lundi 16 mars 2020

Le monde, la chair et le diable

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The World, The Flesh and the Devil" de  Ranald MacDougall. 1959. U.S.A. 1h35. Avec Harry Belafonte, Inger Stevens, Mel Ferrer

Sortie salles France: ? U.S: 1er Mai 1959

FILMOGRAPHIERanald MacDougall est un scĂ©nariste, rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain nĂ© le 10 mars 1915 Ă  Schenectady, New York, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 dĂ©cembre 1973 Ă  Los Angeles. 1955 : Une femme diabolique . 1957 : Man on Fire. 1959 : Le Monde, la chair et le diable. 1960 : Les Rats de caves. 1961 : VoluptĂ©. 1970 : Cockeyed Cowboys of Calico County. 


Un classique de la science-fiction post-apo uniquement bâti sur la confrontation psychologique entre 3 survivants partagĂ©s entre l'isolement, la solitude, le racisme et la rage de survie. Deux hommes: un blanc, un noir se disputant l'autoritĂ© Ă  conquĂ©rir le coeur d'une jeune femme. L'intrigue dĂ©montrant au fil de leur Ă©volution morale que l'homme, Ă©gotiste, est finalement contraint d'avoir recours Ă  la guerre pour imposer ses idĂ©es et tenter de remporter le pouvoir. Parfaitement servi par un trio d'acteurs aux sentiments sobrement bipolaires, le Monde, la chair et le diable est notamment renforcĂ© par son rĂ©alisme urbain quant au climat feutrĂ© d'un New-York monochrome Ă©pargnĂ© de cidatins. 

*Bruno

jeudi 12 mars 2020

La Belle Epoque. César du Meilleur Scénario.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nicolas Bedos. 2019. France. 1h55. Avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Doria Tillier, Fanny Ardant, Pierre Arditi, Denis Podalydès, Michaël Cohen, Jeanne Arènes.

Sortie salles France: 6 Novembre 2019

FILMOGRAPHIENicolas Bedos est un dramaturge, metteur en scène, scĂ©nariste, rĂ©alisateur, acteur et humoriste français, nĂ© le 21 avril 1979 Ă  Neuilly-sur-Seine. 2017: Monsieur et Madame Adelman. 2019: La Belle Époque. 2021: OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire.


Prenez bien soin de tous vos souvenirs car vous ne pourrez pas les revivre.
Feu d'artifices d'Ă©motions hybrides Ă  travers sa mosaĂŻque de tendresse, de romance, d'humour, de mĂ©lancolie et de gravitĂ©, La Belle Epoque est une bulle de champagne se dĂ©gustant avec dĂ©lectation eu Ă©gard de l'incroyable brio de Nicolas Bedos jouant l'alchimiste par le biais de la mise en abyme. Tant et si bien que fiction et rĂ©alitĂ© ne cessent de s'entrecroiser avec parfois le sentiment trouble de ne plus pouvoir distinguer le vrai du faux. Les acteurs se confondant aux vrais personnages avec une conviction Ă  la fois fougueuse et expansive de manière Ă  crĂ©dibiliser leur univers programmĂ©, truffĂ© d'artifices et de figurants costumĂ©s. Brillant Ă  tous niveaux, tant auprès des dialogues ciselĂ©s Ă©maillĂ©s de calembours, de sa mise en scène constamment inventive rĂ©inventant Ă  elle seul le cinĂ©ma le plus vibrant, de ses sonoritĂ©s et refrains rĂ©tros, du jeu criant de vĂ©ritĂ© des acteurs bouleversants d'Ă©lĂ©gie sentimentale (mention spĂ©ciale Ă  l'incroyable numĂ©ro final de Fanny Ardant - plus belle que jamais - transperçant l'Ă©cran de par ses expressions aussi bien fĂ©briles que subtilement meurtries), que de l'originalitĂ© du scĂ©nario (CĂ©sar non usurpĂ©) en dĂ©pit du concept improbable. Ainsi donc, grâce Ă  l'intelligence de Nicolas Bedos maniant comme jamais une palette d'Ă©motions contradictoires JAMAIS PROGRAMMES (si bien que nos larmes coulent de manière naturelle sans pouvoir les retenir); La Belle Epoque nous fait basculer dans une nouvelle dimension.


Si bien que l'on s'immerge sans modĂ©ration dans l'introspection vertigineuse de Daniel Auteuil tentant de retrouver son amour d'antan Ă  un moment propice des annĂ©es 70. Car comment peut-on oublier une première rencontre amoureuse destinĂ©e Ă  perdurer au risque de s'effriter avec le temps ? Comment omettre chaque dĂ©tail d'une situation mĂ©morable conçue pour nous faire chavirer dans l'improvisation la plus totale ? Hymne Ă  la vie et Ă  l'amour imparfait puisque impossible Ă  contrĂ´ler et Ă  dompter, La Belle Epoque nous remĂ©more nos propres souvenirs Ă  travers le regret du temps rĂ©volu. Cette amertume de se contempler dans la glace pour y dĂ©celer de nouvelles rides, cette apprĂ©hension de ne plus pouvoir autant sĂ©duire au fil des annĂ©es, cette nostalgie de se remĂ©morer la beautĂ© de nos jeunes conquĂŞtes ivres d'Ă©mancipation, d'audaces et d'insolence. VoilĂ  de quoi traite cette belle Ă©poque que chaque gĂ©nĂ©ration incarne en elle Ă  travers le thème si dĂ©licat de la vieillesse que Nicolas Bedos illustre avec dĂ©fĂ©rence et espièglerie afin de se dĂ©gager de l'ombre du pathos ou de l'Ă©motion triviale. C'est dire si cette romcom tour Ă  tour sĂ©millante et enivrante nous balade d'un endroit Ă  un autre avec une fulgurante Ă©motion que les acteurs si impliquĂ©s expriment Ă  travers une vĂ©racitĂ© extrĂŞmement communicative. Ainsi, sans jamais vulgariser une nostalgie plombante (aucune Ă©poque ne sera meilleure qu'une autre semble finalement nous suggĂ©rer Bedos en dĂ©pit d'un modernisme technologique humainement prĂ©judiciable), la Belle Epoque nous invite Ă  ranimer notre motivation, Ă  affronter ceux qui nous entourent. Dans la mesure d'y frĂ©quenter les relations humaines les plus fructueuses, aussi imparfaites et diffĂ©rentes soient-elles, et ce avec attention et soupçon de tendresse au grĂ© des diffĂ©rences caractĂ©rielles.


Le souvenir est le parfum de l'âme.
Histoire d'amour rocambolesque renouant avec la jeunesse d'esprit Ă  travers son hymne aux souvenirs et au savoir-vivre, La Belle Epoque nous revigore pour nous ranimer le dĂ©sir d'aimer et d'embrasser son prochain afin d'y transcender la fuite du temps. A moins qu'une inconnue d'un soir abordĂ©e au coin d'un bistrot ne nous bouleverse Ă  jamais notre destin, pour le meilleur et pour le pire... FĂ©erie de chaque instant, ce lumineux chant d'amour, d'espoir et de rĂ©conciliations nous transperce l'âme et le coeur avec une maĂ®trise irrationnelle confinant au gĂ©nie. 

*Bruno

César 2020:
Meilleur scénario original : Nicolas Bedos
Meilleure actrice dans un second rĂ´le : Fanny Ardant
Meilleurs décors : Stéphane Rozenbaum

mardi 10 mars 2020

1917

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Sam Mendes. 2019. U.S.A/Angleterre. 1h59. Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Colin Firth, Andrew Scott, Mark Strong.

Sortie salles France: 15 Janvier 2020.

FILMOGRAPHIE: Samuel Alexander Mendes, dit Sam Mendes est un réalisateur et producteur de cinéma britannique, né le 1er août 1965 à Reading (Berkshire). 1999 : American Beauty. 2002 : Les Sentiers de la perdition. 2005 : Jarhead : La Fin de l'innocence. 2008 : Les Noces rebelles. 2009 : Away We Go. 2012 : Skyfall. 2015 : 007 Spectre. 2020: 1917.


"Nous sommes une civilisation qui sait faire la guerre, mais qui ne sait plus faire la paix."
Renouvelant les codes du film de guerre par le biais d'une mise en scène aussi originale que travaillĂ©e, 1917 tire parti de son brio technique afin de nous immerger dans la 1ère guerre comme si nous y Ă©tions. Tout du moins du point de vue subjectif du caporal William Schofield arpentant un parcours du combattant avec une vaillance suicidaire eu Ă©gard des hostilitĂ©s allemandes qui interfèrent durant son vertigineux pĂ©riple. A l'instar de son plongeon escarpĂ© perpĂ©trĂ© au fond d'une rivière sauvage, et ce Ă  l'aube d'une nouvelle journĂ©e dĂ©cisive quant Ă  la sauvegarde de 1600 de ses compatriotes. Celui-ci Ă©tant chargĂ© de retrouver le colonel Mackenzie afin d'annuler une attaque provoquĂ©e par les allemands. Par cette mĂŞme occasion, et depuis la mort de son co-Ă©quipier, il s'est jurĂ© d'honorer ses ultimes souhaits en retrouvant la trace de son frère, le lieutenant Joseph Blake Ă©galement de la parti pour attaquer les allemands. RĂ©cit d'aventures Ă©piques donc par le biais d'un rĂ©alisme immersif si bien que Sam Mendes utilise les plans sĂ©quences parmi la diabolique habiletĂ© du temps rĂ©el, 1917 n'impose pas pour autant de surenchère homĂ©rique ou sanguine façon Il faut sauver le soldat Ryan.


Le cinĂ©aste optant pour une mise en scène Ă©purĂ©e Ă  dĂ©noncer sans brutalitĂ© explicite la folie de la guerre sous l'impulsion du caporal Schofiled; isolĂ© de tous et Ă  bout de souffle, mais dĂ©libĂ©rĂ© Ă  accomplir sa houleuse mission au pĂ©ril de sa vie. D'un humanisme dĂ©sespĂ©rĂ© tantĂ´t poignant, tantĂ´t bouleversant au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique lestement instillĂ©e, 1917 dĂ©gage une prude Ă©motion jamais ostentatoire. Tant auprès de celui-ci en Ă©tat de rĂ©silience jusqu'Ă  Ă©puisement que de seconds-rĂ´les accablĂ©s de fatigue et de fragilitĂ© quant au trama que peut imposer toutes barbaries belliqueuses. Sam Mendes conjuguant dans une harmonie technique gĂ©omĂ©trique le lyrisme, le rĂ©alisme morbide et l'onirisme crĂ©pusculaire pour imposer sa propre personnalitĂ© dĂ©nuĂ©e de redite ou de racolage. D'oĂą ce sentiment persistant d'assister Ă  un film de guerre Ă  la fois intime et personnel, vibrant hommage Ă  l'hĂ©roĂŻsme des survivants tout en y dĂ©nonçant la haine que les plus hauts gradĂ©s provoquent auprès de leur escadron lors de bravoures suicidaires. Quant Ă  la prĂ©sence de George MacKay, il porte l'intrigue sur ses Ă©paules Ă  l'aide d'une force d'expression Ă  la fois pugnace, fĂ©brile et dĂ©munie eu Ă©gard de ses vicissitudes rencontrĂ©es avec l'ennemi (confinĂ© tous azimuts) et d'un enjeu humain Ă  grande Ă©chelle.


Une expĂ©rience de cinĂ©ma aussi prodigieuse que bouleversante. 

*Bruno

Récompenses:
Golden Globes 202029 : meilleur réalisateur et meilleur film dramatique
Prix des réalisateurs d'Hollywood 2020 (DGA Awards)30
BAFTA 2020 : meilleur film, meilleur film britannique, meilleur réalisateur, meilleurs décors, meilleure photographie, meilleurs effets visuels et meilleur son
Oscars 2020 : meilleure photographie, Meilleur mixage de son et meilleurs effets visuels
Satellite Awards 2020 : meilleure photographie

lundi 9 mars 2020

Une Vie Cachée. Prix du Jury oecuménique, Prix François-Chalais, Cannes 2019

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"A Hidden Life" de Terrence Malick. 2019. Allemagne/U.S.A. 2h54. Avec August Diehl, Valerie Pachner, Michael Nyqvist, JĂĽrgen Prochnow, Matthias Schoenaerts, Bruno Ganz.

Sortie salles France: 11 DĂ©cembre 2019 

FILMOGRAPHIETerrence Malick est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 30 novembre 1943 Ă  Ottawa (Illinois). 1973 : La Balade sauvage. 1978 : Les Moissons du ciel. 1998 : La Ligne rouge. 2005 : Le Nouveau Monde. 2011 : The Tree of Life. 2012 : Ă€ la merveille. 2015 : Knight of Cups. 2016 : Voyage of Time : Au fil de la vie. 2017 : Song to Song. 2019 : Une vie cachĂ©e.


"...Car le bien grandissant du monde dépend en partie d'actes non historiques, et que si les choses ne vont pas si mal pour vous et moi, on le doit beaucoup à tous ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans leur tombe abandonnée." - George Eliott.

Bouleversant requiem contre la guerre du point de vue d'un objecteur de conscience refusant de partir au front pour honorer ses propres convictions, Une Vie CachĂ©e est le nouveau grand film de Terence Malick rĂ©solument inspirĂ© Ă  nous conter sa tragĂ©die avec un sens sensitif immersif. Tant auprès de sa lumière naturelle sublimant sa nature autrichienne, sa mise en scène Ă©purĂ©e abusant de zooms auprès des visages, que de sa camĂ©ra expĂ©rimentale souvent filmĂ©e Ă  l'Ă©paule afin de nous rapprocher des Ă©tats d'âme des personnages en proie Ă  la dictature du 3è Reich. D'un onirisme Ă  la fois incandescent, flegme et apaisant afin de contraster avec la nature belliqueuse de l'homme impliquĂ© dans une guerre Ă  Ă©chelle mondiale, Une Vie CachĂ©e envoĂ»te les sens dans une libre plĂ©nitude. Tant auprès du rapport spirituel avec sa contrĂ©e montagneuse sauvage que des rĂ©flexions existentielles du couple d'une sagesse capiteuse quant Ă  leur idĂ©e du bonheur et de la simplicitĂ©. A la fois beau Ă  en pleurer et triste Ă  en mourir, Une Vie CachĂ©e nous fait donc partager la quotidiennetĂ© de Franz et Franziska Jägerstätter en plein coeur de leur bourgade reculĂ©e.


De paisibles mĂ©tayers labourant leurs champs dans une harmonie amoureuse en dĂ©pit des voix davantage discordantes de leur voisinage rĂ©futant la fĂ©lonie d'après une opinion anticonformiste.  Terence Malick radiographiant dans un premier temps les sentiments fusionnels du couple avec Ă©normĂ©ment de pudeur eu Ă©gard de leur Ă©thique fondĂ©e sur l'amour (conjugal et filial), la tolĂ©rance, le respect d'autrui et la foi religieuse. Mais alors que Franz refuse de voter contre l'Anschluss (l'unification entre la population allemande et autrichienne), il est appelĂ© Ă  combattre auprès des nazis. Fermement convaincu de l'idĂ©ologie arbitraire d'Hitler et de ses sbires, il refuse de combattre Ă  leurs cĂ´tĂ©s et se retrouve emprisonnĂ© avant d'y ĂŞtre jugĂ©. Alors que la dictature de la pensĂ©e refait des siennes au sein de notre quotidien depuis quelques annĂ©es dĂ©jĂ , Une Vie CachĂ©e aborde ce thème alarmiste du point de vue atrabilaire de villageois pointant du doigt la posture si entĂŞtĂ©e de Franz, seul contre tous Ă  s'opposer au dessein funeste du 3è reich engagĂ© dans le gĂ©nocide qu'on lui connait. Tout le rĂ©cit latent s'articulant autour des pensĂ©es et rĂ©flexions intimes de Franz et Franziska sĂ©parĂ©s malgrĂ© eux mais d'une fidĂ©litĂ© hors-pair lorsqu'il s'agit de respecter le choix moral d'un homme près Ă  se sacrifier pour sa propre dignitĂ© et celle de sa libertĂ©.


D'une fulgurance formelle ensorcelante au sein d'un jardin d'Ă©den naturaliste, Une Vie CachĂ©e s'Ă©rige en magnifique poème spirituel du point de vue d'un objecteur de conscience dĂ©libĂ©rĂ© Ă  se soulever contre une autoritĂ© sournoise militant pour le chaos. Un hymne Ă  la vie d'une infinie tristesse mais porteur d'espoir, de rĂ©demption et d'optimisme. 

*Bruno

Récompenses:
Festival de Cannes 2019 :
Prix du jury œcuménique8
Prix François-Chalais

jeudi 5 mars 2020

Hors Normes

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Olivier Nakache et Éric Toledano. 2019. France. 1h54. Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Bryan Mialoundama, HĂ©lène Vincent, Alban Ivanov, Benjamin Lesieur.

Sortie salles France: 23 Octobre 2019

FILMOGRAPHIE: Éric Toledano est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et dialoguiste français nĂ© le 3 juillet 1971 Ă  Paris. Il travaille en binĂ´me avec Olivier Nakache Ă  la fois pour l'Ă©criture et la rĂ©alisation.  Olivier Nakache est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et dialoguiste français nĂ© le 15 avril 1973 Ă  Suresnes. Il travaille souvent en corĂ©alisation avec Éric Toledano. Il est le frère de l'actrice et rĂ©alisatrice GĂ©raldine Nakache. 2005 : Je prĂ©fère qu'on reste amis... 2006 : Nos jours heureux. 2009 : Tellement proches. 2011: Intouchables. 2014 : Samba. 2017 : Le Sens de la fĂŞte. 2019: Hors Normes.


"Entre déférence et indifférence, à toi de faire la différence."
RĂ©alisĂ© par le duo prodige Ă‰ric Toledano / Olivier Nakache (Intouchables, Samba, Le Sens de la FĂŞte); Hors Normes est une poignante comĂ©die sociale militant pour la cause des autistes par le biais d'Ă©ducateurs franc-tireurs dĂ©bordant d'audaces, de volontĂ© et d'humanisme Ă  travers leur persuasion de les insĂ©rer au sein de notre sociĂ©tĂ© aussi bien drastique que bien pensante. TournĂ© avec de vĂ©ritables autistes afin de renforcer son rĂ©alisme documentĂ© et pour Ă©viter un racolage sentimental que le mĂ©trage Ă©lude admirablement, Hors Normes sonne juste Ă  travers son manifeste pour la tolĂ©rance et le droit Ă  la diffĂ©rence que Vincent Cassel et Reda Kateb prodiguent avec une spontanĂ©itĂ© intarissable. Pour autant, faute d'un rythme inĂ©gal et d'une combinaison pas si fructueuse d'humour et de gravitĂ©, Hors Normes demeure perfectible Ă  nous passionner pour l'Ă©volution morale de 2 de ces autistes que leurs Ă©ducateurs (d'une patience Ă  couper au rasoir) tentent d'enseigner durant leur parcours social ou professionnel.


Qui plus est, faute d'un climat parfois austère et d'un manque d'émotions à travers le jeu improvisé des autistes, Hors Normes ne parvient pas tant à provoquer l'émotion escomptée. Quoiqu'il en soit, de par l'implication expansive des comédiens (tant connus que méconnus) et l'intelligence de sa mise en scène épurée dénuée d'artifice, Hors Normes reste de toute évidence un film salutaire puisque porteur d'espoir quant à la condition d'exclusion de ses autistes en proie à l'éveil d'indépendance (aussi encadrés soient-ils par leurs mentors). Qui plus est, renforcé d'un émouvant final en état de grâce (notamment auprès des corps en mouvement chorégraphiant leur danse lyrique !) et d'un score entêtant terriblement envoûtant (que l'on entend à 3 reprises en intermittence), Hors Normes nous laisse sur une intense émotion d'optimisme quant au portrait intègre de ces handicapés jouant leur propre rôle avec une candeur et une liberté de ton davantage poignantes. A découvrir et à revoir afin de mieux s'adapter à leur univers feutré.

*Bruno

Box-Office: 2 100 857 entrées

Récompenses:
Festival international du film de Saint-Sébastien 2019 : Prix du public
Label « Club 300 aime » - meilleure note remportĂ©e au Club 300 :
César des lycéens 2020

mercredi 4 mars 2020

Le cas Richard Jewell. AFI Awards 2019: Film de l'année

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Richard Jewell" de Clint Eastwood. 2019. U.S.A. 2h11. Avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Jon Hamm, Olivia Wilde, Ian Gomez, Wayne Duvall.

Sortie salles France: 19 Février 2020.

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, réalisateur, compositeur et producteur américain, né le 31 Mai 1930 à San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le Maître de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: Jugé Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: Créance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: Mémoires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delà. 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper. 2016: Sully. 2017: 2018: Le 15h17 pour Paris. 2018: La Mule. 2019: Le cas Richard Jewell.


