lundi 31 mai 2021

Cruella

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinehorizons.net

de Craig Gillespie. 2021. U.S.A. 2h15. Avec Emma Stone, Emma Thompson, Joel Fry, Paul Walter Hauser, Emily Beecham, Kirby Howell-Baptiste, Mark Strong. 

Sortie salles France: 23 Juin 2021

FILMOGRAPHIE: Craig Gillespie (nĂ© le 1er septembre 1967 Ă  Sydney) est un rĂ©alisateur et producteur australien. 2007 : Mr. Woodcock. 2007 : Une fiancĂ©e pas comme les autres. 2011 : Fright Night. 2014 : Million Dollar Arm. 2015 : The Finest Hours. 2017 : Moi, Tonya. 2021 : Cruella. 


Formidable adaptation cinĂ© d'un personnage de Disney issu des 101 Dalmatiens, Cruella demeure un divertissement familial idoine pour qui apprĂ©cie qu'on ne le prend pas pour un imbĂ©cile. Dans la mesure ou Cruella possède suffisamment de punch, de tempĂ©rament, de caractère et de personnalitĂ© pour s'extirper du produit standard prĂ©tentieux. Suffit d'ailleurs de contempler l'incroyable premier quart d'heure s'attachant Ă  nous dĂ©peindre avec un sens du montage cinĂ©tique l'enfance de Cruella que Craig Gillespie imprime avec autant d'invention que d'efficacitĂ© en roue libre. Les sĂ©quences Ă  la fois cocasses et plus graves s'enchaĂ®nant Ă  un rythme effrĂ©nĂ© sous l'impulsion d'une BO d'enfer issue de la pop anglaise. Une BO omniprĂ©sente insufflant au rĂ©cit une Ă©nergie galvanisante donnant la pĂŞche jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin. Un gĂ©nĂ©rique d'une beautĂ© aussi rutilante que baroque comme si le rĂ©alisateur daignait Ă  nouveau une ultime fois nous combler de bonheur exaltant Ă  travers ses figures stylisĂ©es. Nous voilĂ  averti. Ainsi, c'est lors de son jeune âge adulte que l'intrigue peut dĂ©buter avec, comme point central, ses rapports houleux avec la Baronne von Hellman pour qui elle exerce un emploi de crĂ©atrice de mode, et la manière retorse dont elle parviendra Ă  exproprier son empire après avoir misĂ© sur une concurrence professionnelle. 


Craig Gillespie prenant soin de nous brosser ses deux personnages distinguĂ©s avec une certaine intensitĂ© eu Ă©gard de leur affrontement  de longue haleine virant Ă  une vengeance diaboliquement agencĂ©e. Nanti de magnifiques dĂ©cors (naturels / domestiques) et de costumes, Cruella soigne donc autant la forme que le fond en prenant soin de dessiner le profil de ce personnage orphelin sombrant peu Ă  peu dans une rancoeur vindicative. On peut d'ailleurs mĂŞme prĂŞter une certaine allusion au personnage du Joker lors d'un passage d'une grave intensitĂ© poignante quant Ă  la remise en question morale de cette dernière (nous dĂ©livrant ses propres pensĂ©es internes en s'adressant Ă  nous) se laissant influencer par ses sentiments d'injustice et d'infortune en lieu et place de discernement. Emma Stone crevant l'Ă©cran comme si ce personnage lui Ă©tait instinctivement destinĂ©, et ce sans jamais cĂ©der Ă  une quelconque outrance expressive mais en misant aussi et surtout sur sa dimension humaine afin de nous susciter l'empathie escomptĂ©e. Quant Ă  l'illustre Emma Thompson, celle-ci demeure Ă©galement prodigieuse en baronne altière dĂ©nuĂ©e de scrupule Ă  travers sa posture de duchesse proprement narcissique. 


Servi par des seconds-rĂ´les aussi attachants que dĂ©complexĂ©s (le duo Jasper / Horace) et de deux p'tits canins d'un hĂ©roĂŻsme finaud sans faille, Cruella fait office d'excellente surprise dans sa conjugaison d'humour, d'invention et d'action sarcastique d'après l'Ă©volution morale d'Estella en proie Ă  des projets aussi ambitieux que probablement pernicieux. Divertissement sĂ©millant d'une Ă©nergie en roue libre Ă  travers sa plĂ©thore de stratĂ©gies rocambolesques, Cruella ne dĂ©cevra pas les fans pour qui le genre est un sacerdoce. Tant et si bien que l'on a bel et bien l'impression d'assister Ă  un anime de chair et d'os Ă  travers une insolence punky endiablĂ©e irradiant toute l'intrigue. 

*Bruno

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