(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
Alors hier soir, revisionnage du second long-métrage de Christopher Nolan, j'ai nommé le fameux Memento, œuvre multi-récompensée à l'international.
À la revoyure, c'est un sacré moment de cinéma auquel j'ai assisté. Le coup de génie de cette intrigue, c'est de parvenir à nous placer à l'intérieur même de la mémoire du protagoniste. Suite à l'agression de son épouse et au traumatisme crânien qu'il a subi en tentant de la sauver, Leonard Shelby souffre d'amnésie antérograde : au bout de quelques minutes, il ne se souvient plus de ce qu'il vient de vivre, ni des personnes qu'il vient de rencontrer.
À la revoyure, c'est un sacré moment de cinéma auquel j'ai assisté. Le coup de génie de cette intrigue, c'est de parvenir à nous placer à l'intérieur même de la mémoire du protagoniste. Suite à l'agression de son épouse et au traumatisme crânien qu'il a subi en tentant de la sauver, Leonard Shelby souffre d'amnésie antérograde : au bout de quelques minutes, il ne se souvient plus de ce qu'il vient de vivre, ni des personnes qu'il vient de rencontrer.
L'astuce de Christopher Nolan consiste alors à brouiller les pistes chronologiques en construisant son récit comme un immense puzzle à reconstituer. Durant toute l'intrigue, nous ne cessons de naviguer entre passé, présent et futur avec une maîtrise narrative assez incroyable. On demeure constamment captivé par ce scénario tortueux qui nous triture délicatement les méninges sans jamais nous agacer - une fois n'est pas coutume.
Et c'est là un autre tour de force du réalisateur : parvenir à transformer ce qui pourrait n'être qu'un casse-tête ou un Rubik's Cube cinématographique en une œuvre profondément passionnante. On adore reconstituer les pièces du puzzle, d'autant plus que, contrairement aux apparences, il ne s'agit pas seulement d'un brillant exercice de style. Memento est également un thriller remarquablement mené et admirablement interprété par Guy Pearce, dont le jeu mêle avec justesse inquiétude, hésitation, vulnérabilité et perplexité permanente.
Toutes les expressions interrogatives de Leonard deviennent les nôtres puisque nous nous retrouvons littéralement enfermés dans sa mémoire défaillante. Comme lui, nous tentons d'assembler les morceaux d'une vérité qui semble sans cesse nous échapper. Et cela relève de l'hypnose cinématographique !
Mais en filigrane, et notamment grâce à une conclusion particulièrement ambiguë, il faut aussi saluer un drame psychologique d'une grande richesse. À travers ce personnage prisonnier de son amnésie, Nolan développe un second niveau de lecture particulièrement troublant. Et si Leonard s'inventait inconsciemment une nouvelle mission ? Et si cette enquête obsessionnelle lui permettait de donner un sens à son existence tout en refusant d'accepter le deuil de son épouse ?
C'est là que le film devient fascinant. On peut douter de tout. On peut même se demander si certains souvenirs de Leonard correspondent réellement à la vérité. Son épouse est-elle réellement morte lors de l'agression ? Certains événements ne sont-ils pas déformés par son traumatisme ? Leonard est-il uniquement une victime ou devient-il, malgré lui, l'artisan de sa propre tragédie ? Nolan laisse suffisamment d'indices pour nourrir toutes ces interrogations sans jamais imposer de réponse définitive.
Sans trop dévoiler les ressorts de l'intrigue, ajoutons que Carrie-Anne Moss est absolument délectable de machiavélisme. Son personnage ne cesse de manipuler Leonard avec une séduction froide, perfide et calculatrice. Quant à Joe Pantoliano, dans le rôle de Teddy, il compose un personnage ambigu particulièrement savoureux, dont les intentions décomplexées demeurent constamment sujettes à caution.
Au final, Memento est un thriller à marquer d'une pierre blanche, un film qu'il faut impérativement revoir plusieurs fois afin d'en saisir toute la substance narrative et toute la portée morale. Derrière son extraordinaire construction se cache la tragédie bouleversante d'un anti-héros qui tente désespérément de reconstituer sa propre existence malgré les limites de sa mémoire. Jusqu'à se mentir lui même pour mieux construire sa route de la rédemption.
