vendredi 12 novembre 2021

Jennifer 8

                                            
                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Bruce Robinson. 1992. U.S.A. 2h05. Avec Andy GarcĂ­a, Lance Henriksen, Uma Thurman, Graham Beckel, Kathy Baker, Kevin Conway, John Malkovich.

Sortie salles France: 14 Avril 1993. U.S: 6 Novembre 1992

FILMOGRAPHIEBruce Robinson est un acteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 2 mai 1946 Ă  Broadstairs (Royaume-Uni). 1987 : Withnail et moi. 1989 : How to Get Ahead in Advertising. 1992 : Jennifer 8. 2011 : Rhum express.


Thriller Ă  suspense de haute volĂ©e impeccablement menĂ© par le mĂ©connu Bruce Robinson, Jennifer 8 fait clairement parti du haut du panier du genre au sein de la dĂ©cennie 90. Tant et si bien que 2h05 durant, celui-ci parvient Ă  maintenir l'attention de par son rĂ©cit ciselĂ© conjuguant romance et thriller noir avec une efficacitĂ© dĂ©nuĂ©e de fioriture. L'excellent Andy Garcia (disparu des Ă©crans depuis trop longtemps) endossant sans luxe le rĂ´le d'un flic tourmentĂ© au moment de tenter d'Ă©lucider une affaire crapuleuse après la dĂ©couverte macabre d'une main sectionnĂ©e appartenant probablement Ă  une aveugle. Sa piste l'entraĂ®nant Ă  frĂ©quenter Helena Robertson, Ă©galement aveugle qui lui avoue que la main dĂ©couverte dans une dĂ©charge appartiendrait sans doute Ă  sa co-locataire Amber disparue il y a peu au grĂ© de multiples indices. Avec l'aide de son acolyte Freddy Ross (Lance Henriksen inscrit dans une attention amiteuse aimablement friponne), John devient obsĂ©dĂ© Ă  l'idĂ©e d'alpaguer le tueur en sĂ©rie s'en prenant uniquement aux jeunes femmes aveugles. De par son intrigue particulièrement bien Ă©crite prenant son temps Ă  poser les bases d'une romance aussi prude que prochainement houleuse, Jennifer 8 nous attache Ă  ses personnages oĂą amour et amitiĂ© finiront par leur porter un lourd tribus. 


Car sans dĂ©florer la vĂ©nĂ©neuse intrigue redoutablement insidieuse, Jennifer 8 tisse lentement une toile d'araignĂ©e autour de l'unitĂ© de ses protagonistes aux valeurs humaines indĂ©fectibles. Et si dans un 1er temps on se laisse facilement charmer par cette romance candide au sein du couple qu'Umma Thurman exprime naturellement en jeune aveugle tĂ©nue et quelque peu timorĂ©e, sa seconde partie autrement intense, hypnotique et passionnante s'affiche plus dense et subtile lorsque John finit par tomber dans les mailles d'un filet machiavĂ©lique lorsque le tueur parvient Ă  le faire suspecter de meurtre auprès de ses collègues jouant la sourde oreille pour l'Ă©pauler. Fort d'un climat fĂ©tide davantage Ă©touffant lors de l'interrogatoire cĂ©rĂ©bral entre John et l'agent St. Anne (endossĂ© par un implacable John Malkovich en imprĂ©cateur trop affirmĂ©) persuadĂ© qu'il est coupable, Jennifer 8 se dĂ©cline en affrontement tendu lorsque les deux individus ne cesseront de se contredire pour cet enjeu criminel oĂą le tueur en libertĂ© reste constamment invisible. Par consĂ©quent, c'est d'ailleurs Ă  ce moment propice que l'on saisit pourquoi le rĂ©alisateur eut tant attachĂ© d'importance Ă  la romance entre John et Helena afin que le tueur puisse exercer son pouvoir et son autoritĂ© sur eux avec une facilitĂ© infiniment sournoise. Quand bien mĂŞme  au moment oĂą l'Ă©tau se resserre auprès du sort de John, le dĂ©nouement s'ouvre Ă  nous sans nous prĂ©venir Ă  l'aide d'un rebondissement redoutablement retors. 


Redoutablement charmant et envoĂ»tant auprès de ses interprètes charismatiques Ă  la complĂ©mentaritĂ© solidaire ou amoureuse jamais programmĂ©e, Jennifer 8 sait parfaitement doser ses ingrĂ©dients contradictoires sous l'impulsion d'un suspense anxiogène dominant la situation macabre avec une maĂ®trise technique et formelle constamment attrayante. Jennifer 8 possĂ©dant une force attractive incorrigible pour entraĂ®ner le spectateur dans une investigation morbide teintĂ©e de sĂ©quences oppressantes subtilement vertigineuses. Un grand thriller en somme dĂ©jĂ  fort cĂ´tĂ© lors de sa sortie mais aujourd'hui toujours aussi enviable dans son adroite symbiose des genres.  
  

*Eric Binford
26.07.19
12.11.21. 3èx VO

jeudi 11 novembre 2021

Dark August

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Martin Goldman. 1976. U.S.A. 1h27. Avec  Kim Hunter, J.J. Barry, Carolyne Barry, Kate McKeown,  Frank Bongiorno, William Robertson.

Sortie salle France: probablement inĂ©dit. U.S: 10 Septembre 1976

FILMOGRAPHIE: Martin Goldman est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 2016: The Reading (completed). 1997 Legend of the Spirit Dog. 1976 Dark August. 1972 The Legend of Nigger Charley. 


Exclusivement rĂ©servĂ© aux amateurs de bizarrerie introuvable, Dark August est une Ă©trange curiositĂ© relativement soignĂ©e au niveau de sa mise en scène et du jeu des acteurs mĂ©connus. A condition d'y privilĂ©gier la VO tant la version doublĂ©e s'apparente Ă  une irregardable sĂ©rie Z, les acteurs ayant subitement Ă©garĂ©s toute forme de crĂ©dibilitĂ©. Quant au rĂ©cit linĂ©aire, il relate le calvaire moral d'un peintre de 38 ans harcelĂ© par le grand-père de la petite fille qu'il eut percutĂ© en voiture quelques annĂ©es plus tĂ´t. SpĂ©cialiste d'occulte, le vieillard fait donc appel aux forces du Mal pour tenter de dĂ©truire ce responsable de la mort de la fillette. Ainsi, en dĂ©pit de cette intrigue ultra simpliste et redondante, parfois traversĂ©e de moments saugrenus (l'incendie du studio interrompu par les pompiers), le rĂ©alisateur parvient nĂ©anmoins Ă  maintenir un (timide) intĂ©rĂŞt de par sa sobriĂ©tĂ© d'y conter scrupuleusement son histoire de sorcellerie au grĂ© d'une ambiance champĂŞtre parfois hostile renforcĂ©e d'un rĂ©alisme ombrageux. 


Celui-ci soignant le cadre de la nature environnante avec, en intermittence, l'intrusion d'un étrange individu encapuchonné semblant épier le peintre et son épouse à proximité de leur résidence. Qui plus est, l'apparence patibulaire du vieillard suscite parfois un certain malaise lors de ses brèves apparitions dénuées d'émotions. En revanche, son dernier quart d'heure s'attardant sur un rituel afin de désenvouter le peintre demeure poussif auprès de ses incantations récursives que le spectateur observe de façon nonchalante. Qui plus est, son dénouement à double twist joue un peu trop sur l'ambiguïté Spoil ! quant à la véritable identité de l'homme encapuchonné virant sa cuti pour se retourner contre celui qui l'eut invoqué. Sans compter sa séquence finale à la fois dérangeante, cruelle et incompréhensible lorsque le peintre est subitement sujet à une agression injustifiée. Fin du Spoil


Un ovni franc-tireur donc passablement attachant, modeste hĂ©ritier de l'ambiance Ă©sotĂ©rique des Seventies. 

