Sortie salles France: 10 Avril 2019
FILMOGRAPHIE: Kevin Kölsch est réalisateur et scénariste. Il est connu pour Starry Eyes (2014), Simetierre (2019) et Holidays (2016).
Une déclinaison habitée par la Mort.
Implacable. On ne peut plus idoine. C’est bien un cauchemar implacable que nous livrent Kevin Kölsch et Dennis Widmyer - duo jusque-lĂ inconnu, en dĂ©pit de Starring Eyes - avec ce remake sur lequel je n’aurais pas misĂ© un clopet. Il m’aura d’ailleurs fallu quatre ans pour m’y risquer, poussĂ© par les Ă©loges de quelques vidĂ©astes affirmant sans trembler qu’il surpasserait son modèle. Ce modèle, toujours aussi mal-aimĂ©, donc infortunĂ©. Et paradoxalement, ce remake que personne n’attendait (ou si peu) reste lui aussi boudĂ©, comme frappĂ© de la mĂŞme malĂ©diction que le Simetierre de Mary Lambert en 1989 - bien que dĂ©fendu Ă l’Ă©poque par certains critiques passionnĂ©s, Mad Movies en tĂŞte.
Alors oui, n’y allons pas par quatre chemins - et j’ai peine Ă croire ce que j’Ă©cris - mais Simetierre version 2019 me semble, Ă moi aussi, supĂ©rieur Ă celui de 1989. Parce qu’il m’a provoquĂ© un malaise diffus, rampant, opaque… Un venin distillĂ© avec soin, malgrĂ© le fait que je connaisse l’histoire par cĹ“ur. La sagacitĂ© des cinĂ©astes rĂ©side prĂ©cisĂ©ment lĂ : renouveler un rĂ©cit prĂ©visible - grief dĂ©jĂ adressĂ© Ă la version Lambert - en enrichissant sa narration. Topographie plus sinistre et photogĂ©nique du cimetière, prĂ©sence accrue de la sĹ“ur moribonde de Rachel, relations plus ambivalentes entre Louis et son voisin Jud. Et surtout, des points de vue autrement plus dĂ©rangeants, plus viscĂ©raux - Ă commencer par les apparitions de Zelda, aussi inconfortables que glaçantes, et par le jeu hypnotique de JetĂ© Laurence. Rarement une enfant ne m’aura autant terrifiĂ© : Ă la fois putride, malĂ©fique, perfide, cynique, et pourtant traversĂ©e d’une Ă©trange lueur d’humanitĂ©.
Le film suscite un malaise persistant en abordant Ă nouveau, avec finesse, les thĂ©matiques chères Ă Stephen King : la mort, l’antagonisme entre foi religieuse et athĂ©isme, la douleur incommensurable du deuil - cette impossibilitĂ© d’accepter la perte. Ici, le regard se pose surtout sur l’athĂ©e, dont l’Ă©goĂŻsme, le refus de souffrir, l’effroi devant l’absence Ă©ternelle, le prĂ©cipitent vers une damnation sans retour.
L’ultime demi-heure - malsaine, oppressante, presque hallucinatoire - m’a littĂ©ralement hypnotisĂ©. Mise en scène avec lenteur, prĂ©cision, une forme de science occulte. J’en suis venu Ă guetter, Ă espĂ©rer le gĂ©nĂ©rique final, comme une dĂ©livrance. J’en oublierais presque de saluer la rĂ©alisation, d’une grande rigueur formelle, oĂą transpire un amour du genre Ă chaque plan. La direction d’acteurs, sobre, crĂ©dible, ancre les personnages dans un quotidien Ă©crasĂ© par la malĂ©diction. Mention spĂ©ciale Ă John Lithgow, bouleversant en voisin hantĂ©, mĂŞme si Amy Seimetz, en mère endeuillĂ©e, s’efface un peu - par pudeur ou manque de prĂ©sence.
C’est d’ailleurs ce qui fait la force de ce rĂ©cit putride, dĂ©sespĂ©rĂ©, traversĂ© d’un nihilisme radical. The Mist n’est pas loin - mĂŞme sensation d’abandon, mĂŞme dĂ©pression sourde transmise au spectateur, quand la Mort, ici patibulaire, s’infiltre dans chaque pore avec une lenteur mĂ©thodique. La violence, brutale, d’un rĂ©alisme gore mais jamais gratuit, blesse davantage par ce qu’elle laisse hors-champ que par ce qu’elle montre. Et que dire du chat, vĂ©ritable miasme ambulant, dont la seule prĂ©sence symbolise la contagion d’un Mal ancestral, incarnĂ© ici par le Wendigo - enfin expliquĂ© de manière plus explicite.



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire