mercredi 8 décembre 2021

A tombeau ouvert / Bringing Out the Dead

                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Martin Scorsese. 1999. U.S.A. 2h01. Avec Nicolas Cage, Patricia Arquette, John Goodman, Ving Rhames, Tom Sizemore, Marc Anthony, Cliff Curtis.

Sortie salles France: 12 Avril 2000. U.S: 22 Octobre 1999.

FILMOGRAPHIEMartin Scorsese est un réalisateur américain né le 17 Novembre 1942 à Flushing (New-york). 1969: Who's That Knocking at my Door, 1970: Woodstock (assistant réalisateur), 1972: Bertha Boxcar, 1973: Mean Streets, 1974: Alice n'est plus ici, 1976: Taxi Driver, 1977: New-York, New-York, 1978: La Dernière Valse, 1980: Raging Bull, 1983: La Valse des Pantins, 1985: After Hours, 1986: La Couleur de l'Argent, 1988: La Dernière Tentation du Christ, 1990: Les Affranchis, 1991: Les Nerfs à vif, 1993: Le Temps de l'innocence, 1995: Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain, 1995: Casino, 1997: Kundun, 1999: Il Dolce cinema -prima partie, A Tombeau Ouvert, 2002: Gangs of New-York, 2003: Mon voyage en Italie (documentaire), 2004: Aviator, 2005: No Direction Home: Bob Dylan, 2006: Les Infiltrés, 2008: Shine a Light (documentaire), 2010: Shutter Island. 2011: Hugo Cabret. 2013: Le Loup de Wall Street.


Chef-d'oeuvre pulsatile d'une éprouvante mélancolie existentielle sous l'impulsion d'un Cage inconsolable en déterré suicidaire.  
Oeuvre à part dans la carrière pléthorique de Martin Scorcese, de par son climat mortifère aussi envoûtant que déconcertant et d'une narration hystérique imbibée de mélancolie existentielle, A Tombeau Ouvert s'édifie en expérience surréaliste à tendance toute à la fois spirituelle et existentielle.  Le Pitch:  Ambulancier noctambule, Frank Pierce côtoie la mort chaque nuit lorsqu'il tente de secourir des blessés parmi lesquels s'y bousculent des marginaux suicidaires, vieillards avinés, trafiquants de drogue, délinquants criminels, prostituées, demeurés ou encore sdf psychotiques. Ereinté par la fatigue et angoissé à l'idée de ne pouvoir sauver plus de vie, il sombre dans une perpétuelle morosité avant de se raccrocher à la compagnie amiteuse d'une jeune fille en berne lui rappelant une ancienne connaissance qu'il n'eut pu sauver. Humour noir vitriolé auprès de ses dialogues et situations caustiques, persos lunaires aux comportements nonsensiques, ambiance crépusculaire d'un New-York hanté par les âmes des défunts à travers une faune aliénée, A Tombeau Ouvert ébranle l'habitude du spectateur tributaire du bad trip d'un secouriste tributaire de sa névrose paranoïaque. Celui-ci témoignant chaque nuit de la mort d'autrui, d'entendre par télépathie le cri salvateur d'un mourant reniant l'idée de survivre, quand bien même la famille se morfond dans l'angoisse d'y craindre son trépas.


Ainsi donc, au coeur de cette situation sinistrée où les cadavres viennent remplir chaque jour les morgues des hôpitaux, notre héros insomniaque tente timidement de se réconforter auprès d'une âme en peine, Mary, jeune fille aussi aigrie à l'idée de se rapprocher dangereusement de la mort. Baroque, stylisée, alambiquée, débridée et décalée, la mise en scène virtuose (sans renouvelée !) de Scorsese s'y désincarne à radiographier une cité urbaine cauchemardesque abritant les plus défavorisés avant de les soutirer parfois à la vie. Outre sa texture blafarde infiniment tangible (pour ne pas dire hypnotique sous l'impulsion d'un Nicolas Cage transi d'émoi dans son épuisement maladif) rehaussée d'une photo aussi trouble que fiévreuse, A Tombeau Ouvert est transcendé du talent de ses interprètes borderline s'adaptant naturellement à leur posture fragile à la marge de la démence. Nicolas Cage endossant avec un humanisme à la fois dépressif et torturé un ambulancier en perdition morale car trainant sa dégaine de déterré vivant entre amertume morbide, remord cafardeux (celle de n'avoir pu sauvé de la mort une fugueuse latine) et langueur besogneuse à perdurer sa quotidienneté professionnelle semée de paumés irrécupérables. Tant et si bien qu'il tentera à maintes reprises de se faire licencier de son patron goguenard conscient de sa dépendance à l'endurance d'y tenter de sauver des vies. Patricia Arquette lui partageant la vedette au gré d'une vulnérabilité toute aussi précaire dans sa fonction esseulée de fille paumée en requête désespérée d'une main paternelle qu'elle a rompu depuis 3 ans. Tous deux formant avec une fragilité mélancolique (sobrement) saillante (c'est dire la subtilité de Scorcese à ne jamais verser dans le pathos) les amants de l'infortune avant qu'une lueur d'espoir ne vienne les réveiller de leur torpeur lors d'un épilogue bipolaire d'une candeur inoubliable. 


Sauver autrui pour se sauver soi même.
Décalé, vrillé, électrifiant et ténébreux, profondément mélancolique, tendre, onirique et anxiogène (notamment auprès de séquences surréalistes surgies de nulle part !), A Tombeau Ouvert n'a aucunement pour ambition de caresser le spectateur dans le sens du poil à travers son ambiance mortifiée entièrement soumise aux états d'âme d'un secouriste en quête d'héroïsme de dernier ressort. Martin Scorsese  interrogeant sa conscience désaxée lors d'une introspection morale éprouvante que le spectateur subit en immersion au gré d'une intensité dramatique jamais appuyée. Chef-d'oeuvre pulsatile entièrement dédiée à notre fragilité humaine à la marge de la psychose, A tombeau ouvert résonne comme un poème morbide vis à vis d'une réflexion existentielle sur le sens de la mort et celui de la vie en portant assistance aux plus démunis. Du grand cinéma écorché vif de par sa puissance formelle et cérébrale étrangement trouble et émotive (aussi dépouillé soit son parti-pris baigné de pudeur et d'humilité), si bien que l'on ne sort pas indemne de cette interminable descente aux enfers, cri d'alarme envers la déliquescence des proscrits livrés au chaos et au mutisme à travers leur inégalité sociale.  

Eric Binford
08.12.21. 4èx
16.09.15.

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