InspirĂ© de l'histoire vraie de l'agent de sĂ©curitĂ© Richard Jewell considĂ©rĂ© comme un hĂ©ros après avoir dĂ©jouĂ© un attentat lors des Jeux olympiques d'Ă©tĂ© de 1996, mais rapidement suspectĂ© d'en ĂŞtre l'instigateur, Le cas Richard Jewell reconstitue avec minutie cette improbable mascarade nĂ©gociĂ©e entre le FBI et une journaliste de The Atlanta Journal-Constitution. Si Clint Eastwood n'en finit plus de nous surprendre de par son âge avancĂ© et ses passionnants projets, le Cas Richard Jewell prouve Ă  nouveau qu'il perdure son mordant pour y fustiger les rouages d'une sociĂ©tĂ© paranoĂŻde victime d'un cas de figure autrefois similaire (l'attentat des jeux olympiques de 1984 fut perpĂ©trĂ© par un agent de sĂ©curitĂ©), de faux tĂ©moignages auprès de riverains sans scrupule, des mĂ©dias Ă  sensations et d'une police judiciaire redoutablement sournoise lorsqu'il s'agit d'y manipuler (sans une once de preuve !) leur coupable(/victime) facilement influençable de par sa mentalitĂ© intègre. Paul Walter Hauser se fondant dans le corps placide de Jewell Ă  l'aide d'une expression candide tour Ă  tour empathique et irritante de par sa naĂŻvetĂ© Ă  se laisser berner par cet entourage impĂ©rieux. Ce dernier ayant toujours rĂŞvĂ© de porter l'uniforme, il porte donc sa plus haute estime au corps policier au grand dam de sa condition de culpabilitĂ©.


Nombre de scènes caustiques nous provoquant colère et dĂ©goĂ»t Ă  travers ses moments d'intimidation de par les chantages odieusement planifiĂ©es d'un dirigeant Ă  cĂ´tĂ© de sa plaque. Jon Hamm s'avĂ©rant exemplaire de charisme impassible dans sa froide certitude d'y avoir profiler un coupable en manque de notoriĂ©tĂ©, selon son instinct et certains tĂ©moignages probants ! Mais pour revenir au jeu sobrement innocent de Hauser, acteur mĂ©connu ressemblant comme 2 gouttes d'eau au vĂ©ritable Jewell, Clint Eastwood y autopsie sa profonde loyautĂ© Ă  travers son nouveau quotidien (pour ne pas dire descente aux enfers morale) persĂ©cutĂ© par la police et les feux de projecteurs. Et ce parmi le tĂ©moignage de sa mère dĂ©munie que campe avec intensitĂ© dramatique Kathy Bates dans une posture davantage Ă©plorĂ©e, et de la tendre amitiĂ© que lui rĂ©plique l'infaillible Sam Rockwell en avocat d'une force d'expression tranquille. Ces derniers se soutenant mutuellement avec autant de persuasion que de dĂ©sespoir quant aux stratĂ©gies et filatures licencieuses du FBI dĂ©libĂ©rĂ© Ă  mettre sous les verrous leur principal suspect. Autant dire que cette farce ubuesque nous provoque un aigre sentiment de gâchis (le vrai terroriste court toujours si bien qu'il sera apprĂ©hendĂ© 6 ans plus tard !) et d'injustice quant Ă  la dignitĂ© du hĂ©ros amiteux mis au pilori du jour au lendemain par les mĂ©dias et la police en concertation de gloire et de reconnaissance. Quand bien mĂŞme la notion de hĂ©ros s'y verra discrĂ©ditĂ©e auprès du prochain quidam qui osera entreprendre pareille bravoure au pĂ©ril de son Ă©ventuelle suspicion.

*Bruno


Récompenses:
National Board of Review Awards 2019
Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Kathy Bates
Meilleur espoir pour Paul Walter Hauser
Top 10 films
AFI Awards 2019 : Film de l'année

mardi 3 mars 2020

La Créature du Marais

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinefusion.wordpress.com

"Swamp Thing" de Wes Craven. 1982. U.S.A. 1h31. Avec Louis Jourdan, Adrienne Barbeau, Ray Wise, David Hess, Nicholas Worth, Don Knight, Al Ruban.

Sortie salles France: 30 Juillet 1982

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


Ereinté par la critique à sa sortie et considéré comme l'un des plus mauvais films de Craven, La Créature du Marais ne méritait pas tant de discrédit selon mon jugement de valeur. Car à la revoyure, et à condition de l'aborder au second degré, ce nanard bonnard dégage aujourd'hui un charme désuet plutôt irrésistible pour qui raffole des monstres caoutchouteux redresseurs de tort. D'ailleurs, tant décrié par les critiques, l'homme qui se tapi dans sa combinaison de latex ne s'avère pas si ridicule que cela, dans la mesure où l'on parvient facilement à s'attacher à sa condition miséreuse à travers ses expressions aussi candides que gentiment maladroites. Le rythme cinétique ne nous offrant que peu de répit à travers ses moults actions belliqueuses qu'enchaîne un escadron de militaires contre la créature traquée tous azimuts. Ainsi donc, tiré du célèbre comic Swamp Thing de Len Wein et Bernie Wrightson édité pour le première fois en 1971, La Créature du Marais joue la carte du cartoon ludique avec une attachante modestie eu égard des moyens low-cost employés pour donner chair à sa scénographie végétative.


Tant auprès du monstre mastard d'une force physique disproportionnĂ©e et d'une naĂŻvetĂ© expressive Ă©maillĂ©e de tendresse (son rapport amiteux avec un jeune afro avant de nous refaire le coup d'une variation de "la belle et la bĂŞte" parmi sa protĂ©gĂ©e Alice Cable qu'endosse Adrienne Barbeau), des seconds-rĂ´les bellicistes forçant le trait du stĂ©rĂ©otype avec un sĂ©rieux parfois hilarant (mention spĂ©ciale Ă  David Heiss en militaire stoĂŻque jamais avare d'y boire la tasse !) que d'autres crĂ©atures difformes qui interfèrent lors du final homĂ©rique (l'adjoint Bruno transformĂ© en nabot, puis enfin le combat entre Alec et Arcane - Ă©pĂ©e Ă  la main - dans les marais de l'enfer). L'intrigue linĂ©aire arborant donc une chasse au monstre que des mercenaires aguerris affrontent dans les marais sous la mainmise du Dr Arcane. Ce dernier s'Ă©tant jurĂ© de s'approprier la formule du Dr Alec (une cellule vĂ©gĂ©tale conçue Ă  la base pour Ă©radiquer la famine) afin de dominer le monde. Jamais ennuyeux car franchement distrayant de par son rythme alerte, La CrĂ©ature du Marais s'avère donc truffĂ© de situations impayables et d'action bon enfant sous l'impulsion de comĂ©diens se prĂŞtant au jeu de l'exubĂ©rance avec une spontanĂ©itĂ© cocasse. Qui plus est, renforcĂ© du score semi-horrifique d'Harry Manfredini (on croirait par moments sortir de l'ombre l'homme Ă  la machette: Jason Voorhees !), la CrĂ©ature du Marais se permet d'y injecter quelques scènes gores un tantinet cruelles de manière Ă  renforcer son attrait autonome (pour ne pas dire franc-tireur).


SĂ©rie B aussi mièvre que simpliste dans sa tentative avortĂ©e d'inscrire sur pellicule une BD rĂ©putĂ©e culte, La CrĂ©ature du Marais s'avère pour autant plein de charme, de fantaisie, de tendresse et de cocasserie Ă  travers sa naĂŻve facultĂ© de nous dĂ©payser sous l'impulsion d'une action en roue libre aussi festive que dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e.  

*Bruno
3èx

lundi 2 mars 2020

Cold prey 2 / "Fritt Vilt II"

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Mats Stenberg. 2008. Norvège. 1h26. Avec Ingrid Bolsø Berdal, Marthe Snorresdotter Rovik, Kim Wilafdt, Fridtjov Såheim.

Sortie France (uniquement Dvd/BR): 5 avril 2010. Sortie Salles, Norvège: 10 Octobre 2008

FILMOGRAPHIE: Mats Stenberg est un rĂ©alisateur norvĂ©gien. 2008: Cold Prey 2.

