 1963 : Faites sauter la banque ! 1964 : Les Gorilles. 1964 : Le Gendarme de Saint-Tropez. 1965 : Le Gendarme à New York. 1966 : Monsieur le président-directeur général. 1967 : Les Grandes Vacances. 1968 : Le gendarme se marie. 1968 : Un drôle de colonel. 1969 : La Maison de campagne. 1970 : Le Gendarme en balade. 1971 : Jo. 1971 : Le Juge. 1972 : Les Charlots font l'Espagne. 1973 : Le Concierge. 1973 : Le Permis de conduire. 1974 : Deux grandes filles dans un pyjama. 1975 : L'Intrépide. 1976 : Les murs ont des oreilles. 1976 : L'Année sainte. 1977 : Le Mille-pattes fait des claquettes. 1978 : L'Horoscope. 1978 : Sam et Sally , (série TV), 2 épisodes : Le Collier et Isabelita. 1978 : Le Gendarme et les Extra-terrestres. 1979 : L'Avare. 1981 : La Soupe aux choux. 1981 : Ach du lieber Harry. 1982 : Le Gendarme et les Gendarmettes.


N°1 au Box-office en 1970 avec 4 870 632 entrĂ©es, le Gendarme en Balade rĂ©ussit mĂŞme l'exploit de surpasser ses 2 antĂ©cĂ©dents opus en terme de rigolade, de bonne humeur et d'invention narrative. Tant et si bien que Jean Girault a la judicieuse idĂ©e de mettre en retraite nos lurons castrateurs pour y dĂ©ployer une plĂ©thore de gags d'une drĂ´lerie on ne peut plus fougueuse. Car alors que Fougasse (Jean Lefebvre complètement habitĂ© par son rĂ´le !) est devenu amnĂ©sique suite Ă  l'agression de son acte hĂ©roĂŻque, nos retraitĂ©s mĂ©lancoliques d'un passĂ© glorieux dĂ©cident de reprendre du service en  illĂ©galitĂ© afin de redorer la mĂ©moire de leur acolyte. Ainsi donc, Ă  travers leurs stratĂ©gies marginales de reprendre l'uniforme en catimini (de jeunes gendarmes ont donc Ă©tĂ© recrutĂ©s pour les substituer dans leur commune de Saint-Tropez), Jean Girault, plus inspirĂ© que jamais, conçoit les rencontres, situations et pĂ©ripĂ©ties les plus saugrenues (le vol de voiture improvisĂ© par des hippies, le concours de pĂ©tanque avec Fougasse, la plage des nudistes, le contrĂ´le routier sur la nationale) pour y amorcer les rires. Et on peut dire que cela fonctionne rudement bien durant la 1ère heure aussi folingue qu'impeccablement rythmĂ©.


Notamment lorsque De Funes et Galabru se remémorent avec nostalgie leur routine professionnelle bâties sur l'impériosité, les coups de sifflets stridents, les arrestations et les contraventions. Quand bien même on se tord de rire quant au concours de grimaces échangé entre le curé et Cruchot face à son épouse déconcertée n'ayant rien pigé de leur mésentente cordiale ! Ainsi, dès qu'ils se résignent à reprendre l'uniforme, un sentiment de bonne humeur galvanisant ne nous lâche pas d'une semelle tant nos comédiens font preuve d'une fringance qui fait chaud au coeur. A l'instar de leur fameux refrain chantonné dans l'habitacle de leur voiture (le thème sifflotant du Gendarme de Saint-Tropez que Girault pratique en mise en abyme, notamment lors de la séance ciné chez Cruchot -). Et si les 40 dernières minutes privilégient plutôt l'action au grand dam des fou-rires susnommés, leur ultime escapade bucolique ne démérite pas à travers ses courses-poursuites endiablées (on retrouve d'ailleurs Sœur Clotilde plus frétillante que jamais accompagnée d'une comparse caractérielle) et l'investigation houleuse de nos gendarmes tentant d'y déjouer des terroristes en culotte courte. A cet égard, le dernier quart-d'heure débridé renoue avec l'hilarité inventive de sa 1ère partie lorsque De Funes et Galabru tentent de déminer une fusée nucléaire avec une minutie insoutenable ! (litres de transpiration en sus sur leurs visages façon Y'a t'il un pilote dans l'avion ?).


TaillĂ© dans le panache, plus original qu'au prĂ©alable et frĂ©quemment drĂ´le, le Gendarme en balade demeure probablement le meilleur opus de la saga en compagnie de son modèle. 

