Sortie France: uniquement en Dvd et BR: 16 Juin 2010
FILMOGRAPHIE: Duncan Zowie Haywood Jones est un réalisateur et scénariste anglais, né le 30 mai 1971 à Beckenham dans le Bromley. 2009 : Moon. 2011 : Source Code. 2016 : Warcraft : Le Commencement. 2018 : Mute.
Honteusement inédit en salles chez nous - si l’on excepte son passage remarqué dans quelques festivals où il repartit auréolé de trophées (Prix du Jury, Prix du Public et Prix de la Critique à Gérardmer, 1er Prix à Strasbourg) - Moon est un uppercut moral sitôt son générique achevé. Abordant le clonage, la solitude, la routine, la quête identitaire et l’exploitation du prolétaire, mais aussi, plus largement, celle des plus démunis, le film adopte la modestie d’une série B pour mieux se draper dans une science-fiction intimiste, d’une densité psychologique rare. À travers un climat schizo, un brin inquiétant lors du premier acte, l’évolution narrative captive par son mystère latent, nourri de non-dits, à travers un Sam psychologiquement fragilisé à l’approche de son retour sur Terre pour retrouver sa famille. D’une dimension humaine jamais démonstrative, alors que l’émotion qui s’en dégage demeure toujours plus intense, désespérée et bouleversante, Moon conte l’impossible retour sur Terre de Sam, employé d’une société lunaire chargé d’extraire l’hélium vital à une Terre en crise énergétique.
Exilé trois ans sur une station lunaire, avec pour seule compagnie Gerty, robot s’exprimant d’un timbre rassurant, Sam s’accroche donc à l’espoir de retrouver sa femme, qu’il contacte par intermittence via vidéophone. D’une émotion infiniment fragile et souvent cruelle, son quotidien se délite peu à peu : hallucinations, affaiblissement physique et mélancolie capiteuse - exacerbée par ses échanges auditifs avec son épouse - font de son isolement une lente descente vers le désespoir.
Porté par un Sam Rockwell proprement habité, transi de langueur et d’un humanisme écorché vif, Moon se décline en véritable chemin de croix, jalonné de rebondissements escarpés et traversé par une lumière d’espoir vacillante. Duncan Jones magnifie sa station lunaire par des décors minimalistes et une partition musicale sensitive, accompagnant la relation inattendue et pudique entre deux clones, chacun porteur d’une sensibilité différente. De là jaillit une émotion retenue, presque timide, autour de ces êtres qui tentent de percer les secrets de leur fonction, oscillant entre amertume, quête d’amour - qui transpire auprès d’un Sam agonisant - et révolte contenue.
Requiem pour un ange apatride.
Un chef-d’œuvre humaniste à fleur de peau qui nous laisse désarmés, avec une gueule de bois incurable.
— Celui du cœur noir des images 🖤
13.02.20
01.09.26. 3èx. Vost
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