dimanche 25 mai 2025

Solaris

                                                     
                                    (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site IMDb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Solaris : L’ÉternitĂ© au Bord des Larmes".
Il y a des films comme ça qui emportent tout. On ne cherche pas Ă  en jauger les dĂ©fauts ou Ă  en peser les qualitĂ©s. On les prend comme ils sont, comme on aime quelqu’un.

Lynch a dit : « Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d’une Ĺ“uvre d’art qu’elle veuille dire quelque chose alors qu’ils acceptent que leur vie Ă  eux ne rime Ă  rien. »

Et Solaris sied Ă  merveille Ă  ce constat. Car cette aventure spatio-temporelle relève d’une magie pure, dans son essence la plus noble et platonicienne. On ne comprend pas tout – c’est voulu. Et pourtant, tout semble beau, fastueux, Ă©lĂ©giaque, transcendantal.


Parfois, il faut savoir lâcher prise et s’abandonner aux impressions. Car Solaris, malgrĂ© lui – ou grâce Ă  lui – nous pousse Ă  contempler notre condition : le poids du passĂ©, la mĂ©moire en spirale, la culpabilitĂ© sans fin, l’illusion de notre rĂ©alitĂ©, ce mirage suspendu au bord de l’Ă©ternitĂ©. Et son final, suspendu dans l’interrogation, laisse au spectateur la libertĂ© d’en faire son propre rĂŞve.

Une chose est sĂ»re : dès que le gĂ©nĂ©rique s’Ă©grène, on reste engourdi, hypnotisĂ©. On se laisse une ultime fois bercer par ce flot d’adieux – ou d’au revoir – portĂ© par la partition ensorcelante de Cliff Martinez (offrez-lui un Oscar). Sa musique Ă©pouse les images, fusionne avec elles, jusqu’Ă  offrir l’une des plus belles sĂ©quences de l’histoire du cinĂ©ma : cette rencontre dans le train, baignĂ©e de lumière et de chaleur, sensorielle, rassurante, infiniment douce.

L’Ĺ“uvre cĂ©leste de Soderbergh nous enveloppe dans un cocon de soie, tiède et ouatĂ©, au cĹ“ur d’un huis clos intimiste confinĂ© dans un space opera aussi Ă©trange qu’attirant. On voudrait y pĂ©nĂ©trer, flotter parmi ces âmes en apesanteur.


Rarement dans ma vie de cinĂ©phile, j’ai ressenti une expĂ©rience aussi trouble et envoĂ»tante – Ă  l’instar de La Forteresse Noire de Mann, du Cercle Infernal de Loncraine ou de Pique-nique Ă  Hanging Rock de Weir. Tout ici semble conçu pour captiver l’esprit, les yeux, l’ouĂŻe, sans une once de prĂ©tention. Grâce, aussi, Ă  l’alchimie dĂ©licate de George Clooney, habitĂ© par la passion mais constamment tiraillĂ© par le doute, et de Natascha McElhone, ivre de mĂ©lancolie dans son questionnement identitaire.

ProfondĂ©ment sensuel, lyrique et romantique, Solaris dĂ©ploie un mĂ©lo sensoriel sous les atours d’une science-fiction mĂ©taphysique, Ă  mĂŞme de rĂ©concilier les plus rĂ©fractaires au genre stellaire. Vibrant d’une humanitĂ© Ă  la fois dĂ©chue et Ă©perdue, il frappe en plein cĹ“ur, et en pleine raison, par la force de son Ă©motion mĂ©ditative.

Et comme l’a si bien formulĂ© un certain Écran Large : ce chef-d’Ĺ“uvre maudit est destinĂ© Ă  hanter ceux qui l’ont aimĂ©… comme un souvenir qu’on n’a jamais vraiment quittĂ©.


Jamais plus Soderbergh ne retrouvera une telle grâce, une ambition si pure, ni cette vibrante sincérité qui irrigua un jour sa carrière.

*Bruno
24.05.25. 3èx. Vost

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire