de Philippe Mora. 1976. Australie. 1h42. Avec Dennis Hopper, Jack Thompson, David Gulpilil, Frank Thring, Michael Pate, Wallas Eaton, Bill Hunter, John Hargreaves, Martin Harris, Robin Ramsay.
Sortie Salles US: 22 Septembre 1976.
FILMOGRAPHIE: Philippe Mora est un réalisateur, scénariste et producteur français né à Paris en 1949. 1969: Trouble in Molopolis. 1976: Mad Dog Morgan, 1982: Les Entrailles de l'Enfer, 1984: The Return of Captain Invincible, Une Race à part, 1985: Hurlements 2, 1986: Death of a soldier, 1987: Hurlements 3, 1989: Communion, 1994: Art deco detective, 1996: Precious Find, 1997: Pterodactyl Woman from Beverlly Hills, 1997: Snide and Prejudice, Back in Business, 1998: Joseph's Gift, 1999: Mercenary 2: Thick and thin (télé-film), 2001: Burnong Down the House.

Touche-à-tout indécrottable et spécialiste de séries B dégénérées, Philippe Mora réalise en 1976 un western bis hors du commun, habité par l’interprétation survoltée du grand Dennis Hopper (en pleine apogée… disons chimique).
Ce récit romancé, inspiré notamment des écrits de Margaret Carnegie, évoque la trajectoire du véritable hors-la-loi Daniel Morgan, figure trouble et insaisissable de l’Australie coloniale du XIXe siècle.
Dans les années 1860, Daniel Morgan, immigré irlandais, est condamné à douze ans de prison pour un simple vol de vêtements. Libéré après six années pour bonne conduite, il retourne à la nature avec une rage contenue et un désir trouble de justice. Entre révolte sociale et dérive personnelle, il se lie d’amitié avec un Aborigène et entreprend de défier l’ordre établi, rançonnant les puissants tout en épargnant - parfois - les plus modestes. Rapidement, les forces de Victoria et de New South Wales se lancent à sa poursuite.
Mais quelle mouche a piqué Mora pour accoucher d’un tel objet ?
Mad Dog Morgan est moins un western qu’une crise de nerfs filmée. Le portrait halluciné d’un homme en rupture, constamment en déséquilibre, tiraillé entre idéalisme maladroit et pulsions destructrices. Morgan n’est ni héros, ni véritable rebelle : c’est une anomalie.
En filigrane, le film esquisse une critique acide d’une autorité coloniale brutale, intolérante, souvent arbitraire. Une justice expéditive, qui broie plus qu’elle ne corrige. Et dont la violence se prolonge jusque dans la mort : exécuté, Morgan sera décapité, son corps livré à la curiosité pseudo-scientifique, transformé en objet d’étude et en trophée morbide.
Le film épouse cette folie.
Montage anarchique, ruptures de ton, scènes parfois proches du délire pur : Mora refuse toute stabilité. On pense à ce prélude brutal où une milice xénophobe massacre un village d’immigrés — moment de sidération qui installe immédiatement un monde sans repères moraux. Puis viennent la prison, les humiliations, les sévices. Autant d’étapes qui fissurent irrémédiablement l’homme.
Lorsqu’il retrouve la liberté, Morgan n’est déjà plus le même.
Sa rencontre avec un Aborigène semble ouvrir une parenthèse d’apaisement — illusion fugace. Car très vite, l’alcool, la rancœur et l’humiliation accumulée le font basculer dans une errance mentale quasi schizophrène, où ses actes oscillent entre clémence imprévisible et violence aveugle.
Et au cœur de ce chaos : Dennis Hopper.
Habité, imprévisible, presque inquiétant, il livre ici une performance totalement débridée. Son Morgan est à la fois grotesque et tragique, exalté et pathétique. Capable d’abattre un homme sans ciller, puis d’épargner une famille dans un élan de pitié inattendu. Sa présence, fébrile et instable, contamine tout le film.
Il ne joue pas Morgan.
Il le devient.
Et parfois même, il le dépasse.
Avec sa silhouette dégingandée, son regard halluciné et son énergie autodestructrice, Hopper transforme ce western en expérience borderline, quelque part entre farce macabre et descente aux enfers.
Mis en scène avec une liberté totale, presque suicidaire, Mad Dog Morgan est un objet filmique non identifié. Un western décalé, sale, imprévisible, qui oscille en permanence entre la bisserie assumée et la parabole désenchantée.
Un chaos.
Un film malade.
Un geste.
Au final, un bordel insensé où se mêlent humour nerveux, violence sèche, absurdité latente et désillusion profonde face à une époque coloniale gangrenée par ses propres contradictions.
Porté par une musique aux accents funèbres et par un acteur littéralement possédé, Mad Dog Morgan s’impose comme un film culte invisible — de ceux qui ne cherchent pas à plaire, mais à exister, coûte que coûte.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
LA VERITABLE HISTOIRE DE DANIEL MORGAN.
John Fuller, alias Daniel Morgan (1830 - 9 avril 1865) était un bushranger (hors-la-loi) australien.
Il est né à Appin en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, vers 1830 de George Fuller et Mary Owen. De l'âge de 2 à 17 ans, il vécut avec un père adoptif, John Roberts. Il commença à travailler comme éleveur, mais se lassa rapidement de ce travail et se dirigea vers les champs aurifères de Castlemaine au Victoria. En 1854, il était de retour en Nouvelle-Galles du Sud où il prit le pseudonyme de «John Smith» et devint probablement voleur de chevaux. Il était aussi connu pour sa forte consommation d'alcool et son tempérament violent. Il fut arrêté pour vol à main armée et condamné à 12 ans de prison, mais remis en liberté au bout de 6 ans seulement.
Après sa libération, il commença à mener une vie de bushranger, utilisant des pseudonymes tels que "John Smith", "Sydney Native", "Dan the Breaker", "Down the River Jack", "Jack Morgan", et le plus célèbre, "Dan Morgan ». Toutefois, il n'a jamais été connu comme "Mad Dog Morgan" ("Morgan, le chien fou") de son vivant. Ce surnom a été inventé par les scénaristes du film Mad Dog Morgan.
Dan Morgan sévit dans les régions de Henty, Culcairn, Morven et Tumbarumba pendant plusieurs années.
Le 8 avril 1865, Dan Morgan, séquestra la famille McPherson dans sa propriété de Peechalba au Victoria. Une servante, Alice Keenan, réussit à s'échapper et à informer M. Rutherford, le co-propriétaire de la propriété. Le lendemain matin, Dan Morgan quittait la propriété quand il se trouva encerclé par la police. Il fut abattu dans le dos par un employé de la ferme, John Wendlan. Il est enterré au cimetière de Wangaratta.
23.06.11




Tout à fait, j'ai vu ce film récemment,Dennis Hopper est magnifique ,à voir en annexe le docu 'not quite Hollywood'où les principaux protagonistes parlent du tournage chaotique du film.Mais qu'est il arrivé ensuite à Philippe Mora?Hurlements 2 & 3,mystère!
RépondreSupprimerCe film est injustement oublié des éditeurs comme tant d'autres, une scène de deux secondes d'une balle en pleine tête rappelant certaines crudités des gialos italiens ?
RépondreSupprimerLa seule raison? ce n'est pas impossible, hélas.
Certes, ce film n'est pas exempt de défauts, comme le montage un peu rapide par moment , l'on aimerait que certaines scènes soient plus exploitées, mais alors que dire de la photographie qui est vraiment superbe dans un décor magnifique.
Le fond du sujet est exploité au maximum dans la chronologie de son époque et c'est en cela que tout le pittoresque d'un western prend sa dimension totale dans l'Australie naissante.
Le réalisateur à finement joué sa carte sur ce coup là , et cela se sent sur toute la bobine.L'écriture est peaufinée à souhait , mais l'argent manque crûment pour pouvoir en toute sérénité tourné ce film en deux heures, voir plus.
Quels regrets de ne pouvoir le voir en blu-ray .
Alors , encore merci aux cinéphiles français passionnés dont j'ai pu voir ce film en repack sur des sites amis.
Et à bruno Mateï pour nous parler de petites perles comme celles là.