*Eric Binford.

mercredi 10 novembre 2021

It Follows. Grand Prix, Prix de la Critique, Gérardmer 2015.

                                                       
                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

de David Robert Mitchell. 2014. U.S.A. 1h40. Avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Jake Weary, Olivia Luccardi, Daniel Zovatto.

Sortie salles France: 4 FĂ©vrier 2015. U.S: 27 Mars 2015

FILMOGRAPHIEDavid Robert Mitchell est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain.
2010: The Myth of the American Sleepover. 2014: It Follows.


"It Follows : Fugue en Do mineur pour une chair traquée".
RĂ©vision d’un authentique coup de ❤ du psycho-killer Ă©sotĂ©rique, pur film d’ambiance traversĂ© de moments de flippe vertigineux. DĂ©sormais un classique (en glacis), l’un des meilleurs reprĂ©sentants du genre de ces trente dernières annĂ©es.

Grand vainqueur de GĂ©rardmer en 2015 (Grand Prix et Prix de la Critique !), It Follows est la seconde Ĺ“uvre — picturale — d’un rĂ©alisateur novice, Ă©perdument amoureux du genre. Par son goĂ»t pour l’esthĂ©tisme onirico-macabre qu’un format scope transfigure avec un sens du cadre stylisĂ© ; par sa musique mĂ©tronomique, tantĂ´t lancinante, tantĂ´t stridente, directement inspirĂ©e de Carpenter, Tim Krog, Fred Myrow et Malcolm Seagrave (Phantasm) ; et surtout, par son ambiance anxiogène palpable, convoquant instinctivement les fleurons horrifiques des annĂ©es 80.

Prenant Ă  rebours les poncifs du psycho-killer lambda, It Follows brosse le portrait d’adolescents intelligents, humains, fragiles, tendres et solidaires — Ă  l’opposĂ© des archĂ©types rebelles, fumeurs de joints et sexuellement dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s. Par le prisme de la mort et de la sexualitĂ©, David Robert Mitchell renouvelle le genre Ă  travers une entitĂ© malĂ©fique que n’aurait pas reniĂ©e Ulli Lommel. Remake Ă  peine dĂ©guisĂ© du très sympathique Spectre (The Boogeyman), le film en partage le surnaturel (cette prĂ©sence invisible traquant ses proies sans relâche), l’ambiance Ă©sotĂ©rique et la musicalitĂ© envoĂ»tante.

Le rĂ©alisateur aborde ainsi la peur du Mal et celle du sexe sous un angle ironique : les ados, pour survivre, doivent copuler. L’entitĂ© poursuit inlassablement le dernier Ă  avoir osĂ© l’acte. MĂ©taphore des maladies vĂ©nĂ©riennes, de l’Ă©mancipation sexuelle comme exorcisme des nĂ©vroses, It Follows Ă©pouse le rĂ©cit initiatique d’une quĂŞte de maturitĂ©, mettant en lumière une Ă©preuve collective menĂ©e par une bande d’amis pour repousser la menace.

Fort de cette prĂ©sence irrĂ©elle, polymorphe et toujours hostile, et de la manière subjective dont Mitchell filme la tranquillitĂ© mortifère d’une bourgade ricaine abandonnĂ©e par l’autoritĂ© parentale, on pense inĂ©vitablement Ă  Halloween. L’ombre de Michael Myers semble scruter chaque recoin, chaque geste d’une jeunesse en sursis. Le cinĂ©aste jongle avec l’angoisse et la terreur au fil de situations alĂ©atoires, sublimĂ©es par une esthĂ©tique onirique : la nature, sa faune, sa flore, multipliant les paraboles sur la virginitĂ© et la dĂ©floration.

Si les sĂ©quences de flippe se font discrètes, certaines effraient profondĂ©ment lorsque l’entitĂ© prend une forme humaine indistincte pour surgir Ă  l’instant le plus inopportun. Seule la victime ayant consommĂ© l’acte peut percevoir cette forme — ses camarades, impuissants, n’en distinguent que le nĂ©ant.

Angoissant de manière graduelle, constamment envoĂ»tant comme un good tripIt Follows mise sur la tension dramatique : l’hĂ©roĂŻne, fragile et dĂ©terminĂ©e, cherche une Ă©chappatoire, un nouveau partenaire Ă  qui transmettre le fardeau. Mitchell exploite cette menace via une mise en scène gĂ©omĂ©trique d’une prĂ©cision chirurgicale : chaque plan, chaque mouvement est d’une stylisation rigoureuse. Sur ce point, It Follows est aussi une prouesse technique, un artisanat de l’effroi sculptĂ© dans la grâce. Une ambiance interlope, infiniment ensorcelante. Un miracle, vous dis-je, digne des plus beaux reprĂ©sentants des annĂ©es 80 — Stand By Me baignant dans un crĂ©puscule macabro-Ă©rotique.


"It Follows : l’orgasme Ă  crĂ©dit".
Ă€ la fois angoissant, perturbant, terrifiant et tendre, fragile et romantique, It Follows rĂ©invente les codes avec la sincĂ©ritĂ© d’un auteur passionnĂ© par les atmosphères diffuses. PortĂ© par la prĂ©sence juvĂ©nile d’acteurs sobrement attachants dans leurs rĂ´les d’ados en rĂ©bellion, transcendĂ© par une BO capiteuse, le film dĂ©ploie une ambiance crĂ©pusculaire oĂą l’insĂ©curitĂ© s’enracine. Ce psycho-killer dĂ©guisĂ© active la peur par un pitch surnaturel qui dĂ©tourne habilement la sexualitĂ© adolescente. Un cinĂ©ma d’horreur adulte, comme on n’en fait plus depuis les annĂ©es 80. Un pur morceau d’ambiance funeste, promis Ă  trĂ´ner parmi les classiques du genre.
Total respect, Monsieur Mitchell.

*Eric Binford
18.05.15. 251 v
10.11.21. 2èx. VO

La Chronique de Spectrehttp://brunomatei.blogspot.fr/2014/11/spectre-boogeyman.html

Récompenses:
Prix de la Critique Internationale au Festival du cinĂ©ma AmĂ©ricain de Deauville, 2014
Grand Prix et Prix de la critique au Festival du film Fantastique de GĂ©rardmer, 2015.

mardi 9 novembre 2021

Benedetta

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Paul Verhoeven. 2021. France/Hollande/Belgique. 2h11. Avec Virginie Efira, Elena Plonka, Charlotte Rampling, Daphné Patakia, Lambert Wilson, Olivier Rabourdin, Louise Chevillotte

Sortie salles France: 9 Juillet 2021 (Int - 12 ans)

FILMOGRAPHIE
: Paul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam.
1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book. 2016: Elle. 2021: Benedetta. 


"C'est fort, puissant, on en sort hanté, chamboulé, entre malaise et réconfort."
Attendu comme le messie après 5 ans d'absence derrière la camĂ©ra, Paul Verhoeven s'inspire cette fois-ci de l'histoire vraie de la nonne italienne Benedetta Carlini que Virginie Elfira endosse avec une troublante pudeur "nĂ©crosĂ©e". Tant auprès des scènes de nuditĂ© effrontĂ©es que des Ă©treintes saphiques Ă  l'Ă©rotisme Ă  la fois viscĂ©ral et dĂ©rangeant eu Ă©gard de l'environnement religieux auquel le couple vit reclus Ă  travers leurs Ă©changes saphiques. Jouant sans cesse sur l'ambivalence de ses Ă©tats d'âme contradictoires (notamment pour ses pulsions Ă©ventuellement masochistes lorsque Dieu lui ordonne de souffrir pour lui), Virginie Elfira est proprement habitĂ©e par son personnage blasphĂ©matoire en lesbienne novice fĂ©rue de passion lubrique, de dolorisme et de floraison sentimentale. Comme de coutume provocateur et sulfureux au grĂ© d'une imagerie lascive parfois (voir mĂŞme frĂ©quemment) teintĂ©e de sang, Paul Verhoeven dresse donc le profil très ambigu de soeur Benedetta dĂ©couvrant la tendresse et les plaisirs sexuels auprès de Bartolomea, jeune fille abusĂ©e par son père mais recueillie au couvent après lui avoir suppliĂ© de l'extirper de son bourreau pervers. 