Alors que le NorvĂ©gien Roar Uthaug cède sa place Ă  Mats Stenberg, Cold Prey 2 s’impose pourtant comme une sĂ©quelle d’une belle efficacitĂ©, puisant ouvertement dans le schĂ©ma narratif du très charmant Halloween II de Rick Rosenthal. L’action glaciale se dĂ©place cette fois dans un huis clos hospitalier, terrain idĂ©al pour prolonger le cauchemar : l’hĂ©roĂŻne du premier opus, unique survivante, lutte encore, Ă©paulĂ©e par quelques rescapĂ©s, contre un mal physiquement crĂ©dible et impressionnant qui refuse obstinĂ©ment de mourir.

Sanglant parfois, violent, et d’un rĂ©alisme sans concession, Cold Prey 2 divertit en diable sans relâcher l'attention. La mise en scène, Ă©tonnamment soignĂ©e, inventive, nerveuse, parfois presque tarabiscotĂ©e, entretient une montĂ©e de suspense constante, une tension permanente qui rend l’expĂ©rience tout Ă  fait immersive et cauchemardesque. Le cadre hospitalier est exploitĂ© avec une intelligence : corridors sombres interminables, chambres silencieuses, sous-sols oppressants… autant de lieux oĂą le psycho-killer s’impose comme une menace implacable, aussi convaincante que terrifiante.


Mats Stenberg relance habilement la machine sanglante lors d’un dernier acte marquĂ© par l’intervention de la police, offrant Ă  son film un rebond inattendu avant un final Ă©pique opposant l’hĂ©roĂŻne pugnace au tueur increvable, jusqu’Ă  dĂ©placer l’affrontement dans un dĂ©cor que je me garderai bien de nommer. Certes, les cinq Ă  dix dernières minutes n’Ă©chappent pas Ă  quelques facilitĂ©s et clichĂ©s, et certains personnages y adoptent une posture un peu empotĂ©e, presque caricaturale. Mais Cold Prey 2 compense largement par l’Ă©lan de bravoure de ses survivantes, qui osent, attaquent, et ne s’abandonnent jamais totalement aux conventions du tueur immortel.

Et cela mĂ©rite d’ĂŞtre saluĂ© : cette capacitĂ© Ă  ne pas s’attarder inutilement sur l’invulnĂ©rabilitĂ© du monstre mastard, tout en maintenant un climat anxiogène, tendu, suffocant, fait de Cold Prey 2 un formidable psycho-killer expressif, brutal, efficace, et tout Ă  fait oppressant. A se demander si l'Ă©lève n'aurait pas dĂ©passĂ© son modèle.  

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
3èx. 16.01.26.

samedi 29 février 2020

Wind Chill

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gregory Jacobs. 2007. U.S.A/Angleterre. 1h31. Avec Emily Blunt, Ashton Holmes, Chelan Simmons, Martin Donovan, Ned Bellamy.

Sortie uniquement en Dvd en France: 30 Janvier 2008. U.S: 27 Avril 2007

FILMOGRAPHIEGregoy Jacobs est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain. 2020: Untitled Tom Papa comedy special (TĂ©lĂ©film). 2015: Magic Mike XXL. 2007: Wind Chill. 2004:  Criminal.


Un pur film d'ambiance mĂ©prisĂ© et oubliĂ©. 
LimogĂ© de nos salles obscures dans nos contrĂ©es alors qu'Outre-Atlantique il se voit rĂ©duit Ă  une sortie limitĂ©e, Wind Chill dĂ©barque sous support Dvd neuf mois après sa sortie timorĂ©e. Nos distributeurs français ayant Ă©tĂ© probablement frileux de son potentiel commercial eu Ă©gard de son rythme faiblard et de son absence de gore ne misant donc que sur son ambiance horrifique particulièrement rĂ©frigĂ©rante. Mais c'est justement Ă  travers cette atmosphère d'Ă©trangetĂ© sous-jacente, ce sentiment d'insĂ©curitĂ© palpable que Wind Child parvient Ă  captiver pour s'extirper du produit lambda sous l'impulsion d'un attachant duo d'acteurs d'un humanisme Ă  la fois sobrement fĂ©brile et dĂ©semparĂ©. La charmante Emily Blunt, douce, caractĂ©rielle, dĂ©terminĂ©e mais aussi chĂ©tive, et Ashton Holmes, dragueur empotĂ© mais dĂ©vouĂ©, se partageant la rĂ©plique avec une belle conviction, et ce jusqu'Ă  l'Ă©mergence d'une brutale intensitĂ© dramatique. Si bien que l'on se familiarise dès le dĂ©part Ă  leurs scènes de mĂ©nage qu'il se provoquent en huis-clos. A savoir, se renvoyer la faute de l'accident au moment mĂŞme oĂą celle-ci suspecte son chauffeur d'avoir pris un raccourci pour l'enjeu d'un plan cul.


Wind Child nous narrant à l'aide d'une économie de moyens la nuit de cauchemar de ce couple confiné dans l'habitacle de leur véhicule à la suite d'un accident avec un étrange chauffard. Filmé entièrement de nuit dès que ceux-ci se retrouvent perdus au coeur d'un sentier bucolique enneigé, Wind Child invoque une immersion constante en y provoquant en intermittence un surnaturel à la fois interlope et feutré, de par la présence d'ectoplasmes déambulant à proximité d'un cimetière. Et si l'intrigue bizarroïde (son argument surnaturel récursif), bâclée (les motivations expéditives des prêtres d'un étonnant charisme ténébreux !) et inachevée (un shérif serial-killer s'en prend aux touristes du coin en provoquant des accidents routiers) nous fait songer à un épisode grandeur nature de la 4è Dimension, notamment dans son parti-pris d'y télescoper réalité et cauchemar, elle ne manque pas de nous envoûter avec un humanisme empathique (renforcé du jeu mélancolique d'Emily Blunt). Ajoutez enfin à ce cruel enjeu de survie un sentiment d'isolement et d'inconfort tangibles, tant auprès du décorum forestier (qui plus est fouetté d'un blizzard !) que de la menace invisible rodant aux alentours. Quand bien même quelques fantômes s'y matérialisent pour se railler de leurs proies au gré d'hallucinations (et ce en dépit de 2 effets numériques plutôt foirés).


Purement atmosphĂ©rique dans un format scope joliment photographiĂ© de teintes dĂ©saturĂ©es, Wind Child mĂ©rite franchement le dĂ©tour pour qui raffole les (purs) films d'ambiance. Et ce dans le cadre intègre de la sĂ©rie B intimiste adepte de la suggestion et de l'angoisse Ă©touffĂ©e (au grand dam d'une narration inachevĂ©e). Une tentative ratĂ©e certes, pour autant magnĂ©tique, un brin mĂ©lancolique (quel joli score Ă©lĂ©giaque !), attachante et sincère. A dĂ©couvrir.  

*Bruno
2èx

vendredi 28 février 2020

Urban Legend

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jamie Blanks. 1999. U.S.A. 1h39. Avec Jared Leto, Alicia Witt, Rebecca Gayheart, Tara Reid, Michael Rosenbaum, Loretta Devine

Sortie salles France: 17 Mars 1999

FILMOGRAPHIE: Jamie Blanks est un réalisateur et compositeur australien. 1998 : Urban Legend
2000 : Mortelle Saint-Valentin. 2007 : Storm Warning ou Insane. 2009 : Long Weekend. 2010 : Needle.


