lundi 13 décembre 2021

The Innkeepers. Prix du Public, Toronto After Dark Film Festival 2011.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ti West. U.S.A. 2011. 1h41. Avec Sara Paxton, Pat Healy, Kelly McGillis, George Riddle, Lena Dunham, Alison Bartlett, John Speredakos, Jake Schlueter.

Sortie U.S: 3 FĂ©vrier 2012. Sortie France (direct en dvd): 28 AoĂ»t 2013.

FILMOGRAPHIETi West est un rĂ©alisateur, producteur, Ă©diteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 5 Octobre 1977. 2001: The Wicked. 2005: The Roost. 2007: Trigger Man. 2009: Cabin Fever 2. The House of the Devil. 2010: Perdants Take All. 2011: The Innkeepers.


En 2009, Ti West surprit les puristes fantasticophiles avec House of the Devil pour son hommage affectueux au cinĂ©ma d'Ă©pouvante des annĂ©es 70 et 80. Trois ans plus tard, il renoue avec les mĂŞmes ambitions modestes dans un huis-clos imposĂ© par un vieil hĂ´tel classieux auquel deux employĂ©s vont invoquer le fantĂ´me d'une dĂ©funte suicidĂ©e ! Le PitchDeux gĂ©rants d'un hĂ´tel prochainement clĂ´turĂ© s'intĂ©ressent de plus près aux phĂ©nomènes paranormaux en invoquant l'esprit d'un fantĂ´me en guise d'ennui. Avec l'arrivĂ©e d'une ancienne actrice et d'un vieillard interlope, d'Ă©tranges Ă©vènements vont peu Ă  peu se confirmer et devenir plus frĂ©nĂ©tiques.Ti West est un vĂ©ritable amoureux du genre horrifique des annĂ©es 70 et 80 tant il façonne avec parcimonie ce nouveau mĂ©trage largement influencĂ© par les ambiances latentes et les angoisses diffuses. Après son formidable House of the Devil, le rĂ©alisateur renoue donc avec une histoire classique de maison hantĂ©e entièrement dĂ©diĂ©e Ă  l'effet de suggestion et du suspense sous-jacent Ă©maillĂ© d'inattendues pointes de cocasserie. Dès la mise en place des deux employĂ©s juvĂ©niles, Ti West accorde une principale attention Ă  nous familiariser auprès d'eux Ă  travers leur complicitĂ© amicale des plus manifeste. Pat est un trentenaire solitaire occupant son temps Ă  surfer sur le net, spĂ©cialement les pages web Ă©rigĂ©es sur l'occultisme (voirs aussi quelques sites pornos, faute d'un cĂ©libat de longue durĂ©e) quand la clientèle de son hĂ´tel s'y fait rare. Son acolyte Claire demeurant une jeune fille un peu empotĂ©e attirĂ©e par les phĂ©nomènes paranormaux que Pat s'amuse Ă  lui narrer en guise d'ennui. Ensemble, ils dĂ©cident sans conviction d'invoquer le fantĂ´me d'une dĂ©funte anciennement pendue dans la chambre 353 de l'hĂ´tel. C'est le dĂ©but d'une succession de futiles Ă©vènements intrigants avant que n'y culmine un revirement cinglant !


Ainsi, la complĂ©mentaritĂ© spontanĂ©e des deux comĂ©diens accentuĂ©e de la maladresse de la jeune garçonne doit beaucoup Ă  l'attrait sympathique d'un rĂ©cit misant beaucoup sur leur complicitĂ© amiteuse Ă  jouer les parapsychologues en herbe. AffublĂ©s d'une physionomie naturelle en "cool attitude", Ti West prend son temps Ă  nous dĂ©crire leur relation amicale Ă©maillĂ©e de futiles instants de tendresse (la confession de Pat Ă  Claire sous emprise de l'alcool) avant de nous façonner sans esbroufe une traditionnelle histoire de fantĂ´me constamment efficiente. Par vague de scĂ©nettes burlesques improvisĂ©es par notre hĂ©roĂŻne puisque cumulant ses maladresses tributaires d'une peur panique, The Innkeepers rĂ©ussit Ă  provoquer l'amusement tout en nous faisant patienter pour les Ă©ventuelles apparitions surnaturelles. Une manière ludique et finaude Ă  mieux nous prendre au piège de l'effroi lĂ©gitimĂ© lors de sa dernière partie Ă©chevelĂ©e. Au soin vĂ©tuste accordĂ© Ă  l'architecture de l'hĂ´tel classique et Ă  ses dĂ©cors de lugubres corridors et de cave tamisĂ©e, le rĂ©alisateur nous entraĂ®ne en interne de ce huis-clos davantage anxiogène après qu'un dernier client eut prĂ©conisĂ© d'investir la fameuse chambre 353. Soin du cadre alambiquĂ© (parfois oblique) pour mettre en exergue des dĂ©cors raffinĂ©s ou lugubres et score musical vrombissant sont octroyĂ©s pour parachever vers un climat de terreur en crescendo. Si bien qu'avec une Ă©conomie de moyens, une bande son habilement distillĂ©e et une perspicacitĂ© Ă  Ă©luder le moindre effet choc inutilement explicite, The Innkeepers fait constamment appel Ă  l'imagination du spectateur plutĂ´t que de se laisser influencer par la surenchère en vogue. Quant aux fameuses apparitions fantomatiques, elles s'avèrent proprement terrifiantes de par leur aspect morbide et fĂ©tide dĂ©coulant d'un effet de surprise alors que son point d'orgue cruel Spoil ! surprendra le public habituĂ© aux happy-end salvateurs Fin du Spoil.


Hormis son Ă©pilogue perfectible oĂą nous n'apprendrons rien sur le mystère de Madeline O'Malley (en apprĂ©ciant sa dramaturgie imposĂ©e, mais la dernière image, vaine, ne surprend guère), le nouveau film de Ti West confirme tout le bien que l'on pensait de lui après l'excellent House of the Devil. De par la dextĂ©ritĂ© d'une rĂ©alisation assidue conçue Ă  renouer avec les ambiances angoissantes allouĂ©es au pouvoir de suggestion, The Innkeepers amuse, effraie (tout du moins Ă  3/4 occasions) et captive sans ambages sous l'impulsion de protagonistes dĂ©sirables qu'on aimerait cĂ´toyer dans notre quotidiennetĂ©. Du cinĂ©ma d'Ă©pouvante artisanal en somme se prenant autant au sĂ©rieux qu'en dĂ©rision dans un cadre minimaliste pour autant esthĂ©tisant.   
 
Eric Binford
13.12.21. VF d'excellente facture à privilégier pour la voix irrésistible de l'héroïne.
23.01.12. 179 v

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