lundi 19 mai 2025

Le Dossier Maldoror


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Plongée en eaux noires : Fabrice Du Welz au bord du gouffre
Avec cette fresque tĂ©nĂ©breuse de 2h36, Fabrice Du Welz livre peut-ĂŞtre l’Ĺ“uvre la plus rugueuse, la plus exigeante de sa carrière. Un film-fleuve au rĂ©alisme poisseux, viscĂ©ral, qui ne cherche ni Ă  sĂ©duire ni Ă  rassurer, mais Ă  sonder, en apnĂ©e, les abysses de l’âme humaine.

Librement inspirĂ©e de l’affaire Dutroux, l’intrigue s’enracine dans une enquĂŞte au long cours, lĂ  oĂą le mal n’est plus un monstre tapi dans l’ombre, mais une matière diffuse, insaisissable, ancrĂ©e dans la banalitĂ© des jours.

Au centre du rĂ©cit : un homme, irascible, Ă©corchĂ©, que tout semblait prĂ©destiner Ă  un avenir lumineux. Il finira par tout perdre — repères, certitudes, illusions — au nom d’une vĂ©ritĂ© trop brute pour ĂŞtre contenue. Une vĂ©ritĂ© qui ronge, qui consume.

Ă€ l’Ă©cran, des visages. De vrais visages. StriĂ©s, creusĂ©s, marquĂ©s par la fatigue du monde. Ils imposent leur prĂ©sence virile, une gravitĂ© sèche et dĂ©senchantĂ©e. Et bien que l’histoire se dĂ©roule dans les annĂ©es 90, c’est l’empreinte des annĂ©es 70 qui innerve chaque plan. Grain rugueux, refus du spectaculaire, goĂ»t pour le brut — Du Welz filme ici avec l’intransigeance d’un cinĂ©aste hantĂ©.

On ressort de là vidé, les yeux brûlés, la gorge serrée. Le film ne laisse pas indemne. Il écorche, il dérange, il travaille longtemps après la dernière image. Une œuvre inconfortable, nécessaire. Une plongée en eaux noires, sans bouée.

Grand cinéma, écorché vif, dans son instinct le plus animal.

*Bruno

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