mercredi 26 février 2020

A l'Est d'Eden. Golden Globe du Meilleur film dramatique, 1956.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Amazon.fr

"East of Eden" d'Elia Kazan. 1955. U.S.A. 1h56. Avec James Dean, Julie Harris, Raymond Massey, Richard Davalos, Burl Ives, Jo Van Fleet

Sortie salles France: 26 Octobre 1965

FILMOGRAPHIE: Elia Kazanjoglous, dit Elia Kazan est un rĂ©alisateur, metteur en scène de théâtre et Ă©crivain amĂ©ricain d'origine grecque, nĂ© le 7 septembre 1909, dĂ©cĂ©dĂ© le 28 septembre 2003. 1940 : It's Up to You (documentaire). 1945 : Le Lys de Brooklyn. 1947 : Le MaĂ®tre de la prairie. 1947 : Boomerang ! 1947 : Le Mur invisible. 1949 : L'HĂ©ritage de la chair. 1950 : Panique dans la rue. 1951: Un tramway nommĂ© DĂ©sir. 1952 : Viva Zapata! 1953 : Man on a Tightrope. 1954 : Sur les quais. 1955 : Ă€ l'est d'Eden. 1956 : Baby Doll. 1957 : Un homme dans la foule. 1960 : Le Fleuve sauvage. 1961 : La Fièvre dans le sang. 1963 : America, America. 1969 : L'Arrangement. 1972 : Les Visiteurs. 1976 : Le Dernier Nabab.

Chef-d’Ĺ“uvre d'Elia Kazan, immortalisĂ© par la prĂ©sence incandescente de James Dean - alors mĂŞme qu’il s’agit de son premier rĂ´le Ă  l’Ă©cran - Ă€ l’Est d’Eden conserve intact son pouvoir de fascination, grâce Ă  sa puissance dramatique d’une Ă©pure saisissante. Le film impressionne autant par le jeu des acteurs, bouleversants d’humanitĂ© candide, que par la mise en scène du cinĂ©aste, qui sublime une douloureuse rivalitĂ© familiale dans une fulgurance estampillĂ©e "Technicolor".

Nombre de plans s’apparentent Ă  de vĂ©ritables tableaux, oĂą la nature florissante dialogue avec les tourments intĂ©rieurs, sans jamais cĂ©der Ă  une quelconque gratuitĂ© esthĂ©tique. Les corps et les dĂ©cors - naturels comme domestiques - finissent par se confondre dans le cadre, dans une alchimie presque irrĂ©elle, comme si chaque espace devenait le prolongement immĂ©diat des Ă©tats d’âme.

Ă€ travers le portrait d’une famille brisĂ©e par le silence et la rupture, le film Ă©pouse l’introspection morale du jeune Cal, en quĂŞte d’une mère disparue autant que de l’amour d’un père incapable de le voir. Un père qui, Ă  l’inverse, voue une admiration plus Ă©vidente Ă  son autre fils, Aaron, figure rassurante de rĂ©ussite, lui-mĂŞme entourĂ© d’une fiancĂ©e aussi lumineuse que vertueuse.

Toute la trajectoire du rĂ©cit repose sur ce cheminement intĂ©rieur : celui d’un adolescent dĂ©chirĂ© entre sa quĂŞte maternelle, un mal-ĂŞtre existentiel de plus en plus envahissant, et un dĂ©sir de rĂ©demption qui semble constamment lui Ă©chapper. Cal avance ainsi, vacillant, prisonnier d’une condition qu’il ressent comme maudite, tandis que son entourage ne cesse de juger, voire d’Ă©touffer, sa solitude farouche, de par sa nature Ă  la fois taciturne et rebelle.

Électrisant l’Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions, James Dean impose une prĂ©sence naturelle, presque insaisissable. Fragile, hĂ©sitant, souvent maladroit dans ses Ă©lans dĂ©sespĂ©rĂ©s pour gagner l’affection paternelle, il bouleverse par la simplicitĂ© dĂ©sarmante de son jeu. Une expressivitĂ© Ă  fleur de peau, jamais forcĂ©e, qui capte l’instant avec une vĂ©ritĂ© trouble.

Face Ă  lui, Julie Harris dĂ©ploie une humanitĂ© lumineuse, tout en retenue, incarnant une figure de soutien dont la tendresse se teinte peu Ă  peu d’une ambiguĂŻtĂ© sentimentale. Le triangle qu’elle forme avec Cal et Aaron trouve sous le regard de Kazan un Ă©quilibre d’une Ă©lĂ©gance inĂ©dite, oĂą la douceur des sentiments se mĂŞle Ă  une tension Ă©motionnelle constante.

Car Ă€ l’Est d’Eden touche Ă  une forme de grâce rare. Celle d’un cinĂ©ma oĂą chaque Ă©lĂ©ment - la richesse des couleurs, la justesse des interprètes, la force universelle du rĂ©cit - semble habitĂ© par une sincĂ©ritĂ© absolue. Kazan y dĂ©peint des ĂŞtres meurtris, traversĂ©s de contradictions, avec finesse psychologique.

L’intĂ©rĂŞt du rĂ©cit rĂ©side alors dans cette lente Ă©volution morale de Cal, adolescent incompris aux Ă©lans sincères, confrontĂ© Ă  un père autoritaire, rigide et orgueilleux. Un chemin semĂ© d’Ă©preuves, oĂą les rĂ´les se renversent peu Ă  peu, jusqu’Ă  ouvrir peut-ĂŞtre la possibilitĂ© fragile d’une rĂ©conciliation.

Revoir Ă€ l’Est d’Eden, tel un rituel mĂ©tronome, c’est se confronter Ă  une Ĺ“uvre intemporelle, dont la beautĂ© “rĂ©tro” ne cesse de vibrer avec une intensitĂ© intacte. Et au cĹ“ur de cette Ă©motion, demeure le visage de James Dean - celui d’un Ă©phèbe tourmentĂ©, d’une grâce presque irrĂ©elle, qui continue, battement de cil après battement de cil, de faire chavirer les cĹ“urs. L'Ă©ternitĂ© est en lui j'vous dis. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
3èx

Récompenses:
Golden Globe, Meilleur film Dramatique, 1956.
Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Jo Van Fleet lors de la 28e cérémonie des Oscars.

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