Le pitch : À la suite d'une bavure ayant engendré la mort d'une victime, puis l'exécution froide du preneur d'otage responsable, "Sharky" se retrouve muté à la brigade des mœurs, où il est chargé de prendre en filature une prostituée de luxe. Mais un mystérieux assassin poursuit sa série de meurtres auprès de jeunes catins surprises en plein coït avec des sénateurs. Sharky est alors sur le point d'alpaguer un éminent macro, en étroite connivence avec son frère toxico, le ténébreux "Billy Score".
Mais Reynolds se montre également particulièrement assidu derrière la caméra, où rien ne semble laissé au hasard. Décors high-tech parfaitement exploités à l'appui, inventivité visuelle et, en point d'orgue, un épilogue vertigineux en plein gratte-ciel : la mise en scène ne cesse d'épouser la nervosité et la noirceur de son intrigue.
Burt Reynolds se fond ainsi dans le corps de ce flic en faction, au tempérament discret et laconique, mais perspicace dans sa colère contenue lorsqu'il s'agit de mettre hors d'état de nuire un réseau de prostitution huppée. S'il monopolise l'écran sans jamais singer Harry Callahan, imposant une personnalité propre et autonome, les seconds rôles, tous plus délétères et machiavéliques les uns que les autres, ne sont pas en reste.
À commencer par le monstre sacré Vittorio Gassman, savoureux en macro pédant, injecté d'arrogance à travers son regard et ses petits yeux noirs viciés. Mais c'est surtout Henry Silva qui marque les esprits, absolument bluffant d'expressivité démoniale à travers ses hurlements hystérisés sous l'emprise d'abus de coke. Probablement l'un de ses meilleurs rôles à l'écran, ou tout du moins l'un de ses plus électrisants. L'acteur se permet d'ailleurs, lors d'un moment fatidique, de larmoyer face caméra avec un réalisme toujours aussi trouble que dérangeant.
Qui plus est, le final homérique exacerbe encore davantage sa présence délétère en instaurant soudainement un climat horrifique à la lisière du surnaturel. Une démarche aussi couillue que convaincante, grâce au talent de la réalisation, qui profile cet acteur charismatique en proie à une haine indécrottable.
Quant à l'envoûtante Rachel Ward, dont la carrière, hélas, demeura relativement concise mais fascinante, elle illumine naturellement l'écran de sa présence charnelle, aussi voluptueuse que rassurante. Aucunement réduite au statut de potiche, elle compose une prostituée au grand cœur avec une sobre prestance et installe, au fil de séquences plus intimistes, une véritable empathie envers cette condition soumise dont elle peine à s'extraire.
Captivant et passionnant dans son enquête soigneusement brodée, cinglant et sans concession lors de ses bravoures sanguines impeccablement montées, surprenant et fréquemment imprévisible à travers ses rebondissements ou ses situations faussement éculées, L'Anti-gang se décline en polar de grande classe, flirtant volontiers avec le psycho-killer sous des atours de thriller érotique.
Si bien que De Palma s'en serait peut-être inspiré pour parfaire Body Double, notamment à travers la posture spectrale et assumée de son tueur sans pitié, comme extirpé d'un film d'horreur.
À ne pas rater, ou à redécouvrir d'urgence, sous l'impulsion d'un score génialement stylé, oscillant entre jazz, funk et soul !
— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤



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