On ne va pas se leurrer ! Si vous abordez Urban Legend au 1er degrĂ©, il s'agit d'un produit de consommation standard surfant sur la vague Scream et Souviens toi l'Ă©tĂ© dernier Ă  travers son florilège de clichĂ©s pachydermiques et de persos stĂ©rĂ©otypĂ©s s'auto-parodiant. Cette sĂ©rie B modestement emballĂ©e (bien que son montage laisse Ă  dĂ©sirer - ce qui renforce aujourd'hui son charme dĂ©suet -) s'avère donc parfaitement dispensable, pour ne pas dire inutile (comme le soulignaient les critiques de l'Ă©poque). Pour autant, si vous ĂŞtes aptes Ă  prendre le recul du second degrĂ© afin de le visionner tel un plaisir coupable, Urban Legend s'avère Ă  la fois bonnard et franchement ludique. Tant auprès de son rythme cinĂ©tique fertile en mises Ă  mort cruelles (le prĂ©lude s'avère d'ailleurs savoureux dans sa stratĂ©gie meurtrière en trompe l'oeil, mĂŞme si tĂ©lĂ©phonĂ©e !), de son orchestration musicale Ă©minemment stridente et de ses protagonistes juvĂ©niles tentant de fuir le tueur avec une maladresse souvent (involontairement) hilarante. Tant et si bien que chaque comĂ©dien adopte leur rĂ´le sobrement probablement afin de concurrencer la nouvelle rĂ©fĂ©rence des annĂ©es 90 ayant revitaliser le sous-genre, Scream de Craven.


D'ailleurs, et pour parachever dans le délire folingue, on s'émoustille en sus des expressions désaxées du fameux tueur à capuche se raillant de ses ultimes victimes lors d'un final trinaire digne d'un cartoon de Tex Avery. Ainsi, Jamie Blanks parvient donc à jongler avec les clichés du psycho-killer avec une efficacité sarcastique (notamment auprès des postures décomplexées des ados), de par son (involontaire) dérision irriguant chaque situation de stress ou de terreur. Les meurtres inspirés de légendes urbaines intervenant comme de coutume tous les quarts d'heure entre 2 jumps-scare infructueux (avouons le !). Quand bien même ses fameuses allusions aux faux coupables nous divertissent tout autant dans leur volonté dérisoire de nous faire croire qu'un tel ou un tel demeure le véritable meurtrier. Quant à l'issue du dénouement grotesque, il s'avère tant capillotracté que l'on ri une ultime fois de bonne grâce face à ces argument éculés. Les infaillibles de psycho-killer connaissant tant les ficelles qu'il ne parviendront pas à retenir leur sérieux face aux mobiles de l'assassin en proie à une vendetta psychotique tirée par le chignon. Et je ne vous raconte pas l'intarissable cliffhanger de dernier ressort faisant office de pittoresque clin d'oeil afin de laisser le spectateur sur un sentiment de stupeur "bon enfant" !


Hommage semi-parodique aux psycho-killers des années 80; Urban Legend s'avère franchement ludique et facétieux à travers son pot-pourri de références horrifiques que le puriste s'amuse à comptabiliser avec un plaisir (coupable) de cinéphile. A moins de le rejeter en bloc et préférer revoir une 10è fois le parangon du genre: Halloween de Carpenter ! A vous de choisir votre camp et d'opérer le bon choix ^^

*Bruno
2èx

jeudi 27 février 2020

Les Valeurs de la Famille Addams

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Addams Family Values" de Barry Sonnenfeld. 1993. U.S.A. 1h34. Avec Anjelica Huston, Raúl Juliá, Christopher Lloyd, Christina Ricci, Jimmy Workman, Carol Kane, Joan Cusack.

Sortie salles France: 22 Décembre 1993

FILMOGRAPHIEBarry Sonnenfeld est un réalisateur, acteur, producteur et directeur de la photographie américain né le 1er avril 1953 à New York (États-Unis). 1991 : La Famille Addams. 1993 : Les Valeurs de la famille Addams. 1993 : Le Concierge du Bradbury. 1995 : Get Shorty. 1997 : Men in Black. 1999 : Wild Wild West. 2002 : Big trouble. 2002 : Men in Black 2. 2006 : Camping Car. 2012 : Men in Black 3. 2016 : Ma vie de chat.


Si Barry Sonnenfeld a déçu nombre de fans avec son 1er long La Famille Adams, sa sĂ©quelle rĂ©alisĂ©e 2 ans plus tard contredit Ă  point nommĂ© la formulation de la "suite ratĂ©e" de par son inventivitĂ© en roue libre et l'extravagance des acteurs s'en donnant Ă  coeur joie dans les provocations macabres. Car vĂ©ritable pied de nez au politiquement correct et Ă  Walt Disney, tout en rendant un hommage caustique au gĂ©nocide indien (l'anthologique pièce de théâtre face aux parents dĂ©confits !), les Valeurs de la Famille Adams s'avère terriblement gĂ©nĂ©reux Ă  travers sa profusion de gags insolents qu'enchaĂ®nent chaque membre de la famille Addams avec sĂ©rieux inĂ©branlable. Mention spĂ©ciale Ă  Christina Ricci dans le rĂ´le impassible de Mercredi dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  dynamiter les convenances au sein d'un camp de vacances dirigĂ© par 2 moniteurs aussi benĂŞts qu'ultra conservateurs.


L'intrigue oscillant les tribulations de Mercredi et de Pugsley tentant de s'adapter auprès d'une communauté de scouts grégaires, avec les stratégies sans vergogne de la veuve noire Debbie Jellinsky (Joan Cusack, exquise de diableries perverses en duchesse pimpante !) ayant tissé sa toile dans le coeur de Fétide. S'ensuit donc à rythme métronome une avalanche de gags gouailleurs où les coups les plus cyniques et les plus couards s'affrontent la vedette quant aux postures soumises de Mercredi, Pugsley, Fétide et du nouveau né Puberté que Mercredi a bien du mal à tolérer en guise de filiation. Quant aux décors gothiques fréquemment crépusculaires (tant internes qu'externes), ils se prêtent à merveille aux us et coutumes des Addams baignant dans l'indépendance la plus marginale à coup d'effets spéciaux parfaitement exploités si bien qu'ils ne sombrent jamais dans l'inanité. Une récréation bougrement pétulante donc, vent de fraîcheur roboratif contre les pisse-froids bien-pensants.

*Bruno
2èx

mercredi 26 février 2020

A l'Est d'Eden. Golden Globe du Meilleur film dramatique, 1956.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Amazon.fr

"East of Eden" d'Elia Kazan. 1955. U.S.A. 1h56. Avec James Dean, Julie Harris, Raymond Massey, Richard Davalos, Burl Ives, Jo Van Fleet

Sortie salles France: 26 Octobre 1965

FILMOGRAPHIE: Elia Kazanjoglous, dit Elia Kazan est un rĂ©alisateur, metteur en scène de théâtre et Ă©crivain amĂ©ricain d'origine grecque, nĂ© le 7 septembre 1909, dĂ©cĂ©dĂ© le 28 septembre 2003. 1940 : It's Up to You (documentaire). 1945 : Le Lys de Brooklyn. 1947 : Le MaĂ®tre de la prairie. 1947 : Boomerang ! 1947 : Le Mur invisible. 1949 : L'HĂ©ritage de la chair. 1950 : Panique dans la rue. 1951: Un tramway nommĂ© DĂ©sir. 1952 : Viva Zapata! 1953 : Man on a Tightrope. 1954 : Sur les quais. 1955 : Ă€ l'est d'Eden. 1956 : Baby Doll. 1957 : Un homme dans la foule. 1960 : Le Fleuve sauvage. 1961 : La Fièvre dans le sang. 1963 : America, America. 1969 : L'Arrangement. 1972 : Les Visiteurs. 1976 : Le Dernier Nabab.