Et le film demeure profondément passionnant grâce à sa chronologie éclatée, mais aussi grâce à son climat intimiste, mystérieux, inquiétant, troublant et parfois même envoûtant. Plus qu'un simple puzzle cinématographique, Memento est une réflexion vertigineuse sur la mémoire, l'identité et les mensonges que nous sommes parfois prêts à nous raconter pour continuer à (sur)vivre.
— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤
Récompenses:
Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville en 2000.
Waldo Salt Screenwriting Award au Festival du film de Sundance en 2001.
Saturn Award du meilleur film d'action/aventures/thriller en 2002.
Independent Spirit Awards du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et du meilleur second rôle féminin (Carrie-Anne Moss) en 2002.
MTV Movie Award du meilleur nouveau cinéaste (Christopher Nolan) en 2002.
Australian Film Institute Award du meilleur scénario en 2002.
Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur film en 2002.
Prix Bram-Stoker du meilleur scénario en 2002.
Critics Choice Award du meilleur scénario en 2002.
Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville en 2000.
Waldo Salt Screenwriting Award au Festival du film de Sundance en 2001.
Saturn Award du meilleur film d'action/aventures/thriller en 2002.
Independent Spirit Awards du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et du meilleur second rôle féminin (Carrie-Anne Moss) en 2002.
MTV Movie Award du meilleur nouveau cinéaste (Christopher Nolan) en 2002.
Australian Film Institute Award du meilleur scénario en 2002.
Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur film en 2002.
Prix Bram-Stoker du meilleur scénario en 2002.
Critics Choice Award du meilleur scénario en 2002.
ANECDOTES:
L'idée vient du frère de Christopher Nolan
Peu de gens le savent, mais l'histoire est née dans l'esprit de Jonathan Nolan, le frère cadet de Christopher.
Pendant un trajet en voiture entre les deux frères, Jonathan évoque l'idée d'un homme incapable de créer de nouveaux souvenirs qui chercherait à venger sa femme.
Jonathan écrira ensuite une nouvelle intitulée Memento Mori tandis que Christopher développera simultanément le scénario du film.
Peu de gens le savent, mais l'histoire est née dans l'esprit de Jonathan Nolan, le frère cadet de Christopher.
Pendant un trajet en voiture entre les deux frères, Jonathan évoque l'idée d'un homme incapable de créer de nouveaux souvenirs qui chercherait à venger sa femme.
Jonathan écrira ensuite une nouvelle intitulée Memento Mori tandis que Christopher développera simultanément le scénario du film.
Les deux œuvres ont donc été créées presque en parallèle.
Nolan a écrit le scénario avant même que la nouvelle soit publiée.
Contrairement à ce que l'on croit souvent, Memento n'est pas exactement l'adaptation de Memento Mori.
Christopher Nolan a commencé à écrire son script à partir des discussions avec son frère alors que la nouvelle n'était pas encore terminée.
Les deux versions racontent la même histoire de base mais diffèrent sur de nombreux détails.
Le film a été refusé par de nombreux studios.
Lorsque Nolan présente le projet, plusieurs producteurs trouvent le scénario incompréhensible.
Certains estiment que le public sera incapable de suivre un récit raconté à rebours.
Aujourd'hui cela paraît absurde, mais à la fin des années 1990, Memento était considéré comme un pari commercial extrêmement risqué.
Lorsque Nolan présente le projet, plusieurs producteurs trouvent le scénario incompréhensible.
Certains estiment que le public sera incapable de suivre un récit raconté à rebours.
Aujourd'hui cela paraît absurde, mais à la fin des années 1990, Memento était considéré comme un pari commercial extrêmement risqué.
Guy Pearce a failli ne jamais obtenir le rôle.
Guy Pearce n'était pas le premier choix de plusieurs producteurs.
À l'époque, il était surtout connu pour des rôles dans des productions australiennes et pour le soap opera Neighbours.
Nolan s'est battu pour l'imposer.
Difficile aujourd'hui d'imaginer quelqu'un d'autre dans le rôle de Leonard Shelby.
Le tournage n'a duré que quelques semaines.
Le film a été tourné en seulement 25 jours environ.
Pour un récit aussi complexe, c'est extrêmement court.