*Bruno
3èx

lundi 30 décembre 2019

La Furie des Vampires

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de León Klimovsky. 1971. Allemagne/Espagne. 1h30. Avec Paul Naschy, Barbara Capell, Patty Shepard, Julio Peña, Andrés Resino.

Sortie salles France: 22 Mars 1973. Espagne: 17 Mai 1971

FILMOGRAPHIE PARTIELLELeĂłn Klimovsky (pseudo Henry Mankiewicz) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur argentin nĂ© le 16 octobre 1906 Ă  Buenos Aires (Argentine), dĂ©cĂ©dĂ© le 8 avril 1996 Ă  Madrid (Espagne). 1955: Le Moulin des Amours. 1966 : Pochi dollari per Django. 1969 : Le Pont sur l'Elbe. 1971 : La Furie des vampires. 1971 : Le Colt du rĂ©vĂ©rend. 1973 : La Vengeance des zombies. 1974 : Une libellule pour chaque mort. 1977 : El Extraño amor de los vampiros. 1978 : Laverna. 1978 : La Doble historia del Dr. Valmy. 1978 : ViolaciĂłn fatal.

Bisserie ibĂ©rique issue de la saga Waldemar Daninsky, La Furie des Vampires juxtapose les mythes du vampire et du loup-garou avec une simplicitĂ© aussi payante que rĂ©jouissante. Sa rĂ©alisation, modeste mais parfois vĂ©ritablement ambitieuse - par son invention poĂ©tique, ses effets de ralenti, ses poses charnelles et fantasmagoriques dignes d’un Jean Rollin -, le jeu dĂ©licieusement bonnard des interprètes (avec la sobriĂ©tĂ© habitĂ©e de Paul Naschy, prenant très au sĂ©rieux son rĂ´le monstrueux) et son scĂ©nario ludique, agrĂ©ablement contĂ©, confinent au plaisir innocent le plus dĂ©lectable.

ImprĂ©gnĂ© d’une personnalitĂ© espagnole, baignĂ© d’une splendide photo gothique oĂą s’entrelacent paysages naturels presque irrĂ©els et bâtisses en ruine, le film sĂ©duit hautement par son charme rĂ©tro. Il possède cette facultĂ© rare de nous envelopper d’un voile de soie, doux et rĂ©chauffant, sitĂ´t le rĂ©cit dĂ©ployĂ©. Tout y est traitĂ© avec une simplicitĂ© dĂ©sarmante, renouant avec les contes d’autrefois dans une forme baroque, dĂ©licieusement dĂ©bridĂ©e, singulière et sĂ©rieuse - eu Ă©gard Ă  la conviction des personnages embarquĂ©s dans cette aventure horrifique sĂ©culaire, remise au goĂ»t du jour avec un esprit contemporain. Car il faut oser confronter vampire et loup-garou dans une opposition improbable, rendue pourtant crĂ©dible par la ferveur d’une troupe d’artisans sincèrement vouĂ©s Ă  l’amour du genre, malgrĂ© leurs moyens low-cost.

Aussi beau, langoureux et charnel qu’un rĂŞve Ă©veillĂ©, La Furie des Vampires demeure l’un des plus beaux tĂ©moignages de la bisserie horrifique ibĂ©rique, sous l’allĂ©geance de Paul Naschy - mondialement cĂ©lĂ©brĂ© aux quatre coins du globe, sauf en Gaule. Cherchez l’erreur.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir 

Les films de la saga Waldemar Daninsky:
1968 : Les Vampires du Dr. Dracula (La Marca del Hombre-lobo), d'Enrique LĂłpez Eguiluz
1972 : Doctor Jekyll and the Werewolf (Dr. Jekyll y el Hombre Lobo), de LeĂłn Klimovsky
1973 : L'Empreinte de Dracula (El Retorno de Walpurgis), de Carlos Aured
1975 : Dans les griffes du loup-garou (La MaldiciĂłn de la bestia), de Miguel Iglesias
1980 : Night of the Werewolf (El Retorno del Hombre-Lobo), de Paul Naschy
1983 : The Beast and the Magic Sword (La Bestia y la espada mágica), de Paul Naschy
1987 : Howl of the Devil (El Aullido del diablo), de Paul Naschy
1996 : Lycantropus: The Moonlight Murders (Licántropo: El asesino de la luna llena), de Francisco Rodríguez Gordillo
2004 : Tomb of the Werewolf, de Fred Olen Ray


3èx. Vostf

dimanche 29 décembre 2019

L'Elite de Brooklyn

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

Brooklyn's Finest de Antoine Fuqua. 2009. U.S.A. 2h12. Avec Richard Gere, Don Cheadle, Ethan Hawke, Wesley Snipes, Will Patton, Lili Taylor, Michael K. Williams.

