jeudi 28 mai 2026

L'île de la Bête / Bian fu chuan qi de Yuen Chor. 1978. Hong-Kong. 1h42.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Quel titre fascinant après l'avoir revisité… L'île de la bête (plus spécifiquement l'île de la chauve-souris) possède cette étrangeté propre à une partie du cinéma asiatique de la fin des années 70 : un mélange de mystère, d'action, de suspense et d’onirisme qui laisse une sensation particulière après la projo.

Ce qui me frappe dans ce genre de film, c’est la manière dont l'action gracieuse est emballée, comme si les personnages étaient innés pour leur passion - pour l'art du combat - dans leurs pulsions enfouies, dans leur déontologie. Il y a dans ces œuvres-là, une ambiance moite d'étrangeté, où les personnages avancent comme s'ils avaient affaire à un cauchemar obscur à perdre haleine.
 

Et puis 1978… c’est une période charnière où beaucoup de cinémas populaires asiatiques expérimentaient encore librement : horreur, aventure, érotisme latent, folklore, cruauté graphique - tout pouvait cohabiter dans un même film avec une liberté florissante.

On sent donc que le film fonctionne davantage comme une traversée aqueuse que comme un récit parfaitement structuré puisqu'il demeure confus, difficile à suivre par moments. Cette idée de “jeu de piste” correspond bien à certains films fantastiques asiatiques de cette époque : ils avancent moins par logique narrative que par impressions, révélations fragmentaires, déplacements dans des lieux quasi irréels chargés de tâches rouges, bleues, jaunes et vertes dignes d'un Bava
 

La confusion n’est sans doute pas une faiblesse du scénario ; elle participe aussi à cette sensation de dérive et de perplexité. Le spectateur cherche ses repères en même temps que les personnages. Et parfois, ce flottement crée quelque chose de fascinant, surtout quand l’atmosphère feutrée tient suffisamment bien pour nous emporter malgré les zones d’ombre.

Il s’agit plus d’un film fantastique que d’un film d’action à proprement parler. Souvent, ce type de cinéma est vendu comme aventure (ce qu'il est également) ou exploitation, alors que ce qui reste réellement en mémoire, c’est l’étrangeté diffuse : une ambiance, des silences, une sensation de menace invisible. L’action est ici secondaire face au mystère larvé.
 

Tous les films n’ont donc pas besoin d’être limpides ou parfaitement maîtrisés pour captiver, loin s'en faut. Certains vivent surtout par leur capacité de fascination, par le pouvoir du rêve. On accepte leurs imperfections parce qu’ils possèdent une âme singulière, une texture qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Et c'est bel et bien le cas pour l'île de la bête qu'il faut revoir plusieurs fois pour mieux s'acclimater. 
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

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