Diffusé sur Netflix le 27 Octobre 2023
FILMOGRAPHIE: Paco Plaza est un réalisateur et scénariste espagnol, né en 1973 à Valence (Espagne). 2002: Les Enfants d'Abraham. 2004: L'Enfer des Loups. 2006: Scary Stories. 2007: REC. 2008: REC 2. 2012: REC 3 Genesis. 2019: Quien a hierro mata. 2021: La abuela. 2023: Hermana Muerte.
Distribué par Netflix, Les Ordres du Mal ne déroge pas à la règle de la bonne surprise sous la houlette d'un Paco Plaza étonnamment inspiré, qui nous propose ici un film d'horreur résolument premier degré. Et même si l'on pourrait lui reprocher, à juste titre, une intrigue somme toute assez simpliste, Les Ordres du Mal raconte soigneusement son histoire avec une efficacité constante.
Inquiétant, formellement soigné - un plaisir visuel de chaque instant -, atmosphérique, anxiogène et parfois véritablement terrifiant, le film bénéficie d'une remarquable création picturale au sein de cet univers chrétien comme figé sous formol. Paco Plaza parvient à insuffler à certaines visions d'effroi une originalité et une inventivité qui devraient ravir les amateurs d'un cinéma horrifique contemplatif, attentifs aux faits et gestes de sœur Narcisa.
Celle-ci, affublée d'une toge de soie blanche, navigue progressivement entre hallucinations et réalité, au point de ne plus parvenir à distinguer le rationnel de son quotidien déjà profondément perturbé par un lourd sentiment de culpabilité morale.
Aria Bedmar porte le film sur ses frêles épaules grâce à une interprétation tout en fragilité et en tourments. Ses doutes et ses craintes grandissantes face à des événements surnaturels toujours plus délétères, pour ne pas dire mortifères, confèrent à son personnage une véritable épaisseur émotionnelle. Autour d'elle, les adolescentes, attachantes et vulnérables, assistent impuissantes à une succession d'événements inexpliqués qui viennent nourrir leurs propres tourments psychologiques.
Les seconds rôles, notamment ces adeptes d'un fanatisme religieux étouffant, ne sont pas en reste. Tous parviennent à rendre crédible une foi gangrenée par le déni, l'intolérance et le mutisme, derrière lesquels semblent se dissimuler des secrets aussi inavouables qu'éhontés. Quant aux jeunes étudiantes, elles séduisent par leur innocence et leur fragilité, même si certaines dégagent un trouble sensiblement plus dérangeant. C'est particulièrement le cas de Rosa, dont le profil ambigu est formidablement crédible : une victime soumise, souvent seule face aux nonnes, en dépit du soutien bienfaiteur de Narcisa.
Ainsi, grâce au parti pris de Paco Plaza d'élever le genre horrifique vers une certaine noblesse en prenant grand soin de peaufiner son cadre religieux - visuellement sublime - ainsi que la psychologie de ses personnages, Les Ordres du Mal redore le blason de la nunsploitation au sein d'un contexte historique criant de vérité, notamment à travers ses nombreux symboles religieux hantés d'une aura acrimonieuse.
Impeccablement interprété, mené avec ambition - notamment à travers certains effets de mise en scène particulièrement stylisés - et beaucoup de sincérité dans sa faculté à instaurer un climat spirituel anxiogène, Les Ordres du Mal transcende son ambiance occulte sans jamais se laisser influencer par les effets-chocs gratuits, pourtant coutumiers du sous-genre. Ceux-ci demeurent d'ailleurs toujours justifiés du point de vue de cette entité en quête de justice, d'amour et de reconnaissance.
Un vrai plaisir de cinéma horrifique artisanal pour les amateurs éclairés.
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