Chef-d’Ĺ“uvre d'Elia Kazan, immortalisĂ© par la prĂ©sence incandescente de James Dean - alors mĂŞme qu’il s’agit de son premier rĂ´le Ă  l’Ă©cran - Ă€ l’Est d’Eden conserve intact son pouvoir de fascination, grâce Ă  sa puissance dramatique d’une Ă©pure saisissante. Le film impressionne autant par le jeu des acteurs, bouleversants d’humanitĂ© candide, que par la mise en scène du cinĂ©aste, qui sublime une douloureuse rivalitĂ© familiale dans une fulgurance estampillĂ©e "Technicolor".

Nombre de plans s’apparentent Ă  de vĂ©ritables tableaux, oĂą la nature florissante dialogue avec les tourments intĂ©rieurs, sans jamais cĂ©der Ă  une quelconque gratuitĂ© esthĂ©tique. Les corps et les dĂ©cors - naturels comme domestiques - finissent par se confondre dans le cadre, dans une alchimie presque irrĂ©elle, comme si chaque espace devenait le prolongement immĂ©diat des Ă©tats d’âme.

Ă€ travers le portrait d’une famille brisĂ©e par le silence et la rupture, le film Ă©pouse l’introspection morale du jeune Cal, en quĂŞte d’une mère disparue autant que de l’amour d’un père incapable de le voir. Un père qui, Ă  l’inverse, voue une admiration plus Ă©vidente Ă  son autre fils, Aaron, figure rassurante de rĂ©ussite, lui-mĂŞme entourĂ© d’une fiancĂ©e aussi lumineuse que vertueuse.

Toute la trajectoire du rĂ©cit repose sur ce cheminement intĂ©rieur : celui d’un adolescent dĂ©chirĂ© entre sa quĂŞte maternelle, un mal-ĂŞtre existentiel de plus en plus envahissant, et un dĂ©sir de rĂ©demption qui semble constamment lui Ă©chapper. Cal avance ainsi, vacillant, prisonnier d’une condition qu’il ressent comme maudite, tandis que son entourage ne cesse de juger, voire d’Ă©touffer, sa solitude farouche, de par sa nature Ă  la fois taciturne et rebelle.

Électrisant l’Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions, James Dean impose une prĂ©sence naturelle, presque insaisissable. Fragile, hĂ©sitant, souvent maladroit dans ses Ă©lans dĂ©sespĂ©rĂ©s pour gagner l’affection paternelle, il bouleverse par la simplicitĂ© dĂ©sarmante de son jeu. Une expressivitĂ© Ă  fleur de peau, jamais forcĂ©e, qui capte l’instant avec une vĂ©ritĂ© trouble.

Face Ă  lui, Julie Harris dĂ©ploie une humanitĂ© lumineuse, tout en retenue, incarnant une figure de soutien dont la tendresse se teinte peu Ă  peu d’une ambiguĂŻtĂ© sentimentale. Le triangle qu’elle forme avec Cal et Aaron trouve sous le regard de Kazan un Ă©quilibre d’une Ă©lĂ©gance inĂ©dite, oĂą la douceur des sentiments se mĂŞle Ă  une tension Ă©motionnelle constante.

Car Ă€ l’Est d’Eden touche Ă  une forme de grâce rare. Celle d’un cinĂ©ma oĂą chaque Ă©lĂ©ment - la richesse des couleurs, la justesse des interprètes, la force universelle du rĂ©cit - semble habitĂ© par une sincĂ©ritĂ© absolue. Kazan y dĂ©peint des ĂŞtres meurtris, traversĂ©s de contradictions, avec finesse psychologique.

L’intĂ©rĂŞt du rĂ©cit rĂ©side alors dans cette lente Ă©volution morale de Cal, adolescent incompris aux Ă©lans sincères, confrontĂ© Ă  un père autoritaire, rigide et orgueilleux. Un chemin semĂ© d’Ă©preuves, oĂą les rĂ´les se renversent peu Ă  peu, jusqu’Ă  ouvrir peut-ĂŞtre la possibilitĂ© fragile d’une rĂ©conciliation.

Revoir Ă€ l’Est d’Eden, tel un rituel mĂ©tronome, c’est se confronter Ă  une Ĺ“uvre intemporelle, dont la beautĂ© “rĂ©tro” ne cesse de vibrer avec une intensitĂ© intacte. Et au cĹ“ur de cette Ă©motion, demeure le visage de James Dean - celui d’un Ă©phèbe tourmentĂ©, d’une grâce presque irrĂ©elle, qui continue, battement de cil après battement de cil, de faire chavirer les cĹ“urs. L'Ă©ternitĂ© est en lui j'vous dis. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
3èx

Récompenses:
Golden Globe, Meilleur film Dramatique, 1956.
Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Jo Van Fleet lors de la 28e cérémonie des Oscars.

mardi 25 février 2020

The Nightingale. Prix Spécial du Jury, Mostra de Venise.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jennifer Kent. 2018. Australie. 2h12. Avec Sam Claflin, Damon Herriman, Aisling Franciosi,
Charlie Shotwell, Ewen Leslie, Sam Smith.

Sortie salles Australie: 13 Octobre 2018. Italie (Mostra de Venise): 8 Septembre 2018

FILMOGRAPHIEJennifer Kent est une actrice, scénariste et réalisatrice australienne née à Brisbane en Australie. 2005 : Monstre (court métrage). 2014 : Mister Babadook. 2018 : The Nightingale.


"La meilleure façon de se venger d'un ennemi est de ne pas lui ressembler"
Pour son second long mĂ©trage, Jennifer Kent nous prouve que Mister Badadook n'Ă©tait pas un accident, tant et si bien qu'avec The Nightingale elle s'avère autrement ambitieuse Ă  transcender le sous-genre du Rape and Revenge avec une maturitĂ© insoupçonnĂ©e. Car les quelques sĂ©quences chocs qui Ă©maillent l'intrigue ont beau flirter avec l'insoutenable (viols en rĂ©union, bĂ©bĂ© et enfant assassinĂ©s face camĂ©ra, exaction sordide auprès d'un violeur, ad nauseam), Jennifer Kent s'extirpe de la complaisance de par son parti-pris d'y exprimer un rĂ©alisme cru afin de mieux dĂ©noncer les consĂ©quences du châtiment punitif. Notamment eu Ă©gard de la victime Ă©plorĂ©e s'efforçant de traquer ses tortionnaires avec une apprĂ©hension et un dĂ©sarroi davantage prĂ©gnants. Aisling Franciosi portant le film Ă  bout de bras avec une force d'expression Ă  la fois fĂ©brile et chĂ©tive au fil de son pĂ©riple sĂ©vèrement hostile (la guerre Ă©clatant tous azimuts lors de ses pĂ©rĂ©grinations). DĂ©nuĂ©e de fard et impeccablement dirigĂ©e, celle-ci parvient Ă  susciter une bouleversante empathie lors de son pĂ©riple meurtrier beaucoup plus imprĂ©visible que prĂ©vu si je me rĂ©fère Ă  sa remise en question sentencieuse. Et c'est bien lĂ  la grande force de The Nightingale lorsque la victime blasĂ©e de ses actes crapuleux dĂ©cide Ă  mi-parcours de rebrousser chemin pour s'obscurcir dans la nuit.


