mercredi 5 février 2020

Uncut Gems

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Joshua et Ben Safdie. 2019. U.S.A. 2h15. Avec Adam Sandler, Eric Bogosian, Lakeith Stanfield, Idina Menzel, Judd Hirsch.

Diffusion Netflix: 31 Janvier 2019

FILMOGRAPHIE: Les frères Joshua Safdie et Ben Safdie sont des réalisateurs américains. 2008 : The Pleasure of Being Robbed. 2009 : Lenny and the Kids. 2014 : Mad Love in New York. 2017 : Good Time. 2019 : Uncut Gems.


Coup double pour les frères Safdie car après s'ĂŞtre fait rĂ©vĂ©lĂ© par l'Ă©lectrisant Good Time, les voici Ă  nouveau rĂ©unis pour y parfaire 2 ans plus tard un nouvel uppercut expĂ©rimental, Uncut Gems  estampillĂ© Netflix. Tant et si bien qu'Ă  la sortie de la projo, on reste aussi bien dĂ©muni qu'estomaquĂ© par son dĂ©nouement escarpĂ© en se questionnant sur pareille audace narrative. Et pourtant, tout semble après tout fatal lorsqu'un joueur invĂ©tĂ©rĂ© multiplie une ultime fois les risques inconsidĂ©rĂ©s afin d'emporter la mise. Mais Ă  quel prix ? TranscendĂ© du jeu viscĂ©ral d'Adam Sandler quasi mĂ©connaissable en loser Ă  la fois instable et paumĂ©, ce dernier donne chair Ă  ce personnage vulnĂ©rable avec une vĂ©ritĂ© humaine nĂ©vralgique. Dans la mesure oĂą son Ă©preuve de force moral perpĂ©tuellement impitoyable se rĂ©percute sur notre psychĂ© surmenĂ©e de par l'avalanche de bĂ©vues qu'il encaisse pour l'enjeu d'une opale Ă  grande valeur. Car dĂ©libĂ©rĂ© Ă  empocher la somme d'1 million dollars après l'avoir consignĂ©e auprès d'une vente aux enchères, Kevin Garnett tentera de rĂ©cupĂ©rer son bien passĂ© entre les mains d'un Ă©minent basketteur fascinĂ© par l'objet natif d'Ethiopie. Mais pour corser la donne, le beau-frère de Garnett et ses acolytes mafieux sont Ă©galement sur le qui vive Ă  s'approprier le magot en suivant les faits et gestes de Garnett.


Quand bien même son ex en instance de divorce et sa nouvelle petite amie ont bien du mal à gérer son instabilité en roue libre au fil d'un périple vertigineux filmé à la manière d'un thriller épileptique. Car filmé dans un sentiment d'urgence au sein d'une métropole new-yorkaise dpcumentée, Uncut Gems irrite, grise, enivre, surmène, palpite nos nerfs avec un brio technique étourdissant (notamment auprès de ses travellings circulaires pour y autopsier les réactions des truands d'un charisme strié). Car véritable vortex émotionnel autour des déambulations de ce jouailler endetté, Uncut Gems nous hypnotise l'attention avec une intensité difficilement gérable. Si bien qu'à certaines occasions de stress généralisé, nous éprouvons un malaise cérébral à contempler ses récurrentes prises de tête entre rivaux vénaux; notamment lorsque son entourage ne cesse de le dénigrer et de le railler sans clémence. Les frères Safdie explosant les codes pour mieux nous ébranler (impossible d'anticiper l'action prochaine !) au sein d'une disparité des genres (thriller, policier, drame psychologique, humour et enfin romance s'entrechoquent en toute autonomie). Et à ce niveau expérimental, on reste autant ébaubi par l'emploi de sa bande-son dissonante. Une partition électro souvent en décalage avec l'action illustrée mais pour autant assortie des personnalités inusitées des cinéastes parvenant à imprimer leur marque avec un goût pour la provocation gouailleuse et l'absurdité. Et ce tout en faisant preuve d'une belle humanité pour ce loser influent, ballotté tous azimuts par un entourage fébrile corrompu par le gain.


ExpĂ©rience de cinĂ©ma autre en proie Ă  un ultra-rĂ©alisme parfois difficilement supportable (pour l'expression faussement avenante du jouailler borderline en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e d'aspiration et d'Ă©vasion); Uncut Gems triture nos nerfs, nos attentes et nos rĂ©flexions Ă  l'aide d'une dramaturgie bipolaire. Un vrai film Mad dont on sort lessivĂ© et aphone.  

*Bruno

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