Ainsi, 2h11 durant; on nous dĂ©voile la quotidiennetĂ© troublĂ©e de soeur Benedetta habitĂ©e de visions christiques particulièrement sanglantes, voire littĂ©ralement possĂ©dĂ©e par le dĂ©mon, probablement afin de s'expier de ses pĂŞchĂ©s charnels qu'elle se dĂ©couvre avec une fougue addictive. Le rĂ©cit subtilement traitĂ© cultivant une atmosphère Ă  la fois malsaine et inquiĂ©tante, notamment lorsque s'y interpose l'Ă©vĂŞque le nonce (formidable Lambert Wilson Ă  travers sa suffisance et son Ă©goĂŻsme dĂ©testables !) afin de juger l'Ă©ventuelle culpabilitĂ© de Benedetta. Et ce en y perpĂ©trant les actes de torture que l'on exĂ©cute sous son impĂ©riositĂ© sur la jeune maĂ®tresse influençable Bartolomea (en apprĂ©ciant Ă©galement beaucoup le jeu naturel de DaphnĂ© Patakia lors de ses expressions rebelles ou dĂ©munies, les yeux doucement Ă©carquillĂ©s). Fustigeant le fanatisme, l'hypocrisie, la fĂ©lonie, les superstitions et les mĂ©thodes inquisitrices d'une doctrine catholique rĂ©actionnaire au sein de leur Ă©poque fĂ©odale, Benedetta est portĂ© par la maĂ®trise indiscutable de sa mise en scène baroque privilĂ©giant un rĂ©alisme tantĂ´t froid, tantĂ´t flamboyant; parfois mĂŞme rugueux en dĂ©pit de la diction théâtrale des comĂ©diens français impulsant une intensitĂ© dramatique au fil d'un dĂ©nouement assez imprĂ©visible. 


Si on a peut-ĂŞtre connu Paul Verhoeven plus inspirĂ© et percutant lors de ses glorieuses annĂ©es d'insolence en franc-tireur, Benedetta ne manque surement pas de charme "terriblement" vĂ©nĂ©neux, de beautĂ© candide (les scènes Ă©rotiques jamais complaisantes sont magnifiquement expressives dans les rapports Ă©troits de jouissance mĂŞme si parfois la gĂŞne s'y fait ressentir) et de densitĂ© psychologique (bien que parfois/souvent dĂ©routant) afin d'y tolĂ©rer une histoire saphique au sein d'une caste religieuse tributaire de son ultra conservatisme. A dĂ©couvrir absolument si bien qu'au second visionnage l'expĂ©rience sulfureuse demeure encore plus rigoureuse, caustique, vitriolĂ©e, dĂ©rangeante, mais aussi Ă©purĂ©e, pudique et salvatrice auprès du duo saphique Ă  la fois incompris, infortunĂ©, irrĂ©cusable. Tout bien considĂ©rĂ©, une oeuvre hybride unique qui en sortira grandie avec le temps, mĂŞme si le public non averti est contraint de s'y prĂ©parer.  

*Bruno
09.11.21
10.01.24. 2èx

lundi 8 novembre 2021

Darkman

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Sam Raimi. 1990. 1h36. U.S.A. Avec Liam Neeson, Frances McDormand, Colin Friels, Larry Drake, Nelson Mashita, Jessie Lawrence Ferguson, Rafael H. Robledo.

Sortie salles France: 14 Novembre 1990. U.S: 24 AoĂ»t 1990

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 23 Octobre 1959 à Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.

En dĂ©pit de son manque d'envergure et d'un aspect parfois tĂ©lĂ©film, Darkman est un très bon divertissement surfant sur les influences de la Universal Monster issue du FantĂ´me de l'Opera avec un goĂ»t prononcĂ© pour le cartoon dĂ©bridĂ© pour y moderniser sa mythologie du monstre tragique. Si bien qu'Ă  la suite de son passage Ă  tabac par les sbires de Robert G. Durant, le gĂ©nĂ©ticien Peyton Westlake se retrouve brĂ»lĂ© et dĂ©figurĂ© au sein de son labo rĂ©duit en champ de bataille. PassĂ© pour mort, il dĂ©cide d'Ă©laborer sa vengeance en exploitant sa nouvelle crĂ©ation, une peau synthĂ©tique capable de lui permettre de changer de visages durant un temps limitĂ©. Dans le rĂ´le de Darkman, et Ă©paulĂ© de maquillages rĂ©ussis, Liam Neeson demeure très convaincant en monstre en berne partagĂ© entre son appĂ©tence pour la vendetta meurtrière, son amour dĂ©muni auprès de sa partenaire et son humanisme torturĂ© de renouer avec ses nobles instincts. 

Sam Raimi accordant beaucoup d'attention Ă  humaniser ce personnage esseulĂ© plongĂ© dans ses idĂ©es noires après que celui-ci essuya une terrible correction punitive. Dans celui de son ennemi jurĂ©, l'Ă©trange Larry Drake demeure dĂ©testable en leader gouailleur ne lĂ©sinant par sur la cruautĂ© et le sadisme auprès de ses exactions punitives dĂ©nuĂ©es de complexe. On est d'ailleurs Ă©tonnĂ© de constater la brutalitĂ© de certaines sĂ©quences, en particulier le prologue auquel Peyton Westlake est sĂ©vèrement mis Ă  mal avec la bande de Durant lors d'une succession de châtiments corporels particulièrement sardoniques (on peu d'ailleurs prĂŞter une certaine allusion Ă  Robocop de Verhoeven pour sa violence incisive et sa thĂ©matique fondĂ©e sur la vengeance du point de vue du monstre maudit).

Inventif, romanesque, explosif et rocambolesque auprès d'un rythme pĂ©tulant surfant sur la bande dessinĂ©e dĂ©complexĂ©e, Darkman est un pur divertissement dĂ©bridĂ© auquel Raimi renoue avec sa maestria technique traditionnelle (montage ultra dynamique) pour renforcer sa texture animĂ©e sous l'impulsion de personnages lunaires aussi hystĂ©risĂ©s.  

*Eric Binford
3èx VO

Récompense: Festival international du film de Catalogne en 1990 : prix du meilleur réalisateur et des meilleurs effets spéciaux

vendredi 5 novembre 2021

Possessor. Grand Prix, Gérardmer 2021.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Brandon Cronenberg. 2020. Canada. 1h45 (Uncut). Avec Andrea Riseborough, Christopher Abbott, Sean Bean, Jennifer Jason Leigh, Tuppence Middleton, Rossif Sutherland 

Sortie salles France: 7 Avril 2021 (dvd). Canada: 9 Octobre 2021.

FILMOGRAPHIEBrandon Cronenberg est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste canadien nĂ© le 10 janvier 1980. 2008 : Broken Tulips (court mĂ©trage). 2010 : The Camera and Christopher Merk (court mĂ©trage). 2012 : Antiviral. 2018 : Please Speak Continuously and Describe Your Experiences as They Come to You (court mĂ©trage). 2019 : Possessor. 


