mardi 16 février 2021

Run

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Aneesh Chaganty. 2020. U.S.A. 1h29. Avec Sarah Paulson, Kiera Allen, Pat Healy, Sara John, Tony Revolori 

Sortie salles : ? 

FILMOGRAPHIEAneesh Chaganty est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste indien naturalisĂ© amĂ©ricain, nĂ© en 1991 Ă  Hyderabad dans le Telangana. 2018: Searching : PortĂ©e disparue. 2020: Run. 

Coup de coeur tranchĂ© pour ce thriller hitchcockien menĂ© Ă  un rythme infernal, tant et si bien que je n'avais pas pris autant de plaisir masochiste face Ă  un suspense oppressant depuis les classiques Seule dans la nuit, Terreur Aveugle et bien Ă©videmment Misery auquel Run se rapproche le plus pour ces rapports amiteux entretenus entre la victime - impotente - et l'oppresseur psychotique. Sans trop dĂ©florer l'intrigue (si bien que je n'avais lu aucun synopsis afin de prĂ©server tout effet de surprise), Run nous illustre la confrontation tendue entre une mère prĂ©venante et sa fille paraplĂ©gique depuis sa naissance prĂ©maturĂ©e. Rien que le prologue, douloureux, un tantinet poignant et anxiogène nous annonce dĂ©jĂ  la couleur de son intensitĂ© dramatique (dĂ©libĂ©rĂ©ment en suspens !). Il s'agit donc d'un huis-clos intimiste, un survival tendu comme un arc que nous conte ensuite avec beaucoup de savoir-faire et de perspicacitĂ© Aneesh Chaganty (cinĂ©aste indien Ă  qui l'on doit Searching: PortĂ©e disparue, sĂ©rie B beaucoup plus conventionnelle et prĂ©visible pour un 1er essai). Et ce en accordant une scrupuleuse attention psychologiques aux profils  de ses personnages en proie au doute, Ă  la suspicion et Ă  l'apprĂ©hension la plus dĂ©rangeante auprès des liens filiaux. 

Ainsi, Ă  travers le brio du cinĂ©aste Ă  transfigurer sans artifices une sĂ©questration de longue haleine oĂą le sentiment de claustrophobie nous est admirablement communiquĂ© par la contrariĂ©tĂ© de la victime esseulĂ©e, Run est donc portĂ© par le talent indĂ©fectible de son duo fĂ©minin. Tant auprès de l'immense actrice Sarah Paulson (auquel je me rĂ©serve sciemment d'y dresser ici ses traits de caractère maternels) que de la jeune Kiera Allen portant le film Ă  bout de bras en handicapĂ©e pugnace (doux euphĂ©misme tant son parcours du combattant relève de gageure), de par sa rĂ©silience, son don d'observation et ses facultĂ©s corporelles Ă  se dĂ©pĂŞtre de ses chaines auquel elle est soudainement vouĂ©e dans sa nouvelle condition de claustration. Le spectateur s'impliquant promptement dans sa dĂ©tresse et son dĂ©sarroi particulièrement expressifs (ses crises d'asthme demeurant une torture viscĂ©rale pour le spectateur claustro !), notamment grâce Ă  son intelligence retorse Ă  dĂ©jouer les pièges de son embrigadement tout en dĂ©couvrant au fil de son investigation les secrets de son passĂ© et ceux de sa mère liĂ©e au trauma maternel. Ainsi donc, 1h25 durant, Aneesh Chaganty se prend un plaisir sadique Ă  jouer avec nos nerfs pour l'enjeu de survie intentĂ© Ă  la victime, puisque multipliant les stratĂ©gies de dĂ©fense et offensives avec une luciditĂ© forçant le respect (on est donc loin des agissements gogos de la victime potiche comme on a trop coutume d'en supporter dans les produits standard Ă  travers ses risibles clichĂ©s).


Un modèle du genre d'une efficacité optimale
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Tour Ă  tour oppressant, intense, tendu et angoissant au fil d'une dĂ©rive morale davantage dĂ©lĂ©tère, Run ne nous laisse pas une seconde de retenue pour nous entrainer par la main dans l'introspection de la victime en perdition sous la mainmise d'un suspense Ă  couper au rasoir. Aneesh Chaganty parvenant en prime, et avec souci de perfection, Ă  contredire les codes du thriller horrifique auprès d'une intensitĂ© dramatique subitement bouleversante. C'est ce que nous rĂ©serve son Ă©pilogue Ă©tonnamment caustique Ă  travers l'antinomie de ses Ă©motions bipolaires lorsque Spoil ! la vendetta dĂ©cide de s'y imposer en guise d'exutoire Fin du Spoil.

10/10

*Bruno

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