mardi 11 février 2020

La Maison des Ombres. Prix du Jury, Gerardmer 2012.

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nick Murphy. 2011. Angleterre. 1h47. Avec Dominic West, Rebecca Hall, Lmelda Staunton, Lucy Cohu, John Shrapnel, Diana Kent, Richard Durden, Alfie Field, Tilly Vosburgh, Ian Hanmore, Cal Macaninch.

Sortie directement en Dvd et Blu-ray en France: 6 Mars 2012. Angleterre: 11 Novembre 2011

FILMOGRAPHIENick Murphy est un réalisateur, scénariste et producteur anglais.
2011: La Maison des Ombres. 2012: Blood.
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La Maison des Ombres constitue le premier long-métrage du réalisateur britannique Nick Murphy, qui s'inscrit dans la plus pure tradition de la ghost story, à l'instar de l'excellent La dame en noir, sorti la même année. Présenté en compétition au Festival de Gérardmer en 2012, le film repart avec trois récompenses, tandis qu'il décroche également le Corbeau d'Argent au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles.

Le pitch : Dans l'Angleterre des années 1920, Florence Cathcart, une scientifique spécialisée dans la démystification des phénomènes paranormaux, est appelée dans un pensionnat afin de rassurer des élèves persuadés qu'un spectre d'enfant hante les lieux. L'atmosphère devient d'autant plus pesante qu'un jeune pensionnaire vient de mourir dans d'étranges circonstances.

Pour son premier passage derrière la caméra, Nick Murphy impressionne déjà par son talent de conteur. Son récit, remarquablement construit, privilégie l'atmosphère à l'esbroufe et s'appuie sur une galerie de personnages dont la profondeur psychologique ne cesse de révéler les blessures enfouies du passé. Loin de chercher à effrayer à tout prix, La Maison des Ombres préfère installer un climat de doute permanent, sublimé par une photographie volontairement désaturée où la froide austérité du pensionnat contraste avec la quiétude trompeuse des paysages environnants. Cette opposition visuelle nourrit une énigme fascinante dont les conséquences se dévoilent avec une maîtrise exemplaire.

Le suspense, constamment entretenu, ainsi que la richesse des rebondissements dramatiques maintiennent le spectateur en haleine jusqu'à un bouleversant dénouement. Toute la force émotionnelle du récit repose sur Florence Cathcart, magnifiquement incarnée par Rebecca Hall, dont l'interprétation oscille avec une infinie justesse entre froide maîtrise, douleur contenue et fragilité grandissante. Rationaliste convaincue, elle consacre son existence à démasquer les imposteurs exploitant la crédulité de familles endeuillées. Or, lorsqu'elle se retrouve confrontée à des manifestations défiant toute explication, son scepticisme vacille peu à peu, laissant place au doute, puis à une profonde remise en question.

Au fil des apparitions surnaturelles, toujours d'une remarquable sobriété, Florence perd progressivement ses certitudes jusqu'à être entraînée dans une spirale où la frontière entre le monde des vivants et celui des morts devient de plus en plus ténue. Mais derrière cette intrigue fantastique particulièrement captivante, Nick Murphy développe également un discours plus profond sur les traumatismes laissés par la Première Guerre mondiale, tout en évoquant avec une réelle amertume la dureté de certaines méthodes éducatives infligées aux enfants. Dominic West apporte d'ailleurs une présence remarquable au personnage de Robert Mallory, ancien soldat marqué à jamais par les horreurs du conflit, dont le silence et la pudeur dissimulent des blessures écorchées vives (au propre comme au figuré).

Avec un profond respect pour les grands classiques du fantastique britannique, La Maison des Ombres s'impose comme une ghost story d'une grande élégance, où l'angoisse naît davantage de la suggestion que des artifices horrifiques. Mais sa plus grande réussite réside sans doute dans son émotion en crescendo, tant le film transcende progressivement son intrigue surnaturelle pour devenir une poignante méditation sur le deuil, la mémoire et l'amour qui survit à la disparition des êtres chers.

En rendant un hommage bouleversant à celles et ceux qui continuent d'habiter nos souvenirs, Nick Murphy signe une œuvre d'une grande délicatesse (c'est ce qui reste en mémoire), où le fantastique dépend des sentiments humains. Portée par une héroïne profondément solitaire, prisonnière d'un passé qu'elle refuse d'abandonner, La Maison des Ombres conjugue avec intelligence et raffinement mystère, émotion et spiritualité. Une œuvre intime, fragile et profondément humaine, qui nous invite, le temps d'un récit d'une bouleversante mélancolie, à croire que certains liens demeurent plus forts que la mort. Suffit d'y croire pour découvrir l'invisible s'ouvrir à nous. 

— Celui du cœur noir des images 🖤

Récompenses à Gérardmer 2012Prix Spécial du Jury (ex-aequo Beast), Prix du Jury Jeunes de la région Lorraine, Prix du Jury SyFy Universal.
Bruxelles 2012: Corbeau d'Argent.

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