Une épreuve cérébrale nécrosée qui fera date.
Coup de massue dans la tronche passĂ© le gĂ©nĂ©rique de fin couleur giallesque, tant et si bien que l'on a beau ne point saisir tous les tenants et aboutissants des personnages bicĂ©phales ne formant plus qu'un dans leur condition soumise au goĂ»t du sang et de la rancoeur, Possessor est une expĂ©rience extrĂŞme vue nulle part ailleurs. AurĂ©olĂ©s du Grand Prix Ă  GĂ©rardmer et du Meilleur Film Ă  Catalogne, les Festivaliers ont tout de mĂŞme eu une sacrĂ©e audace de rĂ©compenser une oeuvre cĂ©rĂ©brale aussi dĂ©rangeante et malaisante, voire parfois mĂŞme insoutenable pour sa brutalitĂ© graphique s'apparentant Ă  du Fulci Ă  ses plus belles heures gorasses. Autant dire que les scènes chocs hyper complaisantes, mais transcendĂ©es d'une mise en scène aussi maĂ®trisĂ©e que scrupuleuse (le montage est Ă  couper au rasoir), se succèdent Ă  bâtons rompus de manière aussi cinglante qu'escarpĂ©e. Autrement dit, rien ou si peu ne nous est Ă©pargnĂ© lors des missions criminelles agonisantes, Spoil ! pas mĂŞme le sacrifice d'un enfant, le corps impactĂ© et le crane explosĂ© de balles de calibre sans l'ombre du hors-champs. Fin du Spoil.

Mais pas que, car fort d'une ambiance anxiogène Ă  la fois clinique, austère et rĂ©frigĂ©rante tentant (avec succès) d'hypnotiser les sens du spectateur (un peu Ă  l'instar de Frissons de Cronenberg), Possessor nous fait participer Ă  une expĂ©rience de cinĂ©ma atypique au sein d'une sociĂ©tĂ© dĂ©shumanisĂ©e dĂ©versant des rĂ©pliques parfois amphigouriques auprès d'une populace lobotomisĂ©e depuis des lustres. Le pitch retraçant les exactions criminelles de Tasya Vos, dĂ©pendante d'une technologie rĂ©volutionnaire, dans la mesure oĂą celle-ci accepte auprès d'une organisation de pĂ©nĂ©trer dans le cerveau d'un quidam pour le pousser Ă  commettre l'irrĂ©parable selon les injonctions d'une gente huppĂ©e sans vergogne. Or, alors qu'elle accomplit sa seconde mission auprès du sujet masculin Colin, un incident technique (ou cĂ©rĂ©bral) la contraint de rester bloquĂ© dans son corps alors que celui-ci tentera par tous les moyens de rĂ©cupĂ©rer son identitĂ© lors d'Ă©clairs de conscience assombris par ses actes crapuleux. Le rĂ©cit, tentaculaire, labyrinthique, ne cessant de nous tourmenter la rĂ©tine et l'encĂ©phale lorsque Colin et Tasya s'interposent dans leur psychĂ© torturĂ©e de visions morbides et cauchemardesques. Brandon Cronenberg recourant Ă  une imagerie parfois hallucinatoire aussi dĂ©rangĂ©e qu'ensorcelante Ă  travers des images malsaines de corps, de visages liquĂ©fiĂ©s, tumĂ©fiĂ©s ou dĂ©composĂ©s.   


Une claque vitriolée indécrottable.
Complètement vrillĂ© donc si bien que l'on perd rapidement pied avec la rĂ©alitĂ© qui nous est proposĂ©e de façon sciemment Ă©quivoque (comme la victime atone, dĂ©ambulant tel un fantĂ´me errant, nous  ressentions ses pertes de repères cĂ©rĂ©brales au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique rĂ©solument cauchemardesque), Possessor traite comme nul autre cinĂ©aste provocateur de la contagion de la violence, faute d'une perte identitaire, au coeur d'une sociĂ©tĂ© vampire ayant perdu toute notion d'humanitĂ©. Evidemment Ă©prouvant et viscĂ©ralement perturbant mais irrĂ©mĂ©diablement fascinant de par le vĂ©risme de ses images expressives d'une acuitĂ© plus vraie que nature, Possessor est Ă  rĂ©server Ă  un public prĂ©parĂ© pour qui vĂ©nère les pĂ©riples au bout de l'enfer cĂ©rĂ©bral. 

*Eric Binford
2èx VO

Récompenses

Festival international du film de Catalogne 20205 :

Meilleur film

Meilleur réalisateur

Festival international du film fantastique de Gérardmer 2021 :

Grand prix du Jury

Meilleure musique originale pour Jim Williams

jeudi 4 novembre 2021

Halloween 2 / Halloween II : The Nightmare Isn't Over

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinedweller.com

de Rick Rosenthal. 1981. U.S.A. 1h32. Avec Jamie Lee Curtis, Donald Pleasence, Charles Cyphers, Jeffrey Kramer, Lance Guest, Pamela Susan Shoop, Hunter von Leer, Dick Warlock, Leo Rossi, Gloria Gifford...

Sortie salles France: 16 juin 1982.  U.S: 30 octobre 1981

FILMOGRAPHIE: Rick Rosenthal est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 15 juin 1949 Ă  New York.
1981 : Halloween 2 ,1983 : Bad boys ,1984 : American Dreamer,1987 : Russkies ,1987 : Distant Thunder ,1994 : Les Oiseaux 2, 2002 : Halloween rĂ©surrection (Halloween 8) , SĂ©ries T.V: 2002 : Buffy contre les vampires (Ă©pisodes Ă€ la dĂ©rive et la PrĂ©diction), 2003 Ă  2008 : Smallville (7 Ă©pisodes).

 
Horror Hospital
Un vrai film d’ambiance, symptĂ´me des psycho-killers des annĂ©es 80.

Trois ans après le succès surprise de John Carpenter, un jeune cinĂ©aste inconnu, Rick Rosenthal, est enrĂ´lĂ© pour concrĂ©tiser une suite co-scĂ©narisĂ©e et produite par son initiateur. Une rumeur persistante prĂ©tend d’ailleurs que Carpenter aurait remontĂ© le film en post-production et rĂ©alisĂ© certaines sĂ©quences supplĂ©mentaires, trouvant le rythme initial trop lent Ă  son goĂ»t. Fort de l’Ă©norme succès du premier volet, Halloween 2 bĂ©nĂ©ficie d’un budget plus consĂ©quent — 2 500 000 dollars — et accède Ă  son tour Ă  une notoriĂ©tĂ© publique.

Le pitch : après les Ă©vĂ©nements terribles qui ont failli coĂ»ter la vie Ă  la baby-sitter Laurie Strode, Michael Myers reste obstinĂ©ment dĂ©cidĂ© Ă  l’assassiner. ConfinĂ©e dans un hĂ´pital pour sa convalescence, la jeune patiente va de nouveau redoubler d’efforts pour dĂ©jouer ses agissements meurtriers. 

En reprenant le final Ă©quivoque du premier Halloween, suggĂ©rant la disparition de Michael Myers, Halloween 2 concentre l’essentiel de son action durant cette mĂŞme nuit du 31 octobre 1978, au sein d’un hĂ´pital de l’Illinois, oĂą Laurie est soignĂ©e pour ses blessures. Après un nouveau meurtre, le tueur dĂ©cide de la retrouver, Ă©liminant quiconque croise son chemin. Quant au Dr Loomis, rongĂ© par le doute d’avoir accidentellement tuĂ© un innocent masquĂ©, il tente vainement de retrouver sa trace, flanquĂ© d’un agent fĂ©dĂ©ral et d’une infirmière.

PassĂ©e une première demi-heure inquiĂ©tante, rythmĂ©e par les errances nocturnes de Michael filmĂ©es en vue subjective, l’intrigue glisse vers un suspense plus latent, nichĂ© dans l’enceinte claustrophobe d’un hĂ´pital paradoxalement dĂ©sertĂ© d’une partie de son personnel et de ses patients. Cette situation improbable permet nĂ©anmoins Ă  Rosenthal d’instiller un climat d’Ă©trangetĂ© fascinant, la prĂ©sence muette du tueur y prenant des airs presque irrĂ©els. 
                 