Sortie salles France: 5 Mai 2010

FILMOGRAPHIE: Antoine Fuqua est un réalisateur américain, né le 19 janvier 1966 à Pittsburgh. 1998 : Un tueur pour cible. 2000 : Piégé. 2001 : Training Day. 2003 : Les Larmes du Soleil. 2004 : Le Roi Arthur. 2006 : The Call (court métrage). 2007 : Shooter, tireur d'élite. 2010 : L'Élite de Brooklyn. 2013 : La Chute de la Maison Blanche. 2014 : Equalizer. 2015 : La Rage au ventre. 2016 : Les Sept Mercenaires. 2018 : Equalizer 2. 2018 : American Dream/American Knightmare (documentaire). 2020 : Infinite.


KO Ă  la sortie de la projo après un second visionnage. C'est dire si l'Elite de Brooklyn est probablement le polar le plus dur, le plus estomaquant, le plus tangible d'Antoine Fuqua. Car dĂ©nonçant aussi bien la corruption policière et le racisme (l'incommunicabilitĂ© entre eux et black en guise d'orgueil) que leur condition de travail houleuse dans une mĂ©tropole avilie par la drogue et la prostitution, l'Elite de Brooklyn est une descente aux enfers urbaine d'une intensitĂ© dramatique anxiogène. Et ce afin de culminer vers un final aux confins du cauchemar le plus mortifère eu Ă©gard de sa violence frontale difficilement supportable. Si bien que le spectateur en sort aussi bien Ă©prouvĂ© que lamentĂ© de par le constat sociĂ©tal qu'Antoine Fuqua vient de nous dresser sans une once de fioriture, et ce sous l'impulsion d'une tension diluĂ©e de manière terriblement scrupuleuse afin de mettre en exergue les Ă©tats d'âme torturĂ©s de nos protagonistes communĂ©ment impliquĂ©s dans le dĂ©sordre, la confusion, le remord, la lâchetĂ©, sans espoir de rĂ©demption. Car Ă  travers les faits et gestes de 3 flics au bord de la crise de nerfs de par leur mission Ă  haut risque; celui-ci prend son temps Ă  ausculter leur Ă©volution morale en proie Ă  la dĂ©sillusion, au dĂ©pit, voir mĂŞme au suicide.


Outre son cast irrĂ©prochable (tant auprès des acteurs blancs que des afros amĂ©ricains parvenant Ă  nous faire oublier leur charisme reconnaissable - mention spĂ©ciale Ă  Wesley Snipes ! -); on retient surtout la force d'expression dĂ©pressive de Richard Gere en flicard suicidaire Ă  quelques jours de sa retraite. Tant et si bien que son lent chemin de croix a de quoi nous laisser un goĂ»t amer quant Ă  la probabilitĂ© de sa destinĂ©e prĂ©caire auquel la mort plane sur ses frĂŞles Ă©paules. RĂ©fugiĂ© dans les bras d'une prostituĂ©e au grĂ© d'une compassion dĂ©sabusĂ©e, ce dernier se taille in extremis une carrure de redresseur de tort en lieu et place d'exutoire. D'une violence inouĂŻe quant aux brutaux règlements de compte dĂ©nuĂ©s de concession, l'Elite de Brooklyn afflige, Ă©prouve, Ă©branle nos sentiments de manière Ă  la fois diffuse et insidieuse Ă  travers sa scrupuleuse radiographie du trio de policiers communĂ©ment affligĂ©s par le sentiment d'iniquitĂ© et d'impuissance face Ă  cette flambĂ©e de violence que personne ne parvient Ă  canaliser. Tant auprès d'une criminalitĂ© toujours plus galopante, primale et triviale que de leur hiĂ©rarchie policière dĂ©nuĂ©e d'empathie, de mĂ©diation et de reconnaissance pour les risques qu'ils endossent quotidiennement avec un sens de vigilance et de bravoure le plus circonspecte possible afin d'Ă©viter la bavure.