Le budget était également très modeste comparé aux standards hollywoodiens.
La structure du film est mathématique.
Le récit repose sur deux chronologies :
les scènes en noir et blanc avancent normalement ;
les scènes en couleur remontent le temps.
Les deux lignes narratives finissent par se rejoindre dans la dernière séquence.
Cette construction est souvent étudiée dans les écoles de cinéma comme un exemple presque parfait d'architecture scénaristique.
Les Polaroïds n'étaient pas un simple gadget.
Leonard utilise des photographies instantanées pour remplacer sa mémoire.
Nolan voulait un système visuel immédiatement compréhensible.
Le Polaroïd est devenu un symbole du film au point d'être aujourd'hui indissociable de son identité.
Le film cache un immense paradoxe.
Plus on revoit Memento, plus on se rend compte que Leonard est peut-être le personnage le moins fiable de toute l'histoire.
Au premier visionnage, on soupçonne Teddy.
Au deuxième, on commence à soupçonner Natalie.
Au troisième, on finit souvent par soupçonner Leonard lui-même.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le film gagne en richesse à chaque revisionnage.
Plus on revoit Memento, plus on se rend compte que Leonard est peut-être le personnage le moins fiable de toute l'histoire.
Au premier visionnage, on soupçonne Teddy.
Au deuxième, on commence à soupçonner Natalie.
Au troisième, on finit souvent par soupçonner Leonard lui-même.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le film gagne en richesse à chaque revisionnage.
Christopher Nolan considérait déjà ce film comme un test.
Nolan a souvent expliqué que Memento lui avait permis de vérifier jusqu'où il pouvait emmener un spectateur dans une narration complexe sans le perdre.
On retrouve ensuite cette obsession dans :
The Prestige
Inception
Interstellar
Tenet
Memento est en quelque sorte le laboratoire où Nolan a mis au point son cinéma.
Nolan a souvent expliqué que Memento lui avait permis de vérifier jusqu'où il pouvait emmener un spectateur dans une narration complexe sans le perdre.
On retrouve ensuite cette obsession dans :
The Prestige
Inception
Interstellar
Tenet
Memento est en quelque sorte le laboratoire où Nolan a mis au point son cinéma.
Roger Ebert a reconnu avoir dû le revoir.
Le célèbre critique Roger Ebert a admis que le film l'avait tellement déstabilisé qu'il avait ressenti le besoin de le revoir afin d'en saisir pleinement les mécanismes.
C'est précisément le type de film qui se bonifie avec les revisionnages.
Le tatouage final est l'une des scènes les plus tragiques du cinéma moderne.
Lorsque Leonard décide consciemment de transformer Teddy en coupable, il cesse d'être seulement une victime.
Il devient l'architecte de sa propre illusion.
Cette idée fascine encore aujourd'hui de nombreux cinéphiles : un homme qui utilise son handicap pour se mentir à lui-même.
C'est probablement ce qui donne au film sa puissance émotionnelle au-delà du simple thriller.
Le célèbre critique Roger Ebert a admis que le film l'avait tellement déstabilisé qu'il avait ressenti le besoin de le revoir afin d'en saisir pleinement les mécanismes.
C'est précisément le type de film qui se bonifie avec les revisionnages.
Le tatouage final est l'une des scènes les plus tragiques du cinéma moderne.
Lorsque Leonard décide consciemment de transformer Teddy en coupable, il cesse d'être seulement une victime.
Il devient l'architecte de sa propre illusion.
Cette idée fascine encore aujourd'hui de nombreux cinéphiles : un homme qui utilise son handicap pour se mentir à lui-même.
C'est probablement ce qui donne au film sa puissance émotionnelle au-delà du simple thriller.
Un détail que beaucoup ratent au premier visionnage.
Observez bien les expressions de Teddy lors de la révélation finale.
Joe Pantoliano ne joue pas un homme terrifié.
Il joue un homme épuisé.
Comme s'il avait déjà vécu cette situation plusieurs fois.
Cette interprétation renforce l'idée que Leonard aurait déjà accompli sa vengeance depuis longtemps et qu'il répète éternellement le même cycle.
C'est l'un des détails les plus glaçants du film.






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