Sur le canevas d’un Vendredi 13, le rĂ©cit aligne alors une succession de meurtres efficaces, ponctuĂ©s de jump scares, tout en distillant une insĂ©curitĂ© oppressante. Une sĂ©quence, surtout, foudroie : Michael, tapi derrière une infirmière, dĂ©voile soudain son masque spectral avant de la poignarder. Grâce Ă  cette atmosphère sourdement inquiĂ©tante, la seconde partie enchaĂ®ne sĂ©quences angoissantes et poursuites haletantes, rehaussĂ©es par le score mĂ©tronomique de Carpenter, encore maĂ®tre de la tension. Et pour parachever cette escalade, le dernier acte se resserre en une traque Ă©chevelĂ©e entre Laurie et son Boogeyman, serpentant les couloirs d’un huis clos mĂ©dical dont Rick Rosenthal exploite avec efficacitĂ© recoins et souterrains, jusqu’Ă  l’affrontement final.

Quant au Dr Loomis, toujours aussi anachronique et parfois irresponsable (sa bĂ©vue lors de la traque d’un suspect masquĂ© !), il tente, dans un ultime sursaut hĂ©roĂŻque, de stopper dĂ©finitivement le Mal. Dans ce cache-cache avec l’inconnu qu’incarne l’insondable Michael Myers, un rebondissement majeur rĂ©vĂ©lera la filiation liant Laurie Ă  son bourreau. Endossant Ă  nouveau la baby-sitter au regard tantĂ´t contrariĂ©, tantĂ´t Ă©pouvantĂ©, Jamie Lee Curtis crève l’Ă©cran : sa fragilitĂ© sous sĂ©datif Ă©pouse une dĂ©termination vibrante pour dĂ©jouer l’inĂ©luctable. Donald Pleasence, en Dr Loomis, campe un chasseur obsessionnel, Ă  la fois obtus, fĂ©brile et animĂ© d’une ardeur presque suicidaire.


"
Nuit blanche Ă  l’HĂ´pital du Mal".
En dĂ©pit de ses facilitĂ©s et d’un schĂ©ma narratif balisĂ©, Halloween 2 alterne suspense latent, angoisse diffuse et sursaut viscĂ©ral. SĂ©rie B plaisamment magnĂ©tique, forte du charisme de ses comĂ©diens, du charme funèbre de son ambiance et de l’impact frontal de ses meurtres et poursuites en vase clos. Rosenthal, hĂ©las, reprendra plus tard le flambeau dans un huitième volet de sinistre mĂ©moire, avec son concept risible de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© basculant en fiasco. Mais pour l’heure, dans cet hĂ´pital hantĂ©, le Mal rĂ´de — et nous, spectateurs, avec lui.

*Eric Binford
08.01.11. VF
31.10.14. VF
04.11.21. VO. 7è


NOTE (wikipedia): Le film devait ĂŞtre tournĂ© en relief Ă  la demande des scĂ©naristes et producteurs, mais Ă  cause du coĂ»t Ă©levĂ© de la 3D et que la plupart des Ă©vènements du film se dĂ©roulent de nuit, la proposition fut tombĂ©e Ă  l'eau ! Une version alternative de Halloween 2, connue sous le nom de Rick Rosenthal Version, a Ă©tĂ© diffusĂ©e Ă  la tĂ©lĂ©vision au dĂ©but des annĂ©es 1980. La plupart des images violentes et gores et plusieurs scènes supplĂ©mentaires ont Ă©tĂ© ajoutĂ©es. Cette autre version est parfois visible sur la chaĂ®ne American Movie Classics. Ă€ l'origine, cette version du rĂ©alisateur dĂ©plut Ă  John Carpenter qui en fĂ®t un nouveau montage. Une Ă©dition spĂ©ciale DVD regroupant les deux versions est sortie en 2001

mercredi 3 novembre 2021

Frankenstein rencontre le Loup-Garou / Frankenstein Meets the Wolf Man

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaboutit.com

de Roy William Neill. 1943. U.S.A. 1h15. Avec Lon Chaney Jr., Ilona Massey, Patric Knowles, Lionel Atwill, Bela Lugosi, Maria Ouspenskaya. 

Sortie salles France: 15 Décembre 1954. U.S: 5 Mars 1943

FILMOGRAPHIE concernant uniquement les annĂ©es 40Roy William Neill, de son vrai nom Roland de Gostrie, est un producteur de cinĂ©ma et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 4 septembre 1887 sur un bateau proche des cĂ´tes d'Irlande1 (son père Ă©tait capitaine de vaisseau) et mort le 14 dĂ©cembre 1946 Ă  Londres en Angleterre (Royaume-Uni) Ă  la suite d'une rupture d'anĂ©vrisme.1940 : His Brother's Keeper. 1940 : Hoots Mon. 1940 : The Good Old Days. 1942 : Les Yeux des bas-fonds. 1942 : Madame Spy. 1942 : Sherlock Holmes et l'Arme secrète. 1942 : Frankenstein rencontre le loup-garou. 1943 : Sherlock Holmes Ă  Washington. 1943 : Échec Ă  la mort. 1944 : La Femme aux araignĂ©es. 1944 : La Griffe sanglante. 1944 : La Perle des Borgia. 1944 : La Fière Tzigane. 1945 : La Maison de la peur. 1945 : La Femme en vert. 1945 : Mission Ă  Alger. 1946 : Le Train de la mort. 1946 : La Clef. 1946 : L'Ange noir. 

Faisant suite au Loup-Garou et au FantĂ´me de Frankenstein produits un an plus tĂ´t, Frankenstein rencontre le Loup-garou joue clairement la carte de la sĂ©rie B bonnard sous la houlette de Roy William Neill, rĂ©alisateur mĂ©connu ayant oeuvrĂ© de 1920 jusqu'aux annĂ©es 40 avec pas loin de 50 mĂ©trages. Ainsi, en ayant l'audace dĂ©bridĂ©e de rĂ©unir Ă  l'Ă©cran le Loup-garou et le monstre de Frankenstein lors d'une confrontation au sommet (son final facĂ©tieux vaut assurĂ©ment le dĂ©tour Ă  travers sa mise en image aussi naĂŻve que spectaculaire !), Roy William Neill exploite un rĂ©cit capillotractĂ© pour tenir lieu des motivations dĂ©sespĂ©rĂ©es du loup Ă  trouver un remède qui pourrait le dĂ©livrer de l'immortalitĂ©. Alors que celui-ci aurait tout simplement pu se tirer une balle (d'argent) dans la tĂŞte pour mettre un terme Ă  sa besogne criminelle. 

                                      

Mais tributaire de l'intrigue farfelue concoctĂ©e par le scĂ©nariste Curt Siodmak, il compte donc sur les archives du Dr Frankenstein ensevelis dans les vestiges de son château pour tenter de trouver une solution miracle Ă  son fardeau, quand bien mĂŞme au moment de ces fouilles il tombera sur l'apparition congelĂ©e du monstre confinĂ© dans un bloc de glace. Un pitch improbable mais plaisamment amusant Ă  tĂ©moigner de ses efforts risibles Ă  endiguer la malĂ©diction avec l'appui amiteux de la fille du Dr Frankenstein et d'un praticien altruiste bientĂ´t atteint de mĂ©galomanie malgrĂ© lui. Tout cela Ă©tant traitĂ© avec autant de sĂ©rieux que de lĂ©gèretĂ©, tant et si bien que l'on suit cette nouvelle aventure horrifique avec un inĂ©vitable sourire amusĂ©. D'autant plus que la dĂ©froque du monstre de Frankenstein endossĂ©e par le cabotin Bela Lugosi demeure Ă  la limite de la semi-parodie lorsque celui-ci tente avec le plus grand sĂ©rieux d'Ă©muler son partenaire iconique Boris Karloff dans une posture rigide mĂ©canique.

