mercredi 12 mai 2021

Stella

                                         
                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site www1.alliancefr.com

de Sylvie Verheyde. 2008. France. 1h42. Avec Guillaume Depardieu - Karole Rocher - LĂ©ora Barbara - Benjamin Biolay - MĂ©lissa Rodrigues 

Sortie salles France: 12 Novembre 2008

FILMOGRAPHIESylvie Verheyde (nĂ©e en 1967) est une rĂ©alisatrice, actrice. scĂ©nariste et productrice de cinĂ©ma française. 1997 : Un frère. 2000 : Princesses. 2008 : Stella. 2011 : Confession d'un enfant du siècle. 2016 : Sex Doll. 2021 : Madame Claude. 

            
Souvenirs, souvenirs.
TirĂ© d'un rĂ©cit autobiographique, Sylvie Verheyde nous dĂ©peint avec souci de vĂ©ritĂ© documentĂ© le souvenir de l'Ă©poque rĂ©volue des annĂ©es 70. La peinture sociĂ©tale d'une classe ouvrière en perdition que l'on dĂ©couvre du point de vue d'une fillette chĂ©tive comme rarement un cinĂ©aste ne l'eut dĂ©crit avec autant de prĂ©cision et de dĂ©tails (on peut d'ailleurs songer au cinĂ©ma de Pialat au point mĂŞme de croire que le film soit vĂ©ritablement originaire des annĂ©es 70 !). Ainsi, 1h42 durant, nous allons suivre Ă  travers son regard de 11 ans son parcours de vie aussi difficile que tumultueux. Stella, introvertie, taciturne et timorĂ©e, dĂ©bordante de sensibilitĂ©, de fragilitĂ© et de curiositĂ© durant son parcours houleux d'une quotidiennetĂ© morose, faute de parents peu communicatifs, tenanciers d'un bistrot Ă  la clientèle fĂ©rue de fiesta jusqu'Ă  enivrement. Des parents volages sur la corde raide comme nous l'apprendrons au fil du cheminement dubitatif de Stella coexistant au sein de ce huis-clos fuligineux Ă  travers les rapports amiteux de ces petites gens au grand coeur mais rĂ©solument paumĂ©e dans leur condition Ă  la fois marginale, dĂ©soeuvrĂ©e, voire parfois mĂŞme dĂ©viante et paraphile. Ce qui portera atteinte Ă  Stella d'après ses mauvaises notes scolaires, faute de ces nuits noctambules beaucoup trop inaudibles, agitĂ©es, pour ne pas dire licencieuses, ingĂ©rables.


Ainsi, Ă  travers sa condition de vie acrimonieuse souvent livrĂ©e au sentiment de dĂ©rĂ©liction, nous suivrons minutieusement son quotidien, entre bonne humeur, Ă©tourderie, oisivetĂ©, contrariĂ©tĂ© et mĂŞme rĂ©volte. Tant auprès de la cellule familiale cacophonique, de ces rapports amicaux parfois tendus que du corps enseignant avec ces professeurs condescendants et castrateurs, voirs parfois mĂŞme violents par le geste ou la parole. C'est donc un vĂ©ritable voyage temporel que nous illustre la rĂ©alisatrice Sylvie Verheyde avec souci de vĂ©ritĂ© sociale et humaniste, eu Ă©gard des performances d'acteurs vivants plus qu'ils ne jouent leur rĂ´le fictif. Tant auprès de la (trop) rarissime Karole Rocher en mère inculte pour autant pĂ©trie d'affection et de dĂ©sagrĂ©ment pour le sort de sa fille, du tout aussi discret Benjamin Rocher  en paternel taciturne, fumeur invĂ©tĂ©rĂ© de gauloise et buveur de Ricard, du regrettĂ© Guillaume Depardieu  en solitaire inconsolable sur le fil du rasoir, que de l'Ă©poustouflante LĂ©ora Barbara hyper naturelle en fillette candide en apprentissage de rĂ©demption et de maturitĂ© (vous n'oublierez jamais la sobre expressivitĂ© de son regard innĂ©). Notamment afin de canaliser ses pulsions de colère et de violence qu'on ne voit pas venir après avoir tĂ©moignĂ© Ă  plusieurs reprises d'adultère, d'attouchements et de passages Ă  tabac entre poivrots Ă  la sortie (et en interne) du bistrot. Stella Ă©tant le jouet perturbĂ© des mauvaises circonstances dont on l'entoure. Le spectateur hypnotisĂ© par sa prĂ©sence dĂ©munie daignant la protĂ©ger comme s'il s'agissait de notre propre fille. 


ScandĂ© des tubes inoubliables de Sheila, Daniel Guichard, Patrick Juvet, GĂ©rard Lenorman, Eddie Mitchel ou encore Umberto Tozi (son fameux Ti Amo dans toutes les mĂ©moires !) que l'on Ă©coutait en boucle sur des vinyles craquelants, Stella fait perdre nos repères Ă  travers sa peinture hyper rĂ©aliste d'une France profonde au mal-ĂŞtre existentiel. Celle de la banlieue parisienne mais aussi de la rĂ©gion (mal perçue) du Nord / Pas de Calais souvent tributaire du chĂ´mage et de la grisaille des corons mais infiniment chaleureuse dans le coeur de ces petites gens pĂ©tris de fraternitĂ©. D'une grande sensibilitĂ© Ă  ne jamais quitter des yeux les mouvements et introversions morales de ce petit bout de 11 ans en quĂŞte d'amour, de tendresse, de respect et de reconnaissance, Stella bouleverse aux larmes de par son extrĂŞme pudeur d'y honorer l'enfance par la simplicitĂ© d'une Ă©poque insouciante très attachĂ©e Ă  la noblesse de ces valeurs humaines. Un des plus beaux films français des annĂ©es 2000. 

P.S: aux dernières nouvelles, une suite serait en prĂ©paration cette annĂ©e. 

*Bruno
17.09.10. 149 v
12.05.21. 2èx

Distinctions:
  • Grand Prix du Meilleur scĂ©nariste 2006 : Prix Arlequin
  • Festival international du film de Flandre-Gand 2008 : Prix du scĂ©nario SABAM pour Sylvie Verheyde

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