Les sentiers de la perdition.
Tendu et pessimiste, cafardeux et fĂ©tide car d'une noirceur inouĂŻe Ă  travers l'introspection d'une poignĂ©e de flics dĂ©pressifs dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  transgresser les règles en lieu et place d'autonomie frondeuse,  si bien que l'ombre de Taxi Driver plane auprès de son dernier acte quant Ă  la rigueur de sa violence tranchĂ©e et le jusqu'au-boutisme de sa cruelle dramaturgie (l'hĂ©roĂŻsme burnĂ© du justicier dans les entrailles de la perversion en guise d'expiation), l'Elite de Brooklyn nous laisse collapsĂ© sitĂ´t son Ă©pilogue imprimĂ© du regard impassible d'Eddie partagĂ© entre Ă©puisement et relâchement. Du grand cinĂ©ma policier enragĂ© et dĂ©loyal sous couvert d'un Ă©tat des lieux sociĂ©tal anarchique. 

*Bruno
2èx

vendredi 27 décembre 2019

La Petite fille au bout du Chemin / The Little Girl Who Lives Down the Lane

Photo empruntée sur Google, appartenant au site seriebox.com

de Nicolas Gessner. 1976. France/U.S.A/Canada. 1h32. Avec Jodie Foster, Martin Sheen, Alexis Smith, Mort Shuman, Scott Jacoby, Dorothy Davis, Clesson Goodhue, Hubert Noel, Jacques Famery, Mary Morter, Julie Wildman.

Sortie en salles en France le 26 Janvier 1977. U.S: 10 Aout 1977

FILMOGRAPHIENicolas Gessner est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste d'origine Hongroise, nĂ© en 1931.
1959: Auskunft im Cockpit. 1965: Un milliard dans un billard. 1967: La Blonde de Pékin. 1969: Douze et un. 1971: Quelqu'un derrière la porte. 1976: La Petite fille au bout du Chemin. 1980: Deux affreux sur le sable. 1982: Herr Herr (tv). 1984: Le Tueur triste (tv). 1987: Das Andere Leben (tv). 1989: Passe-passe. Tennessee Nights. 1994: Chèques en boite (tv).


D'origine hongroise, plutĂ´t discret et inclassable, Nicolas Gessner rĂ©alise en 1976 un ovni autour d'un trio d'acteurs hĂ©tĂ©roclites parmi lesquels le chanteur Mort Shuman (!!!), Martin Sheen et surtout Jodie Foster dans l'un de ses premiers GRANDS rĂ´les au cinĂ©ma. Si bien que rĂ©compensĂ©e de la Meilleure actrice en 1978 et du Saturn Award du Meilleur Film, cette oeuvre mĂ©connue mais dĂ©fendue par une poignĂ©e d'aficionados y transfigure le conte insolite sous l'impulsion magnĂ©tique de Jodie Foster  portant le film sur ses Ă©paules avec une ambiguĂŻtĂ© morale indiscernable. 

Le pitchDans sa demeure bucolique, Rynn Jacobs est une adolescente de 13 ans vivant recluse avec son père. HarcelĂ©e par le pĂ©dophile Frank Hallet et la mère de celui-ci, agent immobilière de la famille Jacobs, elle semble totalement autonome et mature pour un si jeune âge Ă  s'occuper des nombreuses tâches dans la maison. Mais dans son entourage, nombre de quidams s'interrogent sur l'absentĂ©isme rĂ©current du paternel quand bien mĂŞme Madame Hallet disparaĂ®t Ă  son tour sans laisser de trace. 
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"L’ange aux silences lourds"
D'origine hongroise, discret, inclassable, Nicolas Gessner rĂ©alise en 1976 un ovni inespĂ©rĂ©, sculptĂ© autour d’un trio d’acteurs hĂ©tĂ©roclites — Mort Shuman (!!!), Martin Sheen, et surtout Jodie Foster, dans l’un de ses premiers grands rĂ´les. RĂ©compensĂ©e du Saturn Award de la Meilleure actrice et du Meilleur film en 1978, cette Ĺ“uvre mĂ©connue — dĂ©fendue bec et ongles par une poignĂ©e d’aficionados — transfigure le conte insolite sous l’impulsion magnĂ©tique d’une Jodie Foster portant le film sur ses Ă©paules avec une ambiguĂŻtĂ© morale insondable.

Le pitch : dans sa demeure bucolique, Rynn Jacobs, 13 ans, vit recluse avec son père. HarcelĂ©e par Frank Hallet — pĂ©dophile prĂ©dateur — et la mère de ce dernier, agent immobilière de la famille Jacobs, Rynn s’occupe de la maison avec une autonomie dĂ©concertante. Trop mĂ»re, trop calme, trop secrète. Autour d’elle, les regards s’aiguisent : oĂą est passĂ© ce père qu’on ne voit jamais ? Et lorsque Mme Hallet disparaĂ®t Ă  son tour sans laisser de trace, l’atmosphère s’Ă©paissit.

Drame intimiste, suspense en vase clos, romance suspendue, mystère latent : les genres se chevauchent avec une fluiditĂ© troublante, portĂ©s par le jeu intuitif d’une Jodie Foster littĂ©ralement envoĂ»tante, criminelle flegmatique et redoutablement finaude. Gessner alterne avec habiletĂ© tension sourde et accalmies romantiques, tissant le portrait d’une adolescente livrĂ©e Ă  elle-mĂŞme depuis la mort du père et l’abandon de la mère. MarginalisĂ©e par choix, formĂ©e Ă  la dĂ©brouille par un père libertaire, Rynn a appris Ă  survivre seule, avec un aplomb qui force le respect.

Mais depuis l’irruption d’un pervers insidieux, elle doit subir chez elle un harcèlement quotidien — intrusion du Mal dans l’innocence. Mme Hallet, quant Ă  elle, devient de plus en plus suspicieuse. Ce tapis dans la salle Ă  manger dissimule une trappe... Y aurait-il quelque chose Ă  cacher ? L’inspecteur Ron Miglioriti rĂ´de, commence lui aussi Ă  douter de l’existence du père...

Trouble, magnĂ©tique, Ă©mouvant, parfois mĂŞme poĂ©tique, La Petite Fille au bout du chemin est une Ĺ“uvre d’Ă©trangetĂ© Ă©thĂ©rĂ©e, guidĂ©e par des interprètes subtilement dirigĂ©s. En scrutant le profil d’une adolescente singulière, avisĂ©e, introvertie, Gessner sème le doute, suscite la confusion, interroge notre attachement instinctif Ă  une jeune fille dont la luciditĂ© a le parfum amer de l’absolu.

RĂ©compensĂ©e pour ce rĂ´le juvĂ©nile, Jodie Foster irradie d’une ambiguĂŻtĂ© anarchiste — celle d’une enfant sans tuteur, capable de dĂ©cisions radicales face au danger. Elle porte sur elle des gageures terribles, des disparitions suspectes (parfois accidentelles !), des regards malades qu’elle dĂ©joue avec un sang-froid dĂ©routant.

En second rĂ´le mĂ©crĂ©ant, Martin Sheen est proprement infect, hĂ©bĂ©phile vaniteux transgressant ses pulsions dans une posture glaçante. Mort Shuman, Ă  contre-emploi, surprend en flic un peu paumĂ©, bienveillant, dĂ©sarmĂ© par la maturitĂ© de Rynn. Quant Ă  Scott Jacoby, il incarne avec une justesse fragile le magicien Mario — spontanĂ©, marginal, troublĂ© — prĂŞt Ă  couvrir l’innommable au nom d’un amour inavouable.

Et toujours cette étrange sérénité : Rynn ne cède ni à la peur, ni à la panique. Elle agit. Elle pense. Elle calcule. Et nous fascine.

 
"Rynn Jacobs : l’Ă©nigme au fond des yeux"
La Petite Fille au bout du chemin, conte vĂ©nĂ©neux, thriller voilĂ©, nous laisse sur une amère incertitude. La prĂ©sence diaphane de Jodie Foster — visage fermĂ©, regard immense — nous hante longtemps. Ovni feutrĂ©, intimiste, suspendu dans le temps, ce film nous murmure le portrait d’une ange dĂ©chue dont la lumière Ă©claire Ă  peine la noirceur alentour.

*Bruno
27.12.19. 5èx
09.11.11. 776 v
 
P.S: pour rassurer les partisans de la cause animale à propos d'une scène-choc d'un réalisme inquiétant, deux hamsters différents figurèrent dans le film : un vivant qui survécut au tournage et qu'on offrit au costumier une fois la production bouclée, et un mort fourni par un hôpital où il avait servi de cobaye et que Martin Sheen manipula de telle sorte qu'il parût encore vivant au moment de l'occire.
SOURCE WIKIPEDIA

RĂ©compenses: Saturn Award du Meilleur film d'Horreur.
Saturn Award de la meilleure actrice pour Jodie Foster Ă  l'acadĂ©mie des films de science-fiction, fantastique et Horreur en 1978.