                                           

Baignant dans un noir et blanc magnĂ©tique parmi quelques dĂ©cors macabres fascinants (le prĂ©lude dans la nĂ©cropole est juste magnifique) et portĂ© par la prĂ©sence convaincante de Lon Chaney Jr. en victime meurtrie par son sort lycanthrope, Frankenstein rencontre le Loup-Garou se dĂ©cline en sympathique sĂ©rie B d'Ă©pouvante au charme rĂ©tro palpable (noir et blanc expressif aidant). 

*Eric Binford
2èx

mardi 2 novembre 2021

Maniac / The Maniac

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moriareviews.com

de Michael Carreras. 1963. Angleterre. 1h26. Avec Kerwin Mathews, Nadia Gray, Donald Houston, Liliane Brousse, George Pastell.

Sortie salles France: ?.  Angleterre: 20 Mai 1963

FILMOGRAPHIE: Michael Carreras est un producteur et réalisateur britannique né le 21 décembre 1927 à Londres et mort dans la même ville le 19 avril 1994. 1955 : Eric Winstone's Stagecoach. 1957: The Steel Bayonet. 1961 : Visa to Canton (en). 1961 : La Chevauchée des outlaws. 1963 : Maniac. 1963 : What a Crazy World. 1964 : Les Maléfices de la momie. 1967 : Les Femmes préhistoriques. 1968 : Le Peuple des abîmes. 1971 : La Momie sanglante. 1974 : Un dénommé Mister S.

En quĂŞte de second souffle Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 60, la Hammer Film redore son blason en s'inspirant des Thrillers hitchcockiens si bien que 3 ans plus tĂ´t Psychose dĂ©boulait sur les Ă©crans pour traumatiser son public friand d'Ă©pouvante. Par consĂ©quent, ce Maniac sorti prĂ©cisĂ©ment en 1963, Ă©galement tournĂ© en noir et blanc, nous entraĂ®ne dans une vĂ©nĂ©neuse relation conjugale en compagnie d'un touriste Ă©tranger (dragueur invĂ©tĂ©rĂ©) batifolant avec la belle-fille et la mère de celle-ci, tenancière d'un bistrot du Sud de la France. Or, 4 ans plus tĂ´t, l'Ă©poux de cette dernière fut internĂ© en asile psychiatrique après avoir assassinĂ© au chalumeau (une sĂ©quence fort cruelle mĂŞme si le hors-champs est de rigueur) le violeur de sa fille. Ainsi, Ă  travers ce duo d'amants Ă  la fois volage, sournois et perfide amorçant sans complexe leur fraĂ®che relation face au tĂ©moignage candide de la belle-fille particulièrement influençable et chagrinĂ©e de trahison, Michael Carreras finit par nous manipuler en renchĂ©rissant les rebondissements durant l'ultime demi-heure. 

Fort plaisant et soigneusement filmĂ© Ă  travers ses dĂ©cors naturels (la Camargue) ou historiques (une arène en ruine) particulièrement baroques, Maniac dĂ©gage un climat solaire Ă  la fois sĂ©duisant et dĂ©concertant sous l'impulsion du couple en Ă©treinte en concertation vĂ©reuse. Mais chut, n'en dĂ©voilons pas plus, le spectateur s'attachant Ă  leur liaison et Ă  la douce Annette avec une curiositĂ© davantage expansive eu Ă©gard des retournements de situations fructueux qui relancent l'action lors de sa dernière partie. Et bien que l'on peut dĂ©plorer un dernier rebondissement too much, pour ne pas dire superfĂ©tatoire lors des 5 dernières minutes (on sent clairement Ă  nouveau l'influence Hitchcockienne), Maniac nous laisse sur un sentiment de satisfaction somme toute rĂ©jouissant. Notamment en tenant compte de la complĂ©mentaritĂ© du casting mĂ©connu sobrement dirigĂ© par un Michael Carreras plutĂ´t inspirĂ© Ă  Ă©muler le maĂ®tre du suspense au sein d'une intrigue Ă  la fois incongrue et sinueuse faisant intervenir un Ă©quivoque psychopathe. 

Un excellent thriller Ă  suspense donc injustement mĂ©connu (il reste inĂ©dit en salles chez nous mais renait enfin de sa torpeur chez l'Ă©diteur ESC en formats Dvd et Blu-Ray), qui plus est tournĂ© dans un superbe scope aussi inquiĂ©tant qu'envoĂ»tant (on se croirait mĂŞme parfois dans un western pour vous donner un avant goĂ»t de la scĂ©nographie assez hybride par moments sans sombrer dans la fioriture). 

*Eric Binford

lundi 1 novembre 2021

Fanatic / Die ! die ! My darling !

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Twitter

de Silvio Narizzano. 1965. Angleterre. 1h36. Avec Tallulah Bankhead, Stefanie Powers, Peter Vaughan, Maurice Kaufmann, Yootha Joyce, Donald Sutherland 

Sortie salles France: ?.  U.S: 19 Mai 1965

FILMOGRAPHIESilvio Narizzano, nĂ© le 8 fĂ©vrier 1927 Ă  MontrĂ©al au Canada et mort le 26 juillet 2011 Ă  Londres, est un rĂ©alisateur anglophone canadien. 1965 : Fanatic. 1966 : Georgy Girl. 1968 : El Gringo (Blue). 1970 : Le Magot (The Loot). 1973 : Le Salopard (Senza ragione). 1977 : PitiĂ© pour le prof (Why Shoot the Teacher?). 1979 : L'École ras-le-bol (The Class of Miss MacMichael). 1979 : Las flores del vicio. 1981 : Choices. 


Clairement sous influence hitchcockienne, Fanatic est un thriller Ă  suspense tout Ă  fait plaisant de par son intrigue criminelle insidieuse brocardant le fanatisme religieux lorsqu'une mĂ©gère, propriĂ©taire d'une bâtisse gothique, s'en prend Ă  son ex belle soeur depuis la mort de son fils chĂ©ri Ă©duquĂ© dans une doctrine catholique. Sans rĂ©volutionner le genre ou d'y laisser une empreinte indĂ©lĂ©bile, Fanatic fait tranquillement son job pour nous fournir un efficace jeu de soumission et de torture psychologique 1h36 durant. La pauvre victime fĂ©minine s'efforçant Ă  moult reprise de s'Ă©chapper de cet enfer domestique isolĂ© de toutes habitations. Ainsi, Ă  travers d'intenses confrontations psychologiques que se disputent Patricia, Mme Trefole ainsi que ses deux domestiques, Fanatic use de la perversitĂ© de ces antagonistes s'efforçant de l'expier de ses pĂŞchers en la retenant prisonnière. Et si l'intrigue habilement construite demeure toujours captivante (sans toutefois nous surprendre), elle le doit beaucoup Ă  son Ă©tonnant casting que forment Tallulah Bankhead (divine d'austĂ©ritĂ© en mĂ©gère dĂ©catie fĂŞlĂ©e du bulbe), la charmante Stefanie Powers (Pour l'amour du Risque) en victime Ă©plorĂ©e auquel son sort prĂ©caire nous suscite dĂ©sarroi et apprĂ©hension, Peter Vaughan / Yootha Joyce jouant le couple de domestiques avec hypocrisie vĂ©nale, et enfin Donald Sutherland en jardinier mentalement dĂ©ficient. 


InĂ©dit en salles chez nous et d'autant plus occultĂ©, Fanatic renait de ces cendres grâce Ă  l'Ă©diteur ESC auquel le chaland aura la possibilitĂ© de prĂ©coniser la version SD ou HD. Pour autant non indispensable, faute du classicisme du schĂ©ma narratif mainte fois traitĂ©, mais tout Ă  fait ludique et jamais ennuyeux Ă  travers la sobriĂ©tĂ© de son suspense haletant, Fanatic est un sympathique exercice de style que la Hammer ne manque pas de fignoler auprès de l'exploitation de ses dĂ©cors gothiques parfois inquiĂ©tants (notamment vers son final Ă©tonnamment saturĂ© avec ce que nous rĂ©serve l'intĂ©rieur de la cave). Tout Ă  fait frĂ©quentable donc. 