Outre l'impact Ă©motionnel que l'actrice suscite Ă  travers son tempĂ©rament bipolaire, Baykali Ganambarr lui partage la vedette avec une Ă©motion souvent contenue de par sa virilitĂ© primitive et les cruelles Ă©preuves de son passĂ© comparables au vĂ©cu de sa partenaire Clare. A eux deux, ils forment un tandem nĂ©vralgique inusitĂ© de par leur diffĂ©rence de culture et leur fragilitĂ© humaine teintĂ©e d'amour, de rĂ©demption mais aussi d'amertume. De par leur appui commun Ă  unir leurs forces pour l'enjeu d'une auto-justice, c'est Ă©galement l'occasion pour la rĂ©alisatrice de nous transfigurer une magnifique histoire d'amitiĂ© et de tolĂ©rance que le couple infortunĂ© uniformise dans leur condition d'exclusion. Quant au rĂ´le du "mĂ©chant", ou plus prĂ©cisĂ©ment de l'engeance, c'est bien connu: "Plus rĂ©ussi est le mĂ©chant, plus rĂ©ussi sera le film !". Cette tagline empruntĂ©e Ă  Hitchock ne dĂ©roge donc pas Ă  la règle si bien que l'acteur Sam Claflin immortalise de son empreinte dĂ©lĂ©tère le rĂ´le d'un officier sans vergogne se vautrant dans le viol et le meurtre avec une impassibilitĂ© exĂ©crable. Et ce en dĂ©pit de son physique bellâtre imprimĂ© d'orgueil impĂ©rieux et de condescendance. On peut d'ailleurs noter qu'Ă  travers la haine qu'il nous attise nous attendions impatiemment sa dĂ©route promise, et ce avant de nous remettre sur le droit chemin de la morale, faute des exactions putassières de Clare subitement consciente de s'ĂŞtre adonnĂ©e Ă  une ultra-violence prĂ©judiciable. 


RĂ©cit initiatique Ă  la sagesse et Ă  la rĂ©demption sous couvert d'une intelligente rĂ©flexion sur la perte de l'innocence, manifeste anti-raciste quant Ă  la condition soumise des aborigènes victimes de la purge coloniale des britanniques en 1825, The Nightingale constitue une Ă©prouvante descente aux enfers que Jennifer Kent inscrit sur pellicule de sa personnalitĂ© frondeuse. DĂ©nuĂ© de partition musicale et tournĂ© en 1.37 Ă  travers une fastueuse flore naturelle, celle-ci honore le drame naturaliste sous couvert d'un Rape and Revenge âpre et tendu mais onirique (tant crĂ©pusculaire que limpide) et profondĂ©ment humaniste quant Ă  la valeur de son intensitĂ© dramatique. 

Dédicace à Cid Orlandu

*Bruno

Récompenses:
Mostra de Venise 2018 :
Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir pour Baykali Ganambarr
Prix spécial du jury pour Jennifer Kent

lundi 24 février 2020

The Machinist

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Brad Anderson. 2004. U.S.A/Espagne. 1h42. Avec Christian Bale, Jennifer Jason Leigh, Aitana Sanchez-Gijon, John Sharian, Michael Ironside, Lawrence Gilliard.

Sortie salles France: 19 Janvier 2005. U.S: 18 Janvier 2004

FILMOGRAPHIEBrad Anderson est un réalisateur né en 1964 à Madison (Connecticut) aux États-Unis. Il est également scénariste et monteur. 1995 : Frankenstein's Planet Monster's! 1996 : The Darien Gap. 1999 : Et plus si affinités. 2001 : Session 9. 2001 : Happy Accidents. 2005 : The Machinist. 2008 : Transsibérien. 2010 : L'Empire des Ombres. 2013 : The Call. 2014 : Hysteria. 2018: Opération Beyrouth. 2019 : La Fracture.


Drame psychologique greffĂ© au thriller, The Machinist relate la lente folie paranoĂŻde d’un ouvrier solitaire rongĂ© par l’insomnie. Amaigri de 28 kilos pour le rĂ´le, Christian Bale porte le film sur ses frĂŞles Ă©paules dans cette fonction contrariĂ©e de victime persĂ©cutĂ©e par un Ă©trange mastard Ă  lunettes noires. ÉclairĂ© par une photographie dĂ©saturĂ©e, contrastant avec les Ă©tats d’âme torturĂ©s de Trevor - dont les seules compagnies amiteuses se rĂ©sument Ă  une prostituĂ©e au grand cĹ“ur et une serveuse de snack - The Machinist plonge le spectateur au cĹ“ur d’une psychĂ© nĂ©buleuse, au fil d’un climat malsain toujours plus saillant. Brad Anderson parvient Ă  distiller une atmosphère ombrageuse et permĂ©able autour de ce personnage profondĂ©ment empathique, injustement broyĂ© dans sa condition morale, attachĂ© Ă  des valeurs d’amabilitĂ©, d’amitiĂ© et de considĂ©ration, notamment envers la gente fĂ©minine, tandis que ses collègues d’usine ne cessent de le brimer et de le discrĂ©diter Ă  la suite d’un grave incident professionnel qu’il a provoquĂ©.


BercĂ© par une partition hitchcockienne de Roque Baños - au point que l’ombre de Bernard Herrmann plane sur l’intrigue - The Machinist convoque Ă©galement des rĂ©miniscences de Lynch et de Polanski pour incarner la moralitĂ© en berne de Trevor, persuadĂ© d’ĂŞtre la victime d’un complot Ă  grande Ă©chelle. Le spectateur dĂ©mystifie peu Ă  peu l’irrationalitĂ© de ces situations, Ă©manant d’un esprit dĂ©labrĂ© par l’insomnie (il avouera n’avoir pas dormi depuis un an), au point d’engendrer hallucinations et distorsions de la rĂ©alitĂ©. Sans dĂ©voiler son dĂ©nouement surprenant - moins brutal qu’attendu, mais autrement plus accablant sur le plan humain - Brad Anderson rĂ©vèle un scĂ©nario plus subtil qu’il n’y paraĂ®t, reconsidĂ©rant le profil de Trevor, rongĂ© par la culpabilitĂ©, la honte et le remords. De ce retournement aussi inopinĂ© que cohĂ©rent Ă©merge un nouveau niveau de lecture, Ă©clairant les tenants et aboutissants moraux d’un homme occultant un secret odieux.


Par son climat dĂ©lĂ©tère, lentement envoĂ»tant jusqu’Ă  instiller un malaise moral, et par la rigueur d’une mise en scène dĂ©pouillĂ©e scrutant les agissements interlopes d’une victime paranoĂŻaque aux portes de la dĂ©mence, The Machinist s’impose comme un vĂ©ritable thriller Ă  suspense, doublĂ© d’un drame psychologique poignant, que Christian Bale magnifie d’un humanisme discrètement dĂ©cent.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
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