vendredi 26 juin 2026

Trauma de Dario Argento. 1993. U.S.A/Italie. 1h51. Uncut

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Lorsque tu changes ta façon de voir les choses, les choses que tu regardes changent".

Alors, hier soir, révision de Trauma... une cinquième fois.
Et pourquoi l'avoir à nouveau revu ? Parce que pour rappel, à l'époque, j'ai toujours eu un vrai problème avec ce giallo déjà mésestimé, tout du moins lors de sa sortie en 1993.
Lorsque je l'ai découvert à deux reprises en VHS, j'avais été profondément déçu par la proposition de Dario Argento. Ce n'est que depuis quelques années, à l'occasion d'un troisième visionnage en Dvd, que j'ai découvert un autre film plus ludique, comme me l'ont une nouvelle fois confirmé les 4è et 5è révisions avec plus de densité morale.
 

Je peux désormais affirmer que Trauma est une expérience assez singulière : plus je le revois, plus je l'apprécie. C'est un thriller horrifique très particulier, sans doute l'un des plus personnels de Dario Argento quand on se documente un peu sur sa vie privée. Car le thème central de l'anorexie trouve son origine dans une douleur bien réelle : Anna Ceroli, la demi-sœur d'Asia Argento, souffrait de cette maladie. Elle disparaîtra tragiquement dans un accident de scooter un an après le tournage. Dario Argento lui rend d'ailleurs un hommage bouleversant au générique de fin, où on la voit danser sur une musique reggae, avant qu'une chanson beaucoup plus mélancolique ne vienne envelopper ces dernières images d'une profonde émotion. Un générique déroutant d'une beauté candide aussi humble que profondément respectueux.

À travers cette thématique de l'anorexie, Trauma donne ainsi l'impression que Dario Argento transforme une blessure familiale en matière cinématographique. Sous les apparences d'un simple thriller à suspense se cache en réalité un film sur la culpabilité, la souffrance psychique, les liens familiaux et les traumatismes qui semblent se transmettre de génération en génération.
 

On peut également rappeler que Trauma est une coproduction entre les États-Unis et l'Italie. À l'origine, Dario Argento souhaitait retrouver ses fidèles Goblin à la composition musicale. Mais la production américaine imposa finalement Pino Donaggio. Ce choix confère au film une identité musicale très inhabituelle dans la filmo du maestro, avec une partition qui semble parfois en décalage avec le déroulement du récit. Pourtant, à force de revoir Trauma, ce décalage finit par s'apprivoiser (comme chez Ladyhawke, la femme de la nuit de Richard Donner pour son prologue musical tant décrié à l'époque). Mieux encore, il participe à renforcer le caractère profondément singulier du film.

Tourné en à peine deux mois (3 Août au 26 Septembre 1992), avec un budget d'environ 7 millions de dollars et photographié en Scope, Trauma permet à Dario Argento de soigner une subtile imagerie monochrome à la fois horrifique et sensuelle. Les meurtres étonnamment concis pour du Argento, parfaitement mis en scène, sont sophistiqués, chorégraphiés, sans jamais tomber dans une surenchère gore. Et ce n'est absolument pas un défaut.
 

Je trouve même que le film dégage un charme étrange permanent, déroutant et fascinant. Asia Argento y est habitée. Très investie dans son rôle, elle incarne avec beaucoup de justesse cette adolescente anorexique fragile, traumatisée par la mort de ses parents, qui tentera de démêler les fils d'une enquête macabre avec l'aide du journaliste David Parsons.

Ainsi donc, Trauma me semble être un thriller horrifique à la fois déroutant et surprenant, suffisamment captivant pour ne jamais perdre le fil de son intrigue à travers ses allées et venues touristiques et médicales. Et plus le récit progresse, plus une tension haletante commence à s'installer autour d'Aura et de son compagnon David, tous deux déterminés à découvrir l'identité de l'assassin. Cette montée en puissance débouche sur un ultime rebondissement aussi tragique que cruel, renforçant encore la dimension dramatique du récit, notamment parmi l'audace d'une innocence criminelle aux conséquences psychologiques irréversibles. 
 

Pour revenir à l'interprétation d'Asia Argento dans son 1er grand rôle, elle porte véritablement le film à bout de bras. Elle compose un personnage profondément humain, torturé, fragile, parfois presque désaxé, tout en insufflant une tendresse et une sensibilité qui rendent sa relation avec David plutôt touchante. Cette émotion se transmet au spectateur avec une sincérité romantique sciemment infantile.

Au final, Trauma demeure à mon sens un très bon thriller horrifique, singulier et profondément personnel. Dario Argento y met en scène son récit criminel avec une implication nouvelle, beaucoup d'audace et un goût pour l'expérimentation qui lui est chère. Les meurtres, d'une inventivité et d'un ton parfois même décalés, la partition musicale académique de Pino Donaggio et la galerie de personnages énigmatiques, équivoques et névrotiques participent à forger une atmosphère somme toute unique.
 

J'ai donc aujourd'hui le sentiment que Trauma gagne en force au fil des années et mérite d'être réévalué à sa juste valeur. Quant au générique de fin - j'insiste beaucoup - lorsqu'on connaît l'histoire d'Anna Ceroli, demi-sœur d'Asia Argento, et les blessures qui ont inspiré le film, il prend une dimension mélancolique d'une puissance émotionnelle bouleversante. Dario Argento y signe alors peut-être l'un de ses films les plus intimes, les plus douloureux et, paradoxalement, l'un des plus méconnus de toute sa carrière.

A Anna.
 
— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤

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