*Eric Binford

vendredi 29 octobre 2021

Les Damnés / The Damned

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Joseph Losey. 1963. Angleterre. 1h27. Avec Macdonald Carey, Shirley Anne Field, Oliver Reed, Viveca Lindfors, Barbara Everest, Nicholas Clay. 

Sortie salles France: 30 Septembre 1964. Angleterre: 19 Mai 1963

FILMOGRAPHIE: Joseph Losey est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 14 janvier 1909 Ă  La Crosse dans le Wisconsin et mort le 22 juin 1984 Ă  Londres. 
1939 : Pete Roleum and His Cousins. 1941 : Youth Gets a Break. 1941 : A Child Went Forth. 1945 : A Gun in His Hand. 1947 : Leben des Galilei. 1948 : Le Garçon aux cheveux verts. 1950 : Haines. 1951 : Le RĂ´deur. 1951 : M. 1951 : La Grande Nuit. 1952 : Un homme Ă  dĂ©truire. 1954 : La bĂŞte s'Ă©veille. 1955 : A Man on the Beach. 1956 : L'Étrangère intime. 1957 : Temps sans pitiĂ©. 1958 : Gipsy. 1959 : First on the Road. 1959 : L'EnquĂŞte de l'inspecteur Morgan. 1960 : Les Criminels. 1962 : Eva. 1963 : Les DamnĂ©s. 1963 : The Servant. 1964 : Pour l'exemple. 1966 : Modesty Blaise. 1967 : Accident. 1968 : Boom. 1968 : CĂ©rĂ©monie secrète. 1970 : Deux hommes en fuite. 1971 : Le Messager. 1972 : L'Assassinat de Trotsky. 1973 : Maison de poupĂ©e. 1975 : Galileo. 1975 : Une Anglaise romantique. 1976 : Monsieur Klein. 1978 : Les Routes du sud. 1979 : Don Giovanni. 1980 : Boris Godunov (TV). 1982 : La Truite. 1985 : Steaming. 


DĂ©couvrir pour la 1ère fois Les DamnĂ©s; oeuvre aussi mĂ©connue que mal aimĂ©e alors qu'il s'agit d'une prod Hammer, est une expĂ©rience terriblement dĂ©concertante selon mon propre jugement de valeur. ReconsidĂ©rĂ© depuis son flop commercial et ses critiques timorĂ©es de l'Ă©poque, Les DamnĂ©s n'est nullement une oeuvre mineure vite vue vite oubliĂ©e, tant le rĂ©alisateur Joseph Losey fignole sa mise en scène auteurisante en dirigeant adroitement ses acteurs au dĂ©triment (d'une mĂ©canique ludique) du cinĂ©ma de Genre. Le cinĂ©aste ne cachant pas sa frilositĂ© pour ce dernier, notamment auprès des composantes de la science-fiction et de l'horreur auquel la Hammer se fit une spĂ©cialitĂ© reconnue sur plusieurs dĂ©cennies. Et cela se ressent fortement Ă  mon sens au cours du rĂ©cit apathique des DamnĂ©s filmĂ© dans un magnifique scope monochrome tantĂ´t envoĂ»tant, tantĂ´t baroque (ses statues en chiffon ou papier mâchĂ©). Le rĂ©alisateur scrupuleux prenant son temps Ă  planter son (double) univers et ses personnages paumĂ©s au coeur d'un climat maritime Ă©thĂ©rĂ© sensiblement inquiĂ©tant. 


RĂ©cit d'anticipation langoureux abordant le drame, la romance et la violence Ă  l'aide d'un parti-pris anti ludique, les DamnĂ©s est donc une oeuvre hybride difficile d'accès, de par son climat austère nonchalant et du peu d'empathie Ă©prouvĂ©e pour les protagonistes en dĂ©pit d'un sujet brĂ»lant stigmatisant le pĂ©ril nuclĂ©aire. Ses enfants retranchĂ©s dans un labo top secret servant de cobayes pour la survie de l'humanitĂ© vouĂ©e Ă  sa destruction. Et si sa première partie, peu Ă  peu captivante, annonce fissa l'aura tĂ©nĂ©breuse d'une romance Ă  la fois dĂ©senchantĂ©e et Ă©ventuellement rassurante sur fond de règlements de compte machistes (les blousons noirs avec ce frère leader hyper protecteur envers sa soeur), la seconde partie s'avère un peu plus dĂ©routante lorsque le couple et le frère sont contraints de s'allier au moment d'ĂŞtre hĂ©bergĂ©s dans une grotte par des enfants Ă  la peau Ă©trangement glacĂ©e. Et bien que 2/3 longueurs s'y font parfois ressentir, faute d'un rythme sporadique dĂ©stabilisant, son final nihiliste rehausse l'intĂ©rĂŞt Ă  travers sa dramaturgie escarpĂ©e offrant une ampleur Ă  l'ensemble un peu plus dense et marquante. 


Remarquablement interprĂ©tĂ© (Oliver Reed en tĂŞte en blouson noir neurasthĂ©nique, la charmante Shirley Anne Field en marginale influençable) et mis en scène par l'auteur rĂ©putĂ© Joseph Losey (Mr Klein, The Servant, le Garçon aux Cheveux Verts), Les DamnĂ©s demeure une oeuvre chorale aussi intĂ©ressante que glaçante Ă  dĂ©couvrir avec prĂ©caution faute de son climat austère limite antipathique. En tout Ă©tat de cause il ne laisse pas indiffĂ©rent pour les amateurs de raretĂ©s indĂ©pendantes si bien qu'un second visionnage y serait profitable afin de mieux l'apprivoiser et s'y approprier son essence hermĂ©tique. 

*Eric Binford.

jeudi 28 octobre 2021

Alone in the Dark / Dément

                                             
                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imbd.com

de Jack Sholder. 1982. U.S.A. 1h33. Avec Dwight Schultz, Deborah Hedwall, Donald Pleasence, Jack Pallance et Martin Landau.

Sortie salles France: ?. U.S: 12 Novembre 1982

FILMOGRAPHIEJack Sholder est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 8 juin 1945 Ă  Philadelphia. 1973: The Garden Party (court-mĂ©trage). 1982: Alone in the dark. 1985: Le Revanche de Freddy. 1987: Hidden. 1988: Vietnam War Story 2. 1989: Flic et Rebelle. 1990: By Dawn's Early Light (tĂ©lĂ©-film). 1993: 12H01: prisonnier du temps (tĂ©lĂ©-film). 1994: SĂ©lection naturelle (tĂ©lĂ©-film). 1994: The Omen (tĂ©lĂ©-film). 1996: Generation X (tĂ©lĂ©-film). 1997: Panique sur l'autoroute (tĂ©lĂ©-film). 1999: Wishmaster 2. 2001: Arachnid. 2002: Beeper. 2004: 12 Days of terror.


Jack Sholder, modeste artisan rĂ©vĂ©lĂ© en 1987 par Hidden (Grand Prix Ă  Avoriaz tout de mĂŞme !), se fit connaĂ®tre auprès des amateurs d'horreur avec ce premier long abordant le psycho-killer parmi la prĂ©sence d'un trio de vĂ©nĂ©rables vĂ©tĂ©rans (Martin LandauDonal Pleasance et Jack Palance). Ainsi, Ă  partir d'une idĂ©e simple mais originale (profitant d'une gigantesque panne Ă©lectrique, quatre psychopathes s'Ă©chappent d'un asile  pour semer la terreur chez une famille ricaine), Jack Sholder rĂ©alise un petit miracle d'efficacitĂ© oĂą terreur et humour noir se tĂ©lescopent harmonieusement. Et si certaines situations s'avèrent Ă©culĂ©es, son rĂ©alisme inopinĂ© (renforcĂ© du jeu Ă©tonnamment convaincant des interprètes, notamment auprès du jeu naturel de l'attachante Elizabeth Ward du haut de ses 12/13 ans) ainsi que la dĂ©rision macabre que le rĂ©alisateur emploie avec sagacitĂ© permet d'y dĂ©tourner les clichĂ©s, effets de surprise en sus. Je songe surtout Ă  la sĂ©quence du "monstre du placard" illustrant un jeune couple en Ă©treinte rĂ©fugiĂ© sous la couette alors que l'un des tueurs est planquĂ© Ă  un endroit inhabituel de la chambre ! Mais bien avant ce principe ludique du huis-clos cauchemardesque, Jack Sholder cumule les sĂ©quences humoristiques ou saugrenues en nous prĂ©sentant les patients de l'hĂ´pital que le Dr Leo (Donald Pleasance toujours aussi naturellement magnĂ©tique) Ă©duque avec un humanisme lunaire. Une première partie fort plaisante donc traitĂ© avec rĂ©alisme dĂ©calĂ©, notamment lorsque le Dr Dan Potter (endossĂ© avec aplomb par le mĂ©connu Dwight Schultz) s'invite dans une boite punk sous l'influence de sa soeur et de son Ă©pouse. 


Par cette occasion dĂ©bridĂ©e d'ambiance de carnaval (les chanteurs sont affublĂ©s de costumes horrifiques), les nostalgiques de cette tendance musicale marginale Ă©prouveront les joies festives de la danse dĂ©sordonnĂ©e du Pogo. Alors que dès que nos quatre demeurĂ©s se retrouvent en libertĂ© pour se venger du supplĂ©ant Dan Potter (car persuadĂ©s que ce dernier est responsable de la mort de l'ancien praticien), le film s'adonne Ă  une sĂ©rie de pĂ©ripĂ©ties meurtrières renforcĂ©es d'un humour noir irrĂ©sistible. Il faut dire que nos quatre lurons s'en donnent Ă  coeur joie pour perpĂ©trer leurs exactions Ă  travers leur complicitĂ© railleuse rancunière. L'ambiance horrifico-saugrenue s'affirmant davantage vers l'ultime demi-heure, home invasion affolant lorsque la famille du Dr Potter tentera de se prĂ©munir contre la menace externe tentant de pĂ©nĂ©trer Ă  moult reprise en interne de leur bâtisse. LĂ  aussi, Jack Sholder rĂ©ussit Ă  nous convaincre d'une situation rebattue au grĂ© de rebondissements vigoureux rehaussĂ©s de la caractĂ©risation affolĂ©e des protagonistes usant pour autant de bravoure pour venir Ă  bout de l'intrusion dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e des envahisseurs au rictus diablotin (Martin Landau en tĂŞte de peloton). Or, derrière cette satire macabre fort ludique s'y dĂ©voile  une certaine rĂ©flexion sur la rĂ©insertion sociale des schizophrènes en y adoptant une dĂ©marche humaniste pleinement inscrite dans la tolĂ©rance. Si bien qu'au final, nous comprendrons pour quelle vĂ©ritable motivation affective nos demeurĂ©s s'Ă©taient empressĂ©s de venger la disparition du mĂ©decin altruiste particulièrement compĂ©tent pour pouvoir les comprendre, les aimer et Ă©ventuellement les guĂ©rir.


Doctor in love
Sous couvert d'une parabole sur la nĂ©vrose sociĂ©tale (un dĂ©ment y est tapi en chacun de nous !), Alone in the Dark demeure donc une perle (rare) d'humour noir malencontreusement occultĂ©e de nos jours en dĂ©pit de son irrĂ©vocable efficacitĂ© Ă  jouer au jeu du chat et de la souris sous l'impulsion d'aimables vĂ©tĂ©rans dĂ©saxĂ©s s'en donnant Ă  coeur joie dans leurs expressions dĂ©complexĂ©es.    

*Eric Binford
28.10.21. 3èx
04.04.13. 129v

mercredi 27 octobre 2021

La Proie d'une Ombre

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Night House" de David Bruckner. 2020. U.S.A. 1h47. Avec Rebecca Hall, Stacy Martin, Sarah Goldberg, Evan Jonigkeit, Vondie Curtis-Hall. 

Sortie salles France: 15 Septembre 2021. U.S: 20 Août 2021

FILMOGRAPHIEDavid Bruckner est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma amĂ©ricain nĂ© en 1977 ou 1978. 2007 : The Signal (corĂ©alisĂ© par Dan Bush et Jacob Gentry). 2011 : Talk Show (court mĂ©trage). 2012 : V/H/S - segment Amateur Night. 2015 : Southbound - segment The Accident. 2017 : Le Rituel (The Ritual). 2019 : Creepshow (sĂ©rie TV) - 2 Ă©pisodes. 2020 : La Proie d'une ombre (The Night House). Prochainement : Hellraiser. 


Qu'est-ce qu'il y a ? Y'a rien lĂ -bas. 
- Je sais.
Après nous avoir surpris avec la production Netflix, le Rituel, David Brucker s'affirme encore plus avec son dernier né, La Proie d'une Ombre. Une ghost story intimiste d'une belle sobriété quant à sa capacité maîtrisée de nous faire croire au surnaturel par l'entremise d'une réflexion spirituelle. Celle d'une foi à l'existence du Bien et du Mal selon nos convictions tant et si bien que la protagoniste en berne qui nous est habilement esquissée sera mise à l'épreuve auprès d'une énigme filandreuse constamment captivante. Car si La Proie d'une Ombre s'avère aussi inquiétant, étrange, feutré et envoûtant, il le doit beaucoup au brio de son suspense ciselé jouant efficacement avec les codes avec originalité payante. A l'instar de son final haletant exploitant des effets spéciaux aussi réalistes que dépouillés lorsque le cinéaste met en pratique les exactions d'une présence invisible que l'on croirait extirpée du parangon l'Emprise de Sidney J. Furie

Outre son suspense charpentĂ© ne cessant de nous interroger sur la fragilitĂ© morale de l'hĂ©roĂŻne naviguant entre rĂŞve (/ hallucinations) et rĂ©alitĂ©, La Proie d'une Ombre est d'autant plus renforcĂ© du jeu fĂ©brile de Rebecca Hall parvenant Ă  nous retransmettre une palette d'Ă©motions tranchĂ©es ou incertaines Ă  travers son investigation personnelle Ă  daigner dĂ©mĂŞler le vrai du faux au sein d'un contexte macabre d'apparence improbable. Le rĂ©cit en suspens demeurant suffisamment bien menĂ©, fertile en rebondissements vĂ©nĂ©neux pour nous faire douter du dĂ©sarroi de l'hĂ©roĂŻne en proie Ă  une remise en question spirituelle dans sa condition meurtrie d'espĂ©rer revoir son ĂŞtre aimĂ© d'autrefois. Celle-ci combattant ses propres convictions rationnelles (tout le rĂ©cit intime n'Ă©tant qu'une Ă©preuve de force) par le biais d'un ectoplasme sciemment Ă©quivoque afin de la faire douter de ses certitudes fondĂ©es sur le nĂ©ant. 


L'au-delĂ 
RĂ©flexion sur notre perception du Bien et du Mal sous couvert de fĂŞlures morales Ă©prouvantes originaires d'une love story Ă  la fois malsaine, chĂ©tive et poignante (et ce en dĂ©pit d'un manque d'Ă©motions et d'intensitĂ© dramatique qui auraient pu confiner Ă  la perle rare), la Proie d'une Ombre aborde brillamment le genre horrifique avec autant de soin (formel et technique) que de rĂ©alisme sans fard pour nous interroger sur l'influence d'esprits nĂ©fastes qui nous entourent selon notre conception existentielle. En d'autre terme, le Mal est bel et bien prĂ©sent d'après l'alchimiste David Bruckner.

*Eric Binford